RPG+ Reine de Glace PV

@Maggy Thompson
décembre 2044

Des pas, seuls, résonnants dans le Silence des Ombres.
Je sais, toujours seule, toujours en solitaire. Ma vie n’est que Solitude désemparée. Je sais.
Et pourtant, je l’apprécie, cette vie.

Il fait nuit, je suis dans les couloirs du château.
Il fait froid, le temps est entré dans ses nuits les plus fraîches.
Tout est calme, et mon esprit se met à rêver.

Des pas, mes pas, me mènent jusqu’à la salle de mes songes, ma salle favorite. Celle dans laquelle se trouve l’objet de toute ma vie. L’âme qui fait vivre la mienne. La Musique.
Comment peut-on vivre sans ? La toute première communication des Hommes, elle a toujours existé.

Je m’approche de l’instrument en bois couleur ébène. Cet instrument tellement sublime, tellement… magique. Je caresse son corps, d’une main habile et habituée. Jamais je n’ai encore osé venir ici, m’asseoir ici, jouer ici. Vivre ici.
Il est temps. Personne ne viendra, de toute façon. Il est trop tard.

Le siège est confortable, sous ma peau. Le clavier est brillant, comme mes yeux à son touché. Les touches plus blanches que la neige, plus noires que le charbon. Il semblerait qu’il n’ait jamais servi.

Piano
Un si beau nom pour une si belle épopée.

Je pose mes phalanges, délicatement, sur les croisements noirs et blancs. Et je ferme mes paupières. Je respire enfin, quand j’entends ce son. Il résonne entre mes entrailles.

Écoute
Ressent
Tous ces sentiments qui se bousculent en toi.
La Musique met l’Âme en harmonie avec tout ce qui est.

Est-ce que je souris ? Impossible. Mon Âme sourit. Elle éclate, éclaire et reflète son bonheur dans toute la salle.

Écoute
Alors, enfin, j’entame ma Danse.

Ma main droite entonne une mélodie ascendante puis descendante. Ronde, comme un pont. La gauche, des notes plus graves, plus longues et vives. Gouttes, des gouttes de pluie.
Et ces gouttes de pluie, chutent dans la mélodie du ruisseau, sous le pont. Elles s’y engouffrent, vibrent à la surface, puis ne font plus qu’unes avec l’eau.
La mélodie à ma gauche se modifie pour accueillir en plus de la pluie, des notes plus aigues, claires. C’est une silhouette qui s’approche du ruisseau, sur le pont. Habillée d’un tissu couleur du ciel, elle danse et virevolte au gré du vent.

Elle est si belle
Les étoiles dans le Ciel l’accompagnent et mes doigts mélodieux également.
Tout n’est plus que rêveries.
Douce danse, dialogue entre deux âmes valsantes. Les étoiles sont près, je peux les voir. Je suis à leurs côtés. J’ai toujours voulu en être une *destructrice*.
Ce soir, je ne joue pas. Je suis la Musique.
Et je navigue entre les étoiles, jusqu’à La voir. Je retrouve cette merveilleuse silhouette, parmi les ténèbres de l’Espace. Ma Reine de Glace, dans son manteau Ciel. Elle tournoie sur elle-même, Elle devient une danseuse de ballet, une silhouette drapée de bleu, comme l’océan qui viendrait rencontrer l’immensité du ciel étoilé. Et les milliards d’étoiles sont les quelques éclats qui courent et arpentent son corps imaginaire.
*Dis… Comment fais-tu ?*
Comment fait-Elle ? Si douce, si fluette, si pleine de sens. Si dénuée de sens… Elle ne me répond pas, Elle flotte dans les airs. Elle est l’air qui m’entoure. L’air que je respire sans cesse. L’air qui s’engouffre en moi, ne me laissant aucun répit. Elle me tient, encore et encore, encore et à jamais.
Je La sens, je La vois, Elle me prend dans ses bras. Mon cœur se serre, mon âme me serre.
Trop fort
Trop douloureux. J’entends ses chuchotis mélodieux. Elle voudrait que je danse et que je l’accompagne. *Jusqu’où ?* Je ne veux pas partir, je veux rester immobile et observer le monde vivant autour de moi. Simple spectatrice d’un monde qui part en vrille.

C’est moi qui pars en vrille
Je ferme les yeux et me laisse bercer. Elle danse toujours. Éternelle danse qui ne s’arrêtera jamais. Elle me sourit, je le sens encore. Un sourire assez effrayant, Elle me fait peur. *Arrête…* Mais Elle ne m’écoute toujours pas. Elle ne m’écoute jamais. Je voudrais qu’Elle cesse. J’aimerais qu’Elle se taise.
*Impossible. Je suis toi.* Et je suis Elle.

Mes doigts se stoppent. J’ouvre les yeux, comme réveillée d’un rêve. Je ne me rappelle pas de ce que j’ai joué. Mais je sais une chose.

« Planèt. »

C’est le titre de cette Danse. Et comme une étoile, j’arpente les rêveries de mon Espace.
Bientôt mes draps seront un ciel étoilé.
Dernière modification par Eldarya Gwyneth le 8 juil. 2020, 16:15, modifié 1 fois.

Je n'suis qu'une Ombre. Mais les étoiles peuvent pas briller sans ténèbres.

RPG+ Reine de Glace PV
4 Décembre 2044, 22h12
Salle de Répétition
4e année


*Close your eyes*
Je ne sais plus pourquoi je suis là. Ce que je faisais avant n'a plus d'importance. Tout ce qui s'est passé en amont est une vaste étendue de néant. Je suis juste .
Emportée par le son d'une mélodie qui m'est inconnue. Les notes vibres en moi. Sans doute parce que je reconnais cet instrument. Mon corps les absorbent, avec crainte et délicatesse. Il veut qu'elles soient lui. Il veut en profiter jusqu'à la dernière seconde. Je veux en profiter jusqu'à la dernière seconde.
Ma bouche tremble tant cela fait longtemps que je ne l'ai pas entendu, cet instrument. Que je n'ai pas fait courir mes doigts sur ses alternances de couleurs. Et je me rends compte de ce manque. Je l'ai délaissé. En quelques sortes abandonné.

Le son me parvient étouffé, de là où je suis, dans le couloir. Je m'approche doucement de lui. Tel un animal qui a peur de faire fuir sa proie. Oui, c'est ça, peur de faire fuir ce moment de douceur et de bonheur. La grande porte en bois est là, devant moi. Elle fait barrage à la mélodie, l'étouffe. Elle nous sépare. Je veux poursuivre ce moment le plus longtemps possible. Alors, je ne l'ouvre pas. Mon dos se colle au bois lisse et dur. Puis mes jambes se plient, je glisse le long des rainures de la porte, et me retrouve assise par terre.

Je me laisser aller. Là. La tête renversée en arrière, les yeux fermés. La mélodie m’emmenant dans des contrées inconnues de tous. Mystérieuse. Je prends son bras et me laisse guider. Me laisse porter. Voyager. Par dessus les collines. Dans les méandres des rivières. Jusqu'à la mer. Mer qui se dessine sous mes paupières. D'un bleu éclatant. D'un bleu miroitant. D'un bleu aimant.

La sérénité m'envahit encore un peu plus. Je ressens l'Autre, derrière cette porte, qui fait glisser ses doigts sur les touches avec rapidité. Je l'entends s'exprimer par le biais des touches. Une expression dont cet Autre à besoin.

Lorsque la musique s'arrête, lorsque plus aucun son ne me parvient de l'intérieur de la salle, lorsque le froid de la pierre se répand peu à peu dans mon corps, je sais que ce moment entre parenthèse est fini. Que je n'ai plus rien à faire ici. Je me lève et enlève le peu de poussière qui se trouve sur mes habits. Je fais demi-tour et repars, en n'ayant toujours plus aucune idée de ce que je suis venue faire dans ce couloir. De pourquoi j'y passais.
Je pars et mes pas résonnent dans le couloir vide. Je pars et les notes résonnent dans ma tête déjà bien trop remplie. Je ne peux pas retourner aux dortoirs comme ça. Je dois y aller, voir.

La porte en bois est lourde et grince un peu quand je la pousse pour rentrer dans la salle de répétition. Beaucoup de souvenirs resurgissent. Des premières années au château.
Mon attention est très vite détournées de mes pensées. Parce que je vois la cheffe d’orchestre de ce moment. Une petite silhouette qui se tient bien droite sur le tabouret. Avec des mains aux doigts fins encore posés sur les touches, comme si elle ne voulait pas s'arrêter, elle non plus, de vivre ce moment.

Je reste sur le pas de la porte, même après que celle-ci ne se soit refermée derrière moi en un bruit sourd qui fit vibrer les murs de pierre et qui se mêle, dans mes oreilles à la résonance de la mélodie.

« C'est beau, ce que tu viens de jouer. Tu es douée. C'est toi qui l'a créé ? Le morceau j'veux dire. Je ne connaissais pas. »

Ma voix prend place dans la salle, de toute sa rondeur. De toute sa clarté. J'aime bien, la manière dont elle sonne, ici. Je souris à la fille aux cheveux bruns. Mais avec la faible luminosité et l'éloignement, je doute qu'elle ne l’aperçoive.

Pourquoi passes-tu autant de temps dans ma tête ? Parce qu'il y fait toujours beau.

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Encore plongée dans les draps de l'écho du dernier accord, je suis loin. C'est comme si mon Âme était partie, au-dessus de moi. Me regardant de haut, comme je regarde les Autres de haut. Du haut de ma petite taille *pathétique*.

Je me sens danser au son des Notes qui vivent encore un peu.
Mais quelqu'un entre. Et mon Âme fuyarde revient soudainement dans le petit corps.

Le dos toujours droit, les doigts toujours posés sur le clavier, je me détends. Je reprends ma posture habituelle : mains rangées dans les poches, tête légèrement baissée, dos plutôt courbé. Petit monstre.
Le bruit sourd de la porte ne me fait pas sursauter, mais je jette un regard méfiant sur ce quelqu'un qui a remis mon Âme dans ce corps trop petit.

« C'est beau, ce que tu viens de jouer. Tu es douée. C'est toi qui l'a créé ? Le morceau j'veux dire. Je ne connaissais pas. »

Douce voix, claire et précise. Elle reste là-haut. Pourquoi en retrait ? N'importe qui d'autre se serait approchée de moi jusqu'à poser ses mains gluantes sur ma peau. Il faut croire que cette Autre n'est pas n'importe qui.
Mes iris quittent sa silhouette. Je soupire. Et je regarde l'alternance de touches noires et blanches.
Éberluée
Je ne sais pas. Je n'étais pas là.

« Je sais pas, je sais plus. J'étais pas ici, dans cette pièce. J'sais plus ce que mes doigts ont joué. »

Mes doigts, mon corps, mon Âme, tout n'était plus une seule unité. J'étais plusieurs. Je dansais, voilà tout. Entre les notes, entre la Musique. Entre les belles lueurs. Celles que je ne vois nulle part ailleurs.

Je ne sais plus exactement, mais je sais que je l'ai qualifiée, cette mélodie.
« Planèt » avais-je dit. J'étais encore allée bien haut.

« La nuit m'a inspirée, elle le fait toujours. Apparemment je lui ai donné un nom, ce morceau. Un nom joli... »

Je murmure, je marmonne, je suis une fois de plus plongée dans mes songes les plus profonds. Cette pièce pleine de Passion et de Vie me rend si vraie, si pleine de... moi.
Alors je parle, sans vraiment m'en rendre compte. Comme si j'étais libérée de certaines chaînes que je laisse me retenir.

« Tant mieux si c'était beau. »

Je pose à nouveau mes yeux noisette sur la silhouette. S'approchera-t-elle ? D'un geste doux et presque amoureux, je caresse le bois brillant de l'instrument.
J'aimerais en avoir un, à moi toute seule.
Il serait bleu profond, constellé de milliers d'étoiles. Un piano univers. Le mien, enfin.

Je relève l'une de mes jambes et pose mon pied sur l'assise. Paume contre genoux, joue contre main. Me voilà agréablement posée pour une conversation dont personne ne sait où elle nous mènera. Mais ce "personne" nous aiguillera bien vite.

« Tu joues toi aussi. T'as l'Âme d'un Maître Musique. »

Maître Musique. C'est ainsi que j'appelle les mucisiens qui jouent parce qu'ils ne peuvent pas vivre sans. Ceux-ci ont compris. Ils savent.
Ce n'était pas une question, je sais.
De ma voix atone, j'essaie d'entreprendre une conversation.


ma couleur : #0A7878

Je n'suis qu'une Ombre. Mais les étoiles peuvent pas briller sans ténèbres.

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Elle m'observe, des ses yeux craintifs. Puis détourne le regard. Comme si cette Autre était timide. Ou confuse. Elle réfléchie quelques secondes. Des secondes trop longues. Je meurs d'envie de savoir si ce petit être frêle qui se tient devant moi est capable de créer de telles mélodies. C'était si beau. Si profond. De mon point de vue, tourmenté, aussi. Est-ce une retranscription de ses émotions, de son caractère ? Belle. Et tourmentée ?

Je souris, dans un coin de mon visage, face à ses paroles si douces. Innocentes. *Être perdue a du bon, alors.* Sa voix décline peu à peu. Comme les notes du piano ont échappé à mon oreille. Mais je ne veux pas perdre une miette de ses Mots. Je veux tous les entendre. J'avance un pied. Puis l'autre. Le plus doucement possible, pour essayer de ne créer aucun bruit qui résonnerait dans cette immensité de pierre. Elle touche le bel instrument et de la passion se lit dans ses yeux. Elle touche le bel instrument et je ressens toute sa délicatesse, d'ici. La nuit inspire beaucoup de monde, alors. Nous sommes un peu semblables, sur ce point. Pour moi, les astres sur fond noir guident mon crayon sur des feuilles et des feuilles, les noircissant à l'infini. Elle, elle devient compositrice de la Vie, la nuit. Et j'aime ça.

Elle change de position. Comme si elle voulait être plus à l'aise. Pour parler ? Échanger ? Je la laisse faire, n'ayant pas le cœur de tourner les talons à cette Autre, à cette musique et à ce lieu.
Je médite ses paroles quelques instants. Comment sait-elle ? Cela fait pourtant plusieurs mois que la musique n'a plus traversé mon corps. Comment fait-elle ? Pour lire en moi comme dans un livre. Il ne me semblait pas être ce genre de personne, pourtant. Ou alors elle a une sorte de don, pour reconnaître ses semblables.

Mes pieds ont tellement avancé, l'un après l'autre, dans le silence, que je suis moi-même surprise de me retrouver à quelques centimètres de l’Être.

« Je jouais, ouais. J'aime toujours autant ça, je crois. Tu sais, cette sensation qui t'emporte ? Mais je n'ai pas aligné deux notes depuis longtemps. Trop longtemps. »

Je me suis contrôlée. J'ai réussi à faire en sorte que ma voix ne se casse pas sur mes derniers mots. Qu'elle ne flanche pas et reste aussi assurée. À l'intérieur, c'est le déluge. Un orage d'une trop grande ampleur. Je ne pensais pas que de me retrouver face à cet instrument, après tant de temps, pourrait me faire ressentir autant d'émotions. Ma voix n'a pas flanché mais ma lèvre recommence à trembler, comme dans le couloir. Alors, exactement comme je l'ai vue faire quelques instants plus tôt, je pose délicatement ma main sur le bois. Avec une crainte que je ne me connais pas. Je fais danser le bout des mes doigts, tournant, reculant, glissant. Je m'accorde ce moment de suspend. Ce moment durant lequel je ne pense à rien. Durant lequel seule ma main vie, en contact avec cet instrument. A force de faire marcher mes doigts sur la surface en bois, je finis par avoir fait le tour de l'Être. Et de l'Autre.

Je la vois, si confortablement installée. Et mes doigts, eux, ne voient que cette alternance de nuances qui l'appelle. *Noir. Blanc. Noir. Blanc. Noir. * Je me mords la lèvre, pour qu'elle arrête de trembler. Je me mords la lèvre et je la regarde, avec mes grands yeux, bien ouverts, cherchant la musique aux fonds de ses abysses marrons.

« Je peux ? » chuchoté-je en désignant les touches du menton. Hâtive.

Mais mes doigts ont déjà commencé leur randonnée sur les touches les plus aiguës, à la recherche de l'endroit où se placer pour commencer à danser pour de vrai.

Plume d'@Eldarya Gwyneth, rien ne pourra excuser ce retard. Mes Mots sont enfin là.

Pourquoi passes-tu autant de temps dans ma tête ? Parce qu'il y fait toujours beau.

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Elle est comme moi, je le sais.
Je le sens.
Les secondes passent et elle s'approche jusqu'à se tenir toute près de moi. Proche. Un peu trop.
Pourquoi les gens persistent-ils à vouloir se tenir à proximité des autres ? Est-ce un besoin ? Une envie de mettre mal à l'aise ? Ça m'échappe. Tout ce que j'ai toujours eu envie, moi, c'est d'une échappatoire. Rien de plus.
Elle se tient à quelques centimètres et je sens son aura, son Âme, se coller à moi. Comme si elle ne souhaitait faire qu'un. Je ne veux pas faire qu'un avec elle. Gardons nos distances. Gardons notre espace.
Je me recule légèrement sur mon siège, ne la quittant pas des yeux.

Elle est comme moi, elle me le confirme. Je le savais, je l'avais senti.
Je la connais, oui, cette sensation qui m'emporte. À chaque fois que je joue, les Notes et leurs Échos emportent mon me pour la faire valser entre les étoiles. Cette sensation, c'est la meilleure qui puisse exister.

Ma tête se penche de côté, en signe d'incompréhension. Elle ne joue plus ? Pourquoi ? Comment peut-on savoir jouer, connaître la sensation que cela procure et ne plus souhaiter la ressentir à nouveau ?

Elle doit se demander la même chose. Ses doigts, comme les miens il y a quelques secondes à peine, comme les miens à chaque nouveau jour, dansent sur le bois ébène de l'instrument.
Il est doux, n'est-ce pas ? Rempli de Vie, de Mélodie. Il a sauvé tant d'Âmes. Il a sauvé la mienne. Il a sans doute sauvé la sienne.

Je la suis du regard, sans ciller, tournant sur mon siège, fléchissant mon cou pour ne pas rompre ce contact étrange mais nécessaire.
Puis la voilà qui requiert ma place. La mienne. Ma place.
Non. Tu l'auras pas. Casse-toi.
Mes sourcils se froncent et je m'apprête à lui dire ce que mon coeur crie. Mais elle est déjà là, elle est déjà présente, m'envahissant de tout son être.

Ses doigts courent désormais sur l'alternance de blanc et noir. Je me recule encore un peu. Elle veut ma place.
Je finis par me lever et me déplacer contre le mur le plus proche. *bravo*
Elle a ce qu'elle voulait maintenant. Je sens son regard brûlant sur le piano, le même que le mien sur elle.

« J-J'aime pas être proche des Autres. Vas-y. Fais-toi plaisir. »

Du regret dans ma voix froide. Après tout, j'avais arrêté de jouer, j'avais fini ma Musique. *il faut savoir partager*
C'était à elle, maintenant. Et je lui donnerai toute mon attention.
Je m'assoie en tailleur, glissant mon dos contre le mur.
Je ne dis rien de plus. Qu'y aurait-il à rajouter ?


@Maggy Thompson, j'espère que ce Pas te plaira ~

Je n'suis qu'une Ombre. Mais les étoiles peuvent pas briller sans ténèbres.

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Avant que les premières notes commencent à raisonner, sa voix troublante se faufile dans le brouillard de mon esprit. Esprit obnubilé par l'envie de jouer. De ses mots coulent un sentiment obscure. Je ne détecte pas lequel. Je sais juste que ses paroles tournent en boucle dans ma tête, maintenant. Elles prennent de plus en plus de place. Un combat de joute entre ses mots et les notes qui, elles, ne veulent que s'échapper.

*Une Autre ?*
Ainsi formulé, j'ai l'impression d'être une maladie qu'on ne veut attraper. Un animal sauvage qu'on ne veut approcher. Un être vide qui ne peut être aimé. Elle fuit. Je le ressens. Le froid de la salle m'englobe de ses bras frêles. Un frisson parcoure mon échine. Elle ne part pas, cependant. Je n'entends pas le bruit de la lourde porte de bois. Ses pas s'arrêtent, ne résonnent plus. Ses yeux sont fixés sur moi, je le sens. Un regard qui me met mal à l'aise. Qui me fait me sentir illégitime de vouloir renouer contact avec l'instrument. Je ne peux pas me tourner et l'affronter. Je ne veux pas.

« Merci, ça ne sera pas long … » soufflé-je.

Mes doigts appuient. Les marteaux tappent. La musique sonne dans le silence de la pièce.
Je ferme les yeux. Je me replonge dans les souvenirs qui sont associés à ce morceau. Souvenirs heureux. Souvenirs vieux.

Le Boléro, de Ravel, ne pouvait pas ne pas résonner dans la maison chaque mois. Les notes qui partaient du salon s'élevaient jusqu'à l'étage. Elles nageaient en direction de la serre. Elles volaient dans l'air fleuri du jardin. Qu'importe le jour où il était joué, qu'importe par qui. Les images qui me restent sont ces sourires, ces rires et ces danses. Ces chorégraphies – un peu nulles, il faut se l'avouer -, ces lumières et ces mouvements réalisés par les doigts du pianiste. De la pianiste. Je crois n'avoir été qu'une seule fois sur le tabouret, face au grand instrument, pour jouer ce morceau, quand on était encore tous les cinq. Plusieurs fois lorsque nous n'avons été plus que quatre. C'était beaucoup Mima, ou maman, qui jouaient. Plus rarement papa. Je rouvre les yeux. Je vois mes doigts jouer avec frénésie. Ou est-ce ceux de Mima, à la peau détendue ? Ou les mains fortes de maman ? Je vois sans voir, des lentilles de souvenirs sur les yeux.

Quelques fausses notes rythment le morceau. Je suis un peu rouillée. J'abrège. Je lui ai dit que ça irait vite. Sans le vouloir, mais rageusement, la dernière note résonne. Belle résonance. J'essuie rapidement, du revers de la main, ce qui coule doucement des mes yeux. Puis, mes doigts me guident vers la sortie. Enfin, vers le bout du piano. Me forcent à me lever et à lui laisser la place. Je me tourne vers elle.

Révérence.

Pour détendre l'atmosphère, tendue.

« J'pourrais jamais t'égaler. »

Lorsque que je prononce ces mots, je ne sais pas si je parle à l'Autre ou à Mima. Je ne suis pas si je suis ici ou là-bas.

Plume d'@Eldarya Gwyneth, magnifique Pas, comme toujours.
J'espère, malgré mon retard inexcusable, que le mien te convient tout autant

Pourquoi passes-tu autant de temps dans ma tête ? Parce qu'il y fait toujours beau.