Il brûle, ton regard
J’avais tort. Son explication de l’ombre est bien différente de celle que j’ai cru comprendre. Elle parle de la peur comme si elle essayait de la cacher, mais ce n’est pas le cas. Elle la fait seulement se taire, la laisse exister quelque part en elle et continue d’avancer malgré tout. En soit, elle domine sa peur. Et pour moi, c’est la définition d’un seul mot : le courage. Quelque part à l’intérieur de moi, j’admire cela. Ce courage, cette domination. Mais j’étouffe cette petite étincelle rapidement ; Barton n’a pour le moment rien fait qui puisse excuser que je ressente de l’admiration pour elle. Et puis son comportement tout à l’heure face aux filles n’était pas ce que l’on peut appeler du courage, me rappelé-je.
Plongée dans mes pensées, je me laisse bercer par les vagues de mes pensées. L’une des phrases de Barton m’intrigue. Tant qu'on est vivant, on a toujours quelque chose à perdre, a-t-elle dit. Je me demande si c’est vrai. Non, rectifié-je, je sais que c’est faux. Je sais qu’il existe des personnes qui n’ont plus rien à perdre, même si je n’en ai jamais rencontré. Ces personnes-là sont bien vivantes, mais elles n’ont plus rien. Quelque part, elles sont plus fortes et plus dangereuses que toutes les autres personnes qui ont des choses à perdre parce qu’elles n’ont plus peur de rien.
La voix de Barton m’arrache à mes pensées. En entendant ses paroles, je grimace ; en plus de ne pas aimer leur contenu, ses questions m’empêchent de continuer la discussion comme je voulais le faire. Je maudis les Autres et leur impatience. Ne peuvent-ils pas attendre qu’une conversation soit terminée avant d’en commencer une autre ? Et puis s’il y a bien une chose qui me dérange, c’est que l’on me pose des questions aussi indiscrètes. Est-ce que moi je lui demande de quoi elle a peur ? Est-ce que je lui pose plein de questions indiscrètes ? Non.
J’enfonce les mains dans mes poches et détourne les yeux sans cacher mon agacement. Je me demande si je vais lui répondre. Je pourrais continuer notre conversation précédente sans donner suite à ses questions. Mais pourquoi me répondrait-elle si moi-même je ne lui réponds pas ? Papa me dit souvent qu’une conversation, c’est un échange. Moi, je pense surtout que c’est une personne qui donne et une autre qui apprend, qui reçoit, mais je comprends que ça ne puisse pas toujours être comme ça. Les lèvres pincées, je hausse les épaules sans savoir que dire. Alors je réponds à sa dernière question histoire d'occuper le silence quelques instants :
« Si tu connais mon nom, c’est suffisant, dis-je d’une voix lasse. ‘Façon, tu peux pas utiliser mon prénom. »
C’est fou ces Autres qui veulent, encore et encore, connaître le prénom des autres. Je ne le comprendrais jamais. Ou plutôt, je n’ai pas envie de le comprendre. Je laisse s’étirer le silence quelques instants avant de couler un regard en direction de Barton, un sourire au coin de lèvres, tout agacement oublié. Sa façon de poser des questions et encore des questions, c’est bien un truc de Serdaigle, ça. Elle veut savoir, elle veut comprendre. Je le respecte — je suis comme elle.
« Tu en poses bien des questions…, remarqué-je en étirant mon sourire. J’ai envoyé chier les filles parce que… Bah parce que c’était des connasses, c’est tout. »
Je ne scille même pas en utilisant le vilain mot. Par contre, je surveille la réaction de Barton ; est-elle une gentille petite fille qui n’utilise jamais de mots vulgaires ?
« J’en avais marre de les entendre brailler, continué-je enfin avec sincérité. Alors je les ai fait taire. Crois pas que je l’ai fait pour toi, hein, » rétorqué-je soudainement en lui lançant un regard noir.
Je ne sais pas pourquoi je dis ça. Je sais très bien que si j’ai fait taire ces filles, c’était quelque part pour lui venir en aide. Parce que j’ai trop souvent été à sa place, victime des moqueries des autres. Mais elle n’a pas besoin de le savoir — j’aurais peut-être dû me la fermer. Je grimace furtivement et décide de changer de sujet pour ne pas que Barton rebondisse sur ma phrase.
« Pour Zik, t’aurais pas pu le trouver. Et j’ai pas besoin d’aide. »
Zik qui n’a toujours pas refait surface. Je me demande bien où il est allé. J’aimerai lui en vouloir d’être parti sans moi, mais je ne lui en veux pas. Je sais que je le retrouverais rapidement pour le repas. De toute façon, avec ou sans Barton je ne serais pas allé le chercher. Zikomo est libre de partir s'il en a envie, même si cela m'agace.
Plongée dans mes pensées, je me laisse bercer par les vagues de mes pensées. L’une des phrases de Barton m’intrigue. Tant qu'on est vivant, on a toujours quelque chose à perdre, a-t-elle dit. Je me demande si c’est vrai. Non, rectifié-je, je sais que c’est faux. Je sais qu’il existe des personnes qui n’ont plus rien à perdre, même si je n’en ai jamais rencontré. Ces personnes-là sont bien vivantes, mais elles n’ont plus rien. Quelque part, elles sont plus fortes et plus dangereuses que toutes les autres personnes qui ont des choses à perdre parce qu’elles n’ont plus peur de rien.
La voix de Barton m’arrache à mes pensées. En entendant ses paroles, je grimace ; en plus de ne pas aimer leur contenu, ses questions m’empêchent de continuer la discussion comme je voulais le faire. Je maudis les Autres et leur impatience. Ne peuvent-ils pas attendre qu’une conversation soit terminée avant d’en commencer une autre ? Et puis s’il y a bien une chose qui me dérange, c’est que l’on me pose des questions aussi indiscrètes. Est-ce que moi je lui demande de quoi elle a peur ? Est-ce que je lui pose plein de questions indiscrètes ? Non.
J’enfonce les mains dans mes poches et détourne les yeux sans cacher mon agacement. Je me demande si je vais lui répondre. Je pourrais continuer notre conversation précédente sans donner suite à ses questions. Mais pourquoi me répondrait-elle si moi-même je ne lui réponds pas ? Papa me dit souvent qu’une conversation, c’est un échange. Moi, je pense surtout que c’est une personne qui donne et une autre qui apprend, qui reçoit, mais je comprends que ça ne puisse pas toujours être comme ça. Les lèvres pincées, je hausse les épaules sans savoir que dire. Alors je réponds à sa dernière question histoire d'occuper le silence quelques instants :
« Si tu connais mon nom, c’est suffisant, dis-je d’une voix lasse. ‘Façon, tu peux pas utiliser mon prénom. »
C’est fou ces Autres qui veulent, encore et encore, connaître le prénom des autres. Je ne le comprendrais jamais. Ou plutôt, je n’ai pas envie de le comprendre. Je laisse s’étirer le silence quelques instants avant de couler un regard en direction de Barton, un sourire au coin de lèvres, tout agacement oublié. Sa façon de poser des questions et encore des questions, c’est bien un truc de Serdaigle, ça. Elle veut savoir, elle veut comprendre. Je le respecte — je suis comme elle.
« Tu en poses bien des questions…, remarqué-je en étirant mon sourire. J’ai envoyé chier les filles parce que… Bah parce que c’était des connasses, c’est tout. »
Je ne scille même pas en utilisant le vilain mot. Par contre, je surveille la réaction de Barton ; est-elle une gentille petite fille qui n’utilise jamais de mots vulgaires ?
« J’en avais marre de les entendre brailler, continué-je enfin avec sincérité. Alors je les ai fait taire. Crois pas que je l’ai fait pour toi, hein, » rétorqué-je soudainement en lui lançant un regard noir.
Je ne sais pas pourquoi je dis ça. Je sais très bien que si j’ai fait taire ces filles, c’était quelque part pour lui venir en aide. Parce que j’ai trop souvent été à sa place, victime des moqueries des autres. Mais elle n’a pas besoin de le savoir — j’aurais peut-être dû me la fermer. Je grimace furtivement et décide de changer de sujet pour ne pas que Barton rebondisse sur ma phrase.
« Pour Zik, t’aurais pas pu le trouver. Et j’ai pas besoin d’aide. »
Zik qui n’a toujours pas refait surface. Je me demande bien où il est allé. J’aimerai lui en vouloir d’être parti sans moi, mais je ne lui en veux pas. Je sais que je le retrouverais rapidement pour le repas. De toute façon, avec ou sans Barton je ne serais pas allé le chercher. Zikomo est libre de partir s'il en a envie, même si cela m'agace.
Il brûle, ton regard
Aussitôt, je maudit ma curiosité.
Son visage, lointain est maintenant bien présent. Ses traits, son regard, tout dans son attitude me font comprendre que je l'agace. Tant pis. Après tout, c'est elle qui a commencé ! C'est elle qui à dit aux louves de fermer leurs gueules. Elle qui m'a tenu la porte. Elle qui m'a proposé de me raccompagner. C'est elle. Pas moi.
Je la comprend pas cette fille. Elle reste, elle grimace, je l'agace clairement, mais elle reste. On est devant ma salle de classe. Elle pourrait partir mais elle reste.
Alors que je l'observe, essayant de voir à travers ses prunelles brunes, ses mots claquent l'air. Mais c'est un claquement long, fuyant, comme on traînerait des pieds. D'un coup, elle semble fatiguée.
Pourtant elle continue. Son visage s'illumine un instant. Un sourire. Ténu, mais présent. Ma question reste en suspens au bord de mes lèvres et je la laisse parler.
A mon tour, je souris, je ris presque en entendant ses mots. J'aime sa façon de parler sans détours. J'aimerais pouvoir parler comme ça. Je l'envie un peu, de tant de spontanéité.
Elle ne répond pas vraiment à mes mes question. Et vu son comportement, je pense pas que ce soit de la pudeur. Non c'est juste qu'elle sen fou. Mais elle répond quand même, donc elle s'en fou pas tant que ça...
Sa dernière phrase résonne dans ma tête.
Je ne sais pas pourquoi, mais avec elle j'arrive pas à me taire. Peut-être parce qu'elle me voit. Peut-être parce que je n'ai pas besoin d'être une ombre. Avec elle. J'sais pas. Alors, je me tais pas.
"Pourquoi je peux pas utiliser ton prénom ?... Tu sais, si tu veux pas vraiment répondre, t'as le droit. T'es pas obligée. Moi je suis curieuse. Trop. Et puis, je suis pas habituée aux autres. J'sais pas faire."
Je la regarde, essayant de décrypter son visage, son attitude. Mais j'y arrive pas. Alors je continue. Tant qu'elle m'arrête pas, je continue.
"Mais, que tu l'ais fait pour toi ou pour moi, ça change rien.
Oui, c'est des connasses. Elles sont méchantes et en plus elles sont débiles ! Mais, moi je préfère les ignorer. Leur répondre ça veut dire que leur mots me touchent. Et même si c'est vrai, elles on pas besoin de le savoir. Sinon c'est elles qui gagnent. Alors je me tais, et même si c'est moi qui suis une ombre, je les rends un peu transparentes comme ça aussi."
Je me tourne vers la salle de classe et vers les élèves qui entrent bruyamment, encore énervés de la récré.
Puis, une nouvelle fois, je regarde la Poufsoufle. Un sourire aux lèvres, je lui lance, presque sur un ton complice :
"Ah... et pour info, on a tous besoin d'aide. C'est juste qu'on veut pas l'admettre. C'est une faiblesse d'avoir besoin d'aide. Pas vrai ? Et si cette aide ne venait pas ? Alors on serait rejeté... C'est plus simple de se débrouiller seul. Mais on a tous besoin d'aide. Et des fois... Cette aide, bah elle vient"
Son visage, lointain est maintenant bien présent. Ses traits, son regard, tout dans son attitude me font comprendre que je l'agace. Tant pis. Après tout, c'est elle qui a commencé ! C'est elle qui à dit aux louves de fermer leurs gueules. Elle qui m'a tenu la porte. Elle qui m'a proposé de me raccompagner. C'est elle. Pas moi.
Je la comprend pas cette fille. Elle reste, elle grimace, je l'agace clairement, mais elle reste. On est devant ma salle de classe. Elle pourrait partir mais elle reste.
Alors que je l'observe, essayant de voir à travers ses prunelles brunes, ses mots claquent l'air. Mais c'est un claquement long, fuyant, comme on traînerait des pieds. D'un coup, elle semble fatiguée.
Pourtant elle continue. Son visage s'illumine un instant. Un sourire. Ténu, mais présent. Ma question reste en suspens au bord de mes lèvres et je la laisse parler.
A mon tour, je souris, je ris presque en entendant ses mots. J'aime sa façon de parler sans détours. J'aimerais pouvoir parler comme ça. Je l'envie un peu, de tant de spontanéité.
Elle ne répond pas vraiment à mes mes question. Et vu son comportement, je pense pas que ce soit de la pudeur. Non c'est juste qu'elle sen fou. Mais elle répond quand même, donc elle s'en fou pas tant que ça...
Sa dernière phrase résonne dans ma tête.
Je ne sais pas pourquoi, mais avec elle j'arrive pas à me taire. Peut-être parce qu'elle me voit. Peut-être parce que je n'ai pas besoin d'être une ombre. Avec elle. J'sais pas. Alors, je me tais pas.
"Pourquoi je peux pas utiliser ton prénom ?... Tu sais, si tu veux pas vraiment répondre, t'as le droit. T'es pas obligée. Moi je suis curieuse. Trop. Et puis, je suis pas habituée aux autres. J'sais pas faire."
Je la regarde, essayant de décrypter son visage, son attitude. Mais j'y arrive pas. Alors je continue. Tant qu'elle m'arrête pas, je continue.
"Mais, que tu l'ais fait pour toi ou pour moi, ça change rien.
Oui, c'est des connasses. Elles sont méchantes et en plus elles sont débiles ! Mais, moi je préfère les ignorer. Leur répondre ça veut dire que leur mots me touchent. Et même si c'est vrai, elles on pas besoin de le savoir. Sinon c'est elles qui gagnent. Alors je me tais, et même si c'est moi qui suis une ombre, je les rends un peu transparentes comme ça aussi."
Je me tourne vers la salle de classe et vers les élèves qui entrent bruyamment, encore énervés de la récré.
Puis, une nouvelle fois, je regarde la Poufsoufle. Un sourire aux lèvres, je lui lance, presque sur un ton complice :
"Ah... et pour info, on a tous besoin d'aide. C'est juste qu'on veut pas l'admettre. C'est une faiblesse d'avoir besoin d'aide. Pas vrai ? Et si cette aide ne venait pas ? Alors on serait rejeté... C'est plus simple de se débrouiller seul. Mais on a tous besoin d'aide. Et des fois... Cette aide, bah elle vient"
☆ 3ème année RP ☆
Ma Fiche
L'Ombre s'attache à un être, avant que les ténèbres ne la fassent disparaître...
Ma Fiche
L'Ombre s'attache à un être, avant que les ténèbres ne la fassent disparaître...
Il brûle, ton regard
Moi non plus, je ne sais pas faire. Approcher les Autres, leur parler, agir avec eux. Je ne sais pas faire et la plupart du temps cela ne me dérange pas. Je n’ai pas besoin d’eux, je me contente de ceux qui viennent vers moi et c’est bien comme ça. Barton, elle est venue vers moi. C’est peut-être pour ça que je n’ai pas de difficulté — pas trop — pour parler avec elle : parce qu’elle est déjà là, je n’ai pas besoin de faire d’effort. Je me contente de répondre, ou pas, à ses questions et à lui en poser d’autres si je suis curieuse, c’est tout. Je crois que c’est agréable. Ou du moins, ce n’est pas désagréable. Mais à partir du moment où ça le devient, je me barre.
Les mains enfoncées dans les poches, je l’écoute sans chercher à cacher les émotions qui s’affichent sur mon visage. De la lassitude lorsqu’elle évoque mon prénom, de la curiosité quand elle parle des Autres. Un petit sourire que je cache lorsqu’elle répète l’insulte que j’ai utilisé pour parler des filles des toilettes. Apparemment, Barton n’est pas une gentille fille qui n’utilise jamais de mots vulgaires. Elle a repris l’insulte sans ciller, comme si ce mot résonnait dans sa tête, comme si elle était une utilisatrice habituée de ce genre de langage. C’est marrant parce qu’elle n’a pas la tête de l’emploi. Mais je doute l’avoir aussi. Étrangement, découvrir que Barton peut outrepasser les règles avec une insulte aussi violente me plait. Je ne sais pas pourquoi, c’est comme si nous partageons quelque chose, là maintenant, avec cette insulte. Mais mes pensées sont idiotes, alors je les repousse et essaie de me concentrer sur ce que me raconte Barton.
Je hausse les épaules en réponse à son laïus passionné sur la façon d'agir face aux idiotes des toilettes. Ce geste veut tout dire. Et en l'occurrence, il cache aisément que je suis d’accord avec les paroles de la fille et que cela ne me plait pas. Elle a raison : réagir veut dire que les mots et les comportements des filles la touchent, et alors ? Mieux vaut se taire, passer pour une faible et se faire emmerder ? Je suis mitigée. Quelque part, moi non plus je l’aime pas l’idée que l’on découvre que les mots et les critiques me touchent. Mais lorsqu’une personne s’en prend à moi… Lorsque les rires me visent, lorsque les moqueries me frappent… Je ne peux m’empêcher de réagir. Si je blesse l’autre assez fort, avec les mots ou plus généralement les poings ou la magie, si je lui fait assez mal il comprendra qu’il n’a pas intérêt à recommencer à m’ennuyer. C’est comme ça que je marche : il ne faut lui laisser une seconde chance de me faire du mal. Barton, elle, fait tout le contraire. Et c’est pour cela que demain ou après-demain elle devra se confronter de nouveau à ces filles ; parce qu’elle ne leur a pas fait comprendre qu’elles n’avaient pas intérêt de l'emmerder.
Je cligne des yeux pour me concentrer, observe du coin de l’oeil Barton et soupire lorsque je comprends de quoi elle parle. Je me frotte les yeux du bout des doigts et fait un geste dans sa direction pour balayer ce qu'elle pense des bienfaits de l'aide. Je n'ai besoin que l'on me fasse la morale.
« Je suis pas d’accord, mais on s’en fout de ça. » Je me plante devant Barton, mon regard plongé dans le sien. Mes sourcils sont légèrement froncés ; je suis concentrée. « Tu dis que tu les ignores, mais c’est pas la bonne solution. Si tu fais ça, elles vont recommencer et tu le sais. Demain, tu vas te retrouver dans la même situation, et après-demain aussi. Non, faut être… Agir une bonne fois pour toute pour pas qu’elles reviennent te faire chier ! » essayé-je de la convaincre de mon ton passionné.
Je me demande pourquoi je fais ça. Qu’est-ce que j’en ai à foutre que Barton se fasse emmerder, moi ? Absolument rien ! Mais le sujet me prend aux tripes sans que je n’en comprenne la raison. Elle doit savoir, elle doit comprendre ! C’est essentiel.
Les mains enfoncées dans les poches, je l’écoute sans chercher à cacher les émotions qui s’affichent sur mon visage. De la lassitude lorsqu’elle évoque mon prénom, de la curiosité quand elle parle des Autres. Un petit sourire que je cache lorsqu’elle répète l’insulte que j’ai utilisé pour parler des filles des toilettes. Apparemment, Barton n’est pas une gentille fille qui n’utilise jamais de mots vulgaires. Elle a repris l’insulte sans ciller, comme si ce mot résonnait dans sa tête, comme si elle était une utilisatrice habituée de ce genre de langage. C’est marrant parce qu’elle n’a pas la tête de l’emploi. Mais je doute l’avoir aussi. Étrangement, découvrir que Barton peut outrepasser les règles avec une insulte aussi violente me plait. Je ne sais pas pourquoi, c’est comme si nous partageons quelque chose, là maintenant, avec cette insulte. Mais mes pensées sont idiotes, alors je les repousse et essaie de me concentrer sur ce que me raconte Barton.
Je hausse les épaules en réponse à son laïus passionné sur la façon d'agir face aux idiotes des toilettes. Ce geste veut tout dire. Et en l'occurrence, il cache aisément que je suis d’accord avec les paroles de la fille et que cela ne me plait pas. Elle a raison : réagir veut dire que les mots et les comportements des filles la touchent, et alors ? Mieux vaut se taire, passer pour une faible et se faire emmerder ? Je suis mitigée. Quelque part, moi non plus je l’aime pas l’idée que l’on découvre que les mots et les critiques me touchent. Mais lorsqu’une personne s’en prend à moi… Lorsque les rires me visent, lorsque les moqueries me frappent… Je ne peux m’empêcher de réagir. Si je blesse l’autre assez fort, avec les mots ou plus généralement les poings ou la magie, si je lui fait assez mal il comprendra qu’il n’a pas intérêt à recommencer à m’ennuyer. C’est comme ça que je marche : il ne faut lui laisser une seconde chance de me faire du mal. Barton, elle, fait tout le contraire. Et c’est pour cela que demain ou après-demain elle devra se confronter de nouveau à ces filles ; parce qu’elle ne leur a pas fait comprendre qu’elles n’avaient pas intérêt de l'emmerder.
Je cligne des yeux pour me concentrer, observe du coin de l’oeil Barton et soupire lorsque je comprends de quoi elle parle. Je me frotte les yeux du bout des doigts et fait un geste dans sa direction pour balayer ce qu'elle pense des bienfaits de l'aide. Je n'ai besoin que l'on me fasse la morale.
« Je suis pas d’accord, mais on s’en fout de ça. » Je me plante devant Barton, mon regard plongé dans le sien. Mes sourcils sont légèrement froncés ; je suis concentrée. « Tu dis que tu les ignores, mais c’est pas la bonne solution. Si tu fais ça, elles vont recommencer et tu le sais. Demain, tu vas te retrouver dans la même situation, et après-demain aussi. Non, faut être… Agir une bonne fois pour toute pour pas qu’elles reviennent te faire chier ! » essayé-je de la convaincre de mon ton passionné.
Je me demande pourquoi je fais ça. Qu’est-ce que j’en ai à foutre que Barton se fasse emmerder, moi ? Absolument rien ! Mais le sujet me prend aux tripes sans que je n’en comprenne la raison. Elle doit savoir, elle doit comprendre ! C’est essentiel.