Particules d’espace-temps
06 AVRIL 2045
INTEMPOREL
INTEMPOREL

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Tu prends une grande inspiration, avant de bloquer tous l’air de tes poumons. Comme ces jeux idiots que faisaient les autres gamins, en primaire. Tu te souviens bien, quand tu les regardais s’amuser de loin, et que l’un d’eux aimait à faire son malin en déclarant qu’il pouvait retenir sa respiration plus longtemps que tous les autres. Alors ces autres se prenaient au jeu, comme d’habitude, et après avoir compté jusqu’à trois à haute voix avec des yeux pétillants de défi, ils s’arrêtaient de respirer. Tu voyais encore leurs joues gonflées, comme si ça leur permettait de retenir un maximum d’air. Et puis, il y avait toujours un tricheur, qui sachant qu’il ne tiendrait pas, respirait discrètement par le nez. C’était souvent celui qui avait proposé ce jeu, d’ailleurs.
Ils devenaient très vite rouge pivoine, et tous lâchaient un à un au bout de trente secondes passées. Heureusement, ils n’étaient pas assez bêtes pour aller jusqu’à s’asphyxier.
Tu reprends ta respiration ; cela n’avait pas duré assez longtemps pour que ton cœur se mette à sautiller comme un fou. L’air frais du matin venait te frôler silencieusement de son corps invisible à ceux qui ne savent pas Voir. Le parc était déjà empli du doux froissement des feuilles secouées par le vent, et du bourdonnement printanier des insectes. Il ne devait pas y avoir plus d’une dizaine de personne, toutes marchant tranquillement, ou bien assise au pied d’un arbre.
Tu te mets en mouvement, te diriges lentement vers l’arrière du château qui, encore à cette heure, est plongée dans l’ombre de la bâtisse. Cela faisait deux mois, après cette fameuse discussion avec Ruby. Tu savais à présent qu’Elle était spéciale. Pour toi. Et que sans doute, tu ne voudrais pour rien au monde faire marche arrière. Changer le passé, pour éviter qu’une Autre se rapproche autant de toi. Et désormais, ce n’était plus une Autre. C’était Elle.
*Et si un jour Elle partait ?* Qu’Elle t’abandonnait, te laissait seule et préférait d’autres à toi ? Maintenant qu’elle était Elle, elle ne pouvait plus redevenir Autre. Et tu n’osais imaginer la douleur si par mégarde elle partait. Sans doute serait-ce pire que tout.
Ton pied percute un objet, posé soigneusement dans l’herbe. Tu l’attrapes et analyse ce qui semble être une montre en faux-cuir. Elle a l’air tout à fait vieille, et sa vitre est fendillée en deux. *Une montre ? Mais qu’est-c’qu’elle fou ici ?* Ses aiguilles tournent encore, mais sont en avance d’une heure. Tu la portes à ton oreille et écoutes le tic-tac, le regard dans le vague.
Le Tac sonne bizarrement, presque avec un certain énervement. Tu fronces les sourcils, regardes de nouveau le cadran pour apercevoir les derniers claquements de la petite montre. Surprise, tu secoues l’objet, mais cela ne sert à rien. *Merde !* Les aiguilles se sont arrêtés, et le Temps avec elles.
Go away chicken ! Alison M.
Éloge à la Charogne.
Éloge à la Charogne.
Particules d’espace-temps
Comptons jusqu'à 4 pour arrêter le temps
Lundi 6 avril 2045, 7h51
Parc, Poudlard,
4e année
Parc, Poudlard,
4e année
Penchée par une fenêtre du couloir, la tête posée dans ma main, le coude douloureux de son contact avec la surface dure et absolument pas lisse du rebord de la fenêtre, j’observe le monde qui s'éveille peu à peu. Se lever tôt n'est pas quelque chose qui me dérange quand je peux assister à ce spectacle. Cela me rappelle ce matin là, avec la Fille de l'eau et de lumière, il y a plusieurs semaines. Sourire. Le ciel est bien différent ce matin. Plus uniforme. Plus ocre, jaune. Quelques oiseaux attirent mon attention. Ils frôlent la surface du lac, là, au loin. Ce bon vieux lac.
Encore une fois, je suis frappée par la liberté de ces êtres vivants. Voler doit y être pour beaucoup, dans cette sensation. Pourvoir aller où on veut, comme on veut. Se mouvoir dans le ciel. Aller à la conquête des étoiles. Se noyer dans les nuages. Slalomer entre les rayons du soleil, levant ou couchant.
Je ferme les yeux, sourire au lèvres, cheveux remués par la légère brise du matin, et j'imagine. Être un bel oiseau qui vole. Qui ouvre ses ailes. Qui trouble la surface du lac du bout des plumes. Qui zigzague entre les arbres du parc. Qui est libre.
Apaisée. C'est ainsi que je me sens quand mes yeux retrouvent le monde extérieur. La réalité. De pas trop mauvaise humeur pour commencer cette journée. Et j'espère au fond de moi que ça va continuer. Il serait temps.
Mes yeux se réhabituent peu à peu à la luminosité du monde et sont à la recherche d'autres détails à analyser, à explorer. Il n’eut personne qui ait foulé la pelouse depuis que je suis accoudée là. Alors, quand cette petite silhouette se découpe dans l'ombre du château, mes pupilles se dirigent instantanément vers elle. Légère. Frêle. Quand elle marche, j'ai l'impression qu'un coup de vent un peu trop fort pourrait la faire vaciller. Mais il n'en est rien. Elle est forte, sans doute. Peut-être qu'elle essaye de voler, elle aussi, à chaque pas. Qui sais ? Un tapis de longs cheveux noir traîne derrière elle. Ferme la marche.
Je la suis des yeux, plissés de concentration. *Que fait-elle ? Pourquoi a-t-elle arrêté sa marche silencieuse ?* L'Autre se penche. Pour ramasser quelque chose. L'avait-elle perdu ? Un objet rond, avec une sorte d'écran de verre. C'est tout ce que je distingue d'ici. Elle porte sa main et l'objet à son oreille. De dos, de sorte que je ne distingue pas son expression. Puis elle le secoue. Pour quoi faire ? *Qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que c'est ?*
Mes jambes m'ont déjà décollé du rebord de la fenêtre avant que mon cerveau ne comprenne où elles m’emmènent. Mais Curiosité chérie est encore de la partie. Je ne suis pas obligée de parler à l'Autre, pour ne pas lui faire croire que je l'espionne. Mais simplement être à bonne distance d'elle pour que je puisse distinguer quel est cet objet ? -C'est un peu espionner, quand même, Maggy, non ?-
Un étage. Le Hall. L'air frai sur mes joues. Tourner à gauche. L'herbe sous mes chaussures. Pente douce. Passage à l'ombre du château. Et elle. De profil cette fois. Je remarque sa peau blanche et son jeune âge. Première, deuxième année ? Je ne sais pas si elle me voit approcher. Si c'est le cas, elle n'en fait rien. Alors, mes pieds continuent à avancer, l'un après l'autre.
A distance respectable de l'Autre, je parviens enfin à entrevoir ce qu'elle a entre ses mains. Une montre. Mes sourcils se froncent en une moue interrogatrice. Cette montre ne semble pas à elle. Mais elle s'y accroche.
« Elle est cassée ? » sort de ma bouche avant que je ne puisse l'arrêter. C'est ce qui me vient à l'esprit. Mais je m'étais dit de ne pas parler. Mon silence du matin est brisé, pour la première fois de la journée.
mes excuses pour cette attente, Plume d'@Ashley Swan
Pourquoi passes-tu autant de temps dans ma tête ? Parce qu'il y fait toujours beau.
Particules d’espace-temps
Le Temps est mort, et dans ta main gît désormais la montre. Comme si elle n'attendait que cet instant. Cet instant où tu la prendrais dans tes petites mains, faire claquer une dernière fois ses aiguilles comme le souffle final d'un être, avant de s'éteindre dans la douce clarté du matin.
Tu ne sais pourquoi, mais alors que tu regardes la montre inerte, ton cœur se serre. Comme s'il s'agissait d'un véritable être, doué de pensées. Comme si cette montre ordinaire, était l'objet le plus vivant que tu n'ai jamais vu. Plus vivant que tous les Hommes réunis.
Il te prend soudain l'envie curieuse de considérer cette montre comme ton égale. Qu'elle mériterait une sépulture éléphantesque. Que dis-je, cyclopéenne ! Elle ne mériterait pas de finir dans une misérable poubelle ou à la décharge. Ni même déposée ici, dans l'herbe, à la merci des pieds qui pourraient fendiller encore plus sa petite vitre. *Non, je lui ferais le plus bel enterrement qu'on ait jamais vu.* Tu lui construirais un radeau avec des feuilles et des branches du Saul Cogneur. Un radeau magique qui jamais ne coulerait ou ne prendrait l'eau. Tu ne mettrais pas la montre directement sur l'embarcation, mais tu lui ferais comme un petit lit avec les plus jolies fleurs du parc. Viendrait alors la cérémonie, avec tous les élèves de Poudlard. *Non.* Tu tressailles. *Juste Ruby et moi.* Vous lui direz adieux, comme dans les films que maman regarde à la télé, plein de larme et de tristesse. Avec les discours et les mains qui tremblent. Puis tu t'avancerais pour pousser le radeau sur les flots calmes du lac. Et vous regarderez la montre s'éloigner loin, très loin.
Du coin de l’œil, tu aperçois un mouvement, mais tu as juste le temps de resserrer ton poing sur la montre avant d'entendre une voix très près de toi. Tu sursautes, et regardes la grande brune qui venait de te parler. Elle regarde la montre de ses deux yeux d'une jolie couleur verte. Tu les admires un instant, le regard obnubilé par les prunelles claires. Mais tu décroches vite et fixes de nouveau la montre. Peut-être qu'elle veut te la piquer, la garder que pour elle. *C'est moi qui l'ai trouvé, c'est la mienne.* Mais cette pensée disparaît bien vite. Pourquoi voudrait-elle d'une montre cassée ?
Tu rouvres ta main, pour qu'elle puisse voir les aiguilles arrêtées et lui jettes un regard en biais. *Dis, tu voudrais bien m'aider à fabriquer un radeau ?*
- Tu pourrais la réparer ?
Tu n'avais pas vraiment envie de la rejeter, et peut-être bien qu'elle pourrait t'aider. Redonner vie à cette montre. Redonner vie au Temps.
Navrée pour ce retard.
Tu ne sais pourquoi, mais alors que tu regardes la montre inerte, ton cœur se serre. Comme s'il s'agissait d'un véritable être, doué de pensées. Comme si cette montre ordinaire, était l'objet le plus vivant que tu n'ai jamais vu. Plus vivant que tous les Hommes réunis.
Il te prend soudain l'envie curieuse de considérer cette montre comme ton égale. Qu'elle mériterait une sépulture éléphantesque. Que dis-je, cyclopéenne ! Elle ne mériterait pas de finir dans une misérable poubelle ou à la décharge. Ni même déposée ici, dans l'herbe, à la merci des pieds qui pourraient fendiller encore plus sa petite vitre. *Non, je lui ferais le plus bel enterrement qu'on ait jamais vu.* Tu lui construirais un radeau avec des feuilles et des branches du Saul Cogneur. Un radeau magique qui jamais ne coulerait ou ne prendrait l'eau. Tu ne mettrais pas la montre directement sur l'embarcation, mais tu lui ferais comme un petit lit avec les plus jolies fleurs du parc. Viendrait alors la cérémonie, avec tous les élèves de Poudlard. *Non.* Tu tressailles. *Juste Ruby et moi.* Vous lui direz adieux, comme dans les films que maman regarde à la télé, plein de larme et de tristesse. Avec les discours et les mains qui tremblent. Puis tu t'avancerais pour pousser le radeau sur les flots calmes du lac. Et vous regarderez la montre s'éloigner loin, très loin.
Du coin de l’œil, tu aperçois un mouvement, mais tu as juste le temps de resserrer ton poing sur la montre avant d'entendre une voix très près de toi. Tu sursautes, et regardes la grande brune qui venait de te parler. Elle regarde la montre de ses deux yeux d'une jolie couleur verte. Tu les admires un instant, le regard obnubilé par les prunelles claires. Mais tu décroches vite et fixes de nouveau la montre. Peut-être qu'elle veut te la piquer, la garder que pour elle. *C'est moi qui l'ai trouvé, c'est la mienne.* Mais cette pensée disparaît bien vite. Pourquoi voudrait-elle d'une montre cassée ?
Tu rouvres ta main, pour qu'elle puisse voir les aiguilles arrêtées et lui jettes un regard en biais. *Dis, tu voudrais bien m'aider à fabriquer un radeau ?*
- Tu pourrais la réparer ?
Tu n'avais pas vraiment envie de la rejeter, et peut-être bien qu'elle pourrait t'aider. Redonner vie à cette montre. Redonner vie au Temps.
Navrée pour ce retard.
Go away chicken ! Alison M.
Éloge à la Charogne.
Éloge à la Charogne.