23 oct. 2020, 22:26
Une famille perdue à jamais solo
03 Février 2045

Papy Frank était mort il y avait un mois. On avait organisé les funérailles avec l'argent que l'on avait retiré de la vente de la maison et des animaux. Maman n'avait plus de travail depuis qu'on était parti de Londres. On ne pouvait pas garder la maison de papy. Et puis, à la cérémonie, il n'y avait pas grand monde. Papy n'avait personne à part nous. Maman me consolait en m'assurant qu'il avait eu une belle vie. Je savais qu'elle mentait. Il avait commencé à travailler assez jeune, et n'avait pas arrêté depuis. Je ne reverrai jamais le niffleur blanc, un animal unique parmi son espèce. Il me manquait déjà tellement !

Avec maman, on était retourné à Londres. Elle a réussi à retrouver un poste dans l'entreprise de sorcier à laquelle elle appartenait avant notre départ. Ça me faisait mal au coeur de revenir ici, dans cette ville où tant de mauvais souvenirs étaient ancrés. Dans chaque coin de rue, je revoyais des scènes de dispute mouvementées entre mes parents. Avec la vente de la ferme, maman a réussi à acheter un petit appartement au cœur de Londres. Papa vivait également dans la capitale, mais maman ne voulait pas se risquer d'aller le revoir. Elle ne voulait pas avoir de compte à lui rendre, et je la comprenais. Je n'avais aucune idée de ce qu'étaient devenus mon père et mon frère. Et ça me passait au-dessus. J'en avais franchement rien à faire. Ces deux là ne faisaient plus parti de ma vie, et ça allait très bien comme ça.

J'avais rencontré une fille à l'école. Elle s'appelait Elisabeth. C'était l'une des rares, pour ne pas dire la seule, qui osait me parler. Les autres avaient peur de moi depuis que j'avais brûlé ma table sans aucun briquet. Ils disaient que c'était moi qu'il fallait brûler. Elisabeth me comprenait. Je lui expliquais ce qui m'arrivait, et elle m'a dit que c'était aussi le cas de ses parents. Ils étaient sorciers. Mais elle, elle n'avait pas hérité de leurs pouvoirs. Elle ne savait pas pourquoi, et elle était vraiment déçue de ne pas être comme eux. Elle m'a avoué qu'elle y pensait chaque soir en pleurant. Je lui répondais qu'il ne fallait pas être triste. La magie avait bousillé ma vie en divisant ma famille. Je lui ai raconté toutes mon histoire, et elle a lâché une petite larme. Tu as raison, m'avait-elle dit, ton histoire est pire que la mienne.

Ma mère travaillait jusqu'à tard le soir, tout ça pour ne pas gagner grand-chose au niveau du salaire. On n'avait eu aucune nouvelle de ma sœur depuis sa disparition. Ma mère commençait à croire qu'elle était vraiment morte, mais j'arrivais encore à la persuader du contraire. Elle finira bientôt par perdre tout espoir. Et le jour où ce moment viendra, je sentais que je perdrais ma mère, la dernière personne qui était là pour moi. Il fallait que je fasse quelque chose.
J'en parlais à Elisabeth, elle m'a dit qu'à ma place, elle irait voir son père. Même si c'était un mauvais type qu'elle n'avait plus vu depuis des mois, il fallait que je prenne ma vie en main en commençant par le retrouver.

Franchement, maintenant que j'étais arrivé en bas de notre ancien appartement, là où devrait encore habiter mon père, je me demandais si c'était vraiment une bonne idée de revenir ici. Mais j'y étais, je n'avais pas fait tout ce chemin pour rien. Il faisait nuit, et vu qu'on était en septembre, je commençais à avoir froid. Un frisson me parcouru. Tandis que je tapais contre la porte, je tenais l'oreille pour entendre si quelqu'un approchait pour venir m'ouvrir. Rien. Je tapais encore. Rien. Je collas mon oreille contre la porte. Aucun bruit. Mais où pouvait bien être mon père ? Je réfléchis. Je me retournais pour vérifier le nom de la rue. C'était bien ici. La bonne rue. La bonne porte. Je reculais alors pour regarder la façade. Les traits de lumière s'allongeaient sur les pavés de la rue en même temps que les lampadaires s'éclairaient. Je levais la tête pour voir s'il y avait une fenêtre ouverte où j'aurais pu passer, me rendant bien compte qu'elles étaient beaucoup trop haut pour que je me risque à escalader. Et puis de toute façon, aucune fenêtre n'était ouverte. Mais, j'ai une étrange impression, d'un coup. Oui ! Quelqu'un me regarde par l'une des fenêtres. Mais la pièce où il se trouve n'est pas éclairée. Je ne distingue donc qu'une ombre, avec deux yeux étincelants tournés vers moi. Puis plus rien, l'individu était parti. Qui pouvait-il bien être ? Je commençais à perdre patience et à tambourine à la porte de mon ancien appartement. Au bout de quelques secondes, la porte directement à la gauche de celle sur laquelle j'étais concentré s'ouvrit. Je mapprochais, et tandis qu'une lumière sortait de cette porte désormais ouverte, je compris qui était l'homme qui me faisait face. Le même homme qui était à la fenêtre il y a un instant. Mon voisin !

A. Smith
1ère année rp