Ivresse Miroitante K.L.

__________________________________

SWANN
À L’AUBE DE SES DOUZE ANS
~ 01.05.45 – 23h31 ~

Image postée par le membre


DORTOIRS DE GRYFFONDOR


Plic.

C’est le clapotis de la pluie sur les carreaux des fenêtres.

Plac.

C’est le prologue de l’orage.

Ploc.

C’est le moment tant attendu où le ciel déverse sa tristesse sur le monde qu’il domine. Un Monde complexe. Gorgé de ses fourmis grouillant, entassées dans leurs maudits pays. Il souffre le Monde. Il souffre en silence. Et les Hommes regardent bêtement le bleu du ciel, priant pour un peu de fraîcheur. Mais quand vient l’hiver, ils espèrent retrouver l’été. Et ils songent à leurs soucis. Les leurs. Pas ceux du Monde qui les héberge avec divine bienveillance. Non. Les leurs. Egoïstes sont les Hommes. Ils plantent des lames aiguisées dans le cœur du Monde qui est voué à mourir. Ils tuent leur Sauveur. Et quand le Monde s’écroulera, l’Homme s’exclamera : « Tôt ou tard, ça allait arriver ! Le destin est écrit ! ». Et dans son dernier souffle, le Monde leur murmurera « Tôt ou tard, tu aurais pu le changer. Le destin est écrit au crayon à papier… Maintenant je me meurs, tu avais la gomme. Tu pouvais réécrire cette fin, en somme, mais tu as préféré te moquer de mon sort. Tu as jeté la gomme. Et tu t’en es allé. ». Egoïstes sont les Hommes. Egoïstes. Jusqu’à la Mort.

Et le Monde pleure. Le Monde dépose ses larmes de douleur. Plic. Plac. Ploc.

Les perles d’eau tombent en rythme, et chantent cette musique triste. Ma Conscience s’en imprègne. Quelques notes de pluie. Elles tournent dans ma tête, dans mon Esprit, dans mes doigts articulés qui tapotent le tissu du drap de mon lit. Et soudain, bercée par ce clapotis continu, l’envie soudaine de respirer anime mon corps éveillé. Respirer. Ressentir la fraîcheur de l’air dans ma trachée. Extérioriser mes peines. Recracher le poids qui alourdit mon Cœur, encore et toujours. Déverser cette multitude d’émotions, trop souvent stockée au fin fond de mon être, pour ne pas que les Autres me voient. Respirer. Partir. Sortir.



Mécaniquement, mes membres se meuvent, et me voilà debout. Debout pour affronter la tristesse du Ciel. Ou debout pour l’accompagner dans sa souffrance. Les larmes qu’on ne pleure pas dans notre âme retombent toutes, et de leurs patientes gouttes, martèlent le cœur triste et las. Mes pieds nus, gelés par la pierre, cognent le sol. Ils courent. Ils ne peuvent supporter plus longtemps le poids de ces « Larmes Enfouies ». Ils ont mal. J’ai besoin de trouver réconfort auprès de la Nuit. Besoin de laisser le Monstre de Pierre, ce château endormi, derrière moi. Loin. Très loin. Pour ne former plus qu’un, avec la Reine des songes.

*SILENCE*

________________________________


PARC


*MUSIQUE*


Me voilà dehors. Enfin. Enfin je peux écouter ces notes de pluie. Enfin elles peuvent me toucher par centaine. Mes cheveux deviennent de longs fils d’eau, mes pieds retrouvent leur légèreté, et mon esprit son amie : la Nuit. Qu’elle est belle, Nuit. Qu’elle est douce. Qu’elle est pure. Son vent est bon, presque chaud, sa pluie est sensible, ses étoiles scintillantes et sa Lune sublime, sa Lune pleine.

*INSPIRE*


Quel jour sommes-nous ?
Pre… Premier mai…

Mai ?


Mon Cœur frissonne. Il connaît cette date. La reconnait.

~ Veille de ce jour où tu es née, petite Etoile, il y a douze ans ~


Au lever de l’Astre de feu… j’aurais… douze ans. Minuit arrive à grand pas. Je le sais. Je le sens.

Douze ans. Il y a douze ans que Conscience est née, et qu’elle a donné à cette enveloppe charnelle me couvrant, la Vie. Conscience qui ne fait que penser à toi. À vous. À Eux. Papa. Maman.

*EXPIRE*


Le souffle du vent fait frémir mon Cœur. Un Cœur, seul, sans Eux. Combien de jours se sont succédés depuis les derniers Mots de Maman avant mon départ ? Combien de sabliers devront couler encore, avant de retrouver l’odeur de Papa. Combien ? COMBIEN ? La pluie résonne. Tombe du Ciel, tombe de Cœur.

Une douceur humide caresse le velours de mes joues. Une larme ? Une goutte de pluie ? Que va-t-on faire ? À quoi bon reprocher à la faiblesse de mon âme d’exprimer sa douleur ? Non. Je pleure. Je pleure. Et je pleurerai, jusqu’à ce que mes larmes assombrissent le sol clair. Qu’elles le mouillent. Qu’elles l’irriguent. Qu’elles le salissent. Qu’elles l’empoisonnent alliées à la pluie. Que pleure le ciel tant sa peine est profonde. Qu’agonisent les nuages tant ils souffrent d’être soldats des Ténèbres. Que hurlent les éclairs tant la rage les animent. Qu’ils crient. Qu’ils osent montrer à la pire face de la Terre, leurs démons rassemblés en cette foudre qui blesse. Qui terrasse. Qui tue.



Mes cheveux suivent le vent, tourbillonnent, s’emmêlent de cette eau de pluie qui tombe en cascade sur mes membres tristes. Mes membres faibles. Je laisse mon visage se noyer dans ce torrent venu du ciel. Je le remercie, le ciel. Je le remercie d’être un allié. Mon allié. Celui qui me donne la Lune protectrice quand j’ai besoin de réconfort. Celui qui me rend mon Soleil heureux. Celui qui peint de reflets rosés mes pupilles lorsqu’elles mirent l’horizon de l’Aube. Il rythme mes humeurs. Et en cette nuit, il pleure avec moi. Il pleure. Jusqu’à en déshydrater l’entièreté de l’enveloppe charnelle qui me fait vivre. Je l’aime le Ciel. Lui, il me comprend.

Et je tombe. Je chute, dans l’ivresse du soir. Je laisse mes genoux effleurer le sol d’eau. Nombreux sont les fils châtains devant mes yeux miroitants. Et je les laisse, eux aussi, se lier à la Tristesse.

(Oh Plume !
Je n’ose t’écrire la joie qui m’anime. Le Temps m’a laissé écrire et quel bonheur de pouvoir enfin poser quelques bribes sur ce qui me fait songer depuis bien un joli mois.
En espérant que l’Inspiration te guide comme elle vient de me guider.
Allons valser sous cette pluie de mai.)

En l’honneur de Flashy
- seconde année RP-devoirs -
Joueuse de Quidditch

Ivresse Miroitante K.L.
1er Mai 2045,
Parc, Poudlard,
2nde année.

Sous. La. Pluie.


Que la fièvre marche avec nous, sous les arcades et sous les coups
Pied au plancher, amour au poing
Tête en avant, oublie tout, lâche les chevaux, rends-les fous
FAUVE ≠ — Sous les Arcades
_____


Pourquoi l’Univers pleure-t-il, ce soir ?
Pourquoi laisse-t-il toute cette grisaille l’ensevelir ?
Pourquoi ne se bat-il pas contre la tristesse qui l’envahit et cache la pureté de son Ciel ?

Les sourcils froncés, appuyée contre la fenêtre, tu médites contre la Trahison de l’Univers. Qui a brisé son cœur ?
Et surtout, pourquoi cache-t-il la lueur des Etoiles ? Pour que tu jalouses les nuages qui, ce soir, ont le privilège de les avoir pour eux seuls ?
La tête légèrement inclinée, tu laisses tes paupières tomber sur l’hiver de ton regard. Non, tu ne te permettras pas de pleurer. Tu n’en as plus le droit.
Longtemps que tu ne t’étais pas sentie ainsi, libre et sans entraves, sans poids pour te comprimer la poitrine, sans cette sensation de sans cesse échouer. Les larmes n’ont plus leur place sur ton visage désormais, tu les as fait fuir ; elles sont parties hanter un Autre, ont laissé ton corps.
Un petit sourire joue sur le coin de tes lèvres. Les filles font planer dans le Dortoir un silence de mort. Toutes dorment sans doute ; sont perdues entre leurs pensées et leurs rêves et ont depuis bien longtemps cessé d’émettre le moindre son. Leur respiration résonne comme un seul souffle, et l’unité que tu ressens en prêtant une oreille attentive à leurs expirations te fait un bien fou.
Tu entendrais presque leurs battements de cœur, réguliers, en rythme. Intruse dans l’harmonie du sommeil des Autres, tu te lèves lentement. Tes pieds nus se posent sur le tapis sombre, y traçant une forme que tu t’empresses d’effacer. Ton souhait de rester invisible, d’être une Ombre parmi les Ombres de la Nuit, te paraît difficile à réaliser.
*Faut pas qu’elles m’voient. Faut pas qu’elles m’entendent. J’suis une Ombre.*
Posant l’avant de tes pieds, sans jamais oser taper tes talons contre le sol, tu progresses à pas lents dans l’obscure clarté de la Nuit.
Seulement guidée par la lueur vague de la Lune, toujours dissimulée par le rideau de Larmes d’Univers, tu te diriges comme tu le peux. Une main tendue devant toi pour trouver la porte, après une éternité passée à tâtonner, tu franchis enfin le seuil et savoures la sensation de la pierre glaciale sous la plante de tes pieds.

Pas de Maë pour obscurcir tes pensées ce soir. Pas de Mort pour assombrir ta Nuit. Seulement la pluie qui s’abat, sadique, sur la campagne écossaise, et le froid qui court jusqu’à tes os.
Sans même songer à retourner dans le Dortoir pour saisir une cape ou des chaussures, tu continues d’avancer, sombre. Contre toute attente, entendre les Larmes s’échouer contre les murs de pierre ne te fait pas mal. Il te procure un étrange apaisement, un calme éphémère et pourtant terriblement agréable.
*C’est pas moi qui pleure, c’est quelqu’un d’autre, et ça m’fait du bien de voir que même l’Univers il peut être triste*.

Tes pieds vont tous seuls, comme guidés par un instinct éveillé en même temps que la Nuit.
Ta peau frissonne au contact du sol glacial, mais tu t’en fous ;
Tu serres tes bras contre toi pour te protéger de l’humidité et repousser la fièvre qui menace de s’emparer de toi. Ça aussi, tu t’en fous.
Les seules choses qui comptent à présent, ce sont l’Univers et ses Larmes, et l’envie que tu as de t’offrir avec eux, de leur ouvrir ton cœur pour t’emplir de leurs mille vies, de leur infinité de souvenirs.

A présent, tu cours. Tu cours sans même faire attention au son sec que produisent tes talons que tu poses désormais violemment par terre. Tu cours sans même te soucier des regards des autres Ombres qui errent sans doute dans les couloirs sombres du Château ; te retrouvant bien vite face à la grande porte.
La franchissant, comme tu passerais le seuil des Rêves, tu laisses tes jambes ralentir d’elles-mêmes.

Une gamine est là, ses cheveux dont la couleur se fond dans les ténèbres de la nuit dansant autour de son visage, le visage tourné vers les cieux. Sa chute se joue comme au ralenti, se gravant dans ton esprit au fer rouge. Tu ressens le choc de ses genoux heurtant le sol jusqu’au plus profond de ton cœur.
Hésitante, tu avances, le bruit de tes pas assourdi par le vacarme de l’orage.
Tes yeux ne cillent pas, clignant de temps à autres pour faire couler les Larmes d’Univers, perdus dans la danse hypnotisante de sa chevelure tournoyante.

Tu t’accroupis soudain. Poussée par ton inconscient, tu te baisses pour te trouver à la hauteur de l’Autre. Tendant les bras vers elle, tu l’entoures maladroitement
*là, j’te protège, t’en fais pas*. Tu ne sais pas définir l’eau qui coule sur ses joues. Pleurs ou gouttes ? Finalement, ça n’a pas vraiment d’importance ; les deux se mêlent sans doute et la Gamine a besoin d’aide.

« Attrape le tonnerre à pleines mains… »


Les paroles se perdent dans la tempête. Ton murmure s’égare, ton souffle disparaît.

• ‘til it seemed
that Sense was breaking through — •

ent‘r‘êvée

Ivresse Miroitante K.L.
Brûlante est cette eau. Elle embrase mes joues, enflamme mon esprit, enrage la douleur qui ronge mes membres meurtris. J'ai mal. Je souffre. Mes sanglots sont le reflet terne et bruyant de la rage qui m'anime. Faire en sorte que l'air dans mes poumons soit brûlant.

Je vais avoir… d… douze ans…

Je sens le moment se rapprocher. Ou peut-être est-il déjà passé ? Peut-être que l’Univers est-il déjà plongé dans ce nouveau jour. 2 mai ? La date résonnant en écho dans mes entrailles, emplit à nouveau mon être de frissons glacials et douloureux. Ce jour. Il n’a jamais été aussi proche. Jamais. Chaque pulsion ardente de mon cœur me tire un peu plus vers cette nouvelle ère. Que je commencerai seule. J’ai toujours été seule. Et j’essaye seulement d’apprécier mon unique amie. Solitude.

Que c'est doux d'écouter ces gouttes de pluie marteler la pierre de ce monstre sans vie. Que c'est beau de voir, d'entendre et de ressentir que, pour une fois, l'Univers marche avec moi. De le comprendre. D'accompagner les Larmes de Pluie qui tombent de son ciel. Enfin m'unir à lui, pleinement m'allier à ce Ciel aux mille visages. Pleurons ensemble, tu veux ?
Je ne veux pas affronter le Jour. Le soleil me désire mais la nuit m’inspire. Nuit, reste un peu, berce encore ma tristesse de ta Pluie chaleureuse, ne t’en lasse pas, s’il te plaît.

Papa. Maman. Où êtes vous ? Le nœud de ma gorge se serre encore un peu plus fort, plus les gouttes salées coulent de mes yeux, plus la peine devient grande, plus le manque se ressent. Un torrent de douleur dont mon Cœur en est la source, passant par les mille détours de mon corps, rendant mes Sphères miroitantes et humides.

Tu m'entends le Blizzard ? Tu m'entends ?
Vas-y, hurle, frappe-moi de ton souffle. Ose emmêler le châtain de mes cheveux tournoyants. Claque contre ma faible chaire, contre cette enveloppe qui s'écroule. Tu m'entends la Tristesse ? Tu m'entends ? Inonde encore le velours de ma peau, noie-la dans mes pleurs flamboyants. Et une fois envolée, laisse-moi. Pars, loin.

Papa ? Maman ?
Vous... êtes... où ?
V...


*CHOC*


Une chaleur humaine m'entoure de deux bras. Membres d'un Autre. Mon Organe de Vie semble s’arrêter. Mes muscles agonisent, se pressent, se contractent. Une main se dépose sur mon enveloppe charnelle noyée dans la Mer-de-Larmes. Qu'on soit des milliards de mains sur des milliards d'épaules, la sienne est délicate et réconfortante. Si j'aurais sans doute repoussé de mon aura, l'ombre d'un Semblable, celle-ci, cette ombre, sait redonner à mon être une lueur d'espoir. L'espérance est un trésor. Qui es-tu, Ombre qui me protège ?

« Attrape le tonnerre à pleines mains »


L'Ombre me dépose des mots précieux au creux de l'oreille. L'espace d'une seconde, ce n'est que de l'eau de Pluie qui caresse mes joues. Plus des pleurs. Et je laisse mes Pupilles contempler son visage. Parce qu'elle a su détruire la Solitude, parfois nécessaire, mais inhumaine lorsqu'elle te suit depuis le jour où tu comprends qu'il n'y a plus que toi, Papa, Maman. C'est tout.

Une jeune fille. Dans les ténèbres de la nuit, je ne pourrais que la dessiner de ses cheveux flamboyants. Le reste de son apparence se cache derrière le noir nocturne. Elle me protège de son étreinte, mais je ne trouve la force de délier ma voix, gorgée de Larmes extirpées de mon Cœur. Pourtant, ses bribes étaient essoufflées avec une sagesse imprenable, comme une belle poésie. Il me doit de lui répondre.

Le tonnerre ?
Même lui, il m’a abandonnée. Quoique, il semble se joindre à ma tristesse, grondant dans ce ciel qui veille le Jour.


Comme-ci en cette nuit de mai, la nature résonne avec mon être, contre Eux. Contre les Autres. Contre mes Semblables entassés en fourmis dans ce Monde écroulé. Puis il y a l’Ombre. Entre la bataille.
Je pousse un cri, fragile, de tristesse, et murmure quelques bribes qui font frisonner mon cœur.

« J'attrape la fureur... À pleines mains. »


Et sous le regard de la belle Lune qui pleure, je dépose le mien dans les prunelles de l’Ombre.

(Plume,
La Pluie d'hier et de ce jour m'a fait penser à nos deux Gamines attendant sous l'orage ma réponse.
Je suis honteusement désolée pour ce retard. Navrée. Vraiment.
Que ta journée soit belle)

En l’honneur de Flashy
- seconde année RP-devoirs -
Joueuse de Quidditch

Ivresse Miroitante K.L.
Tes bras enlaçant son être sont comme une ancre qui te retient sur Terre. L’eau dégouline sur ton visage pâle, ses larmes inondent le sien en se mêlant aux pleurs d’Univers ; la vie irradie de votre entrelac comme un phare dans la tempête.

L’évidence s’impose, les mots sont clairs ; ce soir, rien ne peut vous toucher, vous flottez au-dessus du sol : les planètes sont alignées. La douceur de l’instant étreint ton cœur et malgré le froid et ton corps transi, tu étires tes lèvres en un léger sourire. Le monde est beau, sous son voile de tristesse ; la Nuit est peut-être violente et tumultueuse mais elle apaise ton esprit jusque là bien tourmenté.
Tes genoux plongés dans le sol transformé en masse boueuse, tes yeux clos et ton corps collé à celui de la Gamine comme une promesse de réconfort et de soutien, tu espères que ce soir sera la première lueur venue des profondeurs, et qu’elle sera suivie d’une myriade d’autres. Que tu parviendras à nouveau à repérer les flashs colorés dans le noir, les éclats furtifs sur les parois et les visages ; que ton cœur recommencera à battre pour de bon, par envie, par défi.

Un besoin infini de vivre, d’exister vient submerger tout ton corps. Tu tiens dans tes bras une enfant perdue, dont la détresse sourde de chacun de ses pores, et pourtant à cet instant, la peau inondée de pluie, la nuit ayant ouvert ses bras sur le pays depuis bien longtemps déjà, l’esprit encore habité de cauchemars et d’angoisses, tu te sens immensément bien. Prête à offrir un peu de ton bonheur à ceux qui en ont besoin, un peu de ta chaleur et de ton émerveillement pour la beauté du monde à ceux qui sont en manque d’étoiles et d’univers, enfin ouverte à l’extérieur et aux douleurs des Autres. Tu te sens plus grande ce soir, comme si tu avais bu les cieux, que tu t’étais gorgée de leurs sentiments et de leurs souvenirs.
Tu clignes des paupières pour chasser les gouttes collées sur tes cils. Prête à tout rejouer, peut-être tout perdre ; mais peut-être aussi tout rafler, tout braquer, tout gagner, tu inspires profondément l’air de la nuit.

Une nuit, dans ce même Parc, tu avais enlacé pour la première fois ta main avec celle d’une gamine que tu avais surnommée Petite Ombre. Tu avais scellé ton destin, avais tracé ton chemin contre celui de l’enfant-des-ténèbres sans te douter de la place qu’elle prendrait dans ton cœur.
Non, là tu ne veux pas d’une copie de la rencontre avec ton Amie. Tu ne veux pas de relation similaire à celle-ci, car elle est unique et incomparable.

Tu sens ton cœur qui s’agite, au fond de ta poitrine. Ton pouls qui accélère, qui forme un rythme éperdu, un appel à la vie. Un rébellion contre la tristesse des Cieux et l’écho qu’elle a trouvé dans le cœur de la Gamine que tu tiens serrée contre toi. L’envie de te dresser contre la douleur du Monde, contre la multitude de larmes qui coulent chaque soir de milliers de joues, contre les cauchemars de tous les enfants et les maux secrets des Adultes. Là, ta robe collée sur ton corps frêle par l’eau dégoulinante, tes cheveux indisciplinés plaqués sur le visage, tes yeux luisant de la même lueur électrique qui illumine de temps à autres le ciel assombri de nuages, tu relèves le menton.

Le cri de détresse de l’enfant te conforte dans ton idée. Tes lèvres s’étirent encore. Le cœur palpitant de mille utopies, l’envie de combattre toutes les douleurs de l’univers, tu te relèves lentement. D’abord un pied, que tu poses sur le sol, puis le second. Et tu te retrouves à nouveau debout, face à l’Autre toujours prostrée. Le désir soudain de te battre, dos à dos avec elle, contre tout, de traquer les épiphanies, de tirer des plans sur la comète et d’entraver vos démons, embrase ton cœur.

Tu tends une main, à hauteur de son visage, laisse finalement tes traits s’éclairer sans tâcher de ravaler ton sourire. « Vas-y, relève-toi », lance la paume tournée vers le ciel. « Bats-toi avec moi, on affrontera c’monde ensemble. »
Un petit hochement de tête, puis tu siffles par-dessus le grondement du ciel :


« Allez, viens. Viens t’battre contre le Monde, et cracher ta haine au Blizzard. »


Tu songes aux Filles du Dortoirs qui, à cet instant, se prélassent dans les bras de Morphée. La pitié monte en toi. *Elles ratent quelqu’chose de beau.*

« Viens lui montrer que t’es pas qu’une Gamine qui pleure, qu’t’es bien plus puissante que lui. »


*Viens affronter tes peurs, tu verras ; tu te sentiras tellement vivante.*

• ‘til it seemed
that Sense was breaking through — •

ent‘r‘êvée

Ivresse Miroitante K.L.
La Dame Grise aimait bien le bruit de la pluie. Elle résonnait sur les vitres tantôt violemment, tantôt doucement. C'était joli. La fantôme se glissa dehors pour admirer le ciel en train de pleurer. Elle entendit soudain des voix. Des voix qui prononçaient des paroles emplies de poésie mais tout de même assez étranges... Mais qui était là, à une heure pareille et ce temps là ? Des sorciers ? La pluie ne glissait pas sur eux comme elle le faisait sur les corps des fantômes, il n'y avait aucun intérêt à sortir par cette nuit.

« Que faites-vous ici Mesdemoiselles ? Il est tard et vous risquez d'attraper la crève ! »

Elle regarda les deux enfants avec sévérité, une pointe de curiosité peut-être.