Larmes de Serpent, pas de crocodile M.S

12 Janvier au soir, 17h passé
Avec @Marla Sharpe


Il n'était pas à l'aise, pas du tout même. Il n'était même pas au courant que le poste avait changé tellement cette pièce lui inspirait peu confiance. Il y avait déjà été, là n'était pas le soucis, c'était seulement qu'il n'arrivait pas à être à l'aise avec l'idée qu'elle renvoyait. Une pièce où on peut demander de l'aide, se faire soigner. Une pièce où on avait le droit de ne pas aller bien et d'avoir besoin d'aide. C'était avec ça qu'il avait du mal, parce qu'il était à Poudlard et qu'il ne voulait pas montrer ça, justement, qu'il avait lui aussi besoin d'aide. Et pourtant c'était le cas, il avait même l'impression que ça crevait tellement les yeux que personne ne pourrait imaginer que ce n'était pas le cas. Pourtant, même en se collant dans un coin de la salle d'attente, il n'arrivait pas à se faire à l'idée qu'il était vraiment venu. Il ne comptait plus les fois où il s'était arrêté devant la porte avant de tourner les talons. Il se trouvait lâche d'avoir peur comme ça mais il ne savait pas comment, justement, ne pas avoir peur.

Il ne faisait pas confiance aux adultes, ni aux sorciers ni aux moldus et c'était stupide quand il savait également que ce ne serait que grâce à eux qu'il pourrait aller mieux et trouver des solutions. Il avait essayé tout seul et ça avait été un fiasco sans nom. Il avait essayé à Londres, de tout remettre en ordre en parlant à quelqu'un. Quelques beaux sourires et de gentils mots et il avait eu l'impression d'aller mieux, d'être en sécurité. C'était jusqu'à ce qu'il rentre chez lui pour se rendre compte que sa mère avait été mise au courant. Il avait tout dit, comment elle lui faisait peur, comment il ne savait pas comment être autour d'elle, qu'il voulait être quelqu'un qu'elle ne le laissait pas être. Et on l'avait mise au courant, elle avait apprit absolument tout ce qu'il ne voulait pas lui dire. En plus de ça, il n'avait pu qu'effleurer le problème parce qu'alors, s'il avait tout dit pour la magie, il aurait eu des problèmes.

Depuis, il n'avait jamais vraiment parlé de comment il se sentait. Il restait très évasif, cachait les soucis et souriait. Il voulait les oublier et pourtant ils ne se laissaient pas faire. Parler avec Infini avait été quelque chose de vraiment libérateur mais l'effet pervers était que, maintenant, il avait besoin de dire d'autres choses. Il ressentait l'affreux besoin de faire confiance à quelqu'un qui l'écouterait. La boule dans sa gorge qui l'empêchait de manger ou même de respirer correctement une fois la nuit tombée augmentait en taille tous les jours. Pourquoi parler quand cela finissait toujours par faire encore plus de mal ? Peut-être qu'après cette explosion, il irait mieux. De toute façon il n'avait plus trop le choix et c'était pour ça qu'il était là, à toquer à cette porte. Si ça ne fonctionnait pas il allait finir par exploser encore une fois et ce ne serait pas beau à voir.

Il suffisait juste de se dire que personne ne saurait jamais ce qu'il se passerait ici. Il suffisait juste de faire assez confiance à un adulte pour lui parler sans avoir peur qu'il aille tout balancer à sa mère, parce que là ce serait encore pire depuis qu'il l'avait vu pendant les vacances. Une partie égoïste de lui espérait qu'en parler ferait fondre cette envie de se faire pardonner par elle, parce que ça n'arriverait pas. Il voulait qu'on le regarde dans les yeux et qu'on lui dise qu'elle n'avait pas à le détester comme ça, qu'on lui répète assez pour qu'il y croie même si c'était pas vrai.

"T'a Smaug sur son tas d'or et t'as Edwin sur son tas de rédacteurs" - Isaac Powell
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)

Larmes de Serpent, pas de crocodile M.S
Tic, tac, tic, tac.


Le cadran de l’horloge indiquait que Thomas était en sécurité. Les épaules de l’infirmière se relâchèrent.

Assise à son bureau, une jambe élégamment croisée sur l’autre, Marla Sharpe pensait. Voilà quelques jours que l’Irlandaise avait commencé à travailler comme infirmière à Poudlard et, bien décidée à s’approprier les lieux, celle-ci avait donc entreprit de faire un sérieux ménage sur son nouveau lieu de travail. Prise par cette passion dévorante qu’était le fait de faire du rangement, Marla avait donc commencé par installer ses affaires dans son bureau. Cela incluait donc d’y entreposer ses différentes potions et lotions préparées à l’avance dans son armoire à pharmacie. Les nombreuses fioles étaient étiquetées et rangées par couleur et par effet. C’était un moment satisfaisant pendant lequel elle ne pensait à rien d’autre.

Elle avait ensuite prit possession des lieux en déambulant dans ses nouveaux quartiers, telle une âme en peine, accrochant ça et là quelques règlements et autres messages sur son panneau d’informations. Le rendu lui plaisait assez et elle était prête à recevoir les élèves comme il se devait.

Elle doutait encore d’elle, concernant la décision qu’elle venait de prendre, mais lorsqu’il s’agissait de Thomas, Marla ne réfléchissait pas toujours avec raison. Il n’était donc pas rare qu’elle se retrouve dans certaines situations délicates pour son fils. Thomas était sa magie la plus précieuse. Il était le fil qui l’aidait à garder les pieds sur terre et la tête haute. Les derniers mois n’avaient rien arrangés, c’était un fait.

Parcourue d’un frisson à la pensée des récents évènements qui s’étaient produits durant l’année précédente, elle chassa de son esprit tout ce qu’il était possible de chasser. Il était hors de question qu’elle se laisse aller. Son sommeil en pâtissait très souvent, mais jamais l’Irlandaise n’autorisait qui que ce soit à voir cette faiblesse au fond d’elle. La sorcière restait parfaite pour chaque situation. Elle se pencha à nouveau sur le parchemin qu’elle avait commencé à rédiger à l’intention de son frère.

Quand l’une des nombreuses aiguilles du cadran de son horloge indiqua qu’elle n’était plus seule.

Quelques coups à la porte confirmèrent ce qu’elle savait déjà. L’horloge ne lui mentait jamais. Elle déplia ses jambes, replaça quelques mèches de cheveux derrière ses oreilles, tout en rangeant le parchemin destiné à son frère et d’une voix basse, mais sèche dit :

«  Entrez, c’est ouvert. »

« Six bricks in the Wall » #EkipFamily

Larmes de Serpent, pas de crocodile M.S
La voix sèche de la femme derrière la porte le tendit comme un arc. Est-ce que c'était vraiment elle l'infirmière ? Une femme sèche, génial. Pour peu qu'elle soit brune et moldue, ce serait comme s'il parlait à sa mère. Il grince des dents et entrouvre doucement la porte pour entrer en silence, presque timide. Elle ne lui inspire pas vraiment confiance aux premiers abords, surtout en sachant que c'est une sorcière et il a soudainement envie de fuir. Bien sûr qu'elle ne va pas l'aider, elle va juste faire tout le monde et lui dire qu'il est stupide et qu'il n'avait qu'à pas faire de bêtises. Il prend une respiration laborieuse. L'angoisse le bouffe beaucoup plus que d'habitude et, soudain, il ne comprend plus du tout pourquoi il avait voulu parler à un adulte. Parler à Infini était clairement plus simple, il savait que l'autre ne le jugerait jamais. Quelqu'un qu'il ne connaissait pas, c'était tout autre chose et peut-être même que l'adulte serait de l'avis de sa mère.

Bonjour madame ? Il trébuche de quelques pas dans l'infirmerie. La dernière fois qu'il y était allé ce n'était pas vraiment pour quelque chose de bon. Je vous dérange pas... Si ? Il se fige et n'ose pas avancer beaucoup plus alors qu'il se tortille les mains, joue avec ses ongles et tire son tee-shirt. Si ça se trouve, elle n'est même pas là pour écouter les élèves, peut-être juste pour les soigner. Après-tout, le monde moldu n'est pas comme le monde sorcier. Il a soudainement envie de pleurer, juste de relâcher la pression qu'il se met depuis des lustres, de pleurer comme il a pleuré devant Finn, devant sa mère ou seul dans son lit.

Il baisse les yeux et frotte avec le bout de sa chaussure sur le sol. Qu'elle ne dise rien l'angoisse, le silence le stresse beaucoup parce qu'il ne sait pas du tout ce qu'elle peut penser de lui pendant ce laps de temps. C'est pour ça qu'il déteste que les autres le regarde, parce qu'il est incapable de savoir ce qu'ils pensent, ce qu'ils se retiennent de dire ou de faire. Peut-être qu'elle le regarde et qu'elle se demande pourquoi il est là, ou alors peut-être qu'elle le trouve embêtant de venir maintenant. Sûrement qu'elle a des choses plus importantes à faire. Est-ce que v-vous êtes comme les infirmières moldues ? Il relève un peu la tête pour observer l'autre. Au moins, elle n'est pas beaucoup plus grande que lui, en fait ils font presque la même taille il a l'impression. Ca la rend beaucoup moins effrayante, si elle l'était. Oh, bien sûr si jamais elle voulait lui faire du mal elle pourrait en deux coups de baguette mais le fait de ne pas la voir le surplomber comme le fait sa mère est particulièrement reposant. S'il imagine assez fort, il peut même avoir l'impression de parler à quelqu'un de son âge, même si son visage fait beaucoup plus mature que toutes les premières ou deuxièmes années. L'infirmière moldue elle m'avait dit que... que je pouvais venir la voir pour parler quand ça allait pas parce que ça m'aiderait à.... à dormir et à manger aussi mais...

Mais quoi ? Il ne voulait pas déranger, il avait peur, il ne savait pas s'il était légitime à se plaindre, s'il avait le droit de chercher le pardon à travers cette femme.

"T'a Smaug sur son tas d'or et t'as Edwin sur son tas de rédacteurs" - Isaac Powell
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)

Larmes de Serpent, pas de crocodile M.S
Le garçon qui entra dans la pièce radoucit instantanément les traits du visage de l'infirmière. Un Serpentard, à peine moins grand qu'elle. Elle le détailla un peu plus à mesure qu'il s'approchait. Certes, il n'avait pas l'air malade, mais Marla l'aurait bien renvoyé vers les cuisines pour le remplumer. Il paraissait hésitant, timide. Voyant une ouverture, Bastet se glissa à son tour derrière le Serpentard, d'une démarche aussi élégante que sa maîtresse, mais Marla n'y fit pas attention. Bastet avait déjà pris ses aises dans le château.

« Bonjour. » dit-elle simplement, en l'invitant à s'asseoir d'un geste de la main, puis dans un demi-sourire, fit non de la tête. Non, il ne la dérangeait pas. Les adolescents étaient un véritable paradoxe pour l'adulte qu'elle était. Ils étaient si prévisibles, et pourtant chacun avait sa particularité, ce qui étonnait toujours la sorcière.

Elle se pencha un peu vers lui, posant sa tête sur ses mains, dans l'espoir que le garçon se sente plus décontracté. Le bureau de l'infirmière était un endroit qui se voulait être assez confortable pour que les élèves puissent parler à coeur ouvert, mais assez propre pour que l'infirmière elle-même s'y sente parfaitement bien.

« Cela dépend de ce que tu entends par 'comme les infirmières moldues'. » dit-elle simplement, continuant tranquillement à sourire, tout en essayant de réfléchir à la question. « Les soigneurs moldus utilisent beaucoup d'outils. Les soigneurs sorciers, eux, préfèrent utiliser leur baguette. C'est la seule différence, je pense. »

Marla se souvenait, quelques années auparavant, avoir visité un hôpital moldu, dans l'espoir d'en apprendre plus sur leur façon de soigner. Ce monde lui était complètement inconnu. Elle était bien évidemment rentrée bredouille de son escapade. Les soigneurs moldus n'avaient rien à lui apprendre qu'elle ne savait pas déjà. « Mais nous avons cela en commun, oui. On peut aussi soigner par les mots. Tu peux me parler de ce qui te tracasse. Comment puis-je t'appeler ?» dit-elle en déplaçant le bol qui contenait quelques sorbets citron et patacitrouilles en tout genre. Cette invitation au sucré pouvait peut-être aider le garçon à se sentir en confiance face à l'infirmière. Derrière elle, Bastet s'était installée sur un meuble et ronronnait en fixant le Serpentard.

« Six bricks in the Wall » #EkipFamily

Larmes de Serpent, pas de crocodile M.S
Il suit le mouvement du chat en tournant la tête. Il aime bien les animaux, mais il n'est pas particulièrement amoureux des chats. Il aime juste les caresser, passer ses mains sur leur dos, les gratouiller derrière les oreilles mais en étant totalement honnête, aucun animal ne lui donnait vraiment envie d'en avoir un. C'était cool chez les autres, ou les chats qu'il croisait à Londres dans les rues. Il y en avait très peu mais Edwin les appréciait, souvent ils étaient des compagnons très appréciés que le garçon aimait suivre à travers les ruelles. Ils connaissaient Londres peut-être même mieux que lui et Edwin finissait toujours par s'émerveiller d'un nouvel endroit en les suivant comme la lumière d'un vieux phare. Métaphore encore plus qualitative quand il s'imaginait bien être un bateau branlant et perdu dans une tempête sans fin. Il observe les muscles du petit animal rouler sous sa peau. Il a toujours trouvé ces animaux particulièrement gracieux et il ne comptait plus les jours où il avait rêvé de pouvoir sauter de murets en murets comme eux. Il n'essayait pas la plupart du temps, il sautait juste par dessus pour ne pas risquer de se casser quelque chose. Il exploserait s'il était obligé de rester assis sans pouvoir bougé juste pour avoir essayé de faire le fou.

Il s'assoit sur la chaise que lui présente l'autre femme, les jambes collées et les mains sur les genoux. Tout son corps est tendu, il peine à se détendre même avec le sourire que l'infirmière lui offre. Il n'a jamais prit l'infirmerie comme un endroit où être en sécurité, comme à peu près tout Poudlard. Ca commençait à changer, il arrivait à se sentir moins en danger tout le temps mais il voulait augmenter la cadence, se débarrasser de ses problèmes qui lui pourrissaient la vie. Même en sachant que ça lui ferait du bien, il avait du mal. Une partie de lui voulait rester dans le mal, voulait entendre quelqu'un lui répéter qu'il n'était qu'un idiot, un bon à rien, un monstre. Il ne savait pas pourquoi mais c'était là et ça ne voulait pas quitter sa tête. Tout était plus facile à gérer quand il n'essayait pas de combattre ce qu'il se passait dans sa tête. Souvent il avait juste eu envie de laisser tout ça l'emporter très loin d'ici.

Il hoche doucement la tête, relevant timidement les yeux quelques secondes pour l'observer. Y'a des potions pour tout soigner, hein ? il se mord la lèvre. Ce serait tellement plus simple si il pouvait juste boire une potion et dormir, avoir de l'appétit, sourire et effacer tout ses problèmes. Combien de fois n'avait-il pas rêvé que la magie puisse l'aider un jour ? Il pourrait donner une potion, lancer un sort à sa mère qui la ferait changer d'avis. Ca devait bien exister ? Personne ne le saurait jamais, elle non plus et il pourrait enfin se reposer. Ce serait méchant, et ça ne règlerait rien mais Edwin avait juste envie que les choses aillent mieux, même si c'était juste une façade, un brin de magie pour changer la vie. Et même si ça ne durait qu'un temps. Edwin dit-il simplement. Il ne donne même pas un coup d'œil au pot de bonbons, il n'est pas très sucré, la plupart du temps ça fini juste par lui faire mal au ventre et il préfère largement un fruit à une sucrerie. Ni sucré, ni salé. Un entre deux un peu bizarre mais qu'il appréciait bien. Et même s'il avait aimé les bonbons, son estomac qui se tordait et qui faisait planer la menace de rendre tous ses en-cas au dessus de sa tête l'aurait dissuadé de prendre quoi que ce soit.

Il laisse balancer ses pieds et prend une grande respiration. Ses chaussures touchent le sol, il est trop grand pour pouvoir les balancer librement mais le son de raclement lui fait du bien. Un peu comme un rythme auquel se raccroche les ronronnements du chat. Quelque chose de constant, comme les tic tac d'une horloge qu'il aime tant. Autant se jeter dans le grand bain directement, sinon il n'y arrivera jamais. Ma maman me déteste Il plisse les lèvres jusqu'à ne laisser apparaitre qu'un fin trait blanc. Parce que je suis un sorcier et... et j'ai fait vraiment n'importe quoi à Londres l'année dernière quand la directrice elle m'a renvoyé chez moi.... Vous... pensez que j'ai quand même ma place ici, vous ? Il baisse la tête. La regarder donne un trop grand accès à tout ce qui se passe dans sa tête. Je fais des cauchemars et j'arrive pas à manger. Je veux manger mais j'y arrive pas, c'est comme si j'avais avalé des cailloux ou que j'étais tout le temps malade. Mais vous avez des potions, vous pas vrai ? Qui peuvent tout soigner, même ça ? Il ne laisse rien camoufler l'espoir dans sa voix. C'est une sorcière, une guérisseuse. Elle a forcément des potions pour tout un tas de choses ? En plus, il aime les potions, il aime en faire, en voir et lire dessus. C'est un des rares sujets où il est bon, voire très bon même sans savoir bien utiliser sa baguette.

"T'a Smaug sur son tas d'or et t'as Edwin sur son tas de rédacteurs" - Isaac Powell
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)