Solo OS Irlande (Limerick) 28/12/2045 La marque indélébile

En réaction au RP (contexte) Les colliers de ronces.

Pendant le dîner


Lÿys avait été enfermé dans la chambre des jumeaux avec quelques morceaux de poireau et de l'eau. Awen était arrivé quelques heures plus tôt, avec des cadeaux pour son filleul, Irene, Eloan, Ellen et son meilleur ami. Le trentenaire avait essayé de cuisiner Irene sur ses absences précédentes, mais elle avait été sauvée par son père et Devon qui étaient parvenus à faire diversion. Même si la petite famille s'était accordée sur une version commune pour expliquer les différentes absences d'Irene à leurs autres proches moldus, rouler Awen n'était pas aisé et mieux valait le détourner de ses questionnements de plus en plus insistants que le laisser essayer d'aller au bout des choses.

La petite famille et son invité s'étaient finalement placés à table, autour d'un repas de fête. Awen n'avait pas pu être là pour Noël et ne serait pas présent non plus sur le Nouvel An, aussi Elias l'avait-il invité dans cet entre deux. Si le repas avançait joyeusement, Irene ne pouvait s'empêcher d'avoir de temps à autres une pensée pour Poudlard. Si elle ne se trompait pas, au vu du sablier à moitié plein le samedi précédant, l'urne devait rendre son verdict la veille, le jour même ou le lendemain. Et elle n'avait toujours rien dit à sa famille, ne voulant pas les inquiéter pour rien tant qu'elle ne savait pas si elle allait ou non concourir. A vrai dire, elle n'était pas sûre de les prévenir, même si elle l'était. Il y avait des chances bien sûr pour que la direction de Poudlard le fasse de toutes façons, mais la question se posait toujours pour Irene...
- Irene ?

La jeune rousse leva le regard vers Awen qui avait Eloan sur ses genoux. Tous la regardaient, Ellen taquina alors sa fille avec un doux sourire :
- Et alors, tu es dans la lune ma grande ?
- Le mal de la jeunesse, vous la laissez trop sur les écrans ! Enchaina rapidement Awen avant de reprendre, l'oeil taquin : Donc, les amours, ça va ?

Irene rougit immédiatement, ses pensées se dirigeant vers Christopher. Au moins, ça n'allait pas mal ; quand il ne se passait rien de plus qu'une amitié, ça ne pouvait pas aller mal, si ? Mais Irene devait reprendre contenance, la jeune fille plaqua un sourire malicieux sur son visage et entama :
- Pas pire que t...
L'air manqua soudainement à Irene alors qu'une douleur vive se faisait ressentir au niveau de son cou. Elle se leva instinctivement, portant les main à sa gorge, heurtant brutalement la table, reversant des verres. Eloan se mit à pleurer alors qu'Irene, sous les yeux médusés de ses parents et de son frère, se griffait le cou pour essayer de retirer en vain le lien qui l'étranglait. Awen, lui, avait posé le bébé par terre et s'était précipité sur la jeune fille avant de se figer aussi sec, palissant d'un coup en avisant la marque sombre qui apparaissait sur le cou d'Irene. Aussi soudainement que la douleur était arrivée, elle s'estompa et Irene pu enfin reprendre son souffle, toussant violemment et s'écroulant au sol, une main à son col, l'autre sur son ventre qui se contractait violemment, le coeur battant à tout rompre.

La quinte de toux réveilla sa famille, Devon se précipitant vers Irene, inquiet, Ellen allant prendre dans ses bras le bébé, s'isolant dans une pièce plus calme pour le calmer, non sans un regard inquiet pour Irene. Elias bondit également vers Irene, s'assurant qu'elle se sentait mieux, avant de tourner automatiquement son regard vers son ami. Awen allait forcément comprendre, après tout le raffut autour des sorciers des mois précédents. Ils n'en avaient jusqu'alors que peu parlé, Elias ne voulant pas mettre le sujet sur le tapis pour protéger sa fille et Awen ayant été -presque étrangement- silencieux sur la question durant toute la durée de la crise. L'homme blond était figé, le regard rivé sur le cou d'Irene, plus pâle que le linge le plus immaculé. Il paraissait presque assommé. Soudain, il tituba et annonça d'une voix blanche :
- Je vais y aller...
Awen sortit précipitamment, la démarche incertaine, sans même reprendre ses affaires. Elias sembla hésiter un instant avant de courir à la poursuite de son ami.



Plus tard dans la soirée...

Après avoir été grondée par ses parents pour s'être fait un tatouage en cachette, avoir essayé de le cacher magiquement et donc avoir bêtement brisé le secret de sa condition auprès d'Awen, Irene s'était enfermée dans la salle de bain, un sentiment d'injustice lui rongeant le ventre. Après avoir tenté de le frotter à l'eau et au savon sans aucun résultat, la jeune sorcière observait maintenant le collier de ronces autour de sa gorge, presque avec dégoût, mais surtout incompréhension. Comment se faisait-il qu'elle avait une telle marque sans rien avoir fait pour ? Irene tourna la tête pour observer le tatouage qui semblait faire le tour de son cou. D'où cela lui venait ? S'était-elle faite ensorceler ? Pourtant il n'y avait eu aucun sorcier dans son entourage depuis son retour... Du moins à sa connaissance. Mais peut-être avait-elle été ensorcelée avant de quitter Poudlard ? Cela la frappa soudain. C'était presque évident. Se pouvait-il que ce soit en rapport avec l'urne ? Irene se laissa tomber sur le bord de la baignoire ; il n'y avait pas d'autre explication... Mais qu'est-ce que ça signifiait ? Irene glissa sa main entre son menton et son torse, là où elle se souvenait avoir senti un lien qui l'enserrait, là où une sorte de tatouage était à présent apparu. Avait-elle été sélectionnée ? ou bien était-ce la marque qu'elle avait été refusée ? Son cœur manqua un battement. Non, ça n'aurait aucun sens de marquer tous les élèves qui avaient posé leur nom, elle avait forcément dû être choisie. Mais si c'était le cas, elle n'allait pas tarder à recevoir une lettre le lui annonçant, non ? Devait-elle en parler à ses parents ? à Devon ? Oui, à Devon, elle ne voulait pas le lui cacher plus que cela. Elle ne voulait pas le laisser en dehors de cela, elle ne pouvait pas, elle était obligée de lui en parler. Il saurait la conseiller.

Irene sortit de la salle de bain et se dirigea vers leur chambre, à pas feutrés. Elle entendait son père s'activer dans la cuisine avec sa mère, ils semblaient chuchoter, préoccupés. La jeune fille ne s'attarda pas, il n'était pas difficile de deviner ce qui les inquiétait, elle ouvrit la porte de son côté de la chambre, jetant un coup d'œil sur sa droite du côté de Devon ; le rideau coupant la chambre en deux était tiré. Lui en voulait-il ? Irene ferma la porte derrière elle, doucement, et alla se laisser tomber assise sur son lit. Elle entendit faiblement des gazouillis de l'autre côté du tissus, signe que Devon s'amusait avec Lÿys. Ou que Lÿys se baladait sur son visage, lieu favori du petit boursouflet. Irene soupira et rassembla son courage, il fallait absolument qu'elle lui révèle ce qu'elle avait fait. Irene se releva et s'approcha du rideau, chuchotant :
- Devon ?
Pas de réponse.
- Je peux entrer ?
Elle entendit son frère bouger avant de grogner. Il lui en voulait, c'était sûr. La petite rousse hésita, puis passa au travers de l'épais rideau, pénétrant dans la chambre de son frère. C'était une chambre vivante au moins, des livres couvraient le sol par endroits, un sac de cours était ouvert au pied du bureau, quelques vêtements traînaient à terre... Devon, lui, était allongé sur son lit, un téléphone à la main, Lÿys se baladant sur son "maître" en gazouillant joyeusement. Le jeune garçon finit par éteindre son portable et le glisser sur sa table de nuit avant de se redresser pour confronter Irene :
- C'était quoi ça ? Depuis quand tu te tatoues ? En plus un truc aussi... moche, tu pouvais pas t'abstenir ? Tu te rends compte qu'Awen sait maintenant ? Qu'il sait tout ? Il ne voudra plus venir à cause de toi. Merci bien.
Irene qui avait commencé à s'avancer dans la pièce se stoppa net devant le ton accusateur de son frère. Elle ravala la réplique cinglante qu'elle voulait lui répondre, elle n'était pas là pour se disputer, il fallait qu'elle lui explique.
- Pas moi.
Les mots franchirent ses lèvres avec difficulté puis elle nuança son propos, un pli soucieux entre les sourcils :
- Pas exactement.
Elle franchit la distance qui la séparait de son frère et s'assit sur le bord du lit, lui tournant le dos. Ce serait peut-être plus simple comme ça ? Mais par où commencer ? Le manque de répartie d'Irene avait au moins eu le mérite de faire taire Devon qui attendait, avec méfiance.
- En septembre, Poudlard a été invité à participer à un tournoi contre d'autres écoles de sorcelleries. Quatre élèves par établissement.
Irene sentait que son frère se retenait de faire une remarque acerbe, mais elle ne s'attacha pas à ce détail, reconnaissante qu'il la laisse parler sans la couper. Elle attrapa une de ses mèches rousses et fit tourner le bout entre ses doigts, comme pour se rassurer :
- Je suis volontaire.
Elle se tut, attendant une réaction. Elle ne tarda pas à venir, glaçante :
- Et alors ? Tu vas participer ? C'est quoi le rapport avec ce tatouage ?
Irene déglutit et bégaya un peu :
- Je... Je suis pas sûre..., la jeune fille marqua un temps d'arrêt et se lança, Je crois qu'il signifie que je suis sélectionnée.
Elle se racla la gorge, elle ne pouvait pas tout lui révéler, lui dire qu'elle risquait peut-être sa vie, mais elle doutait sincèrement que Devon soit entièrement crédule. Comme devinant ses pensées, son frère bougea derrière Irene :
- Si c'est vrai, pourquoi tu nous as rien dit ? Et pourquoi ce truc t'a rendue si mal tout à l'heure ? On aurait dit... que tu t'étranglais.
Irene ne pu ignorer la voix de son frère qui s'était presque brisée. Il avait eu peur. Il lui en voulait pour Awen mais il avait surtout eu peur. Elle leva les yeux vers le plafond et se força à conserver une respiration calme :
- C'est peut-être dangereux...
Elle marchait sur des œufs, mais Devon comprenais au delà des mots ce que sa jumelle voulait lui cacher. L'inquiétude le rongeait, la colère montait doucement, mais il ne la laissait pas s'exprimer :
- Je suppose que tu ne peux pas te désinscrire ?
Devant le silence de sa soeur, il éclata :
- Pourquoi ?! Pourquoi tu nous fais ça ?! Tu pouvais pas laisser un autre y aller ?
Irene ne pu retenir ses pleurs, elle avait rarement vu son frère dans une telle détresse, il avait toujours joué le rôle du protecteur et en mettant son nom, en s'éloignant de lui, Irene l'avait amputé de cette mission. Elle voulait le prendre dans ses bras pour le rassurer, elle aurait voulu lui expliquer, lui partager tout ce qui l'avait poussée à faire ce choix. Mais elle avait la sensation d'un gouffre entre eux, gouffre créé par leurs conditions, elle de sorcière et lui de moldu. Il ne pouvait pas comprendre. Alors elle se tut, laissant juste ses larmes couler.

En y réfléchissant bien, Irene ne regrettait pas son choix, elle était toujours déterminée et avait envie, si ce n'était besoin, de participer et même de remporter ce tournoi, malgré la peur qu'il lui inspirait. Seulement, elle était blessée de cette fracture entre son frère si précieux et elle. Si elle avait bien été choisie, comme elle le présumait, elle ne ressentait pas particulièrement de fierté d'avoir été celle qui avait été sélectionnée. Cela ne confirmait que le fait qu'elle avait ses chances, comme elle le pensait déjà. Non, le plus gros du travail restait à effectuer. Il faudrait qu'elle se prépare le plus possible et qu'elle fasse ses preuves. Pour Serdaigle, sa maison, sa famille sorcière, pour Poudlard bien sûr, mais aussi pour ses proches. Pour Devon, pour leurs parents, pour Eloan qu'elle connaissait pourtant si peu. Mais aussi pour Christopher. Le rouge monta aux joues de la jeune fille. Là, les larmes roulant dessus, assise sur le lit de Devon, elle avait presque une nouvelle fois l'impression de trahir son frère. Elle ne lui avait encore rien dit. Eux qui, avant son entrée à Poudlard, se partageaient dès lors tout, désormais... Irene soupira doucement, prenant un mouchoir dans la boîte sur la table de nuit pour s'essuyer le nez. Mais comment expliquer tout alors qu'elle avait déjà tant caché, ne donnant que l'essentiel à ses parents et son frère, pour ne pas trop les inquiéter, pour les protéger mais peut-être d'une certaine façon pour se protéger elle de leurs réactions ? Derrière elle, elle entendit Devon soupirer de colère. Il voulait une réponse... Elle lui en apporta une évasive :
- D'autres se sont présentés...
Derrière cette phrase, le "non" catégorique d'Irene était bien caché mais Devon n'eut pas de mal à le discerner. Il sauta du lit pour faire les cents pas, comme pour se défouler, donnant parfois un coup de pied dans un vêtement qui traînait au sol. Irene, elle, fixait son mouchoir, avec lequel elle avait commencé à jouer, incapable de regarder directement son frère. Soudain, le jeune brun s'immobilisa et la darda de son regard vert amande. Elle retint sa respiration le coeur battant, refusant toujours le contact visuel.
- Et les parents ? Tu vas leur dire ?
Les épaules d'Irene s'affaissèrent légèrement, tant par le soulagement que par l'indécision.
- Sais pas...
Alors qu'elle levait les yeux, osant enfin affronter le regard de son frère, cherchant craintivement un soutien de sa part, une idée même peut-être, Irene s'aperçut que Devon tenait Lÿys au creux de ses mains. Caresser le boursouflet semblait l'apaiser. Cette vision augmenta le malaise d'Irene tout en la réchauffant étrangement. Elle avait offert Lÿys à Devon pour lui éviter de trop souffrir de son absence, lui permettre de se rappeler d'elle quand elle n'était pas là, mais aussi lui apporter du réconfort et un peu de son propre monde. Mais d'un autre côté, elle ne voulait plus tant le lui partager, ce monde. Il était bien moins merveilleux qu'elle l'avait d'abord cru et imaginé. Mais surtout, là, alors qu'elle était présente, le boursouflet la remplaçait. Bon ils étaient en plein désaccord, certes, mais normalement c'était à elle, Irene, de calmer Devon et de le rassurer, pas à la boule de poil. Irene eu envie de baisser les yeux, presque honteuse, mais le regard amande de Devon l'électrisait. Elle y lisait toutes les émotions de son frère, sa peur, sa désapprobation, mais aussi et surtout son soutien sur le choix qu'elle ferait vis à vis de leurs parents. Il rompit le lien brutalement en se remettant à faire les cents pas en réfléchissant.
- C'est à toi de voir. J'ai pas envie de leur mentir, mais si tu ne veux rien dire, je te couvrirai...
Irene entendit presque le "comme d'hab'" qu'il avait pourtant tut.
- Enfin, plutôt, je ne te trahirai pas.
*Pas comme moi...* pensa tristement Irene, mal à l'aise.
- Si tu leur dit, je serai là.
Il hésita un peu avant de se rapprocher du lit et de s'asseoir à côté d'elle. Il la prit dans ses bras en ajoutant :
- Mais s'il t'arrive... un truc... C'est moi qui te tue.
Le sérieux profond de sa voix et la colère qu'on pouvait encore percevoir, tranchaient avec l'ironie employée. Mais Irene ne releva pas. Elle s'accrochait à la mince complicité qu'il y avait encore entre eux, cette complicité du geste et des mots. Elle ne parvenait pas à s'imaginer si elle avait été à la place de Devon. Si elle le perdait. Une douche glacée se répandit dans son corps à l'évocation même de cette idée. Non. Elle ne serait probablement plus rien, cette situation était impossible. Pourtant l'inverse risquait de l'être pour Devon. Le coeur d'Irene s'emballa. Non. Elle resterait vivante, elle en faisait la promesse silencieuse à son jumeau. Elle ne l'abandonnerait pas plus qu'elle ne l'avait déjà fait. Elle donnerait le meilleur d'elle-même, et même plus, bien plus s'il le fallait. Mais, si elle y entrait, elle sortirait du Dominion. Et elle en sortirait saine et sauve.

Tallyrenpher, à l'attaque !/ ⇈⇈ Ceci n'est pas un pavé... ⇈⇈ / Des Souris et des Dragons
Post-Aspic (à venir) - M.E.R.L.IN. : Mat / Spid'Irene, la Princesse des Mots-Croisés