Disparue
Premier janvier 1938
Il est certain que vous connaissez de nombreuses histoires sur les personnes les plus célèbres du monde sorciers. Mais il existe beaucoup de gens, que l’on a oubliés. Des gens dont la vie avait un sens, un but. Ils n’ont peut-être pas vaincu un mage noir ou ne sont pas devenus ministre de la magie, mais ils ont eu une vie qui, elle aussi, mérite d’être racontée. C’est le cas d’Edda Stol. J’ai passé ma vie à observer les gens. Et jamais je n’ai trouvé d’histoire aussi déconcertante que la sienne. C’est pourquoi, aujourd’hui, alors que tant d’années ont passé, et car ma mémoire n’a pas faillit, je décide de vous la raconter. Cette histoire à commencé il y a presqu’un siècle, dans un village anglais aujourd’hui disparu, quand je n’étais qu’un enfant. Je l’ai vu, je l’ai suivie, si discrète, si mystérieuse. Elle était comme moi. Elle était mieux que moi. Parfaite. Mais inconnue. Et aujourd’hui, elle est partie pour toujours.
Dernière modification par Argentella Wighters le 28 févr. 2021, 11:57, modifié 1 fois.
Disparue
Chapitre premier : Miss Stol is lost
Edda Stol. Un nom que tout le monde avait vu sur le mur. Mais personne ne connaissait son visage. Qui se soucierait de cette fille, disparue depuis cinq ans déjà ? Seule une personne s’en souvenait encore. La dame en noir. C’est ainsi qu’on l’appelait. Nul ne savait qui elle était vraiment. Mais chaque jour, elle marchait dans l’avenue, elle s’arrêtait devant le mur brûlé, celui de cette maison qui a péri dans les flammes il y avait de cela cinq années, et elle accrochait son affichette. En parchemin abîmé, avec, écrit à la main, la mention « Miss Stol is lost ». Et chaque jour, on venait arracher cette affichette. Et le lendemain, la dame en noir revenait la raccrocher. Cela n’avait jamais changé, pendant cinq ans. Depuis le jour où la maison avait brûlé, en plein mois de juillet, emportant avec elle ses occupants. Cette histoire-ci était bien connue. Les Stol vivaient là avant la catastrophe. Le père est mort le premier, en tentant de protéger des flammes sa fille aînée, Elvi. Elvi est morte la deuxième. La mère, qui en était à neuf mois de grossesse, était restée coincée dans sa chambre. La dame en noir apparu ce jour là pour la première fois et la sauva. Elle la ramena au village le lendemain, toutes traces de brûlures disparues, mais l’enfant qu’elle portait aussi. Son esprit était vide. Aline Stol avait toujours été folle. Mais ce jour là, elle avait perdu toute sa famille, même l’enfant qu’elle portait, et avec eux toute la raison qui lui restait. Elle était étrangement calme. Elle avait acheté la maison vide en face des ruines de la sienne et, à chaque fois que la dame en noir passait, elle allait à la fenêtre. Puis elle disparaissait et on ne la voyait plus jusqu’au lendemain. Elle ne sortais jamais, et nul ne sait ce qu’elle mangeait et buvait. Mais elle était toujours là, fidèle à son poste, lisant et relisant « Miss Stol is lost » puis disant en boucle « Edda, Edda, Edda... ». Et pourtant, tout le monde savait que sa fille, Edda comme elle l’appelait, n’était pas perdue. Elle était, comme sa sœur et son père, morte. Emportée par les flammes. À tout jamais.
Edda Stol. Un nom que tout le monde avait vu sur le mur. Mais personne ne connaissait son visage. Qui se soucierait de cette fille, disparue depuis cinq ans déjà ? Seule une personne s’en souvenait encore. La dame en noir. C’est ainsi qu’on l’appelait. Nul ne savait qui elle était vraiment. Mais chaque jour, elle marchait dans l’avenue, elle s’arrêtait devant le mur brûlé, celui de cette maison qui a péri dans les flammes il y avait de cela cinq années, et elle accrochait son affichette. En parchemin abîmé, avec, écrit à la main, la mention « Miss Stol is lost ». Et chaque jour, on venait arracher cette affichette. Et le lendemain, la dame en noir revenait la raccrocher. Cela n’avait jamais changé, pendant cinq ans. Depuis le jour où la maison avait brûlé, en plein mois de juillet, emportant avec elle ses occupants. Cette histoire-ci était bien connue. Les Stol vivaient là avant la catastrophe. Le père est mort le premier, en tentant de protéger des flammes sa fille aînée, Elvi. Elvi est morte la deuxième. La mère, qui en était à neuf mois de grossesse, était restée coincée dans sa chambre. La dame en noir apparu ce jour là pour la première fois et la sauva. Elle la ramena au village le lendemain, toutes traces de brûlures disparues, mais l’enfant qu’elle portait aussi. Son esprit était vide. Aline Stol avait toujours été folle. Mais ce jour là, elle avait perdu toute sa famille, même l’enfant qu’elle portait, et avec eux toute la raison qui lui restait. Elle était étrangement calme. Elle avait acheté la maison vide en face des ruines de la sienne et, à chaque fois que la dame en noir passait, elle allait à la fenêtre. Puis elle disparaissait et on ne la voyait plus jusqu’au lendemain. Elle ne sortais jamais, et nul ne sait ce qu’elle mangeait et buvait. Mais elle était toujours là, fidèle à son poste, lisant et relisant « Miss Stol is lost » puis disant en boucle « Edda, Edda, Edda... ». Et pourtant, tout le monde savait que sa fille, Edda comme elle l’appelait, n’était pas perdue. Elle était, comme sa sœur et son père, morte. Emportée par les flammes. À tout jamais.
Dernière modification par Argentella Wighters le 1 mars 2021, 10:46, modifié 1 fois.
Disparue
Chapitre second : Edda is found
Miss Stol is lost. Une phrase fort amusante. Non pas par son sens, bien sûr, mais le jeu qui s’y cache. Avec un astucieux changement de l’ordre des lettres, Stol devient Lost. Étonnant, non ? Serait-ce une coïncidence ? Sans doute. Car un jour, l’ordre des choses s’est bousculé. La dame en noir était venue bien plus tôt que d’habitude et n’accrocha, non pas son affichette, mais une vieille photo. La photo d’une petite fille âgée d’environ cinq ans. Une fillette au visage triste, aux cheveux claires et longs. Ce jour-là, Aline Stol sortit et a attendit, assise par terre contre le mur, jusqu’à midi. Et à midi, la dame en noir revint, avec, accrochée à sa main, une petite fille. La petite fille de la photo. Aline Stol dit « Edda... » et partit avec la fillette. À partir de ce moment là, Aline Stol sortit de chez elle tous les jours pour acheter à manger et la dame en noir ne revint jamais. Edda Stol, quant à elle, restait invisible. Il arrivait à certaines personnes de la voir par sa fenêtre, mais toutes les versions différaient. Selon certains, elle était affamée. Selon d’autres, elle restait debout sans bouger. Mais tout le monde s’accordait sur un point : ses cheveux étaient d’une extrême beauté, étonnamment blonds et incroyablement longs. Et son visage triste, immensément triste.
Miss Stol is lost. Une phrase fort amusante. Non pas par son sens, bien sûr, mais le jeu qui s’y cache. Avec un astucieux changement de l’ordre des lettres, Stol devient Lost. Étonnant, non ? Serait-ce une coïncidence ? Sans doute. Car un jour, l’ordre des choses s’est bousculé. La dame en noir était venue bien plus tôt que d’habitude et n’accrocha, non pas son affichette, mais une vieille photo. La photo d’une petite fille âgée d’environ cinq ans. Une fillette au visage triste, aux cheveux claires et longs. Ce jour-là, Aline Stol sortit et a attendit, assise par terre contre le mur, jusqu’à midi. Et à midi, la dame en noir revint, avec, accrochée à sa main, une petite fille. La petite fille de la photo. Aline Stol dit « Edda... » et partit avec la fillette. À partir de ce moment là, Aline Stol sortit de chez elle tous les jours pour acheter à manger et la dame en noir ne revint jamais. Edda Stol, quant à elle, restait invisible. Il arrivait à certaines personnes de la voir par sa fenêtre, mais toutes les versions différaient. Selon certains, elle était affamée. Selon d’autres, elle restait debout sans bouger. Mais tout le monde s’accordait sur un point : ses cheveux étaient d’une extrême beauté, étonnamment blonds et incroyablement longs. Et son visage triste, immensément triste.
Disparue
Chapitre troisième : We see her
Depuis le jour où Edda entra chez Aline Stol, quatre années s’était écoulée. Quatre ans qu’elle n’en était pas ressortie. On pouvait désormais souvent la voir regarder par sa fenêtre. Mais voilà qu’un beau jour, elle se mit à pleurer. Elle tomba mollement par terre, et les larmes coulèrent à flots. Puis d’un coup, elle se releva, l’air d’avoir eu une révélation. Elle sourit, d’un magnifique sourire étincelant, et se précipita vers la porte. Et là, la porte s’ouvrit. La porte qu’Aline Stol fermait toujours à clé. Edda sortit de la maison. Et on la vit. Elle portait une petite robe blanche, ses cheveux cascadaient jusqu’à sa taille et sa peau était pâle comme la neige. Elle a cligné plusieurs fois des yeux. Ils étaient d’une couleur indéfinissable, extrêmement claire. Son visage n’était plus triste. Il était paisible. Tout le monde la regardait. Mais elle, elle s’assit sur les marches devant chez elle et elle se tressa les cheveux. Deux longues tresses dorées qui brillaient sous le soleil. On aurait dit une fée. Aline Stol rentra du marché et la vit assise sur le perron. Elle la regarda longuement, et Edda hocha la tête. Puis elles rirent toutes les deux, d’un rire magnifique, un rire de cristal. Et depuis cet instant où elles rirent ensemble, Edda ne fit que sourire. Elle était constamment dehors. Mais jamais elle ne parlait. Jamais.
Depuis le jour où Edda entra chez Aline Stol, quatre années s’était écoulée. Quatre ans qu’elle n’en était pas ressortie. On pouvait désormais souvent la voir regarder par sa fenêtre. Mais voilà qu’un beau jour, elle se mit à pleurer. Elle tomba mollement par terre, et les larmes coulèrent à flots. Puis d’un coup, elle se releva, l’air d’avoir eu une révélation. Elle sourit, d’un magnifique sourire étincelant, et se précipita vers la porte. Et là, la porte s’ouvrit. La porte qu’Aline Stol fermait toujours à clé. Edda sortit de la maison. Et on la vit. Elle portait une petite robe blanche, ses cheveux cascadaient jusqu’à sa taille et sa peau était pâle comme la neige. Elle a cligné plusieurs fois des yeux. Ils étaient d’une couleur indéfinissable, extrêmement claire. Son visage n’était plus triste. Il était paisible. Tout le monde la regardait. Mais elle, elle s’assit sur les marches devant chez elle et elle se tressa les cheveux. Deux longues tresses dorées qui brillaient sous le soleil. On aurait dit une fée. Aline Stol rentra du marché et la vit assise sur le perron. Elle la regarda longuement, et Edda hocha la tête. Puis elles rirent toutes les deux, d’un rire magnifique, un rire de cristal. Et depuis cet instant où elles rirent ensemble, Edda ne fit que sourire. Elle était constamment dehors. Mais jamais elle ne parlait. Jamais.