La plume inconnue
8 Janvier 2046, au soir
Le dortoir de Serpentard
Le dortoir de Serpentard
Eileen était revenue à Poudlard. Un beau voyage. Celui qui la menait à son endroit préféré, son havre de paix. Elle avait apprécié le temps passé auprès de sa famille mais l'excitation de la découverte de la magie était bien plus grande encore. Elle n'avait pas fait grand chose en rentrant à part raconter à Emma comment s'étaient déroulé ses vacances. La sublime Emma, la douce. Qu'est-ce qu'elle aimait lui parler. Et pourtant, elle n'osait pas encore tout lui dire. Elle préférait garder quelques tâches sombres dans l'arbre de leurs secrets. C'était encore trop dur de s'ouvrir... Alors, elle avait simplement parlé des cadeaux qu'elle avait reçus à Noël et de ses petits jeux avec Henri. Mais Emma, elle savait se contenter de ça. C'est ça qui était bien avec elle. Au contraire d'Eileen, elle n'essayait pas de lui faire cracher le morceau sans cesse. Une belle personne, Emma.
Mais le soir, alors que la chambre des Pythons s'était plongée dans les bras de Morphée, la jeune Adams n'avait pas su les rejoindre. Il s'agissait là peut-être d'une envie soudaine ou bien encore d'une urgence. Quoiqu'il en était, elle voulait parler. Peut-être pas se confier, ni tout raconter, mais elle voulait parler. Seulement, la seule conversation qu'elle pouvait trouver se trouvait dans les ronflements d'Elvire. Ou bien était-ce ceux d'Ella ? Peu importait vraiment, elle n'avait que pour seule compagnie sa solitude. Après s'être tournée et retournée dans son lit, elle avait décidé de s'asseoir et, après avoir allumé le bout de sa baguette et pris une belle plume bleue offerte par sa mère, s'était mise à rédiger une lettre sur un bout de parchemin. Lettre pour qui ? Elle n'en savait trop rien. Elle n'avait pas vraiment de destinataire, juste la volonté spontanée de converser.
Elle ne la relut ni ne la modifia. Il n'y avait aucun intérêt. Dans la vraie vie, on ne peut pas ravaler ses paroles. Alors, après avoir replié soigneusement la lettre et l'avoir placée sous son oreiller, elle s'endormit sans seconde pensée.Toi,
Oui, toi. Toi qui lis cette lettre. Parle-moi. Je m'ennuie. Tout le monde dort, il n'y a que moi. Tu n'es pas encore très bavard ? Ce n'est pas grave, je peux commencer. Mes vacances ont été bonnes, j'ai reçu une belle plume bleue et des pantoufles Boursouflets. Tu dois être jaloux, elles sont si belles ! Elles n'ont pas quitté mes pieds de toute la semaine (je t'épargne les détails sur l'odeur) mais elles sont si confortables. Mon chat roux n'a pas arrêté d'essayer de les dévorer, le morfal ! Je ne lui en veux pas, tout de même. Les Boursouflets, moi, je les mangerais !
Tiens, en parlant de créatures magiques, tu as déjà vu un dragon ? J'en doute. Moi non plus, mais j'irais bien les voir un jour, quand j'aurai le temps. Ça doit être tellement démentiel ! Il doit faire chaud, là où ils vivent. T'en sais des choses, toi, sur les dragons ? Je dois bien avouer que moi, pas beaucoup. En revanche, j'en sais pas mal sur la magie. Tu vas te moquer. Sûrement que toi aussi, t'en sais pas mal. Mais j'aime tellement ça. Utiliser ma baguette, c'est un plaisir. D'ailleurs, là, j'ai utilisé un sortilège rien que pour voir ce que j'écrivais. Pas étonnant, tu me dis ? Quel rabat-joie.
Je rigole. Maman dit que j'ai tendance à trop parler. Moi, je ne vois pas le souci. Toi, tu parles beaucoup ? Plus j'écris, plus je fatigue. Peut-être que je parlerai moins, après. Remarque, t'auras plus de possibilités d'en placer une, après ça, ça te fera plaisir ! Ça me plairait bien, en tous cas, que tu me parles. Je m'ennuie tellement. À en mourir. C'est quoi, l'expression moldue, déjà ? Je m'ennuie comme un rat mort, je crois. Je préfère m'ennuyer comme un lutin mort. Les lutins, c'est plus zinzin, j'aime ça.
Je commence à trop bailler. Je vais aller ronfler avec mes camarades de chambre. Fais-moi signe.
Un petit être de lumière
9 Janvier 2046
La Volière
La Volière
La journée de cours avait été plutôt fatigante. Cependant, Eileen n'avait pas cessé de penser aux mots qu'elle avait étalés sur le papier la veille et qu'elle avait même gardés avec elle l'entièreté de la journée. Elle ne savait trop pourquoi, mais elle se posait mille-et-unes questions. Peut-être qu'elle pouvait essayer de voir si quelqu'un lui répondrait. En tous cas, la raison lui importait peu car son impulsion prit le dessus et après sa dernière heure de cours, elle avait pris le chemin de la volière. Quand elle arriva au haut de cette dernière, toutefois, elle ne sut trop quoi faire. Elle n'avait aucun destinataire, personne pour lui répondre. Mais alors, une idée qui lui semblait de génie surgit dans son esprit et elle n'attendit pas qu'un oiseau lui pince les doigts pour la mettre en action. Elle regarda autour d'elle et observa longuement les vieilles pierres qui l'entouraient. Les examinant d'un peu plus près, un petit sourire se dessina sur ses lèvres quand elle vit un tout petit trou presque invisible si on ne s'y penchait pas un peu plus sérieusement. Elle prit donc sa lettre de la poche arrière de son pantalon et, après l'avoir pliée encore en quatre, la glissa dans la fente. Là, au moins, ce sera quelqu'un qui l'aura cherchée qui la trouvera, pensa-t-elle. Que ce soit son côté aventurier ou sa volonté de toujours poser un mystère là où aucun n'était réellement nécessaire, le destin de ses pensées était scellé avec la première personne assez vaillante pour se tenter à récupérer la lettre. Et au fond du petit coeur d'Eileen, elle était convaincue que cette trouvaille pouvait être importante.
@Edmund Long J'espère que ça te convient
Eileen J. Adams - Deuxième Année RP - Joueuse de Quidditch - Serpentard - color=#008080
Eh Ligne pour les intimes
La plume inconnue
13 janvier 2046
La Volière
La Volière
La Volière se tenait là, au sommet de la colline, telle une lance de pierre effleurant de sa pointe l'azur du ciel. Les pieds plantés presque fermement sur le sentier rocailleux qui cheminait sinueusement vers l'entrée de l'édifice, Edmund fixait de son regard hésitant le point culminant de la tour et ressentit un léger frisson parcourir son corps. Non ! Il avait décidé qu'il affronterait ses peurs et contait bien s'y tenir ! Après être eu raison de la salle de balle et s'être remis de la vision de Dai Hong Dao dans la Grande Salle, ce n'était certainement pas une pauvre petite colonne en cailloux qui allait avoir raison de lui ! Les jointures de ses mains blanches sous la pression de ses doigts, il se mit en marche en direction de la porte de bois qui fermait le bâtiment.
La Volière en elle-même n'effrayait pas Edmund — ne l'effrayait plus. Bien malgré lui, il avait été forcé par son père à s'y rendre régulièrement pour lui envoyer des lettres, et s'il avait été initialement intimidé par les proportions de l'édifice, cela faisait bien longtemps qu'il s'était fait au sobre gigantisme ponctué de froissements d'ailes qui caractérisait la structure. Venir ici poster du courrier était devenu une simple routine seulement entachée par la crainte rémanente que ses lettres pussent risquer la sécurité de son père si elles devaient être interceptées par le gouvernement non sorcier.
Non, ce qui effrayait Edmund et qu'il s'était mis en tête de confronter ce jour-là, c'était l'idée de se hisser, en empruntant les escaliers sans rambardes, jusqu'en haut de la tour. De confronter la hauteur. Le précipice. Le vide.
L'enfant ferma les yeux et inspira profondément par la bouche avant d'expirer lentement par le nez. Il répéta le processus plusieurs fois avec l'application méthodique que seule peut procurer l'habitude. Tout va bien se passer, voulut-il se rassurer. Tant que tu rases les murs et que tu fais attention à tes pas, tu risques pas... tu ne risques pas de tomber. Les yeux rouverts et le pas tremblant, il entama précautionneusement l'ascension de la tour.
Il atteint le premier palier sans difficulté particulière. Le deuxième fut un peu plus ardu, mais il y parvint bien plus aisément qu'il ne l'aurait pensé. Presque par miracle, il en fut de même pour tous les étages qu'il gravit. Enfin... tous jusqu'à l'avant-dernier.
Après avoir gravi un peu plus de la moitié de la distance séparant l'avant-dernier palier du dernier, Edmund, rendu téméraire par la facilité avec laquelle il était arrivé jusque là, voulut jeter un œil à la distance qu'il avait parcourue. Ce fut bien évidemment une erreur de taille. Face à lui, sans aucune clémence, béait un vide dément. Quelques tous petits pas sur sa droite, la pierre laissait place au vent agité de plumes, lequel ne laissait place à la pierre de nouveau que plusieurs dizaines de mètres plus bas, après une chute qui prouvait des plus douloureuses. Le cœur de l'enfant se serra à cette vue, et son corps s'immobilisa tout à fait. Plus surement que le regard de Méduse, la perspective que lui offrait son point de vue pétrifia ses membres et son souffle se tarit, bloqué dans sa gorge froide.
Chuis foutu.
Ses jambes commencèrent à trembler dangereusement sous lui, fragilisant l'équilibre précaire du nabot aux pieds d'argile. La sueur se mit à perler sur son front alors qu'il ne parvenait plus à considérer rien que le vide qui semblait lui tendre malicieusement les bras.
C'est... c'est pas comme ça que j'vais mourir quand même ?
Pris d'un regain de force miraculeux dicté par son instinct de survie, Edmund reprit soudainement le contrôle précaire de ses membres moteurs et bondit en quatre enjambées grinçantes les quelques marches qui le séparaient du palier supérieur, illusion la plus convaincante de sol dur et sûr à proximité, et s'étala de tout son long.
_____________________________
Après un temps incertain à expurger sa peur et à se maudire de bien des façons, l'enfant avait retrouvé un état d'esprit suffisamment proche de la lucidité pour se tenir assis en tailleur, dos au vide, à plusieurs mètres du bord de la plateforme de pierre. Il ressentit même, malgré la peur qui le tenaillait encore, une certaine fierté. Il avait réussi !... presque... il lui fallait encore redescendre après tout...
Ne désirant pas laisser ses mauvaises pensées le détourner de sa presque bonne humeur, Edmund sortit de sa robe la plume, l'encrier et le papier à lettre qu'il avait emmenés avec lui afin de relater dans une lettre son exploit du jour. Ainsi, il pourrait l'envoyer à son père et se changer les idées avant de devoir affronter la redescente ! C'était malheureusement sans compter sur son ancienne amie : sa tête emplie d'air. S'il se trouvait effectivement dans ses poches de quoi écrire, nulle trace de papier ou de parchemin.
...
Mais quel imbécile !
Edmund retourna une à une toutes les poches de sa robe, mais rien à faire : sa robe était peut-être sorcière, mais ses poches ne pouvaient tout de même pas matérialiser à l'envie les objets de ses désirs. Énervé par sa propre stupidité et fatigué par le stress, il s'étala une fois de plus au sol, accablé par la misère que le monde lui envoyait sans cesse à la figure. Comment ferait-il maintenant pour se changer les idées et trouver le courage de redescendre ?... S'il ne redescendait pas, est-ce qu'on viendrait le chercher ? Mourrait-il de soif, seul et triste, tout en haut de la volière, son cadavre parsemé de fientes d'oiseaux ? Tant de questions et si peu de réponses.
De dépit et pour essayer de penser à autre chose, le garçon se rapprocha de la sécurité relatives des murs dont il s'amusa à examiner l'agencement des pierres qui les façonnait. L'activité n'était pas rêvée, mais c'était là tout ce qu'il pouvait faire en ce lieu reclus. C'était en tout cas ce qu'il pensait jusqu'à ce qu'il vît, dépassant d'un interstice entre deux blocs, le blanc jauni d'une feuille de parchemin. Intrigué, le garçon se saisit du petit millimètre qui dépassait ainsi et tira toute une feuille couverte d'une écriture légère. S'agissait-il d'une lettre oubliée, perdue par son possesseur ? Cela semblait bien peu probable : l'interstice était minuscule et à hauteur de visage, ç'aurait été jouer d'une malchance particulière qu'une feuille parvînt à s'y glisser par hasard, sans que son expéditeur ne le sût. Avait-elle alors été cachée volontairement ?
La curiosité d'Edmund ne fit qu'un tour et, avant qu'une once de décence n'eût le temps de traverser son esprit, il entama hâtivement la lecture de la missive.
Alors qu'il parcourait avidement le contenu de la lettre, un sourire se forma sur les lèvres de l'enfant. Ce qu'il lisait lui paraissait tout droit issu d'un scenario de roman : un échange épistolaire secret, où les deux protagoniste ne savaient rien l'un de l'autre, et où ils couchaient sur papier leurs journées et point de vu à la façon d'un journal intime. Cela lui plaisait.
Il parcourut la lettre une deuxième, puis une troisième fois, avant de se décider à foncer tête baissée dans l'aventure. Se saisissant de sa plume et de son encrier, il épousseta un emplacement au sol, retourna le parchemin et commença à écrire au dos.
Satisfait, Edmund se relut pour corriger d'éventuelles erreurs. Les parties rayées n'étaient pas très belles, mais tant pis : il ne voulait tout de même pas avouer à son correspondant dès la première lettre qu'il était à la limite du cracmol quand il était question de lancer un sort. Il avait tout de même un ego.13 janvier 2046Petit être de lumière,
Tout d'abord, je te souhaite une bonne journée. Ensuite, j'espère que tu n'as pas disparu (la lettre n'étant pas datée, je ne sais pas exactement quand tu l'as cachée ici... si ça se trouve, c'était il y a des années !) D'ailleurs, en parlant de ta cachette, quelle idée d'avoir dissimulé ta lettre au dernier étage de la tour ! C'est que j'ai le vertige moi... mais bon, ça me donnera une bonne raison d'affronter ma peur et de venir ici... je suppose... T'as intérêt à m'avoir répondu la prochaine fois que je viendrai, je te le dis !
Mes vacances ont été... mouvementées. Mon père a hésité à me laisser retourner à Poudlard — et pourtant c'est lui qui disait il y a pas si longtemps « Tu es un sorcier, ton devoir est d'aller à Poudlard et d'apprendre la magie, un point c'est tout ! » mais tous les revirements de situation avec l'urne l'ont fortement inquiété — mais heureusement — je pense que c'est pour le mieux ? — il s'est ravisé et... me voilà tout en haut d'une tour aux escaliers sans rembardes à écrire à un — une ? — inconnu. La vie est bien étrange n'est-ce pas ?
J'en connais un rayon sur la magie. Enfin, sur sa théorie. Et seulement sur les sujets pas trop dangereux. Mais j'ai trouvé à la bibliothèque un ouvrage des plus intéressants sur les dragons si ça t'intéresse. Il s'appelait... attends zut... ah j'ai oublié ! Mais c'est pas possible... bref, demande au bibliothécaire, il saura certainement te l'indiquer. Et sinon Le Grand Livre des Créatures n'est pas mal non plus, bien que moins fourni sur les dragons spécifiquement. Tu devrais y jeter un coup d'œil si ça t'intéresse.
Tu sais, j'ai beaucoup de mal à fair de la magie J'ai du mal à lancer des sorts Je trouve personnellement que réussir à lancer des sorts est quelque chose d'incroyable, quelque soit le niveau du sort, parce que moi ça me demande beaucoup d'efforts donc pouce bleu sur toi pour ton Lumos !
Je t'avoue ne pas être un gros parleur mais j'imagine que je pourrais faire un effort. Voyons... tu aimes lire ? Moi j'adore ça. Principalement la fantasy. Si tu veux je pourrais te conseiller d'excellents livres. Si tu t'ennuies ça pourrait t'aider à faire passer le temps. Moi la lecture ça m'a aidé à affronter mes peurs et à faire passer des moments difficiles, donc je pense que ça ne peut qu'avoir du positif. Dis-moi si tu es intéressé !
Bon je vais te laisser, je commence à arriver au bout de l'espace disponible. J'espère qu'on se reverra bientôt ! (et que quand j'aurai trouvé à nouveau le courage de monter jusqu'ici tu auras répondu... au pire je viendrai avec une autre lettre et ça te fera un peu plus de lecture)
Moi
Edmund rangea son encrier et sa plume avant de chercher des yeux l'interstice dans lequel le "petit être de lumière" avait caché la lettre et l'y replaça. Détendu par cette petite distraction, il retrouva le courage de descendre lentement et avec beaucoup d'inquiétude les nombreux escaliers qui le séparaient de la sécurité d'un sol qui ne fût pas adjacent à plusieurs mètres de vide spatial.
Je suis désolé, je promets que d'habitude je n'écris pas autant 
couleur : #7f6000
Inspecteur Munmun, théoricien en chef des Bôs Debilus
Cofondateur de la PTC
Poufsouffle Vult !
La plume inconnue
18 Janvier 2046
La Volière
La Volière
Quand Eileen était partie de la volière, dix jours auparavant, elle avait cogité. Un mélange d'appréhension et d'excitation. Est-ce que quelqu'un allait trouver sa lettre ? Est-ce que cette personne allait y répondre ? Alors, pendant les trois jours qui avaient suivi, elle n'avait cessé d'y revenir pour voir si sa missive y était toujours.
La première fois, elle ne s'était pas inquiété. Elle l'avait bien cachée, ce n'était pas étonnant que personne ne la voit immédiatement. Pour même s'assurer que quelqu'un la trouve, elle avait fait attention à ce que le papier ressorte un tout petit peu alors forcément, c'était impossible que personne ne la trouve... si ? Mais le deuxième jour, elle repartit un peu plus bredouille. Elle était tellement obnubilée par cette lettre qu'elle en avait même mémorisé la position exacte et le bout de parchemin n'avait pas bougé d'un millimètre. C'était si décevant. Le troisième jour, en voyant que c'était toujours le même côté du papier qui ressortait de l'interstice de la pierre, elle avait abandonné. Personne n'allait lire cette lettre, personne n'allait répondre... Une petite aiguille l'avait piquée au coeur, aussi misérable que cela puisse paraitre. Et pourtant, malgré cela, un espoir peut-être un peu naïf ne l'avait pas faite reprendre la lettre. Elle était juste restée là, à l'abandon, attendant désespérément que quelqu'un la délivre comme Arthur avait retiré Excalibur de la roche.
Et les jours étaient passés. Eileen avait essayé de détacher ses pensées de ses mots écrits sous le coup de la fatigue et de l'ennui pour reprendre le train-train quotidien de Poudlard. Elle ne passait plus vraiment à la Volière. Mais dans un coin de sa tête vivait toujours ce désir crédule que quelqu'un ne la trouve assez intéressante pour lui répondre.
En ce Jeudi 2046, la jeune Adams était restée dans les dortoirs après les cours pour rester au chaud. Là-bas, elle avait rigolé avec ses camarades de dortoir, comme d'habitude. Emma, Elvire, Ella ou encore Erin - la chambre des E, comme on aimait les surnommer - c'était toujours un plaisir de passer l'après-midi avec elles. Elles étaient toutes gentilles, toutes drôles. Mais alors, de son lit, Eileen jeta un coup d'oeil à sa malle d'où dépassait son papier à lettre et sa belle plume bleue. Et là, comme une gifle dans le visage, l'adrénaline - ou bien était-ce l'appréhension - de la missive lui revint en pleine face. Et l'urgence de savoir la frappa tout aussi fort. Alors, elle avait balbutié quelques excuses à ses camarades de dortoir, attrapé un bout de parchemin vierge et sa plume accompagnée de son encrier ainsi que sa grosse veste qui la faisait plus ressembler à un troll des montagnes qu'à une jeune fille et aussi vite qu'un serpent injecte son venin, elle avait filé.
La voilà donc qui, quatre à quatre, montait les marches de la Volière, son espoir candide d'avoir une réponse grandissant au fur et à mesure qu'elle gravissait la tour aux hiboux. Une fois arrivée en haut, elle se retint contre le mur, essoufflée, fatiguée et pourtant, excitée comme une puce car elle la vit, là, la lettre. Dans une position différente de comment elle l'avait laissée. Un large sourire s'éprit de ses lèvres et sans attendre une seconde, elle fondit vers le pan de mur qui emprisonnait le bout de parchemin pour le libérer. Le souffle court, elle le retint encore quand elle l'ouvrit, les mains tremblantes. À dire vrai, elle n'en attendait pas beaucoup mais la dopamine de savoir que quelqu'un avait pris de son temps pour réagir à ses pensées nocturnes en était assez pour la rendre fébrile.
Elle déplia la lettre où elle pouvait déjà voir une écriture différente de la sienne se dessiner en-dessous d'elle. S'appuyant contre le mur derrière elle, assise avec les genoux repliés contre elle, elle se mit alors à la lecture des mots de la plume inconnue qui se trouvait derrière cette réponse. Déjà aux premiers mots, un petit rire ébranla ses cordes vocales quand elle pensait à son interlocuteur - ou interlocutrice - qui avait le vertige. Mais calmement, elle se reprit, remarquant quelques gribouillis par-ci et par-là. Plus elle avançait dans la lecture, plus son sourire grandissait. Un petit rictus le remplaça et elle plaça la lettre dans la poche de sa grosse veste, prenant son autre bout de parchemin au passage avec sa plume et son encrier. Et sans attendre, elle s'attela à répondre - sans oublier la date, cette fois :
18 Janvier 2046
Une après-midi un peu venteuse (brr il fait froid)
Toi,
J'ai bien cru que tu ne répondrais jamais. Sans rire, j'ai failli attendre ! Tu me diras... Je n'ai pas répondu beaucoup plus vite mais promis, si tu me donnes encore de la lecture comme ça la prochaine fois, je ferai attention à être là plus tôt !
Je suis bien contente que ton papa t'ait laissé(e ?) revenir à Poudlard, sinon, personne ne m'aurait répondu et j'aurais été un peu triste, quand même. Mes parents, à moi, ils n'y font pas trop attention. Ils font confiance à Mrs. Loewy et puis, c'est pas une petite urne qui crache des bouts de papier qui va nous faire peur ! Je sais allumer ma baguette, moi, tu te rappelles ? Une vraie professionnelle.
J'essaierai de trouver ton livre, j'espère que Mr. O'Lake me laissera l'emprunter. Je t'en dirai des nouvelles si je l'aime bien. Sinon, je n'en parlerai pas pour t'éviter l'immense honte de m'avoir fait part de tes goûts médiocres. Mais ne t'inquiète pas, Toi, je suis sûre que tu as de bons goûts. À dire vrai, je serais bien la dernière à trouver un livre ennuyeux ! Donc pour répondre à ta question, oui, j'adore lire ! Pas nécessairement pour me divertir, mais j'adore apprendre. Tu vas te dire "Mais elle est trop ennuyeuse, celle-là !", mais je t'assure, j'adore ça ! Surtout sur Poudlard et sur la Magie mais je te l'ai déjà dit, ça... Oups, on dirait bien que je ne vais pas arrêter de me répéter...
Ce n'est pas grave, je ne vais pas barrer ce que je dis. J'ai vu que toi, tu gribouillais sur mon beau papier. Pas très gentil ! Je rigole. Mais après, c'est parce que je pense qu'on ne peut pas effacer ce qu'on dit dans la vraie vie. Alors, pourquoi est-ce que je me cacherais de ce que j'ai déjà écrit ? Ça veut juste dire que je voulais écrire ça à l'instant et donc je l'ai fait. Promets-moi de ne plus barrer ce que tu me dis et la prochaine fois, j'essaierai de faire un petit dessin dans ma lettre. En fait, si ça se trouve, tu t'en fiches mais moi, ça m'amuse de dessiner.
Est-ce que tu aimes d'autres choses que les livres ? Tu aimes les bonshommes de neige ? En fait, est-ce que tu aimes l'hiver, tout court ? J'espère que oui sinon, tu ne pourrais pas profiter de la beauté de Poudlard sous la neige et ça, ce serait vraiment dommage.
J'ai l'impression que j'écris un peu trop... Tu n'auras plus beaucoup de place si je continue. Ça te va si j'arrête là ? La prochaine fois, je prendrai deux feuilles de parchemin : une pour toi, une pour moi.
J'espère te relire vite,
Un petit être de lumière
PS : Ça veut dire quoi, pouce bleu ? C'est une expression moldue ?
La petite blonde finit son point d'interrogation puis admira ses mots qui parcouraient la lettre adressée à cette personne qu'elle ne connaissait toujours pas et qu'elle, pourtant, avait étrangement envie de connaitre. Pas nécessairement physiquement parce qu'aussi surprenant que cela pouvait paraitre, le fait de simplement lire cet inconnu lui avait suffi mais plutôt au travers de ces lettres. Il n'y avait pourtant là rien de plus enfantin qu'une jeune fille de onze ans qui étalait ses pensées à tort et à travers tandis qu'une personne étrangère les accueillait pour au final faire la même chose. Mais c'était là quelque chose qu'elle appréciait : une conversation donnant-donnant. Elle lisait et l'inconnu la lisait. Et elle aimait ça.
Avec précaution, elle replia la lettre et la plaça dans le même interstice qui séparait les deux pierres et à nouveau, on ne voyait presque rien dépasser pour laisser le méritant la trouver et converser avec elle. Satisfaite, elle rangea sa plume dans sa veste ainsi que son encrier qui avait bien souffert de cet engouement et se leva, déjà bien trop impatiente d'avoir la réponse à son excitation.
Réponds-moi vite, pensa-t-elle - ou pria-t-elle - avant de quitter la Volière, un sourire à la commissure de ses lèvres.
Tu m'as inspirée
Eileen J. Adams - Deuxième Année RP - Joueuse de Quidditch - Serpentard - color=#008080
Eh Ligne pour les intimes
La plume inconnue
21 Janvier 2046
Edmund passa tranquillement la petite ouverture en forme d'arche qu'était l'entrée de la Volière. De sa main gauche il tenait une enveloppe soigneusement scellée sur le dos de laquelle était écrit en lettres noires calligraphiées Loughborough, Queen's Park, creux du sapin à côté du lac. De sa main droite, il replaça une mèche qu'un énième courant d'air avait déplacée devant ses yeux d'un bleu soucieux. Il balaya du regard l'imposant intérieur du rez-de-chaussée à la recherche d'un rapace engageant qui pût accepter de s'occuper de sa missive.
Nichée dans une petite alcôve un peu plus de deux mètres au-dessus du sol, une chevêchette brune à l'air nonchalant reteint son attention. Bien que d'apparence apathique, elle avait néanmoins le grand avantage de passer plutôt inaperçue, ce qui était le critère principal de sélection du garçon — le deuxième étant les risques de se faire picorer. Le Poufsouffle s'approcha du lieu de repos de la chouette et la regarda droit dans les yeux, agitant la lettre pour que l'animal la remarquât et comprît. Cette dernière demeura immobile durant plusieurs secondes, boudeuse, avant de finalement s'ébrouer, pousser un petit cri mécontent et descendre au niveau de l'élève intimidé. Elle n'allait pas le becqueter, non ? Heureusement pour lui, elle se contenta de se poser dans un renfoncement de mur à hauteur de taille et de lui tendre une patte, bougonne.
Edmund ne se fit pas prier et noua l'enveloppe à ladite patte avant de remercier la postière aussi chaleureusement qu'il le pouvait de par une journée si froide, et de s'excuser de lui imposer un tel voyage par ce temps hivernal. Sans lui répondre, le rapace agita deux fois ses ailes expérimentalement avant de lui filer dans les plumes et de quitter la Volière par une des très nombreuse fenêtres sans vitre qui parsemaient le mur.
Edmund demeura immobile jusqu'à ce que la chouette fût tout à fait hors de vue. Une fois tout à fait seul — enfin, seul avec les quelques centaines de rapaces qui résidaient là — il laissa enfin sa main gauche s'aventurer dans les méandres des poches de sa cape. Le doux contact d'une plume et froid d'un encrier effleura le bout de ses doigts et son regard erra vers les marches de pierre qui montaient dangereusement vers les étages supérieurs. Edmund exhala un soupir de fumée.
Cela faisait un peu plus d'une semaine — une semaine et un jour — depuis qu'il avait gravi la tour jusqu'à son sommet et découvert cette étonnante correspondance dissimulée dans une irrégularité du mur. Il n'avait cessé d'y penser depuis. Il n'avait eu de cesse de repenser à ce qu'il y avait écrit, reconsidérant chacun de ses mots, remettant en question chaque formulation. Remettant en question son initiative même d'avoir répondu. N'avait-il pas paru stupide à parler ainsi de son père ? À avouer avoir failli ne pas avoir pu revenir à Poudlard ? À avoir failli avouer qu'il était plus mauvais que nombre de première année quand il était question de lancer un sort ? À déballer sa vie à un parfait inconnu sur un bout de papier perdu dans une barraque à piafs ? Il avait dû paraître bien pitoyable. Et pourtant...
Et pourtant il n'avait pas retiré la lettre. Toute la semaine il s'était imaginé le faire, gravir les longs escaliers rigides, récupérer la correspondance et arracher la partie sur laquelle il avait écrit. Mais il ne l'avait pas fait. Pas uniquement à cause de son vertige — même si c'était l'excuse qu'il se rabâchait dès qu'il y pensait— mais aussi parce que malgré tout, il espérait ardemment que l'auteur de cette correspondance la lirait et lui répondrait. Ce serait comme avoir sa propre amitié secrète. Un correspondant inconnu avec qui échanger de tout et de rien, avec qui débattre. Une personne avec laquelle il pourrait interagir sans avoir à subir les dangers de la communication spontanée. Une personne avec laquelle il pourrait communiquer en ayant tout le loisir de réfléchir à ses mots durant des heures s'il le souhaitait, afin de laisser seulement ressortir le fruit d'une mûre réflexion. Il n'aurait ainsi pas à craindre les imperfections et les erreurs systématiques qui venaient des réactions spontanées ou intuitives — comme celles qu'il avait eues quand il avait écrit sur le dernier palier de cette tour une semaine et un jour plus tôt.
Mais pouvait-il espérer que l'on eût déjà répondu à sa lettre ? Cela faisait après tout seulement une semaine, cela semblait donc incertain. Mais le seul moyen de savoir était d'effectuer cette ascension infernale. Edmund eut un léger sourire ironique à cette pensée. N'était-ce pas plutôt le chemin vers le paradis qui était supposé être une ascension ? Ce pourrait être quelque chose dont il pourrait parler avec Eugène. Ses yeux glissèrent de nouveau vers l'escalier.
Montera-t-il ? Montera-t-il pas ?
D'un pas hésitant, Edmund s'approcha de la première marche, la testa comme on teste la glace d'un lac avant de se risquer à marcher dessus, puis entama lentement sa pénible ascension, sa main droite courant sur la froide sécurité du mur de pierre. Contrairement à la fois précédente, la montée fut plus intense. Mais en faisant régulièrement des poses aux paliers intermédiaires, il parvint non sans mal à atteindre le sommet de la tour, un sourire craintif de victoire sur les lèvres. Il avait mis plus de temps, mais au moins cette fois-ci n'avait-il (presque) pas paniqué sur la fin — il se gardait sagement de regarder par-delà l'absence de rembarde, cependant. Se dirigeant vers là où il lui semblait avoir laissé le papier la dernière fois, il trouva une feuille différente, couverte cependant de la même écriture que celle qu'il avait lue la dernière fois. Une réponse. Enchanté, le garçon s'assit sur le sol glacial avec un petit cri de douleur et entama la lecture de sa correspondance.
Après une petite minute à découvrir le texte et encore quelques autres à le relire plusieurs fois, il releva les yeux vers le plafond de la Volière. Il resta là, pensif, durant plusieurs minutes.
Elle ne voulait pas rayer ce qu'elle disait... quoi que ce fût ? Edmund ne comprenait pas. L'avantage des écrits était que l'on pouvait les modifier à volonté pour n'envoyer que la version finale, la version sans erreur. La version parfaite. À quoi bon écrire si c'était pour tomber dans les exacts travers de la conversation orale ? Mais bon, très bien. Il ne raturerait plus. Il lui suffirait de penser calmement ses textes à l'avance.
Dix longues minutes plus tard, il sortit sa plume, son encrier, et la feuille de parchemin qu'il avait emmenée avec lui. Il commença sa réponse sur la feuille de la jeune fille — il y restait un peu de place et il eût été sacrilège que de ne pas l'utiliser — et la finit sur celle qu'il avait lui-même apportée pour l'occasion.
21 Janvier 2046
Une matinée glaciale (et pourtant, même pas de flocons à l'horizon)
Petit être de lumière
Ou devrais-je dire petite être de lumière ? Bien que "être" soit masculin, ce serait plus approprié non ? À moins bien entendu que tu n'accordes les adjectifs au féminin que pour un plaisir personnel quelconque je suppose. Bref.
J'imagine que si tu espérais une réponse plus rapide, il aurait été plus facile de ne pas cacher ta première lettre tout en haut d'une tour dans un mur avec seulement un tout petit millimètre visible. C'est en soi une chance que j'aie réussi à la voir ! Je n'irais pas jusqu'à parler de miracle car si Dieu existe ça m'étonnerait qu'il gaspille ses bénédictions pour des choses aussi simples, mais je le pourrais presque.
Si tu es intéressée par les dragons, je t'assure que ce livre (dont j'ai complètement oublié de rechercher le nom d'ailleurs) t'intéressera. Il est assez détaillé et explique notamment les modes de vie des différents types de dragons, leurs spécificités, la température de leurs flammes, vitesses de vol maximale, utilisations de leurs organes en médecine et potions, etc. Il faut simplement réussir à le retrouver (bonne chance à toi).
Je serais bien le dernier à te reprocher de lire pour apprendre (tu parles à quelqu'un dont la première réaction en trouvant une lettre cachée dans une tour est de conseiller un livre sur l'étude des dragons quand même).
Edmund relut rapidement sa lettre et corrigea deux trois petites coquilles — un "e" qui manquait ici, une marque de pluriel qu'il avait oubliée là. Il n'avait pas réagi à la remarque sur l'urne. Il espérait que la fille ne le remarquerait pas. C'est pas une petite urne qui crache des bouts de papier qui va nous faire peur, hein ?Je ferai un effort à partir de maintenant pour ne pas rayer ce que j'écris sur nos parchemins. Je ne promets cependant rien : s'il y a quelque chose que je juge mauvais dans ce que je fais, ça me semble normal que je le supprime. Si j'avais un stylo-plume et un effaceur, je le ferais en effaçant proprement, mais comme ce n'est pas le cas, ce sera en raturant.
J'aime beaucoup l'hiver — et l'automne — mais... seulement depuis l'intérieur chaud et agréable d'une maison. Même si j'aime bien jouer dans la neige, je n'aime pas quand il fait trop froid donc je préfère passer la plupart de mon temps en intérieur. Même si j'ai d'excellents souvenirs de batailles de boules de neige ou de descentes de luge ! J'aime bien faire des bonshommes de neige aussi, mais je n'ai jamais été très doué pour leur donner une apparence originale, tous mes bonshommes se ressemblent. Ça devient donc rapidement assez répétitif :-/
Sinon... tu promets de ne pas te moquer d'accord ? On m'a déjà dit que c'était "un passe-temps de fille", que "un garçon ne devrait pas faire ça mais plutôt jouer au foot ou au rugby" (deux jeux de ballon), mais je trouve ça beaucoup moins relaxant. Donc... tu ne te moques pas hein ? Sur mon temps libre, j'aime bien faire de la broderie... Je suis sérieux ! Ça nécessite de la patience, de la rigueur et de l'habileté, trois choses dont je suis capable et qui me sont plaisantes. Et le résultat est (presque) toujours au rendez-vous ! Si tu me montres tes dessins, je pourrai peut-être te montrer la broderie sur laquelle je travaille depuis la fin des vacances de Noël. Elle n'est pas finie, mais j'ai quand même déjà bien avancé, entre deux entrainements de lancers de sorts.
Eh bien, c'est que j'écris, j'écris... et je n'ai plus beaucoup d'espace ! Je savais que trente centimètres de parchemin n'étaient pas suffisant. J'aurais dû en prendre quarante ! Et toi, qu'aimes-tu faire sur ton temps libre ? Je me demandais aussi : quelle est ta matière préférée ? Celle que tu aimes le moins ? Est-ce que tu en as ?
À la semaine prochaine (si je ne meurs pas en descendant ces marches...)Moi
PS : c'est une expression que mon père utilise... je ne sais pas tellement à quoi ça fait référence ? Il m'a dit que c'est un truc qu'il y avait sur internet quand il était plus jeune. Ça veut dire quelque chose comme... bien joué, je pense ?
S'adossant au mur, il posa sur ses cuisses ses mains tremblantes. Non, bien sûr. Ce n'était pas une simple urne annonciatrice d'un combat à mort entre des élèves du monde entier qui allait lui faire peur n'est-ce pas ? Il se força à respirer profondément.
Il superposa les deux missives et les plia de sorte que celle à l'intérieur soit celle que sa correspondante lui avait laissé à lire. Il les plaça difficilement dans l'interstice du mur — il était très fin — et observa les papiers qui dépassaient de bien trois millimètres. Il espérait que personne d'autre que sa partenaire épistolaire ne les verrait. De toute façon ce n'était pas comme s'il pouvait faire mieux : même en poussant plus, les lettres ne s'enfonçaient pas plus. Il jeta un coup d'œil hâtif aux marches descendantes. Il resterait là encore quelques temps. De toute façon, il n'avait plus très envie de redescendre maintenant.
Bon... je m'y suis fait... je crois que je suis condamné au RPG+++++++ de façon régulière sur ce RP...
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Inspecteur Munmun, théoricien en chef des Bôs Debilus
Cofondateur de la PTC
Poufsouffle Vult !
La plume inconnue
25 Janvier 2046
La Volière
La Volière
Une semaine s'était écoulée. C'était bien assez, non ? Il allait bien répondre un jour ? Eileen avait gardé son mal en patience. Les entrainements de Quidditch s'étaient faits de plus en plus nombreux et le stress du match montait à une vitesse éclair. Si c'était un bon stress ? Elle n'en savait trop rien, elle l'espérait. Les Serdaigle n'avaient pas assuré au match précédent mais rien n'en disait beaucoup sur ce match-ci. Curieusement, Adams avait l'impression que la seule dose de réconfort qu'elle pouvait trouver serait probablement dans l'idée de pouvoir tout étaler sur le papier. Toute sa frustration, son stress.
Mais c'était aussi un peu dangereux.
Elle aimait l'anonymat. Elle aimait que son interlocuteur n'ait pas ne serait-ce même qu'une simple idée de ce à quoi elle ressemblait, de son âge, de sa maison. Et elle aimait ne pas vraiment savoir qui il était non plus. Bien étonnant de sa part, étant donné sa curiosité qui n'avait pas d'égal mais c'était différent. C'était comme si elle pouvait s'affaler dans un fauteuil confortable les yeux bandés.
En montant les escaliers de la volière, elle rit à cette pensée. Elle n'était pas vraiment sûre qu'il apprécie qu'elle le compare à un fauteuil confortable. Dans sa main, elle serrait le bout de parchemin où toutes ses pensées insomniaques étaient venues, encore une fois, se déposer. Tout comme il y a un mois, elle avait décidé de tout écrire sans vraiment penser aux conséquences mais ses mots étaient prêts à être lus par son correspondant secret. À dire vrai, la veille, elle avait filé avant le couvre-feu pour se rendre à la volière et une joie incommensurable s'était éprise d'elle quand elle avait vu le papier qui n'attendait que d'être délivré du mur pour être bercé dans ses mains. C'est ainsi qu'elle avait décidé de la prendre avec elle pour pouvoir y répondre dans son lit.
Ses doigts glissaient sur la pierre encore froide à cause de l'hiver, bien que ce dernier quittait doucement les contrées de Poudlard. Encore quelques mois et le printemps allait être à leurs trousses, ce qui ravissait Eileen plus que tout au monde car cela signifiait qu'on approchait son anniversaire et qu'elle allait recevoir plein de cadeaux. En arrivant au sommet de la tour, elle songea brièvement à ajouter cela dans sa lettre mais elle se ravisa bien vite. L'anonymat était bien trop plaisant et sa date de naissance, ça en disait déjà bien trop, non ?
Quand elle pénétra dans l'entre aux oiseaux, elle fit même un petit saut de chat quelque peu ridicule mais qui en disait long sur son excitation. Elle sourit aux chouettes qui la regardaient d'un drôle d'air. L'une d'elle pivota même la tête, l'air de dire Mais qu'est-ce qu'elle fait... ? alors Eileen lui tira la langue. La blonde vénitienne fit brièvement danser ses yeux autour d'elle avant de se poser sur le pan de mur qui l'intéressait. L'interstice n'avait pas bougé et l'imagination d'Eileen lui fit même croire qui lui demandait à tout prix de lui donner la lettre alors elle ne se fit pas prier.
24 Janvier 2046
Bien au chaud dans mon lit
Toi,
Je t'aime bien. Tu réponds vite. Ça m'aide beaucoup parce que du coup, ça me donne d'autres choses à penser. Est-ce que ça t'arrive d'avoir tellement de choses dans la tête que tu as l'impression qu'elle va exploser ? C'est ce qui m'arrive, ces derniers temps. BOUM ! J'ai l'impression que c'est ce que va faire ma tête. Alors, merci pour ça. J'ai vraiment de la chance que tu aies vu ma lettre ! N'empêche, tu te serais bien porté aussi si tu n'avais pas eu à monter les marches toutes les semaines pour voir ce que je t'ai écrit... Désolée ? (Je ne le suis pas vraiment, je suis vraiment contente que tu aies trouvé cette lettre)
Je n'ai pas encore trouvé ton livre sur les dragons. Pour être honnête, je n'ai pas vraiment cherché. Je ne suis pas vraiment souvent à la bibliothèque. Contrairement à toi, j'adore passer mon temps dehors en hiver. Sortir, faire des bonshommes de neige, jouer dans le parc, j'adore ! Je te promets que j'irais chercher ton ouvrage. Peut-être que lui aussi, il me donnera d'autres choses à penser. Du moins, je l'espère beaucoup. En revanche, j'ai été prendre ton livre sur les Créatures magiques et lui, je l'ai adoré ! C'est ma petite lecture du soir. C'est vrai qu'il n'y a pas grand chose sur les dragons mais j'en ai appris pas mal sur les strangulots ! Tu savais que les êtres de l'eau avaient réussi à les domestiquer pour en faire des animaux de compagnie ?
Il est très tard, quand je t'écris ça, alors ne sois pas surpris si mes pensées vont dans tous les sens.
De la broderie, tu dis ? Voilà un passe-temps plutôt... peu commun. Promis, je ne me moque pas ! Mais c'est plutôt surprenant. Je n'ai jamais vu quelqu'un faire de la broderie, pas même ma mamie ! Comment est-ce que ça fonctionne ? En tout cas, j'aimerais beaucoup que tu me montres à quoi ça ressemble. Est-ce que tu sais l'animer comme on sait animer un dessin ? Ça doit être DÉMENTIEL si tu sais faire ça. Il faudra que tu m'en dises plus.
Par contre, je ne vois pas trop ce que tu veux dire par "passe-temps de fille". Papa et Maman, ils ont jamais vraiment fait la différence. Je joue beaucoup aux échecs et apparemment, il y a longtemps, seuls les garçons en jouaient. Vraiment pas de chance pour les filles parce que c'est vraiment mon jeu de société pré-fé-ré. La version sorcière est tellement bien. J'adore.
Je t'ai dit que j'allais partir dans tous les sens.
Dis-moi, comment est-ce que tu as su que tu avais des pouvoirs magiques ? Si tu as des moldus dans ta famille, alors peut-être qu'au départ, tu ne le savais pas du tout. Moi, j'ai une histoire super drôle à te raconter. En fait, je n'aime pas beaucoup obéir. Alors, un jour, Maman me courait après pour qu'on aille diner mais j'avais encore envie de jouer... Du coup, je suis monter dans un des arbres du jardin et j'ai loupé une branche ! J'aurais pu mourir ! Et là, je suis tombée et j'ai rebondi comme une balle magique sur le sol. BOING ! C'est pas trop rigolo ? Encore plus marrant que le Quidditch.
Enfin, chose promise, chose due. Je t'avais dit que je te ferais un petit dessin. Je me suis inspiré de la lecture de chevet que tu m'as donné. Le Grand Livre des Créatures lui-même, Monsieur !
Je file ronfler, bonne nuit, Toi,
Un petit être de lumière
PS : Tu as raison pour petite, mais ça donnerait tellement moins bien !
PS2 : ZUT J'AI OUBLIÉ UN BOUT DE PARCHEMIN POUR TOI ! Et en plus, j'ai écrit un roman, désolée...
Cette dernière phrase venait, bien évidemment, d'être ajoutée. Mais Eileen repartit tout de même sans un regret, en courant dans les escaliers pour fuir elle-ne-savait-trop-quoi mais dans tous les cas, pour éviter de peut-être croiser son correspondant secret.
Encore mille excuses pour ce retard ! Mon rythme devrait s'accélérer désormais
Eileen J. Adams - Deuxième Année RP - Joueuse de Quidditch - Serpentard - color=#008080
Eh Ligne pour les intimes
La plume inconnue
27 janvier 2046
Comme souvent dans la période du mois de janvier, le vent était au rendez-vous en ce samedi après-midi. Alors que les horloges de Poudlard annonçaient quatorze heures et que le soleil entamait déjà sa lente descente vers l'horizon, les souffles tourbillonnants de froids zéphyrs ratissaient l'herbe blanche du parc de l'école avec une méthodique cruauté. Là, assis au pied d'un grand chêne dont les branches avaient protégé les racines des flocons de neige, une petite silhouette gantée emmitouflée dans une large cape et un manteau semblait s'afférer, immobile. Deux yeux bleus plissés par la concentration, des joues et un nez rougis par l'air mordant et un souffle vaporeux étaient tout ce qui dépassait des protections en laine inefficaces que portait l'enfant. Bien que grelottant, il imposait à son corps une fixité totale, absorbé par la tâche qu'il réalisait. Jusqu'à ce que tout à coup, son regard partît en flèche vers la droite et vers le sol, comme suivant un projectile qui aurait été lancé dans cette direction. Un soupir exaspéré passa ses lèvres cachée par une grosse écharpe, il se leva péniblement et partit à la recherche de ce qu'il avait vu rouler un peu plus loin et qu'il trouva coincé entre deux racines du chêne.
Le dos endolori par la bise glaciale, Edmund se baissa difficilement pour ramasser la petite bille de plomb qu'il faisait léviter peu avant malgré le vent et grimaça à son contact douloureusement froid. Il s'empressa de la ranger dans une poche de son manteau, aux côtés de la baguette qu'il tenait peu avant. Quarante-trois secondes. Un score plutôt médiocre. Bien plus faible que lorsqu'il s'était entraîné à l'intérieur du château. Certes, il avait dû lutter contre le vent et le froid, mais cela faisait tout de même seulement quarante-trois secondes. Décidément, l'univers était de son côté en ce moment. Edmund manqua de trébucher sur une plaque de givre et cessa alors là ses réflexions pour se concentrer davantage sur son environnement et éviter une chute stupide. Mais tout de même... quarante-trois secondes...
Malgré sa précédente résolution, il se perdit à nouveau dans ses pensées alors que ses pas le faisaient progresser dans le parc, en direction de ce qui aurait dû être le château. Était-ce le souffle incessant de la bise qui l'avait fait dévier ? Ou bien son subconscient qui s'adressait à lui ? À moins qu'il ne s'agît tout simplement du fruit du hasard — ce fameux hasard, fautif de bien des choses. Toujours est-il que lorsqu'il sortit enfin de ses pensées, ce ne furent pas les imposants battants du hall d'entrée qu'il aperçut, mais le panneau frêle et branlant de la volière. Surpris de ce changement de scène inattendu, Edmund cligna plusieurs fois des yeux avant de se les frotter. La température lui avait-elle fait des dégâts irréversibles au cerveau ? Cela ne pouvait vraisemblablement pas être la volière — s'il avait gravi la colline sur laquelle elle seyait, il s'en serait tout de même aperçu ! Et pourtant quand il se retourna, la pente enneigée de la colline lui montra les dents blanches de son sourire moqueur. Confus, il fit de nouveau face à la porte abîmée de la tour. Il n'avait pas prévu de venir ici ce jour-là — il pensait passer plutôt le lendemain dans l'espoir qu'il fît moins froid (et aussi parce qu'il ne s'était pas senti le courage d'affronter son vertige) — mais il y avait quelque chose dans ce vent têtu et cette porte sur le point de s'ouvrir toute seul qui semblait lui demander d'entrer. Des choses qui lui demandaient de faire quelque chose ? Décidément, il perdait complètement la tête. Il poussa néanmoins du bout des doigts le battant qui s'ouvrit violemment et passa l'ouverture.
À l'intérieur, le vent parut disparaître. On l'entendait chuchoter tranquillement à travers les nombreuses ouvertures constellant les murs mais ce n'était là rien de plus qu'un lointain souvenir. Edmund referma derrière lui la porte qui se remit à s'agiter, dansant d'un gond sur l'autre, puis posa son regard sur l'escalier de pierre qui montait en spirale jusqu'au sommet. Il n'était pas encore trop tard pour fuir...
Malgré lui, une première marche passa sous son pas hésitant. Puis une deuxième. Puis une troisième. Alors qu'il escaladait sans cordon de sécurité avec une nécessité grandissante, il se demandait ce qu'il faisait ici, à monter cette tour. Sa semaine s'était déjà suffisamment mal passée. Il n'avait pas besoin en plus de se retrouver au sommet d'un bâtiment qui de toute évidence ne respectait pas les normes de sécurité les plus élémentaires et où il risquait sa vie à chaque pas. Alors pourquoi ? Pourquoi ne faisait-il pas demi-tour ? Pourquoi avançait-il ?
Essoufflé, il gravit la dernière marche de l'escalier en sueur, mais ne perdit pas la moindre seconde à se reposer. Il s'avança immédiatement vers l'interstice familier où sa correspondante et lui glissaient toujours leur courrier secret et en tira le parchemin qui y était dissimulé. Ce n'était pas la lettre qu'il avait laissée la dernière fois. C'était son écriture. Elle lui avait répondu. Edmund se laissa tomber sur les pierres glaciales du dernier étage de la volière et lut d'une seule traite la lettre qui lui était adressée. Puis la lut une fois encore.
Les émotions s'entremêlaient dans son torse. La joie qu'elle ne le jugeât pas, la honte de ne pas savoir animer une broderie comme un sorcier saurait certainement le faire, un léger sourire aux pensées de son interlocutrice qui partaient dans tous les sens, la curiosité quand elle évoqua les échecs, le jugement qu'elle n'obéît pas à ses parents et aux règlements, et l'émerveillement face au dessin animé qu'elle avait créé juste là, sur un simple bout de papier. Ces émotions l'envahissait sans qu'il parvînt à comprendre pourquoi ni comment. Durant toute la semaine, il s'était senti vide, désespéré, distant à la fois des autres et de lui-même, et en comparaison cette explosion de sensations lui était similaire à un feu d'artifices. Des larmes vinrent à poindre aux coins de ses yeux qu'il essuya d'un revers de gant. Il demeura assis là à lire et relire la lettre durant de nombreuses minutes avant de la poser enfin. D'une poche intérieure de sa robe, il sortit la plume, la petite fiole d'encre et le parchemin qu'il gardait sur lui en toutes circonstances au cas où il aurait besoin d'écrire quelque chose soudainement. Après plusieurs minutes à penser sa réponse, il finit enfin par tremper le bout de sa plume.
Une fois n'était pas coutume, Edmund s'était laissé entraîner par sa plume. Il avait couché tous ses ressentis sans rien raturer — même s'il n'avait pas été honnête tout le temps : c'étaient là une qualité et un recul qu'il lui restait encore à acquérir. Il s'était abandonné à ce point qu'il en avait failli signer de son vrai nom, dont une lettre rayée — la seule de la missive — lui avait échappée. Il avait réfléchi un peu avant de la noyer sous l'encre, se demandant s'il ne serait pas temps de révéler son identité à sa correspondante, et finalement il en avait décidé autrement. Il ne voulait pas avoir à se révéler. Là, par relation épistolaire, il pouvait choisir de ne montrer que ce qu'il voulait bien montrer de lui-même, de cacher ce qu'il voulait cacher. De se cacher de lui-même, l'espace de quelques minutes chaque semaine. Tant qu'elle ignorerait son nom, il pourrait être ce qu'il voulait. Qui il voulait. Et cela, il ne comptait pas s'en défaire.27 janvier
Une après-midi polaire
Petit être de lumière,
C'est vrai que tes pensées sont parties dans tous les sens — mais je ne m'en plains pas, c'était très agréable à lire, un peu amusant aussi. Tu as vraiment l'air de regorger d'énergie ! Un vrai petit être de lumière en somme.
Merci de ne pas me juger pour mes activités. En parlant de ça, j'ai reçu récemment un jeu d'échecs version sorcière (pour Noël) et je ne sais pas du tout y jouer. Cela fait quelques années que j'ai envie d'essayer, mais mon père jugeait que ça ce serait trop chronophage et qu'il valait mieux que je me concentre d'abord sur mes études. Je pense qu'il a raison, alors je n'ai toujours pas essayé mon jeu — de toute façon il faudrait que je trouve quelqu'un qui puisse m'enseigner et je doute que beaucoup de personnes accepteraient. Mais je ne perds pas espoir ! Peut-être que quand j'aurai fini mes études j'aurai assez de temps pour ça, qui sait ? Ce jour-là je te laisserai un lettre pour qu'on se fasse une petite partie — même si je suppose qu'une partie par hibou interposés ne sera pas très facile à mettre en place.
Ton dessin est absolument fantastique ! Comment fais-tu pour le faire bouger comme ça ? Tu lui lances un sort ? Ou alors tu utilises directement des crayons magiques ? Ou est-ce ta nature sorcière qui l'anime naturellement ? Comment ça fonctionne ? Moi je ne sais pas du tout faire ça avec mes broderies... enfin, je pense. Je n'ai jamais essayé mais... je doute que ça réussisse. Dommage que ta grand-mère n'en fasse pas, sinon elle aurait peut-être pu m'expliquer. Dans tous les cas, si j'arrive à bien m'avancer dans mes cours je pourrais essayer de chercher si on peut animer une broderie et je pourrai essayer de t'en faire une petite.
Je ne me suis jamais rendu compte que j'étais un sorcier avant de recevoir ma lettre de Poudlard. Ça a été un choc assez fort pour moi de l'apprendre. Pour tout te dire au début je ne voulais pas venir à Poudlard, c'est mon père qui m'y a forcé. Maintenant ça va beaucoup mieux bien sûr, ce n'était qu'une peur passagère de l'inconnu qui n'avait absolument pas lieu d'être du tout, c'était stupide, mais sur le coup, j'avais effectivement un peu peur — mais pas tant que ça non plus. Tout cela pour dire que je ne sais pas trop comment ma magie a pu se manifester avant que je n'arrive ici, j'ai juste quelques souvenirs flous de moments où certaines choses semblaient agir bizarrement, mais rien de bien concret.
D'ailleurs je me suis toujours demandé à ce sujet : avant de venir à Poudlard, beaucoup d'élèves disent avoir fait de la magie, comme toi par exemple quand tu as rebondi. Pourtant, la magie qu'on fait ici est toujours effectuée avec une baguette. Pourquoi ? Si l'on peut faire de la magie sans baguette, librement, pourquoi on nous force à utiliser une baguette ? Ne serait-il pas intéressant d'apprendre à canaliser sa magie naturelle ? Je veux dire... tu as réussi à rebondir sur le sol lors d'une chute potentiellement mortelle, ça ressemble beaucoup aux effets d'un sortilège de ramollissement qu'on apprend en première année. Ça veut donc dire qu'avant d'aller à Poudlard, tu étais déjà capable de simuler un Elasticus sans baguette, sans avoir à prononcer de formule et sans entraînement ! Pourquoi ne pas essayer de développer ces capacités innées à grand potentiel ? Pourquoi se concentrer plutôt sur l'utilisation des baguettes magiques ? Je veux dire, les adultes ont sûrement leurs raisons et je ne veux pas remettre en question leur jugement parce qu'ils en savent beaucoup que nous et ce serait irrespectueux, mais je ne comprends pas. J'imagine qu'on l'apprendra avec le temps dans les années supérieures.
Dans tous les cas, je vois que j'ai complètement noirci cette feuille, j'espère que tu penseras à amener ton propre parchemin. Ne t'embête pas à m'en prendre un, je me promène toujours avec une feuille et de quoi écrire sur moi, une habitude héritée de mon père.
À très bientôt et merci beaucoup de correspondre avec moi, vraiment,
E Moi
Pas de soucis, on ne peut pas être dispo tout le temps
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La plume inconnue
15 Février 2046
Ce matin-là, Eileen n'avait pas l'appétit. La défait contre les Serdaigle, depuis quatre jours maintenant, lui restait toujours en travers de la gorge. Elle n'avait pas eu le temps de retourner à la volière non plus. Les entrainements pour ce match lui avait mangé tout son temps et lui écrire avait été le dernier de ses soucis malgré elle. Quand elle voyait l'issue du match, elle se disait lâchement que ces entrainements n'avaient pas servi à grand chose. En bref, Eileen Adams était mauvaise perdante. C'était comme perdre une partie de cache-cache avec ses cousins. C'était si insupportable de voir les gagnants se languir de leur victoire alors qu'elle était là, misérable, à se morfondre...
Elle tournait et retournait sa cuiller dans son bol de céréales, la tête appuyée sur le coude et une moue ennuyée sur le visage. Son sommeil en pâtissait d'ailleurs beaucoup, étant donné qu'il était encore bien tôt. Les cours n'allaient pas commencer tout de suite et pourtant, Eileen s'était levé dans l'espoir de pouvoir se changer les idées, idées toujours embuées en se remémorant ce tir de Morna Gilchrist qui l'en faisait baver. Même si elle avait eu les félicitations de cette dernière après le match, la douleur de la défaite n'en était pas moins forte. Un soupir de frustration plus tard et Eileen s'était levée à la volée en quittant la table des Serpentard, énervée.
Elle sortit alors rapidement dehors, seulement vêtue d'un vieux sweat-shirt qui laissait le vent filer et rafraichir son corps maigrelet mais elle n'en avait que faire. Il fallait que cette frustration s'échappe et si c'était par une balade dans le parc froid de Poudlard qu'elle devait le faire, elle le ferait. Serrant ses bras contre elle, elle commença à marcher, shootant les pierres qui se dressaient sur son chemin. Heureusement que personne n'était avec elle car, si ces derniers jours, elle avait réussi à contenir son mauvais tempérament, il était bien de mise ce matin-là. Elle continua à marcher, sans vraiment regarder où elle allait quand soudain, elle se heurta à un petit panneau.
Elle se frappa le front.
Elle l'avait donc oublié ? Quelle piètre correspondante ! Soudain, c'était comme si elle respirait à nouveau. Pour une raison qu'elle ne savait vraiment décrire, elle savait que déposer ses mots et ses pensées sur le papier, en devant se forcer de laisser ses problèmes de côté, lui ferait du bien. Quatre à quatre, elle monta alors les escaliers de la volière et pénétra dans l'antre des hiboux avec un peu d'appréhension. Elle s'il était venu reprendre son éventuelle lettre parce qu'elle ne répondait pas ? Et s'il avait tout simplement arrêté de lui répondre ? Un peu essoufflée de son ascension, elle ne prit cependant pas le temps de retrouver sa respiration pour aller retrouver son interstice si familière. Elle ne se décida qu'à reprendre son souffle quand elle reconnut son écriture au travers du parchemin.
- Ouf, ne put-elle s'empêcher de lâcher.
Un sourire se dessina alors sur ses lèvres et elle s'empressa de lire ses mots. Au fur et à mesure de la lettre, elle se rappelait de ce qu'elle lui avait écrit et rit un peu à cette pensée. Il est vrai qu'elle avait laissé libre cours à ses pensées, la dernière fois mais elle se promit cette fois d'être un peu plus structurée.
Elle finit par se laisser aller contre le mur de la volière, le froid mordant de la pierre lui frappant le dos tandis que le sol l'accueillit avec une fraicheur douloureuse mais elle n'en avait pas vraiment grand chose à faire. Elle chercha alors dans la poche ventrale de son sweat-shirt et se bénit elle-même en sentant la courbe familière de sa belle plume bleue ainsi que son pot d'encre lila qui n'attendait qu'elle. Elle avait même amené un bout de parchemin. Si ça n'était pas la description de la prévoyance, alors elle ne savait pas ce que c'était. C'était plutôt curieux, d'ailleurs, elle qui était plutôt tête en l'air... Il fallait croire qu'elle avait eu un pressentiment en se levant, à prendre tout ça dans l'idée de s'avancer dans ses devoirs. Ils pouvaient aller se terrer désormais, car toute son attention était requise pour lui répondre.
15 Février 2046
Je ne sais pas quelle heure, mais tôt !
Cher Toi,
Comme je suis désolée ! J'ai été tellement préoccupée ces derniers jours que j'en avais complètement oublié de passer par ici. Si je te voyais en vrai, je t'aurais dit de me taper sur les doigts. Qu'est-ce que je suis mauvaise avec la régularité... J'espère que tu ne m'en voudras pas trop et que tu ne m'auras pas oubliée à cause de ma tête bien trop dans la lune. Je te promets que ça ne se réitérera pas !
C'est bien dommage que tu ne saches pas y jouer ! Il n'y a pas longtemps, j'ai appris à une camarde de dortoirs comment y jouer et laisse-moi te dire qu'elle s'est bien amusée. En tout cas, si jamais tu as besoin d'une partenaire et qu'un jour, je connais ton identité, on pourra tenter l'expérience. Mais s'il te plait, pas tout de suite, j'aime avoir ces lettres comme un petit jardin secret. Je n'ai parlé de toi à personne, figure-toi. Tu n'es pas vraiment sensé être un secret mais j'apprécie bien trop l'idée que personne, ni même moi, ne sache qui tu es pour te laisser partir comme ça.
En ce qui concerne mon dessin, c'est ma maman qui m'a appris ! Enfin, pas exactement. Quand j'étais petite (et même encore maintenant), elle s'amuse à animer mes dessins et j'ai toujours adoré ça alors je l'ai observée. J'ai retenu tous les gestes qu'elle fait ! Et du coup, dès que j'ai eu ma baguette et que j'ai eu l'occasion de m'entraîner, je ne me suis pas gêné. Ce n'est pas encore aussi fluide que Maman mais je trouve que je me débrouille déjà pas mal. Mais ne t'inquiète pas pour ta broderie, ça doit être bien plus compliqué que simplement animé des dessins faits au crayon, sois-en sûr.
C'est fort curieux que tu n'aies jamais vu que tu étais un sorcier. Il n'y vraiment jamais rien eu qui t'ait mis la puce à l'oreille ? Parce que moi, même avant ma vraie démonstration de magie, il y avait certaines choses plutôt curieuses. Papa m'en a dit quelques-unes mais j'ai oublié.
Je pense que si j'ai pu faire ça, en revanche, c'est parce que... bah... J'ai eu très peur ! Quand je suis tombée, je pense que mes émotions ont été si fortes et terrifiantes que ma magie a voulu me protéger. Je doute que de telles émotions n'arrivent tous les jours. Une baguette, c'est fort utile parce qu'il y a déjà de la magie concentrée en elle. Nous aussi mais ça doit sûrement être une magie beaucoup plus complexe. Il faudrait poser la question à Miss Perkins, tiens !
Je crois que je radote de nouveau beaucoup trop mais bon... Il fallait que je me rattrape pour un tel retard ! J'espère que tu ne m'en voudras pas trop parce que je m'en veux déjà bien assez. J'essaierai de t'apporter une carte chocogrenouille à glisser dans le mur pour me faire pardonner, la prochaine fois. Tu les collectionnes ? Si non, alors, il faut que tu commences !
J'espère que tu vas bien. En tout cas, sache que tu m'as libérée d'un poids,
E Un petit être de lumière
Elle était tellement absorbée par ses mots qu'elle avait failli dévoiler son identité. Quelle erreur. Cependant, elle était tellement plus légère qu'à son arrivée qu'un large sourire s'éprit de ses lèvres tandis qu'elle redescendait les marches de la volière après avoir laissé la lettre dans la petite fissure du mur, tenant celle de l'étranger précieusement entre ses mains.
Je suis désolée, désolée et encore désolée pour ce retard inexcusable ! 1300 mots pour rattraper le coup
Eileen J. Adams - Deuxième Année RP - Joueuse de Quidditch - Serpentard - color=#008080
Eh Ligne pour les intimes
La plume inconnue
25 Février 2046
Toutes les deux semaines, Edmund envoyait des lettres à son père. C'était là une habitude mécanique qu'il effectuait avec une régularité d'autant plus appuyée qu'il savait que s'il devait oublier de le faire, son père en serait fort inquiété et ne manquerait pas de craindre que le pire fût arrivé. Et au vu du florilège d'événements tous plus dangereux les uns que les autres qui avaient eu lieu dans le monde des sorciers ou même le monde normal au cours des années passées, qui savait ce que ce « pire » pouvait être.
Le bien-être de son père n'était cependant pas le seul facteur le poussant à suivre scrupuleusement le planning de ses correspondances familiales. Il tirait de cette répétitivité tranquille une sérénité certaine, celle que seul peut provoquer le sentiment d'avoir dans sa vie un paramètre au moins dont on peut établir la stabilité. Toutes les deux semaines, à neuf heures et demie, il cachetait précautionneusement l'enveloppe granulée qui contenait sa missive, et au terme d'une marche pouvant durer entre quinze et vingt-cinq minutes, selon la fatigue ou la hâte qui l'animait, il se trouvait dans la grande volière où il saluait la chevêchette brune qui portait toujours ses messages avant de lui confier ses écrits du jour. Il pourrait alors passer sa journée à suivre sagement le planning qu'il s'était fait le samedi matin en sachant qu'il recevrait le lundi à l'heure du petit-déjeuner la réponse plus ou moins laconique et plus ou moins chaleureuse de son père.
Ce dimanche-là, comme souvent auparavant, Edmund se trouvait face à la porte de la Volière. Il n'était cependant pas dans les alentours de neuf-heures cinquante, ou même de dix heures. Il était de fait onze heures et dix-huit minutes, et le soleil était bien plus haut dans le ciel que d'accoutumée. Mais cela ne gênait nullement le jeune garçon. En effet, s'il tenait dans la main une enveloppe claire à destination de Loughborough, il n'avait néanmoins aucune crainte que celle-ci n'arrive en retard : sa correspondance bi-hebdomadaire avait été envoyée la semaine précédente. Celle qu'il comptait faire parvenir à son père en ce jour était un bonus inattendu. Enfin, un bonus...
Edmund poussa un profond soupir, serra les doigts sur le fragile papier qui émit un bruit strident en se froissant et entra dans la tour.
Ses pas le menèrent instinctivement vers la droite, jusqu'à la paroi de pierre sous l'escalier qui longeant le mur courbe. Là, il leva les yeux vers une alcôve un peu plus de deux mètres au-dessus du sol, un trou dans le mur dont la partie supérieure épousait à la perfection le négatif d'une des marches qui permettait de gravir l'édifice.
Elle était vide.
L'enfant demeura immobile pendant plusieurs secondes avant de baisser les épaules, abattu.
Même la chouette est absente...
Cette pensée lui arracha un coup d'œil distrait vers le toit de la tour qu'il regretta. Il n'avait pas envie de penser à ça.
Il rangea l'enveloppe dans sa cape avec une lenteur exagérée, espérant que s'il ralentissait ses mouvements la petite chevêchette qu'il souhaitait voir montrerait le bout de son bec, mais lorsqu'à pas lourds il se retrouva devant la porte d'entrée, l'alcôve était toujours aussi désespérément vide.
À cet instant, un bruissement de plumes provenant des hauteurs du bâtiment lui arracha un regard fatigué et curieux, qui devint surpris puis hésitant. Entrée par une des très nombreuses ouvertures de l'unique mur circulaire, un petite chouette marron voletait dans l'air de cette fin de matinée, montant en courbes paresseuses vers le sommet de la tour.
C'était sa chouette !
Enfin, sa chouette, c'était une façon de parler. Elle ne lui appartenait pas. Mais cela n'avait pas immédiatement une importance primordiale. Ce qui comptait, à cet instant, c'était qu'il avait une chance de la rattraper avant qu'elle ne parte autre part afin de lui confier sa missive. Mais pour cela, il devrait monter...
Malgré un désir prégnant de ne pas escalader jusqu'au sommet de la tour, Edmund se refusait d'avoir fait tout le chemin depuis ses dortoirs pour rien. Il finit donc par entreprendre l'ascension qui le rebutait tant jusqu'à rejoindre la petite chevêchette, laquelle l'attendait sagement sur le dernier palier. En passant, il prit grand soin d'ignorer la petite anfractuosité dissimulée à la fin de l'escalier et qu'il savait être vide — comme elle l'avait été les quatre dernières fois où il était venu. Il confia à la chouette son message, qu'elle accepta avec un ennui marqué — Mais tu te moques de moi ? semblait-elle lui reprocher, normalement tes lettres c'est une semaine sur deux, pas tous les dimanche ! J'ai pas signé pour ça moi ! — puis entreprit sa redescente. Ou plutôt, voulut l'entreprendre.
En passant devant l'anfractuosité qu'il avait fourni tant d'efforts à ignorer lors de l'aller, il ne put retenir un rapide coup d'œil plein d'espoir. Et il fit bien.
Quelle ne fut pas sa surprise de voir, dissimulée là, une feuille de parchemin soigneusement pliée, enfoncée à peine assez afin que l'on pût la ressortir sans trop d'efforts ! Le cœur battant à la chamade, le Poufsouffle se jeta sur le pauvre papier qu'il arracha presque à sa cachette avant de le dévorer.
Sa lecture libéra un tourbillon d'émotions contradictoires : soulagement qu'elle eût répondu, colère qu'elle l'eût oublié — elle l'avait oublié ! — émerveillement qu'elle eût appris à animer ses dessins elle-même, curiosité et gêne à l'idée de parler de magie sans baguette à Miss Perkins... Mais surtout, une forme de tristesse teintée de déception qui lui collait à la peau, huileuse.
Elle l'avait vraiment oublié.
Edmund demeura longtemps, debout sur le dernier palier de la volière à relire distraitement la lettre, dans le vague, sans prêter attention aux caractères qu'il relisait pour la énième fois. Lorsque par hasard un hibou lui passa à quelque centimètre du visage et qu'il détourna les yeux de son papier, il remarqua que le soleil avait achevé sa montée et qu'il devait donc être l'heure de manger. Il allait être en retard pour le déjeuner.
Hâtivement, il sortit un bout de parchemin, sa plume et son petit encrier qui ne le quittaient jamais et tenta d'écrire une réponse malgré le manque d'idées qu'il subissait.
Edmund ne prit pas le temps de relire son message et l'écrasa dans le petit trou habituel, froissant le papier dont un centimètre entier devait dépasser, puis s'en alla comme il était venu : d'un pas lourd et lent.25 Février 2046
Cher petit être de lumière,
Tu as mis un peu de temps à répondre en effet. Mais bon, on a tous des obligations après tout, c'est donc normal de manquer de temps de temps à autres. Et d'oublier des chose. Ou des gens.
J'admèts que je ne me sentirais pas trop d'en parler à Miss Perkins — ce serais peut-être peu respectueux de demander à un professeur de sortilèges si on ne pourrait pas se passer de baguettes et donc de son cours. Mais si tu t'en sens le courage, la réponse pourrait m'intéresser grandemant.
Je suis un peu pressé par le temps — je vais être en retard pour le repas de ce midi — donc désolé pour cette réponse courtes.
Bonne journée à toi et essaie de ne plus m'oublier s'il te plaît,
Moi
Bien qu'un œil aguerri eût pu discerner dans son regard l'éclat subtil d'une sérénité maladroite.
Je crois que tu parlais de retard ? *ahem ahem*
couleur : #7f6000
Inspecteur Munmun, théoricien en chef des Bôs Debilus
Cofondateur de la PTC
Poufsouffle Vult !
