20 sept. 2012, 19:32
Une vision d'horreur
Reducio
Aller et retour d'un Spectre, par Arseni Stoyanov
4.
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Une nuit noire pesait sur les fenêtres de la tour du directeur, obligeant les chandelles et les lampes à lucioles à redoubler d'effort pour étendre leur douce lumière sur le bureau aux pieds en forme de serres où le directeur Stoyanov s'afférait à consulter les divers documents administratifs laissés par ses prédécesseurs et prédécesseuses. A peine vingt quatre heures s'étaient écoulées depuis sa prise de fonction. Vingt quatre longues heures pendant lesquelles il avait tout bonnement disparu de la surface de la planète pour prendre connaissance de tout ce qu'un directeur de Poudlard devait connaître. Mais vingt quatre heures ne suffiraient pas, pas plus que le double ou le triple ; alors Arseni Stoyanov s'était empressé de consulter les portraits des anciens directeurs et directrices de l'école pour savoir ce qu'il convenait de faire en priorité. Ce à quoi les portraits avaient conclu en choeur: nommer un sous-directeur ou une sous-directrice qui lui assurerait la paix pendant quelques jours supplémentaires.
Le choix du directeur se porta sur une personne en particulier qui, à ne pas en douter, serait surprise d'entendre sa proposition comme le reste de ce qu'il y avait à entendre. Mais, sans trop comprendre pourquoi, Arseni Stoyanov s'était intimement convaincu qu'elle serait capable d'encaisser le tout et peut-être même bien d'accepter s'il n'omettait rien. Certain de son choix, il avait donc envoyé Feuxnoyr porter une missive au professeur Grayce en signant simplement de ces quelques mots :
Je vous attends dans mon bureau. A.S.
Dîtes Serpencendre.
Dîtes Serpencendre.
Dans une détonation atypique, rapidement suivie d'une flamme rouge vif, le phénix au somptueux plumage grenat réapparut sur son perchoir. Le directeur leva un sourcil et détourna ses deux yeux noisette vers l'animal qui répondit à son regard par un léger hochement de tête. Le message avait bien été transmis.
Arseni Stoyanov sentit son estomac se nouer. Pris de nausée, il se redressa pour s'adosser plus confortablement contre le dossier de son siège. Le moment était venu de mettre des mots sur quelque chose qu'il aurait tant voulu garder pour lui-même. Quelque chose qu'il lui coûtait de raconter à une parfaite inconnue. Mais le sort en avait décidé ainsi et Arseni Stoyanov était bien conscient qu'il ne pouvait pas demander la confiance de quelqu'un sans lui donner la sienne en retour. Si quelqu'un devait savoir, se serait elle. Il se risquerait à ce qu'elle révèle son secret, mais au moins n'aurait-elle plus à le craindre, faute de connaître ses intentions.
Conscient du tourment auquel son maître était soumis, Feuxnoyr laissa échapper un cri mélodieux qui lui inspira un profond soulagement et quelque chose comme de l'espoir. Le directeur risqua un sourire avant de l'effacer brusquement en entendant l'heurtoir toquer deux fois contre le bois de chêne. La porte s'ouvrit alors lentement sur la silhouette du professeur Grayce qu'il invita instantanément à s'asseoir devant lui d'une simple main tendue vers le siège des visiteurs.
Le silence et le regard fatigué du directeur en disaient long sur la gravité que revêtait cet instant.
Dernière modification par Arseni Stoyanov le 9 sept. 2013, 13:41, modifié 2 fois.
21 sept. 2012, 06:38
Une vision d'horreur
A peine vingt-quatre heures que Ren Faust avait quitté le château... Vingt-quatre heures durant lesquelles une incertitude avait plané sur l'école quant à son avenir. Plus encore sûrement pour la Directrice des Gryffondors, plus ou moins au courant de ce qui se tramait depuis l'arrivée des Aurors dans l'enceinte de Poudlard. Avaient-ils atteint leur objectif ? Était-ce la raison du départ du Professeur Faust ? Tout s'était déroulé si rapidement qu'il était difficile de se faire une opinion. Et puis une rumeur, d'abord timide pour ensuite enfler, avait commencé à percer l'inquiétude ambiante. Un nouveau Directeur s'était déjà installé dans ses nouveaux quartiers, nommé par Ren en personne avant son départ : Arseni Stoyanov ! Logique après tout, n'était-il pas son bras droit depuis des mois et des mois ? Pourtant, Erin digérait difficilement la nouvelle. Sa dernière rencontre avec le ténébreux bulgare ne s'était pas passée pour le mieux, c'était le moins que l'on puisse dire, et les évènements ne lui avaient pas laissé le temps d'en apprendre d'avantage sur les secrets qu'il cachait. Elle se sentait à sa merci et bien évidemment, ce n'était pas pour lui plaire. Elle avait espéré pouvoir rééquilibrer les choses avant de le revoir mais la vie en avait décidé autrement. Voilà qu'elle tenait à présent le parchemin porté par le phénix d'Arseni entre ses mains.
Vingt-quatre heures, c'est tout le temps qu'il lui avait fallu pour la convoquer dans son bureau ! Et comme toute chose s'annonçant désagréable, il valait mieux ne pas la laisser trainer. Inutile de cogiter sur les raisons d'une telle démarche, la professeur de potions avait toujours préféré affronter les problèmes à bras le corps. Aussi, termina-t-elle rapidement la correction de la copie qu'elle avait sous les yeux et se mit-elle aussitôt en route vers le bureau du... Directeur de Poudlard. Il lui faudrait bien s'y faire. La gargouille s'écarta aussitôt le mot de passe prononcé et quelques volées de marches plus tard, la jeune femme se trouvait devant la porte en chêne. Elle frappa deux coups secs et entra sans tarder. Après tout, elle était attendue et le protocole de bienséance n'avait jamais été leur habitude l'un envers l'autre !
Étrangement (peut être parce qu'inconsciemment, Erin s'était imaginé tout autre chose), le bureau n'avait pas beaucoup changé. L'ambiance y était peut être un peu plus austère et les nombreuses chandelles ne réussissaient pas à réchauffer l'atmosphère mais une fois encore, ce n'était peut être que le passif entre les deux protagonistes qui donnait cette impression à la potionniste. Elle ressentait, bien involontairement, le sentiment de se jeter dans la gueule du loup maintenant que le professeur Stoyanov était nanti de tant de pouvoirs. Mais s'il escomptait l'intimider ainsi, il se trompait fortement. La jeune femme affichait l'air assuré de quelqu'un qui sait qu'elle a de quoi se défendre, peu importe ce qui lui en coûterait.
"Bonsoir, Monsieur le Directeur."
Sur l'invitation de son hôte, elle s'installa sur le fauteuil face à lui. Le murmure des anciens directeurs, depuis leurs tableaux, ajoutaient à la tension qu'Erin ressentait et elle se força à se détendre tandis qu'elle plongeait, désormais en silence, son regard dans celui fatigué du bulgare. Une légère amertume traversa son esprit en repensant à la dernière fois qu'elle s'était trouvé à la même place... Ren avait-il eu le temps d'informer son successeur de leur discussion d'alors ? La jeune femme espérait que non, sachant que l'information en sa possession pourrait jouer en sa faveur et retourner une situation mal engagée. Il ne lui restait donc qu'à attendre - or de question pour elle de lancer la conversation et ainsi faciliter les choses pour son interlocuteur.
Je vous attends dans mon bureau. A.S.
Dîtes Serpencendre.
Dîtes Serpencendre.
Vingt-quatre heures, c'est tout le temps qu'il lui avait fallu pour la convoquer dans son bureau ! Et comme toute chose s'annonçant désagréable, il valait mieux ne pas la laisser trainer. Inutile de cogiter sur les raisons d'une telle démarche, la professeur de potions avait toujours préféré affronter les problèmes à bras le corps. Aussi, termina-t-elle rapidement la correction de la copie qu'elle avait sous les yeux et se mit-elle aussitôt en route vers le bureau du... Directeur de Poudlard. Il lui faudrait bien s'y faire. La gargouille s'écarta aussitôt le mot de passe prononcé et quelques volées de marches plus tard, la jeune femme se trouvait devant la porte en chêne. Elle frappa deux coups secs et entra sans tarder. Après tout, elle était attendue et le protocole de bienséance n'avait jamais été leur habitude l'un envers l'autre !
Étrangement (peut être parce qu'inconsciemment, Erin s'était imaginé tout autre chose), le bureau n'avait pas beaucoup changé. L'ambiance y était peut être un peu plus austère et les nombreuses chandelles ne réussissaient pas à réchauffer l'atmosphère mais une fois encore, ce n'était peut être que le passif entre les deux protagonistes qui donnait cette impression à la potionniste. Elle ressentait, bien involontairement, le sentiment de se jeter dans la gueule du loup maintenant que le professeur Stoyanov était nanti de tant de pouvoirs. Mais s'il escomptait l'intimider ainsi, il se trompait fortement. La jeune femme affichait l'air assuré de quelqu'un qui sait qu'elle a de quoi se défendre, peu importe ce qui lui en coûterait.
"Bonsoir, Monsieur le Directeur."
Sur l'invitation de son hôte, elle s'installa sur le fauteuil face à lui. Le murmure des anciens directeurs, depuis leurs tableaux, ajoutaient à la tension qu'Erin ressentait et elle se força à se détendre tandis qu'elle plongeait, désormais en silence, son regard dans celui fatigué du bulgare. Une légère amertume traversa son esprit en repensant à la dernière fois qu'elle s'était trouvé à la même place... Ren avait-il eu le temps d'informer son successeur de leur discussion d'alors ? La jeune femme espérait que non, sachant que l'information en sa possession pourrait jouer en sa faveur et retourner une situation mal engagée. Il ne lui restait donc qu'à attendre - or de question pour elle de lancer la conversation et ainsi faciliter les choses pour son interlocuteur.
Décédée
23 sept. 2012, 01:00
Une vision d'horreur
Certains portraits ne faisaient plus mine de dormir. Une bonne moitié s'était redressée sur leur siège peint ou bien appuyée contre le bord du cadre pour observer attentivement la scène qui allait se jouer entre le nouveau directeur de l'école et sa possible sous-directrice. Arseni Stoyanov ne leur accorda qu'une brève attention avant de ramener ses yeux noisette dans ceux du professeur Grayce.
« Bonsoir Erin. Vous me permettrez bien de vous appellez par votre prénom dorénavant ? »
Le son de sa voix était clair et chaud à la fois, témoin d'un être qui connaissait aussi bien l'ombre que la lumière. Mais le plus étonnant ou peut-être bien le plus choquant était l'accent avec lequel Arseni Stoyanov s'était exprimé. Pas une seule note grave ou rocailleuse, l'accent bulgare s'était volatilisé, laissant place à un anglais courant dénué de l'intonation que seuls les anglais pures souches pouvaient leur donner. Soucieux de laisser le professeur Grayce encaisser sa voix et son accent naturel, il se leva et marcha jusqu'à l'une des tables de travail envahis de parchemins de toute sorte. Il fouilla un moment et réussit à saisir la Pensine dissimulée sous le tas.
Sa longue cape de velours brun décoré de fils d'or claquant sur ses talons, il posa le récipient bien en vue sur son bureau et reprit place sur son siège. Capitonné dans un silence dont lui seul avait la recette, il sortit sa baguette magique en bois de cerisier et toucha sa tempe avec son extrêmité. Après réflexion, il la décolla lentement et dirigea le filament argentée qui s'y était accroché vers la Pensine, sélectionnant ses souvenirs avec la rigueur qu'une histoire bien racontée se devait d'avoir.
Une fois qu'il eut accumulé le nécessaire à l'intérieur de la Pensine, Arseni Stoyanov rangea sa baguette et s'adossa contre le dossier de son siège, le menton relevé et le regard soudain lointain.
« Ne me jugez pas trop sévèrement pour ce que vous vous apprêtez à voir... »
Perdu dans ses pensées, il ne regarda même pas le professeur Grayce se pencher au-dessus de la Pensine...
Pour Erin Grayce, le fond argenté de la Pensine se transforma en fenêtre sur un monde nouveau, un monde sombre et morne. En se penchant sur les souvenirs du directeur, Erin Grayce attérit dans un jardin obscur où l'herbe avait gelé sous l'action du froid mordant de l'hiver. Devant ses yeux, deux garçons étaient assis à côté l'un de l'autre sur un banc de pierre. Le plus petit, elle le reconnut, n'était autre qu'Arseni. On lui reconnaissait déjà l'intensité de son regard noisette. Il devait avoir dans les sept ou huit ans et se tenait émitoufflé dans un manteau de fourrure, la tête bien au chaud sous une chapska trop grande pour lui. A côté, elle reconnut les traits de son frère pour les avoir déjà croisé sur une photo. Il était plus agé qu'Arseni de quatre ou cinq ans à vu d'oeil.
« Tu as froid ? l'interrogea Arseni d'une voix claironnante qui fit aussitôt sourire son frère. »
« Non. Ne t'inquiète pas. Je réfléchis. »
« A quoi Stanislav ? insista Arseni en balançant ses petits pieds dans le vide. »
« A ce que je vais devenir petit frère, répondit Stanislav avec douceur. Durmstrang offre tellement de possibilités. »
Le petit Arseni se tortilla sur place, les yeux étincellant d'admiration.
« Moi je sais déjà ce que je veux faire plus tard. Moi je veux être comme toi ! »
Stanislav éclata de rire et souleva la chapska pour ébouriffer les cheveux châtains d'Arseni.
Le souvenir sombra dans des limbes obscures, rapidement remplacé par un autre souvenir. Arseni y était plus agé. Il devait avoir dans les quinze ans à présent. Torse nu, il se tenait sur la berge d'une baie entièrement gelée où mouillait trois immenses vaisceaux penché sur un bac d'eau à se laver les cheveux. La neige alentours et la forte vapeur qui s'échappait de sa bouche entrouverte indiquaient une température ridiculement basse mais qu'Arseni ne semblait avoir aucun mal à supporter. Son corps était étonnement marqué de nombreuses cicatrices et de traces de brûlures.
Stanislav apparut soudainement dans son dos et lui décolla une tape amicale sur l'épaule.
« Tu ferais mieux de lever la tête et d'ouvrir les yeux petit frère. Tu verrais alors le nombre de filles qui sont littéralement entrain de te manger du regard. Il y en a dans le lot que tu pourrais présenter à notre mère comme une parfaite future madame Stoyanov tu sais. »
Stanislav était plus grand qu'Arseni. Il devait avoir la vingtaine tout rond. Il avait la même chevelure châtain, mais des yeux d'un vert étincellant, presque émeraude, et une barbe raisonnable commençait à envahir son menton et ses bajoues.
« Arrête tes bêtises tu veux... rétorqua Arseni sans même dénier jeter un coup d'oeil par-dessus son épaule pour effectivement se rendre compte que trois groupes de filles lui lançaient des regards plus ou moins discrets depuis la berge et la proue des navires. Alors ça y est... tu t'en vas ? »
Toute son attention était fixée sur Stanislav, l'eau relâchée par ses longs cheveux dégoulinant négligemment sur son torse.
« Oui petit-frère. J'en ai fini de cette école. Quelque chose de plus grand m'attend dehors. Tu vas me manquer... »
Les deux frères se regardèrent puis échangèrent une longue accolade. Stanislav s'éloigna ensuite sans ajouter le moindre mot, la machoire serrée sans doute pour retenir des larmes qu'il ne pouvait se résoudre à verser, sa longue cape rouge virevoltant dans la neige.
De son côté, Arseni baissa les épaules, vraisemblablement abattu.
« Toi aussi grand frère... toi aussi... »
Une brume noire englouttit le souvenir et se dispersa pour en laisser filtrer un autre. La neige et la glace avaient laissé place à un salon douillet avec une énorme cheminée en marbre pour le tenir bien au chaud. Une grande table lisse se trouvait au centre de la pièce, de belles vitrines décorées d'objets somptueux recouvraient les murs. Un Arseni jeune adulte, une jeune femme aux cheveux chatains coupés courts au demeurant un peu plus agé que lui, trois filles plus jeunes chacune aux longs cheveux auburn comme la vieille femme installée en bout de tables, dont les traits fatigués laissaient tout de même transparaître une certaine beauté, affichaient des mines soucieuses. Leur ressemblance était si frappante qu'il était impossible de ne pas remarquer qu'ils étaient tous frères et soeurs sous l'oeil épuisé de leur mère.
« Stanislav ne peut pas avoir fait ça... Irina c'est impossible ! déclara la vieille femme en s'adressant à la plus agée de ses filles. »
Irina jeta un regard en biais sur les trois plus jeunes.
« Mère, il est tard. Vous ne pensez pas que Viktora, Anna et Véra devraient monter se coucher. »
Les trois protestèrent avec virulence puis Arseni leva la main et comme par magie le silence retomba.
« Grande soeur, Stanislav est également leur frère, déclara-t-il en plongeant son regard dans celui de sa soeur. Elles ont autant le droit de connaître la vérité que moi et mère. »
« Arseni a raison Irina, ajouta la mère. Tout le monde ici tient à Stanislav. Alors, dis-nous tout ... d'où tiens-tu cette information ? »
Irina se pinça les lèvres, le regard vague.
« Si le ministère venait à l'apprendre je serais immédiatement renvoyé... mais j'ai trouvé son nom dans une liste... une liste que le Bureau des Affaires Obscures tient pour secrète. Il n'y a aucun doute, le Bureau travaille sur cette affaire depuis des mois déjà... il en fait partie... il fait partie de ce groupe de mages noirs qui se revendiquent comme les héritiers du savoir perdu de Grindelwald. Et... »
Arseni fronça soudainement les sourcils.
« Et ? »
Sous la pression palpable de l'instant, Irina fondit en larmes.
« Le ... le mi-ministère le recherche pou-pour le meurtre des Kolarov... »
Le visage d'Arseni vira au blanc et la brume noire le recouvrit.
« Bonsoir Erin. Vous me permettrez bien de vous appellez par votre prénom dorénavant ? »
Le son de sa voix était clair et chaud à la fois, témoin d'un être qui connaissait aussi bien l'ombre que la lumière. Mais le plus étonnant ou peut-être bien le plus choquant était l'accent avec lequel Arseni Stoyanov s'était exprimé. Pas une seule note grave ou rocailleuse, l'accent bulgare s'était volatilisé, laissant place à un anglais courant dénué de l'intonation que seuls les anglais pures souches pouvaient leur donner. Soucieux de laisser le professeur Grayce encaisser sa voix et son accent naturel, il se leva et marcha jusqu'à l'une des tables de travail envahis de parchemins de toute sorte. Il fouilla un moment et réussit à saisir la Pensine dissimulée sous le tas.
Sa longue cape de velours brun décoré de fils d'or claquant sur ses talons, il posa le récipient bien en vue sur son bureau et reprit place sur son siège. Capitonné dans un silence dont lui seul avait la recette, il sortit sa baguette magique en bois de cerisier et toucha sa tempe avec son extrêmité. Après réflexion, il la décolla lentement et dirigea le filament argentée qui s'y était accroché vers la Pensine, sélectionnant ses souvenirs avec la rigueur qu'une histoire bien racontée se devait d'avoir.
Une fois qu'il eut accumulé le nécessaire à l'intérieur de la Pensine, Arseni Stoyanov rangea sa baguette et s'adossa contre le dossier de son siège, le menton relevé et le regard soudain lointain.
« Ne me jugez pas trop sévèrement pour ce que vous vous apprêtez à voir... »
Perdu dans ses pensées, il ne regarda même pas le professeur Grayce se pencher au-dessus de la Pensine...
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Pour Erin Grayce, le fond argenté de la Pensine se transforma en fenêtre sur un monde nouveau, un monde sombre et morne. En se penchant sur les souvenirs du directeur, Erin Grayce attérit dans un jardin obscur où l'herbe avait gelé sous l'action du froid mordant de l'hiver. Devant ses yeux, deux garçons étaient assis à côté l'un de l'autre sur un banc de pierre. Le plus petit, elle le reconnut, n'était autre qu'Arseni. On lui reconnaissait déjà l'intensité de son regard noisette. Il devait avoir dans les sept ou huit ans et se tenait émitoufflé dans un manteau de fourrure, la tête bien au chaud sous une chapska trop grande pour lui. A côté, elle reconnut les traits de son frère pour les avoir déjà croisé sur une photo. Il était plus agé qu'Arseni de quatre ou cinq ans à vu d'oeil.
« Tu as froid ? l'interrogea Arseni d'une voix claironnante qui fit aussitôt sourire son frère. »
« Non. Ne t'inquiète pas. Je réfléchis. »
« A quoi Stanislav ? insista Arseni en balançant ses petits pieds dans le vide. »
« A ce que je vais devenir petit frère, répondit Stanislav avec douceur. Durmstrang offre tellement de possibilités. »
Le petit Arseni se tortilla sur place, les yeux étincellant d'admiration.
« Moi je sais déjà ce que je veux faire plus tard. Moi je veux être comme toi ! »
Stanislav éclata de rire et souleva la chapska pour ébouriffer les cheveux châtains d'Arseni.
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Le souvenir sombra dans des limbes obscures, rapidement remplacé par un autre souvenir. Arseni y était plus agé. Il devait avoir dans les quinze ans à présent. Torse nu, il se tenait sur la berge d'une baie entièrement gelée où mouillait trois immenses vaisceaux penché sur un bac d'eau à se laver les cheveux. La neige alentours et la forte vapeur qui s'échappait de sa bouche entrouverte indiquaient une température ridiculement basse mais qu'Arseni ne semblait avoir aucun mal à supporter. Son corps était étonnement marqué de nombreuses cicatrices et de traces de brûlures.
Stanislav apparut soudainement dans son dos et lui décolla une tape amicale sur l'épaule.
« Tu ferais mieux de lever la tête et d'ouvrir les yeux petit frère. Tu verrais alors le nombre de filles qui sont littéralement entrain de te manger du regard. Il y en a dans le lot que tu pourrais présenter à notre mère comme une parfaite future madame Stoyanov tu sais. »
Stanislav était plus grand qu'Arseni. Il devait avoir la vingtaine tout rond. Il avait la même chevelure châtain, mais des yeux d'un vert étincellant, presque émeraude, et une barbe raisonnable commençait à envahir son menton et ses bajoues.
« Arrête tes bêtises tu veux... rétorqua Arseni sans même dénier jeter un coup d'oeil par-dessus son épaule pour effectivement se rendre compte que trois groupes de filles lui lançaient des regards plus ou moins discrets depuis la berge et la proue des navires. Alors ça y est... tu t'en vas ? »
Toute son attention était fixée sur Stanislav, l'eau relâchée par ses longs cheveux dégoulinant négligemment sur son torse.
« Oui petit-frère. J'en ai fini de cette école. Quelque chose de plus grand m'attend dehors. Tu vas me manquer... »
Les deux frères se regardèrent puis échangèrent une longue accolade. Stanislav s'éloigna ensuite sans ajouter le moindre mot, la machoire serrée sans doute pour retenir des larmes qu'il ne pouvait se résoudre à verser, sa longue cape rouge virevoltant dans la neige.
De son côté, Arseni baissa les épaules, vraisemblablement abattu.
« Toi aussi grand frère... toi aussi... »
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Une brume noire englouttit le souvenir et se dispersa pour en laisser filtrer un autre. La neige et la glace avaient laissé place à un salon douillet avec une énorme cheminée en marbre pour le tenir bien au chaud. Une grande table lisse se trouvait au centre de la pièce, de belles vitrines décorées d'objets somptueux recouvraient les murs. Un Arseni jeune adulte, une jeune femme aux cheveux chatains coupés courts au demeurant un peu plus agé que lui, trois filles plus jeunes chacune aux longs cheveux auburn comme la vieille femme installée en bout de tables, dont les traits fatigués laissaient tout de même transparaître une certaine beauté, affichaient des mines soucieuses. Leur ressemblance était si frappante qu'il était impossible de ne pas remarquer qu'ils étaient tous frères et soeurs sous l'oeil épuisé de leur mère.
« Stanislav ne peut pas avoir fait ça... Irina c'est impossible ! déclara la vieille femme en s'adressant à la plus agée de ses filles. »
Irina jeta un regard en biais sur les trois plus jeunes.
« Mère, il est tard. Vous ne pensez pas que Viktora, Anna et Véra devraient monter se coucher. »
Les trois protestèrent avec virulence puis Arseni leva la main et comme par magie le silence retomba.
« Grande soeur, Stanislav est également leur frère, déclara-t-il en plongeant son regard dans celui de sa soeur. Elles ont autant le droit de connaître la vérité que moi et mère. »
« Arseni a raison Irina, ajouta la mère. Tout le monde ici tient à Stanislav. Alors, dis-nous tout ... d'où tiens-tu cette information ? »
Irina se pinça les lèvres, le regard vague.
« Si le ministère venait à l'apprendre je serais immédiatement renvoyé... mais j'ai trouvé son nom dans une liste... une liste que le Bureau des Affaires Obscures tient pour secrète. Il n'y a aucun doute, le Bureau travaille sur cette affaire depuis des mois déjà... il en fait partie... il fait partie de ce groupe de mages noirs qui se revendiquent comme les héritiers du savoir perdu de Grindelwald. Et... »
Arseni fronça soudainement les sourcils.
« Et ? »
Sous la pression palpable de l'instant, Irina fondit en larmes.
« Le ... le mi-ministère le recherche pou-pour le meurtre des Kolarov... »
Le visage d'Arseni vira au blanc et la brume noire le recouvrit.
23 sept. 2012, 10:47
Une vision d'horreur
Un toussotement, voilà ce que fût la première réponse de la professeur de potions en entendant le bulgare l’appeler par son prénom. Non pas qu’elle avait un chat dans la gorge ou quoique ce soit du genre, non, elle venait simplement d’avaler de travers, de stupeur. Ainsi donc, le pouvoir lui permettait aussi les familiarités ? Etait-il à ce point naïf pour penser qu’elle allait se laisser intimider par ses toutes nouvelles fonctions ? Elle s’apprêtait à lui répondre vertement lorsqu’un élément lui frappa l’esprit… il y avait quelque chose d’étrange dans cette rencontre et surtout, dans ce qu’elle venait d’entendre. Tout à sa surprise de se voir appeler Erin, elle était passée à côté de l’information la plus capitale : la parfaite diction du professeur Stoyanov ! Plus aucune trace de l’accent avec lequel il s’exprimait habituellement. Une fois encore, elle s’était laissée surprendre, elle s’en serait baffée ! Plus le temps passait et plus elle était convaincue du potentiel dangereux que le nouveau Directeur pouvait représenter, elle devait le garder à l’esprit et rester sur ses gardes. Aussi ne le quitta-t-elle pas des yeux lorsqu’il se leva et farfouilla sous un tas de parchemin…
… Pour sortir la Pensine. Mais qu’est-ce que tout ceci voulait dire ? Où voulait-il en venir ? Espérait-il lui extorquer des souvenirs contre son gré ? Ou bien pensait-il qu’elle se plierait de bonne grâce pour ne pas déclencher une guerre ouverte au sein de l’école ? Elle qui s’était promis de rester attentive au moindre mouvement, voilà qu’elle était totalement perdue dans ses pensées. Elle aurait fait la honte de ses mentors, s’ils la voyaient en cet instant. Elle n’était qu’une proie facile et pire encore, elle se surprenait à éprouver de la curiosité pour la suite des évènements.
« Ne me jugez pas trop sévèrement pour ce que vous vous apprêtez à voir... »
Erin sortit aussitôt de sa léthargie et fixa son interlocuteur. Non, elle ne rêvait pas. Ce n’était pas de ses souvenirs à elle qu’il s’agissait mais des siens ! Il était rare que la jeune femme soit à ce point-là déstabilisée par quelqu’un et il fallait bien reconnaître que le bulgare avait une réelle capacité dans le domaine. Il paraissait totalement ailleurs maintenant. Il était clair que, peu importe ses intentions, ce qu’il s’apprêtait à faire lui en coûtait. Et c’est ça, plus que toute forme possible de curiosité qui décida la directrice des gryffondors à plonger dans la Pensine qu’il lui présentait.
Elle était dans un jardin à l’herbe gelée. Pas un bruit autour d’elle. Où avait-elle pu bien atterrir ?, elle n’en avait aucune idée. Les alentours ne lui étaient en rien familiers. Elle frissonna bien qu’elle ne pouvait ressentir le froid, elle le savait. De même que son souffle ne provoquait aucune buée en frappant l’air pourtant glacial. Et puis là en se retournant, elle fit face à deux enfants. Des garçons qu’elle avait déjà vus sur une photo, quelques mois plus tôt. Le professeur Stoyanov et son défunt frère… Il était songeur alors que son jeune frère piaffait d’admiration pour lui. Ils étaient attendrissants mais peut être était-ce parce qu’Erin savait le destin tragique du plus grand ? Certes, elle ignorait les circonstances mais elle savait qu’il n’avait pas eu la longue vie qu’il escomptait sûrement au moment de cette conversation. La tendresse entre les deux frères était réelle et n’en rendait que plus palpable le vide que le directeur devait ressentir. Cette sensation étrange et désagréable avec laquelle Erin avait appris à vivre… ce sentiment était un point commun entre eux. Mais était-ce là qu’il voulait en venir ? Et pourquoi ?
De nouveau l’obscurité et le tourbillon. Erin ferma les yeux alors qu’elle se sentait happée vers un autre souvenir. Elle se sentait mal à l’aise. Certes, elle voulait savoir quel lourd secret son collègue cachait mais pas comme ça. Elle avait l’impression d’être l’intruse qui s’immisce dans les moindres recoins du cerveau d’un homme… Elle se souvenait des cours de Légilimancie de sa formation d’auror et pas plus aujourd’hui qu’à l’époque elle n’aimait ça.
Elle avait à présent les pieds dans l’eau. A côté d’elle, le jeune Arseni se lavait les cheveux, inconscient de l’émeute qu’il déclenchait auprès des filles alentours. C’était un adolescent bien bâti avec un côté déjà mystérieux qui devait plaire aux jeunes filles. De même que les cicatrices parcourant son corps – annonciatrices, pour une jeune fille en quête d’aventures, du danger. Son frère était lui aussi là. Plus sombre malgré les plaisanteries dont il raillait son cadet. L’heure était aux adieux. Sûrement la dernière fois que le professeur Stoyanov avait vu son aîné vivant. Erin sentit une larme couler sur sa joue et l’essuya aussitôt. Il avait trouvé son point faible, elle devait lutter à tout prix pour ne pas se laisser envahir par ses émotions.
De nouveau, le souvenir se referma sur la jeune femme et l’entraîna plus loin. Elle sentit le confort douillet d’une pièce chaleureuse avant même d’ouvrir les yeux. Étrange comme les bruits perçus pouvaient admirablement supplanter les autres sens. La famille Stoyanov, presqu’au grand complet, de ce que pouvait en juger Erin. Stupide comme pensée alors qu’elle n’en savait rien. Combien de frères et sœurs pouvait-il bien avoir ? Pourtant, elle était presque certaine de l’affirmation qui l’avait frappé. Ne manquait que le père et le frère aîné qu’elle avait vu plus tôt. L’ambiance entre les membres de cette grande famille était à l’opposé de celle de la pièce. Là où la cheminée amenait une douce torpeur régnait une tension que seule la crainte d’une mauvaise nouvelle peut amener. Stanislav – le grand frère – on y était ! Héritier du savoir perdu de Grindelwald ? Recherché pour meurtre ?... Kolarov… Erin eut à peine le temps de voir le visage du jeune Arseni changer de couleur que, dans un sursaut involontaire, elle sortit de la Pensine.
Les yeux écarquillés, elle se trouva de nouveau face au professeur Stoyanov, prête à lui faire face. Elle guettait le moindre de ses mouvements tandis que le nom Kolarov raisonnait dans sa tête... Kolarov, un couple de fabricants de baguettes, assassiné quelques années plus tôt. Tous les gouvernements avaient été mis en alerte et l’Angleterre n’avait pas fait exception. Comme tout nouvel auror, fraîchement formé, Erin avait enquêté avec Neil - sans grand succès. Ce petit jeu ne l’amusait plus du tout. Ses propres souvenirs étaient bien trop douloureux pour qu’il s’amuse avec. Et son absence de réaction… mais que voulait-il, par la barbe de Merlin ?
"Où voulez-vous en venir, Professeur Stoyanov ?"
Sa voix, froide et cassante, raisonna dans le bureau silencieux. Les tableaux même restaient à l’écoute sans oser perturber l’échange qui se déroulait sous leurs yeux. Que pourrait-il bien faire pour elle de toute façon ? Elle savait leur loyauté toute acquise au Directeur de Poudlard, quel qu’il soit. Le Bulgare ne saurait pas sans se rendre compte qu’elle ne l’avait pas appelé Arseni. Elle n’était pas disposée à entrer dans ce jeu sordide. Qu’on en finisse, voilà ce que la jeune femme souhaitait en cet instant ! Elle était prête à se défendre, à défaut d’attaquer la première et restait à l’affût du moindre geste suspect.
… Pour sortir la Pensine. Mais qu’est-ce que tout ceci voulait dire ? Où voulait-il en venir ? Espérait-il lui extorquer des souvenirs contre son gré ? Ou bien pensait-il qu’elle se plierait de bonne grâce pour ne pas déclencher une guerre ouverte au sein de l’école ? Elle qui s’était promis de rester attentive au moindre mouvement, voilà qu’elle était totalement perdue dans ses pensées. Elle aurait fait la honte de ses mentors, s’ils la voyaient en cet instant. Elle n’était qu’une proie facile et pire encore, elle se surprenait à éprouver de la curiosité pour la suite des évènements.
« Ne me jugez pas trop sévèrement pour ce que vous vous apprêtez à voir... »
Erin sortit aussitôt de sa léthargie et fixa son interlocuteur. Non, elle ne rêvait pas. Ce n’était pas de ses souvenirs à elle qu’il s’agissait mais des siens ! Il était rare que la jeune femme soit à ce point-là déstabilisée par quelqu’un et il fallait bien reconnaître que le bulgare avait une réelle capacité dans le domaine. Il paraissait totalement ailleurs maintenant. Il était clair que, peu importe ses intentions, ce qu’il s’apprêtait à faire lui en coûtait. Et c’est ça, plus que toute forme possible de curiosité qui décida la directrice des gryffondors à plonger dans la Pensine qu’il lui présentait.
~~~
Elle était dans un jardin à l’herbe gelée. Pas un bruit autour d’elle. Où avait-elle pu bien atterrir ?, elle n’en avait aucune idée. Les alentours ne lui étaient en rien familiers. Elle frissonna bien qu’elle ne pouvait ressentir le froid, elle le savait. De même que son souffle ne provoquait aucune buée en frappant l’air pourtant glacial. Et puis là en se retournant, elle fit face à deux enfants. Des garçons qu’elle avait déjà vus sur une photo, quelques mois plus tôt. Le professeur Stoyanov et son défunt frère… Il était songeur alors que son jeune frère piaffait d’admiration pour lui. Ils étaient attendrissants mais peut être était-ce parce qu’Erin savait le destin tragique du plus grand ? Certes, elle ignorait les circonstances mais elle savait qu’il n’avait pas eu la longue vie qu’il escomptait sûrement au moment de cette conversation. La tendresse entre les deux frères était réelle et n’en rendait que plus palpable le vide que le directeur devait ressentir. Cette sensation étrange et désagréable avec laquelle Erin avait appris à vivre… ce sentiment était un point commun entre eux. Mais était-ce là qu’il voulait en venir ? Et pourquoi ?
~~~
De nouveau l’obscurité et le tourbillon. Erin ferma les yeux alors qu’elle se sentait happée vers un autre souvenir. Elle se sentait mal à l’aise. Certes, elle voulait savoir quel lourd secret son collègue cachait mais pas comme ça. Elle avait l’impression d’être l’intruse qui s’immisce dans les moindres recoins du cerveau d’un homme… Elle se souvenait des cours de Légilimancie de sa formation d’auror et pas plus aujourd’hui qu’à l’époque elle n’aimait ça.
Elle avait à présent les pieds dans l’eau. A côté d’elle, le jeune Arseni se lavait les cheveux, inconscient de l’émeute qu’il déclenchait auprès des filles alentours. C’était un adolescent bien bâti avec un côté déjà mystérieux qui devait plaire aux jeunes filles. De même que les cicatrices parcourant son corps – annonciatrices, pour une jeune fille en quête d’aventures, du danger. Son frère était lui aussi là. Plus sombre malgré les plaisanteries dont il raillait son cadet. L’heure était aux adieux. Sûrement la dernière fois que le professeur Stoyanov avait vu son aîné vivant. Erin sentit une larme couler sur sa joue et l’essuya aussitôt. Il avait trouvé son point faible, elle devait lutter à tout prix pour ne pas se laisser envahir par ses émotions.
~~~
De nouveau, le souvenir se referma sur la jeune femme et l’entraîna plus loin. Elle sentit le confort douillet d’une pièce chaleureuse avant même d’ouvrir les yeux. Étrange comme les bruits perçus pouvaient admirablement supplanter les autres sens. La famille Stoyanov, presqu’au grand complet, de ce que pouvait en juger Erin. Stupide comme pensée alors qu’elle n’en savait rien. Combien de frères et sœurs pouvait-il bien avoir ? Pourtant, elle était presque certaine de l’affirmation qui l’avait frappé. Ne manquait que le père et le frère aîné qu’elle avait vu plus tôt. L’ambiance entre les membres de cette grande famille était à l’opposé de celle de la pièce. Là où la cheminée amenait une douce torpeur régnait une tension que seule la crainte d’une mauvaise nouvelle peut amener. Stanislav – le grand frère – on y était ! Héritier du savoir perdu de Grindelwald ? Recherché pour meurtre ?... Kolarov… Erin eut à peine le temps de voir le visage du jeune Arseni changer de couleur que, dans un sursaut involontaire, elle sortit de la Pensine.
~~~
Les yeux écarquillés, elle se trouva de nouveau face au professeur Stoyanov, prête à lui faire face. Elle guettait le moindre de ses mouvements tandis que le nom Kolarov raisonnait dans sa tête... Kolarov, un couple de fabricants de baguettes, assassiné quelques années plus tôt. Tous les gouvernements avaient été mis en alerte et l’Angleterre n’avait pas fait exception. Comme tout nouvel auror, fraîchement formé, Erin avait enquêté avec Neil - sans grand succès. Ce petit jeu ne l’amusait plus du tout. Ses propres souvenirs étaient bien trop douloureux pour qu’il s’amuse avec. Et son absence de réaction… mais que voulait-il, par la barbe de Merlin ?
"Où voulez-vous en venir, Professeur Stoyanov ?"
Sa voix, froide et cassante, raisonna dans le bureau silencieux. Les tableaux même restaient à l’écoute sans oser perturber l’échange qui se déroulait sous leurs yeux. Que pourrait-il bien faire pour elle de toute façon ? Elle savait leur loyauté toute acquise au Directeur de Poudlard, quel qu’il soit. Le Bulgare ne saurait pas sans se rendre compte qu’elle ne l’avait pas appelé Arseni. Elle n’était pas disposée à entrer dans ce jeu sordide. Qu’on en finisse, voilà ce que la jeune femme souhaitait en cet instant ! Elle était prête à se défendre, à défaut d’attaquer la première et restait à l’affût du moindre geste suspect.
Décédée
28 sept. 2012, 05:22
Une vision d'horreur
«Où voulez-vous en venir, Professeur Stoyanov ? »
La voix du professeur Grayce parut lointaine et distordue aux oreilles d'Arseni Stoyanov. Elle suffit néanmoins à rompre le charme dans lequel son esprit s'était emmuré. Les billes teintées de blanc et de marron clair qui lui servaient d'yeux roulèrent dans leurs orbites, puis se figèrent, pour refléter le visage du professeur de potions. Les pointes des mèches rebelles couchées sur son front voilèrent partiellement la perception de son oeil droit, sans toutefois en masquer la compréhension. Le professeur Grayce n'avait pas apprécié l'entame de son voyage ; loin d'imaginer qu'elle n'en était encore qu'aux images les plus délicatement choisies par son bienfaiteur. Sur l'accoudoir le plus proche de Feuxnoyr, les doigts du directeur se mirent à marteler le bois avec une délicatesse peu commune. Ses chevalières ciselées teintant sinistrement à chaque frottement entre les unes et les autres. Un coup d'oeil à la Pensine lui assura que le pire était à venir. Un autre vers le professeur Grayce, qu'il lui fallait apporter des réponses dans les plus brefs délais. Les rouages de son cerveau s'animèrent et composèrent en un instant celle-ci :
« Il y a un début à chaque histoire, Erin... Vous ne pourriez pas comprendre ce qui suit sans le début de l'histoire. Vous devez comprendre que mon frère était un modèle pour le garçon que j'étais. Mon père était un homme entièrement dévoué à son travail. Il n'avait pas le temps de s'occuper de ses enfants. Stanislav était donc un père de substitution pour moi... C'est peut-être trop vous en demander, mais faites-moi confiance encore quelques instants et vous comprendrez la signification de tout cela. »
Une seconde s'écoula à peine avant que l'avant-bras droit du directeur ne finisse étendu sur son bureau, le coude tourné vers le rebord. Les doigts fins de sa main gauche s'activèrent à retrousser la manche qui gardait au chaud la blancheur de sa peau mutilée. Car comment ne pouvait-on pas appeler mutilation la dégoûtante écriture noire qui meurtrissait sa chair de roses, de ronces, de cercles, de triangles, de losanges et de chiffres ?
3-3-454-11-3.
La brume noire s'écarta comme si elle était repoussée par un corps invisible. Devant un portail en fer forgé noir se tenait Arseni Stoyanov, dans une version un poil plus jeune que celle qu'on lui connaissait aujourd'hui. Vêtu d'un manteau noir à capuchon, il avait le nez levé vers le ciel étoilé et semblait entièrement aspiré par ce qu'il observait. De ses fines lèvres roses s'échappait à intervalle de temps régulier un petit nuage de vapeur, comme pour immortaliser la fraîcheur ambiante.
« Alors ça y est... tu t'en vas ? »
L'étonnement puis le soulagement passèrent successivement sur son visage. Il se retourna et fit face à sa soeur la plus jeune. Véra. Jeune adolescente, Véra arborait une oppulente chevelure auburn et des yeux noisettes en forme d'amandes, en tout point identiques à ceux de son frère. Son visage lumineux exprimait à chaque instant une pureté rare, innocente, que la lumière de la lune mettait plus que jamais en valeur.
« Oui, répondit Arseni Stoyanov. Oui, il est temps. »
« Tu feras attention à toi, promis ? insista Véra, les yeux plein d'espoir. »
« Promis. »
Véra se pinçait les lèvres avant de charger son frère pour le serrer entre ses petits bras. La brume s'épaissit soudain et tout juste eut-on le temps de voir Arseni Stoyanov sourire et étreindre sa petite soeur comme si c'était la dernière fois.
Les ténèbres révélèrent une vaste pièce dont le plafond culminait facilement à plus de huit mètres du sol. Une assemblée d'une centaine de personnes se trouvait réunie autour d'une table taillée dans un marbre noire que l'élégant lustre suspendue au plafond faisait scintiller de petits points argentés. Le bruit était monstre. Les conversations fusaient dans toutes les directions dans une franche camaraderie que l'alcool coulant à flot aidait à entretenir. Tous les visages présents dans la salle avaient la particularité de suinter la fierté, la suffisance, à l'exception de celui d'Arseni Stoyanov qui lui brillait par sa fermeté et son détachement. Stanislav Stoyanov se tenait à son côté, un grand sourire venant ponctuer chaque regard qu'il faisait tomber sur son frère. Un homme de grande stature, l'allure noble à en juger seulement par sa posture et la rareté des étoffes qu'il portait sur ses épaules, leva vivement les bras en l'air. Ce qui fit taire l'assemblée toute entière. Un sourire arrogant se dessina sur son visage sculpté dans la rudesse du grand nord.
« Mes frères, aujourd'hui est un jour nouveau ! »
De vives exclamations saluèrent cette introduction pour le moins efficace. L'homme qui semblait mener l'assemblée à la baguette attendit que le silence se fit pour continuer.
« Aujourd'hui, nous accueillons parmi nous un nouveau bras armé. Et quel bras mes frères ! Ni plus ni moins que le Dragon Écarlate ! Ou devrais-je dire monsieur le champion de Bulgarie de Duel sorcier, hein Arseni, que préfères-tu ? »
« Le Dragon Écarlate, vous économiserez votre salive comme ça, répondit un Arseni Stoyanov dont le visage n'exprimait toujours rien. »
Des rires assourdissants résonnèrent dans toute la pièce. Stanislav envoya une tape amicale sur l'épaule de son frère tandis que le chef du groupe riait aux éclats en lui faisant signe d'approcher. Arseni Stoyanov rejoignit le cercle libre au milieu de l'assemblée où on lui fit retrousser la manche de son bras droit. Le chef posa une main sur sa nuque et l'obligea à baisser la tête jusqu'à son front se retrouve coller contre le sien. Alors un silence absolu s'abattit sur l'assemblée.
« Arseni.. Aleksandar.. Radoslav.. Stoyanov.. jures-tu sur l'honneur de défendre notre cause dans la vie comme dans la mort ? ... Jures-tu protection et loyauté aux frères ici présents ? ... Jures-tu fidélité aux enseignements du maître Grindelwald ? ... Jures-tu fidélité à la seule source de pouvoir en ce monde, la magie noire ? »
« Sur l'honneur, je le jure. »
Les machoires d'Arseni Stoyanov se contractèrent. L'homme tira une boite dorée de sa robe. Il l'ouvrit et saisit une baguette magique nervurée d'or.
« Sur l'honneur, moi, Sámson Zsigmond Grindelwald, jure sur l'honneur de faire de toi notre nouveau frère de chair et de sang. »
Sur ces mots, il pointa la baguette magique sur l'avant-bras dénudée et tout en l'agitant saigna la peau pour y graver une marque noire à base de roses, de ronces, de cercles, de triangles, de losanges et d'une série de chiffres : 3-3-459-156-0.
Un brouhaha indescriptible fit trembler les murs quand le dernier détail fut gravé. L'assemblée toute entière manifestait une joie incommensurable. Stanislav Stoyanov serrait son frère dans ses bras, euphorique.
La brume vira au rouge, d'abord un rouge brique avant de prendre un rouge intense comme celui des flammes. Et en effet, tout était entrain de brûler... un village tout entier au milieu d'une plaine enneigée. Des cris de terreur éclataient un peu partout tandis que plusieurs groupes, hilares, jettaient des sorts dans toutes les directions. La scène se focalisa sur un groupe en particuliers, arrêté sur le parvis d'une église. Arseni Stoyanov se tenait derrière Stanislav Stoyanov et Sámson Grindelwald. Sámson leva sa baguette et les portes de l'église volèrent en éclat. Une foule tenta de s'en échapper mais le groupe s'assura un controle intégral sur elle. Une lueur étincellante dans les yeux de Stanislav indiquait qu'il jubilait. Derrière, Arseni affichait une mine insondable. Sámson agita sa baguette et une jeune femme d'une vingtaine d'années aux longs cheveux blonds se souleva dans les airs. Incapable de répondre du moindre mouvement de son corps, elle attérit aux pieds de son bourreau dont le sourire carnassier réveilla en elle la seule chose qu'elle était encore capable de contrôler : ses larmes.
« ARSENI !! cria Sámson. »
Arseni contourna son frère et se porta à la hauteur de Sámson qui lui jeta un regard en biais. Un drôle de regard où on pouvait lire comme un sentiment de plaisir sadique.
« Je veux que tu la fasses souffrir, mon frère... Je veux lire dans son regard toute la souffrance du monde pendant que tu la tortureras. Il est temps que tu te montres digne, mon frère... oui, il est temps... mon frère... »
Tout se déroula très vite. En quelques secondes à peine, comme si Arseni avait soigneusement tout orchestré depuis des lustres. Il porta sa main droite à sa poche pour saisir sa baguette tandis que la gauche, discrètement, saisissait quelque chose dans une autre poche. La seconde d'après, il jetait un objet à la jeune femme en criant « Portus ! ». Elle se volatilisait dans la foulée. Lui aussi...
... pour réapparaître au sommet d'une colline, à une trentaine de kilomètres du village incendié. Un autre tourbillon noire frappait le sol juste derrière lui. Le temps de se retourner, Arseni faisait face à son frère, le visage rouge de colère, les yeux injectés de haine.
« TU FAISAIS MA FIERTÉ PETIT FRÈRE ! MA SATANÉE FIERTÉ ! s'écria Stanislav comme un dément. AVADA KED... »
« Silencio ! répliquait tout juste à temps Arseni. Tu faisais la mienne... mais c'était il y a longtemps... bien avant QUE TU NE PERDES LA RAISON ! »
Stanislav agita sa baguette magique devant sa bouche et le son de sa voix résonna de nouveau clairement.
« TU ES FAIBLE ! TU L'AS TOUJOURS ÉTÉ ET TU LE SERAS A JAMAIS ! SECTUMSEPRA ! »
Arseni n'eut le temps de contrer le sortilège de son frère. Une marre de sang rouge imbiba sa chemise blanche au niveau de son flanc droit. Pliant le genou, il se retrouva à terre, la main désespéremment appuyée contre sa blessure.
« Tu étais mon héro... mon héro Stanislav, souffla Arseni dont les yeux étincellaient à présent. TU ÉTAIS MON FRÈRE ! »
« SILENCE CHIEN ! TRAÎTRE A MON SANG ! SILENCE TU N'ES QUE POISON ! AVADA KEDAVRA ! »
Arseni eut tout juste le réflexe de rouler sur le côté pour éviter le rayon vert...
« Avada Kedavra... »
... quand le sien atteignait sa cible. Stanislav s'écroulait dans la neige, mort.
Les ténèbres prenaient à peine le temps de se découvrir, laissant planer leurs bras sombres sur la scène. Arseni remontait une allée, le corps de Stanislav allongé sur ses bras. Une porte s'ouvrait au bout de l'allée, déversant une lumière jaunâtre sur son visage blanc, aussi blanc que neige, et ses yeux embuées de larmes, rouges, rouges de larmes.
« NOOOOOOON !!! s'écriait sa mère en manquant de vasciller. SEIGNEUR NOOOOOOON ! PAS MON FILS ! »
« Il était mon frère... ponctua Arseni Stoyanov, pensif, quand le professeur Grayce émergea de la Pensine. Je suis né le 3ème jour du mois de mars. L'organisation à laquelle j'appartiens compte 454 membres actuellement et j'en serais toujours le dernier membre à cause de ce que j'ai fait. 11 personnes de cette organisation se trouvent actuellement dans un rayon de cinq cent killomètres. J'ai tué 3 personnes depuis que cette marque m'a été faite. Stanislav était la première... quant aux deux autres... elles ont tenté de protéger l'homme qui a assassiné ma soeur Véra... »
Sa voix ne tremblait pas. Un bulgare ne tremblait jamais, même devant la vision d'horreur qu'était son existence.
La voix du professeur Grayce parut lointaine et distordue aux oreilles d'Arseni Stoyanov. Elle suffit néanmoins à rompre le charme dans lequel son esprit s'était emmuré. Les billes teintées de blanc et de marron clair qui lui servaient d'yeux roulèrent dans leurs orbites, puis se figèrent, pour refléter le visage du professeur de potions. Les pointes des mèches rebelles couchées sur son front voilèrent partiellement la perception de son oeil droit, sans toutefois en masquer la compréhension. Le professeur Grayce n'avait pas apprécié l'entame de son voyage ; loin d'imaginer qu'elle n'en était encore qu'aux images les plus délicatement choisies par son bienfaiteur. Sur l'accoudoir le plus proche de Feuxnoyr, les doigts du directeur se mirent à marteler le bois avec une délicatesse peu commune. Ses chevalières ciselées teintant sinistrement à chaque frottement entre les unes et les autres. Un coup d'oeil à la Pensine lui assura que le pire était à venir. Un autre vers le professeur Grayce, qu'il lui fallait apporter des réponses dans les plus brefs délais. Les rouages de son cerveau s'animèrent et composèrent en un instant celle-ci :
« Il y a un début à chaque histoire, Erin... Vous ne pourriez pas comprendre ce qui suit sans le début de l'histoire. Vous devez comprendre que mon frère était un modèle pour le garçon que j'étais. Mon père était un homme entièrement dévoué à son travail. Il n'avait pas le temps de s'occuper de ses enfants. Stanislav était donc un père de substitution pour moi... C'est peut-être trop vous en demander, mais faites-moi confiance encore quelques instants et vous comprendrez la signification de tout cela. »
Une seconde s'écoula à peine avant que l'avant-bras droit du directeur ne finisse étendu sur son bureau, le coude tourné vers le rebord. Les doigts fins de sa main gauche s'activèrent à retrousser la manche qui gardait au chaud la blancheur de sa peau mutilée. Car comment ne pouvait-on pas appeler mutilation la dégoûtante écriture noire qui meurtrissait sa chair de roses, de ronces, de cercles, de triangles, de losanges et de chiffres ?
3-3-454-11-3.
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La brume noire s'écarta comme si elle était repoussée par un corps invisible. Devant un portail en fer forgé noir se tenait Arseni Stoyanov, dans une version un poil plus jeune que celle qu'on lui connaissait aujourd'hui. Vêtu d'un manteau noir à capuchon, il avait le nez levé vers le ciel étoilé et semblait entièrement aspiré par ce qu'il observait. De ses fines lèvres roses s'échappait à intervalle de temps régulier un petit nuage de vapeur, comme pour immortaliser la fraîcheur ambiante.
« Alors ça y est... tu t'en vas ? »
L'étonnement puis le soulagement passèrent successivement sur son visage. Il se retourna et fit face à sa soeur la plus jeune. Véra. Jeune adolescente, Véra arborait une oppulente chevelure auburn et des yeux noisettes en forme d'amandes, en tout point identiques à ceux de son frère. Son visage lumineux exprimait à chaque instant une pureté rare, innocente, que la lumière de la lune mettait plus que jamais en valeur.
« Oui, répondit Arseni Stoyanov. Oui, il est temps. »
« Tu feras attention à toi, promis ? insista Véra, les yeux plein d'espoir. »
« Promis. »
Véra se pinçait les lèvres avant de charger son frère pour le serrer entre ses petits bras. La brume s'épaissit soudain et tout juste eut-on le temps de voir Arseni Stoyanov sourire et étreindre sa petite soeur comme si c'était la dernière fois.
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Les ténèbres révélèrent une vaste pièce dont le plafond culminait facilement à plus de huit mètres du sol. Une assemblée d'une centaine de personnes se trouvait réunie autour d'une table taillée dans un marbre noire que l'élégant lustre suspendue au plafond faisait scintiller de petits points argentés. Le bruit était monstre. Les conversations fusaient dans toutes les directions dans une franche camaraderie que l'alcool coulant à flot aidait à entretenir. Tous les visages présents dans la salle avaient la particularité de suinter la fierté, la suffisance, à l'exception de celui d'Arseni Stoyanov qui lui brillait par sa fermeté et son détachement. Stanislav Stoyanov se tenait à son côté, un grand sourire venant ponctuer chaque regard qu'il faisait tomber sur son frère. Un homme de grande stature, l'allure noble à en juger seulement par sa posture et la rareté des étoffes qu'il portait sur ses épaules, leva vivement les bras en l'air. Ce qui fit taire l'assemblée toute entière. Un sourire arrogant se dessina sur son visage sculpté dans la rudesse du grand nord.
« Mes frères, aujourd'hui est un jour nouveau ! »
De vives exclamations saluèrent cette introduction pour le moins efficace. L'homme qui semblait mener l'assemblée à la baguette attendit que le silence se fit pour continuer.
« Aujourd'hui, nous accueillons parmi nous un nouveau bras armé. Et quel bras mes frères ! Ni plus ni moins que le Dragon Écarlate ! Ou devrais-je dire monsieur le champion de Bulgarie de Duel sorcier, hein Arseni, que préfères-tu ? »
« Le Dragon Écarlate, vous économiserez votre salive comme ça, répondit un Arseni Stoyanov dont le visage n'exprimait toujours rien. »
Des rires assourdissants résonnèrent dans toute la pièce. Stanislav envoya une tape amicale sur l'épaule de son frère tandis que le chef du groupe riait aux éclats en lui faisant signe d'approcher. Arseni Stoyanov rejoignit le cercle libre au milieu de l'assemblée où on lui fit retrousser la manche de son bras droit. Le chef posa une main sur sa nuque et l'obligea à baisser la tête jusqu'à son front se retrouve coller contre le sien. Alors un silence absolu s'abattit sur l'assemblée.
« Arseni.. Aleksandar.. Radoslav.. Stoyanov.. jures-tu sur l'honneur de défendre notre cause dans la vie comme dans la mort ? ... Jures-tu protection et loyauté aux frères ici présents ? ... Jures-tu fidélité aux enseignements du maître Grindelwald ? ... Jures-tu fidélité à la seule source de pouvoir en ce monde, la magie noire ? »
« Sur l'honneur, je le jure. »
Les machoires d'Arseni Stoyanov se contractèrent. L'homme tira une boite dorée de sa robe. Il l'ouvrit et saisit une baguette magique nervurée d'or.
« Sur l'honneur, moi, Sámson Zsigmond Grindelwald, jure sur l'honneur de faire de toi notre nouveau frère de chair et de sang. »
Sur ces mots, il pointa la baguette magique sur l'avant-bras dénudée et tout en l'agitant saigna la peau pour y graver une marque noire à base de roses, de ronces, de cercles, de triangles, de losanges et d'une série de chiffres : 3-3-459-156-0.
Un brouhaha indescriptible fit trembler les murs quand le dernier détail fut gravé. L'assemblée toute entière manifestait une joie incommensurable. Stanislav Stoyanov serrait son frère dans ses bras, euphorique.
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La brume vira au rouge, d'abord un rouge brique avant de prendre un rouge intense comme celui des flammes. Et en effet, tout était entrain de brûler... un village tout entier au milieu d'une plaine enneigée. Des cris de terreur éclataient un peu partout tandis que plusieurs groupes, hilares, jettaient des sorts dans toutes les directions. La scène se focalisa sur un groupe en particuliers, arrêté sur le parvis d'une église. Arseni Stoyanov se tenait derrière Stanislav Stoyanov et Sámson Grindelwald. Sámson leva sa baguette et les portes de l'église volèrent en éclat. Une foule tenta de s'en échapper mais le groupe s'assura un controle intégral sur elle. Une lueur étincellante dans les yeux de Stanislav indiquait qu'il jubilait. Derrière, Arseni affichait une mine insondable. Sámson agita sa baguette et une jeune femme d'une vingtaine d'années aux longs cheveux blonds se souleva dans les airs. Incapable de répondre du moindre mouvement de son corps, elle attérit aux pieds de son bourreau dont le sourire carnassier réveilla en elle la seule chose qu'elle était encore capable de contrôler : ses larmes.
« ARSENI !! cria Sámson. »
Arseni contourna son frère et se porta à la hauteur de Sámson qui lui jeta un regard en biais. Un drôle de regard où on pouvait lire comme un sentiment de plaisir sadique.
« Je veux que tu la fasses souffrir, mon frère... Je veux lire dans son regard toute la souffrance du monde pendant que tu la tortureras. Il est temps que tu te montres digne, mon frère... oui, il est temps... mon frère... »
Tout se déroula très vite. En quelques secondes à peine, comme si Arseni avait soigneusement tout orchestré depuis des lustres. Il porta sa main droite à sa poche pour saisir sa baguette tandis que la gauche, discrètement, saisissait quelque chose dans une autre poche. La seconde d'après, il jetait un objet à la jeune femme en criant « Portus ! ». Elle se volatilisait dans la foulée. Lui aussi...
... pour réapparaître au sommet d'une colline, à une trentaine de kilomètres du village incendié. Un autre tourbillon noire frappait le sol juste derrière lui. Le temps de se retourner, Arseni faisait face à son frère, le visage rouge de colère, les yeux injectés de haine.
« TU FAISAIS MA FIERTÉ PETIT FRÈRE ! MA SATANÉE FIERTÉ ! s'écria Stanislav comme un dément. AVADA KED... »
« Silencio ! répliquait tout juste à temps Arseni. Tu faisais la mienne... mais c'était il y a longtemps... bien avant QUE TU NE PERDES LA RAISON ! »
Stanislav agita sa baguette magique devant sa bouche et le son de sa voix résonna de nouveau clairement.
« TU ES FAIBLE ! TU L'AS TOUJOURS ÉTÉ ET TU LE SERAS A JAMAIS ! SECTUMSEPRA ! »
Arseni n'eut le temps de contrer le sortilège de son frère. Une marre de sang rouge imbiba sa chemise blanche au niveau de son flanc droit. Pliant le genou, il se retrouva à terre, la main désespéremment appuyée contre sa blessure.
« Tu étais mon héro... mon héro Stanislav, souffla Arseni dont les yeux étincellaient à présent. TU ÉTAIS MON FRÈRE ! »
« SILENCE CHIEN ! TRAÎTRE A MON SANG ! SILENCE TU N'ES QUE POISON ! AVADA KEDAVRA ! »
Arseni eut tout juste le réflexe de rouler sur le côté pour éviter le rayon vert...
« Avada Kedavra... »
... quand le sien atteignait sa cible. Stanislav s'écroulait dans la neige, mort.
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Les ténèbres prenaient à peine le temps de se découvrir, laissant planer leurs bras sombres sur la scène. Arseni remontait une allée, le corps de Stanislav allongé sur ses bras. Une porte s'ouvrait au bout de l'allée, déversant une lumière jaunâtre sur son visage blanc, aussi blanc que neige, et ses yeux embuées de larmes, rouges, rouges de larmes.
« NOOOOOOON !!! s'écriait sa mère en manquant de vasciller. SEIGNEUR NOOOOOOON ! PAS MON FILS ! »
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« Il était mon frère... ponctua Arseni Stoyanov, pensif, quand le professeur Grayce émergea de la Pensine. Je suis né le 3ème jour du mois de mars. L'organisation à laquelle j'appartiens compte 454 membres actuellement et j'en serais toujours le dernier membre à cause de ce que j'ai fait. 11 personnes de cette organisation se trouvent actuellement dans un rayon de cinq cent killomètres. J'ai tué 3 personnes depuis que cette marque m'a été faite. Stanislav était la première... quant aux deux autres... elles ont tenté de protéger l'homme qui a assassiné ma soeur Véra... »
Sa voix ne tremblait pas. Un bulgare ne tremblait jamais, même devant la vision d'horreur qu'était son existence.
22 oct. 2012, 10:45
Une vision d'horreur
Erin guettait le moindre geste du professeur Stoyanov. Un seul mouvement de sa part et le sort qu'elle formulait dans sa tête le frapperait avant même qu'il ne s'en rende compte. Oh bien sûr, elle n'avait pas l'intention de le tuer, ni même de le blesser d'ailleurs mais le rendre inoffensif, ça oui ! Et pourtant, il restait là, figé dans un état second. Était-il si bon acteur ou feignait-il pour endormir sa vigilance ? La tension frappait les tempes de la jeune femme à chaque battement de cœur annonciatrice d'un mal de tête qui ne tarderait sûrement pas à faire son apparition.
« C'est peut-être trop vous en demander, mais faites-moi confiance encore quelques instants et vous comprendrez la signification de tout cela. »
Faire confiance ? Un sourire narquois apparut sur le visage de la potioniste. Peut être que, dans d'autres circonstances, elle en aurait été capable. Non, même elle n'aurait pas réussi à se convaincre d'une telle absurdité. La situation devenait irréelle. Et une fois encore, le bulgare fit la seule chose qui pouvait amener la jeune femme à relâcher sa garde un instant : il releva sa manche, montrant le tatouage qu'elle avait déjà aperçu, dans la salle d'étude des moldus. Sauf qu'il avait changé... il n'indiquait plus les mêmes numéros. Elle en était certaine, elle avait gravé chaque détail dans sa mémoire, sa seule piste sérieuse...
Elle décrispa la main qu'elle avait sur sa baguette sans même s'en rendre compte et avança de nouveau vers la Pensine. De toute évidence, elle ne sortirait pas du bureau avant que le jeu malsain du directeur soit terminé. Elle se pencha sur la surface miroitante et se laissa porter une nouvelle fois dans les souvenirs du jeune homme.
La professeur de potions se trouvait devant un imposant portail en fer forgé par une nuit sans nuage. Et ce n'est pas la silhouette toute de noire vêtue du professeur Stoyanov qui donnait la gravité à la scène qui se déroulait sous les yeux de la jeune femme mais bien l'intensité de l'échange qu'il entretenait avec sa jeune sœur. Difficile de dire ce qu'il avait en tête à ce moment-là mais cet au revoir ressemblait étrangement à un adieu. Était-ce la révélation qu'il avait faite dans le souvenir précédent à sa famille qui lui ôtait l'insouciance qu'il aurait dû avoir à cet âge ? Il semblait avoir le poids du monde sur les épaules. Certes, cette pensée était quelque peu cliché mais Erin ne put s'empêcher d'y penser. Les embrassades entre le frère et la sœur disparurent très vite sous une nouvelle brume sombre et la directrice des Gryffondor se sentit une fois encore porter au loin.
En ouvrant les yeux, la première chose qu'Erin aperçut fût Arseni, au côté de son frère Stanislav. Elle se tendit aussitôt, détaillant le visage du meurtrier sans omettre le moindre détail. C'est seulement ensuite qu'elle remarqua le reste de la scène. Une vaste pièce, des dizaines et dizaines de gens autour d'une grande table, le luxe qui l'entourait et surtout l'impressionnant brouhaha. L'ambiance était festive - enfin, si l'on pouvait le dire ainsi. La jeune femme ne se serait pas sentie à son aise dans une telle assemblée. Les gens suintaient l'autosuffisance, c'en était dérangeant. Seul le professeur Stoyanov dénotait : il dégageait ce froid détachement qui semblait déjà être sa caractéristique à l'époque.
Et puis, le silence se fit brusquement lorsqu'un homme d'une grande prestance - il fallait bien le reconnaître - prit la parole. Une foule d'informations frappa aussitôt l'esprit d'Erin : d'une part, la raison du rassemblement n'était autre qu'Arseni en personne. Il se joignait au groupe, à la grande joie de son frère, à voir ses yeux qui pétillaient de fierté. Mais aussi, information hautement précieuse pour la suite de l'entretien, le bulgare était champion de duels. Elle avait donc eu raison de ne pas le sous-estimer, cela expliquait la rapidité de sa réaction quand l'attaque avait surgi hors du miroir.
La cérémonie d'initiation - à défaut de trouver un autre mot - commença et Erin vit son collègue jurer fidélité à la magie noire. Comment Ren avait-il pu nommer un tel individu à la tête de Poudlard ? Car, à coup sûr, il n'ignorait pas son histoire. Avait-il pensé qu'il était le seul à pouvoir déjouer les plans du ministère ? Peut être était-ce vrai mais n'était-ce pas risqué pour les élèves ? Le jeu en valait-il vraiment la chandelle ? La jeune femme dût faire un énorme effort pour se rappeler qu'elle avait confiance en le professeur Faust et qu'il était loin d'être stupide. IL avait donc dû mûrement réfléchir avant de prendre sa décision. Elle secoua légèrement la tête et, plutôt que de céder à la forte impulsion de ressortir de la Pensine, baguette à la main, elle se concentra de nouveau devant l'histoire qui se déroulait sous ses yeux. Juste à temps pour voir le descendant de Grindelwald gravait le tatouage qu'elle connaissait dans la peau du professeur Stoyanov. Enfin, pas tout à fait. Les numéros étaient encore différents. Mais au moins avait-elle à présent sous les yeux ce qu'ils étaient à l'origine. Il serait toujours temps, plus tard, pour en comprendre la signification.
La scène s'estompa sur l'euphorie de la foule...
... pour faire place à une brume rouge intense, brûlante. Erin découvrit un village en flamme et des cris de terreur. Elle était là, figée, en proie à un intense sentiment d'impuissance. Bien sûr, la scène se passait des années auparavant et pourtant, il était difficile de voir un tel carnage sans rien faire. Pire, elle se trouvait à proximité de sorciers qui riaient devant tant de malheurs. Une scène digne des mangemorts, comme elle en avait vu durant sa formation d'aurors. Ses professeurs de l'époque leur avaient alors montré des reconstitutions pour qu'ils aient un bon aperçu de ce que l'humanité pouvait faire de pire. La scène l'entraina sur le parvis de l'église où se trouvait Arseni et son frère, de même que leur chef. C'est lui-même qui prit en otage la foule qui se trouvait dans le lieu de culte. Un lieu qui se devait normalement être un refuge et qui risquait fort de se transformer en lieu de martyre.
Une jeune femme, blonde d'une vingtaine d'années, se trouva être la cible malheureuse de Grindelwald. Un jouet à ses yeux qu'il offrait à Arseni pour... pour quoi d'ailleurs ? Qu'il se fasse la main ? En cadeau de bienvenue ? Erin sentit la nausée monter devant tant de cruauté. Jamais elle ne comprendrait ces sorciers tellement avides de pouvoirs qu'ils en perdaient toute leur humanité. Mais la scène prit un tout autre tournant : le jeune bulgare lança un portoloin à sa "victime" qui se volatilisa devant le regard enragé de Stanislav Stoyanov. Un transplanage plus loin et la professeur de potions se trouva aux premières loges du duel entre les deux frères. L'ainé était vif mais pas assez pour le champion de duel qu'était son petit frère. L'un blessé, l'autre mort... et le cri déchirant d'une mère découvrant le corps de son enfant.
La Pensine avait terminé sa tâche. La directrice des Gryffondor faisait face au Professeur Stoyanov, en silence. Sous le choc de ce à quoi elle venait d'assister, elle ne se rendait pas compte des larmes qui coulaient sans discontinuer sur ses joues. Elle avait imaginé bien des choses, vécu ses propres drames mais comment imaginer ce qu'elle serait devenue dans une telle situation ? Aurait-elle trouvé en elle la force d'affronter Neil s'il s'était avéré être un terrible mage noir ? Sûrement pas, tout ancienne auror qu'elle soit, elle se devait bien d'être honnête. Et voilà qu'elle ressentait une certaine admiration pour son interlocuteur mais aussi partageait-elle un peu sa peine, comme seule une personne ayant perdu brutalement un proche le pouvait.
Mais lui n'avait pas seulement perdu un être cher. Il avait dû le tuer pour sauver sa propre vie et, si Erin comprenait bien tout ce qu'il venait de dire, sa jeune sœur en avait payé les frais. Elle devait maintenant se rendre à l'évidence : le bulgare ne jouait aucun jeu. Bien qu'elle ne comprenne pas pourquoi il lui dévoilait tout ça, l'aveu devait lui être tellement pénible qu'il ne pouvait signifier qu'une chose : il tenait vraiment à gagner la confiance de la potioniste. Mais pouvait-elle lui accorder ? Oui, sûrement... même si ça prendrait du temps. Ce soir, elle était néanmoins prête à abaisser la hache de guerre ce qui, une heure avant, lui aurait semblé totalement inimaginable.
"Je n'accorde pas facilement ma confiance et vous devez comprendre que ça prendra du temps... Arseni. D'autant que je ne comprends toujours pas pourquoi de telles révélations. Surtout que nos précédentes rencontres n'ont pas vraiment été... hmm... amicales ? Pourquoi m'en parler ?"
Un pas après l'autre, voilà comment construire une relation de confiance. Appeler le directeur par son prénom - à sa demande d'ailleurs - était déjà un bon début. Mais ne devait-elle pas, elle aussi lui prouver qu'elle pouvait être digne de confiance ? Devait-elle lui révéler ce que seul Ren savait à son sujet ? Elle hésitait encore lorsqu'elle soupira en lâchant :
"Peut être le professeur Faust vous a-t-il mis au courant mais, maintenant que vous êtes le nouveau directeur de Poudlard, je crois qu'il me faut vous informer de quelque chose... à propos de mes relations avec les aurors présents dans le château."
Elle jeta un regard sur le tableau sur sa droite. L'ancien directeur semblait approuver son début de révélation et l'encourageait même à en dire plus mais pourtant, la jeune femme se tût. Une chape de tristesse venait de la saisir et le silence était le plus sûr moyen pour ne pas faire entendre sa voix empreinte d'émotions. Qui plus est, elle ignorait jusqu'à quel point Arseni était au courant de tout ce qui se tramait dans le château. Son information n'avait peut être rien de surprenant pour lui.
« C'est peut-être trop vous en demander, mais faites-moi confiance encore quelques instants et vous comprendrez la signification de tout cela. »
Faire confiance ? Un sourire narquois apparut sur le visage de la potioniste. Peut être que, dans d'autres circonstances, elle en aurait été capable. Non, même elle n'aurait pas réussi à se convaincre d'une telle absurdité. La situation devenait irréelle. Et une fois encore, le bulgare fit la seule chose qui pouvait amener la jeune femme à relâcher sa garde un instant : il releva sa manche, montrant le tatouage qu'elle avait déjà aperçu, dans la salle d'étude des moldus. Sauf qu'il avait changé... il n'indiquait plus les mêmes numéros. Elle en était certaine, elle avait gravé chaque détail dans sa mémoire, sa seule piste sérieuse...
Elle décrispa la main qu'elle avait sur sa baguette sans même s'en rendre compte et avança de nouveau vers la Pensine. De toute évidence, elle ne sortirait pas du bureau avant que le jeu malsain du directeur soit terminé. Elle se pencha sur la surface miroitante et se laissa porter une nouvelle fois dans les souvenirs du jeune homme.
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La professeur de potions se trouvait devant un imposant portail en fer forgé par une nuit sans nuage. Et ce n'est pas la silhouette toute de noire vêtue du professeur Stoyanov qui donnait la gravité à la scène qui se déroulait sous les yeux de la jeune femme mais bien l'intensité de l'échange qu'il entretenait avec sa jeune sœur. Difficile de dire ce qu'il avait en tête à ce moment-là mais cet au revoir ressemblait étrangement à un adieu. Était-ce la révélation qu'il avait faite dans le souvenir précédent à sa famille qui lui ôtait l'insouciance qu'il aurait dû avoir à cet âge ? Il semblait avoir le poids du monde sur les épaules. Certes, cette pensée était quelque peu cliché mais Erin ne put s'empêcher d'y penser. Les embrassades entre le frère et la sœur disparurent très vite sous une nouvelle brume sombre et la directrice des Gryffondor se sentit une fois encore porter au loin.
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En ouvrant les yeux, la première chose qu'Erin aperçut fût Arseni, au côté de son frère Stanislav. Elle se tendit aussitôt, détaillant le visage du meurtrier sans omettre le moindre détail. C'est seulement ensuite qu'elle remarqua le reste de la scène. Une vaste pièce, des dizaines et dizaines de gens autour d'une grande table, le luxe qui l'entourait et surtout l'impressionnant brouhaha. L'ambiance était festive - enfin, si l'on pouvait le dire ainsi. La jeune femme ne se serait pas sentie à son aise dans une telle assemblée. Les gens suintaient l'autosuffisance, c'en était dérangeant. Seul le professeur Stoyanov dénotait : il dégageait ce froid détachement qui semblait déjà être sa caractéristique à l'époque.
Et puis, le silence se fit brusquement lorsqu'un homme d'une grande prestance - il fallait bien le reconnaître - prit la parole. Une foule d'informations frappa aussitôt l'esprit d'Erin : d'une part, la raison du rassemblement n'était autre qu'Arseni en personne. Il se joignait au groupe, à la grande joie de son frère, à voir ses yeux qui pétillaient de fierté. Mais aussi, information hautement précieuse pour la suite de l'entretien, le bulgare était champion de duels. Elle avait donc eu raison de ne pas le sous-estimer, cela expliquait la rapidité de sa réaction quand l'attaque avait surgi hors du miroir.
La cérémonie d'initiation - à défaut de trouver un autre mot - commença et Erin vit son collègue jurer fidélité à la magie noire. Comment Ren avait-il pu nommer un tel individu à la tête de Poudlard ? Car, à coup sûr, il n'ignorait pas son histoire. Avait-il pensé qu'il était le seul à pouvoir déjouer les plans du ministère ? Peut être était-ce vrai mais n'était-ce pas risqué pour les élèves ? Le jeu en valait-il vraiment la chandelle ? La jeune femme dût faire un énorme effort pour se rappeler qu'elle avait confiance en le professeur Faust et qu'il était loin d'être stupide. IL avait donc dû mûrement réfléchir avant de prendre sa décision. Elle secoua légèrement la tête et, plutôt que de céder à la forte impulsion de ressortir de la Pensine, baguette à la main, elle se concentra de nouveau devant l'histoire qui se déroulait sous ses yeux. Juste à temps pour voir le descendant de Grindelwald gravait le tatouage qu'elle connaissait dans la peau du professeur Stoyanov. Enfin, pas tout à fait. Les numéros étaient encore différents. Mais au moins avait-elle à présent sous les yeux ce qu'ils étaient à l'origine. Il serait toujours temps, plus tard, pour en comprendre la signification.
La scène s'estompa sur l'euphorie de la foule...
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... pour faire place à une brume rouge intense, brûlante. Erin découvrit un village en flamme et des cris de terreur. Elle était là, figée, en proie à un intense sentiment d'impuissance. Bien sûr, la scène se passait des années auparavant et pourtant, il était difficile de voir un tel carnage sans rien faire. Pire, elle se trouvait à proximité de sorciers qui riaient devant tant de malheurs. Une scène digne des mangemorts, comme elle en avait vu durant sa formation d'aurors. Ses professeurs de l'époque leur avaient alors montré des reconstitutions pour qu'ils aient un bon aperçu de ce que l'humanité pouvait faire de pire. La scène l'entraina sur le parvis de l'église où se trouvait Arseni et son frère, de même que leur chef. C'est lui-même qui prit en otage la foule qui se trouvait dans le lieu de culte. Un lieu qui se devait normalement être un refuge et qui risquait fort de se transformer en lieu de martyre.
Une jeune femme, blonde d'une vingtaine d'années, se trouva être la cible malheureuse de Grindelwald. Un jouet à ses yeux qu'il offrait à Arseni pour... pour quoi d'ailleurs ? Qu'il se fasse la main ? En cadeau de bienvenue ? Erin sentit la nausée monter devant tant de cruauté. Jamais elle ne comprendrait ces sorciers tellement avides de pouvoirs qu'ils en perdaient toute leur humanité. Mais la scène prit un tout autre tournant : le jeune bulgare lança un portoloin à sa "victime" qui se volatilisa devant le regard enragé de Stanislav Stoyanov. Un transplanage plus loin et la professeur de potions se trouva aux premières loges du duel entre les deux frères. L'ainé était vif mais pas assez pour le champion de duel qu'était son petit frère. L'un blessé, l'autre mort... et le cri déchirant d'une mère découvrant le corps de son enfant.
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La Pensine avait terminé sa tâche. La directrice des Gryffondor faisait face au Professeur Stoyanov, en silence. Sous le choc de ce à quoi elle venait d'assister, elle ne se rendait pas compte des larmes qui coulaient sans discontinuer sur ses joues. Elle avait imaginé bien des choses, vécu ses propres drames mais comment imaginer ce qu'elle serait devenue dans une telle situation ? Aurait-elle trouvé en elle la force d'affronter Neil s'il s'était avéré être un terrible mage noir ? Sûrement pas, tout ancienne auror qu'elle soit, elle se devait bien d'être honnête. Et voilà qu'elle ressentait une certaine admiration pour son interlocuteur mais aussi partageait-elle un peu sa peine, comme seule une personne ayant perdu brutalement un proche le pouvait.
Mais lui n'avait pas seulement perdu un être cher. Il avait dû le tuer pour sauver sa propre vie et, si Erin comprenait bien tout ce qu'il venait de dire, sa jeune sœur en avait payé les frais. Elle devait maintenant se rendre à l'évidence : le bulgare ne jouait aucun jeu. Bien qu'elle ne comprenne pas pourquoi il lui dévoilait tout ça, l'aveu devait lui être tellement pénible qu'il ne pouvait signifier qu'une chose : il tenait vraiment à gagner la confiance de la potioniste. Mais pouvait-elle lui accorder ? Oui, sûrement... même si ça prendrait du temps. Ce soir, elle était néanmoins prête à abaisser la hache de guerre ce qui, une heure avant, lui aurait semblé totalement inimaginable.
"Je n'accorde pas facilement ma confiance et vous devez comprendre que ça prendra du temps... Arseni. D'autant que je ne comprends toujours pas pourquoi de telles révélations. Surtout que nos précédentes rencontres n'ont pas vraiment été... hmm... amicales ? Pourquoi m'en parler ?"
Un pas après l'autre, voilà comment construire une relation de confiance. Appeler le directeur par son prénom - à sa demande d'ailleurs - était déjà un bon début. Mais ne devait-elle pas, elle aussi lui prouver qu'elle pouvait être digne de confiance ? Devait-elle lui révéler ce que seul Ren savait à son sujet ? Elle hésitait encore lorsqu'elle soupira en lâchant :
"Peut être le professeur Faust vous a-t-il mis au courant mais, maintenant que vous êtes le nouveau directeur de Poudlard, je crois qu'il me faut vous informer de quelque chose... à propos de mes relations avec les aurors présents dans le château."
Elle jeta un regard sur le tableau sur sa droite. L'ancien directeur semblait approuver son début de révélation et l'encourageait même à en dire plus mais pourtant, la jeune femme se tût. Une chape de tristesse venait de la saisir et le silence était le plus sûr moyen pour ne pas faire entendre sa voix empreinte d'émotions. Qui plus est, elle ignorait jusqu'à quel point Arseni était au courant de tout ce qui se tramait dans le château. Son information n'avait peut être rien de surprenant pour lui.
Décédée
20 nov. 2012, 08:11
Une vision d'horreur
Laisser le temps au temps… Arseni Stoyanov en savait long sur le sujet. Aussi, laissa-t-il à son invitée le temps de se remettre de ses émotions. Des émotions bien vives au demeurant. Calé contre le dossier de son siège, ses bras simplement posés sur les accoudoirs, il attendit le plus calmement du monde que la Maîtresse des Potions choisisse de reprendre à elle seule le train de leur conversation. Quand se fut chose faite, c’est une oreille plus qu’attentive, et dénuée du moindre jugement quant aux nuances de son discours, qui l’écouta. Le simple fait d’entendre qu’elle acceptait d’essayer, au moins, de lui faire confiance, fut comme une petite victoire pour le bulgare. Dire qu’il n’en demandait pas tant n’était pas peu dire.
« D’une façon certes peu reluisante, je viens de vous donner ma confiance, Erin, expliqua-t-il, sans choisir de détours. Comprenez-moi bien, je ne vous demande pas de me prendre en pitié ou de songer à m’apprécier comme on apprécie un ami. Non. Je vous demande seulement d’effacer votre méfiance à mon égard, car j’aurai du mal à diriger convenablement cette école si je sais la méfiance que vous me vouez, alors même que je songe à faire de vous ma sous-directrice. »
Le regard d’Arseni Stoyanov avait quelque chose d’insoutenable, une lueur singulière qui pouvait donner à quiconque le croisait cette soudaine impression d’être mis à nu, de se trouver démuni, face à cet homme si calme et au contraire si insondable. Ce regard, Arseni Stoyanov le fit peser un long moment sur les épaules du professeur Grayce avant de le détourner afin d’observer le portrait - soudain déserté - de son prédécesseur, Ren Faust. Un sourire naquit aux coins de ses lèvres à l’idée que cet ami fidèle se soit bien gardé de tout lui révéler ; et sans pouvoir le lui reprocher une seule seconde, de se demander combien de secrets il avait pu emmener avec lui au ministère.
Il était voué à ne jamais le savoir.
Lorsqu’il ramena toute son attention sur le professeur Grayce, se fut pour lui offrir un sourire fatigué et cette réponse pleinement assumée :
« Vous connaissez Ren aussi bien que je le connais. Il n’est pas homme à se livrer entièrement, et certainement pas à moi. Je ne sais rien de vos relations avec le contingent d’Aurors et bien qu’ayant un droit d’accès à votre dossier, je n’ai aucun désir de l’ouvrir pour en apprendre davantage sur vous. Ce que je constate de mes propres yeux, ce que j’entends de mon propre chef, suffit amplement à mon opinion. Alors, dites-moi de quoi il en retourne et je vous dirai ce que je sais. »
Pour savoir, Arseni Stoyanov en savait des choses, certaines plus inquiétantes que d’autres.
« D’une façon certes peu reluisante, je viens de vous donner ma confiance, Erin, expliqua-t-il, sans choisir de détours. Comprenez-moi bien, je ne vous demande pas de me prendre en pitié ou de songer à m’apprécier comme on apprécie un ami. Non. Je vous demande seulement d’effacer votre méfiance à mon égard, car j’aurai du mal à diriger convenablement cette école si je sais la méfiance que vous me vouez, alors même que je songe à faire de vous ma sous-directrice. »
Le regard d’Arseni Stoyanov avait quelque chose d’insoutenable, une lueur singulière qui pouvait donner à quiconque le croisait cette soudaine impression d’être mis à nu, de se trouver démuni, face à cet homme si calme et au contraire si insondable. Ce regard, Arseni Stoyanov le fit peser un long moment sur les épaules du professeur Grayce avant de le détourner afin d’observer le portrait - soudain déserté - de son prédécesseur, Ren Faust. Un sourire naquit aux coins de ses lèvres à l’idée que cet ami fidèle se soit bien gardé de tout lui révéler ; et sans pouvoir le lui reprocher une seule seconde, de se demander combien de secrets il avait pu emmener avec lui au ministère.
Il était voué à ne jamais le savoir.
Lorsqu’il ramena toute son attention sur le professeur Grayce, se fut pour lui offrir un sourire fatigué et cette réponse pleinement assumée :
« Vous connaissez Ren aussi bien que je le connais. Il n’est pas homme à se livrer entièrement, et certainement pas à moi. Je ne sais rien de vos relations avec le contingent d’Aurors et bien qu’ayant un droit d’accès à votre dossier, je n’ai aucun désir de l’ouvrir pour en apprendre davantage sur vous. Ce que je constate de mes propres yeux, ce que j’entends de mon propre chef, suffit amplement à mon opinion. Alors, dites-moi de quoi il en retourne et je vous dirai ce que je sais. »
Pour savoir, Arseni Stoyanov en savait des choses, certaines plus inquiétantes que d’autres.
2 déc. 2012, 20:40
Une vision d'horreur
Le prendre en pitié ? Erin n'y avait même pas songé. Elle-même aurait détesté ressentir ce sentiment chez ses interlocuteurs alors, le faire subir à quelqu'un ? Non, sûrement pas. Elle voyait chaque épreuve passée comme une force - après tout, les moldus ne disent-ils pas que ce qui ne tue pas nous rend plus fort ? Un adage qui s'était avéré vrai pour elle, et de toute évidence aussi pour le directeur de Poudlard, à voir ce qu'il était devenu. Elle allait donc rapidement dissiper ses doutes quand elle resta abasourdie par la fin de sa phrase... "je songe à faire de vous ma sous-directrice." Le professeur Stoyanov était décidément déroutant. Comment les relations d'inimitié qu'ils entretenaient jusque là avait pu aboutir à un tel résultat dans sa tête ? Était-elle prête pour de telles responsabilités ? Hmm, la réponse était simple au vu de ce qu'elle savait de la situation dans le château : oui, elle le ferait. Elle se devait de donner le maximum pour assurer la sécurité des enfants et si cela devait passer par être le bras droit de celui dont elle se méfiait encore une heure avant, soit. La vie réservait bien des surprises et celle-ci était de taille.
Il ne lui avait pas fallu dix secondes pour prendre sa décision et, le visage fermement résolu, elle plongea son regard dans celui si insoutenable du mystérieux bulgare. Aussi difficile et désagréable qu'était la sensation à ce moment-à, la jeune femme était décidée à ne pas céder. Une attitude bornée et certainement stupide mais si elle devait travailler main dans la main avec le nouveau directeur, il devait avoir conscience qu'elle était déterminée et qu'elle ne se laisserait pas intimidée. Elle laissa le silence peser dans la pièce, persuadée que si Arseni s'était donné la peine de lui raconter son histoire, c'est qu'il connaissait déjà la réponse qu'elle ferait à sa proposition. Quel intérêt alors de le formuler à haute voix ?
D'autant que fidèle à lui-même, Ren n'avait rien dit de ses agissements. Il y avait donc plus urgent. En cet instant, elle se sentait vulnérable lorsqu'elle reprit la parole :
"Pour commencer, vous devez savoir que je suis une Ex-Auror. Et qu'à ce titre, le contingent présent dans l'école est formé par d'anciens collègues que je connais très bien. Il y a quelques temps, j'ai découvert un carnet, dans la salle sur demande..."
Elle s'arrêta un instant, un sourire triste sur les lèvres, inspectant la réaction de son interlocuteur. Ce carnet, il l'avait eu dans les mains et elle l'avait haï pour ça. Elle lui avait alors fait croire - sans grande réussite vu les menaces qui en avaient découlé - qu'il appartenait à son frère Neil.
"... celui de mon défunt mari. J'ignorais qu'il en tenait un et sa lecture a été extrêmement instructive. Il était lui aussi Auror et les derniers temps, il soupçonnait l'un de nos collègues d'être un traître. Il n'a jamais pu le débusquer, il est mort avant. Et vu les circonstances, je ne peux m'empêcher de penser que nous sommes tombés dans un piège, tendu pour lui."
Erin sentit sa voix se casser et se tut de nouveau un instant. Si cela ne dépendait que d'elle, jamais plus elle ne parlerait de cette nuit. Elle en faisait encore régulièrement des cauchemars, ce qui était bien suffisant pour éviter au maximum de les vivre en pleine journée. Elle prit une grande inspiration et, son visage se durcissant, poursuivit :
"Connaissant un peu le fonctionnement du ministère, l'arrivée d'Aurors parmi nous, malgré la mort du jeune Nicholas, m'a surprise. Je suis donc venue en discuter avec le professeur Faust qui m'a confié ce qu'il savait à leur sujet. Je me suis alors proposée de les espionner, ce que je fais actuellement."
Il ne lui avait pas fallu dix secondes pour prendre sa décision et, le visage fermement résolu, elle plongea son regard dans celui si insoutenable du mystérieux bulgare. Aussi difficile et désagréable qu'était la sensation à ce moment-à, la jeune femme était décidée à ne pas céder. Une attitude bornée et certainement stupide mais si elle devait travailler main dans la main avec le nouveau directeur, il devait avoir conscience qu'elle était déterminée et qu'elle ne se laisserait pas intimidée. Elle laissa le silence peser dans la pièce, persuadée que si Arseni s'était donné la peine de lui raconter son histoire, c'est qu'il connaissait déjà la réponse qu'elle ferait à sa proposition. Quel intérêt alors de le formuler à haute voix ?
D'autant que fidèle à lui-même, Ren n'avait rien dit de ses agissements. Il y avait donc plus urgent. En cet instant, elle se sentait vulnérable lorsqu'elle reprit la parole :
"Pour commencer, vous devez savoir que je suis une Ex-Auror. Et qu'à ce titre, le contingent présent dans l'école est formé par d'anciens collègues que je connais très bien. Il y a quelques temps, j'ai découvert un carnet, dans la salle sur demande..."
Elle s'arrêta un instant, un sourire triste sur les lèvres, inspectant la réaction de son interlocuteur. Ce carnet, il l'avait eu dans les mains et elle l'avait haï pour ça. Elle lui avait alors fait croire - sans grande réussite vu les menaces qui en avaient découlé - qu'il appartenait à son frère Neil.
"... celui de mon défunt mari. J'ignorais qu'il en tenait un et sa lecture a été extrêmement instructive. Il était lui aussi Auror et les derniers temps, il soupçonnait l'un de nos collègues d'être un traître. Il n'a jamais pu le débusquer, il est mort avant. Et vu les circonstances, je ne peux m'empêcher de penser que nous sommes tombés dans un piège, tendu pour lui."
Erin sentit sa voix se casser et se tut de nouveau un instant. Si cela ne dépendait que d'elle, jamais plus elle ne parlerait de cette nuit. Elle en faisait encore régulièrement des cauchemars, ce qui était bien suffisant pour éviter au maximum de les vivre en pleine journée. Elle prit une grande inspiration et, son visage se durcissant, poursuivit :
"Connaissant un peu le fonctionnement du ministère, l'arrivée d'Aurors parmi nous, malgré la mort du jeune Nicholas, m'a surprise. Je suis donc venue en discuter avec le professeur Faust qui m'a confié ce qu'il savait à leur sujet. Je me suis alors proposée de les espionner, ce que je fais actuellement."
Décédée
5 déc. 2012, 19:50
Une vision d'horreur
Prétendre qu’Arseni pouvait être surpris, revenait à prétendre qu’il croyait tout savoir. Or, parce que ses oreilles ne pouvaient tout entendre, et son regard tout percevoir, il ne laissa pas le moindre soupçon de surprise le déstabiliser en apprenant, de la bouche même de l’intéressée, le lien qui l’unissait étroitement aux aurors en place à Poudlard. Son regard, pourtant si vif, demeura fixe et sans éclat tout du long. Quand le silence retomba, seulement chahuté par les bruissements d’ailes du somptueux phénix affairé à sa toilette, Arseni acquiesça discrètement à la conclusion du professeur et se levant, les bras croisés dans son dos, s’approcha de la cheminée où ardait un important brasier vert émeraude. De la même façon qu’il lui était impossible de démasquer, au grand jour, le mystérieux complot mis en avant par son estimé prédécesseur, il lui était impensable de mettre en si grand danger celle qui était désormais sa sous-directrice pour un butin qui s’averrait, pour l’heure, plus incertain que distinct.
Inquiet, sans toutefois le laisser paraître, Arseni s’interrogeait. Quel risque fallait-il réellement prendre et dans l’optique d’obtenir quel résultat ? Qui devait réellement prendre la première ligne et qui devait demeurer dans l’ombre ? Quelles décisions prendre ?
« Les intentions masquées sont les plus délicates à saisir, car même entre nos mains, elles continuerait à nourrir de nombreux mystères, énonça-t-il, la lueur verte projetée par les flammes léchant le cou et le bas de son visage. Nous devons agir avec la plus grande prudence et ne pas sous-estimer les connaissances de notre prétendu adversaire. De notre capacité à l’isoler, peut dépendre beaucoup de choses. »
Se tournant, Arseni fit retomber son regard perçant sur Erin.
« Ne prenez aucun risque inconsidéré, dit-il sur un ton très sérieux. Vous les connaissez, ils vous connaissent, la partie n’en sera que plus serrée. Contentez-vous d’observer ; à trop parler nous révélerions notre suspicion. J’ai, en ce qui me concerne, déjà mis sur écoute la totalité du groupe, mais même ma magie ne saurait tromper un ou plusieurs mages rigoureusement entraînés et préparés à ce genre d’éventualité. »
Il s’avança vers le perchoir où Feuxnoyr, l’aile droite déployée, paressait nettoyer plume après plume.
« Cette pièce est avec la Chambre des Secrets, les seuls endroits du château à ne pas pouvoir faire l’objet d’écoutes indésirables. Cette affaire doit impérativement rester entre ces murs ; ils sont les seuls à nous garantir une protection totale. Si vous y convenez, nous nous réunirons ici-même, chaque semaine, afin d’établir un rapport détaillé de la situation. »
Inquiet, sans toutefois le laisser paraître, Arseni s’interrogeait. Quel risque fallait-il réellement prendre et dans l’optique d’obtenir quel résultat ? Qui devait réellement prendre la première ligne et qui devait demeurer dans l’ombre ? Quelles décisions prendre ?
« Les intentions masquées sont les plus délicates à saisir, car même entre nos mains, elles continuerait à nourrir de nombreux mystères, énonça-t-il, la lueur verte projetée par les flammes léchant le cou et le bas de son visage. Nous devons agir avec la plus grande prudence et ne pas sous-estimer les connaissances de notre prétendu adversaire. De notre capacité à l’isoler, peut dépendre beaucoup de choses. »
Se tournant, Arseni fit retomber son regard perçant sur Erin.
« Ne prenez aucun risque inconsidéré, dit-il sur un ton très sérieux. Vous les connaissez, ils vous connaissent, la partie n’en sera que plus serrée. Contentez-vous d’observer ; à trop parler nous révélerions notre suspicion. J’ai, en ce qui me concerne, déjà mis sur écoute la totalité du groupe, mais même ma magie ne saurait tromper un ou plusieurs mages rigoureusement entraînés et préparés à ce genre d’éventualité. »
Il s’avança vers le perchoir où Feuxnoyr, l’aile droite déployée, paressait nettoyer plume après plume.
« Cette pièce est avec la Chambre des Secrets, les seuls endroits du château à ne pas pouvoir faire l’objet d’écoutes indésirables. Cette affaire doit impérativement rester entre ces murs ; ils sont les seuls à nous garantir une protection totale. Si vous y convenez, nous nous réunirons ici-même, chaque semaine, afin d’établir un rapport détaillé de la situation. »
4 janv. 2013, 21:47
Une vision d'horreur
Ne prendre aucun risque inconsidéré ? Les paroles du directeur étaient pleines de sagesse mais sonnaient étrangement aux oreilles de la professeur de potions. Elle prenait conscience que ce n'était pas par noblesse d'âme qu'elle s'était proposée pour espionner le contingent d'aurors. Oh bien sûr, protéger Poudlard faisait partie de ses intentions mais là n'était pas sa motivation première. Elle devait l'admettre, c'était l'esprit de vengeance qui l'animait. Elle avait un besoin viscéral de comprendre ce qui avait ruiné ses espoirs et la vie qu'elle avait connu. Qui était le traître parmi ses anciens amis ? Mais les engagements qu'elle venait tacitement de prendre changeaient la donne. Elle ne pouvait se permettre d'agir inconsidérément, plus à présent. Ils l'avaient connu impulsive, ils allaient découvrir la jeune femme déterminée et patiente. C'est vrai, ils la connaissaient mais elle avait bien changé et ils le regretteraient en le découvrant. C'est donc avec un sourire dérangeant et sans joie qu'elle répondit :
"Ne vous en faites pas, je serai ni plus ni moins l'amie qu'ils ont été pour moi. Rien de plus, rien de moins. Et croyez-moi, ils s'en mordront les doigts. Ils n'obtiendront de moi aucun renseignement utile, même par inadvertance. Je ne prends pas mes responsabilités envers l'école à la légère et je ne vous ferai pas défaut."
Et pour commencer, il était temps de faire part de ses découvertes au professeur Stoyanov. Seule un geste de sa baguette trahit la magie dont fit prendre la jeune femme et quelques secondes plus tard, Biélaïa apparut, un parchemin accroché à sa patte. Elle ulula en se posant sur le bras de sa maîtresse et tendit la patte alors qu'elle lui mordillait le doigt avec tendresse. La jeune femme lui caressa la tête et détacha son précieux chargement avant de le tendre à son interlocuteur.
"Il s'agit là de peu de choses pour le moment. Un compte-rendu que je devais remettre au professeur Faust. Vous y trouverez ce que je sais sur chacun des aurors présents parmi nous. Leur caractère, leurs points forts et certaines de leurs faiblesses, à l'époque où je travaillais pour le Ministère. Et ils n'ont que très peu changé, de ce que j'en ai vu jusqu'à présent."
Le parchemin se déroula de lui-même, entièrement vierge jusqu'à ce que la jeune femme pose l'extrémité de sa baguette dessus. Des lignes couvrirent alors la surface jaunie, une fine écriture à l'encre noire s'étalant sur une cinquantaine de centimètres. Beaucoup d'informations seraient sûrement inutiles mais ses formateurs au Ministère lui avaient appris que plus on en connaissait sur ses ennemis, plus la victoire était proche. Alors aussi futile que cela pouvait paraître de savoir la musique préférée de Cal, c'était un premier pas vers la résolution des problèmes de Poudlard.
Son rapport rendu, Erin se leva et laissa s'envoler sa chouette avant de se tourner une dernière fois vers le professeur Stoyanov :
"Et bien, il me semble que j'ai du travail qui m'attend. A moins que vous ayez autre chose à me dire, je vais vous laisser à votre lecture et tenter de me familiariser avec mes nouvelles fonctions. On se voit donc la semaine prochaine ?"
"Ne vous en faites pas, je serai ni plus ni moins l'amie qu'ils ont été pour moi. Rien de plus, rien de moins. Et croyez-moi, ils s'en mordront les doigts. Ils n'obtiendront de moi aucun renseignement utile, même par inadvertance. Je ne prends pas mes responsabilités envers l'école à la légère et je ne vous ferai pas défaut."
Et pour commencer, il était temps de faire part de ses découvertes au professeur Stoyanov. Seule un geste de sa baguette trahit la magie dont fit prendre la jeune femme et quelques secondes plus tard, Biélaïa apparut, un parchemin accroché à sa patte. Elle ulula en se posant sur le bras de sa maîtresse et tendit la patte alors qu'elle lui mordillait le doigt avec tendresse. La jeune femme lui caressa la tête et détacha son précieux chargement avant de le tendre à son interlocuteur.
"Il s'agit là de peu de choses pour le moment. Un compte-rendu que je devais remettre au professeur Faust. Vous y trouverez ce que je sais sur chacun des aurors présents parmi nous. Leur caractère, leurs points forts et certaines de leurs faiblesses, à l'époque où je travaillais pour le Ministère. Et ils n'ont que très peu changé, de ce que j'en ai vu jusqu'à présent."
Le parchemin se déroula de lui-même, entièrement vierge jusqu'à ce que la jeune femme pose l'extrémité de sa baguette dessus. Des lignes couvrirent alors la surface jaunie, une fine écriture à l'encre noire s'étalant sur une cinquantaine de centimètres. Beaucoup d'informations seraient sûrement inutiles mais ses formateurs au Ministère lui avaient appris que plus on en connaissait sur ses ennemis, plus la victoire était proche. Alors aussi futile que cela pouvait paraître de savoir la musique préférée de Cal, c'était un premier pas vers la résolution des problèmes de Poudlard.
Son rapport rendu, Erin se leva et laissa s'envoler sa chouette avant de se tourner une dernière fois vers le professeur Stoyanov :
"Et bien, il me semble que j'ai du travail qui m'attend. A moins que vous ayez autre chose à me dire, je vais vous laisser à votre lecture et tenter de me familiariser avec mes nouvelles fonctions. On se voit donc la semaine prochaine ?"
[Fin du RP]
Décédée