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Aller et retour d'un Spectre, par Arseni Stoyanov

3.



« Irina et Arseni Stoyanov... bonté divine, je commençais à croire que ce jour n'arriverait jamais. Soyez les bienvenus. »

La clairière où se déroulait cette scène était plongée dans l'obscurité de la nuit. La seule source de lumière provenait de l'intérieur d'une chaumière, à la lisière de la forêt. L'homme qu'Arseni et Irina avaient pisté au cours de ces trois dernières semaines en était le propriétaire. Sa silhouette longiligne était pliée en deux, assise sur un simple rondin de bois, occupée à tailler un bâton à l'aide d'un canif. Son ombre se découpait nettement dans le rectangle de lumière projeté par la fenêtre.

A le voir de cette manière, Arseni éprouva un ressentiment encore plus profond que tout ce qu'il avait imaginé jusqu'alors, en pensant à cet homme. Il n'était pas que l'assassin de sa sœur Véra, il était aussi un monstre qui n'éprouvait pas une once de regret à l'égard de son acte.

Arseni détacha sa cape et la laissa rouler sur le sol. Irina l'imita puis retroussa ses manches.


« Stanemir Parvanov, j'ai le regret de vous annoncer que l'heure est venue pour vous de répondre du meurtre de Véra Stoyanov. Soeur de mon sang. »

La voix d'Irina puait la froideur. Arseni ne pouvait plus détacher son regard de Stanemir, mais pouvait clairement ressentir l'aura électrisante qui entourait Irina. Elle était prête à combattre. Elle était prête à tuer.

Stanemir ricana en plantant son canif dans le sol.


« Il semblerait que ce soit de famille... ce sens ridicule de la justice. Malheureusement, madame la juge, j'ai le regret de vous dire que je ne me sens coupable de rien. Votre soeur était comme qui dirait... une fille facile. »

Irina dégaina sa baguette mais Arseni la retint par le bras. Elle le fusilla du regard.

« Ne laisse pas la colère tromper tes sens, grande soeur. »

Arseni leva la tête et dans la foulée trois colonnes de fumée noire se dessinèrent derrière Stanemir. Comme il l'avait pressenti, les renforts de l'ennemi étaient enfin arrivés.

« Votre soeur était une moins que rien qui pensait pouvoir changer le monde. J'ai tout de suite vu clair dans son petit jeu. Si vous l'aviez entendu couiner comme je l'ai entendu couiner avant de lui donner la mort, vous auriez sans doute compris que je rendais un grand service à votre fam... »

Arseni et Irina ne laissèrent pas le temps à Stanemir de terminer sa phrase. Tous deux se désagrégèrent en fumée noire et emportèrent chacun dans leur sillage deux des quatre sorciers qui avaient osé se dresser devant eux. Arseni amena les siens au cœur de la forêt, à un endroit où la lune faisait tourbillonner des raies de lumière nacrée entre les troncs d'arbre. Ses adversaires se remirent très vite sur pieds, baguette à la main. Les deux étaient bâtis comme des armoires. Leur visage était sévère et si l'un était imberbe, l'autre avait laissé une épaisse barbe noire pousser sur son menton.

« Stupéfix ! »

L'éclair rouge manqua de peu Arseni, encore réduit à sa condition de fumée noire. Il réapparut un mètre plus loin, en chair et en os cette fois. Dans ses yeux noisette brûlaient une volonté décadente de broyer la vie de ces deux hommes, même s'ils n'étaient, pour ce qu'il en savait, en rien coupable dans le meurtre de Véra. Leur seule erreur avait été de transplaner au secours de Stanemir. C'était le genre d'erreur qui ne se pardonnait pas facilement.

« Kamchik ! »

Une interminable langue de feu jaillit de la baguette d'Arseni et déchira l'air comme un fouet enflammé. Arseni la fit claquer à trois reprises mais ne réussit qu'à mettre le feu à la robe du sorcier imberbe.

« Nous sommes deux et tu es seul ! Tes flammes ne réussiront pas à nous égratigner ! »

Arseni se laissa aller à un sourire sinistre.

« Vous êtes de bons chiens. Stanemir vous a bien dressé. Mais je suis désolé de vous le dire, pas assez pour vous gorger à ce point de prétention... »

Arseni leva sa baguette au-dessus de sa tête, les mains croisées.

« Silèn Ogun. »

Un cri déchira le silence ambiant. Le sorcier imberbe n'était plus qu'une boule en feu qui se roulait désespérément par terre pour tenter d'éteindre les flammes gigantesques qui s'étaient soudainement embrasées là où sa robe avait été touché par le sortilège précédent d'Arseni. Son collègue essaya différent sortilèges visant à faire apparaître de l'eau, sans succès. Les flammes continuaient de brûler à vif la chair du malheureux.

« L'eau ne peut pas éteindre ces flammes... »

Le commentaire d'Arseni raviva l'attention du sorcier barbu. Animé de toute sa rage, il attaqua Arseni avec un sortilège informulé. Celui-ci sentit comme le tranchant d'une lame lui lacérée l'épaule droite et très vite la tiédeur de son sang imbiber sa chemise. Quelques perles de sueur se formèrent à l'orée de son front tandis que la lutte s'intensifiait. Arseni et son adversaire se rendaient coup pour coup, multipliant les contres et les sortilèges défensifs en passant de leur statut d'être humain à celui de fumée noire pour gagner en dextérité. L'affrontement continua sur ce rythme pendant au moins cinq bonnes minutes avant qu'Arseni ne trouve une faille dans la garde de son adversaire. Sa baguette lui échappa de la main, Arseni dessina un fil de feu autour de ses chevilles et l'obligea à plier genoux à terre.

Son collègue gisait, mort, à quelques pas de là.


« J'ai entendu parler de toi et de ce que tu as fait. Tu n'es pas différent de nous... Cette satanée école ne te protègera pas indéfiniment, il y aura bien un jour où tu devras en sortir, ce jour là tu pay... »

« Silencio. »

Arseni s'accroupit devant sa proie et releva son menton pour affronter son regard.

« Je suis tout le contraire de vous. Vous allez tous mourir, les uns après les autres. Moi, je vais vivre. »

Il se redressa et leva sa baguette.

« Davya ! »

Le visage du sorcier vira peu à peu au violet, comme si l'air lui manquait. Une poignée de secondes plus tard, il s'écroulait, sans vie.

Arseni transplana dans la foulée. Il retrouva Irina devant la chaumière, boitillante, une vilaine plaie à l'avant-bras gauche. Le corps de Stanemir et de son acolyte étaient étalés sur le sol, morts.


« Mets le feu à cette forêt, effaçons les traces de notre passage et rentrons à la maison. Véra a été vengé ce soir. Petit frère ? »

Arseni hocha pensivement la tête et baissa ses yeux sur son avant-bras en agitant sa baguette. Un torrent de flammes illumina bientôt le blanc de sa peau et intensifia la noirceur de son tatouage composé de symboles géométriques, de ronces et de fleurs englobant une série de chiffres : 3-3-454-11-3.

***


Arseni était tranquillement installé à la table des Poufsouffle à une heure où la Grande Salle était déserte. La montre à gousset posée sur sa cuisse indiquait 5h47. Pour un dimanche, on pouvait dire qu'il était particulièrement matinal. Qu'importe, Arseni avait ressenti le besoin de tuer une violente fringale survenue par une nuit d'insomnie. L'édition du matin de la Gazette du Sorcier était ouverte sur la table à la page 4. Un article incrusté sur une bande de six centimètres de large, à droite de la page, évoquait un immense incendie survenue à près de 300 kilomètres de Poudlard et qui avait, selon toute vraisemblance, brûlée une forêt tout entière. Les causes de l'incendie étaient inconnues mais la Brigade Magique dépêchée sur place, après le passage des " bonpieds " moldus, laissait entendre que le feu était résolument de nature magique. Tous les soupçons étaient tournés vers Peter Aldridge, 23 ans, un jeune pyromane relâché deux jours plus tôt, après une condamnation d’un an à Azkaban.

Arseni porta la tasse de café à ses lèvres et leva un regard tranquille vers les hautes fenêtres. Le ciel s'y voyait encore d'un bleu d'encre quoi qu'en direction de l'est, le bleu tournait progressivement à l'azur.

C'était un jour nouveau qui se levait sur le monde. Mais la douleur qu'Arseni ressentait au fond de lui-même était toujours la même, là, au fond de son coeur.

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[Appartements LOWNER]

Une ombre passant devant ses yeux à toute vitesse, la désagréable impression d'être prise dans un siphon et enfin des visages plus inconnus les uns que les autres dansant en grimaçant devant une petite fille apeurée. Voilà les dernières images qui s'étaient présentées à son esprit avant de disparaître derrière le voile opaque que représentait le réveil soudain. Haletante, une main tremblante d'émotion chercha à tâtons dans le noir une forme rectangulaire et lorsqu'elle la trouva appuya fortement dessus. Une lumière fantomatique éclaira la chambre et au plafond on lisait ''5:30 AM''.

Respirant nerveusement, la jeune femme ferma les yeux se concentrant sur les battements de son cœur. Dégageant ses membres inférieurs des couvertures, elle s’assoit sur le rebord de son lit plongeant son visage au creux de ses mains des larmes ; qu'elle ne pouvait pas retenir, glissant le long de ses avant-bras. Elle resta dans cette position quelques minutes à peines avant de se diriger vers sa salle d'eau. Là, elle prit rapidement une douche qui ne lui procura aucun réconfort et se vêtit de la robe celte qu'elle avait pour habitude de porter les dimanches. Elle sécha sa chevelure à l'aide d'un sortilège avant de la relever et d'y glisser une rose. Observant son reflet dans le miroir, Hélènia en conclut qu'elle pouvait quitter ses appartements et se rendre où bon lui semblait sans qu'on puisse déduire ce qu'elle ressentait ou avait ressenti, son visage paraissant tout à fait reposé.


[Grande salle]


Traversant les couloirs, passant les différentes portes et les différents porches, Hélènia finit par se retrouver devant les portes de la grande salle. * À cette heure si, il ne devrait y avoir personne...* Ainsi convaincue, elle poussa les lourdes portes et stoppa son élan alors qu'elle remarquait la présence d'Arseni STOYANOV à la table des Poufsouffles. Devait-elle aller à sa rencontre ? Faire demi tour ? Se consultant avec indifférence, elle alla rejoindre cet homme et prit place en face de lui, légèrement décalée sur la droite du sous-directeur.

'' Bonjour.''
lança t-elle sans conviction aucune.

* Ça n'était pas vraiment un « bon » jour à proprement parlé. * Elle remarqua la gazette posée aux côtés d'Arseni et y jeta un regard appuyé. * Non, décidément, c'était pas un « bon » jour. * Détournant son regard du journal elle observa rapidement l'homme auquel elle faisait face, le trouvant peut-être, fatigué ? Elle fit apparaître une tasse qu'elle remplit tout aussi tôt de café avant de ranger sa baguette comme si elle ne l'avait jamais retiré de sa manche. Jouant avec la hanse de la tasse, elle lança d'un ton neutre :

'' Qu'elles sont les nouvelles ?''


C'était banal et uniquement à des fins d'engager la conversation. Elle évitait de croiser son regard, la couleur de ses propres pupilles étant parfois difficilement soutenable. Elle porta la tasse à ses lèvres et se ravisa sans trop savoir pourquoi. Le café lui disait rien, cette journée ne lui disait rien. Rien. C'était le mot juste pour expliquer ce qu'elle ressentait. Jouant toujours avec la hanse de sa tasse, elle écouta le silence lointain des échos de sa mémoire sans prêter véritablement attention à l'endroit où elle se trouvait ni à l'homme qu'elle avait rejoint.

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Reducio
Je préfère le préciser, Arseni est au moment de ce sujet encore sous-directeur et Ren Faust le directeur.


Alors que la méditation du sous-directeur virait à la rêverie, des bruits de pas finirent de briser sa concentration. Un rapide coup d'oeil vers l'entrée lui assura la présence d'une autre personne dans la Grande Salle. Une femme, qu'il avait quelque peu cotoyée à une période où la direction de Poufsouffle lui était revenu, sans toutefois jamais prendre le temps d'une quelconque discussion sérieuse entre eux. Il fallait bien avouer que la matière qu'enseignait le professeur Lowner, l'astronomie, n'avait aucun raport avec celles qu'il avait enseignées jusque là. Difficile, par conséquent, d'entamer une conversation au sujet de l'une ou de l'autre des deux matières ; Arseni Stoyanov n'étant pas réellement le genre de personnes qui pouvaient démarrer une conversation à partir d'un sujet totalement hors de propos.

« Bonjourr » fut le seul mot qui sortit de sa bouche lorsque sa collègue prit place sur le banc opposé. Après quoi, il l'observa agiter sa baguette magique, faire apparaître une tasse de café, ranger sa baguette puis faire comme si tout était parfaitement normal à l'exception des gros titres de la Gazette du Sorcier. Le professeur Lowner était un personnage atypique, il en jurerait. Mais au fond, tous les professeurs ne l'étaient-ils pas ? lui y compris ? la véritable réponse à cette question se passait aisément de commentaires.

Arseni Stoyanov abaissa les yeux sur l'exemplaire de la Gazette posée sur la table et le tourna à 180° avant de le faire glisser vers le professeur Lowner. Elle pourrait ainsi le consulter au gré de ses envies. Lui ramena ses deux mains sur la table, sa tasse de café encore fumante coincée entre elles. Garder son bras droit relevé trop longtemps ravivait sa blessure à l'épaule. Il préférait la ménager autant que possible dorénavant.


« De bonnes et de moins bonnes, comme tous les jourrs. »

Le fort accent bulgare qui accompagnait chacune de ses paroles lui remuait les entrailles. Ce qui s'était produit la nuit passée était si fraîchement gravé dans sa mémoire qu'un rien lui rappelait pourquoi il en était arrivé là. Tentant d'étouffer ce mal, il reprit la parole presque naturellement :

« Comment se porrtent les Poufsouffles depuis ma démission ? et vos, comment allez-vos ? je ne vos vois pas souvent à la table des prrofesseurrs ou peut-êtrre est-ce moi qui n'y passe pas assez souvent pourr y rremarrquer qui que ce soit... »

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Hélènia ouvrit la gazette, consulta rapidement les deux premières pages et s'arrêta plus longuement sur la quatrième page. Un incendie avait vraisemblablement détruit toute une forêt aux environs de trois cents kilomètres de Poudlard. * Ce n'est pas si loin * pensa la jeune femme. Il était dit que le feu était d'origine magique. * Les parents pourraient apprendre à leurs gosses comment arrêter ce genre de feu ! Ils leurs apprennent comment le créer mais pas comment le maîtriser et encore moins comment l'éteindre ! De vrais tarés ambulants faisant des générations futures de vrais criminels. Chouette ! *

'' Complètement cinglés ces jeunes de nos jours '' murmura t-elle plus pour elle que pour le sous directeur qui lui faisait face. Elle lut d'autres articles qui lui semblèrent banales jusqu'à ce qu'elle tombe sur le visage trapu de son père. Elle resta le regard fixe sur la caricature qu'on avait fait de lui à laquelle on avait ajouté en titre '' Have you seen this Wizard ? ''. Reprenant le contrôle d'elle-même, elle lut le petit article qu'on y avait joint :

L’Effaceur Peter CRUSHWALL a été vu récemment à Pré-au-Lard avec les membres du groupe ultra surveillé composé de leur chef Vincent GREEN activement recherché afin qu'il réponde des meurtres de Sylvie ARENCE et Hector BERKENS. Nous demandons aux parents de ne pas laisser leurs enfants quelque soit leur âge respectifs, dehors après 21 heure précise ; heure à laquelle les Effaceurs ce retrouvent dans les lieux publics. Peter CRUSWALL est recherché pour X raisons est une rente de 1000 galions est promise à quiconque capturerait le dit personnage VIVANT afin qu'il soit jugé. Etc...

Bref, le ministère a sut que son père était à Pré-au-Lard mais elle connaissait bien plus de choses à son sujet que tout les journalistes réunis. Elle, elle lui avait parlé, elle avait rencontré Miss FINGINS et avait apprit bien plus de choses en un mois qu'elle n'en eu jamais eu en vingt sept ans de vie ! Il n'était pas dit, par exemple où comptait se rendre Peter après l'Angleterre, il se rendait dans le Sud de l’Afrique où il possédait une case et un terrain à son vrais nom ; LOWNER. Se détachant de l'article, Hélènia lut son horoscope à la mention ''Licorne'' mais rien de bien réjouissant s’annonçait, sauf si on considèrent que ''des maux cérébraux'' seraient de bon augures. Elle écoutait les questions que le sous directeur lui posait comme si des lieues les séparaient avant de refermer la Gazette et de prendre soin de répondre à chacune des questions posées.


'' Les Poufsouffles vont très bien, ils sont plein d'entrain et de motivations. Et ils sont toujours aussi gourmands. J'ai pus constater les effets notoires de la guimauve sur le préfet des jaunes... En ce qui me concerne j'ai rencontré cet été quelques difficultés concernant ma personne propre que je n'étalerais donc pas, je puis simplement vous dire que je me sens fatiguées. Enfin, je préfère dîner dans mes appartements étant donné le peut de soin que j'accorde à la ponctualité de celui-ci et dînant à n'importe qu'elle heure. Le reste du temps je grignote avec les élèves aux heures de repos. Mais assez parlé de ma propre personne, je déteste parler de moi ; puis-je vous retourner une question en vous demandant à votre tour comment vous vous portez ? Vous avez l'air hélas, très fatigué. Est-ce uniquement dût à vos fonctions de sous-directeur ?''

Elle l'avait fixé quelques secondes à peine avant de replonger son regard dans sa tasse de café qu'elle porta de nouveau à ses lèvres.