Rapide comme le vent
Nobody cares about youre story until you win
Arya était aux anges. Ce combat la ravissait. Tout allait si vite, elle n'avait pas le temps de penser, et c'était la plus belle sensation au monde. Elle n'avait pas besoin de faire taire le monde autour d'elle, le son de leurs branches qui s'entrechoquaient suffisait à ravir ses oreilles. Elle pétillait, persuadée que la seule chose dont elle avait besoin au monde, c'était ce genre de combat, plus vrai que jamais, plus vrai que tout ce qu'elle pouvait voir dans les couloirs du château.
Sa concentration était inébranlable. Même si sa feinte de tout à l'heure n'avait pas fonctionné comme elle le voulait, elle parait chacun des coups de son adversaire avec toujours plus de vigueur. Elle sentait son cœur battre au rythme de ses gestes, cette sensation grisante qui effaçait tout le reste, qui conduisait chacun de ses mouvements sans qu'elle n'ait besoin de rien faire. Cette fébrilité était comme une drogue dont elle ne voulait pas se passer.
Son adversaire était magnifique dans sa danse. Elle aurait aimé pouvoir à la fois combattre et voir leur combat de l'extérieur. Elle était curieuse de savoir quel effet ils donnaient, à se déplacer ainsi comme une seule âme. D'ailleurs, depuis combien de temps avaient-ils commencé leur combat ? Le temps ne filait plus à la même vitesse, il pouvait très bien s'être passé une demi-heure comme cinq minutes. Elle ne sentait pas la fatigue et continuait de sauter dans tous les sens pour échapper aux coups de son adversaire, toujours en souriant. Elle entendait vaguement son souffle saccadé, mais focalisait toute son attention sur sa branche et les moulinets qu'elle devait lui faire décrire pour ne pas se laisser déborder par les attaques qui pleuvaient sur elle. Voilà longtemps qu'elle n'avait pas eu l'occasion de se battre ainsi. Son sang bouillait et ne demandait qu'à continuer.
Elle recula d'un saut pour avoir le temps de réajuster sa prise sur sa branche avant de continuer. Elle s'apprêtait à attaquer de nouveau lorsque son pied glissa sur la terre qu'ils retournaient depuis un moment, à force de bouger dans tous les sens. Elle perdit l'équilibre et tomba sur le dos, si vite que pendant une seconde ou deux, elle crut qu'elle venait d'être téléportée au sol. Que venait-il de se passer ?
Lorsqu'elle prit conscience de sa chute monumentale et ridicule à souhait, elle éclata de rire. La magie de leur combat était brisée, certes, mais c'était plus fort qu'elle. Elle se sentait invincible et au meilleur de sa forme, et la vie n'aurait pas pu lui ramener les pieds sur terre d'une manière plus drastique. Elle avait mis fin au combat d'une façon absurde, mais c'était certainement le meilleur moyen – involontaire – de garder un magnifique souvenir de cette rencontre.
Elle ne parvint pas à arrêter son rire, et lâcha sa branche pour posa sa main sur ses yeux, toujours allongée sur le sol. Au bout d'un moment, elle se redressa, et souffla, sans s'arrêter de sourire :
« J'suis pas tombée, le sol avait un besoin soudain d'attention et j'ai réalisé son souhait. »
Elle essuya une larme de rire sur le coin de son œil, sans même faire attention qu'elle venait de parler sans problème, comme si c'était la chose la plus naturelle au monde.
Pardon pour le retard !
Vous dites que c'est si beau la vie. Je veux savoir comment je m'y prendrai pour vivre.
~ Antigone, Anouilh
3èmeannée 2045/2046