Dérivation
Ta main légèrement posée sur ton cœur, durant quelques secondes, te fait sourire. Oui, Petite Ombre est là – depuis votre rencontre et sans doute pour toujours. Elle est le point d’ancrage à toutes tes convictions, à tous tes désirs ; elle est sans doute l’être que tu aimes le plus au monde. Depuis l’arrivée des cauchemars cet été, réminiscences de la douleur vécue l’année dernière, des crises d’angoisses bien trop régulières, des réveils en sursaut le corps couvert de sueur et des murmures dans le noir – supplications, penser à elle a toujours été une aide. Comme une main tendue dans la pénombre, une conviction immuable, éternelle – une Silhouette un peu moins terrible dans l’obscurité de ton esprit, un espoir surgissant comme une vague au milieu d’un calme océan de terreurs. Quand l’insomnie guettait, songer qu’elle t’attendait, que ses mots t’accueilleraient – repenser à ce baiser sous les yeux des étoiles était incroyablement rassurant.
*Heureusement qu’elle était là* ; sans elle, sans doute ton esprit aurait sombré. Mais sa présence silencieuse et si douce n’ont jamais failli, jamais fui. Reconnaissance infinie.
L’Inconnu aime-t-il la Nuit ? Très certainement. Est-il attiré par la tranquillité de sa chape de noirceur, par les poésies qu’elle amène et les décisions qu’elle parvient à faire prendre ? Sûrement. L’Inconnu la craint-il autant qu’il la vénère ? Tu aimerais savoir que tu n’es pas la seule à souffrir des interminables heures qu’elle fait supporter aux esprits angoissés. Pour faire fuir la peur d’être trop étrange, pour ne pas la subir en plus de toutes les autres.
Ou peut-être est-il seulement sensible aux éphémères ombres qui se dilatent dans la lueur du Soleil. Peut-être qu’il préfère l’or à l’argent, parce qu’il révèle mieux les ténèbres lorsqu’elles osent se montrer. Trop d’incertitudes, trop de questions à la fois – c’en est presque effrayant. Tu voudrais presque connaître ses pensées, pour obtenir des réponses, parfois même avant de connaître l’interrogation les précédant.
Un jour, tu t'en souviens tellement bien, tu as tout écrit. Tout ce qui te passait par la tête, pris ton esprit à un instant précis et indiqué sur le papier ce qui s’y déroulait. Tes songes, tes espoirs et tes idées absurdes – et puis tu as déchiré chacune des feuilles que tu avais couvert de ton écriture assez peu soignée. Tu étais jeune à cette époque, tes mots n’étaient pas beaux. Mais tout décharger avait été agréable. La chose la plus incroyable, qui t’avait apporté un soulagement merveilleux, ç’avait été de t’emparer de tous ces confettis créés de tes petites mains d’enfant, de tout saisir, et puis de sortir – de tout balancer dans les airs. Il avait neigé des lettres ce jour-là, des lettes sans sens qui avaient libéré ta tête d’un poids terrible ; les paroles et les pensées s’étaient éparpillées dans la neige, doucement imbibées d’eau. Le souffle court, tu as contemplé tout ça, ce carnage de feuilles, cet amas de morceaux de songes, et tu as souri ; particulièrement fière de toi.
*Faudrait que j’le refasse, des fois*, tu serres brièvement le tissu de ton long tee-shirt dans lequel ton corps frêle flotte, refermant tes doigts sur le textile quelques secondes, et puis tu laisses retomber ta main. Tes mains trop actives s’enlacent une fois rapprochées du sol, se tordent mutuellement – tu ne fais rien pour les en empêcher.
Quelques mots jolis qu’il prononce. Sans rien prononcer, tu hoches doucement la tête – *il a tout compris*. Pas besoin de mots supplémentaires, les idées peuvent parfois être partagées autrement ; et il a saisi celle qui a traversé ton esprit. Constatant qu’il semble chercher ses mots, tu laisses ton sourire retomber, détaillant ses gestes machinaux et son visage sans vraiment parvenir à comprendre ce qu’il pense. Tout est trop flou, il est encore trop Autre pour que tu te risques à saisir ses expressions, trop lointain et grand.
Malgré tout, tu le devines moins hautain, moins dur que Bristyle ou tous les plus âgés déjà rencontrés. Peut-être moins sûr de lui aussi – ses gestes le trahissent ? Tu détournes le regard, réalisant que tes yeux froids et fixes sont peut-être la source de ses hésitations. Abaissant un peu le menton, tu contemples tes mains qui continuent de s’entremêler, souris légèrement en sentant une brise caresser ta joue.
Lorsqu’il reprend la parole, tu ramènes tes yeux sur lui ; loin des siens toutefois. Le bas de son visage, ses cheveux eux-aussi débordant de ténèbres.
La fin de sa phrase te sidère. *Si ça vaudrait quelque chose ? Mais... évidemment qu’oui.* Plus aucune certitude ici, seulement des interrogations, des questionnements un peu perdus. Alors, sans même te forcer, tu sens ton visage qui s’éclaire, ta main qui se porte à tes courtes mèches flamboyantes, et puis tu entrouvres les lèvres.
Tu hoches vigoureusement la tête, étonnant signe de ta conviction qui ne t’échappe que rarement. Tu mords quelques secondes le bord de ta lèvre supérieure, puis inspires.
Et puis tu imagines soudainement tout un univers doux, avec le son parfait de ton violon en arrière-plan, de celui de la flûte de Maë un peu plus proche, de lueurs offrant de leur propre chef des découvertes olfactives inédites. Tes lèvres s’étirent encore plus grand, au point que tes dents se découvrent presque – quelles belles pensées.
Interruption. Angoisse d’en révéler trop, peur de le voir rire de tes émotions. Et puis bien vite, tu hausses les épaules.
______
Pardonne cette attente, cher Conteur.
*Heureusement qu’elle était là* ; sans elle, sans doute ton esprit aurait sombré. Mais sa présence silencieuse et si douce n’ont jamais failli, jamais fui. Reconnaissance infinie.
L’Inconnu aime-t-il la Nuit ? Très certainement. Est-il attiré par la tranquillité de sa chape de noirceur, par les poésies qu’elle amène et les décisions qu’elle parvient à faire prendre ? Sûrement. L’Inconnu la craint-il autant qu’il la vénère ? Tu aimerais savoir que tu n’es pas la seule à souffrir des interminables heures qu’elle fait supporter aux esprits angoissés. Pour faire fuir la peur d’être trop étrange, pour ne pas la subir en plus de toutes les autres.
Ou peut-être est-il seulement sensible aux éphémères ombres qui se dilatent dans la lueur du Soleil. Peut-être qu’il préfère l’or à l’argent, parce qu’il révèle mieux les ténèbres lorsqu’elles osent se montrer. Trop d’incertitudes, trop de questions à la fois – c’en est presque effrayant. Tu voudrais presque connaître ses pensées, pour obtenir des réponses, parfois même avant de connaître l’interrogation les précédant.
Un jour, tu t'en souviens tellement bien, tu as tout écrit. Tout ce qui te passait par la tête, pris ton esprit à un instant précis et indiqué sur le papier ce qui s’y déroulait. Tes songes, tes espoirs et tes idées absurdes – et puis tu as déchiré chacune des feuilles que tu avais couvert de ton écriture assez peu soignée. Tu étais jeune à cette époque, tes mots n’étaient pas beaux. Mais tout décharger avait été agréable. La chose la plus incroyable, qui t’avait apporté un soulagement merveilleux, ç’avait été de t’emparer de tous ces confettis créés de tes petites mains d’enfant, de tout saisir, et puis de sortir – de tout balancer dans les airs. Il avait neigé des lettres ce jour-là, des lettes sans sens qui avaient libéré ta tête d’un poids terrible ; les paroles et les pensées s’étaient éparpillées dans la neige, doucement imbibées d’eau. Le souffle court, tu as contemplé tout ça, ce carnage de feuilles, cet amas de morceaux de songes, et tu as souri ; particulièrement fière de toi.
*Faudrait que j’le refasse, des fois*, tu serres brièvement le tissu de ton long tee-shirt dans lequel ton corps frêle flotte, refermant tes doigts sur le textile quelques secondes, et puis tu laisses retomber ta main. Tes mains trop actives s’enlacent une fois rapprochées du sol, se tordent mutuellement – tu ne fais rien pour les en empêcher.
Quelques mots jolis qu’il prononce. Sans rien prononcer, tu hoches doucement la tête – *il a tout compris*. Pas besoin de mots supplémentaires, les idées peuvent parfois être partagées autrement ; et il a saisi celle qui a traversé ton esprit. Constatant qu’il semble chercher ses mots, tu laisses ton sourire retomber, détaillant ses gestes machinaux et son visage sans vraiment parvenir à comprendre ce qu’il pense. Tout est trop flou, il est encore trop Autre pour que tu te risques à saisir ses expressions, trop lointain et grand.
Malgré tout, tu le devines moins hautain, moins dur que Bristyle ou tous les plus âgés déjà rencontrés. Peut-être moins sûr de lui aussi – ses gestes le trahissent ? Tu détournes le regard, réalisant que tes yeux froids et fixes sont peut-être la source de ses hésitations. Abaissant un peu le menton, tu contemples tes mains qui continuent de s’entremêler, souris légèrement en sentant une brise caresser ta joue.
Lorsqu’il reprend la parole, tu ramènes tes yeux sur lui ; loin des siens toutefois. Le bas de son visage, ses cheveux eux-aussi débordant de ténèbres.
La fin de sa phrase te sidère. *Si ça vaudrait quelque chose ? Mais... évidemment qu’oui.* Plus aucune certitude ici, seulement des interrogations, des questionnements un peu perdus. Alors, sans même te forcer, tu sens ton visage qui s’éclaire, ta main qui se porte à tes courtes mèches flamboyantes, et puis tu entrouvres les lèvres.
« Bien sûr qu’ça vaudrait quelque chose. Ça serait une des plus belles choses que j’verrais, j’pense même. »
Tu hoches vigoureusement la tête, étonnant signe de ta conviction qui ne t’échappe que rarement. Tu mords quelques secondes le bord de ta lèvre supérieure, puis inspires.
« Imagine, des Fleurs partout ici qui décident volontairement d’nous offrir leur Parfum. Le plus merveilleux des cadeaux, pas vrai ? »
Et puis tu imagines soudainement tout un univers doux, avec le son parfait de ton violon en arrière-plan, de celui de la flûte de Maë un peu plus proche, de lueurs offrant de leur propre chef des découvertes olfactives inédites. Tes lèvres s’étirent encore plus grand, au point que tes dents se découvrent presque – quelles belles pensées.
« Le Parfum d’une Fleur ou la Lumière d’une Etoile, c’est juste… »
Interruption. Angoisse d’en révéler trop, peur de le voir rire de tes émotions. Et puis bien vite, tu hausses les épaules.
« C’est juste ce dont j’rêve depuis trop d'temps. »
______
Pardonne cette attente, cher Conteur.
• ‘til it seemed
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
Dérivation
Il choit de l’intérieur. La chute a déjà pris le pas sur la sensation de vertige alors qu’il a formulé tout haut l’une de ses intimes quêtes, qu’il l’a offerte à un regard qui n’est pas le sien. Quoiqu’elle pense, il ne pourra pas en être ébranlé, n’est-ce pas ? Pourtant…comment prétendre ne pas se soucier d’un avis demandé ? Au fond, sûrement n’est-il pas si incertain qu’il ne pourrait donner à le croire. Peut-être est-il en réalité si ancré qu’il n’a pas peur d’exposer une idée qu’il saurait inébranlable. Cela n’expliquerait toutefois pas le vertige, l’impression d’un saut à s’en retourner le cœur dans la poitrine, à ne plus savoir quel trajet supposer à l’air environnant et à celui qui voyage à travers le corps. Ses idées sont à la fois fragiles et puissantes. Ici repose certainement leur vulnérabilité, puissance n’est pas nécessairement synonyme de fermeté, de solidité de roc.
Puissance est aussi douceur. Il a donc confié le délicat cisèlement de ses aspirations, l’accueil en est imprévisible. En fait, il n’est de réception universelle à ses interrogations. Il pourrait bien demander à quiconque croise sa route, il ne peut pas se faire influencer par les estimations de toutes natures qui en découleront. Aucun absolu quand il s’agit de questionner la valeur, le retour sera entièrement propre à la jeune fille. Ce qui compte, c’est que ce lui importe à lui, non ? Et la nuance, bien sûr. Il n’est réaliste de croire en un parfait encensement ou en un parfait rejet. Il souhaite entendre ses nuances : la transformation, la métamorphoses de ses pensées au travers du prisme étranger, dont les facettes sont inclinées selon des angles qui ne sont pas les siens. Sous quelle perspective elle conférerait ou non un intérêt à telles conceptions échappées de l’esprit du jeune adulte. Si elle aime comme lui la protection de Nyx, il y aura contraste, celui au sein du sombre qui atteint la vue sans la frapper, sans la percuter. Ceux solaires sont trop frappants, violents, incompatibles à son discret chatoiement. Il avance au rythme de Pan, une jeune Pousse qui s’élève sans évolution notable d’un jour à l’autre mais qui se développe sûrement au fil des saisons. La fulgurance de Sol ne peut lui convenir, ainsi qu’il en avait encore récemment reçu un rappel.
Une identité, aussi indéfinissable et ténue soit-elle, existait entre l’adolescent et la petite Étoile qui lui faisait face. Elle avait acquiescé à sa première supposition, sans besoin de détailler. Dans le brut, dans l’effleurement ; le concept avait sa propre perceptibilité. Il se force à aplanir sa main sur sa poitrine, que cessent ces battements externes qui excitaient une tension malvenue. Il n’y avait rien à craindre. Sa paume appuie, comme si la pression uniforme saura garantir la régularité, la paisibilité. Il n’aurait osé se douter qu’une harmonie des traits suffît à le réintégrer sur la ligne. Le froncement, la méditation, la silencieuse exploration des embranchements contraires ; il s’était attendu à tout avant de découvrir les nuances nouvelles qu’il avait sollicitées. Cette spontanéité à la fois provoque un léger et ultime sursaut préfigurant l’alignement ; à la fois un soupçon de prudence. Elle ne peut pas être pleinement en accord, il doit sentir la transposition, leur distance. L’a-corps-dage est fort subtil, outre l’unisson qui donne de l’ampleur à une sonorité unique, les fréquences qui se lient bellement ne sont les mêmes. Il se tient à l’écoute de la variation, de sa variation ; alors qu’ils seraient sensibles à un thème commun.
*… volontairement…* Sur ce mot elle a posé son accent musical, là où dans le parcours de voix un traitement spécifique est audible, que la sémantique soit appuyée par les notes ou inversement. Comme mues. Un murmure heureux lui échappe.
« Vivantes… »
C’était bien toute l’idée, vivantes à jamais. Concevable par toute manifestation cyclique, la beauté du Monde végétal renouvelé à l’infini. L’Arbre est la Vie, issu de la métamorphose et à son tour métamorphosable, quand son carbone évolue sous une variété de formes précieuses et de valeur, sous l’effet du temps et de la patience. Un champ, chantant leurs voix. À l’entêtement, à abattre les résistances humaines. L’image du champ de pavot au redoutable pouvoir pour qui est doté des Sens, mêlant danger et exaltation lui revient. Issue des mots d’un Baum, qui plus est. Le vertige d’une telle ivresse demeure diablement attirant.
« Absolument, que leur Parfum soit outre, perceptible, offert… Ancré ! serait une merveille. »
Par l’invocation et par la création, la conception. Sa main lâche enfin sa poitrine, il s’ouvre.
« C’est un beau rêve, ne reste qu’à l’interpréter à son goût et à sa langue pour le réaliser. »
Si elle en rêve, elle trouvera par ses propres quêtes comment l’accomplir. En ce point réside la nuance, leur intervalle. Par des explorations propres ils ont le potentiel de sortir de l’Érèbe les songes qui les hantent. Il inspire, l’inspire, se fait pénétrer de l’air citadin qu’eux aussi parfument.
« Cela a beau être emplissant, peut-être parfois à l’excès ; j’apprécie tant l’enivrement des Sens. Surtout quand il est issu d’un être… »
Quand ce dernier nous est cher, devenu familier, il emplit d’une légèreté à en quitter le sol, sans pour autant exclure l’ancrage mutuel.
Puissance est aussi douceur. Il a donc confié le délicat cisèlement de ses aspirations, l’accueil en est imprévisible. En fait, il n’est de réception universelle à ses interrogations. Il pourrait bien demander à quiconque croise sa route, il ne peut pas se faire influencer par les estimations de toutes natures qui en découleront. Aucun absolu quand il s’agit de questionner la valeur, le retour sera entièrement propre à la jeune fille. Ce qui compte, c’est que ce lui importe à lui, non ? Et la nuance, bien sûr. Il n’est réaliste de croire en un parfait encensement ou en un parfait rejet. Il souhaite entendre ses nuances : la transformation, la métamorphoses de ses pensées au travers du prisme étranger, dont les facettes sont inclinées selon des angles qui ne sont pas les siens. Sous quelle perspective elle conférerait ou non un intérêt à telles conceptions échappées de l’esprit du jeune adulte. Si elle aime comme lui la protection de Nyx, il y aura contraste, celui au sein du sombre qui atteint la vue sans la frapper, sans la percuter. Ceux solaires sont trop frappants, violents, incompatibles à son discret chatoiement. Il avance au rythme de Pan, une jeune Pousse qui s’élève sans évolution notable d’un jour à l’autre mais qui se développe sûrement au fil des saisons. La fulgurance de Sol ne peut lui convenir, ainsi qu’il en avait encore récemment reçu un rappel.
Une identité, aussi indéfinissable et ténue soit-elle, existait entre l’adolescent et la petite Étoile qui lui faisait face. Elle avait acquiescé à sa première supposition, sans besoin de détailler. Dans le brut, dans l’effleurement ; le concept avait sa propre perceptibilité. Il se force à aplanir sa main sur sa poitrine, que cessent ces battements externes qui excitaient une tension malvenue. Il n’y avait rien à craindre. Sa paume appuie, comme si la pression uniforme saura garantir la régularité, la paisibilité. Il n’aurait osé se douter qu’une harmonie des traits suffît à le réintégrer sur la ligne. Le froncement, la méditation, la silencieuse exploration des embranchements contraires ; il s’était attendu à tout avant de découvrir les nuances nouvelles qu’il avait sollicitées. Cette spontanéité à la fois provoque un léger et ultime sursaut préfigurant l’alignement ; à la fois un soupçon de prudence. Elle ne peut pas être pleinement en accord, il doit sentir la transposition, leur distance. L’a-corps-dage est fort subtil, outre l’unisson qui donne de l’ampleur à une sonorité unique, les fréquences qui se lient bellement ne sont les mêmes. Il se tient à l’écoute de la variation, de sa variation ; alors qu’ils seraient sensibles à un thème commun.
*… volontairement…* Sur ce mot elle a posé son accent musical, là où dans le parcours de voix un traitement spécifique est audible, que la sémantique soit appuyée par les notes ou inversement. Comme mues. Un murmure heureux lui échappe.
« Vivantes… »
C’était bien toute l’idée, vivantes à jamais. Concevable par toute manifestation cyclique, la beauté du Monde végétal renouvelé à l’infini. L’Arbre est la Vie, issu de la métamorphose et à son tour métamorphosable, quand son carbone évolue sous une variété de formes précieuses et de valeur, sous l’effet du temps et de la patience. Un champ, chantant leurs voix. À l’entêtement, à abattre les résistances humaines. L’image du champ de pavot au redoutable pouvoir pour qui est doté des Sens, mêlant danger et exaltation lui revient. Issue des mots d’un Baum, qui plus est. Le vertige d’une telle ivresse demeure diablement attirant.
« Absolument, que leur Parfum soit outre, perceptible, offert… Ancré ! serait une merveille. »
Par l’invocation et par la création, la conception. Sa main lâche enfin sa poitrine, il s’ouvre.
« C’est un beau rêve, ne reste qu’à l’interpréter à son goût et à sa langue pour le réaliser. »
Si elle en rêve, elle trouvera par ses propres quêtes comment l’accomplir. En ce point réside la nuance, leur intervalle. Par des explorations propres ils ont le potentiel de sortir de l’Érèbe les songes qui les hantent. Il inspire, l’inspire, se fait pénétrer de l’air citadin qu’eux aussi parfument.
« Cela a beau être emplissant, peut-être parfois à l’excès ; j’apprécie tant l’enivrement des Sens. Surtout quand il est issu d’un être… »
Quand ce dernier nous est cher, devenu familier, il emplit d’une légèreté à en quitter le sol, sans pour autant exclure l’ancrage mutuel.
Reducio
Attente toute pardonnée, chère Plume.
Dérivation
C’est un visage transfiguré que tu offres au plus grand. Un visage rarement aussi lumineux depuis le début de cette année, un visage éclairé à la fois par les rayons du Soleil et par une émotion qui s’étend à l’intérieur de ton être. C’est un visage empli à la fois de timidité, d’anxiété de le voir subitement renoncer au songe qui s’enroule autour de vos deux corps, mais aussi d’un fol espoir de le voir prolonger la Rêverie. D’une envie d’entendre ses mots pour pouvoir continuer à voyager dans ton propre esprit, de faire coïncider vos deux univers l’espace de quelques secondes. C’est un visage apaisé, rassuré ; tu désires tenir entre tes mains, un jour, une Fleur qui te fera don de son parfum, par pure bienveillance – et tu sais que si cela arrive, ce sera grâce à lui qui y aura songé en premier.
Peut-être que finalement, les Fleurs offrent déjà cela ? Parfois, lorsque tu essaies de sentir leur parfum, tu ne perçois rien ; ainsi, s’agit-il peut-être d’une certaine volonté d’offrir un présent.
Étrange comme quelque chose que tu pensais dénué de conscience, incapable de réfléchir – de ressentir, peut tout à coup se révéler à toi comme un être à part entière. Les Étoiles auraient donc une volonté propre ? Elles seraient donc vivantes, comme il se plaît à le murmurer ? Elles auraient, elles aussi, au fond, quelque chose qui palpite et qui espère, quelque chose qui aime et qui hait ? Quelque part peut-être, un rêve fou pour lequel elles donneraient leur vie ? Et pourquoi pas, après tout ? Qui oserait prétendre, somme toute, savoir ce qui se déroule en elles ?
Tu te plais à croire que oui, ces esprits existent aussi puissamment que toi ; te surprends à soudainement changer l’agencement de ton esprit pour intégrer cette nouvelle information au flot d’autres qui circulent sans jamais arrêter leur folle course. Une croyance de plus parmi toutes celles qui construisent le petit être que tu affirmes incarner.
Tu reprends ton léger balancement, sentant la Musique recommencer à parcourir tout ton corps. Signaux électriques défilant en rythme, parcourant chacune de tes cellules ; ta peau vibre à leur passage. Passant lentement d’un appui sur la pointe de tes pieds à une position plus conforme, sur les talons, tu gardes sur ton visage les traces de ces dizaines d’émotions irrémédiablement entremêlées entre elles, qui t’ont traversée de part en part. Aucune pensée adressée au temps qui défile, à Maë qui doit sans doute t’attendre à la Maison, à Papa qui est sûrement lui aussi déjà revenu. Combien de minutes écoulées depuis que tu as fui ta chambre et l’ambiance étrange qui y régnait ? D’heures, de jours ? Désormais, Eos a achevé sa course, précédant Helios qui s’avance, presque douloureux pour tes yeux clairs.
Pourtant, les mots que l’Inconnu – tu t’empêches de le qualifier d’Autre, parce qu’il possède cette Particule qu’eux n’ont pas –, les mots que l’Inconnu utilise, qu’il module si légèrement, te font froncer les sourcils. Pas d’incompréhension, peut-être davantage de frustration d’être mise face à la dure réalité. Ce n’est qu’un rêve, ce n’est qu’une idée inatteignable : le Monde est tel qu’il est, immuable. Rien à faire, rien à changer ; il restera ainsi et rien, pas même tes désirs d’enfant, ne pourra le changer. Dents brièvement serrées, une petite étincelle d’espoir qui resplendissait comme un grand feu au fond de tes yeux s’éteint, et puis tu inclines le visage.
Tu es étrangement déçue, durant un instant. Alors comme ça, jamais les Étoiles ne pourront te donner leur lumière ? Jamais une Fleur ne t’offrira son parfum ? *Monde inutile, Autres futiles* – une petite moue déforme le bas de ton visage.
Il ne veut pas y croire, sans doute. Il aurait proposé ça dans le seul but de meubler la conversation ? Pour essayer de donner une impression particulière ?
Pourtant, l’intuition persiste. Il n’est pas comme eux, lui. Il n’est pas fermé aux allusions, aux mots à double-sens, aux douceur de l’univers. Il comprend la profondeur des paroles que tu prononces parce que les siennes ont la même résonnance au fond de ton cœur.
Aussi, au lieu de fuir comme tu l’aurais fait avec beaucoup d’autres, tu relèves le menton vers lui. Tu ne cherches pas à comprendre son visage, seulement à lire ses yeux – et puis, lorsque tu t’en sens la force, tu murmures.
C’est une supplication, quoiqu’un peu pitoyable lorsque tu prends le temps d’y réfléchir. Même s’il veut y croire le plus fort du monde, jamais il ne pourra attraper d’Étoile ; il faudrait bien sûr qu’elle vienne d’elle-même. Gamine encore un peu naïve, tu ne peux t’empêcher de sourire en t’entendant parler. Oui, bel instant que celui où tu abriteras dans tes paumes un astre venu là juste pour toi.
Remise de ta soudaine tristesse, tu sens l’espoir renaître doucement. Tu détournes tes yeux d’aigue-marine sans trop savoir où les déposer après leur rencontre avec ceux de nuit. Tu lèves ton bras doucement, présentant ton parchemin vierge, prends ta plume dans la même main. Peut-être que finalement, écrire est la solution à tout : un intermédiaire entre les songes si colorés, si mélodieux, et la réalité trop simple, trop morne. Peut-être que c’est cela, qu’il voulait dire ? Une moitié-de-Rêve, parce qu’encrée – ou ancrée ? – pour que l’on ne l’oublie jamais.
Peut-être que finalement, les Fleurs offrent déjà cela ? Parfois, lorsque tu essaies de sentir leur parfum, tu ne perçois rien ; ainsi, s’agit-il peut-être d’une certaine volonté d’offrir un présent.
Étrange comme quelque chose que tu pensais dénué de conscience, incapable de réfléchir – de ressentir, peut tout à coup se révéler à toi comme un être à part entière. Les Étoiles auraient donc une volonté propre ? Elles seraient donc vivantes, comme il se plaît à le murmurer ? Elles auraient, elles aussi, au fond, quelque chose qui palpite et qui espère, quelque chose qui aime et qui hait ? Quelque part peut-être, un rêve fou pour lequel elles donneraient leur vie ? Et pourquoi pas, après tout ? Qui oserait prétendre, somme toute, savoir ce qui se déroule en elles ?
Tu te plais à croire que oui, ces esprits existent aussi puissamment que toi ; te surprends à soudainement changer l’agencement de ton esprit pour intégrer cette nouvelle information au flot d’autres qui circulent sans jamais arrêter leur folle course. Une croyance de plus parmi toutes celles qui construisent le petit être que tu affirmes incarner.
Tu reprends ton léger balancement, sentant la Musique recommencer à parcourir tout ton corps. Signaux électriques défilant en rythme, parcourant chacune de tes cellules ; ta peau vibre à leur passage. Passant lentement d’un appui sur la pointe de tes pieds à une position plus conforme, sur les talons, tu gardes sur ton visage les traces de ces dizaines d’émotions irrémédiablement entremêlées entre elles, qui t’ont traversée de part en part. Aucune pensée adressée au temps qui défile, à Maë qui doit sans doute t’attendre à la Maison, à Papa qui est sûrement lui aussi déjà revenu. Combien de minutes écoulées depuis que tu as fui ta chambre et l’ambiance étrange qui y régnait ? D’heures, de jours ? Désormais, Eos a achevé sa course, précédant Helios qui s’avance, presque douloureux pour tes yeux clairs.
Pourtant, les mots que l’Inconnu – tu t’empêches de le qualifier d’Autre, parce qu’il possède cette Particule qu’eux n’ont pas –, les mots que l’Inconnu utilise, qu’il module si légèrement, te font froncer les sourcils. Pas d’incompréhension, peut-être davantage de frustration d’être mise face à la dure réalité. Ce n’est qu’un rêve, ce n’est qu’une idée inatteignable : le Monde est tel qu’il est, immuable. Rien à faire, rien à changer ; il restera ainsi et rien, pas même tes désirs d’enfant, ne pourra le changer. Dents brièvement serrées, une petite étincelle d’espoir qui resplendissait comme un grand feu au fond de tes yeux s’éteint, et puis tu inclines le visage.
Tu es étrangement déçue, durant un instant. Alors comme ça, jamais les Étoiles ne pourront te donner leur lumière ? Jamais une Fleur ne t’offrira son parfum ? *Monde inutile, Autres futiles* – une petite moue déforme le bas de ton visage.
Il ne veut pas y croire, sans doute. Il aurait proposé ça dans le seul but de meubler la conversation ? Pour essayer de donner une impression particulière ?
Pourtant, l’intuition persiste. Il n’est pas comme eux, lui. Il n’est pas fermé aux allusions, aux mots à double-sens, aux douceur de l’univers. Il comprend la profondeur des paroles que tu prononces parce que les siennes ont la même résonnance au fond de ton cœur.
Aussi, au lieu de fuir comme tu l’aurais fait avec beaucoup d’autres, tu relèves le menton vers lui. Tu ne cherches pas à comprendre son visage, seulement à lire ses yeux – et puis, lorsque tu t’en sens la force, tu murmures.
« J’veux pas vraiment que ça soit qu’un rêve, moi. J’aimerais bien qu’on puisse tenir des Étoiles, là maintenant, pour qu’elles nous donnent leur lueurs… »
C’est une supplication, quoiqu’un peu pitoyable lorsque tu prends le temps d’y réfléchir. Même s’il veut y croire le plus fort du monde, jamais il ne pourra attraper d’Étoile ; il faudrait bien sûr qu’elle vienne d’elle-même. Gamine encore un peu naïve, tu ne peux t’empêcher de sourire en t’entendant parler. Oui, bel instant que celui où tu abriteras dans tes paumes un astre venu là juste pour toi.
« Tu crois qu’on pourrait s’enivrer de lumière ? Et puis la mettre ici pour s’en souvenir pour toujours ? »
Remise de ta soudaine tristesse, tu sens l’espoir renaître doucement. Tu détournes tes yeux d’aigue-marine sans trop savoir où les déposer après leur rencontre avec ceux de nuit. Tu lèves ton bras doucement, présentant ton parchemin vierge, prends ta plume dans la même main. Peut-être que finalement, écrire est la solution à tout : un intermédiaire entre les songes si colorés, si mélodieux, et la réalité trop simple, trop morne. Peut-être que c’est cela, qu’il voulait dire ? Une moitié-de-Rêve, parce qu’encrée – ou ancrée ? – pour que l’on ne l’oublie jamais.
• ‘til it seemed
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
Dérivation
Elle aussi est une Fleur, présente, juste devant lui ; mais en a-t-elle conscience ? À la douce luminescence qui l’avait retenu au premier regard, celle qu’il a questionné, mu de sa curiosité à définir les éclats qui lui parviennent. Il aime bien les retracer, les dessiner à sa manière ; et la genèse en composante directe et primordiale de la Nature est l’ultime de ses recherches. La complexité par l’origine. Il se comprend. Une simple Graine qui aura le potentiel d’avaler toutes les directions, elle-même habitée de sa propre énergie, de sa propre conscience, à son tour exploratrice. L’étude des textes anciens, des témoignages, l’accès futur souhaité à des archives magiques que Poudlard n’est pas capable de lui offrir ; tout cela ne représente que les prémices, les balbutiements de la recherche. Tailler le graphite avant d’enfin le lier au grain du papier. Quand la pointe sera affutée il apposera les contours ; et essaiera, encore et encore, de saisir les formes, posées par la poudre de carbone, fruit issu de l’œuvre de Pan. À la fois soucieux et serein, il absorbe la clarté que lui offre le visage de la plus jeune. Il ne cessera de recréer le Monde et ses entités, autant qu’il en a le pouvoir, tant qu’il les respirera pour accueillir en soi tout ce qui lui est étranger ; dont il peut élaborer le panorama des images que son prisme projette, sa propre Imagerie.
Les songes se réalisent, quand ils occupent les pensées et tracent leurs sillons de plus en plus marqués, que l’eau coule au sein des nouvelles routes tracées aux réflexions. Après l’étude il faut oser proposer ce qui vient de soi. Après s’être enivré de lectures l’on finit par poser ses tous premiers Mots ; après s’être enivré de compositions l’on finit par poser ses toutes premières Notes ; alors après s’être enivré des émanations l’on finit aussi par les poser, quelle que soit la forme ou le support choisi. Sa main droite a rejoint son poignet gauche pour l’entourer, en faire un discret bouclier, comme si la manche ne suffisait pas et qu’une première impulsion protectrice le poussait à colmater, à dissimuler plus encore. Il voit au sein d’un chaudron la capacité de susciter des sensations sensorielles qui auraient été provoquées par des êtres, par des environnements, par des scènes. Il voit au sein d’une vasque la capacité de reproduire une teinte qui se serait gravée en lui. Et la métamorphose, champ ou chant qu’il n’est pas encore parvenu à démêler, mais en laquelle il voit la possibilité de conversion d’une essence saisie. Évidemment qu’elle peut tenir une Étoile ; mais il ne peut pas lui montrer comment elle y parviendra, il ne peut savoir la voie qu’elle empruntera et qui l’y mènera.
Sa main se serre encore plus fort, tout en maintenant une courbure qui l’empêche d’écraser ses précieuses Sphères. Une dernière étreinte alors que la possibilité de se dévoiler l’effleure. Perdu encore dans sa Voûte, il a glissé avec hébétude sur les supports d’écriture qu’elle tient et lui montre. Ne manque plus que l’Encre dont il conserve tellement de flacons, en produit de nouveaux pour nuancer toujours au mieux. C’est le signal, l’abattement de la dernière hésitation, ses doigts se détendent et lâchent complètement, s’activant désormais à remonter en plis consciencieux ses manches de chemise. Pour la symétrie, il commence par la droite qui n’a rien à révéler avant de passer au côté gauche : le plus essentiel, le plus secret, le plus intime. L’ornement sur son poignet qu’il a besoin de porter sans le montrer, sans l’expliquer.
Lentement, il dénoue le cordon pour le déployer sur sa paume. Un lacet de cuir par enchevêtrements et tressages forme un serpentin illuminé régulièrement de Perles colorées de toutes natures. Certaines sont unicolores ; certaines ont des mélanges tantôt équilibrés, tantôt à dominantes discernables ; certaines sont en mouvement ; certaines paraissent inertes ; certaines paraissent luire ; et même le grain de surface paraît différer de l’une à l’autre. Certaines ont déjà été contées, certaines le mériteraient à l’avenir. Il en a perdu une, tout récemment. Détruite. La Noirceur n’avait plus sa place à ses côtés ; tout comme les Spectres n’avaient pas mérité qu’il fixe leur Encre. Il ne voulait pas garder ceux à qui il avait suscité la répulsion, la fuite. Il n’avait même pas eu à passer au mêlement avec ses propres Couleurs. Il avait resserré le fil pour qu’il ne parût rien, qu’aucune rupture ne fût décelable : lui seul savait. Opa lui en avait généré plus d’une, mais en cet exact moment il contemplait avec le sourire celle de Nacre qui lui rappelait l’air marin dont ils s’emplissaient sur la côte irlandaise, dont la multiplicité des reflets de la blancheur au bleuté passant par des irisations avait été bellement rendue ; ce même nacre estimé digne d’orner les archets. Ce n’était toutefois pas celle qu’il souhaitait révéler, les siennes demeureraient les siennes, la fille ne pouvait que voir leur surface sans en connaître les histoires respectives, les complexes rapports précédant leur création. *N’aie pas peur. N’aie pas peur…*
Il s’apprête à montrer celle qu’il sait déjà commune à eux deux, et il saisit du bout des doigts l’une d’entre elles, verte. Ancienne pour lui, formée il y a bien un demi-douzaine d’années. À la fois lointaine, à la fois toujours valable au présent, chargée d’un parcours presque accompli. Celle qu’il a déjà fait bouillonner lorsqu’il s’était déchargé sur elle avec trop d’intensité au fil des années. Ce vert, elle était tout à fait susceptible de le reconnaître, il supposait que tous les futurs châtelains recevaient la même lettre, de la même nuance d’Encre. Opa l’avait aidé à emprisonner cette Sphère qui était en somme relativement simple, puisqu’elle avait repris telle quelle la couleur imposée, mais rendait tout de même l’aspect de Vague déferlante que Hjúki lui avait attribué. Elle n’était pas des plus complexes mais elle était chargée de sa tourmente d’alors.
« Tu te souviens de ce vert ? Chaque année, toute une génération d’enfants doit le lire. Et chacun y pose un regard différent. Ce même vert que nous avons tous deux reçus, que je te montre ; je suis certain qu’il éveille en toi des mouvements qui te sont propres et qui ne sont pas les miens. C’est l’une de mes Perles, mais tu peux la percevoir, elle peut te susciter. C’est une Couleur qui a traversé nos ciels respectifs, mais en la capturant dans le mien, tu peux en retrouver l’écho du tien. »
Ce vert, il a parfaitement conscience que ses significations sont variables et qu’elles peuvent aller d’une sensation à son contraire.
« C’est comme les Étoiles. Les Grecs et les Américains virent les mêmes Ourses dans l’Ouranos, et pourtant leurs Mythes n’en sont pas les mêmes. »
Fronçant les sourcils à son tour, il essaie de préciser ses élans.
« Je crois qu’il faut juste oser poser ce que nous percevons, même si n’en aurions pas l’intégrale compréhension. Le Monde palpite, mais nous aussi ; nous valons bien ses Puissances. J’ai commencé par les Encres, mais je suis persuadé que nous pouvons aller bien au-delà. »
Fixant ses Perles-de-Nótt sur la plume qu’elle tient, il se demande comment elle écrit, comment elle se dépose sur le support. Il n’a pas encore sorti ses fioles, mais elles attendent, vibrantes. Non, bien sûr, c’est lui qui vibre.
Les songes se réalisent, quand ils occupent les pensées et tracent leurs sillons de plus en plus marqués, que l’eau coule au sein des nouvelles routes tracées aux réflexions. Après l’étude il faut oser proposer ce qui vient de soi. Après s’être enivré de lectures l’on finit par poser ses tous premiers Mots ; après s’être enivré de compositions l’on finit par poser ses toutes premières Notes ; alors après s’être enivré des émanations l’on finit aussi par les poser, quelle que soit la forme ou le support choisi. Sa main droite a rejoint son poignet gauche pour l’entourer, en faire un discret bouclier, comme si la manche ne suffisait pas et qu’une première impulsion protectrice le poussait à colmater, à dissimuler plus encore. Il voit au sein d’un chaudron la capacité de susciter des sensations sensorielles qui auraient été provoquées par des êtres, par des environnements, par des scènes. Il voit au sein d’une vasque la capacité de reproduire une teinte qui se serait gravée en lui. Et la métamorphose, champ ou chant qu’il n’est pas encore parvenu à démêler, mais en laquelle il voit la possibilité de conversion d’une essence saisie. Évidemment qu’elle peut tenir une Étoile ; mais il ne peut pas lui montrer comment elle y parviendra, il ne peut savoir la voie qu’elle empruntera et qui l’y mènera.
Sa main se serre encore plus fort, tout en maintenant une courbure qui l’empêche d’écraser ses précieuses Sphères. Une dernière étreinte alors que la possibilité de se dévoiler l’effleure. Perdu encore dans sa Voûte, il a glissé avec hébétude sur les supports d’écriture qu’elle tient et lui montre. Ne manque plus que l’Encre dont il conserve tellement de flacons, en produit de nouveaux pour nuancer toujours au mieux. C’est le signal, l’abattement de la dernière hésitation, ses doigts se détendent et lâchent complètement, s’activant désormais à remonter en plis consciencieux ses manches de chemise. Pour la symétrie, il commence par la droite qui n’a rien à révéler avant de passer au côté gauche : le plus essentiel, le plus secret, le plus intime. L’ornement sur son poignet qu’il a besoin de porter sans le montrer, sans l’expliquer.
Lentement, il dénoue le cordon pour le déployer sur sa paume. Un lacet de cuir par enchevêtrements et tressages forme un serpentin illuminé régulièrement de Perles colorées de toutes natures. Certaines sont unicolores ; certaines ont des mélanges tantôt équilibrés, tantôt à dominantes discernables ; certaines sont en mouvement ; certaines paraissent inertes ; certaines paraissent luire ; et même le grain de surface paraît différer de l’une à l’autre. Certaines ont déjà été contées, certaines le mériteraient à l’avenir. Il en a perdu une, tout récemment. Détruite. La Noirceur n’avait plus sa place à ses côtés ; tout comme les Spectres n’avaient pas mérité qu’il fixe leur Encre. Il ne voulait pas garder ceux à qui il avait suscité la répulsion, la fuite. Il n’avait même pas eu à passer au mêlement avec ses propres Couleurs. Il avait resserré le fil pour qu’il ne parût rien, qu’aucune rupture ne fût décelable : lui seul savait. Opa lui en avait généré plus d’une, mais en cet exact moment il contemplait avec le sourire celle de Nacre qui lui rappelait l’air marin dont ils s’emplissaient sur la côte irlandaise, dont la multiplicité des reflets de la blancheur au bleuté passant par des irisations avait été bellement rendue ; ce même nacre estimé digne d’orner les archets. Ce n’était toutefois pas celle qu’il souhaitait révéler, les siennes demeureraient les siennes, la fille ne pouvait que voir leur surface sans en connaître les histoires respectives, les complexes rapports précédant leur création. *N’aie pas peur. N’aie pas peur…*
Il s’apprête à montrer celle qu’il sait déjà commune à eux deux, et il saisit du bout des doigts l’une d’entre elles, verte. Ancienne pour lui, formée il y a bien un demi-douzaine d’années. À la fois lointaine, à la fois toujours valable au présent, chargée d’un parcours presque accompli. Celle qu’il a déjà fait bouillonner lorsqu’il s’était déchargé sur elle avec trop d’intensité au fil des années. Ce vert, elle était tout à fait susceptible de le reconnaître, il supposait que tous les futurs châtelains recevaient la même lettre, de la même nuance d’Encre. Opa l’avait aidé à emprisonner cette Sphère qui était en somme relativement simple, puisqu’elle avait repris telle quelle la couleur imposée, mais rendait tout de même l’aspect de Vague déferlante que Hjúki lui avait attribué. Elle n’était pas des plus complexes mais elle était chargée de sa tourmente d’alors.
« Tu te souviens de ce vert ? Chaque année, toute une génération d’enfants doit le lire. Et chacun y pose un regard différent. Ce même vert que nous avons tous deux reçus, que je te montre ; je suis certain qu’il éveille en toi des mouvements qui te sont propres et qui ne sont pas les miens. C’est l’une de mes Perles, mais tu peux la percevoir, elle peut te susciter. C’est une Couleur qui a traversé nos ciels respectifs, mais en la capturant dans le mien, tu peux en retrouver l’écho du tien. »
Ce vert, il a parfaitement conscience que ses significations sont variables et qu’elles peuvent aller d’une sensation à son contraire.
« C’est comme les Étoiles. Les Grecs et les Américains virent les mêmes Ourses dans l’Ouranos, et pourtant leurs Mythes n’en sont pas les mêmes. »
Fronçant les sourcils à son tour, il essaie de préciser ses élans.
« Je crois qu’il faut juste oser poser ce que nous percevons, même si n’en aurions pas l’intégrale compréhension. Le Monde palpite, mais nous aussi ; nous valons bien ses Puissances. J’ai commencé par les Encres, mais je suis persuadé que nous pouvons aller bien au-delà. »
Fixant ses Perles-de-Nótt sur la plume qu’elle tient, il se demande comment elle écrit, comment elle se dépose sur le support. Il n’a pas encore sorti ses fioles, mais elles attendent, vibrantes. Non, bien sûr, c’est lui qui vibre.
Dérivation
Le cœur palpitant d’une étrange attente, prête à tourner les talons au moindre mot destiné à briser la rêverie tremblotante que tu viens de redresser, tu sens tes muscles se tendre, tes traits se figer. Concentrée sur ton propre esprit, ne voyant plus la mèche de cheveux sombres sur laquelle tu as fini par déposer tes yeux, les sons s’accélèrent, s’emballent dans un rythme peu rassurant.
Une affirmation trop simple, un rire ou un sourire gêné, une quelconque réaction qui Brise ; tu te sais prête à détourner le regard, lui présenter ton dos pour rentrer à la Maison. L’être entier empli de déception, bien sûr, car ressentir ce genre d’émotions n’est pas commun, mais surtout décidée à ne plus accepter d’offrir tes rêves les plus intimes à des Autres de ce genre.
Peut-être les sorciers sont-ils trop attachés à leur relative sécurité pour oser ouvrir les yeux sur le reste de l’univers. Peut-être qu’enfermés dans leurs idées de grandeur, dans leurs promesses de puissances, ils ne savent plus rêver… *ou peut-être que c’est juste quand ils grandissent*. L’Inconnu ressemble peut-être à ces esprits trop pressés, trop sûrs d’eux depuis le passage de cet étrange cap qui transforme en adulte. Aussi, était-il séduit par les volutes claires de la brume qui s’enroule, à l’aube, au-dessus de la surface plane du Lac ? Intéressé par la froideur soudaine qui s’installe après l’Heure Bleue sur le monde, torpeur contre laquelle lutter est si dur ? Et à présent, si terriblement absorbé dans ses parchemins, obnubilé par ses devoirs, qu’il oublie de contempler le ciel et sa voie lactée lorsque s’abat la Nuit ?
*J’veux pas grandir, jamais, alors* – ta mâchoire se contracte à son tour. Un besoin impérieux de te réfugier dans les paysages qui continuent de défiler au fond de ton esprit, pour faire disparaître l’angoisse que tu sens poindre. Comme pour fuir la réponse que tu sens approcher, l’instant fatidique où son intention et ses pensées se révèleront réellement.
La terreur d’un jour devenir Autre pour des enfants aux pensées-en-forme-de-songe, de ne plus se faire comprendre par eux à cause d’une incapacité à vouloir la réalisation de beaux mais utopiques évènements, est saisissante mais difficilement explicable pour qui ne l’a jamais vécue. Elle est comme une claque douloureuse, comme un nouveau poids sur les épaules. Et l’expérimenter pour la première fois, la prendre dans la figure alors que tu étais persuadée que tu étais une gamine pour toujours, au regard à jamais perdu dans les étoiles, attendant leurs présents, est bien trop violent.
Et si un jour, Cassiopée te refusait son manteau au cours de l’une des destructrices insomnies ? Et si elle se détournait pour en accueillir un autre ? Impossible, voudrais-tu t’affirmer alors que le doute s’installe. Impossible, Cassiopée est fidèle. Elle est aimante, elle est rassurante, elle est tout ce que le Jour n’est pas – et ne saura jamais être. *Lili était fidèle aussi, et j’y croyais fort.*
Ton regard est perdu dans le vide, ton dos douloureusement contracté, chacune de tes cellules figée. Le corps entier offert ou bien à l’explosion qui s’avance chaque seconde un peu plus, ou bien à l’infini relâchement qui ne manquera pas de le saisir suite à quelques douces certitudes entrant en résonnance – mais tu t’interdis de le désirer trop sincèrement. Ton menton retombe peu à peu, tes yeux suivent et ton visage se retrouve incliné vers le sol, la partie haute encore éclairé de la lumière du Soleil, le reste recouvert de ténèbres. Ta nuque s’offre aux rayons de plus en plus crus, tes cheveux enflammés tombent le long de tes joues, couvrant leur pâleur encore flagrante d’un voile roux, et tu te laisses doucement apaiser par les mélodies qui s’enroulent dans ta seule tête.
L’extrême tension est toujours bien trop présente, mais toutefois moins difficile à supporter : tu t’échappes un peu plus loin pour ne pas avoir à subir les effets physiques de la peur. Elle paralyse tout, seules tes pensées peuvent encore dériver malgré l’enfermement ; elles mettent un instant à percevoir le mouvement, tout proche.
Il se meut, pour découvrir quelque chose qui t’avait échappé. Ses mains, lorsqu’elles ont fini de lever les manches, dénouent quelque chose d’étrangement lumineux qu’il garde accroché au poignet, finissent par le déposer dans la paume.
Sursaut soudain, et tu sors de ta torpeur. Les mots n’ont toujours pas franchi la barrière de ses lèvres, aussi ton être reste douloureusement alerte, tes sens trop éveillés. Ton dos se redresse, ta tête se relève et tes cheveux retournent couvrir tes oreilles. Tes traits se détendent légèrement ; tes yeux captivés par les lueurs dansantes ne parviennent plus à s’en détacher, *ça r’ssemble à la jolie sphère de MacBeth*.
L’appel aux souvenirs était presque prévisible. Presque attendu, parce que déjà utilisé dans d’autres circonstances, dans d’autres instants de tension. Pourtant, ta réaction n’est pas la même que celle de ton interlocutrice de cet autre temps : au lieu de balancer quelques mots venimeux, tu souris. C’est un sourire simple mais tes joues font presque mal à force de se voir autant repoussées. Il est timide, difficilement discernable du fait de l’inclinaison encore marquée de ta nuque et des quelques ombres qui subsistent et tu le sens à peine, trop concentrée sur les paroles qu’il t’offre.
Ce sont d’abord tes épaules qui se relâchent, puis le reste de ton dos, et enfin tes dents serrées, tes sourcils qui s’étaient froncés et tes poings vaguement fermés. Tu sens la fatigue tomber mais tu la repousses – cette anxiété si violente terrasse les réserves de ton corps. *Ne pas en avoir l’intégrale compréhension… l’a raison, je crois*, tu réalises que te borner à tout saisir, à tout interpréter n’est pas toujours la solution. Simplement laisser l’absence de sens tout envahir peut parfois être bien agréable ; et en cet instant tu désires essayer.
Ta petite main pâle, tes doigts effilés, se tendent légèrement vers la paume ouverte. Sans oser planter à nouveau tes yeux dans ses puits ténébreux, tu oses interroger.
Et puis le reste de ses mots fait soudainement sens. Un œil vers le bas de son visage, un autre vers tes parchemins et puis tu murmures pour ne pas risquer de Briser.
L’envie d’écrire se précise, t’entrave un peu plus. Mais, incertaine, tu hésites ; et s’il voulait fuir les mots posés, en leur préférant ceux éphémères ?
Une affirmation trop simple, un rire ou un sourire gêné, une quelconque réaction qui Brise ; tu te sais prête à détourner le regard, lui présenter ton dos pour rentrer à la Maison. L’être entier empli de déception, bien sûr, car ressentir ce genre d’émotions n’est pas commun, mais surtout décidée à ne plus accepter d’offrir tes rêves les plus intimes à des Autres de ce genre.
Peut-être les sorciers sont-ils trop attachés à leur relative sécurité pour oser ouvrir les yeux sur le reste de l’univers. Peut-être qu’enfermés dans leurs idées de grandeur, dans leurs promesses de puissances, ils ne savent plus rêver… *ou peut-être que c’est juste quand ils grandissent*. L’Inconnu ressemble peut-être à ces esprits trop pressés, trop sûrs d’eux depuis le passage de cet étrange cap qui transforme en adulte. Aussi, était-il séduit par les volutes claires de la brume qui s’enroule, à l’aube, au-dessus de la surface plane du Lac ? Intéressé par la froideur soudaine qui s’installe après l’Heure Bleue sur le monde, torpeur contre laquelle lutter est si dur ? Et à présent, si terriblement absorbé dans ses parchemins, obnubilé par ses devoirs, qu’il oublie de contempler le ciel et sa voie lactée lorsque s’abat la Nuit ?
*J’veux pas grandir, jamais, alors* – ta mâchoire se contracte à son tour. Un besoin impérieux de te réfugier dans les paysages qui continuent de défiler au fond de ton esprit, pour faire disparaître l’angoisse que tu sens poindre. Comme pour fuir la réponse que tu sens approcher, l’instant fatidique où son intention et ses pensées se révèleront réellement.
La terreur d’un jour devenir Autre pour des enfants aux pensées-en-forme-de-songe, de ne plus se faire comprendre par eux à cause d’une incapacité à vouloir la réalisation de beaux mais utopiques évènements, est saisissante mais difficilement explicable pour qui ne l’a jamais vécue. Elle est comme une claque douloureuse, comme un nouveau poids sur les épaules. Et l’expérimenter pour la première fois, la prendre dans la figure alors que tu étais persuadée que tu étais une gamine pour toujours, au regard à jamais perdu dans les étoiles, attendant leurs présents, est bien trop violent.
Et si un jour, Cassiopée te refusait son manteau au cours de l’une des destructrices insomnies ? Et si elle se détournait pour en accueillir un autre ? Impossible, voudrais-tu t’affirmer alors que le doute s’installe. Impossible, Cassiopée est fidèle. Elle est aimante, elle est rassurante, elle est tout ce que le Jour n’est pas – et ne saura jamais être. *Lili était fidèle aussi, et j’y croyais fort.*
Ton regard est perdu dans le vide, ton dos douloureusement contracté, chacune de tes cellules figée. Le corps entier offert ou bien à l’explosion qui s’avance chaque seconde un peu plus, ou bien à l’infini relâchement qui ne manquera pas de le saisir suite à quelques douces certitudes entrant en résonnance – mais tu t’interdis de le désirer trop sincèrement. Ton menton retombe peu à peu, tes yeux suivent et ton visage se retrouve incliné vers le sol, la partie haute encore éclairé de la lumière du Soleil, le reste recouvert de ténèbres. Ta nuque s’offre aux rayons de plus en plus crus, tes cheveux enflammés tombent le long de tes joues, couvrant leur pâleur encore flagrante d’un voile roux, et tu te laisses doucement apaiser par les mélodies qui s’enroulent dans ta seule tête.
L’extrême tension est toujours bien trop présente, mais toutefois moins difficile à supporter : tu t’échappes un peu plus loin pour ne pas avoir à subir les effets physiques de la peur. Elle paralyse tout, seules tes pensées peuvent encore dériver malgré l’enfermement ; elles mettent un instant à percevoir le mouvement, tout proche.
Il se meut, pour découvrir quelque chose qui t’avait échappé. Ses mains, lorsqu’elles ont fini de lever les manches, dénouent quelque chose d’étrangement lumineux qu’il garde accroché au poignet, finissent par le déposer dans la paume.
Sursaut soudain, et tu sors de ta torpeur. Les mots n’ont toujours pas franchi la barrière de ses lèvres, aussi ton être reste douloureusement alerte, tes sens trop éveillés. Ton dos se redresse, ta tête se relève et tes cheveux retournent couvrir tes oreilles. Tes traits se détendent légèrement ; tes yeux captivés par les lueurs dansantes ne parviennent plus à s’en détacher, *ça r’ssemble à la jolie sphère de MacBeth*.
L’appel aux souvenirs était presque prévisible. Presque attendu, parce que déjà utilisé dans d’autres circonstances, dans d’autres instants de tension. Pourtant, ta réaction n’est pas la même que celle de ton interlocutrice de cet autre temps : au lieu de balancer quelques mots venimeux, tu souris. C’est un sourire simple mais tes joues font presque mal à force de se voir autant repoussées. Il est timide, difficilement discernable du fait de l’inclinaison encore marquée de ta nuque et des quelques ombres qui subsistent et tu le sens à peine, trop concentrée sur les paroles qu’il t’offre.
Ce sont d’abord tes épaules qui se relâchent, puis le reste de ton dos, et enfin tes dents serrées, tes sourcils qui s’étaient froncés et tes poings vaguement fermés. Tu sens la fatigue tomber mais tu la repousses – cette anxiété si violente terrasse les réserves de ton corps. *Ne pas en avoir l’intégrale compréhension… l’a raison, je crois*, tu réalises que te borner à tout saisir, à tout interpréter n’est pas toujours la solution. Simplement laisser l’absence de sens tout envahir peut parfois être bien agréable ; et en cet instant tu désires essayer.
Ta petite main pâle, tes doigts effilés, se tendent légèrement vers la paume ouverte. Sans oser planter à nouveau tes yeux dans ses puits ténébreux, tu oses interroger.
« J’peux.. toucher ces lueurs ? Elles sont si vraies, ça fait du bien. »
Et puis le reste de ses mots fait soudainement sens. Un œil vers le bas de son visage, un autre vers tes parchemins et puis tu murmures pour ne pas risquer de Briser.
« Alors n’pas comprendre peut être la clé. Ecrire l’incertitude pour mieux la percevoir, sans vraiment la saisir ? L’infini pour mieux y plonger mais ne jamais évaluer sa profondeur ? »
L’envie d’écrire se précise, t’entrave un peu plus. Mais, incertaine, tu hésites ; et s’il voulait fuir les mots posés, en leur préférant ceux éphémères ?
• ‘til it seemed
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
Dérivation
*Tremble pas !* Poussé par son élan récent de partage, sûrement provoqué par la vue de la plume qu’elle serrait de ses doigts, il avait exposé son bracelet ; mais la fébrilité est bien vite retombée et à l’excitation de montrer comment il avait commencé à sauvegarder certaines empreintes suit un doute envahissant et écrasant. Elles sont là, visibles à des yeux étrangers. Elles ont perdu toute leur valeur d’abstraction qu’elles revêtent habituellement au regard extérieur auquel il ne les offre pas directement. Bien qu’il en soit toujours accompagné ; qui se soucie de savoir qu’il retrace les gestes dont il a singulièrement été touché sous forme de Perles ? Qui entraperçoit les lueurs à son poignet n’y verrait en général qu’un bracelet multicolore, voire une excentricité adolescente. Si on lui demandait, il ne risquait pas de se révéler comme ça. Cela ne pouvait venir que de lui, d’une impulsion propre ; et il venait de le faire, à l’instant, devant une gamine. Pour elle ? Est-ce qu’il attendait seulement quelqu’un lui donnant l’impression d’être capable de comprendre ? Mais alors, pas plus qu’il n’en dévoile. Elle ne peut pas le voir… ou si ? Si ? Peut-elle les observer, les sentir ? Le Sentir, lui ? Voir de l’intérieur son âme, son histoire, ses mouvements, les marques sur son écorce ?
Cette idée est terrifiante, une partie de lui voudrait tout refermer, tout sceller, tout rentrer dans la cache à nouveau. En réalisant à quel point il s’est exposé, il passe de la vibration excitée en se tenant potentiellement en face d’une enfant qui dessine comme lui à l’horrible effroi qui germe au fond de lui et voudrait sortir sous forme de tremblements qu’il tente de réprimer par un ordre mental. Car autant les tremblements qu’un repliement brusque de la main risqueraient de les détruire. Il lui faut se contenir pour ne pas leur faire du mal, se faire du mal. Au contraire, il essaie de les protéger en creusant un peu sa paume pour leur éviter de glisser malencontreusement. Il est trop tard pour les ranger, le regard de Voûte de la jeune fille s’est déjà déposé sur elles, elle ne les oubliera sûrement pas. Et puis… ne voulait-il pas justement l’aider à découvrir comment poser ce qui les habite ? Il aurait pu demeurer théorique, abstrait ; ses propres explorations lui avaient paru la meilleure illustration mais il percevait le fragment de soi qui s’échappait vers elle. Plus aucune prise, plus aucun contrôle pour le retenir. Écrira-t-il sa Silhouette ? Écrira-t-elle ce qu’elle appelle son Ombre ? Par ce partage, ne se le doivent-ils pas ? Par quelle voie exprimer la dualité et l’affreux combat engagé en lui ? Même s’il se dérobait, ce qui venait de se dérouler n’était pas enroulable en sens inverse.
Il n’a d’autre choix que de patienter, la laisser décider de quel accueil donner à son dévoilement trop personnel sur lequel il ne peut revenir. Son cœur est un marteau cruel qui frappe contre sa poitrine ; que toute la tension soit contenue en lui et ses membres palpitants alors qu’il aimerait empêcher son corps de frissonner d’émotion est douloureux ; ce qu’il ne parvient à pleinement dissimuler alors que ses traits se déforment en un rictus où transparaît toute sa vulnérabilité. Figé, il a retenu la fuite mais maintenir cet entre-deux, ce pas en avant déjà accompli lui refusant de reculer est un instant terrible. D’une intensité qui ne sera que jaillissement violent et puissant lorsque le barrage cédera, qu’il ne sera plus fait résistance. Il ne sait même pas… il n’a pas la moindre fichtre idée de ce que devrait faire l’enfant pour qu’il recouvre l’apaisement. S’embourber, se noyer par lui-même en des situations inextricables lui ressemble bien. Pourquoi l’impuissance ? Pourquoi existe-t-il ces moments où rien, aucun geste à disposition ne semble détenir le moindre pouvoir ? Quand il voit les doigts qui ne sont les siens approcher, seule son immobilité répond. Certaines Fleurs ont le pouvoir de rétracter leurs pétales pour se protéger du toucher ; cette capacité lui est refusée, il ne peut que constater le mouvement. Le retour de sa jeune voix suscite un premier soulagement, elle a suspendu son geste pour demander. Pour demander ?
Renversement angulaire soudain. Si elle avait touché sans demander il y aurait eu cassure systématique et incontrôlable. Mais… elle a demandé. Cette approche respectueuse suffit-elle à… ? Son esprit doit à une vitesse fulgurante faire un virage inattendu pour traiter cette question impromptue ; ce n’est pas la pire situation qui aurait pu lui tomber dessus mais il n’a clairement pas émergé. Elle souhaiterait… y toucher ? Pétrifié, il contemple ses Sphères. Il lui arrive bien sûr de les entourer, de les sentir sur sa peau, et il sait bien qu’elles sont extérieures. La texture lui ressuscite certaines sensations, les éveille ; mais n’est pas reliée magiquement à des parties internes de lui, puisqu’il est précisément question de sortir de soi en les créant. Si elle y touche, sa peau ne réactivera pas les mouvements propres à Hjúki, elle pourrait sentir de vagues parentés, ou qu’en sait-il selon la possible proximité de leurs expériences. Il a beau avoir conscience que ce n’est pas en les contemplant ou en les touchant qu’elle aura accès à lui s’il n’en donne pas les explications intimes ; l’adolescent ne parvient à dépasser l’idée effrayante selon laquelle lui permettre reviendrait à la laisser caresser son cœur, son Âme. Il n’est pas prêt à se laisser sentir sous autant de prismes en un unique contact. Le toucher ; ses refus peuvent être particulièrement véhéments. *NAN !* Pourquoi est-ce qu’il ne hurle pas ? Pourquoi n’a-t-il toujours pas serré le poing et ôté à sa vue ses Sphères ? Son état est tel qu’il déforme sûrement ses dernières questions. *…saisir…* Elle ne le saisira pas. Elle n’entrera pas en lui.
Il a déjà ouvert une porte et les vents détiennent une telle force d’engouffrement qu’elle n’est plus verrouillable. La verte, s’il lui a déjà montré, elle peut finir de la sentir. Surtout pas celles de Opa ! Elle ne peut pas comprendre ; à moins qu’il ne veuille pas qu’elle comprenne. Pas touche aux Racines. Faisant tourner le cordon, les Perles défilent entre ses mains selon des gestes qui ne sont pas sans rappeler l’égrenage des aspérités d’un chapelet. De façon plus ou moins analogue, il y a des cycles et des phases ; qui distinguent non les prières mais la multiplicité de son être. Il pointe alors une mince section, celle qu’il considère globalement comme la châtelaine. La Vague verte, une contenant des Volutes, une autre contenant une bataille féroce de Couleurs formant par la vélocité des traits une spectacle fort sombre. C’est bien assez comme aperçu, par une partie d’existence qu’ils partagent de toute façon, même si ses interprétations de Poudlard sont sûrement différentes. Pas besoin de discours, elles en diront assez de ses rapports. Estimant le compromis convenable, il commente son geste.
« Seulement celles-ci, alors. »
A-t-il vraiment eu le fin mot ? Il a décidé, elle n’a pas pris. Ce qu’il a offert ou concédé demeure important, essentiel ; si bien que ses réponses ne peuvent s’empêcher de former un écho au contact qu’elle s’apprête à avoir avec des fragments de son être.
« Oui, oser poser rend certaines choses audibles. Autrement, ce serait comme écrire des notes abstraites sur la partition sans songer à les faire sonner. Pour dépasser les tâtonnements : avoir l’humilité d’essayer seulement de réaliser, n’en aurais-tu que des parcelles. »
Réalisant que son Chaos ne saurait lui échapper si elle s’autorisait à y toucher, il ajoute.
« Ce peut être formulé, organisé ; ou juste… en jets d’Encre. »
Chaotiques, anarchiques.
Cette idée est terrifiante, une partie de lui voudrait tout refermer, tout sceller, tout rentrer dans la cache à nouveau. En réalisant à quel point il s’est exposé, il passe de la vibration excitée en se tenant potentiellement en face d’une enfant qui dessine comme lui à l’horrible effroi qui germe au fond de lui et voudrait sortir sous forme de tremblements qu’il tente de réprimer par un ordre mental. Car autant les tremblements qu’un repliement brusque de la main risqueraient de les détruire. Il lui faut se contenir pour ne pas leur faire du mal, se faire du mal. Au contraire, il essaie de les protéger en creusant un peu sa paume pour leur éviter de glisser malencontreusement. Il est trop tard pour les ranger, le regard de Voûte de la jeune fille s’est déjà déposé sur elles, elle ne les oubliera sûrement pas. Et puis… ne voulait-il pas justement l’aider à découvrir comment poser ce qui les habite ? Il aurait pu demeurer théorique, abstrait ; ses propres explorations lui avaient paru la meilleure illustration mais il percevait le fragment de soi qui s’échappait vers elle. Plus aucune prise, plus aucun contrôle pour le retenir. Écrira-t-il sa Silhouette ? Écrira-t-elle ce qu’elle appelle son Ombre ? Par ce partage, ne se le doivent-ils pas ? Par quelle voie exprimer la dualité et l’affreux combat engagé en lui ? Même s’il se dérobait, ce qui venait de se dérouler n’était pas enroulable en sens inverse.
Il n’a d’autre choix que de patienter, la laisser décider de quel accueil donner à son dévoilement trop personnel sur lequel il ne peut revenir. Son cœur est un marteau cruel qui frappe contre sa poitrine ; que toute la tension soit contenue en lui et ses membres palpitants alors qu’il aimerait empêcher son corps de frissonner d’émotion est douloureux ; ce qu’il ne parvient à pleinement dissimuler alors que ses traits se déforment en un rictus où transparaît toute sa vulnérabilité. Figé, il a retenu la fuite mais maintenir cet entre-deux, ce pas en avant déjà accompli lui refusant de reculer est un instant terrible. D’une intensité qui ne sera que jaillissement violent et puissant lorsque le barrage cédera, qu’il ne sera plus fait résistance. Il ne sait même pas… il n’a pas la moindre fichtre idée de ce que devrait faire l’enfant pour qu’il recouvre l’apaisement. S’embourber, se noyer par lui-même en des situations inextricables lui ressemble bien. Pourquoi l’impuissance ? Pourquoi existe-t-il ces moments où rien, aucun geste à disposition ne semble détenir le moindre pouvoir ? Quand il voit les doigts qui ne sont les siens approcher, seule son immobilité répond. Certaines Fleurs ont le pouvoir de rétracter leurs pétales pour se protéger du toucher ; cette capacité lui est refusée, il ne peut que constater le mouvement. Le retour de sa jeune voix suscite un premier soulagement, elle a suspendu son geste pour demander. Pour demander ?
Renversement angulaire soudain. Si elle avait touché sans demander il y aurait eu cassure systématique et incontrôlable. Mais… elle a demandé. Cette approche respectueuse suffit-elle à… ? Son esprit doit à une vitesse fulgurante faire un virage inattendu pour traiter cette question impromptue ; ce n’est pas la pire situation qui aurait pu lui tomber dessus mais il n’a clairement pas émergé. Elle souhaiterait… y toucher ? Pétrifié, il contemple ses Sphères. Il lui arrive bien sûr de les entourer, de les sentir sur sa peau, et il sait bien qu’elles sont extérieures. La texture lui ressuscite certaines sensations, les éveille ; mais n’est pas reliée magiquement à des parties internes de lui, puisqu’il est précisément question de sortir de soi en les créant. Si elle y touche, sa peau ne réactivera pas les mouvements propres à Hjúki, elle pourrait sentir de vagues parentés, ou qu’en sait-il selon la possible proximité de leurs expériences. Il a beau avoir conscience que ce n’est pas en les contemplant ou en les touchant qu’elle aura accès à lui s’il n’en donne pas les explications intimes ; l’adolescent ne parvient à dépasser l’idée effrayante selon laquelle lui permettre reviendrait à la laisser caresser son cœur, son Âme. Il n’est pas prêt à se laisser sentir sous autant de prismes en un unique contact. Le toucher ; ses refus peuvent être particulièrement véhéments. *NAN !* Pourquoi est-ce qu’il ne hurle pas ? Pourquoi n’a-t-il toujours pas serré le poing et ôté à sa vue ses Sphères ? Son état est tel qu’il déforme sûrement ses dernières questions. *…saisir…* Elle ne le saisira pas. Elle n’entrera pas en lui.
Il a déjà ouvert une porte et les vents détiennent une telle force d’engouffrement qu’elle n’est plus verrouillable. La verte, s’il lui a déjà montré, elle peut finir de la sentir. Surtout pas celles de Opa ! Elle ne peut pas comprendre ; à moins qu’il ne veuille pas qu’elle comprenne. Pas touche aux Racines. Faisant tourner le cordon, les Perles défilent entre ses mains selon des gestes qui ne sont pas sans rappeler l’égrenage des aspérités d’un chapelet. De façon plus ou moins analogue, il y a des cycles et des phases ; qui distinguent non les prières mais la multiplicité de son être. Il pointe alors une mince section, celle qu’il considère globalement comme la châtelaine. La Vague verte, une contenant des Volutes, une autre contenant une bataille féroce de Couleurs formant par la vélocité des traits une spectacle fort sombre. C’est bien assez comme aperçu, par une partie d’existence qu’ils partagent de toute façon, même si ses interprétations de Poudlard sont sûrement différentes. Pas besoin de discours, elles en diront assez de ses rapports. Estimant le compromis convenable, il commente son geste.
« Seulement celles-ci, alors. »
A-t-il vraiment eu le fin mot ? Il a décidé, elle n’a pas pris. Ce qu’il a offert ou concédé demeure important, essentiel ; si bien que ses réponses ne peuvent s’empêcher de former un écho au contact qu’elle s’apprête à avoir avec des fragments de son être.
« Oui, oser poser rend certaines choses audibles. Autrement, ce serait comme écrire des notes abstraites sur la partition sans songer à les faire sonner. Pour dépasser les tâtonnements : avoir l’humilité d’essayer seulement de réaliser, n’en aurais-tu que des parcelles. »
Réalisant que son Chaos ne saurait lui échapper si elle s’autorisait à y toucher, il ajoute.
« Ce peut être formulé, organisé ; ou juste… en jets d’Encre. »
Chaotiques, anarchiques.
Dérivation
Démon rocheux touche
L'ambre de mes yeux
Cécité opprime
Dans une mise en abyme
Nuit Incolore — Plume Filante
______
Un violent silence qui s’étire, qui manque de faire s’arrêter ton cœur. Tu t’immobilises totalement, la nuque toujours légèrement penchée, fixant l’entrelacs déposé dans la paume, légèrement plus avancée vers celle-ci que quelques secondes auparavant. Ta respiration se fait plus hachée, et les muscles qui s’étaient détendus se contractent à nouveau, immédiatement.
Ce n’est pas un silence apaisé, mais un silence tendu, qui transpire l’angoisse. Tu ne sais si le moindre mouvement risquerait d’anéantir toute la tranquillité ou si, au contraire, il permettrait de calmer les esprits, de faire retomber la douloureuse attente qui s’effiloche entre vous. D’où vient ta soudaine difficulté à respirer, la boule qui s’est formée dans ta gorge ou ta bouche sèche ? Qui, le premier, a déclenché l’arrêt du Temps et formé autour de vous comme une bulle de porcelaine, prête à voler en éclat au moindre geste ? Lui, toi ? Et finalement, cela a-t-il la moindre importance, cela pourra-t-il changer quoi que ce soit ?
Une inspiration difficile, que tu prends les lèvres entrouvertes.
L’absence de bruit, dans cette situation, est pire que tout – d’autant que tu ne vois ni ses yeux, si le reste de son visage. Tu n’as aucune idée de ce qu’il pense, de ce qu’il ressent, et ce vide est comme un puits vertigineux, terrifiant. Pourtant, tu ne te sens pas encore capable de lever la tête pour le contempler de face : saurais-tu affronter un trouble similaire au tien, saurais-tu y réagir ? Sans doute pas. Aussi, sans savoir ce qui le parcourt, ce qui l’agite et le fait garder la bouche close, les mots à l’intérieur, tu ne peux que rester parfaitement immobile, totalement muette. Pas un mot, pour ne pas te risquer à casser quoi que ce soit.
Ce bracelet qu’il a mis tant de temps à dénouer, auquel il semble accorder tant d’importance, ne t’appartient pas. Et, s’il a autant de valeur que ton violon en a pour toi, son absence de paroles, de gestes – de vie durant un instant, fait sens. Aurais-tu réagi de la même manière si un Autre avait entrepris de s’en saisir, alors qu’il est l’un des seuls souvenirs matériels laissés par Maman, l’une des choses que tu gardes les plus dissimulées ? Il contient tant de choses, alors même que tu ne le possèdes pas depuis tellement de temps, que l’idée même que l’on s’en approche sans ton consentement manque de te faire frémir.
Expiration lente, comme pour reprendre le contrôle de ton cœur.
Et si tu as laissé Bristyle tenir celui auquel tu tenais tant, avant que Papa ne te fasse don de celui de ta mère, c’était sans doute parce que tu t’étais persuadée lui accorder l’entièreté de ta confiance. C’était certainement poussée par le sentiment d’être comprise que tu as consenti à le laisser entre ses mains quelques instants, pour t’emparer de la neige qu’elle t’offrait. Aussi, s’il a lui aussi imprimé ses émotions là, tu n’oses imaginer l’émotion qui le transperce à l’idée que tu t’y immisces. Ton cœur reprend sa folle danse, incontrôlable malgré tous tes efforts – *j’suis sûre qu’on l’entend à des kilomètres… p’tain*.
Tu cilles. Sans te laisser le temps de t’éterniser sur la honte que te procure le bruit assourdissant de ton palpitant qui s’emballe, là-bas dans la prison de tes côtes, il finit par effectuer un mouvement. Il se meut lentement, et pointe une seconde perle.
Pourtant, au lieu de river des yeux avides vers celle-ci, tu termines de lever la tête, l’inclines davantage de manière à percevoir l’entièreté de son visage. Tu clos les paupières, un peu plus longtemps que d’ordinaire, et lorsque tu les rouvres tes yeux d’hiver hésitent, tremblotent.
Il prononce quelque chose, mais tu n’es pas sûre de vouloir l’entendre : mérites-tu vraiment ce qu’il t’offre alors que tu t’es comportée comme une Autre durant quelques minutes ? Devrais-tu te sentir flattée, si cet objet a autant d’importance pour lui que ton instrument pour toi, qu’il t’accorde sa confiance de cette manière ? Les questions s’enchaînent et rythment une mélodie un peu trop aiguë, un peu trop affirmée.
Pourtant, avant que tu prononces le moindre mot, il continue. Et à son évocation des Notes, à ses mots sur les portées qui traversent ton esprit en permanence, ta gêne et ton angoisse s’envolent. Reste le boum douloureux et encore trop rapide de ton cœur pour te rappeler tes violentes émotions, et le nœud qui continue de grandir, un peu, tenant ta gorge.
Inspiration encore plus hachée que la précédente, trahissant tout ton trouble.
Tu t’interromps, clignes encore des yeux, les baisses pour observer les deux sphères présentées. *Toucher avec les yeux, c’est ça qu’ça veut dire alors*, tu secoues doucement la tête.
Rabattant tes bras autour de ton torse, t’en entravant comme pour te rassurer, ton parviens à te calmer doucement. Ton étreinte est forte, bienvenue. La tempête qui s’agitait retombe légèrement, ne laissant qu’un vague brouillard, froid.
Et puis un grand frémissement vient parcourir le long de ta colonne, symbole de vie. Tes hésitations sont douloureuses, tu voudrais retrouver un peu d’assurance, mais la fatigue et l’angoisse qui pèsent sur tout ton être te l’interdisent. Tu finis par hausser très doucement les épaules, faute d’un autre mouvement à effectuer pour évacuer tes sentiments.
Comme infiniment soulagée de toucher un sujet qui remplit ton esprit de jolies couleurs, tu sens tes joues rosir un peu, rendant à ton visage la vie qui l’avait déserté et laissé pâle à l’extrême.
Tu lèves le bras un peu plus haut, lui présentes la plume et le parchemin que tu serrais presque trop fort entre tes doigts. Une nouvelle hésitation qui traverse ton visage, et puis tu finis par te résigner : s’il ne veut pas, il refusera.
*Dis-moi qu’c’est pas fini, s’il-te-plaît* ; un fol espoir fait à nouveau bondir ton cœur.
L'ambre de mes yeux
Cécité opprime
Dans une mise en abyme
Nuit Incolore — Plume Filante
______
Un violent silence qui s’étire, qui manque de faire s’arrêter ton cœur. Tu t’immobilises totalement, la nuque toujours légèrement penchée, fixant l’entrelacs déposé dans la paume, légèrement plus avancée vers celle-ci que quelques secondes auparavant. Ta respiration se fait plus hachée, et les muscles qui s’étaient détendus se contractent à nouveau, immédiatement.
Ce n’est pas un silence apaisé, mais un silence tendu, qui transpire l’angoisse. Tu ne sais si le moindre mouvement risquerait d’anéantir toute la tranquillité ou si, au contraire, il permettrait de calmer les esprits, de faire retomber la douloureuse attente qui s’effiloche entre vous. D’où vient ta soudaine difficulté à respirer, la boule qui s’est formée dans ta gorge ou ta bouche sèche ? Qui, le premier, a déclenché l’arrêt du Temps et formé autour de vous comme une bulle de porcelaine, prête à voler en éclat au moindre geste ? Lui, toi ? Et finalement, cela a-t-il la moindre importance, cela pourra-t-il changer quoi que ce soit ?
Une inspiration difficile, que tu prends les lèvres entrouvertes.
L’absence de bruit, dans cette situation, est pire que tout – d’autant que tu ne vois ni ses yeux, si le reste de son visage. Tu n’as aucune idée de ce qu’il pense, de ce qu’il ressent, et ce vide est comme un puits vertigineux, terrifiant. Pourtant, tu ne te sens pas encore capable de lever la tête pour le contempler de face : saurais-tu affronter un trouble similaire au tien, saurais-tu y réagir ? Sans doute pas. Aussi, sans savoir ce qui le parcourt, ce qui l’agite et le fait garder la bouche close, les mots à l’intérieur, tu ne peux que rester parfaitement immobile, totalement muette. Pas un mot, pour ne pas te risquer à casser quoi que ce soit.
Ce bracelet qu’il a mis tant de temps à dénouer, auquel il semble accorder tant d’importance, ne t’appartient pas. Et, s’il a autant de valeur que ton violon en a pour toi, son absence de paroles, de gestes – de vie durant un instant, fait sens. Aurais-tu réagi de la même manière si un Autre avait entrepris de s’en saisir, alors qu’il est l’un des seuls souvenirs matériels laissés par Maman, l’une des choses que tu gardes les plus dissimulées ? Il contient tant de choses, alors même que tu ne le possèdes pas depuis tellement de temps, que l’idée même que l’on s’en approche sans ton consentement manque de te faire frémir.
Expiration lente, comme pour reprendre le contrôle de ton cœur.
Et si tu as laissé Bristyle tenir celui auquel tu tenais tant, avant que Papa ne te fasse don de celui de ta mère, c’était sans doute parce que tu t’étais persuadée lui accorder l’entièreté de ta confiance. C’était certainement poussée par le sentiment d’être comprise que tu as consenti à le laisser entre ses mains quelques instants, pour t’emparer de la neige qu’elle t’offrait. Aussi, s’il a lui aussi imprimé ses émotions là, tu n’oses imaginer l’émotion qui le transperce à l’idée que tu t’y immisces. Ton cœur reprend sa folle danse, incontrôlable malgré tous tes efforts – *j’suis sûre qu’on l’entend à des kilomètres… p’tain*.
Tu cilles. Sans te laisser le temps de t’éterniser sur la honte que te procure le bruit assourdissant de ton palpitant qui s’emballe, là-bas dans la prison de tes côtes, il finit par effectuer un mouvement. Il se meut lentement, et pointe une seconde perle.
Pourtant, au lieu de river des yeux avides vers celle-ci, tu termines de lever la tête, l’inclines davantage de manière à percevoir l’entièreté de son visage. Tu clos les paupières, un peu plus longtemps que d’ordinaire, et lorsque tu les rouvres tes yeux d’hiver hésitent, tremblotent.
Il prononce quelque chose, mais tu n’es pas sûre de vouloir l’entendre : mérites-tu vraiment ce qu’il t’offre alors que tu t’es comportée comme une Autre durant quelques minutes ? Devrais-tu te sentir flattée, si cet objet a autant d’importance pour lui que ton instrument pour toi, qu’il t’accorde sa confiance de cette manière ? Les questions s’enchaînent et rythment une mélodie un peu trop aiguë, un peu trop affirmée.
Pourtant, avant que tu prononces le moindre mot, il continue. Et à son évocation des Notes, à ses mots sur les portées qui traversent ton esprit en permanence, ta gêne et ton angoisse s’envolent. Reste le boum douloureux et encore trop rapide de ton cœur pour te rappeler tes violentes émotions, et le nœud qui continue de grandir, un peu, tenant ta gorge.
Inspiration encore plus hachée que la précédente, trahissant tout ton trouble.
« Je… Non, j’veux pas. C’est- »
Tu t’interromps, clignes encore des yeux, les baisses pour observer les deux sphères présentées. *Toucher avec les yeux, c’est ça qu’ça veut dire alors*, tu secoues doucement la tête.
« Elles sont précieuses, hein ? Excuse-moi, c’est.. j’aurais pas dû. »
Rabattant tes bras autour de ton torse, t’en entravant comme pour te rassurer, ton parviens à te calmer doucement. Ton étreinte est forte, bienvenue. La tempête qui s’agitait retombe légèrement, ne laissant qu’un vague brouillard, froid.
« J’voudrais surtout pas qu’on touche à mon violon comme ça. Y’a trop de moi dedans, ça m’ferait mal. C’est… pareil pour toi ? »
Et puis un grand frémissement vient parcourir le long de ta colonne, symbole de vie. Tes hésitations sont douloureuses, tu voudrais retrouver un peu d’assurance, mais la fatigue et l’angoisse qui pèsent sur tout ton être te l’interdisent. Tu finis par hausser très doucement les épaules, faute d’un autre mouvement à effectuer pour évacuer tes sentiments.
« Les notes sonnent toujours dans ma tête, d’toute façon. Les écrire ou les laisser ça, c’est la même chose, elles ont la même force. »
Comme infiniment soulagée de toucher un sujet qui remplit ton esprit de jolies couleurs, tu sens tes joues rosir un peu, rendant à ton visage la vie qui l’avait déserté et laissé pâle à l’extrême.
Tu lèves le bras un peu plus haut, lui présentes la plume et le parchemin que tu serrais presque trop fort entre tes doigts. Une nouvelle hésitation qui traverse ton visage, et puis tu finis par te résigner : s’il ne veut pas, il refusera.
« Tu veux… m’montrer ? »
*Dis-moi qu’c’est pas fini, s’il-te-plaît* ; un fol espoir fait à nouveau bondir ton cœur.
• ‘til it seemed
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
Dérivation
Son corps brûle, brûle et se consume des mouvements qui lui sont réprimés, de la répression imposée. Refus des épanchements naturels. Ses excessives retentions lui coûtent, et il le sent. Sera-t-il toujours capable de contenir avec autant d’acharnement ce qui ne devrait l’être ? Finira-t-il toujours par tout relâcher en débordements une fois le point de rupture atteint ? Ses parois internes sont ébranlées des explosions qu’elles subissent, toutes celles qu’il ne fait sortir. Un faux calme de surface dissimulant les féroces agitations. Il a besoin de fraîcheur, des bras venteux d’une brise froide pour faire redescendre la vapeur de ses eaux. Là, il voudrait frissonner d’un souffle de Borée, non de saturation et de consumation. Prêt à subir un choc, de nature thermique, si cela peut abaisser sa température. Comment expliquer cette chaleur à l’opposé du réconfort, cette chaleur dévorante qui pourtant le glace en surface ? Ce bouillonnement qui se manifestera inévitablement en tremblotements quand ses membres échauffés ne tiendront plus. *Glace-moi…* Cherchant le regard clair, il se surprend à souhaiter un pouvoir glaçant caché, une lumière froide. Oubliant les mèches de flammes, il désire cet impossible apaisement. Il entend les respirations irrégulières de la fille qui n’ont aucun pouvoir régulateur pour lui. Aucun métronome ne leur est pour rétablir un rythme calme, sa tempête ne trouve l’aplanissement auprès de la variante qu’il croit percevoir en elle par ses renouvellements interrompus. Elle aussi, aurait-elle des cahots sur la route de son cœur, des débris sur le cours d’eau que le débit assuré doit déloger pour retrouver la fluidité ?
À quand la déflagration ? Son esprit frémit, gémit. Ce souffle sans ordre se jette sur lui encore ; et les mots qui suivent viennent s’intégrer, prendre place où ils semblaient attendus. *Non ? Oui !* Elle a réussi à formuler le non que lui n’est pas parvenu à crier. Sa Silhouette s’abaisse doucement, comme s’il n’avait plus à consacrer toutes ses forces à tenir une charge invisible qui l’enserrait et le tirait en des directions incontrôlées. Dans l’étrange brume, seulement tiède, il observe sa paume avec la sensation rassurante que leur bouclier s’est à nouveau posé sur elles. Une source de terreur s’éloigne peu à peu. Il aurait préféré une eau bien plus froide mais le tiédissement est déjà bienvenu. Pour l’heure, il ne peut répondre avec sa voix, même s’il l’écoute. Il laisse ses idées se réagencer au fil de la mélodie presque enfantine, couler autrement ; mais la priorité est son enveloppe mise à rude épreuve. Sûrement n’est-il pas le seul habité d’une nécessité aussi brûlante ; car lorsqu’il suit le mouvement des bras, l’écho le percute en superposant ses propres gestes. Lui aussi, il lui arrive d’appuyer d’une pression non calculée sur sa peau, de s’entourer d’une étreinte de soi quand ce n’est pas la Silhouette parfaitement familière et reposante de Opa qui l’enrobe.
Son relâchement prend toutefois une autre forme. D’abord ses doigts s’autorisent à se refermer sans brusquerie pour couvrir son bracelet, le dérobant enfin à l’exposition dont le prolongement avait contribué à ses resserrements. Mesuré, les palpitations encore fortes mais repoussées ; il le rétablit à sa place initiale, au poignet, ne se souciant plus de le dissimuler. Il abaisse alors ses paupières et entame une expiration longue et pleine. Tout l’air mal rejeté qui demeurait en conséquence aux cycles incomplets que ses pauvres poumons avaient enduré ces derniers instants s’échappait en une expulsion continue ; entrecoupée de petites inspirations avant de faire ressortir avec plénitude. La pression variable de ses paupières est vaguement décelable en les tressautements qui affleurent, signe que même caché son regard s’agite, n’accueillant plus que la lumière traversant la peau. Ses jambes se plient, préparant un mouvement d’évacuation : un bondissement. Il s’élève, pas si haut que cela, mais prêt à recracher à la Terre tous ses influx au moment de l’atterrissage de ses pieds. Ses doigts frétillent aussi, comme si cherchant à se délester du surplus par toutes les extrémités, autant à Gaïa qu’à Éther. Toujours en expiration, il accompagne d’une exclamation.
« HA ! »
Révélant enfin ses Perles-de-Nótt il embrasse son autour, curieux des altérations que l’intensité vécue aurait pu amener. Son énergie aurait-elle aussi connu une échappée inconsciente ? Doublement majeur, la Trace n’est de toute façon pas de ses préoccupations. Il est moins chargé et c’est tout ce qui compte.
« Précieuses ? Elles sont moi. Des concentrés de moi. Merci. »
D’avoir su maintenir la distance tacite. Ses mains se posent sur sa poitrine, le marteau s’est apaisé, les cordes n’en sont plus frappées. Son cœur est en cordes : tantôt heurtées du marteau du piano, tantôt pincées du sautereau du clavecin ou du pizzicato, tantôt atteintes de la tangente du clavicorde, tantôt frottées de l’archet, tantôt grattées du médiator ; et des myriades de façons de les toucher pour provoquer autant de sonorités. Des cordes qui recherchent l’Harmonie à son corps par l’a-corps-dage. Alors, oui, toucher les fragiles extensions de soi peut faire mal, provoquer des jaillissements sonores internes qu’il n’est enclin à accueillir. De l’expiration il est passé à l’inspiration puissante, à s’en emplir, s’élevant sur la pointe des pieds, le menton tourné vers le Ciel. La glaçure hivernale le manque, songe-t-il, alors qu’il goûte les saveurs printanières. Descente.
« Exactement, ça ferait mal. »
Se rappelant les dernières paroles qu’il avait mises de côté pour se donner le temps de se libérer du trop-plein avant d’absorber des nouvelles impulsions ; il hésite. Elle entend déjà, mais souhaiterait voir. Ce n’est pas en son habitude de poser l’Encre en présence. Pourtant, il les a bien tout près de soi. Même sans le papyrus, même sans la plume, il garde ses fioles. Sa main glisse dans sa poche magiquement étendue, frôle l’effrayant dossier découvert au matin qui lui provoque une expression soucieuse, il est bien loin d’avoir toutes les réponses. Serait-ce ce qu’il veut projeter ? Ah… L’incertitude, jusqu’à ne plus savoir où va sa volonté. Ses doigts s’avancent un peu plus loin pour saisir le coffret et son plateau au centre duquel se trouve une vasque au sein laquelle les mélanges sont opérées, si les teintes pures ne suffisent pas. Pour capturer son propre état, ou les gestes extérieurs l’atteignant, du moins ce qu’il sent. Que lui montrer…
« Il s’agit de tirer les filins de ce que tu sens. Est-ce uni ou mêlé ? Est-ce droit ou courbe, continu ou interrompu, en mots ou non ? Parfois, c’est si évident que le magnétisme paraît œuvrer. »
Il se saisit d’un flacon contenant une teinte complexe qu’il avait récemment réélaborée, à peine quelques mois auparavant. Reflet sombre de sa Nuit qu’il monte au niveau de son visage pour faire constater la parenté bleutée.
« L’une des composantes de ma voix, comme une signature si j’écris avec. »
Il est plus serein à montrer ses Encres à leur état brut. Il n’était pas vraiment un grand correspondant, mais le choix de la teinte pour se faire entendre et reconnaître était un détail auquel il accordait une certaine importance. Reposant son bleu, il lui présente le coffret entrouvert à la contenance aussi élargie et recélant de nombreuses luisances.
« Si tu trouves la tienne, ou mêle la tienne empreinte de l’une des miennes ; cela formerait la nôtre. Et celle-ci… celle-ci on aura autant le droit de la toucher. »
Il n’avait pas si souvent expérimenté un lien d’Encre, mais si chacun s’offrait son regard, n’en verraient-ils que plus juste ?
À quand la déflagration ? Son esprit frémit, gémit. Ce souffle sans ordre se jette sur lui encore ; et les mots qui suivent viennent s’intégrer, prendre place où ils semblaient attendus. *Non ? Oui !* Elle a réussi à formuler le non que lui n’est pas parvenu à crier. Sa Silhouette s’abaisse doucement, comme s’il n’avait plus à consacrer toutes ses forces à tenir une charge invisible qui l’enserrait et le tirait en des directions incontrôlées. Dans l’étrange brume, seulement tiède, il observe sa paume avec la sensation rassurante que leur bouclier s’est à nouveau posé sur elles. Une source de terreur s’éloigne peu à peu. Il aurait préféré une eau bien plus froide mais le tiédissement est déjà bienvenu. Pour l’heure, il ne peut répondre avec sa voix, même s’il l’écoute. Il laisse ses idées se réagencer au fil de la mélodie presque enfantine, couler autrement ; mais la priorité est son enveloppe mise à rude épreuve. Sûrement n’est-il pas le seul habité d’une nécessité aussi brûlante ; car lorsqu’il suit le mouvement des bras, l’écho le percute en superposant ses propres gestes. Lui aussi, il lui arrive d’appuyer d’une pression non calculée sur sa peau, de s’entourer d’une étreinte de soi quand ce n’est pas la Silhouette parfaitement familière et reposante de Opa qui l’enrobe.
Son relâchement prend toutefois une autre forme. D’abord ses doigts s’autorisent à se refermer sans brusquerie pour couvrir son bracelet, le dérobant enfin à l’exposition dont le prolongement avait contribué à ses resserrements. Mesuré, les palpitations encore fortes mais repoussées ; il le rétablit à sa place initiale, au poignet, ne se souciant plus de le dissimuler. Il abaisse alors ses paupières et entame une expiration longue et pleine. Tout l’air mal rejeté qui demeurait en conséquence aux cycles incomplets que ses pauvres poumons avaient enduré ces derniers instants s’échappait en une expulsion continue ; entrecoupée de petites inspirations avant de faire ressortir avec plénitude. La pression variable de ses paupières est vaguement décelable en les tressautements qui affleurent, signe que même caché son regard s’agite, n’accueillant plus que la lumière traversant la peau. Ses jambes se plient, préparant un mouvement d’évacuation : un bondissement. Il s’élève, pas si haut que cela, mais prêt à recracher à la Terre tous ses influx au moment de l’atterrissage de ses pieds. Ses doigts frétillent aussi, comme si cherchant à se délester du surplus par toutes les extrémités, autant à Gaïa qu’à Éther. Toujours en expiration, il accompagne d’une exclamation.
« HA ! »
Révélant enfin ses Perles-de-Nótt il embrasse son autour, curieux des altérations que l’intensité vécue aurait pu amener. Son énergie aurait-elle aussi connu une échappée inconsciente ? Doublement majeur, la Trace n’est de toute façon pas de ses préoccupations. Il est moins chargé et c’est tout ce qui compte.
« Précieuses ? Elles sont moi. Des concentrés de moi. Merci. »
D’avoir su maintenir la distance tacite. Ses mains se posent sur sa poitrine, le marteau s’est apaisé, les cordes n’en sont plus frappées. Son cœur est en cordes : tantôt heurtées du marteau du piano, tantôt pincées du sautereau du clavecin ou du pizzicato, tantôt atteintes de la tangente du clavicorde, tantôt frottées de l’archet, tantôt grattées du médiator ; et des myriades de façons de les toucher pour provoquer autant de sonorités. Des cordes qui recherchent l’Harmonie à son corps par l’a-corps-dage. Alors, oui, toucher les fragiles extensions de soi peut faire mal, provoquer des jaillissements sonores internes qu’il n’est enclin à accueillir. De l’expiration il est passé à l’inspiration puissante, à s’en emplir, s’élevant sur la pointe des pieds, le menton tourné vers le Ciel. La glaçure hivernale le manque, songe-t-il, alors qu’il goûte les saveurs printanières. Descente.
« Exactement, ça ferait mal. »
Se rappelant les dernières paroles qu’il avait mises de côté pour se donner le temps de se libérer du trop-plein avant d’absorber des nouvelles impulsions ; il hésite. Elle entend déjà, mais souhaiterait voir. Ce n’est pas en son habitude de poser l’Encre en présence. Pourtant, il les a bien tout près de soi. Même sans le papyrus, même sans la plume, il garde ses fioles. Sa main glisse dans sa poche magiquement étendue, frôle l’effrayant dossier découvert au matin qui lui provoque une expression soucieuse, il est bien loin d’avoir toutes les réponses. Serait-ce ce qu’il veut projeter ? Ah… L’incertitude, jusqu’à ne plus savoir où va sa volonté. Ses doigts s’avancent un peu plus loin pour saisir le coffret et son plateau au centre duquel se trouve une vasque au sein laquelle les mélanges sont opérées, si les teintes pures ne suffisent pas. Pour capturer son propre état, ou les gestes extérieurs l’atteignant, du moins ce qu’il sent. Que lui montrer…
« Il s’agit de tirer les filins de ce que tu sens. Est-ce uni ou mêlé ? Est-ce droit ou courbe, continu ou interrompu, en mots ou non ? Parfois, c’est si évident que le magnétisme paraît œuvrer. »
Il se saisit d’un flacon contenant une teinte complexe qu’il avait récemment réélaborée, à peine quelques mois auparavant. Reflet sombre de sa Nuit qu’il monte au niveau de son visage pour faire constater la parenté bleutée.
« L’une des composantes de ma voix, comme une signature si j’écris avec. »
Il est plus serein à montrer ses Encres à leur état brut. Il n’était pas vraiment un grand correspondant, mais le choix de la teinte pour se faire entendre et reconnaître était un détail auquel il accordait une certaine importance. Reposant son bleu, il lui présente le coffret entrouvert à la contenance aussi élargie et recélant de nombreuses luisances.
« Si tu trouves la tienne, ou mêle la tienne empreinte de l’une des miennes ; cela formerait la nôtre. Et celle-ci… celle-ci on aura autant le droit de la toucher. »
Il n’avait pas si souvent expérimenté un lien d’Encre, mais si chacun s’offrait son regard, n’en verraient-ils que plus juste ?
Dérivation
Ton étreinte, apaisante, permet de faire tomber peu à peu la terreur. Tous les maux du monde ne sauraient résister à cette force avec laquelle, presque involontairement, tu entraves le haut de ton corps ; et si parfois les émotions les plus coriaces sont longues à déserter ton cœur, tu parviens tout de même à les faire fuir. Souvent, tu accompagnes ces instants de murmures qui contribuent à soulager tes épaules sur lesquelles une chape de terreur s’abat, mais aujourd’hui ils ne viennent pas – la puissance que tu mets dans cet étau suffit. Sans doute la présence du garçon, bien qu’également douloureuse par certains points, contribue à faire disparaître toute la tension qui vous entourait.
Il paraît Atlas tout à coup, portant l’Univers sur son seul dos : le voir se courber te rend perplexe. Pourtant, cette fois-ci son attitude ne déborde pas d’angoisse, aussi tu ne te laisses pas à nouveau envahir d’angoisses – si certaines de émotions paraissent déborder, il semble tout de même conserver un certain contrôle de ses terreurs. Celles-ci ne suintent plus de chacun de ses pores, ne te percutent plus par vagues, et ta respiration s’est peu à peu apaisée, dénouant le terrible nœud dans ta gorge.
Ses doigts se refermant peu à peu sur le bracelet t’ont échappé, mais lorsque tu inclines le visage, tu l’aperçois sur son poignet qu’il n’a pas couvert de nouveau – tu ne cherches pas à le contempler davantage, sa présence suffit. Le savoir ici, cet objet qui le rassure, est bien assez ; tu ne te risquerais pas à laisser tes yeux flotter trop longuement sur la surface mouvante des multiples perles. Chacune semble avoir une histoire, qui est propre à l’Inconnu – et, ainsi qu’il te l’a affirmé, tu n’as de lien qu’avec deux d’entre elles.
Un petit pas en arrière, qui te permet de l’observer, lui, dans son entièreté. Les grandes expirations qui paraissent évacuer tout, tout d’un coup, et puis les inspirations qu’il prend comme s’il se gorgeait de l’air de la ville. Il fait s’évanouir le reste d’angoisse dans la brise fraîche, et tu la sens disparaître en volutes dans le ciel bleu, vaguement ponctué de nuances cotonneuses. Elle s’en va rejoindre l’atmosphère, s’ajoutant aux autres émotions depuis toujours ressenties, par tous.
Tu contemples son visage, libérée de la peur d’avoir à maintenir un contact visuel trop long ; à présent qu’il a clos ses paupières, tu le détailles attentivement. Parfois, tu te tends lorsque tu vois ses yeux bouger légèrement, sous celles-ci, mais jamais il ne les ouvre, jamais il ne laisse les rayons s’immiscer pour troubler l’encre du regard. Jamais il ne se meut, se contente d’absorber puis de relâcher l’oxygène vaguement teinté de suie ou de cette odeur perturbante et indéfinissable. Et toi, poussée par un élan incontrôlable, tu t’immobilises et observes, tout simplement – aucun bruit, rien qui vienne perturber la tranquille Libération. Seulement un relatif silence, total venant de vos deux corps, particulièrement agité autour de votre Bulle-de-calme, ponctué de grondements, de sons de pas sur le pavé, de grincement du vieux bois constituant les bâtiments. Pourtant, loin de te distraire, ces quelques sons renforcent ton intense concentration, te font apparaître chaque instant un peu plus muette, un peu plus de marbre. Même les Mélodies se sont stoppées, ont cessé leur belle envolée un peu trop haute – sensible à l’importance de l’instant, elles se sont elles aussi murées dans les ténèbres du silence qui s’étiole.
Et tout à coup, un double choc ; un intense mouvement, marquant violemment la fin de la tranquillité suivi d’un cri qui décharge tout ce qui semblait rester au fond de son cœur. Un sursaut qui t’agite pour seule réponse, réaction à l’inattendu, ainsi qu’une notable pâleur qui s’affiche à nouveau sur tes pommettes. Rien de plus – aucune fuite, pas de mouvement de recul, seulement cette soudaine inspiration qui accompagne la surprise. Toujours la même répugnance à prononcer la moindre parole sensée ou non, à effectuer le moindre geste ; inconsciemment tu comprends qu’il doit parler, encore – tes mots ne sont pas les bienvenus maintenant.
*Merci…*, qu’il prononce. Merci d’avoir un objet similaire au mien, de comprendre le Lien, peut-être. Merci de ne pas effleurer ce qui m’appartient, ce qui me constitue – je ne le supporterais pas *…à toi*. Peut-être un léger frémissement de tes lèvres pour seul écho à ses mots, mais tu n’en es même pas certaine, le mouvement étant infime et indiscernable pour un œil non-attentif.
Sans plus s’attarder sur le terrible instant vécu quelques secondes plus tôt, sans plus tâcher de raviver l’insupportable immobilité accompagnant l’angoisse, il plonge le bras dans une poche. Reconnaissante, tu continues sans trop le vouloir d’observer les expressions qui trahissent ses ressentis, ne te fixant plus sur ses bras découverts. Il paraît anxieux un instant, puis, bien vite, extrait un coffret. Aussitôt, ton attention se laisse absorber par celui-ci, et plus rien d’autre n’existe que l’enveloppe qu’il entrouvre, et puis le flacon qu’il en sort. Ses mots t’échappent presque, bien que tu les sentes se graver quelque part, dans un coin de ton esprit, leur sens s’égare un instant.
Ton visage ne trahit rien de ta curiosité, du moins tu l’espères – tu ne parviens tout de même pas à empêcher tes yeux de scintiller. Ils restent fixés, intéressés, sur la fiole qui finit par disparaître à son tour dans le contenant. Presque déçue, tu rabats tes billes de glace sur le grand. Mais il t’offre à nouveau l’objet, te le présente, prononce quelques mots dont l’essentiel s’envole à son tour. *La notre, pour définir ce moment* ; tu t’égares dans la contemplation des multiples encres. Et puis, gorgée de toutes les nuances qu’il propose, tu finis par te rappeler ce qu’il présentait précédemment. La réponse fuse d’elle-même.
Un nouveau frémissement, bien plus perceptible cette fois-ci – le coin de tes lèvres s’étire légèrement, presque espiègle.
Tu finis par désigner vaguement le coffret entier, incertaine. Peu motivée à poser tes mains sur ces fioles qui semblent si précieuses, tu les indiques seulement d’un geste de la main.
L’hésitation de la fin de phrase ne masque pas complètement la volonté très affirmée d’une encre commune. Ton sourire se fait plus affirmé encore, ton bonheur davantage apparent.
Le visage soudainement incliné, comme envahie d’un intense besoin de connaissances, tu dérives à nouveau vers lui. Ses encres sont-elles banales, ou bien modifiée magiquement ? Tu oses espérer qu’un mélange permettrait une belle nuance – rien de mieux que vos identités pour traduire le bel instant qui s’écoule.
Il paraît Atlas tout à coup, portant l’Univers sur son seul dos : le voir se courber te rend perplexe. Pourtant, cette fois-ci son attitude ne déborde pas d’angoisse, aussi tu ne te laisses pas à nouveau envahir d’angoisses – si certaines de émotions paraissent déborder, il semble tout de même conserver un certain contrôle de ses terreurs. Celles-ci ne suintent plus de chacun de ses pores, ne te percutent plus par vagues, et ta respiration s’est peu à peu apaisée, dénouant le terrible nœud dans ta gorge.
Ses doigts se refermant peu à peu sur le bracelet t’ont échappé, mais lorsque tu inclines le visage, tu l’aperçois sur son poignet qu’il n’a pas couvert de nouveau – tu ne cherches pas à le contempler davantage, sa présence suffit. Le savoir ici, cet objet qui le rassure, est bien assez ; tu ne te risquerais pas à laisser tes yeux flotter trop longuement sur la surface mouvante des multiples perles. Chacune semble avoir une histoire, qui est propre à l’Inconnu – et, ainsi qu’il te l’a affirmé, tu n’as de lien qu’avec deux d’entre elles.
Un petit pas en arrière, qui te permet de l’observer, lui, dans son entièreté. Les grandes expirations qui paraissent évacuer tout, tout d’un coup, et puis les inspirations qu’il prend comme s’il se gorgeait de l’air de la ville. Il fait s’évanouir le reste d’angoisse dans la brise fraîche, et tu la sens disparaître en volutes dans le ciel bleu, vaguement ponctué de nuances cotonneuses. Elle s’en va rejoindre l’atmosphère, s’ajoutant aux autres émotions depuis toujours ressenties, par tous.
Tu contemples son visage, libérée de la peur d’avoir à maintenir un contact visuel trop long ; à présent qu’il a clos ses paupières, tu le détailles attentivement. Parfois, tu te tends lorsque tu vois ses yeux bouger légèrement, sous celles-ci, mais jamais il ne les ouvre, jamais il ne laisse les rayons s’immiscer pour troubler l’encre du regard. Jamais il ne se meut, se contente d’absorber puis de relâcher l’oxygène vaguement teinté de suie ou de cette odeur perturbante et indéfinissable. Et toi, poussée par un élan incontrôlable, tu t’immobilises et observes, tout simplement – aucun bruit, rien qui vienne perturber la tranquille Libération. Seulement un relatif silence, total venant de vos deux corps, particulièrement agité autour de votre Bulle-de-calme, ponctué de grondements, de sons de pas sur le pavé, de grincement du vieux bois constituant les bâtiments. Pourtant, loin de te distraire, ces quelques sons renforcent ton intense concentration, te font apparaître chaque instant un peu plus muette, un peu plus de marbre. Même les Mélodies se sont stoppées, ont cessé leur belle envolée un peu trop haute – sensible à l’importance de l’instant, elles se sont elles aussi murées dans les ténèbres du silence qui s’étiole.
Et tout à coup, un double choc ; un intense mouvement, marquant violemment la fin de la tranquillité suivi d’un cri qui décharge tout ce qui semblait rester au fond de son cœur. Un sursaut qui t’agite pour seule réponse, réaction à l’inattendu, ainsi qu’une notable pâleur qui s’affiche à nouveau sur tes pommettes. Rien de plus – aucune fuite, pas de mouvement de recul, seulement cette soudaine inspiration qui accompagne la surprise. Toujours la même répugnance à prononcer la moindre parole sensée ou non, à effectuer le moindre geste ; inconsciemment tu comprends qu’il doit parler, encore – tes mots ne sont pas les bienvenus maintenant.
*Merci…*, qu’il prononce. Merci d’avoir un objet similaire au mien, de comprendre le Lien, peut-être. Merci de ne pas effleurer ce qui m’appartient, ce qui me constitue – je ne le supporterais pas *…à toi*. Peut-être un léger frémissement de tes lèvres pour seul écho à ses mots, mais tu n’en es même pas certaine, le mouvement étant infime et indiscernable pour un œil non-attentif.
Sans plus s’attarder sur le terrible instant vécu quelques secondes plus tôt, sans plus tâcher de raviver l’insupportable immobilité accompagnant l’angoisse, il plonge le bras dans une poche. Reconnaissante, tu continues sans trop le vouloir d’observer les expressions qui trahissent ses ressentis, ne te fixant plus sur ses bras découverts. Il paraît anxieux un instant, puis, bien vite, extrait un coffret. Aussitôt, ton attention se laisse absorber par celui-ci, et plus rien d’autre n’existe que l’enveloppe qu’il entrouvre, et puis le flacon qu’il en sort. Ses mots t’échappent presque, bien que tu les sentes se graver quelque part, dans un coin de ton esprit, leur sens s’égare un instant.
Ton visage ne trahit rien de ta curiosité, du moins tu l’espères – tu ne parviens tout de même pas à empêcher tes yeux de scintiller. Ils restent fixés, intéressés, sur la fiole qui finit par disparaître à son tour dans le contenant. Presque déçue, tu rabats tes billes de glace sur le grand. Mais il t’offre à nouveau l’objet, te le présente, prononce quelques mots dont l’essentiel s’envole à son tour. *La notre, pour définir ce moment* ; tu t’égares dans la contemplation des multiples encres. Et puis, gorgée de toutes les nuances qu’il propose, tu finis par te rappeler ce qu’il présentait précédemment. La réponse fuse d’elle-même.
« Alors, tu signes avec ta voix. C’est beau. »
Un nouveau frémissement, bien plus perceptible cette fois-ci – le coin de tes lèvres s’étire légèrement, presque espiègle.
Tu finis par désigner vaguement le coffret entier, incertaine. Peu motivée à poser tes mains sur ces fioles qui semblent si précieuses, tu les indiques seulement d’un geste de la main.
« Quelqu’chose pour nous représenter… »
L’hésitation de la fin de phrase ne masque pas complètement la volonté très affirmée d’une encre commune. Ton sourire se fait plus affirmé encore, ton bonheur davantage apparent.
« Les yeux, j’crois que c’est ce qui nous définit l’mieux.. même si on les a pas vraiment choisis. On peut mêler leurs couleurs sans qu’ça devienne trop noir ? Un peu d'Nuit et un peu d'Hiver... »
Le visage soudainement incliné, comme envahie d’un intense besoin de connaissances, tu dérives à nouveau vers lui. Ses encres sont-elles banales, ou bien modifiée magiquement ? Tu oses espérer qu’un mélange permettrait une belle nuance – rien de mieux que vos identités pour traduire le bel instant qui s’écoule.
• ‘til it seemed
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
that Sense was breaking through — •
ent‘r‘êvée
Dérivation
La langue d’Encre ; en a-t-il beaucoup croisés qui en feraient usage à sa manière ? Qu’en sait-il... Ce paraît un élément si anodin, si communément partagé pour poser sur le papier. Mais est-ce qu’ils savent regarder outre, tous ces élèves qui grattent leur parchemin ; ne la gaspillent-ils pas en n’en comprenant pas la valeur ? Et les incolores, comment font-ils ? Comment s’exprimerait-il s’il n’avait accès à la multiplicité des teintes, comment y parviendrait-il s’il devait tout écrire, tout sortir sous le prisme d’une unique teinte ? La déversement, la coulure devait tout naturellement être opérée par les tracés liquides qui maintenaient leurs brillance sur le support papier ou papyrus. La provenance végétale était une préférence cultivée depuis bien des années par l’adolescent qui n’avait pas trouvé justification à l’emploi des peaux pour des écrits destinés à l’oubli ou à la destruction que représentaient à ses yeux la majorité ce qui était tracé au sein du château. La prise de notes brouillonne par des étudiants prêts à s’en débarrasser une fois l’examen passé ne nécessitait en rien un support aussi élaboré que le parchemin. Il ne voulait même pas savoir d’où venaient les animaux desquels tous ces rouleaux étaient produits à l’usage presque exclusif des sorciers, les moldus ayant su faire la transition. Il s’était accoutumé à une glisse propre à ses feuillets lorsqu’il lui était permis de les solliciter au lieu des ceux fournis par Poudlard. La texture et la sensation du graphite n’étaient pas rejetées en soi, mais il avait déploré la distinction du gris à quasiment n’importe quelle autre teinte. Les crayons de couleur ne lui paraissaient pas offrir un toucher comparable au carbone originel ; alors que cet inconfort était bien moins manifeste avec ses fioles. Les pigments connaissaient-ils meilleure dissolution en milieu aqueux plutôt que solide ? Sans pour autant le prétendre, ses mains avaient du moins leur inclination. Certains apprennent à parler en répétant les mots, les phrases ; Hjúki avait sans doute développé sa langue par la façon de prononcer ces mots, de les faire sonner en airs ; par la façon de les entourer, de les dessiner selon les sensations qui lui étaient suscitées, dont les teintes étaient notamment l’accomplissement visuel.
Exerçant une pression variable de ses doigts sur le coffret présenté, le jeune homme essayait de conserver une certaine stabilité, que ce ne chût par quelque maladresse. Il avait cru déceler une forme d’intérêt en elle alors qu’il s’était montré par l’une de ses nuances, ou du moins pas de détournement de sa part. Même s’ils n’auraient pas vraiment une langue tout à fait semblable, essayer de l’approcher était sûrement un bel effort. Elle semble prêter attention au contenu ; et canalisant sa force par les mouvements des extrémités, ses mains pourraient donner l’impression d’un discret massage des parois alors qu’il s’agit vraisemblablement d’une manifestation de ses émotions non démêlées que cette possible curiosité enfantine lui provoque, réduites à la plus petite échelle possible pour éviter de frémir de tout son corps au risque de faire s’entrechoquer ses flacons. Il n’a pas besoin de regarder en même temps qu’elle, ce spectacle lui est familier, il sait se diriger où il tend ; mais il se rend compte qu’à cette dernière l’organisation ne saurait être limpide, il est en somme peu probable de la voir guidée d’une approche magnétique vers une section évocatrice. C’est pourquoi il l’observe bien plus dans sa contemplation qu’il ne surveille ses Encres. Ses lèvres s’étirent légèrement, répondant à la remarque de la jeune fille et au sourire qu’elle commence aussi à former. Oui, en écrivant de sa voix, il n’est pas que lu mais aussi entendu, par la bonne imprégnation il peut transmettre quelques-unes de ses fragrances et les textures entrecroisées du support et de l’écart forment un tout, fragment de sa richesse.
Le mouvement qui suit sonne étrangement scintillant en Hjúki qui y voit un geste de contours tout à fait appréciable. Elle entoure à distance, reforme le tracé, mais sans y toucher. Cela lui rappelle ses avancées, les bras en l’air, lorsque ses mains suivent les courbes du mur, pianotent en l’air sans pour autant entrer en contact. Il dessine la ligne à plusieurs centimètres en suspension au-dessus de la surface. Comme si la matière était guide des frontières, des limites sans invoquer le saisissement. Il pense aussi à ses descentes d’escalier, les doigts flottant au-dessus de la rampe, prêts à l’agripper en cas de déséquilibre mais autrement en vol, sans atterrissage. Cet écho de geste le rend singulièrement beau et tant estimé à l’adolescent. Ce sourire qu’elle arbore n’est-il pas celui de la compréhension ? Perçoit-elle déjà ce qui s’annonce ? La naissance d’une… la leur… Si les pensées pouvaient chuchoter de déférence et d’émotion devant la grandeur d’un moment, alors son esprit est sûrement en chuchotis.
« Pour nous sentir… »
Il frissonne déjà, et ses doigts glissent pour une prise plus ferme par le fond afin d’éviter les secousses que telle agitation est apte à provoquer. C’est… waouh. Un mélange commun depuis sa genèse où lui sera le guide. Leurs couleurs de regard. Nuit et Hiver, dit-elle. Lui aurait perçu la Voûte, le pendant de jour à la sienne si sombre. Des Perles autant hôtes que l’Ouranos. Mais il comprend tout de même l’Hiver, la clarté qui y est contenue. Il se souvient de sa pensée de Glace quand il était passé à Scribenpenne quelques semaines plus tôt, d’où il avait justement produit la première fiole exposée. Il ne s’était pas le moins du monde attendu à la retrouver ainsi. Et lui revient, surtout, le dernier mêlement devant lequel il avait hésité. Deux Nuits de natures distinctes auraient-elles été compatibles ou l’une n’était-elle pas condamnée à étouffer l’autre ? *…trop noir…* Elle sait viser juste. Noirceur l’aurait avalé, Noirceur l’aurait enfoncé, Noirceur l’aurait éteint. Une sombre destinée. Il a noyé son Encre avant qu’elle ne le noie. Il préfère s’élever ; cet Hiver, ce clair qui lui est offert, il ne le refusera pas. *…l’mieux…* De son esprit jaillit la déformation.
« De ‘le mieux’ à lumineux… »
Comme il lui arrive, il crée des parentés de sens par la seule sonorité, serait-ce lointain ; mais à la fois proche. Car aussi sombre soit son bleu, ce sera lumineux. Récupérant le sien, ses doigts dansent comme devant des rayons de côtes, frôlant quelques flacons translucides en faisant alterner ses Perles-de-Nótt entre ses pigments magiques et la teinte réelle qui illumine le visage en face de lui. Il se saisit alors de ce bleu froid, dont la froideur lui évoque contradictoirement aussi les Étoiles bleues qui seraient néanmoins ardentes. Sûrement cette contradiction est-elle la clef au mélange. Rangeant son coffret pour récupérer une plus vaste liberté de mouvement, il tend les paumes en avant, chacune porteuse d’un bleu. Elle a la plume, elle a le pouvoir du trait.
« Que dis-tu de dessiner le croisement de nos Branches ? De nos Étoiles, de nos Arbres… »
Deux entités qui se développent, s’étendent non loin l’une de l’autre finissent par se toucher de leurs extrémités, formant une frondaison, des rayons partagés.
Exerçant une pression variable de ses doigts sur le coffret présenté, le jeune homme essayait de conserver une certaine stabilité, que ce ne chût par quelque maladresse. Il avait cru déceler une forme d’intérêt en elle alors qu’il s’était montré par l’une de ses nuances, ou du moins pas de détournement de sa part. Même s’ils n’auraient pas vraiment une langue tout à fait semblable, essayer de l’approcher était sûrement un bel effort. Elle semble prêter attention au contenu ; et canalisant sa force par les mouvements des extrémités, ses mains pourraient donner l’impression d’un discret massage des parois alors qu’il s’agit vraisemblablement d’une manifestation de ses émotions non démêlées que cette possible curiosité enfantine lui provoque, réduites à la plus petite échelle possible pour éviter de frémir de tout son corps au risque de faire s’entrechoquer ses flacons. Il n’a pas besoin de regarder en même temps qu’elle, ce spectacle lui est familier, il sait se diriger où il tend ; mais il se rend compte qu’à cette dernière l’organisation ne saurait être limpide, il est en somme peu probable de la voir guidée d’une approche magnétique vers une section évocatrice. C’est pourquoi il l’observe bien plus dans sa contemplation qu’il ne surveille ses Encres. Ses lèvres s’étirent légèrement, répondant à la remarque de la jeune fille et au sourire qu’elle commence aussi à former. Oui, en écrivant de sa voix, il n’est pas que lu mais aussi entendu, par la bonne imprégnation il peut transmettre quelques-unes de ses fragrances et les textures entrecroisées du support et de l’écart forment un tout, fragment de sa richesse.
Le mouvement qui suit sonne étrangement scintillant en Hjúki qui y voit un geste de contours tout à fait appréciable. Elle entoure à distance, reforme le tracé, mais sans y toucher. Cela lui rappelle ses avancées, les bras en l’air, lorsque ses mains suivent les courbes du mur, pianotent en l’air sans pour autant entrer en contact. Il dessine la ligne à plusieurs centimètres en suspension au-dessus de la surface. Comme si la matière était guide des frontières, des limites sans invoquer le saisissement. Il pense aussi à ses descentes d’escalier, les doigts flottant au-dessus de la rampe, prêts à l’agripper en cas de déséquilibre mais autrement en vol, sans atterrissage. Cet écho de geste le rend singulièrement beau et tant estimé à l’adolescent. Ce sourire qu’elle arbore n’est-il pas celui de la compréhension ? Perçoit-elle déjà ce qui s’annonce ? La naissance d’une… la leur… Si les pensées pouvaient chuchoter de déférence et d’émotion devant la grandeur d’un moment, alors son esprit est sûrement en chuchotis.
« Pour nous sentir… »
Il frissonne déjà, et ses doigts glissent pour une prise plus ferme par le fond afin d’éviter les secousses que telle agitation est apte à provoquer. C’est… waouh. Un mélange commun depuis sa genèse où lui sera le guide. Leurs couleurs de regard. Nuit et Hiver, dit-elle. Lui aurait perçu la Voûte, le pendant de jour à la sienne si sombre. Des Perles autant hôtes que l’Ouranos. Mais il comprend tout de même l’Hiver, la clarté qui y est contenue. Il se souvient de sa pensée de Glace quand il était passé à Scribenpenne quelques semaines plus tôt, d’où il avait justement produit la première fiole exposée. Il ne s’était pas le moins du monde attendu à la retrouver ainsi. Et lui revient, surtout, le dernier mêlement devant lequel il avait hésité. Deux Nuits de natures distinctes auraient-elles été compatibles ou l’une n’était-elle pas condamnée à étouffer l’autre ? *…trop noir…* Elle sait viser juste. Noirceur l’aurait avalé, Noirceur l’aurait enfoncé, Noirceur l’aurait éteint. Une sombre destinée. Il a noyé son Encre avant qu’elle ne le noie. Il préfère s’élever ; cet Hiver, ce clair qui lui est offert, il ne le refusera pas. *…l’mieux…* De son esprit jaillit la déformation.
« De ‘le mieux’ à lumineux… »
Comme il lui arrive, il crée des parentés de sens par la seule sonorité, serait-ce lointain ; mais à la fois proche. Car aussi sombre soit son bleu, ce sera lumineux. Récupérant le sien, ses doigts dansent comme devant des rayons de côtes, frôlant quelques flacons translucides en faisant alterner ses Perles-de-Nótt entre ses pigments magiques et la teinte réelle qui illumine le visage en face de lui. Il se saisit alors de ce bleu froid, dont la froideur lui évoque contradictoirement aussi les Étoiles bleues qui seraient néanmoins ardentes. Sûrement cette contradiction est-elle la clef au mélange. Rangeant son coffret pour récupérer une plus vaste liberté de mouvement, il tend les paumes en avant, chacune porteuse d’un bleu. Elle a la plume, elle a le pouvoir du trait.
« Que dis-tu de dessiner le croisement de nos Branches ? De nos Étoiles, de nos Arbres… »
Deux entités qui se développent, s’étendent non loin l’une de l’autre finissent par se toucher de leurs extrémités, formant une frondaison, des rayons partagés.