Impromptu Colonne de Brume

Reducio
L’anarchie a vaincu ma hiérarchie, mes excuses.


Pourquoi arborer ses traits colorés était-il si difficile ? Pourquoi chacun des pigments était tiré d’une source propre, avait une provenance distincte ? Pourquoi la palette réservée à chaque créature, à chaque plante, à chaque minéral paraissait-elle aussi restreinte ? Charbon, seiche, garance, vermeil, ocre, safran, cuivre, oxyde, chlorophylle : toutes ces nuances permettaient-elles l’oxymore ? Pouvait-il rêver d’un blanc charbon, d’un vert vermeil, d’un noir peroxydé, d’un rouge chlorophyllien ? Et humain, c’était de quelle couleur, au juste ? Pas celles de la peau. Être bleu et se faire un bleu n’avait rien de comparable. Non, le derme ne parvient pas à rendre de lui-même les tourbillons nuancés qui l’habitent. Même le rougissement est mensonge, il ne capture pas avec précision et clarté le geste intérieur. Afflux, chaleur ; et alors ? Il y avait bien le maquillage, mais c’était un art difficile, et les dortoirs des garçons n’étaient pas les lieux prédestinés à telle initiation. Difficile de trouver un aîné enclin à donner des conseils, ou ne serait-ce qu’un pratiquant plus expérimenté. Et il ne s’était jamais imaginé, ni n’avait osé demander à une camarade plus âgée de lui montrer comment peindre autour de son regard une extension de son Ciel ou de sa Nuit ainsi qu’il les percevait, selon le moment.

Il avait dû donc s’essayer un peu tout seul pour comprendre ce qu’il pourrait faire jaillir sur son visage avec plus de justesse que ses masques pâles ou empourprés. Ces textures étaient encore bien différentes de ses Encres ; appliquer sur une surface aussi palpitante que la sienne, mouvante, vivante… Il n’avait toujours pas déterminé si cela lui évoquait attraction ou répulsion. Ce travail de nuances lui était de toute façon extrêmement chronophage, si bien qu’il ne se présentait avec ces ornements que rarement, les jours où il lui avait été donné un créneau pour composer et où il tenait à transmettre cette fraction de ses sensations qu’il estimait… affleurantes. Ce matin n’en avait pas été, et son visage était complétement nu de tout ajout, captivé par les Couleurs qu’il avait décidé de faire sortir par une autre voie pour laquelle son goût était fort développé, depuis bien avant l’adolescence et la découverte de la possibilité de teinter sa peau de ses traits en expansion.

Serait-il frustré de ne pas encore savoir comment exprimer celles en oxymore qui ne paraissent n’avoir une existence que d’esprit ; ses mains avaient continué à s’activer pour mettre en place les mélanges dont il connaissait les possibilités d’addition, ne s’empêchant toutefois pas les expérimentations. Après tout, ce qu’il était en train de produire ne figurait vraisemblablement dans aucun manuel de Potions. Comme si… comme si l’on ne souhaitait pas apprendre aux jeunes étudiants comment s’exprimer, tout simplement. Se sortir de soi et de son enveloppe, se montrer. Pourquoi pas par quelque art magique ? L’on n’est pas fait pour demeurer soi enfermé dans les confins de soi ; l’essence propre n’est-elle pas de nature à déborder, se révéler ? Partager, exister par les fragments offerts. Ceux qui peuvent couler fluidement entre des doigts agités de pinceaux, de poudres, d’Encres, de… Qu’importe ! Qu’importe ; car l’expression est primordiale et ne saurait être jugulée, elle trouve toujours sa voie quelque part dans le prisme du singulier à l’universel. Reste à trouver la réceptivité.

Réceptivité en cette enfant, elle qui a compris les superpositions qu’il tente de composer au sein de son chaudron dont la brume reprend de la hauteur, elle qui autorise au ruisseau de continuer de chanter, elle qui n’est pas de ceux qui se feraient cailloux, obstacles au cours liquide. Ce devient bientôt une forme majestueuse non loin de ce qui peut être appelé colonne, satisfaisant une partie ses vœux. Sous le timide Hélios qui a seulement commencé de poindre, des Arcs hybrides se dessinent ; par les teintes élevées successivement sous l’effet de la chaleur, par la rencontre discrète des rayons naturels avec cette matière en brume d’eau parfois apte à la naissance de ce phénomène.

Tiré d’un magnétisme invisible, le jeune homme se lève, les bras en l’air. Petit Astre dans le vaste, le bien trop vaste. Il voulait prendre toute la place. Et s’il ne le pouvait pas, alors ce seront ses Brumes.

Impromptu Colonne de Brume
Aurait-elle pu espérer mieux, que ce qui se déroulait devant ses yeux ? Ce monde dans lequel elle avait été bercée par les histoires de son père, prenait peu à peu du sens. Un sens profond dans une réalité de forme. Cette brume habillait l'océan d'histoire, prenant place dans quelque chose de plus grands. Elle qui écoutait sur le flanc, dans son lit, les murmures, les exclamations, le suspens créé par son père. Aujourd'hui elle était de face, debout, les pieds sur la fraicheur du sol, entre torrent de beauté magique et ouragan de couleur. Perdu dans une tempête bien trop grande pour la jeune Irlandaise qui regardait cette colonne monter, monter si haut, se dissipant dans l'air après sa danse. Elle prenait de l'espace cette colonne, elle était libre. Se perdant dans le monde comme le regard de Lucy sur celle-ci, oscillant gentiment comme le modèle des arbres poussés par le vent, entre cette brume libre et le chaudron du jeune homme. Le beau, cette chose différente entre les regards, différent dans l'esprit de chaque homme, de chaque femme. Qu'est-ce que le beau dans les yeux de l'Irlandaise ? Comment définir le beau, comment définir ce spectacle, ce ballet ?

Parcouru d'émotions elle définissait ce beau comme un plaisir à l'œil. Cet esthétisme qui lui procurait un sentiment d'admiration. Ce sentiment qui caressait son être comme une vague sur le sable. Glissant sur celui-ci en montant avant de glisser pour se retirer. La vague était passée et voilà qu'une autre pointait son nez. Un mouvement perpétuel de caresse. Les frissons de sa peau n'étaient autre que l'écume se perdant sur cette plage. Cette vague qui partait du centre de son corps pour le caresser jusqu'à son extrémité. C'était ça le beau que Lucy avait devant ses yeux. Une caresse, quelque chose de doux comme de la soie, une plume de duvet ou encore du velours. Si doux et apaisant que l'on a envie de se noyer dedans. Lucy semblait être envoûtée par ces sensations et cette vision, portée par les rayons de cet astre si envahissant, réchauffant sa petite peau bercée par les vagues. La respiration lente mais profonde, elle profitait de ce moment.

Son corps jusqu'à maintenant statique reprenait son mouvement, s'approchant du chaudron. Sa réflexion en suspension elle se contentait de profiter, profiter de ce garçon étrange avec son chaudron plein de mélange. Lui qui à présent était debout les bras en l'air, comme s'ils voulaient accompagner cette brume le long d'une rivière montant vers le ciel. Elle penchait la tête sur le côté, elle était interpellée. Toujours le beau qui l'envahissait sous forme de pulsation bien dessinée. La brume elle aussi était bien dessinée, faisait-elle en ce moment qu'une avec elle ? Qu'est-ce que cette brume ressentait à part la liberté ? Est-ce qu'elle ressent quelque chose de grand ? Quelque chose de doux ? Quelque chose d'unique ? « Je veux savoir » Pensa Lucy qui laissait peu à peu les caresses se transformer en tension. Elle voulait savoir, savoir ce que cette brume ressentait, cette tension elle la ressentait quand elle ne connaissait, que trop peu ce qu'elle voyait ou entendait. Heureusement, les caresses des vagues étaient plus fortes, la tension ne pouvait gagner face à ce mouvement perpétuel, elle ne pouvait pas s'installer, elle n'avait pas le temps entre deux va et vient.


- Elle ressent quoi ? Elle laissa un petit temps. La brume…

Toujours cette voix douce, comme les caresses qui la parcourent, chantante comme la friction des vagues sur le sable. Rien d'agressif, qui en émanait. Juste cette question qui brulait comme le feu sous le chaudron ou les rayons du soleil sur le noir d'une surface.

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Impromptu Colonne de Brume
En élévation, indéfinissable certitude qui emplissait l’intégralité de son être. Il s’élevait, tiré vers les hauteurs par une force invisible qui le tractait de tous ses pores et qu’il était impossible d’ignorer. Des milliards de fils minuscules implantés sous son derme paraissaient vouloir l’arracher de son ancrage terrestre, formant des picotements bien perceptibles le long de sa peau hérissée. L’adolescent était non loin de céder aux frissons de régulation en retour à la tension qu’il faisait subir à sa Silhouette en extension. Cette matinée automnale était fraîche, ce qu’il commençait à sentir une fois la distance prise avec le chaudron qui n’était plus au niveau de son buste, les vapeurs apportant une chaleur bien plus diffuse. Frappé d’une double source de tremblements, il luttait pour garder son immobilité ; pressentant clairement que s’il cédait, toute la tenue de son corps s’effondrerait aussitôt. Il finirait alors en une posture de recroquevillement, les bras l’entourant tout près tout fort sur ses contours pour retrouver l’équilibre au lieu de chercher à enrober les cieux infinis. Sur le fil, cela ne pouvait pas durer si longtemps, il en avait conscience. Autant tirer le plus possible sur le trop court filament auquel il avait le droit avant de retomber. Suivant cette mouvance du magnétisme, ses jambes s’étaient encore allongées par la montée sur la pointe des pieds.

En fait, il s’identifiait si fort à ses Brumes, qu’il aurait aimé les être. Purement et entièrement. De cette chaleur interne recevoir l’impulsion lui permettant de monter avec légèreté selon une trajectoire absorbant la force des vents, faisant corps avec les mouvements externes et naturels, fusionnant avec les Puissances muantes qu’il admirait et respectait tellement. Grimper sans cesse, perdant peu à peu sa propre matière pour… non se dissiper mais approcher celle du Monde, une texture plus universelle encore. Être partout, répandu, par infimes parcelles de soi. Puis la condensation. Son ouïe captant le souffle étranger, provenant vraisemblablement de l’enfant qui l’atteignait en dépit de sa transe, un bout de lui se demandait si elle le respirait en conscience, ainsi qu’il le pouvait. Si elle se faisant pénétrer sensoriellement de fragments, de fragrances de son être qui s’échappaient au sein de sa colonne et de sa Silhouette tendue juste devant, empreinte du souhait de s’échapper pareillement.

La voix de la fillette, alors qu’elle aurait pu briser cette élévation, n’en fait rien. Au contraire, l’adolescent la perçoit comme le doux signal de la redescente mesurée, contrôlée. Point de chute par la brusquerie. Le relâchement bien mieux maîtrisé que s’il avait attendu la limite, c’est tout progressivement que ses semelles retouchent entièrement terre et que ses bras s’abaissent en un geste d’ondulations transmis depuis les épaules jusqu’au bout de ses doigts toujours agités lorsqu’ils pointent de nouveau le sol. *…ressent…* La gamine a touché à un domaine que son aîné ne maîtrise pas si bien. Sentir, c’est limpide, il s’y immerge sans la moindre hésitation. Re-Sentir ? Quelques lettres qui ajoutent une immense complexité à laquelle il aimerait ne jamais avoir à être prêt. Ne demande-t-elle pas ce qui lui ressentait lorsqu’il se[r]es-sentait Brume ? L’un en l’autre, transposés…


« Elle s’exalte de sa nature infinie. Quand je m’en approche, quand je suis la Brume… s’ajoute la merveille de l’hybridité. À la fois s’échapper dans les hauteurs sans limites, à la fois être ancré dans une essence pourvue de contours propres. »

En somme, le plus beau ressenti sera toujours teinté de mélange pour Hjúki.

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Lucy fronça les sourcils tandis que la tension dans son ventre combattu par les pulsations des vagues reprenait du terrain. « Exaltation » pensa-t-elle, « Hybridité » Ajouta-t-elle à son flux de pensée qui prenait les chemins de la compréhension. « Il est la brume ». Chaque petit élément rajouté à sa réflexion adoucissait la tension de son ventre. « Hauteur... Essence pourvue de contours » Sa respiration ralentissait à mesure que les pièces du puzzle prenaient place, jusqu'à l'apnée. Elle prenait les informations et les faisait glisser comme les pièces d'un échiquier, jusqu'à trouver la bonne combinaison. Une fraction de seconde il lui avait fallu juste un éclair pour ré-assembler le puzzle qui devenait si évident maintenant qu'il était fait. Elle voulait elle aussi, éprouver cette exaltation maintenant qu'elle l'avait vu. Elle aussi voulait se mélanger. Mais elle ne laissa rien paraitre, laissant cette jalousie somme passagère et inutile à son âme, sur le côté. Elle repensa aux premiers échanges qu'elle avait eu avec le garçon. Il n'y avait rien de manichéen en ce garçon, tout était nuance et tout semblait bien plus complexe et beau dans les nuances qu'il prenait. Il parlait d'une certaine façon sagement « Serdaigle ? » Pensa l'Irlandaise, « Non je l'aurais déjà vue » corrigea-t-elle « Un peu de tout ? » Elle chassa tout ça, ce n'était pas important en cet instant elle pourrait le recroiser.

« Le beau » voilà la magie qu'elle aimait et ce qu'elle venait de voir en faisait partie. Son regard se détourna un instant sur son sablier. Le bleu luisant comme un saphir traversé par le soleil happé pour une fois sa curiosité. Elle attrapa celui-ci dans un mouvement doux, son petit corps en retenu pour ne pas se brusquer. Une fois en main elle le plaça devant ses yeux. Concentrée sur la numérotation grecque qui luisait. Le bleu scintilla un instant dans le blanc, un éclair blanc avant de reprendre la teinte saphir. Elle porta son regard sur la colonne de brume, elle l'avait décortiqué, elle l'avait vu, elle avait été spectatrice de ce ballet. Elle ferma les yeux, repassant le spectacle du début. Elle l'avait mémorisé en entier, sa mémoire pouvait le faire. Chaque nuance les unes après les autres. La tension dans son ventre reprenait de l'espace quand soudain, elle l'a vit. La numérotation changeait de couleur, reprenant les nuances qu'elle avait enregistrées, sa pensée s'emballait et lorsqu'elle ouvrit les yeux elle eut à peine le temps d'apercevoir la dernière nuance enregistrée avant que la numérotation reprenne sa teinte saphir. Mais c'était réussi, elle le savait. Elle qui avait enregistré toutes les nuances, toutes les vagues, les pulsations du spectacle.

Le sablier avait cette faculté de faire prendre à la numérotation la couleur de celui qui le touche. Cela avait toujours été le bleu saphir pour Lucy, mais en rejouant la mélodie de la brume dans tout son petit être, elle avait pu pour la première fois changer ce bleu. Elle n'en avait vu qu'une fraction de seconde mais c'était suffisant. « S’il le touche ? » voilà ce qui traversa la fillette avant de reprendre ses pensées, « Si nous le touchons ? ». Elle pourrait elle aussi se mélanger. Elle avança vers le garçon. Sa respiration était lente, aussi lente que son corps, mais une fois à portée, elle tendit le sablier vers celui qui était la brume. Elle qui touchait la seconde extrémité. Invitant respectueusement le garçon à toucher l'autre extrémité.


- Il luit de la…des nuances de ceux qui le touche… Si nous le touchons il luira d’un mélange de ma nuance et de vos nuances.

Elle espérait que celui-ci serait assez curieux pour prendre l'autre extrémité. Elle savait que s'il le faisait il pourrait luire d'autant de nuances que son âme pouvait s'emparer. Et ces nuances seraient sans nuls doutes mélangé à son saphir. Lorsqu'elle le touchait avec Melody les deux O'Reilly faisait prendre un blanc d'une grande pureté à la numérotation. Ainsi était la synthèse de leurs nuances.

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Impromptu Colonne de Brume
La sensation vertigineuse avait un côté très littéral pour l’adolescent dont le corps se voyait comme dépossédé de son équilibre, poussé au contraire par une envie irrépressible de choir. Comme si debout, ancré au niveau de la mer – ou du lac – il arrivait tout de même à subir une attraction, un appel à tomber du haut d’un promontoire sur lequel il n’était pourtant pas installé. Habitué à telle impression d’être au bord du vide bien que tout environné de terre et de matière, il tenta de faire le balancier avec ses membres, effectuant une sorte de petite pirouette qui au moins avait eu le mérite de ne pas le jeter lamentablement au sol. Que ses gestes pussent paraître étranges ne le dérangeait aucunement, tant qu’ils ne faisaient pas de mal. Se rattraper d’un vertige interne par une torsion particulière des bras et de la colonne – celle qui maintenait sa Silhouette droite – n’avait rien de proprement heurtant, d’autant que nul ne se dressait sur la trajectoire de ses mouvements chaotiques, la fillette s’étant placée à un écart qui permettait la communication sans pour autant atteindre une trop forte proximité au point de pénétrer son aura parfois toute débordante de ses excès. Ou ses fioritures physiques desquelles il lui arrivait parfois de dessiner, inconsciemment, quelques-unes des courbes qu’il sentait. Ou ressentait ? Sa dernière interrogation devait l’avoir embrouillé s’il commençait à tout confondre. Ne serait-ce pas autant distant qu’il voudrait se le persuader ?

La mine de l’enfant que Hjúki estimait, sans certitude aucune, réflexive ou songeuse semblait l’avoir assez accaparée pour qu’elle ne remarque pas trop manifestement les conséquences de son vertige. Cette réflexion était toute singulière à observer. Elle exprimait un entre-deux qu’il n’avait pas l’habitude de côtoyer. Si son Opa avait l’extraordinaire habilité à saisir tout ce qui le traversait sans même qu’il n’ait besoin de beaucoup l’expliciter, en passant parfois par des formulations terriblement floues quand définir avec clarté ne lui était pas si immédiat ; la plupart n’avait pas cette compréhension innée. Bien sûr, le jeune homme ne leur en voulait pas le moins du monde, il était parfaitement conscient de la multiplicité des langues. Il était même avide de les découvrir, de se familiariser avec des formes étrangères à son esprit au premier abord. Cela exigeait de la curiosité et quelque persévérance pour ne pas abandonner au moindre fossé. Cet abandon, cette gêne de ne pas comprendre sans pour autant chercher à aller au-delà ; il l’avait déjà sentie. Maintes fois. Pourtant, cette si jeune élève dotée de ses propres expériences de vie et de magie, au lieu de renoncer et d’oublier ses phrases, les avait assimilées.

Observant la façon dont elle contemplait son sablier qu’elle avait présenté – à dessein ou non – dès les premiers instants ; l’adolescent ne pouvait s’empêcher de penser à ses Sphères, réceptacles non seulement de fragments temporels mais de bien plus. Effleurant sa manche gauche qui les protégeaient, pensif, il se demandait si cet objet était aussi important que le lui étaient ses précieuses capsules colorées. Quelque chose lui disait que ce respect avec lequel elle le considérait ne pouvait pas être destiné au seul Chronos, il devait y avoir un plus. Quel enchantement aurait son empire sur une Puissance aussi incontrôlable ? Même la magie ne parvient pas vraiment à détenir une emprise sérieuse, fiable sur ces inéluctables grains. Un sablier ordinaire employé dans son usage premier est maintenu tout droit et retourné avec soin une fois la dernière poussière tombée. Les orientations, la manière dont elle le manipulait, ses gestes : tout lui prouvait qu’il n’avait absolument rien d’ordinaire.

C’est pourquoi, quand il la sentit raccourcir un peu la distance qui les séparait, son trésor tenu par l’un de ses bouts et présentant le second libre, exactement orienté en sa direction ; Hjúki n’eut aucune peine à pressentir qu’un phénomène spécial s’annonçait, était probablement à l’œuvre. Un sourire germe et étire les traits de son visage lorsqu’il fait résonner en lui l’explication confirmant ses premières intuitions, apportant en même temps une fascination insoupçonnée. Il aimait déjà cette énergie, ne s’en méfiait nullement. Il connaît ses Encres, mais il se sent si changeant d’un moment à l’autre. Il sait cependant que ses nuances seront celles de l’instant, de celui partagé avec cette fillette. Alors quelle crainte peut-il avoir à se dévoiler ? Temps partagé, littéralement, tenu entre deux mains différentes. Quelle résistance pourrait-il bien opposer ? Que se soient sa Nuit, ses Arcs, ses Astres ; il est prêt. Sans y réfléchir, ses doigts se sont déjà avancés, embrassant le toucher offert.

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Le garçon semblait curieux, sans dire un mot il avançait ses doigts ainsi que sa main en direction du sablier. Le temps se figeait une nouvelle fois pour Lucy qui observait la scène au ralentit. Chaque centimètre que cette main faisait en direction du sablier magique de son grand-père amenait une pulsation de chaleur dans le ventre de la petite Irlandaise. Une pulsation que lui procurait presque une brulure, pas comme pouvait le faire ses bonbons aux piments, car c'était doux et non volcanique. C'était une caresse chaude qui pulsait au rythme des battements de son cœur. La sensation de flottement que lui procurait cet échange était si intense et douce qu'elle ne voulait pas la lâcher, elle voulait que ça dure infiniment, perdu dans un arrêt du temps qui suspendu lui confèrerait en même temps l'immortalité. Il ne restait plus que la distance d'un grain de sable avant que le garçon touche l'autre extrémité.

Le bleu saphir qui luisait se changea, la nuance qui suivi le bleu, était douce. Les yeux caressaient par celle-ci avait pour effet de rendre ceux de l'Irlandaise, rond. Savourant le spectacle devant ses yeux. Les nuances qui défilaient ensuite formait un cycle, tournant le long d'un ruban de Möbius. Pourtant, à chaque tour du ruban les nuances s'éclaircissaient, comme pris dans une spirale ou les extrémités étaient plus sombres et le centre d'un blanc éclatant. Chaque rotation autour du ruban se faisait en rythme sur le fond de mélodie de sa pulsation qui trônait dans son ventre. Les bleus se fondaient dans les cyans puis dans les verts, suivi des jaunes, oranges, rouges, violets passant par toutes les nuances intermédiaires pour finalement revenir sur un bleu toutefois plus clair, laissant la profondeur de la nuance dans le passé. Lorsque l'intégralité des nuances fut perçue, la luisance blanche prit une teinte grise pour finir dans le noir. Lucy savait ce que ça voulait dire, elle avait expérimenté cela au travers de l'optique de son appareil photo moldu. Si l'œil humain ne captait pas l'infrarouge, les optiques moldu pouvaient le faire, néanmoins même après restitution par l'optique, l'œil n'était pas en mesure de voir au-delà des nuances de gris qui étaient affichées. Le mélange des nuances de Lucy et de ce garçon les avaient emmenés au-delà du visible, au-delà de ce que pouvait voir l'œil. Le tout avait été porté dans une danse autour d'un ruban sous fond de mélodie apaisante.

La jeune Serdaigle semblait exténuée, ses jambes avaient du mal à la maintenir. Tremblante elles semblaient fondre comme des guimauves proches d'un feu de camp. Elle tentait de rester debout, mais cela était bien trop difficile, les pulsations et le flot d'émotions était trop intense pour un corps aussi faible que le sien. Elle le laissa être attiré par le bas sans arriver à le retenir, se retrouvant le derrière posée le sol frais tandis que les rayons du soleil s'intensifiaient. La chute disgracieuse de l'Irlandaise avait eu pour conséquence de briser le lien entre les deux mains qui touchaient le sablier, laissant les annotations qui avaient défilé reprendre leur lueur, bleu saphir. Nuance de celle qui avait touché le témoin du temps en dernière. Elle l'avait encore dans la main. Les pulsations chaudes se dissipèrent rapidement, laissant la respiration de la fillette reprendre son rythme habituel. Son regard se posa sur le garçon, il avait l'air tellement plus grand de cet angle, un véritable géant.

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Plonger pleinement ; oubliant toute réticence ou toute réserve que la raison serait tentée d’avancer. Il est trop tard pour que les pensées hésitantes barrent la route au geste déjà initié, déjà au bord de l’accomplissement. Tellement attiré, obsédé par cet étrange objet à la fois familier et étranger par tant d’aspects qu’il en est inarrêtable. Le jeune homme ne s’est même pas demandé concrètement les raisons qui pousseraient l’enfant à demander tel dévoilement. En est-ce vraiment un, ou le permet-elle justement parce qu’ils ne risquent rien, parce que ce serait dérisoire ? Où se trouve-t-il parmi les multiples couches protectrices qui entourent et protègent le sein profond de ce petit être qui lui tend son sablier qui ne peut être anodin ? Impossible de revenir sur cette dernière certitude.

Le terme de l’avancée, le contact enfin bouclé entre les deux entités vivantes et pulsantes en ces lieux, attachées par un lien magique, arrive sans même accorder le temps permettant de véritablement analyser ses agitations, encore moins celles qu’il pourrait percevoir de l’extérieur. Ses Perles-de-Nótt, réceptacles des couleurs autant internes qu’externes, se font immédiatement hypnotiser par le spectacle évolutif des nuances qui s’enchaînent à un rythme si battant. À moins que ce ne soient leurs pulsations qui se projettent aussi, se fassent convertir par cet outil magique au mystérieux fonctionnement. L’écart à sa magie est si manifeste, et pourtant il ne peut nier développer une forme d’intérêt appréciateur au fil des tracés qu’il absorbe. Cherchant à apprendre ce qu’il pourrait être et qu’il ne cerne pas en cet instant par le suivi concentré des rapides mélanges, guettant des parcelles de soi identifiables. Une partie des nuances, il craint toutefois ne pas être apte à les reconnaître dans les sections du spectre que son être est habitué à explorer. Seraient-ce des fragments capturant l’essence qui n’est pas sienne, celle déversée de l’autre main ?

Il n’a pas malheureusement pas l’occasion de démêler plus profondément une fois l’ultime émanation atteinte, car le projecteur disparaît bien vite de sa vue. Arraché, ce que la conscience moyenne qu’il a de son environnement est bien en peine d’interpréter immédiatement. Sa nuque pivote, accompagnée de l’émission de légers craquements provenant de ses articulations qu’il avait bloquées. Il retrouve la Silhouette, sous une nouvelle orientation, ayant rejoint le pouvoir de Gaïa. Serait-il possible de tirer ses forces de Terre-Mère, de poser ses doigts sur cette matière meuble afin de puiser en elle ? Si cette fillette a sûrement bien peu de chances d’en être capable, il est bien plus probable que cet échange par le sablier ait drainé parmi ses forces. Elle a donné de son énergie, a besoin d’un retour. A-t-il aussi transmis ? Dodelinant, un peu fatigué, mais ce pourrait n’être que le contrecoup du réveil matinal sans n’avoir rien avalé. S’est-elle sustentée dans la Grande Salle avant de se pointer ? Keine Ahnung.

N’ayant pas le goût pour le cacao corrompu par un ajout excessif de sucre, il n’a évidemment rien de chocolaté sur soi, serait-ce le remontant sorcier par excellence. Des chocogrenouilles, quelle idée, jamais il ne se gaverait de ces sucreries pour collecter des images. Les seules qu’il détienne lui étaient parvenues sans passer par la case chocolat. Elle… plutôt, ils avaient besoin de combler ce petit manque par quelque apport nutritif. Peut-être. Mieux valait proposer quelque chose que de rester les bras branlants. Il a bien un ingrédient dont le sucre lui est plus supportable, qu’il apprécie à faibles doses. S’accroupissant à côté de son chaudron où sont éparpillés ses éléments de préparation, il dégaine deux petites spatules – à défaut de cuillers plus alimentaires – et un petit bocal de verre recelant une matière cristallisée jaune. L’ambré est plus agréable pour les yeux, mais pour le consommer le côté crémeux est beaucoup plus supportable en bouche que le miel liquide.

Ayant apaisé le feu et la potion, il s’assied en face de sa benjamine, ne la forçant pas à se relever si elle n’y est pas disposée. Ses mains s’activent pour soulever le couvercle et creuser deux nouveaux sillons dans la surface relativement ferme de ce précieux présent des abeilles. Tendant l’une des spatules, gardant l’autre pour soi, il lui propose alors cette petite dose de réconfortant, espérant qu’elle n’ait développé de répugnance à l’égard de ce nectar ou de cette forme d’assimilation.

Impromptu Colonne de Brume
Lucy était toujours sur le sol, sa première habitude était de prendre dans ses bras ses genoux. La positionnant dans une position confortable et pour le moins recroquevillée. Elle était bien, du moins elle le semblait, son regard se posait au fil du temps qui défilait sur ce qui constituait l'environnement. Le plat de l'eau était très agréable, c'était presque comme la surface d'un miroir, le bleu du ciel se reflétait et arrivait jusqu'aux yeux de l'irlandaise. La fine brise qui venait par moment rafraichir sa peau frappée par le soleil était elle aussi la bienvenue. Lucy n'avait que rarement prit le temps de regarder la nature qui entourait le château avec cette sérénité, c'était très agréable et relaxant. Voilà ce dont elle avait besoin après cette expérience, du relâchement. Elle posa son menton sur ses genoux, elle était bien, en paix. Son cerveau ne marchait pas à cent à l'heure, il était posé là, sur la nature. Si elle avait déjà vue des couchers de soleil, elle avait rarement assistée à un levé. C'était amusant comme les nuances du ciel avait changé. Néanmoins, actuellement il était clair, plus une once de rose ou d'orange, un point jaune impossible à regarder, désormais dans un ciel bleu, coupé par quelques nuages blancs. La paréidolie donnait des formes aux nuages, comme si on était venu dessiner dans le ciel. Elle crut reconnaitre une tour, celle qui se plaçait sur les cases a1 et h1 sur le damier des soixante-quatre cases. Elles les aimaient beaucoup les tours, elle dégageait un sentiment de puissance. Puissance qui était normale, c'était la seconde pièce la plus convoité, ou plutôt la troisième.

Elle détourna alors le regard du ciel, le garçon lui tendait une spatule, dessus il y avait une sorte de substance, ambrée, elle était très jolie à voir. Délicatement elle se saisit de cette offrande. Elle n'avait jamais mangé quelque chose qui ressemblait à cela. Elle approcha la substance de son nez et la sentie. Ça avait l'air sucré « ça se mange ? » pensa-t-elle alors qu'elle examinait toujours le nectar comme si elle venait de découvrir quelque chose de nouveau. Elle prit le temps de réfléchir à ce que ça pouvait être, elle tira la langue et toucha avec suspicion cette chose ambré. Le bout de sa langue eu un petit échantillon et elle se laissa emporter par les saveurs qui en sortaient. « Ça se mange ! » elle avait eu la confirmation. Le gout était sucré, la texture crémeuse. Ça ressemblait à quelque chose qu'on pourrait mettre en cuisine. Le sucre parcourait sa langue et aussi bizarre que ça puisse paraitre elle sentit comme un gout floral d'une grande subtilité. C'était bon. Elle mangea le reste de sa spatule, prenant soin de ne pas en mettre partout. Quand elle eut fini, elle tourna son regard vers le jeune homme.


- C’est quoi ?

Demandait-elle innocemment de sa voix douce et de son calme qui la caractérisait, laissant son accent chanter. Une chose était sûre si elle avait déjà mangé quelque chose comme ça, elle s’en rappellerait, c’était une évidence. Elle savait toutefois qu’elle ne pourrait pas en manger trop, quelque chose lui disait que ça serait écœurant. Elle n’aimait guère cette sensation, qui provoquait des nausées. C’était comme flotter au-dessus du sol avec un mal être que l’on ne pouvait combattre. Elle se demandait pourquoi elle n’avait jamais eu un pot de cela chez elle, pourtant sa mère mettait un point d’honneur à bien varier les repas et les saveurs. « Un truc sorcier ? » se demandait elle, scrutant la réponse de son ainé.

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Impromptu Colonne de Brume
Un tressautement à peine perceptible agite ses paupières sous l’effet de l’intensité solaire qui s’est accentuée au point de lui donner l’impression d’une pesanteur appuyant de sa force lumineuse sur ses fragiles Perles-de-Nótt dont le sombre acquiert au passage un éclat nouveau, une petite brillance qui rehausse et éclaircit sa teinte. Phénomène si rare à constater quand l’adolescent prend souvent soin à fuir le plein pouvoir de Sol, lui tournant le dos lorsqu’il le peut, privant son regard des reflets qu’elle pourrait lui offrir. Il se concentre plutôt sur la luisance que les cristaux si fins qu’invisibles du miel absorbent, enrobant les spatules d’une magnifique couverture, minuscule Soleil par des reflets appartenant à un spectre relativement proche, cependant bien plus aisé à contempler. À la fois opaque et d’une surface miroitante capable de rendre par parcelles les éléments environnants. Diable ce que l’œuvre des butineuses est fascinante. Sa benjamine avait levé la tête, d’abord attirée par l’embrassement des formes mouvantes de l’Ouranos, d’une densité à faire presque pâlir ses Brumes plutôt volatiles.

La pression de ses doigts s’atténua naturellement lorsqu’elle accepta la spatule qu’il lui avait présentée. Il n’avait pas du tout pensé à présenter ce dont il s’agissait, et se demanda un instant s’il ne fallait pas qu’il entame le premier pour la rassurer. Ce pourrait bien être un redoutable poison, un ingrédient aux effets incertains qu’un grand aurait voulu essayer sur une jeune cobaye innocente. En tout cas petit Hjúki d’il y a quelques années aurait pu nourrir ce genre de soupçon, bien que sa curiosité fût telle qu’apte à le pousser à des audaces déraisonnables, comme goûter sans réfléchir pour justement découvrir ce qui adviendrait. Cette offre était fort susceptible de paraître suspecte, même si ayant puisé d’un même bocal ils affronteraient la même menace. La belle-mère de Blanche-Neige avait pourtant conçu une pomme à deux sections – l’une inoffensive, l’autre enduite du poison. Ce stratagème était séculaire, mais l’arrogance sorcière était telle que bien des familles de cette ascendance ne daignaient offrir cette culture moldue à leurs enfants, leur privant de bien des possibilités magiques. Car qu’importe que ce fût possible ou que ç’ait été accompli dans l’intra ou non : l’imagination des Conteurs méritait de se lire pour ouvrir des voies à la magie. Oserait-il songer à telle tromperie s’il voulait vraiment expérimenter ? Non, jamais lui n’intégrerait des êtres extérieurs à leur insu pour ses recherches, aussi loin voudrait-il aller. Cette fillette n’avait rien à craindre de sa part, mais ne le connaissait sûrement pas assez pour le savoir.

C’est pourquoi il écarquilla de stupeur lorsqu’il la vit avancer sa langue, sans méfiance. Elle aussi avait une curiosité plus puissante encore que les principes fondamentaux de la prudence ? Inspirait-il à ce point confiance, aveuglément ? D’autres enfants auraient pu jeter dans l’herbe et piétiner la spatule avec une défiance qu’il aurait compris. Elle avait au moins fait attention à sentir, car il est vrai que certains ingrédients nocifs se détectent à leurs effluves repoussantes, serait-ce une technique faillible. L’Amortentia est bien la potion aux senteurs les plus obsédantes, ayant pourtant pour vocation de créer un amour factice, ce genre de philtre était bien à placer du côté des préparations toxiques. Par devoir, car il ne pense mériter telle confiance, il attrape tout juste après du bout de l’une de ses canines un petit filin de miel avant de le faire fondre dans sa bouche. Ses manières de manger inhabituelles le conduisaient à s’alimenter le moins possible en public, mais le format différent l’aidait. Absorber une Potion, ce n’est pas pareil qu’une boisson quelconque. Il avait le droit à toutes ses excentricités pour consommer du miel dans ce contexte où il était catégorisé comme un ingrédient dont la propriété du regain d’énergie était exploitée.

Il continua donc à tracer de petits sillons de ses dents les plus pointues, profitant de la fermeté que les versions les plus liquides ne détenaient pas pour bien prendre son temps. Il n’avait toujours pas fini sa spatule lorsqu’il entendit l’enfant le questionner. Elle ne l’avait donc pas reconnu ? Il fallait reconnaître que le jeune étudiant ne se le procurait dans la forme habituelle préconisée pour les cours de Potions, et que dans les premières années le travail des textures ne jouait pas encore de cette si précieuse ressource, surtout en ce dernier siècle où les abeilles n’étaient plus autant reines de la Nature qu’aux temps anciens. Pauvre Aristée, si tu savais… Comment les sorciers parvenaient-il à produire encore en quantités industrielles des chocogrenouilles en dépit de l’amoindrissement des récoltes de cacao qui s’étaient pourtant annoncées selon des scientifiques moldus ? Était-ce comme le parchemin et ces peaux de bêtes qu’ils continuaient à préparer ? Existait-il des mages agriculteurs, apiculteurs, éleveurs mettant en place des techniques alternatives pour relever Pan mis à mal depuis trop longtemps ? Voilà qui était peu évoqué à Poudlard. Contemplant tous les éléments qu’il détient, il se demande s’il ne devrait pas être envahi d’un soupçon de culpabilité par tout ce qu’il prend à la Nature. Mais… il s’intéresse à la manière dont chacune de ces ressources naissent, est prêt à apprendre à les protéger au mieux. Il n’arrache pas sans réfléchir. Il existe des substituts à bien des ingrédients, mais changer lorsque les ressources d’origine arrivent à terme n’est sûrement pas la solution la plus attirante. Préserver si possible, pas remplacer.

Récupérant le pot de sa main libre, transperçant d’un regard soucieux la matière envoûtante, il prend encore quelques instants après le déroulé de ses questionnements songeurs avant de répondre à l’interrogation qui en était l’origine mais qu’il avait pourtant presque oubliée.


« Du miel. Contrairement au sucre, il détient une complexité des arômes. Selon la flore approchée par les abeilles, la saveur et la texture diffèrent. Certains cristallisés peuvent retrouver une forme plus liquide par un bain-marie à très douce température selon l’altération de texture souhaitée dans le cadre des Potions. Pour le manger je le préfère crémeux. Mais… il ne faut pas en abuser. »

Pas uniquement pour l’écœurement, mais parce qu’il est si précieux et vulnérable. Xarinez a-t-elle ce souci ? Il n’a jamais pensé lui demander. Il espère. Pas possible d’être Potioniste sans avoir conscience des délicats éléments qui passent entre nos mains. Des merveilles qui ne peuvent être considérés comme acquises.

Impromptu Colonne de Brume
Lucy regardait le garçon qui avait pris le pot de la substance ambré dans sa main comme pour l'analyser. Puis elle attendit une réponse. Ecoutant le garçon qui parlait avec attention, des questionnements parcourrait son esprit qui avait été revivifié par la substance que l'on appelait « miel ». C'était donc ça le miel ? Un nectar fabriqué par les abeilles. Bien sûr elle connaissait, mais elle n'en avait jamais goûté ou alors elle était trop petite pour s'en rappeler. Sa mère n'en avait pas dans les placards, cela elle en était sûre, car elle devait l'aider à cuisiner tous les samedis tandis que Melody devait le faire tous les dimanches. Sauf rare exception où elles étaient libérées de cette tâche. Leur mère ; Ena, mettait toujours un point d'honneur à leur apprendre les choses de la vie quotidienne et à chaque fois qu'elles grandissaient elle avait de nouvelles compétences à développer. Cela embêtait beaucoup Lucy qui trouvait que c'était une perte de temps. Elle avait bien essayé de négocier avec leur père mais impossible d'avoir le dernier mot, il était d'accord avec leur mère peu-importe si elles avaient la magie comme allié dans le futur. Dans tous les cas, elle n'avait jamais vu un pot de miel ou juste un emballage avec écrit miel dessus. Se demandant pourquoi sa mère n'en achetait pas, parfois elle avait des raisons qui lui étaient propres et Lucy n'osait pas spécialement lui demander celles-ci. Le garçon confirma qu'il ne fallait pas trop en abuser, son instinct était visiblement d'une grande précision, à moins que ce fût la mémoire de l'Irlandaise qui l'était et qui avait fait le lien avec d'autres ingrédients similaires.

- Mais... Fit elle alors qu'elle semblait intriguée. Si ce sont les abeilles qui le font... Le miel. C'est que ça doit leur servir à quelque chose... Son regard était perplexe. C'est peut-être même leur nourriture... Lucy réfléchissait toujours apportant des précisions sur ses questionnements. Comment elles font si on leur prend ?

C'était bien beau de récupère le nectar, mais s'il avait une utilité pour les abeilles le prendre était, condamner celles-ci. Si on prenait le miel est-ce que ça les tuait ? Est-ce que ça les fatiguait d'avoir fait tout le miel pour rien ? Est-ce que c'était pour cette raison que sa mère n'en achetait pas ? C'était bizarre, devant toutes ses questions qui lui traversaient d'un bout à l'autre de sa matière grise, Lucy commençait à culpabiliser. Elle ne s'y connaissait pas vraiment sur les abeilles, elle en avait même peur depuis qu'elle se fît piquer par une d’entre elle, alors qu'elle avait six ans. Elle eut une soudaine envie d'ouvrir un livre sur le sujet. Cependant, elle n'avait pas la tension habituelle qui pouvait s’installer dans son ventre quand elle ne connaissait pas quelque chose. Quelque chose lui disait que ceux qui récoltaient le miel ne tuait pas les abeilles, sinon il n'en aurait plus.

Elle avait toujours la spatule du jeune homme à la main. Il avait aussi parlé des diverses formes que pouvait prendre le miel. Toutes les représentations qu'elle avait vu jusqu'à maintenant, sur les publicités ou devanture de certaine pharmacie représentait le miel comme quelque chose de plus ou moins liquide, mais jamais sous la forme qu'on venait de lui présenter. Ses yeux se tournèrent vers le ciel, elle faisait la même mine que lorsqu'elle calculait les différentes possibilités lors d'une énigme ou encore une partie d'échecs. Elle étira son corps quelque peu endoloris par la fatigue soudaine qu'elle avait ressenti il y a peu. Elle semblait être à l'aise avec ce garçon bien mystérieux. Comme elle, il semblait aimer le beau, comme elle il était discret sur son prénom. Cette pensée la fit sourire. Elle était de bonne humeur et heureuse d'avoir été à la rencontre de cet étudiant qui devait faire, son avant-dernière année ou peut-être même sa dernière année.

Couleur des dialogues : #004080