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Elle regarda ce visage d’adulte qui se trouvait devant elle. La jeune fille venait de faire une confidence dont elle ne se serait même pas crue capable. Et dans ce visage, qu’elle avait l’impression de découvrir seulement maintenant, elle ne parvenait à rien lire. Que pensait Dole à cet instant précis ? La prenait-elle au sérieux ?
Dans ce visage, elle ne voyait rien. C’était perturbant. Etait-ce une caractéristique de professeur que de ne rien laisser paraître ? Dans ce visage, elle ne comprenait rien. C’était frustrant car elle aurait aimé plus que tout au monde savoir ce que l’enseignant pensait d’elle. En priant tout de même pour que, sous ce visage impassible, ne volent pas des pensées axées uniquement sur le repas qu’il allait manger ce soir.

Elle fut légèrement rassurée lorsque le professeur lui répondit par une dizaine de phrases. Elle avait du mal à ne pas douter de son attention, c’était la première fois qu’elle parlait d’un sujet aussi important pour elle à un membre du corps professoral et les deux mots « pas légitimes » étaient toujours prêts à ressurgir.

« D’accord. Je pense donc qu’il y a quelque chose que je n’ai pas compris dans mon propre Épouvantard mais maintenant que j’en ai conscience, ce sera sûrement… différent. »

Lydia sentit qu’une mèche de ses cheveux ébène s’était envolée dans l’air. Dole avait récupéré une araignée qui tissait lentement son fil entre le plafond et sa tête. Il avait stoppé net ses ambitions de toile pour la reposer par terre.

« Oh, dit-elle avec une voix plus enfantine, un peu triste. J’espère, sans vouloir vous vexer, que vous ne lui avez pas fait mal. »

Ses yeux océan passèrent de l’araignée à l’adulte. Elle afficha une mine déterminée en entendant la proposition de son interlocuteur. Cette entrevue était riche en découvertes, pas forcément très agréables mais elle savait que ce laps de temps n’allait pas être une partie de plaisir.

« Je veux bien, si vous avez le temps. »

Quelque chose – sûrement l’amabilité de l’homme en face – l’incitait à être particulièrement polie.

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La jeune Holmes semblait doucement avancer sur la voie de la compréhension. À son rythme, c’était vrai, mais elle avançait. Malgré son jeune âge, la Serdaigle semblait plutôt vive d'esprit.

Mark ricana suite à la remarque concernant l'araignée.

« Je peux la remettre dans vos cheveux si vous souhaitez nouer une véritable relation d’amitié. »

Mark repensa à O’Connors et à son Botruc en secouant la tête de gauche à droite. Pourtant, il ne put maîtriser un fin sourire qui s'afficha au coin de sa bouche. Décidément, les élèves de Poudlard avaient une affection particulière pour toutes ces créatures et petites bêtes. C'était à croire qu'il suffirait de placer un lapin dans le Dominion pour amadouer les quatre candidats ...

Après que la Serdaigle, toujours aussi polie, eut accepté de renouveler le face à face avec l’Épouvantard, Mark valida d'un hochement de tête et se dirigea vers une armoire proche de celle où il avait récupéré sa bouteille de Virgin Bièraubeurre. À son approche, le meuble trembla. La créature semblait avoir hâte de sortir. Mark colla la pointe de sa baguette au cadenas qui maintenait verrouillé les portes et récita quelques formules magiques. Le professeur ne pouvait se permettre qu’un élève farceur ne libère l'Épouvantard d’un simple Alohomora.

Une fois l’armoire ouverte, Mark s’en éloigna de trois pas avant de se tourner vers la jeune fille.

« Vous êtes prête ? »

Le professeur ne lui laissa volontairement pas le temps de répondre et d’un geste sec libéra le non-être.

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DDM de Gryffondor du 1/9/46 au 13/10/46
Ancien professeur de DCFM

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Si elle espérait être prise au sérieux en parlant de l’araignée, c’était raté. Ce fut un ricanement, puis un sourire que Lydia interpréta comme pratiquement moqueur, qu’elle eut comme réponse.
Légèrement vexée, elle fit exprès de prendre la remarque de l’enseignant au premier degré et ironisa dessus. Elle n’allait pas se laisser faire à ce point et puis quoi encore ?

« C’est très aimable à vous mais j’ai peur que mes cheveux ne soient pas exactement l’environnement recommandé pour la survie d’une araignée. »

Dole se dirigea ensuite vers l’Épouvantard. La jeune Holmes crut un instant que l’armoire où se trouvait le non-être était la même que celle qui servait de buffet au professeur. Le non-être se cachait donc au milieu des bouteilles de Bièraubeurre ? C’était malin en même temps. Une manière très pratique d’empêcher certains petits chenapans de se servir impunément. Alors que Lydia regardait son professeur avec des yeux dévoués et admiratifs – quelle intelligence ! Quel esprit ! – celui-ci bifurqua et se dirigea vers l’armoire à côté.

La petite Holmes n’eut pas le temps de goûter sa désillusion puisqu’elle fut obligée de se concentrer pour masquer l’angoisse provoquée par le tremblement émanant du meuble.

L’armoire était ouverte.

Lydia s’était souvent demandé ce qu’avait pu ressentir Icare, humain victime des Dieux grecs, lorsqu’il s’était senti tomber après s’être approché trop près du soleil. Il avait dû sentir la cire fondre le long de son dos, les ailes se décoller petit à petit. Après avoir senti, il avait vu. Vu l’océan se rapprocher, le ciel s’éloigner inexorablement. L’effroi, la crainte étaient montés en lui et il avait éprouvé le remord d’avoir fait une action qui lui apparaissait à présent complètement stupide.
L’armoire était ouverte. Et Lydia s’identifiait complètement à Icare, malgré la différence de situation. Elle voyait venir petit à petit la chute brutale : celle qui serait provoquée par son échec face à l’Épouvantard.

Malgré ses inquiétudes, ce fut un « Oui. » qui sortit de sa bouche. Elle aurait dit non, les choses étaient faites et rien ne pouvait modifier le cours des évènements.

Le non-être prit aussitôt la forme des mains accompagnées de petites voix. Des différences étaient notables : les mains formaient un gouffre plus profond et les voix n’émettaient plus un fourmillement de chuchotements mais des paroles bien compréhensibles.
« Adieu, adieu, adieu. » qu’elles répétaient en boucle.
Lydia serra ses doigts autour de sa baguette. Maintenant, elle devait y aller. Oui maintenant. Mais si elle devait y aller maintenant, pourquoi n’y arrivait-elle pas ? Que se passait-il dans son corps ? Elle se sentait aspirée par les mains et les voix sifflaient à ses oreilles. Livide, elle avait peur cette fois. Ce n’était ni l’effroi, ni la stupeur mais une terreur qui s’était emparée d’elle.

« Riddik… »

Premier échec. Elle réessaya une fois mais tout le temps, la fin de la formule se dérobait et il lui était impossible de l’articuler.
Alors que les voix se faisaient de plus en plus fortes, de plus en plus intenses et menaçantes, un bout de visage de son professeur s’invita dans son champ de vision. Allait-elle lui montrer que son cours n’avait servi à rien ? Que cette entrevue était inutile ? Que Lydia Holmes, également, ne servait à rien puisqu’elle n’était pas capable de se défendre face à un Épouvantard ?

Et cette fois, la formule sortit d’un coup, coordonnée à la gestuelle de la baguette. Un petit sourire se glissa même sur ses lèvres lorsqu’elle pensa à ce qui la ferait rire.

« Riddikulus ! »

Les mains devinrent des fleurs, toutes colorées dans divers nuances bleues. Aucun gouffre formé par des paumes ; uniquement un paysage fleuri. Et les voix… Lydia ne parvint pas à réprimer un gloussement. C’étaient maintenant des chants joyeux, à l’accent campagnard, qui formulaient gaiement les mots « Bièraubeurre ! Bièraubeurre ! ». Après tout, elle ne s’en était pas si mal sorti.
Mieux qu’Icare en tout cas.

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Holmes ne semblait pas prête à accueillir sa nouvelle amie à six pattes. Mark l’imaginait pourtant bien porter la petite araignée au sommet de son crâne. Tant pis.

Face à la Serdaigle, l’Épouvantard prit instantanément la forme imaginée par l’enseignant. Cependant, cette fois-ci, Mark était beaucoup plus attentifs aux détails. Les murmures brouillons prenaient désormais l’apparence de mots. D’un seul en réalité : adieu. L’homme n’avait pas souvenir l'avoir entendu la première fois. Le profond gouffre constitué de milliers de mains semblaient vouloir aspirer la jeune fille pour la faire disparaître à jamais.

Cette peur de l’abandon, Mark la comprenait. Il n’en avait rien faire paraître devant son élève mais s’il la connaissait si bien c’est qu’il devait lui aussi la combattre régulièrement. L’affrontement était inégal mais inévitable pour ne pas sombrer. Il serait difficile pour Holmes de s’en défaire mais elle pourrait et devait apprendre à vivre avec. Continuer à l'enfermer comme elle le faisait n'était absolument pas la chose à faire. Si elle poursuivait sur cette voie, la créature risquait de se libérer au plus mauvais des moments et plus puissante que jamais.

Ayant conscience de ce que représentait réellement son Épouvantard, Holmes allait-elle être à nouveau capable de le vaincre ?

Le professeur voyait chez son élève des hésitations successives et un trouble qui commençait à s’immiscer en elle. N’hésitez pas, allez ! Mark s’était placé en spectateur à quelques mètres du face à face mais il encourageait intérieurement mais fortement la Serdaigle afin qu’elle ne se laisse pas dominer par sa peur. Puis, alors qu’elle semblait perdre pied, un magnifique Riddikulus résonna dans la salle de classe. L’enseignant afficha un immense sourire de satisfaction face à cette belle réussite. Un sourire renforcé par le trait d’humour qu’avait glissé Holmes en faisant référence à la délicieuse Bièraubeurre dégustée quelques instants plus tôt.

« Bravo miss ! Vous vous en êtes bien sortie. La prise de conscience de la nature de votre Épouvantard aurait pu vous faire échouer mais vous avez su lui tenir tête pour le vaincre. C'était très bien !»

Il ne fallut qu’une seconde à Mark pour créer l’illusion d’une chaussure géante qui frappa l’Épouvantard fleuri et le projeta dans son armoire. Clac. Le meuble fermé, le professeur invita Holmes a retourner s'asseoir sur le lieu de la dégustation et prit sa suite.

« Maintenant que vous avez conscience de ce que représente votre Épouvantard, trouvez-vous plus difficile de le vaincre ? Avez-vous pu réussi à établir un lien entre son apparence et votre plus grande peur ? »

Mark n’avait plus grand chose à apprendre à Holmes sur le sujet mais il souhaitait qu’elle lui donne son ressenti afin d’être sûr qu’elle serait capable, à l'avenir, de réitérer son succès.

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Elle avait réussi l’exercice. Comme le disait son professeur, elle s’en était bien sortie. Ses épaules se relâchèrent ; tout son corps semblait se reposer après la dure épreuve qu’on lui avait demandé de passer. Lydia fit cependant attention à garder un visage plus ou moins impassible et à ne pas afficher un sourire niais, empli de bons sentiments bien trop mielleux. Elle contrôlait son visage : elle contrôlait ses émotions. Il devait en être ainsi. Elle avait bien vu l’impact que ses sentiments pouvaient avoir sur elle, son Epouvantard avait failli la dominer et lui faire perdre toute raison. Elle s’était reprise à temps – et dans un sursaut d’égo – mais qu’importait le résultat : pour progresser elle devait retenir les potentielles erreurs faites durant le parcours et les gommer à jamais.

Ses fortes exigences vis à vis d’elle-même contrastaient avec les félicitations de Dole. Elle les entendait à peine, consciente qu’il aurait suffi d’un rien pour qu’elle ressente la brûlure d’un échec cuisant.

Pour renvoyer le non-être dans son antre, l’enseignant créa une… Chaussure ? Comment avait-il fait cela ? *Comment on fait ça ?* Tout en marchant derrière Dole, la jeune Holmes se promit de se renseigner, elle n’avait pas souvenir d’avoir vu la méthode pour créer cette illusion dans un manuel.
Elle abandonna ce projet pour l’heure afin de se concentrer sur ce que la question qui lui était posée. Reformulée dans une manière poétique que Lydia comprenait mieux, celle-ci disait : est-ce que, maintenant que je connais ma peur, que je sais combien j’ai peur qu’un jour je ne sois rien de plus qu’un misérable débris, maintenant que je comprends la signification de ces mains et de leurs cantiques chuchotés vicieusement, maintenant que je connais ma fragilité, est-ce que je parviens mieux à la vaincre ?

« Je crois, oui. Depuis que je connais ma faiblesse... » Elle pinça ses lèvres. « J’arrive mieux à me confronter à mon Epouvantard et à lui lancer un Riddikulus. »

Ses phrases ne répondaient pas tout à fait aux deux questions de Dole. Elle les avait esquivées, préférant se concentrer sur sa réussite.
« Je vous ai déjà dérangé et n’aimerais pas abuser de votre temps plus longtemps. Je ne sais pas si vous avez d’autres questions à me poser ? » demanda-t-elle en s’agitant légèrement sur sa chaise.

Elle hésitait foutrement à se lever pour prendre le chemin de la sortie mais les règles de politesse lui indiquaient que ce n’était pas la meilleure chose à faire.

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L’analyse de Holmes ne fut pas aussi développée que Mark l’espérait. La Serdaigle semblait vouloir quitter au plus vite le lieu. Pourtant, elle y était venu de son plein gré. Peut-être y suis-je allé un peu fort ?, pensa-t-il alors qu’il empilait les verres et rebouchait la bouteille. Mark se demande aussi s’il avait correctement su s’y prendre avec la jeune fille. Comme à son habitude, il s’était laissé entraîner par la situation en se fiant à son appréciation instantanée et à son instinct. Il avait toujours fonctionné comme cela après tout. C’était sa méthode, un point c’est tout.

L’homme colla les verres empilés à la bouteille sur la table et se leva. Il avança vers la porte en invitant Holmes à le suivre d’un geste de la main.

« Tout est bon pour moi mais je devrais vous retourner la question. En tout cas, j’espère que cet échange vous permettra d’y voir un peu plus clair sur tout ça. Mark pointa l’armoire contenant l’Épouvantard derrière lui du pouce. Vous ne croiserez pas cette créature à chaque coin de rue mais connaître et comprendre votre peur est quelque chose qui vous servira plus souvent que vous ne l’imaginez. »

Arrivé à la porte, Mark posa sa main sur la poignée dorée et la tourna pour libérer la Serdaigle.

« Je vous souhaite une bonne continuation miss Holmes. On se voit mardi mais il n’y a pas d'Épouvantard prévu au programme. »

La jeune fille le remercia avant de s’éloigner dans le couloir1. Mark reprit alors le chemin de son armoire-bar pour y ranger la bouteille à moitié vide ainsi que ses verres à qui ils venaient de lancer un Récurvite. Cette interruption lui aura permis de prendre une décision concernant le devoir de cinquième année qu’il corrigeait. L’heure du repas arrivant, l’élève n’échapperait pas à une mauvaise note.

1 Action vue avec la joueuse.
Merci Miss Holmes pour ce sympathique RP :)

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