Impromptu Colonne de Brume

Ses mains ne vont tout de même pas se mettre à trembler ? Il ne devrait pas avoir à se tancer de reproches invraisemblables, il n’a pas connaissance d’avoir commis une offense inexcusable en ayant entaillé profondément d’une strie sanglante la Nature. Ce pot ne signifie pas… Ses doigts serrent avec plus de force, se verrouillent pour s’émanciper des mouvements incontrôlables, amorçant une descente pour rompre ce contact flottant qu’il ne saurait définir. L’autre main toujours entourant la spatule qu’il n’a même pas finie dans sa lenteur. Il contemple ce reste pensif, presque hésitant. Quelle étrange boucle que celle en laquelle il s’enferme. Il fait tourner tout doucement l’ustensile pour que la gravité ne se mêle à la vague incertitude dont il est pris, la langue toujours imprégnée de ce goût si caractéristique. Mais ce n’est pas lui qui a empoisonné les champs et de ce fait les travailleuses protégées d’Aristée. Il est même prêt à œuvrer pour leur santé, à réfléchir à un meilleur épanouissement de la faune et de la flore, qu’elles soient magiques ou non. Ce ne sont malheureusement pas les lapidaires présentations des institutions d’études sorcières qui lui étaient des plus éclairantes. Approchant de nouveau de sa bouche le peu de miel demeurant encore de sa dose initiale, il écoute la réaction de sa benjamine, celle qui n’avait encore jamais touché à ce nectar. Curieux des motifs de cette abstinence dans le milieu où elle avait évolué dans son enfance. Sa mélodie irlandaise ne trompait pas et bien que celle de Hjúki fût légèrement colorée du germanisme de ses origines, ils venaient de la même île. Le questionnement le soulagea presque, elle aurait pu le bloquer en une bien pire impasse, mais il pressentait bien une mise en difficulté. Il se savait encore ignorant de quelques pans qu’il n’avait pas pu explorer.

« Elles en produisent en général plus que leurs besoins, comme une réserve. Si la récolte est faite convenablement, cela ne leur tue pas toute subsistance. Si elles étaient mises à mal, ce ne serait pas malin car il ne serait plus possible d’avoir plusieurs cycles de production. C’est comme récolter la sève, si c’est bien fait il est possible d’en recueillir plusieurs fois sans détruire l’arbre, ce qui serait bien plus raisonnable que de l’abattre pour n’en avoir qu’une fois et en moindre quantité. »

Il est vrai qu’elles n’avaient pas proprement choisi de partager avec les autres espèces animales le fruit de leur travail, mais les mécaniques de la nature en avaient voulu ainsi. Les ours notamment étaient réputés pour être attirés par les rayons des ruches sauvages. Chez les hommes c’était une pratique ancestrale, les Grecs avaient même un dieu des apiculteurs, le miel était une substance essentielle et qui n’avait rien d’anodin, aux apports bien plus sains que d’autres produits sucrés.

« Je crois que ce dont elles souffrent toutefois n’a pas lieu dans les ruches mais surtout dans les champs qu’elles butinent. Des produits chimiques censés faciliter certaines cultures les rendent malades, les étourdissent, les égarent alors qu’elles devraient avoir un sens de l’orientation redoutable. »

Songeant à ce qu’il avait lu sur les différentes sortes d’abeilles et à certaines pratiques d’apiculteurs, il fait une pause de quelques secondes, hésitant à partager ou non ces détails.

« Comme je l’ai dit, il existe plusieurs miels, issues d’abeilles différentes. Si une sorte se fait rare, l’apiculteur peut être amené à tuer une reine qui risquerait de produire une lignée abâtardie pour protéger la pureté de ses ruches et donc de sa production. »

C’est miné. Le familier vertige du funambule s’est emparé de l’adolescent. Il a évidemment tu tout parallèle avec le concept de sang-pur qui gangrène à nouveau la société magique depuis bientôt deux ans. Né-sorcier, ça sonne un peu moins pire. Cette pureté… Pour lui, il y avait d’un côté la pureté pensée comme le terne sans nuance et appauvri ; face aux mélanges et aux hybridations empreintes de richesse. Le mêlement devrait être plus beau que la pureté qui refuse de se complexifier par l’absorption de nouvelles teintes. Chassant ces réflexions, se recentrant sur la préoccupation du miel, une humble pensée lui vient, comme pour s’excuser de ses lacunes.

« Tu crois que Featherstone saurait mieux nous informer de ce que les sorciers font pour tirer des éléments de la nature sans en abuser ? »

En oubliant un peu que sa formation était possiblement plus que dépassée, considérant son âge… Bah, il était sûrement plus jeune que Opa.

Impromptu Colonne de Brume
La petite Irlandaise commençait à vraiment apprécier le jeune homme, il y avait quelque chose de doux qui se dégageait de lui et c'était quelque chose de vraiment agréable. Absorbée par ses paroles elle regardait ses lèvres danser. Et celui qui n'était que peu loquace alors qu'elle avait pénétré son espace, surprenait Lucy par ses phrases, elles étaient pleines de précisions ses phrases. C'était réconfortant pour elle. Elle avait tendance à être parfois pointilleuse, mais elle ne trouvait rien à redire avec ce garçon. Elle l'écoutait parler comme on écoutait une pièce de théâtre ou un opéra. Ainsi les abeilles produisaient plus que leur besoin, voilà une information qui soulageait beaucoup la fillette. Par moment elle semblait reconnaitre un accent venu d'Irlande, mais Lucy n'était pas sûre il y avait autre chose qui parasitait cela et elle ne voulait pas être trop familière, puis ce n'était pas le sujet pour le moment. Concernant les pesticides Lucy en avait entendu parler, mais ce concept lui paraissait lointain. Sa famille avait toujours acheté des produits sans traitement pesticide. C'était un point d'honneur de sa mère, elle n'allait jamais dans les hypermarchés. Toujours chez le boucher, poissonnier et marché de petit producteur du coin. Faisant parfois bon nombre de kilomètre pour être sûre. « Tuer une reine ? » pensa l'Irlandaise les abeilles avaient des rois et des reines ? Cette information ne plaisait pas à Lucy, mais elle s'efforça de ne rien dire. Elle fut un peu surprise que le garçon lance Featherstone sans mettre Mr. ou Professeur devant son nom, mais elle ne releva pas non plus cela. Il est vrai que celui qui faisait office de professeur de botanique pourrait sûrement mieux informer le duo, après tout c'était un excellent botaniste et il devait avoir l'œil et la délicatesse pour ce qui était de prélever des échantillons de plantes ou ce qui s'en rapprochait. Lucy prit le temps de réfléchir.

- Professeur Featherstone est quelqu'un qui a la notion de ce qui est précieux. Répondit l'Irlandaise. Il suffisait de voir les serres pour s'en apercevoir. Je suppose qu'il pourra nous répondre si on décide d'aller le voir. Elle marqua une petite pause. Voudriez-vous m’accompagner ?

Elle pourrait trouver cela intéressant, puis malgré le peu d'interaction elle l'aimait beaucoup ce professeur. Comme elle aimait beaucoup finir le lundi de cours en sa présence. Il fallait dire que Lucy avait une certaine sensibilité à la botanique, déjà parce qu'elle était hypnotisée par la plupart des fleurs qu'elle croisait, mais aussi parce que les plantes étaient un organisme vivant et qu'elle appréciait beaucoup. Elle aimait l'idée de semer une graine et de la voir se développer en une bébé plante toute fragile. Puis il fallait l'arroser et s'en occuper laissant pousser celle-ci jusqu'à voir les premières feuilles. Enfin une fois grande on pouvait lire le résultat d'une fabuleuse implication. C'était le chemin de la vie.

- Je pense qu’il ne devrait pas être loin des serres d’ici peu de temps. Ajouta l’Irlandaise

Le soleil qui frappait était très agréable et la petite O'Reilly qui était recroquevillée sur elle-même profitait de ce bain chaud. Comme le ferait une plante son visage fut happé par l'astre dans le ciel. Elle ferma les yeux et profita de ce moment, laissant ses oreilles à l'affut d'une réponse du jeune homme. Alors que quelques secondes venaient de passer, qui avait pourtant duré une éternité pour la petite rousse, elle déposa son regard sur de petites fleurs qui jonchaient l'herbe. Peut-être qu'elle pourrait en faire un petit bouquet pour son professeur de botanique.

Couleur des dialogues : #004080

Impromptu Colonne de Brume
L’arrachant insidieusement du temps présent, un lointain souvenir le tira quelques années arrière, alors qu’il faisait ses débuts en Botanique. À l’époque la discipline ne commençait à être enseignée qu’en troisième année, et non dès la première, détail qu’il avait presque oublié. Il était clair que cette enfant devant lui n’avait pas les treize ans révolus que lui avait dû atteindre avant de pénétrer… cette sublime Serre aux Sept Cascades du professeur Fawley. Un sourire rêveur se dessinait sur son visage alors qu’il replongeait dans ce paysage féerique, au sens propre puisqu’il abritait même un village de fées champêtres. Les lieux n’avaient cessé de changer au fil des propriétaires, les serres du professeur Featherstone étaient encore d’un tout autre ton. La première enseignante à s’être préoccupée des premières années, à l’échelle de son parcours, était Kaylie Chapman. Bénéficiant du nouveau système, la fillette avait donc déjà accès à ces enseignements, ce qui n’était en somme qu’un retour à un fonctionnement précédent à l’échelle de l’histoire de Poudlard. En cinq années l’adolescent avait eu le droit à cinq approches distinctes puisque chaque adulte n’avait tenu la fonction qu’une année avant de passer la main à un remplaçant présentant encore une nouvelle forme de rapport avec les plantes.

Une déclaration qui entrait parfaitement en résonance avec les interrogations actuelles et brûlantes qui tiraillaient l’esprit du jeune homme lui revint soudainement, en les mots exacts par lesquels ils avaient été prononcés. *Ce cours n’a pas vocation à vous apprendre comment torturer une plante magique pour lui soustraire ce dont vous avez besoin.*, avait-il alors annoncé. Il avait donc fallu qu’il soit confronté à cette curiosité inattendue exprimée par la plus jeune étudiante pour que cette entrée en matière lui revienne brusquement. Il était bien dommage que le professeur Fawley ne soit demeuré plus longuement pour développer jusqu’au bout cette idée, mais rien n’indiquait que ses successeurs en étaient incapables, bien qu’il n’ait pas été marqué aussi fort d’une opinion que l’occupant actuel des serres aurait pu exprimer à ce propos. Raison de plus pour le questionner, espérant toutefois que ses savoirs ne soient pas trop obsolescents. Si Opa savait se renseigner pour s’adapter à sa génération, nul doute que le doyen des enseignants du château était – si ce n’était à la pointe – plutôt à jour dans son domaine.

Les premières syllabes tombèrent dans les limbes alors que l’adolescent atterrissait de nouveau dans l’instant qu’il avait quitté en pensées mais il capta au moins la fin de phrase. *…précieux…* Elle devait être singulièrement attentive pour affirmer cette impression ; il n’était de son côté pas certain d’avoir beaucoup cerné de ce botaniste. Sûrement parce que sa benjamine ne devait pas gérer une galerie d’une petite centaine de professeurs et personnalités dans sa tête car incessamment changeants. À croire que Voldemort avait lancé une malédiction non plus sur le seul poste de Défense qui était paradoxalement doté de la plus grande stabilité, mais sur presque toutes les autres disciplines. Hochant la tête, il répondit positivement à la suggestion spontanée d’essayer de l’approcher, se persuadant à moitié qu’il n’y avait pas tant de mal à interrompre le repos dominical à peine le Soleil automnal levé.


« Nous pourrions essayer de voir s’il est disponible. »

Il n’était clairement pas connaisseur des habitudes du professeur au point de pouvoir déterminer à quel point il était vraisemblable qu’il accepte d’être dérangé dès potron-minet, mais ils ne perdaient sans doute rien à tenter. L’apaisement précédent de la préparation avait été efficace et il rassembla sans peine ses ustensiles et ingrédients en ordre, recapturant la flamme magique en son bocal, hésitant encore à tout engouffrer dans un rangement à extension magique ou à porter à l’air libre son chaudron.

Reducio
Existence de la Serre aux Sept Cascades du professeur Fawley avérée par cet écrit, la liste des postes RP ne commençant qu’à la rentrée 2042 en la matière, je considère que Hjúki l’aurait connu l’année 2041-2042, bien qu’enseignant alors aussi les Potions mais n’a pas écrit de cours de Potions à ma connaissance, contrairement à la Botanique où il est stipulé que c’est une initiation pour les troisièmes années et d’où la citation est tirée.