L'Atlantide fleurit en Hiver Solo

Alison, 2ème année
19 Novembre 2046,
◦ Volière ◦

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Le principe des lettres, c'est ordinairement de parler. On s'envoie des mots, des bribes de lettres, des phrases elliptiques parfois. De ces "Je vais bien, et vous?" qui veulent tout et rien dire à la fois. C'est presque un art de savoir, une fois devant le parchemin vierge qui vous regarde sévèrement, quoi écrire.
Comment débuter une lettre?

La question tournait depuis deux jours comme un vieux disque moldu rayé dans son crâne. Grinçante, agaçante. Et elle n'avait pas encore trouvé la manière de relever le stylet.
En proie à un mal de crâne phénoménal, elle gravit rapidement les marches de la Volière, sa sacoche battant sa hanche à chaque pas.
Le lieu lui inspirait une profonde répulsion. De loin celui qu'elle haïssait le plus dans tout le château.
Par Morgane, qui avait eu l'idée stupide de mettre un lieu où entasser les pires créatures de l'Univers? Est-ce qu'on avait fait un coin d'élevages à acromentules dans Poudlard? Non ! Eh bien, pourquoi l'avoir fait pour les hiboux dans ce cas !

Comptant les marches que ses talons tapaient avec une précision métronomique, elle ne put s'empêcher de créer des rythmes au-dessus, pour oublier où elle se rendait. *Tada-a-tada...*
Après une douzaine de variantes, ses deux talons se posèrent sur un parquet des plus crades, auréolé de tâches d'humidité et jonché de plumes cassées.
Les yeux toujours accrochés aux défauts du parquet, elle ne prit même pas la peine de relever la tête pour croiser les yeux oranges des prédateurs nocturnes.

Respirant à petits coups, elle se dirigea d'un trait vers la fenêtre, chassant de ses mains quelques piafs qui auraient voulu se l'accaparer, et s'y adossa.
Le vent froid entrait parfois par bourrasque, mais elle préférait cela au relent moisi et infect des rapaces.
Sortant une pochette rigide de sa sacoche, elle se cala un peu mieux entre les pierres, le regard tourné vers le Lac où apparaissait déjà les premiers signes de gel, et sortit une feuille de parchemin.
Sortant sa plume de sa boîte de fer, elle la tailla rapidement avant de poser sur le rebord de la fenêtre la boîte, avec l'encrier débouché.
Hésitant un instant, le bout de la plume lui chatouillant les narines, elle sentit un nouveau coup de vent faire claquer le parchemin entre ses doigts.
Tournant à nouveau la tête vers l'extérieur, elle riva ses pupilles couleur mousse au soleil lointain caché par les nuages.
Puis, avec un nouvel éclat métallique dans les yeux, fit tinter la Plume contre l'encrier avant de s'élancer.
Chère Anaë,
Merci beaucoup pour le livre, il m'a fait extrêmement plaisir (je ne m'y attendais pas du tout) !
J'espère que tu Comment vas-tu, en ce moment? La mer est calme?
Elle s'interrompit un instant, se demandant quoi rajouter. Puis, se rappelant que sa tante ne devait pas connaître grand-chose de Poudlard, elle se reprit et édulcora un peu :
Au château, c'est un peu le bordel bazar depuis la rentrée. Une boîte stupide Urne noire est arrivée par corbeau, envoyée par une sorcière trop puissante et pas sympa du tout. On va devoir envoyer 4 élèves du château à la mort, dans un truc qu'ils appellent le Domignon. Ou Dominion? Dominion, je crois bien.
Et sinon... Bah, les cours se passent bien mais l'ambiance est pas géniale comme tu peux t'en douter.
En se relisant, elle trouva la lettre carrément dépressive et pessimiste. Un long soupir s'échappa de sa bouche, faisant s'affaisser ses épaules. En même temps, la vie n'était pas franchement rose au château.
Mais c'est toujours chouette sympa d'apprendre pendant les cours, de sortir voir le Lac, de s'entraîner à faire des sorts et des potions ! Et puis j'ai pu revoir des
Des quoi? Des amies? Elle grimaça. Le mot en lui-même faisait partie de ceux qu'elle n'aimait pas. Ils pouvaient sonner si faux, d'un coup, sans prévenir ! Se mordillant furieusement la lèvre, elle finit par achever :
... Des personnes que j'aime bien.
Hâte de te revoir, toi et Calypso !


Bien à toi,
Alison.


La fin lui paraissait plate et dénuée d'émotions. Elle aurait voulu une de ces phrases électrochocs, celles qui vous font sourire, un coup de théâtre en bas de page, avant la chute du rideau. Un dernier sursaut de vie, une signature piquante et provocante.
Une pirouette élégante pour tout et rien dire à la fois.

Rayant adroitement les deux dernières lignes, elle écrivit en dessous :

Always keep an eye on the Horizon yourself,
La Mioche.


Satisfaite, elle attendit un peu que l'encre sèche, puis plia la lettre simplement, avant de sortir l'enveloppe brune et résistante qu'elle avait trouvé au fond de sa malle. Sortant un cachet de cire bleu sorcier, elle l'appliqua sur l'enveloppe, scellant ainsi son contenu.
Puis, heureuse, elle alla se poster devant le premier hibou *chouette rayée* et lui ordonna d'une voix ferme :

"Pour Anaë Blackfall, j'sais pas où, sur un bateau, tu trouveras bien."

Puis elle attacha rapidement la lettre à la patte aux plumes crème et descendit les escaliers.
À défaut d'aimer ses ennemis, mieux valait les connaître.
Et elle connaissait les noms des chouettes mieux que ceux de toutes les foutues bestioles sur cette terre.
Un sourire ironique s'inscrivit sur ses lèvres.
En descendant les marches, elle se sentait étrangement légère. L'excitation de recevoir une réponse, peut-être.
*C'est pour ça qu'on s'envoie des lettres. On n'en attend rien. Parfois pas même de réponses. Et quand on en attend quelque chose... C'est encore plus cruel, car parfois, elles reviennent pas.*
Mais une petite voix dans sa tête lui murmurait qu'Anaë ne faisait pas partie de ces gens-là.

Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.

L'Atlantide fleurit en Hiver Solo
Ellipse parfaitement complétée
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La Plume qui tomba à ses pieds ne manqua pas de lui faire relever la tête.
Cependant, ses orbes ne rencontrèrent qu'un soleil de marbre, s'amusant à l'aveugler. Un juron s'échappa de ses lèvres tandis qu'elle levait la main pour tenter de protéger ce qui restait de rétine pas encore cramée. Trop tard.
Clignant plusieurs fois des yeux pour tenter de dissiper les halos jaunâtres qui bouchaient sa vue, elle ne vit qu'une masse informe s'engouffrer dans la Volière du château. *C'est rapide ces bestioles.*

Soupirant finalement (ça n'arrivait qu'à elle, de recevoir des Plumes de chouettes), elle ramassa cette dernière et la fit tournoyer un instant entre ses doigts. Elle était plutôt propre *miracle*, le bout légèrement tordu, et couverte de zébrures brunes et crèmes. La forme était arrondie au bord, pas aussi effilée que les Plumes des effraie. La couleur excluait immédiatement un hibou *c'est trop clair* et les piafs de couleur blanche *genre harfang.*
Se remettant en route vers le château, elle fronçait encore le nez pour déterminer à qui appartenait la Plume lorsqu'elle passa sous la porte.
Elle en avait vu une semblable, il y a quelque temps... Mais de là à savoir à qui elle appartenait?

Et la réponse s'échappait. C'était le foutu lapin blanc d'Alice qui vous fait coucou de la patte avant de s'élancer dans les zones d'Ombres de la forêt de vos pensées. Dans son cas, ce n'était même plus une forêt. C'était une jungle, avec des amas de ronces enchevêtrées, des tonnes d'épines, des tas de feuilles mortes, balayées par des bourrasques venant du Nord. Et le lapin filait, se glissait dans les interstices végétales, souple comme une anguille. Et en bonne idiote qu'elle était, elle s'emmêlait les pieds dès la première racine et s'étalait dans un immense nid de ronces. *Sublime.*
Agacée de voir ses pensées se détourner aussi facilement de son objectif, elle secoua énergiquement la tête dans le but de tout remettre en place.

Reposant son attention sur la Plume, elle se coula entre les Autres peu attentifs du couloir, avant de cheminer au plus près des murs. Son épaule frôlait les pierres, mais au moins, elle avait un côté de sauvegardé par rapport à la Mer des pieds prêts à l'écrabouiller.
Les zébrures étaient magnifiquement caractéristiques. Elle avait vu une chouette la portant, elle en était certaine, elle en mettrait sa main à couper... Combien de temps de cela?
Furieuse, elle fendait les flots d'élèves tandis qu'elle tentait de sonder les abysses de sa mémoire. *Mais c'pas possible, j'ai une passoire à la place d'la tête ou quoi?*

En désespoir de cause, elle prit la direction de la Volière, le visage particulièrement renfrogné et le corps légèrement tendu en avant. Elle avait remarqué que quand quelqu'un tirait une tronche comme ça, tout le monde avait le bon goût de s'écarter. Cette fois-là ne différa pas.
C'est en arrivant en bas des marches que la Réponse la foudroya sur place.
*Anaë. ANAË !*

Une énergie nouvelle électrisa son corps, et elle se mit à gravir les marches trois à trois, se foutant de les compter pour la première fois. La chouette, la saleté de chouette rayée qu'elle avait envoyée à sa tante était de retour !
Son cœur bondissait aussi allègrement que ses talons sur les marches, faisant retentir le bruit de ses pieds s'abattant sur le sol et de l'organe cavalant dans sa poitrine.
Une fois en haut, elle se rua sur la bestiole, mains tendues pour recevoir la lettre.
Il y avait peut-être des centaines de chouettes rayées aux yeux d'onyx taillés, mais peu avec des enveloppes en papier kraft brun et des cachets bleus.
Elle avait envie de sautiller de joie avec sa lettre entre les mains, ne se lassant pas de caresser l'enveloppe assez abîmée et le cachet mal posé. Anaë avait bien dû galérer avec la cire moldue.

Rendue de bonne humeur, elle ouvrit la lettre avec une dernière pensée en tête. *J'avais raison. Anaë est pas du genre à pas répondre. Même si j'ai une lettre elliptique.Elle a répondu ! *

Ses doigts effleurèrent un papier assez fort, de couleur crème et aux bords légèrement grignotés par un bec jaloux. *Calypso!*
Une encre bleu marine s'étalait, toute en piques et en courbes. Certains mots étaient assez illisibles, mais au moins, l'encre n'avait pas bavé.
Se dirigeant vers la fenêtre pour avoir un brin de soleil, elle commença sa lecture avec un souffle de vent faisant bruisser la page.
Chère Mioche,

Ah, je n'ai donc pas si mal choisi ! Lysander n'arrêtait pas de me dire que l'écriture compliquée de Jules Verne allait t'ennuyer. Il y a d'ailleurs un superbe dossier à la fin, tu m'enverras des aquarelles de pieuvres (c'est non négociable).

Dis-moi Moussaillon, faut redescendre d'un échelon, hein? Depuis quand on a le droit de donner ses propres conseils à la Capitaine? Mais c'était une formule de conclusion toute dégoulinante d'ironie, bien trouvé.
La Mer est un peu agitée là où je suis, mais l'Isabelle arrive à faire face sans problèmes. C'est vraiment un brave bateau (un jour je t'emmènerai dessus et on ira faire le tour de l'Angleterre)!

Il me semble que les corbeaux comme messagers, c'est assez peu commun chez vous, non? En tout cas, j'espère que tu n'as pas fait l'immonde connerie de mettre ton nom dans la boîte. D'autres méritent plus de crever, crois-moi, parole de Marin !
Ah, si tu veux tu pourras t'entraîner à tes sorts sur l'Isabelle? Après tout, Calypso aimerait peut-être (elle me fait la tronche depuis ton départ, c'est pas croyable) !
Continue à travailler comme ça en tout cas : tu verras que ça t'offrira beaucoup. Et puis, cela permet de se changer les idées quand des crétins viennent sortir des diablotins en boîte de sous leurs lits pour envoyer des élèves dans un Dominion.



Tâche de ne pas faire exploser le château avec ta baguette !
Blackfall.

Un grand sourire ignare traversa son visage de part en part, l'illuminant brusquement.
Des Mots pour chasser tous les Orages de son Visage. C'était beau.
Pressant la lettre contre son cœur, elle descendit en sautillant comme une enfant les marches.
Mais aujourd'hui, elle s'en moquait.
Elle voulait être Enfant jusqu'au bout des Ongles.

Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.