Livre 0.3 Lancelot & la Lancelopédie.

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Septembre 2020


Cela faisait à présent quelques jours que je me trouvais à Poudlard. Quelques semaines où la maison Serpentard était ma demeure ; celle de Merlin était devenue la mienne. Je pouvais me maudire ; après tout, je n’avais guère pensé appartenir à cette maison. Au bout du compte, mon destin semblait tant et si bien relié à l’histoire que me comptaient chaque soir mes parents sans savoir que l’Enchanteur incombait à ce monde qui paraissait être le mien à cet instant. J’avais des difficultés à m’y faire, et pourtant, je n’étais pas seul… Hector était avec moi, dans cette même maison ; dans cette même institution et surtout dans cette telle impression.
Hector souffrait déjà de l’absence de sa famille, de la technologie qui nous entourait quotidiennement, mais aussi de sa vie d’antan. Je pouvais comprendre, je pouvais le soutenir, car l’ancien moi, le désuet Lancelot me manquait. Une part de mon histoire ne m’était plus disponible ; je ne pouvais plus faire croire en une vie normale auprès de mes proches. Alors, oui, nous apprenions, nous vivions, même si la réalité nous faisait penser à une épreuve de survie. Nous avions droit d’avoir un nouveau chemin d’existence à écrire. Dès lors, je me demandais pour quelles raisons j’hésitais.

Je m’étais, par conséquent, installé dans la bibliothèque ; un lieu qui — étrangement — me plaisait alors que je m’étais promis de ne pas mettre les pieds dans ce qui pouvait me rappeler ma famille. L’amour des livres, ce n’était pas pour moi, du moins, ce fut ce que je croyais. Ces ouvrages paraissaient à mille lieues de ceux qui existaient dans mon monde de naissance. Je m’étais même surpris à apprécier ces tableaux mouvants ; ces textes qui racontaient d’un autre point de vue ce que j’eusse considéré réel chez les moldus en ce qui concernait la chevalerie ; et je prisais, je prenais ainsi l’ensemble de mon temps à littéralement les dévorer de regards. Les plumes des auteurs étaient si fluides, si simples et pourtant cachaient une recherche certaine sur ce travail. Je n’eusse pas espéré tel engouement pour cela.

Mes mains caressaient les pages, mes yeux les mots. Je me sentais heureux et complet, même si je ressentis la présence d’Hector face à moi. Son sourire semblait tellement moqueur, et qui — néanmoins — contrastait avec son regard bien veillant.

Lancelot, c’est le troisième jour que tu m’emmènes à la bibliothèque pour te voir t’enfermer dans ces livres. Qu’ont-ils de si intéressant ? Ce ne sont que des morceaux de papier dont la pureté a été arrachée par l’encre.
— Je sais, Hector, mais cela est tant et si bien mieux que les livres de notre monde. Ces tableaux vivent et nous apprennent tellement de choses. Ils complémentent le texte, nous n’avons pas cela par chez nous. Et tu devrais t’y mettre aussi…
Je te prie de ne pas rêver, Lancelot, il faut également s’amuser. Tu auras tout le reste de ta vie pour t’instruire de nos nouvelles coutumes. Je ne tiens pas à me transfigurer en un Wikipédia version sorcier.
— Insinues-tu que je suis une Lancelopédie ?

Sa tête acquiesça mes semblants de propos. Il y pensait et sur le moment, je m’étais rendu compte qu’il n’avait pas tort. Je me transformais en puits de savoir sans réellement connaître notre monde pour y avoir vécu dedans. J’avais cru et étudié mes objectifs de chevalier de la baguette en ne prenant que les mots que ces œuvres m’offraient.
Il fallait que je change cela, même si je préférais terminer la lecture que je venais d’entamer face à un Hector légèrement agacé.


Bibliothécaire : 01.09.45 - 28.10.46 |Professeur d'EdM : 29.10.46 - ...|DDM Serpentard : 15.11.49 - 27.08.50

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Décembre 2020


Trois mois avaient passé depuis mon arrivée au sein de la maison Serpentard. Trois mois où je ne faisais que rôder au milieu de la bibliothèque afin de m’informer sur le monde magique et rattraper les lacunes que je possédais contrairement à ceux qui la côtoyaient depuis des années. Comme quoi, cela n’était pas facile d’arriver dans un monde que l’on ne maîtrisait pas réellement puisque la sorcellerie expliquée dans les romans n’était nullement la même. Alors, je faisais avec, prenais sur moi, et avançais à mon rythme tout en m’entichant des livres d’Histoire de la Magie pour connaître cette adoption du mieux que je pusse faire ; mais aussi des cours de Sortilèges et des ouvrages magiques discutant du monde de ma naissance. Souvent, leurs explications étaient très anciennes et le point de vue peu changeant ; cependant, ils me plaisaient. Peut-être allais-je un jour comprendre pourquoi, mais la naïveté de l’enfance pouvait s’ancrer même encore à ce jour où j’écris les lignes de mon passé.

Les livres filaient devant mes yeux, mon cerveau encrait ces trop nombreuses informations dans ma mémoire. Pourtant, tout ne pouvait pas être retenu, je savais que je pourrais toujours consulter ces ouvrages en cas de doute ou d’incertitude sur ce dont j’avais acquis la compétence théorique. Bien qu’il fallut dire qu’entre concept et pratique, le fossé était large ; immense aurait été plus véridique.

Alors, je persévérais à faire ce tout : devenir un connaisseur et avoir ce qui ne me qualifierait plus de chanceux. Non, la magie n’était pas une opportunité ou un don, c’était une norme. Il fallait s'inscrire dans la règle, même si ma condition d’entrée était bien variée à la réalité : la génétique. Je me savais né de Moldus, et pour une majorité des membres de la société magique ; cela n’était pas normal, et pourtant cela ne m’empêcha pas de continuer mes lectures, d’aller à la découverte de ce Tout. Néanmoins, cela fut avant l’apparition de mes deux camarades de maison : Hector et Soizig qui s’installèrent face à moi ; Soizig me regardant avec toute la tendresse qu’elle pouvait donner et Hector avec l’ennui.

Lancelot, tu sais qu’on te cherchait partout ?
— J’imagine, répondis-je, sinon tu ne me dirais pas cela.
Les garçons, vous n’allez quand même pas vous disputer pour rien.

J’avais souri avant de retourner à ma lecture ; enfin tenter d’y revenir puisque Soizig le referma pour le prendre dans ses bras. Hector était presque heureux de cela, mais je pouvais comprendre. On ne pouvait me voir qu’en cours, en salle commune ou à la bibliothèque. Je n’allais nulle part ailleurs (du moins, à cette époque) et je faisais avec. Peut-être fallait-il vraiment que je réalisasse une pause personnelle ?

Sors un peu de la case « Lancelopédie », Lancelot ! Si tu pouvais être à jamais ici, tu le ferais. Viens t’amuser un peu !
Hector, sois moins brusque avec lui… Lance' ce que Hector veut dire c’est qu’on pourra toujours en apprendre plus sur le monde magique avec les années. Il faut un peu prendre l’air et découvrir Poudlard sous tous les angles.
Oui, voilà ce que je voulais dire ! Et donc, tu veux bien nous rejoindre ?

Leurs œillades traduisaient leurs paroles. Ils désiraient véritablement me voir en dehors de ce lieu que je chérissais tellement et ils ne m’en laissaient guère le choix. Alors, ce fut à contrecœur que je fis tomber ma phase Lancelopédie en les regardant.

— Oui, c’est bon, vous avez gagné, on va aller jouer, mais demain vous viendrez avec moi ici, après tout, on a un devoir d’Histoire à rendre pour vendredi !


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Janvier 2021


Les premiers examens tombés ; les premières vacances passées, je me retrouvais une nouvelle fois dans la bibliothèque de l’école. Je ne pouvais plus me déconfire de ce lieu : peut-être allait-il devenir mon exutoire pendant les six prochaines années à venir ? Et j’enviais la chance qu’avait la bibliothécaire de l’époque d’y être tout le temps présente, pourquoi ne pouvais-je donc pas en faire de même ? Pourquoi ne me permettait-on pas de me trouver en ce lieu quand j’avais cours — hormis ceux d’Histoire de la Magie — ; malheureusement, ma mère m’avait bien fait comprendre que l’ensemble de ces leçons étaient importantes au vu de ma différence avec eux ; d’ailleurs, je retenais, au plus profond de moi, la jalousie que possédaient mes sœurs. Après tout, je n’avais plus d’anglais à longueur de temps, je n’avais plus de mathématiques, de géographie ou de cours de sport ; cela restait donc un avantage pour lequel je remerciais ma condition de sorcier ou de « moins que rien » comme le disaient les mages qui n’avaient aucune ascendance moldue. Mais bon, que pouvais-je y faire ?

Mes mains prirent, en cet instant, quelques exemplaires de l’allée E sans réellement en regarder les thématiques présentées. Il fallait que je me retrempasse dans l’univers merveilleux de ma vie et de faire abstraction de mes pensées dans le monde profane quand bien même je l’adorais, mais cela était ainsi ; je me devais de distinguer mes deux sociétés d’existence.
Alors, je me plongeais avec force dans ces connaissances qui n’allaient sans doute jamais être utilisées dans l’année ou dans la vie de tous les jours, pourtant, cela était ma seule solution. Je souris doucement quand j’ouvris la première œuvre.

— Qu’avons-nous là ?
Une lancelopédie qui ne cesse pas de retrouver cette bibliothèque à chaque moment de répit peut-être ?
— Oh, Hector, tu ne vas pas encore m’en vouloir de désirer m’instruire. Je t’ai promis, cher chevalier, de passer du temps avec toi après les cours. Alors, laisse-moi profiter de ce temps de pause pour m’amuser à ma manière.
Que dira ta mère quand je joindrai ma lettre à la tienne ?
— Que j’ai raison d’agir ainsi ? Que la littérature est une source de culture infaillible ?
Internet est imparable !
— Ah bon, sais-tu remplir un devoir d’Histoire de la Magie avec Internet ? Je ne crois pas, donc oui, c’est infaillible pour notre côté moldu, mais pas pour notre vie sorcière.

Je ris quelques secondes avant qu’il me rejoignît non sans rajouter un commentaire quelque peu cinglant à propos de mes remarques bien trop réelles. Néanmoins, cela ne me dérangea pas, cela fut même ce qui me détendit avant de le voir prendre l’une de mes possessions du moment et de se mettre à lire.

— Tiens donc, ne deviendrais-tu pas une Hectopédie ?
Le syndrome de la Lancelopédie m’a touché, du moins pour l’instant, mais si cela me permet de passer une heure avec mon meilleur ami avant la fin des cours, autant en profiter.
— Je te le revaudrai, Hector.
Pas besoin, ta camaraderie et ta personnalité sont déjà des récompenses, alors c’est à moi de te remercier d’être mon ami de la chevalerie magique.

Un sourire fut doublement échangé avant que nous disparûmes dans les méandres de la lecture avant l’arrivée de la dernière étude de la journée. Il fallait un jour penser à s’accepter dans la vie d’un Né-Moldu ; avec notre force et nos lacunes ; j’en étais cependant loin.


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