Face au Silence nous nous sommes tu(é)es

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{ Un an plus tard }




❝ Le Temps, je tends à croire qu'on se le fabrique soi-même ❞
Une Plume


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Hannah, 13 ans
Janvier 2046
Couloirs, à la sortie du cours de Métamorphose



*Il faut que je lui parle*
Cette rengaine revenait chaque jour, avec la même intensité, la même évidence. Si elle se confondait aisément avec le reste de tes Pensées — très nombreuses, est-il besoin de le dire ? —, lorsqu'à différents moments de ton quotidien elle refaisait surface, le regret devenait une charge trop lourde à porter. Que se passe-t-il lorsqu'une force démesurée joue au bras de fer avec notre dos ? La clavicule se brise dans un sinistre craquement.

Tu ne souhaitais pas réitérer l'expérience de l'inaction qui t'avait coûté cher, très cher, quand il s'agissait de rendre une lettre à *je dois plus penser à elle*. Mais une fois qu'il faut affronter la peur de la discussion avec autrui, tout cela est bien moins évident. Une nouvelle fois, le Temps et Méduse avaient figé ta langue à chaque tentative d'approche. Ces multiples échecs t'avaient confortée dans l'idée qu'énoncer les Vérités qui causaient ce Silence malsain serait hors de portée. La Déception s'était ancrée dans ton Cœur. La Tristesse s'était immiscée au creux de tes Yeux ; parfois, enfouie sous tes draps.

Pourtant, la résignation ne fut pas définitive. Un jour, plus d'un an après la Fusion, tu décidas d'agir. Cette volonté apparut soudainement durant un cours de Métamorphose — on pourrait y trouver quelque interprétation croustillante. Un.e fin.e observateur.ice eût remarqué cela en raison de la déconcentration totale qui t'empêcha de réaliser correctement les transformations à effectuer. « Qu'est-ce que tu fabriques ?! » t'interrogea même un camarade de Poufsouffle, peu habitué à tant de distraction de ta part. Et c'est un hochement de tête pensif qu'il reçut en guise de réponse ; tes pensées était ailleurs. *Il faut que je lui parle*.

A la sortie du cours, alors que la masse infecte de Semblables envahissait le Couloir dans un Chœur de cris, tu y cherchas d'un œil attentif la silhouette de la Gardienne du Secret avant qu'elle ne disparaisse ou se fasse embarquer dans une conversation avec une autre personne que toi. C'était important. *Il faut que je lui parle* Il était hors de question que l'étrange sensation t'ayant insufflé un nouvel élan soit amenée à s'éteindre. Quand on a une occasion entre nos Doigts, on fonce. La Chance, l'Amour et le Bonheur sont comme le temps en haute montagne ; ils tournent vite.

Finalement son visage fut agrippé par le piolet de ton regard ; *C'est elle !* s'exclama ton Cœur. Ce dernier, une fois l'exclamation envoyée à ton esprit, se mit à accélérer sans retenue. Une faible quantité de sueur coula au sein de tes vêtements. Sans aucun doute, la Peur était toujours là — bien qu'étouffée. Tu te surpris à vérifier la présence de ta baguette au creux de ta poche. Puis tu avanças parmi les Semblables, les bousculant sans un regard ; une seule chose t'importait. *Il faut que je lui parle* Les visages et les egos offensés n'était qu'un lointain brouillard formé d'images aux fins fonds de on esprit ; *Il faut que je lui parle* Les voix n'atteignaient nullement ton tympans ; tu survolais ses sons à la manière d'une Chouette. *Il faut que je lui parle* Il n'y avait qu'une seule pensée, une seule phrase qui peuplait ton esprit : *Il faut que je lui parle*

Au fur et à mesure que tu approchais, les souvenirs revenaient doucement. La nuit riche en couleurs, les Secrets, les promesses implicites de liaison. La première esquisse d'une amitié à Poudlard. Le sentiment d'avoir vieilli — modérément, mais juste assez pour s'en rendre compte — te saisit à ce moment là. Il s'était passé tellement de choses depuis... Mille rencontres avaient suivi celle-ci, parfois plus rayonnantes encore *Swann* ; parfois plus sombres *Eil - Non !* Cette rencontre était comme un vieux tableau d'un peintre que l'on affiche des années plus tard dans un musée : Elle dissimulait sous sa toile tout une époque pleine de sentiments invisibles lorsqu'on y jette un coup d’œil désintéressé. Et derrière cette rencontre tu voyais le Doute, la Douleur, la Solitude ; ces trois sentiments étaient toujours présents, mais d'autres choses plus solaires les avaient rejoints. En somme, il y eût sous ton crâne un furtif retour en arrière ; avant que ton objectif ne reprenne le monopole de tes pensées.

*Il faut que je lui parle*
Dix mètres.

*Il faut que je lui parle*
Cinq.

*Il faut que je lui parle*
Quatre.

*Il faut que je lui...*

« Lexa ! »

Trente centimètres.

Résurgence

Face au Silence nous nous sommes tu(é)es
*Midi vingt-sept.* Le temps était passé avec une affligeante lenteur ce matin, si bien que je revoyais entièrement ma conception du temps. J’appréciais les cours de métamorphoses, habituellement. Mais la pâleur des thermomètres ne m’aidait pas, et encore moins cette douloureuse sensation de creux au fond de mon cœur.

Vingt-huit. Mes yeux fixés sur l’aiguille des secondes qui décorait vulgairement mon poignet, j’attendais que le temps passe, sachant pourtant bien que le temps ne pût être pressé par le simple et banal regard d’une enfant de 2nde année. *Avais-je seulement encore mon temps, moi ?*

Vingt-neuf. Plus que quelques secondes. Ça passe vite, soixante secondes, non ? Un, deux, trois... Non, en fait, le temps est lent. Le temps est ralenti, comme si Chronos voulait obtenir vengeance. Mais n’avais-je jamais donné de temps à ceux qui me le demandait ? N’avais-je pas bloqué toute tentatives de vengeances, en étant garante avec ceux qui me demandait de mon temps ?

*Trente.* Dès que j’entends les quelques mots nous donnant l’autorisation de sortir, je me lève, et m’en vais, comme une voleuse. Les derniers vestiges d’impatience quittaient le contenant de mes turbulentes pensées, prêtes à ressurgir à mon prochain cours. Est-ce que deux iris grises réussiraient à arrêter le temps ? Cette petite phrase me remue l’esprit depuis maintenant quelques temps, dans ce flux continuel de pensées. Si je le pouvais, rien ne se serait passé ainsi, j’en suis certaine. Peut-être serais-je encore amie avec certaines personnes, peut-être serais-je l’ennemie d’autres personnes.

Non, impossible. Perdre le seul ami que j’ai reviendrai à se saisir de ma trachée, et l’arracher à jamais. Je n’avais qu’Antonn à mes côtés, même le Mal incarné ne me retirerait pas la seule chose qui fait remonter la commissure de mes lèvres. Même ma vieille amie, Reflet n’oserait me faire souffrir à tel point que je lui demande d’éteindre la petite lumière qui brille en moi depuis presque treize ans, maintenant.

Trente-cinq. Les couloirs sont infestés de corps mortels, et mortellement ennuyants. Quel intérêt trouvent-ils à sympathiser comme si le monde était sain, en cachant leurs larmes aux yeux de tous ? Quel tendre hypocrisie. Mais les mensonges et secrets hantent ce château, je l’ai bien vu, cette affreuse calomnie.

Tiens, on prononce mon nom. Ce n’est pas la voix d’Antonn. Pas celle de Dawn, non plus. Peut-être Eileen ? Je me retourne, curieuse. *Qui voudrai bien m’appeler, moi ?* Ce n’est pas quelqu’un de raisonné, j’en suis certaine.

Deux yeux. Deux yeux, et un an d’oubli. Tiens, je me souviens de son nom. De sa personne. La Sang-de-Bourbe. *J’avais été son amie*. Son alliée, en quelques sorties. Comment nous appelions-nous ? Les Gardiennes du Secret. Il est vrai que je n’avais jamais dévoilée à mes semblables son origine, simplement parce que son existence m’était sortie de la tête, après des mois et des mois de tentatives vaines à l’éviter. Mais avait-elle connaissance de mes derniers secrets ? Peut-être que oui, ainsi c’était-elle éloignée de moi. Peut-être que non, ainsi m’étais-je éloignée d’elle. Je n’en savais rien, et la réponse ne m’importait pas.

Je remonte mon sac à bandoulière sur mon épaule, lui qui s’amusait avec une étrange joie à m’énerver, tandis qu’il tombait avec paresse sur le haut de mon bras gauche. Aucunes émotions ne ressortaient de mon regard. C’était habituel, désormais. Peut-être le pouvoir de la Gorgone c’était-il glissé au plus profond de mes fines pupilles dansant dans les vagues des nuages. Je ne sais pas vraiment.

- Hannah.

Un nom. Juste quelques lettres, pourtant j’avais l’impression qu’Athéna s’adressait à la Gorgone. Mais alors, qui était Poséidon ?

- Tu m’veux quoi, Hannah ?

Couleur RP : #274e13
5ème année [48-49] - filière sciences
Lexa Queen, ou le trèfle à 4 feuilles vivant de Maiy Lewis

Face au Silence nous nous sommes tu(é)es
Le Temps laisse des traces, nous le savons.
Dès l'instant où le regard brûlant de Lexa se posa sur toi, tu compris que ce n'était pas des traces qu'il avait laissé sur le Lien qui vous unissait jadis ; c'était des entailles.
Ce constat faisait mal, terriblement mal. On ne sort jamais indemne d'une perte. Le deuil se constitue de cinq étapes plus ou moins longues après le choc. Déni, colère, négociation, tristesse, et enfin acceptation. Les franchir à la vitesse de notre société — à toute allure donc — est impossible. Ce Lien étant une base ancestrale du semblant d'équilibre que tu avais créé de tes mains, sa perte risquait d'occasionner des dégâts terribles sur ton Cœur — entre autres. Le deuil s'annonçait d'une lenteur effarante. Quand les fondations cèdent, l'Immeuble tout entier s'effondre comme une tour de Kapla. Avant de rencontrer Lexa, tu n'avais jamais accordé beaucoup de confiance à quelque personne de ton âge — et encore moins aux Adultes — par peur de l'échec ; malgré cela, l'échec apparaissait, un an plus tard. *J'ferai plus confiance à personne* : mensonge. Mais dans ces moments où tout tangue, il n'y a souvent que le mensonge qui apparaît comme stable. Alors on s'y accroche, par orgueil sûrement.

La froideur de ses mots... Ton regard, qui avait plutôt facilement atteint celui de Lexa quelques secondes plus tôt, trahit soudain une certaine déception. Car oui, tu étais déçue, il fallait l'admettre. Malgré les Rumeurs diabolisant l'élève de Serpentard, malgré l'objective vérité que t'offrait ton cerveau, malgré l'évidence même, tu n'avais écouté que ton Cœur ; une fois encore tu avais bondi sur un mensonge. Tu t'étais persuadée que cela n'était qu'exagération, que l'autre Lexa dont parlaient tant les Semblables n'existait que dans leurs paroles. Ses pulsions de violence ne pouvaient pas exister, tant elle avait été douce avec toi. Sa haine envers les né.e.s moldu.e.s ne pouvait pas exister, tant elle t'avait accordé d'attention. Dans cet empire du Leurre fort bien dessiné, tu avais oublié que ce n'était qu'un Château de Cartes. Le Destin s'était fait le serment de l'écrouler au pire moment ; c'était diaboliquement réussi. Toutes les forces que tu avais jetées dans la Bataille étaient annihilées par ce simple Souffle, ces quelques Mots vides d'apaisement. *Qu'est-ce que tu m'veux Hannah*

Une impériale affliction t'embrassait soudain (eût dit la Poétesse). Forte comme la Mer ; ravageuse aussi. Hululant comme le ferait le foehn des Montagnes. Une Plainte du Cœur hébété, pris au piège dans son erreur, sa naïve erreur : avoir cru le Lien encore solide. T’apprécies pas l’erreur, tu dis ? *... Qu'est-ce que ça vient foutre dans mes —* Commence à l’aimer, parce que tu vas beaucoup la rencontrer sur ton chemin. *Bordel de Zeus*. Les vociférations insistantes de souvenirs étaient impossibles à refouler, pour la simple et bonne raison qu'elles étaient vraies. *C'est sûrement son problème : elle a toujours raison*. Tu te promis de noter cette pensée sur le prochain bout de parchemin qui te tomberait sous la main afin de l'ajouter à des milliers d'autres fragments de réflexion. Pour le moment, il s'agissait de Comprendre. Beau conseil énoncé par le Peintre ; Calvaire pour la Protégée.

Comment Comprendre l'Incompréhensible ? Il aurait fallu pour cela une grande feuille, de l'encre et une plume. Tu avais ces trois éléments au creux de ton sac — sac qui fut d'ailleurs déposé par terre, dans le but de libérer l'épaule ; porter le poids de la Vérité est amplement suffisant —, mais instinctivement tu savais qu'il te manquait autre chose ; c'était le Calme. Et considérer comme Calme le vacarme dont le timbre faisait voler en éclats tes entrailles eût été une plaisanterie de très mauvais goût. Lexa. Quatre lettres qui plusieurs fois avaient été ta dernière raison de respirer ; aujourd'hui il fallait les repousser. Supplice ! L'Olympe a une drôle de façon d'apporter le Bien sur Terre.

Les encoignures de ton Être se déchiraient comme la chair fauchée par la Hyène affamée — car citer le Lion eût été un outrage. Tu étais mise à nue et le pire, c'est que rien de bien concret n'avait été dit ; seulement des paroles à qui on avait retiré toute empathie. La Suite s'annonçait terrible, pourtant il fallait continuer à se jeter dans la gueule du Loup. Au risque de finir à jamais dans l'Estomac, assassinée à coups de sucs gastriques.

« On s'évite. »

*J'parle pour ne rien dire* L'étrange sentiment qui nouait ta gorge avait créé cette phrase d'une banalité déconcertante ; achevant ta façade. Avec les personnes qui t'étaient chères *Est-ce qu'elle m'est chère ?*, c'était toujours la même chose. Le Voile glissait, et toutes les émotions transparaissaient. Les Larmes que tu avais laissées couler face à Bristyle étaient elles — *Non !*. Quoi qu'il en soit, tu transpirais en cet instant la myriade d'émotions qui te traversait l'Âme et qui faisaient battre ton Cœur avec autant de vigueur. Bien téméraire læ Peintre qui eût voulu les énumérer.

« Et je... J-Je... *Bordel !* J'pouvais pas continuer comme ça. Parce que quoi qu'on en dise, tu comptes pour moi, Lexa. »

Et la myriade d'émotions avait explosé.

Éteignez la Lumière ; Sens Inverse.

Résurgence

Face au Silence nous nous sommes tu(é)es
La douleur sortait de sa cage jusqu’à atteindre mon cœur. Toi aussi Hannah, tu comptes pour moi. Seulement, tu es de ceux que j’évite obstinément, parce que je sais que je ne pourrais jamais comprendre qui je suis en leur présence. Les mots peinent à franchir la barrière de chair qui s’impose devant eux. Et je réalise qu’on ne m’avait jamais dit ça. Je compte pour quelqu’un. Et ce quelqu’un compte pour moi. Comment dois-je réagir à ces mots ? J’aimerais fuir, c’est l’une des rares choses qui puissent m’aider en ce moment. Mais j’aimerais aussi lui dire qu’elle compte pour moi. Parce que c’est le cas.

Les mots sortaient de sa bouche comme une nuée d’aveux, j’avais honte de ne pas réussir à en prononcer, j’avais honte de beaucoup de choses aujourd’hui. De l’avoir évitée pendant une année entière, de l’avoir laissée croire quelque chose qui était faux. D’avoir ces pensées maudites et mauvaises à l’encontre d’Hannah. Évidemment, je ne pourrais pas être son amie, parce qu’elle est de ceux que je me bats pour supprimer. Mais n’était-ce pas trop violent de vouloir simplement éliminer ces personnes ? Ça veut dire que je voulais éliminer Eileen, Hannah, deux personnes qui comptaient pour moi.

Au final, nous sommes de ceux qu’on repousse inlassablement, sans savoir pourquoi. Nous sommes de ceux qu’on ne peut plus voir, parce qu’on ne croit pas qu’ils soient réellement qui ils sont. Nous sommes de ceux qui dégoutent nos opposés, des chasseurs ou des chassés. Suis-je un monstre pour Hannah ? Est-ce que je la répugne comme les autres de son sang me répugne ? Et elle, est-ce qu’elle me répugne ? *Certainement pas*

- T’as raison. On s’évite.

Évidemment qu’elle a raison. Mais qui évite l’autre ? Moi, je l’évite. Et elle aussi. Le « on » nous inclut toutes les deux. Est-ce que je veux l’éviter ? Non. Elle compte pour moi, c’est la seule chose dont je suis sure. Est-ce que les mots allaient franchir cette barrière, et valser jusqu’à elle, ou resteraient-ils enfermés dans une grotte de mots regrettés, qui n’ont jamais réussis à franchir cette barrière ?

- Tu comptes pour moi, toi aussi. Je suis désolée.

On dirait le début d’une lettre d’adieux. S’excuser, s’expliquer, puis le dernier mot, brutal et tranchant.

Je ne suis pas très fière de cet écrit. Seulement, si j’attendais encore, j’allais exploser.

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5ème année [48-49] - filière sciences
Lexa Queen, ou le trèfle à 4 feuilles vivant de Maiy Lewis

Face au Silence nous nous sommes tu(é)es
Sa froideur intense a disparu ; ça me met du baume au cœur. Je crois, non, j'en suis sûre, que je je déteste les conflits. Je finis toujours par faire quelque chose de regrettable qui fout tout en l'air. C'est ce que j'ai fait avec Jones, alors qu'au fond, on aurait peut-être pu s'entendre. Je n'ai pas envie qu'il se passe la même chose avec Lexa. Même si nous nous sommes sérieusement éloignées, je tiens toujours à elle, car ma mémoire conserve le souvenir de cette soirée où elle m'avait soutenue face à mes peurs, face à mon statut de née-moldue. Je me souviens de cette nuit comme si c'était hier. Comment avons-nous pu nous éloigner à ce point ? Comment avons-nous pu laisser la distance emporter la balance ? Je ne sais pas, et c'est bien ce qui m'inquiète.

Elle dresse un constat que je ne peux qu'approuver ; je hoche la tête. Bien sûr qu'on s'évite, et je suis vraiment heureuse qu'elle le reconnaisse d'elle-même ; comme quoi, les Rumeurs doivent être infondées, elle est toujours aussi honnête que je l'ai connue. Les quelques secondes qui m'ont fait croire que tous ces Bruits avaient raison sont vite tombées dans l'oubli ; je reviens un an en arrière. C'est comme dans un rêve, un rêve qui ne l'est pas encore mais cela ne saurait tarder. Et les Mots qui suivent me le confirment.

Mon cœur s'emplit de joie et d'émoi, à un tel point qu'il manque de déborder. Je suis heureuse, par Merlin ! Je viens de retrouver Lexa, la vraie, celle que je connaissais. La Lexa qui était mon amie, la Lexa qui était là pour me soutenir dans les moments difficiles. J'ai envie de lui sauter au cou mais bien évidemment je ne le fais pas ; question d'éthique. Au lieu de cela je lui offre mon sourire le plus sincère que je puisse exprimer. Ce sourire, il est plein d'une énergie nouvelle, comme si on venait, par la force des mots, de faire reculer le temps. Nous sommes revenues au temps de notre première année, au temps où je découvrais le château. Et mon bonheur, il est immense.

« J'suis vraiment heureuse de te retrouver, Lexa. »

Mes Mots transpirent la Vérité. D'ailleurs, ma vois tressaute sous le choc émotionnel qu'a provoqué cette rencontre — qui ne fait pourtant que commencer. C'est dingue, parce qu'à chaque fois que je parle avec les personnes que j'aime — y compris Swann — mes émotions sont décuplées et je peine à garder le contrôle de la situation. Et cette perte de contrôle; je ne saurais pas vraiment dire si elle me plaît ou non. A vrai dire, je crois qu'elle m'effraie et me fascine ; comme bien d'autres choses. En tout cas, ce que je ressens actuellement est si fort que j'ai besoin de l'évacuer d'une manière ou d'une autre.

« Est-ce que ça te dit qu'on marche un peu ?. »

Au moins, cela me permettra de reprendre une certaine contenance. Et quand je marche, mes pensées sont souvent structurées? Souvent.

Résurgence

Face au Silence nous nous sommes tu(é)es
Peut-être que j’aurais pas dû m’éloigner d’elle, juste comme ça. J’ai juste l’impression d’être une merde qui s’éloigne des gens à qui elle tient par pure haine. Et cette haine n’a jamais été pour Hannah, jamais je ne pourrais ressentir ça pour elle. Je pourrais ressentir beaucoup, beaucoup de choses, mais pas de la haine. Parce qu’au fond, comme détester quelqu’un comme elle ? Un véritable ange, c’est ce que j’ai pensé d’elle quand je l’ai rencontré. Un ange qui confie un secret à une inconnue, persuadée de lier une amitié éternelle.

Et où en est cette amitié, maintenant ? Coincées dans un même asile, dans deux chambres opposées. Je peux prétendre ne plus rien ressentir. Je le peux, et je le sais. Mais on est tellement nombreux dans cet asile que trouver quelqu’un comme Hannah est rare.
Parce que les anges comme elles ne méritent pas de vivre ici.

Incapable de répondre, je souris seulement quand elle me dit qu’elle est heureuse de me retrouver. Est-ce qu’elle a changée ? Autant que j’ai changé ? Et est-ce qu’elle sait quelle Lexa à succéder à celle qu’elle a rencontré ? Parfois, je regrette. Je regrette d’être passée du côté de ceux que je haïssais avant. Je regrette d’haïr celle que j’étais il y a deux ans, comme celle que j’étais il y a deux ans regrette ce qu’elle est devenue.

- Oui, pourquoi pas. Allons marcher.

Qu’est-ce que je dois dire ? Je n’ose pas prendre de ces nouvelles, après deux ans sans donner des miennes. J’imagine mon père me demander de mes nouvelles, et je trouve ça impoli. Pourtant, j’ai lâché Hannah quand mon père m’a lâché. Le karma, le destin, appelez-ça comme vous le voulez. Peut-être que si j’étais restée avec Hannah, mon père serait toujours là.
Mais si je suis partie, c’est parce qu’il est parti. Et pourquoi as-t-il fuit ? À cause des gens comme Hannah. J’ai perdu mon père parce que l’univers a eu le malheur de mélanger nos deux mondes. Si lui n’a pas pu rester, si l’homme qui m’a élevé n’a pas pu rester combattre les Moldus, pourquoi le ferais-je ? Pourquoi y arriverais-je ?

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