Discipline stricte et travail acharné triomphent de toutes les difficultés
D'habitude, c'était Elian qui brisait l'espace personnel des autres, alors le rapprochement initié par la sorcière le laissa curieux et amusé. Aelle Bristyle lui dictait les règles de son marché, lui faisant dire qu'il commençait à bien cerner la façon de penser des sorciers d'une manière générale : faites preuve d'un peu trop de confiance en vous-même et tout un monde vous tombera dessus pour vous rappeler le veracrasse que vous êtes censé rester. « Tu me feras le plaisir de fermer ta gueule... » Même si le garçon ne jurait jamais, il n'était pas choqué pour autant de l'emploi d'un tel langage par la sorcière car la plupart des jeunes de son âge usait de mots qui dépassaient leur pensée dès lors que leurs émotions les submergeaient. Aelle Bristyle était-elle donc une personne envahie par ses émotions ? C'était selon lui une bonne conclusion mais il décida qu'il valait mieux ne pas la partager à une sorcière qui, visiblement, était troublée - même si les termes "profondément affectée par le désordre que son voisin provoquait" définissaient bien mieux sa voisine à cet instant. Pourquoi avait-il vanté la simplicité du lancement d'un informulé s'il était incapable d'en réaliser un ? Parce que considérer un exercice comme difficile le rendait difficile et partir du principe que tout était simple aidait à surmonter l'angoisse de ne pas être à la hauteur.
Le garçon resta un instant à l'observer, le visage éclairé d'un étrange et imperceptible sourire, avant de déloger sa baguette magique qui était restée en équilibre derrière son oreille.
« Marché conclu ! » Quelques têtes se levèrent de nouveau dans la salle mais cette fois-ci personne ne se plaignit du bruit, la mise à mort sociale - on ne se remettait jamais vraiment d'une telle humiliation publique - d'un étudiant de Poufsouffle par une étudiante de Poufsouffle - et pas n'importe laquelle -, c'était probablement quelque chose qui ne se voyait qu'une fois dans une vie. Ce qu'ils ne savaient sûrement pas, c'était qu'Elian ne ressentait aucune pression au sujet d'une réputation quelconque à tenir. Il n'avait pas de fierté mal placée et était davantage amusé par le fait qu'Aelle Bristyle lui lançait un défi pour le calmer que par l'envie de prouver quoi que ce soit à qui que ce soit. Libre dans sa tête, libre dans son cœur. L'un des étudiants tapota sa tempe d'un doigt pour lui signifier que quelque chose ne tournait pas rond chez lui.
Le sorcier savait très bien que son essai allait rater. A vrai dire, même s'il n'avait jamais essayé, c'était une évidence comme "un plus un est égal à un". Il baissa la tête un instant sur sa baguette, la faisant tourner sur elle-même légèrement. Etait-elle vexée d'avoir été traitée de branche par Aelle Bristyle ? A vrai dire, jusqu'à présent, l'utilisation de sa baguette magique avait donné raison aux sorciers occidentaux dont l'avis était assez tranché sur le bois de cerisier : bien qu'il était très rare, ce bois était d'après eux d'une frivolité sans nom. Pourtant, les possesseurs d'une baguette de cerisier bénéficiaient d'un prestige certain dans d'autres cultures. En vérité, elles contenaient un pouvoir mortel dans les mains de sorciers faisant preuve d'une grande maîtrise de soi et doués d'une force mentale hors-du-commun. C'était d'ailleurs tout à fait ce dont le garçon avait besoin pour réussir un sortilège informulé, mais c'était aussi ce dont il n'était pas du tout doté. Elian avait choisi de lancer un sortilège d'Allumage de baguette, la sorcière n'ayant pas précisé la difficulté du sort à réussir en informulé dans les clauses du marché - et il n'allait pas risquer de tuer quelqu'un en réitérant son sort d'Attraction sur son petit couteau. Il leva un doigt comme pour prévenir que quelque chose allait se passer. Rien ne se passait. Comment on s'y prenait, pour commencer ? Que ferait le meilleur des sorciers pour lancer un informulé ? Il fallait peut-être crier le sort dans sa tête. Une goutte de sueur perla sur sa tempe, il était en train de se faire une entorse au cerveau, si c'était possible. Elian jeta un regard en biais à la sorcière et n'hésita plus en la voyant :
« Kof-kof... Lumos... Kof... » murmura-t-il dans un souffle, entre deux toux, sa bouche protégée par le poing qui ne tenait pas sa baguette. L'extrémité de sa baguette s'alluma immédiatement dans un halo blanc. « Et... Voilà ! » Il avait prononcé le dernier mot dans un français aussi peu maîtrisé que ses lancers de sort, mais le garçon apprécia les applaudissements moqueurs qui se déclenchèrent à l'autre bout de la salle. Jouant le jeu, il se leva et leur adressa une révérence de comédien. Les chuchotements allèrent bon train avant de s'évanouir progressivement dans un nouveau silence studieux, celui qu'on s'impose lorsque l'on vient par soi-même réviser dans une salle d'étude - si l'on ne s'appelle pas Elian Kernac'h. Ce dernier s'était réinstallé à califourchon sur le banc, tourné vers sa voisine. « Ça aurait pu fonctionner », lui intima-t-il en haussant les épaules d'un air énigmatique. Il était certain que le bouquin d'Aelle Bristyle ne faisait pas état de sa méthode, celle qu'il utilisait pour combler son manque de confiance en soi en cours de magie et qui fonctionnait très bien pour lui - lorsqu'il ne tentait pas de sorts qui se trouvaient hors de sa portée. Pour lui, il ne s'agissait pas de le voir pour y croire, mais d'y croire assez pour le voir. Il ne fallait pas se trouver dans le présent si l'on souhaitait devenir un grand sorcier, c'était une question d'imagination, à la limite du déni de personnalité. Bien que l'application de cette technique était balbutiante, Elian la suivait comme un mantra pour réaliser ses progrès. En attendant, il devait suivre la clause qui imposait son silence en cas d'échec. Un échec écrit d'avance mais pas acté, le garçon en était certain. Une question, qu'il s'était déjà posé mais qu'il avait oublié avec cette mise à l'épreuve, s'imposa à son esprit : Est-ce qu'Aelle Bristyle s'entraînait à lancer des sortilèges informulés ? Il ne pouvait plus parler, mais il se figea de nouveau aux côtés de sa voisine, l'observant encore une fois comme un objet de curiosité. S'il avait pu lui lancer un défi à son tour, il l'aurait fait. Juste pour voir de la magie émaner de cette sorcière étonnante.
Le garçon resta un instant à l'observer, le visage éclairé d'un étrange et imperceptible sourire, avant de déloger sa baguette magique qui était restée en équilibre derrière son oreille.
« Marché conclu ! » Quelques têtes se levèrent de nouveau dans la salle mais cette fois-ci personne ne se plaignit du bruit, la mise à mort sociale - on ne se remettait jamais vraiment d'une telle humiliation publique - d'un étudiant de Poufsouffle par une étudiante de Poufsouffle - et pas n'importe laquelle -, c'était probablement quelque chose qui ne se voyait qu'une fois dans une vie. Ce qu'ils ne savaient sûrement pas, c'était qu'Elian ne ressentait aucune pression au sujet d'une réputation quelconque à tenir. Il n'avait pas de fierté mal placée et était davantage amusé par le fait qu'Aelle Bristyle lui lançait un défi pour le calmer que par l'envie de prouver quoi que ce soit à qui que ce soit. Libre dans sa tête, libre dans son cœur. L'un des étudiants tapota sa tempe d'un doigt pour lui signifier que quelque chose ne tournait pas rond chez lui.
Le sorcier savait très bien que son essai allait rater. A vrai dire, même s'il n'avait jamais essayé, c'était une évidence comme "un plus un est égal à un". Il baissa la tête un instant sur sa baguette, la faisant tourner sur elle-même légèrement. Etait-elle vexée d'avoir été traitée de branche par Aelle Bristyle ? A vrai dire, jusqu'à présent, l'utilisation de sa baguette magique avait donné raison aux sorciers occidentaux dont l'avis était assez tranché sur le bois de cerisier : bien qu'il était très rare, ce bois était d'après eux d'une frivolité sans nom. Pourtant, les possesseurs d'une baguette de cerisier bénéficiaient d'un prestige certain dans d'autres cultures. En vérité, elles contenaient un pouvoir mortel dans les mains de sorciers faisant preuve d'une grande maîtrise de soi et doués d'une force mentale hors-du-commun. C'était d'ailleurs tout à fait ce dont le garçon avait besoin pour réussir un sortilège informulé, mais c'était aussi ce dont il n'était pas du tout doté. Elian avait choisi de lancer un sortilège d'Allumage de baguette, la sorcière n'ayant pas précisé la difficulté du sort à réussir en informulé dans les clauses du marché - et il n'allait pas risquer de tuer quelqu'un en réitérant son sort d'Attraction sur son petit couteau. Il leva un doigt comme pour prévenir que quelque chose allait se passer. Rien ne se passait. Comment on s'y prenait, pour commencer ? Que ferait le meilleur des sorciers pour lancer un informulé ? Il fallait peut-être crier le sort dans sa tête. Une goutte de sueur perla sur sa tempe, il était en train de se faire une entorse au cerveau, si c'était possible. Elian jeta un regard en biais à la sorcière et n'hésita plus en la voyant :
« Kof-kof... Lumos... Kof... » murmura-t-il dans un souffle, entre deux toux, sa bouche protégée par le poing qui ne tenait pas sa baguette. L'extrémité de sa baguette s'alluma immédiatement dans un halo blanc. « Et... Voilà ! » Il avait prononcé le dernier mot dans un français aussi peu maîtrisé que ses lancers de sort, mais le garçon apprécia les applaudissements moqueurs qui se déclenchèrent à l'autre bout de la salle. Jouant le jeu, il se leva et leur adressa une révérence de comédien. Les chuchotements allèrent bon train avant de s'évanouir progressivement dans un nouveau silence studieux, celui qu'on s'impose lorsque l'on vient par soi-même réviser dans une salle d'étude - si l'on ne s'appelle pas Elian Kernac'h. Ce dernier s'était réinstallé à califourchon sur le banc, tourné vers sa voisine. « Ça aurait pu fonctionner », lui intima-t-il en haussant les épaules d'un air énigmatique. Il était certain que le bouquin d'Aelle Bristyle ne faisait pas état de sa méthode, celle qu'il utilisait pour combler son manque de confiance en soi en cours de magie et qui fonctionnait très bien pour lui - lorsqu'il ne tentait pas de sorts qui se trouvaient hors de sa portée. Pour lui, il ne s'agissait pas de le voir pour y croire, mais d'y croire assez pour le voir. Il ne fallait pas se trouver dans le présent si l'on souhaitait devenir un grand sorcier, c'était une question d'imagination, à la limite du déni de personnalité. Bien que l'application de cette technique était balbutiante, Elian la suivait comme un mantra pour réaliser ses progrès. En attendant, il devait suivre la clause qui imposait son silence en cas d'échec. Un échec écrit d'avance mais pas acté, le garçon en était certain. Une question, qu'il s'était déjà posé mais qu'il avait oublié avec cette mise à l'épreuve, s'imposa à son esprit : Est-ce qu'Aelle Bristyle s'entraînait à lancer des sortilèges informulés ? Il ne pouvait plus parler, mais il se figea de nouveau aux côtés de sa voisine, l'observant encore une fois comme un objet de curiosité. S'il avait pu lui lancer un défi à son tour, il l'aurait fait. Juste pour voir de la magie émaner de cette sorcière étonnante.
Diplômé de Poudlard en RP - Avatar : @Vicky Xie
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On a tendance à s'assimiler des choses et à les restituer en croyant que c'est de soi alors que c'est d'un autre. – Hergé
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On a tendance à s'assimiler des choses et à les restituer en croyant que c'est de soi alors que c'est d'un autre. – Hergé
Discipline stricte et travail acharné triomphent de toutes les difficultés
Un vilain sourire moqueur m’étire les lèvres lorsque le garçon accepte le défi. Il a l’air si confiant. Comme si un garçon comme lui pouvait réussir quelque chose que moi je ne parviens pas à faire. Il n’a aucune chance de réussite. Cela me redonne confiance en moi et je me redresse en croisant les bras, tout à coup bien fière de mon petit défi. Bientôt, j’aurai retrouvé ma tranquillité et je pourrai retourner à l’étude de mon grimoire — il me reste encore tant de choses à faire. Non pas que j’ai une liste bien précise de tâches qu’il me faut terminer d’ici ce soir : j’ai toujours de quoi travailler jusqu’à ce que je tombe dans un sommeil plus ou moins réparateur. Ma vie n’est pas réglée par ma charge de travail mais par le besoin de travail. C’est réconfortant : je sais que je ne cesserai jamais d’apprendre de nouvelles choses et de m’améliorer. Si cela me rassure tant, c’est parce que les études, mes études, ont pris une nouvelle dimension depuis quelques temps. Si avant, j’étais motivée par le Savoir, désormais ce n’est plus une motivation, c’est une véritable quête. Une soif insatiable. Qui ne s’explique que par ma curiosité sans faille, évidemment, et non pas par une quelconque envie de m’empêcher de penser.
Bien que persuadée que Kernac’h n’obtiendra aucun résultat, je l’observe avec attention, les yeux braqués sur sa baguette magique qui a enfin retrouvé sa place, soit dans sa main. Il a l’air concentré. C’est une première surprise. Le Poufsouffle n’a jamais fait preuve d’application — je l’ai toujours vu le nez en l’air ou à faire des bizarreries.
Le temps se suspend. J’éprouve, l’espace d’un instant, la peur de me voir ridiculiser par Kernac’h ; *et s’il réussit ?*. Crainte aussi vaine que passagère. C’est une grimace d’horreur qui me déforme le visage quand le garçon prononce le sortilège dans un toussotement. Je plisse les yeux, éblouie par la lumière de son Lumos, tandis que grandit dans mon coeur la grande injustice que l'on ne ressent que lorsque l'on vient de se faire trahir. Il se fout de ma gueule ! Tout cela n’est qu’un jeu, pour lui. Une vulgaire blague. Comment ai-je pu croire qu’il relèverait sérieusement mon défi ? S’il n’est pas sérieux dans la réalisation de ce dernier, je devine instantanément qu’il ne remplira pas non plus sa part du marché — disparue, l’illusion de mon précieux calme retrouvé.
« T’es qu’un abruti, Kernac’h, » grincé-je entre mes dents.
Et le regard sombre, je passe de nouveau ma jambe par dessus le banc pour me retrouver face à ma table. L’idiot à mes côtés me regarde comme s’il s’attendait à.... *À quoi ?*. Je n’en ai pas la moindre foutue idée. Je ne comprends pas comment il fonctionne, je n’arrive pas à suivre le cheminement de ses pensées et le pire, c’est que cela me frustre. J’aimerais pouvoir le cerner pour enfin lui ôter les mots de la bouche. Pour le moment, j’ai l’impression de ne pas avoir le contrôle de la situation. Je me laisse malmener par cet abruti qui s’amuse bien à me faire tourner en bourrique.
Un profond et long soupir me fait me redresser. Je ferme brièvement les yeux avant de lancer un regard à Kernac’h.
« Écoute, t’en as peut-être rien à foutre de tout ça, commencé-je d’une voix dure, mais moi non. J’ai pas envie de finir comme tu finiras toi, à rien savoir, à rien vouloir savoir et surtout à rien être capable de faire. »
C’est vrai, quoi ! Je ne pense pas réellement que ce garçon soit un vrai abruti comme on en trouve certains à Poudlard, je crois même qu’il a quelques capacités cachées sous la tonne d’enfantillages dont il se plait à agrémenter la moindre de ses paroles ou de ses actions, mais qu’espère-t-il devenir s’il continue comme ça ?
« Tout ça, continué-je en désignant mes affaires éparpillées, c'est du sérieux. Si t'es pas capable de l'accepter, tu dégages. » Je resserre mes doigts autour de ma plume, les sourcils froncés. « C'est pas avec toutes tes conneries que j'arriverai à... »
Ma gorge se noue, mes mots s'embrouillent.
Que j'arriverai à quoi ? Lancer un sortilège informulé ? Certes. Me débrouiller toute seule ? Sans l'aide de Zikomo, sans l'aide de Nyakane, sans l'aide de Lo... *J'ai besoin de personne*. En attendant, les minutes s'enfuient et je n'ai pas avancé. Et je me sens tellement lasse, tout à coup.
Bien que persuadée que Kernac’h n’obtiendra aucun résultat, je l’observe avec attention, les yeux braqués sur sa baguette magique qui a enfin retrouvé sa place, soit dans sa main. Il a l’air concentré. C’est une première surprise. Le Poufsouffle n’a jamais fait preuve d’application — je l’ai toujours vu le nez en l’air ou à faire des bizarreries.
Le temps se suspend. J’éprouve, l’espace d’un instant, la peur de me voir ridiculiser par Kernac’h ; *et s’il réussit ?*. Crainte aussi vaine que passagère. C’est une grimace d’horreur qui me déforme le visage quand le garçon prononce le sortilège dans un toussotement. Je plisse les yeux, éblouie par la lumière de son Lumos, tandis que grandit dans mon coeur la grande injustice que l'on ne ressent que lorsque l'on vient de se faire trahir. Il se fout de ma gueule ! Tout cela n’est qu’un jeu, pour lui. Une vulgaire blague. Comment ai-je pu croire qu’il relèverait sérieusement mon défi ? S’il n’est pas sérieux dans la réalisation de ce dernier, je devine instantanément qu’il ne remplira pas non plus sa part du marché — disparue, l’illusion de mon précieux calme retrouvé.
« T’es qu’un abruti, Kernac’h, » grincé-je entre mes dents.
Et le regard sombre, je passe de nouveau ma jambe par dessus le banc pour me retrouver face à ma table. L’idiot à mes côtés me regarde comme s’il s’attendait à.... *À quoi ?*. Je n’en ai pas la moindre foutue idée. Je ne comprends pas comment il fonctionne, je n’arrive pas à suivre le cheminement de ses pensées et le pire, c’est que cela me frustre. J’aimerais pouvoir le cerner pour enfin lui ôter les mots de la bouche. Pour le moment, j’ai l’impression de ne pas avoir le contrôle de la situation. Je me laisse malmener par cet abruti qui s’amuse bien à me faire tourner en bourrique.
Un profond et long soupir me fait me redresser. Je ferme brièvement les yeux avant de lancer un regard à Kernac’h.
« Écoute, t’en as peut-être rien à foutre de tout ça, commencé-je d’une voix dure, mais moi non. J’ai pas envie de finir comme tu finiras toi, à rien savoir, à rien vouloir savoir et surtout à rien être capable de faire. »
C’est vrai, quoi ! Je ne pense pas réellement que ce garçon soit un vrai abruti comme on en trouve certains à Poudlard, je crois même qu’il a quelques capacités cachées sous la tonne d’enfantillages dont il se plait à agrémenter la moindre de ses paroles ou de ses actions, mais qu’espère-t-il devenir s’il continue comme ça ?
« Tout ça, continué-je en désignant mes affaires éparpillées, c'est du sérieux. Si t'es pas capable de l'accepter, tu dégages. » Je resserre mes doigts autour de ma plume, les sourcils froncés. « C'est pas avec toutes tes conneries que j'arriverai à... »
Ma gorge se noue, mes mots s'embrouillent.
Que j'arriverai à quoi ? Lancer un sortilège informulé ? Certes. Me débrouiller toute seule ? Sans l'aide de Zikomo, sans l'aide de Nyakane, sans l'aide de Lo... *J'ai besoin de personne*. En attendant, les minutes s'enfuient et je n'ai pas avancé. Et je me sens tellement lasse, tout à coup.
Discipline stricte et travail acharné triomphent de toutes les difficultés
Traité d'abruti par la sorcière, Elian baissa les yeux et plissa légèrement les sourcils, paraissant incertain durant un bref instant. Il n'en reprit pas moins sa contemplation de plus belle, sa main soutenant toujours sa tête sous son menton - à croire qu'il ne clignait jamais des yeux. Lorsque Noah Hilton se moquait de lui en cours, il y avait toujours une raison, bien qu'elles fussent parfois un peu tirées par les cheveux. Lorsque Lucy Wood l'avait giflé dans la salle commune de Poufsouffle, il y a quatre ans, il y avait là aussi eu une explication. Alors le garçon se disait qu'il avait mal agi, comme souvent. Il songeait, enfin, au fait qu'il avait tourné autour d'Aelle Bristyle comme une luciole attirée par un lampadaire, au bord de l'harcèlement. Lui n'était vraiment pas une lumière, mais la sorcière éclaira un peu sa lanterne en étant plus explicite, lui faisant savoir sans détour ce qu'elle pensait de lui... Et l'opinion qu'elle avait sur lui n'était franchement pas glorieuse. Bien sûr, il ne se reconnaissait aucunement dans la description de cet être paresseux, inculte et borné, mais il restait estomaqué par la tentative menée par Aelle Bristyle pour dresser son portrait. Le jeune sorcier y tirait de la fierté, se redressant un peu sur leur banc, écoutant d'un air plus encore plus concentré si c'était possible les paroles de sa voisine. Son regard suivit avec attention ce qu'elle désignait, l'organisation de son espace de travail. Et la voix de la sorcière s'évanouit soudain au milieu de sa réalisation, celle que ses "conneries" l'empêchaient d'avancer. Elian restait un peu sur sa faim, il fallait bien l'avouer, mais il décida de ne pas chercher à creuser plus loin puisque visiblement c'était son attitude emplie d'une curiosité maladive et entreprenante qui agaçait la sorcière.
Il opina légèrement du chef pour lui faire savoir qu'il avait compris son message, sans rien exprimer d'autre qu'une grande réflexion. Elian n'était pas blessé, il savait qu'Aelle Bristyle avait faux sur toute la ligne, le concernant. En revanche, le garçon ne pouvait ignorer le grand sentiment d'injustice qui battait en lui, ne pouvant l'exprimer puisqu'il était censé garder le silence à présent. Comme hésitant, il tapota plusieurs fois le bout de sa baguette magique contre sa bouche - avant de se rappeler qu'il devait se tenir correctement pour ne pas embêter sa voisine. Cette pensée raviva de nouveau ce sentiment d'injustice et il attrapa, d'un geste si soudain qu'il faillit tout renverser sur sa propre table, une feuille de parchemin qui trônait du côté de la sorcière. Il y griffonna très vite ses doléances, exprimant ainsi le besoin de les faire sortir d'une façon ou d'une autre, si ce n'était pas par la parole : « Si je suis un abruti agité du bocal, tu en es une aussi : c'est toi qui m'as lancé le défi impossible de lancer un informulé pour te détourner du fait que tu n'arrives pas à en produire un seul, malgré tous les moyens que tu te donnes. » Il plaqua la feuille devant la sorcière, planta sa plume dans son encrier et croisa les bras d'un air faussement indifférent, le temps qu'elle prenne connaissance de son message.
Un message qui pouvait paraître aussi dur que les paroles de la sorcière, mais c'était en réalité une tentative d'exprimer qu'ils étaient en réalité un peu semblables tous les deux - qu'elle le veuille ou non - dans leur façon d'avoir des envies, des fantasmes même, qui n'étaient pas atteignables à leur niveau et qu'ils avaient tous les deux une façon différente de traiter ce problème. L'injustice selon Elian, c'était qu'Aelle Bristyle considère sa méthode de travail - un peu chaotique, certes - comme étant inefficace et vaine, alors que la sienne - studieuse et censée - semblait l'être tout autant. Bien entendu, la brutalité de la formulation rendait très maladroite l'expression de cette pensée déjà enfantine à la base, mais le garçon ne trahissait jamais ce qu'il ressentait, faisant ainsi souvent preuve d'une vérité irréfléchie. Il refusait simplement d'autoriser Aelle Bristyle à se considérer comme différente de lui. Cette pensée le rendait plus incertain que jamais sur ses propres capacités magiques. Si la sorcière réussissait à lancer des sortilèges informulés en étudiant froidement toute la théorie existante sur le sujet, alors cela validerait peut-être le portrait qu'elle avait fait de lui. Tous ses efforts pour être à la hauteur de ses propres fantasmes, balayés par la seule affirmation de cette fille qui le fascinait tant... C'est pourquoi il voulait l'abaisser à son niveau - de médiocrité, peut-être - : il ne pouvait pas être le seul abruti assis à cette table, ils l'étaient tous les deux, et c'était très bien comme ça.
Il opina légèrement du chef pour lui faire savoir qu'il avait compris son message, sans rien exprimer d'autre qu'une grande réflexion. Elian n'était pas blessé, il savait qu'Aelle Bristyle avait faux sur toute la ligne, le concernant. En revanche, le garçon ne pouvait ignorer le grand sentiment d'injustice qui battait en lui, ne pouvant l'exprimer puisqu'il était censé garder le silence à présent. Comme hésitant, il tapota plusieurs fois le bout de sa baguette magique contre sa bouche - avant de se rappeler qu'il devait se tenir correctement pour ne pas embêter sa voisine. Cette pensée raviva de nouveau ce sentiment d'injustice et il attrapa, d'un geste si soudain qu'il faillit tout renverser sur sa propre table, une feuille de parchemin qui trônait du côté de la sorcière. Il y griffonna très vite ses doléances, exprimant ainsi le besoin de les faire sortir d'une façon ou d'une autre, si ce n'était pas par la parole : « Si je suis un abruti agité du bocal, tu en es une aussi : c'est toi qui m'as lancé le défi impossible de lancer un informulé pour te détourner du fait que tu n'arrives pas à en produire un seul, malgré tous les moyens que tu te donnes. » Il plaqua la feuille devant la sorcière, planta sa plume dans son encrier et croisa les bras d'un air faussement indifférent, le temps qu'elle prenne connaissance de son message.
Un message qui pouvait paraître aussi dur que les paroles de la sorcière, mais c'était en réalité une tentative d'exprimer qu'ils étaient en réalité un peu semblables tous les deux - qu'elle le veuille ou non - dans leur façon d'avoir des envies, des fantasmes même, qui n'étaient pas atteignables à leur niveau et qu'ils avaient tous les deux une façon différente de traiter ce problème. L'injustice selon Elian, c'était qu'Aelle Bristyle considère sa méthode de travail - un peu chaotique, certes - comme étant inefficace et vaine, alors que la sienne - studieuse et censée - semblait l'être tout autant. Bien entendu, la brutalité de la formulation rendait très maladroite l'expression de cette pensée déjà enfantine à la base, mais le garçon ne trahissait jamais ce qu'il ressentait, faisant ainsi souvent preuve d'une vérité irréfléchie. Il refusait simplement d'autoriser Aelle Bristyle à se considérer comme différente de lui. Cette pensée le rendait plus incertain que jamais sur ses propres capacités magiques. Si la sorcière réussissait à lancer des sortilèges informulés en étudiant froidement toute la théorie existante sur le sujet, alors cela validerait peut-être le portrait qu'elle avait fait de lui. Tous ses efforts pour être à la hauteur de ses propres fantasmes, balayés par la seule affirmation de cette fille qui le fascinait tant... C'est pourquoi il voulait l'abaisser à son niveau - de médiocrité, peut-être - : il ne pouvait pas être le seul abruti assis à cette table, ils l'étaient tous les deux, et c'était très bien comme ça.
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On a tendance à s'assimiler des choses et à les restituer en croyant que c'est de soi alors que c'est d'un autre. – Hergé
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Discipline stricte et travail acharné triomphent de toutes les difficultés
Kernac’h représente à lui seule toute ma frustration, toutes mes craintes. Surtout, il représente l’immensité qu'il me reste encore à découvrir, à apprendre, à savoir. Avec son comportement d’abruti, ses paroles d’abruti et sa façon de penser d’abruti, il me ramène à ma propre condition d’abrutie. Parce qu’au fond, c’est ce que je suis, n’est-ce pas ? Je ne suis pas bien forte, pas bien exceptionnelle. Oh certes, je suis peut-être meilleure que les Autres, mais être meilleure ne suffit pas. Il faut être grandiose ! Et moi, comment puis-je être grandiose alors que je ne sais pas lancer le moindre sortilège informulé ? comment puis-je être grandiose alors que je ne parviens pas à rester concentrée plus d’une heure ? comment puis-je être grandiose puisque je suis faible ? Rien qu’une gamine qui a besoin de la présence des autres pour avancer. Parce que c’est vrai, hein ? Si je n’avais jamais connu Loewy, j’aurais déjà avancé dans ma quête de la Magie, jamais je ne me serais laissée entraver par les grandes conneries qui sont sorties de sa bouche ; et si jamais je n’avais connu Thalia, je n’aurais pas perdu tant de temps avec ces foutues émotions qui ne servent à rien, j’aurais passé mon temps à apprendre, à avancer — aujourd’hui, je serais peut-être capable de réussir ces putains de sortilèges informulés.
Kernac’h n’est qu’un abruti. Et il n’y a rien de pire qu’un abruti qui nous fait nous sentir nous-même abruti. Cette sensation est insupportable et elle réveille de vilaines choses tout au fond de moi. Mon poing se serre brièvement autour de ma plume. Je me sens vibrer de l’intérieur. J’ai envie de me lever, de renverser la table, de crier et de pleurer, de laisser sortir ma frustration, et d’éclater la gueule de ce gamin contre le sol pour voir s’il est encore capable de se foutre de moi, après ça. D’attraper ma baguette et d’envoyer se faire foutre Loewy et toutes ses recommandations minables. Les images se dessinent dans mon esprit. Ça me fait du bien d’imaginer tout cela. Ça m’apaise. Un peu. Pas assez. Et mon souffle se raréfie parce que la grande rage qui monte en moi est bien trop imposante pour que je respire normalement. Je ne sais pas exactement d’où elle vient. Je ne sais pas pourquoi elle apparaît maintenant. Conséquence des semaines à ne rien laisser exploser, ne rien laisser sortir, peut-être ? Qu’en sais-je ? La seule chose que je sais, c’est que ça fait un bien fou de ressentir cela et que j’en ai assez d’ignorer mes émotions.
Je suis légitime, bordel ! Bien sûr que je le suis ! J’ai le droit de ressentir cette colère, j’ai le droit d’être agacée par Kernac’h, par Thalia, par Loewy, par Zikomo et Nyakane, putain, par tout le monde. J’ai le droit d’être frustrée parce que je n’avance pas. J’ai le droit d’être épuisée. J’ai le droit d’en avoir assez. J’ai le droit, c’est tout. Le droit d’avoir envie de déglinguer Kernac’h parce qu’il vient de se foutre de ma gueule.
Je ne pensais pas possible de ressentir plus grande rage que celle qui m’habite le coeur actuellement. Quelle naïveté. Ce n’était pas de la rage, seulement une colère latente, de celle qui attend patiemment d’exploser. Elle était presque calme, cette colère, se contentant de s’exprimer à l’intérieur de mon corps sans sortir au-delà ; heureusement pour Kernac’h. Mais face à ce genre de colère, il faut être prudent. Ne pas hausser le ton, ne pas dépasser les limites. Dommage pour le Poufsouffle qui ne semble pas connaître la notion de limite.
Mes yeux se baissent naturellement sur le mot qu’il m’a écrit ; j’étais tellement persuadée qu’il allait me dire de la merde que mon coeur sursaute lorsque je décrypte son écriture. C’est une véritable tempête qui me percute, une claque, une rafale.
Ses mots m’envahissent. Ses accusations et ses vérités. La moquerie, le jugement. La violence de ses paroles. L’injustice qui grandit dans mon corps est si grande, bordel, si grande que je sais qu’à ce moment précis je perds tout contrôle sur moi-même, sur mes actions et sur mes paroles. Ne reste que l’immense besoin de prouver à Kernac’h qu’il a tort. J’ai envie qu’il ouvre grand les yeux et qu’il prenne conscience de sa propre connerie. Qu’il se rende compte qu’il n'est rien et que je suis exceptionnelle. J’ai envie qu’il sache, qu’il sache vraiment que je suis capable de choses qu’il ne pourra jamais ne serait-ce qu’envisager. J’ai envie de l’écraser, littéralement.
Je ne cherche même pas à savoir si j’ai raison de faire ce que je vais faire.
Je ne cherche pas d’explication rationnelle.
Je n’essaie de me contrôler.
De m’empêcher d’agir.
De faire semblant que ce n’est pas la rage et la fierté blessée qui me motivent.
Rien à foutre de tout ça.
Je me lève dans un mouvement sec, mes yeux brûlant de colère, ma main trouvant sans mal le chemin vers ma baguette magique.
« Failamalle, » prononcé-je distinctement en pointant mon arme sur mes affaires.
Le sortilège s’exécute parfaitement, évidemment, mais mes émotions sont si chaotiques que cela se remarque dans la façon qu’ont mes affaires de se rassembler. Ça se bouscule, ça se renverse, ça se froisse, ça fait du bruit, ça se range n’importe comment dans mon sac. Pointant ma baguette vers les affaires de Kernac’h, je réitère l’action et l’effet est pire encore. Peut-être se prend-il des plumes dans la tronche, que son flacon se renverse dans son sac, que ses parchemins se déchirent. Qu’importe ? La seule chose qui compte, c’est qu’une minute plus tard il ne reste plus rien sur notre table. Alors enfin, je peux tourner ma rage vers Kernac’h.
« Tu m’suis, » ordonné-je en l’attrapant par le bras pour le lever.
Je n’aime pas les contacts physiques. Je n’aime pas que l’on me frôle, que l’on me touche, que l’on pose sa main sur moi. Je n’aime pas quand on s’approche, j’ai l’impression d’étouffer, que l’on cherche à m’écraser, à me vaincre, à me faire trembler et haleter. Je n’aime pas ça. Aujourd’hui pourtant, je crée moi-même le contact avec le garçon parce que je n’ai pas le temps d’attendre, je ne veux pas le voir dire « Non, mais euuuh, moi j’veux pas », pas le temps de le voir balbutier ou trembler. Non. Il va me suivre, un point c’est tout. Je le lâche néanmoins une fois qu’il est sur ses pieds et quand je plonge mes yeux dans les siens, je prends garde à ce qu’il ne puisse pas ignorer la grande colère qui les habite.
« Tu vas voir de quoi j’suis capable, Kernac’h. »
Ce n’est pas par fierté, que j’agis, oh non. Ce n’est pas non plus motivée par le besoin que l’on sache de quoi je suis capable, bien sûr que non. Ce n’est que dans le but de rétablir la vérité, la grande vérité. Parce que j’en ai assez que l’on me croit incapable. Dans mon esprit, les mots de Kernac’h résonnent avec d’autres qui m’ont été jeté au visage il y a peu. Des paroles qui voulaient dire que je n’étais pas grand chose. Comme elles ne cessent de me hanter, je ne peux pas ignorer la force avec laquelle elles m’ont blessé, ces paroles. J’en ai assez que l’on me croit incapable. J’en ai assez qu’ils s’arrêtent tous à ce qu’ils voient, à mon âge ou pire à mon comportement pour se faire une idée ce que je suis capable ou non de faire.
D’un geste, j’indique à Kernac’h la sortie. On va aller faire un tour, lui et moi, et il ne pourra plus ignorer qui je suis.
Kernac’h n’est qu’un abruti. Et il n’y a rien de pire qu’un abruti qui nous fait nous sentir nous-même abruti. Cette sensation est insupportable et elle réveille de vilaines choses tout au fond de moi. Mon poing se serre brièvement autour de ma plume. Je me sens vibrer de l’intérieur. J’ai envie de me lever, de renverser la table, de crier et de pleurer, de laisser sortir ma frustration, et d’éclater la gueule de ce gamin contre le sol pour voir s’il est encore capable de se foutre de moi, après ça. D’attraper ma baguette et d’envoyer se faire foutre Loewy et toutes ses recommandations minables. Les images se dessinent dans mon esprit. Ça me fait du bien d’imaginer tout cela. Ça m’apaise. Un peu. Pas assez. Et mon souffle se raréfie parce que la grande rage qui monte en moi est bien trop imposante pour que je respire normalement. Je ne sais pas exactement d’où elle vient. Je ne sais pas pourquoi elle apparaît maintenant. Conséquence des semaines à ne rien laisser exploser, ne rien laisser sortir, peut-être ? Qu’en sais-je ? La seule chose que je sais, c’est que ça fait un bien fou de ressentir cela et que j’en ai assez d’ignorer mes émotions.
Je suis légitime, bordel ! Bien sûr que je le suis ! J’ai le droit de ressentir cette colère, j’ai le droit d’être agacée par Kernac’h, par Thalia, par Loewy, par Zikomo et Nyakane, putain, par tout le monde. J’ai le droit d’être frustrée parce que je n’avance pas. J’ai le droit d’être épuisée. J’ai le droit d’en avoir assez. J’ai le droit, c’est tout. Le droit d’avoir envie de déglinguer Kernac’h parce qu’il vient de se foutre de ma gueule.
Je ne pensais pas possible de ressentir plus grande rage que celle qui m’habite le coeur actuellement. Quelle naïveté. Ce n’était pas de la rage, seulement une colère latente, de celle qui attend patiemment d’exploser. Elle était presque calme, cette colère, se contentant de s’exprimer à l’intérieur de mon corps sans sortir au-delà ; heureusement pour Kernac’h. Mais face à ce genre de colère, il faut être prudent. Ne pas hausser le ton, ne pas dépasser les limites. Dommage pour le Poufsouffle qui ne semble pas connaître la notion de limite.
Mes yeux se baissent naturellement sur le mot qu’il m’a écrit ; j’étais tellement persuadée qu’il allait me dire de la merde que mon coeur sursaute lorsque je décrypte son écriture. C’est une véritable tempête qui me percute, une claque, une rafale.
Ses mots m’envahissent. Ses accusations et ses vérités. La moquerie, le jugement. La violence de ses paroles. L’injustice qui grandit dans mon corps est si grande, bordel, si grande que je sais qu’à ce moment précis je perds tout contrôle sur moi-même, sur mes actions et sur mes paroles. Ne reste que l’immense besoin de prouver à Kernac’h qu’il a tort. J’ai envie qu’il ouvre grand les yeux et qu’il prenne conscience de sa propre connerie. Qu’il se rende compte qu’il n'est rien et que je suis exceptionnelle. J’ai envie qu’il sache, qu’il sache vraiment que je suis capable de choses qu’il ne pourra jamais ne serait-ce qu’envisager. J’ai envie de l’écraser, littéralement.
Je ne cherche même pas à savoir si j’ai raison de faire ce que je vais faire.
Je ne cherche pas d’explication rationnelle.
Je n’essaie de me contrôler.
De m’empêcher d’agir.
De faire semblant que ce n’est pas la rage et la fierté blessée qui me motivent.
Rien à foutre de tout ça.
Je me lève dans un mouvement sec, mes yeux brûlant de colère, ma main trouvant sans mal le chemin vers ma baguette magique.
« Failamalle, » prononcé-je distinctement en pointant mon arme sur mes affaires.
Le sortilège s’exécute parfaitement, évidemment, mais mes émotions sont si chaotiques que cela se remarque dans la façon qu’ont mes affaires de se rassembler. Ça se bouscule, ça se renverse, ça se froisse, ça fait du bruit, ça se range n’importe comment dans mon sac. Pointant ma baguette vers les affaires de Kernac’h, je réitère l’action et l’effet est pire encore. Peut-être se prend-il des plumes dans la tronche, que son flacon se renverse dans son sac, que ses parchemins se déchirent. Qu’importe ? La seule chose qui compte, c’est qu’une minute plus tard il ne reste plus rien sur notre table. Alors enfin, je peux tourner ma rage vers Kernac’h.
« Tu m’suis, » ordonné-je en l’attrapant par le bras pour le lever.
Je n’aime pas les contacts physiques. Je n’aime pas que l’on me frôle, que l’on me touche, que l’on pose sa main sur moi. Je n’aime pas quand on s’approche, j’ai l’impression d’étouffer, que l’on cherche à m’écraser, à me vaincre, à me faire trembler et haleter. Je n’aime pas ça. Aujourd’hui pourtant, je crée moi-même le contact avec le garçon parce que je n’ai pas le temps d’attendre, je ne veux pas le voir dire « Non, mais euuuh, moi j’veux pas », pas le temps de le voir balbutier ou trembler. Non. Il va me suivre, un point c’est tout. Je le lâche néanmoins une fois qu’il est sur ses pieds et quand je plonge mes yeux dans les siens, je prends garde à ce qu’il ne puisse pas ignorer la grande colère qui les habite.
« Tu vas voir de quoi j’suis capable, Kernac’h. »
Ce n’est pas par fierté, que j’agis, oh non. Ce n’est pas non plus motivée par le besoin que l’on sache de quoi je suis capable, bien sûr que non. Ce n’est que dans le but de rétablir la vérité, la grande vérité. Parce que j’en ai assez que l’on me croit incapable. Dans mon esprit, les mots de Kernac’h résonnent avec d’autres qui m’ont été jeté au visage il y a peu. Des paroles qui voulaient dire que je n’étais pas grand chose. Comme elles ne cessent de me hanter, je ne peux pas ignorer la force avec laquelle elles m’ont blessé, ces paroles. J’en ai assez que l’on me croit incapable. J’en ai assez qu’ils s’arrêtent tous à ce qu’ils voient, à mon âge ou pire à mon comportement pour se faire une idée ce que je suis capable ou non de faire.
D’un geste, j’indique à Kernac’h la sortie. On va aller faire un tour, lui et moi, et il ne pourra plus ignorer qui je suis.
Discipline stricte et travail acharné triomphent de toutes les difficultés
L'ambiance était pesante, et même si le jeune sorcier essayait de ne pas prêter attention à la réaction de sa voisine, son regard ne pouvait s'empêcher de se poser sur elle, en biais. Il fallait pourtant qu'il reste implacable pour bien lui faire comprendre que son message était du sérieux, mais cette tension lui faisait comprendre à quel point il ne connaissait pas Aelle Bristyle. Elian agissait tout le temps de façon spontanée, s'engouffrant souvent dans des situations peu commodes qui l'obligeaient à improviser constamment pour tenter de rattraper les pots cassés - ce qui avait plutôt tendance à empirer les situations plutôt que les arranger. Par exemple, du coin de l'œil, il surprit Aelle Bristyle se saisir de sa baguette magique. Un sorcier normalement constitué aurait probablement essayé de calmer le jeu avec des paroles apaisantes, ou bien se serait emparé de sa propre baguette pour dissuader l'adolescente de réaliser tout mouvement de trop... Elian plongea sous leur table de travail.
Ce n'était pas qu'il était particulièrement couard, c'était plutôt qu'il avait parfaitement conscience que son mot pouvait ne pas avoir été accueilli de la meilleure des façons par la sorcière - et le fait que cette dernière s'était saisie de sa baguette lui avait fourni la preuve irréfutable qu'elle ne souhaitait pas lui créer un joli bouquet de fleurs d'excuse. Elian avait pourtant eu faux sur un point : Aelle Bristyle ne lançait pas un maléfice mais un sortilège de Rangement. Le capharnaüm qui se jouait au-dessus de sa tête lui indiqua cependant qu'il avait bien fait de se protéger. Dès que le bruit cessa, le garçon passa une tête inspectrice hors de son abri, plus pour prendre la température auprès de la sorcière - il ressentait déjà le poids de la culpabilité battre fort jusque dans ses tempes - que pour observer le résultat du sortilège qu'elle avait lancé. Pour une fois, son inquiétude passait au-dessus de sa curiosité habituelle.
A peine esquissa-t-il un geste hors du bureau, s'appuyant sur ce dernier pour se redresser, qu'Aelle Bristyle réitéra le Failamalle. Cette fois-ci, il fut incapable d'en éviter les effets, ces derniers étaient exacerbés par la colère qu'elle laissait transparaître à des kilomètres. Son propre encrier le percuta de plein fouet au milieu du front, le faisant basculer sur lui-même et le ramenant de nouveau à une position accroupie. Elian se rattrapa au banc, s'agrippant à lui en l'entourant de ses deux bras comme s'il allait lui aussi se mettre à voltiger dans la tornade que réalisaient ses affaires. « Merlin... » laissa-t-il échapper dans un constat presque amusé - et brisant un instant son vœu de silence. Malgré le fait que toutes ses affaires scolaires étaient retournées sens dessus-dessous pour rentrer tant bien que mal dans son sac de cours, Elian prenait le temps d'apprécier la qualité et la puissance du sort qu'il n'avait jamais vu agir ainsi auparavant. Il se sentit soudain tiré de sa contemplation, soulevé par le bras avec une simplicité peu déconcertante tant on pouvait le manipuler facilement - comme la brindille qu'il était. De nouveau debout sur ses deux pieds, il n'eut pas le temps de remarquer les réactions des autres étudiants qui s'étaient soit cachés la bouche d'étonnement, soit ricanaient peu discrètement, puisqu'Aelle Bristyle lui ordonnait de le suivre. Ses yeux se posèrent d'abord sur son sac qui trônait sur le banc dans une forme assez originale, témoignant du fait qu'il devait contenir à présent un bric-à-brac sans nom. Le garçon n'y était pas si étranger. Ce qui était tout à fait nouveau, c'était toute l'attention que la sorcière lui portait. Où désirait-elle qu'elle le suive ? Ses mots l'avaient décidément bien atteint, songeait-il, et les paroles de sa camarade confirmèrent cette pensée. Elle voulait qu'il constate de quoi elle était capable. Elian avait déjà été largement témoin de ce que pouvait produire la sorcière avec sa magie, mais l'excitation le rendait visiblement inapte à réfléchir correctement, il avait déjà attrapé son sac par l'une de ses anses. Il ne tremblait pas, mais éprouvait du mal à produire un seul son, comme s'il avait le souffle coupé par l'envie de découvrir ce qu'Aelle Bristyle lui réservait - bienheureux étaient les pauvres d'esprit. Pour lui, c'était un nouveau défi, et cette fois-ci il ne pouvait pas perdre puisque la sorcière en était la seule actrice. Lui ne serait que son spectateur témoin, choisi parmi d'innombrables autres sorciers. Le regard qu'elle lui réservait avait de quoi lui insuffler le doute sur la nature de cette petite promenade, mais Elian choisissait d'écouter son instinct et de croire qu'Aelle Bristyle avait saisi le message qu'il avait voulu lui faire passer - bien qu'elle avait encore du mal à s'y faire semblait-il : ils étaient tous les deux très similaires dans le fait que leurs ambitions étaient entravées par leur impuissance magique.
Un peu sonné, le garçon esquiva d'abord lentement les premières tables, le regard toujours un peu incertain, pour finalement prendre la sortie de la salle d'étude indiquée par la sorcière. Une fois qu'il eut passé la porte, il se rendit réellement compte de l'honneur que lui faisait Aelle Bristyle en voulant lui faire une démonstration en tête-à-tête. Elle devait réellement se sentir en confiance avec lui et il pouvait s'en féliciter, s'octroyant même le droit "d'ouvrir sa gueule" :
« Est-ce que je vais réellement suffire comme seul témoin de ton non-talent magique ? Peut-être que tu devrais échouer ton informulé devant une audience toi aussi, pour bien montrer que tu es aussi médiocre moi », lui adressa-t-il avec un visage illuminé d'une naïveté sans bornes. Ses paroles prouvaient qu'il n'avait pas bien saisi la situation. Il disait cela comme si échouer des lancers de sorts était une bonne chose - ça l'était pour lui. "Aelle et Elian, les deux sorciers abrutis et pleins d'ambitions, fiers d'être incapables de lancer des sortilèges informulés", cela lui convenait parfaitement, de son côté à lui. Tant qu'Aelle Bristyle ne réussissait pas à montrer ses talents de sorcière, elle restait à son niveau, et c'était un sentiment très agréable de se trouver au même niveau qu'elle. Elian ne paraissait pas enclin à renoncer à cette idée, au point de provoquer sans le vouloir la fureur de sa camarade.
Ce n'était pas qu'il était particulièrement couard, c'était plutôt qu'il avait parfaitement conscience que son mot pouvait ne pas avoir été accueilli de la meilleure des façons par la sorcière - et le fait que cette dernière s'était saisie de sa baguette lui avait fourni la preuve irréfutable qu'elle ne souhaitait pas lui créer un joli bouquet de fleurs d'excuse. Elian avait pourtant eu faux sur un point : Aelle Bristyle ne lançait pas un maléfice mais un sortilège de Rangement. Le capharnaüm qui se jouait au-dessus de sa tête lui indiqua cependant qu'il avait bien fait de se protéger. Dès que le bruit cessa, le garçon passa une tête inspectrice hors de son abri, plus pour prendre la température auprès de la sorcière - il ressentait déjà le poids de la culpabilité battre fort jusque dans ses tempes - que pour observer le résultat du sortilège qu'elle avait lancé. Pour une fois, son inquiétude passait au-dessus de sa curiosité habituelle.
A peine esquissa-t-il un geste hors du bureau, s'appuyant sur ce dernier pour se redresser, qu'Aelle Bristyle réitéra le Failamalle. Cette fois-ci, il fut incapable d'en éviter les effets, ces derniers étaient exacerbés par la colère qu'elle laissait transparaître à des kilomètres. Son propre encrier le percuta de plein fouet au milieu du front, le faisant basculer sur lui-même et le ramenant de nouveau à une position accroupie. Elian se rattrapa au banc, s'agrippant à lui en l'entourant de ses deux bras comme s'il allait lui aussi se mettre à voltiger dans la tornade que réalisaient ses affaires. « Merlin... » laissa-t-il échapper dans un constat presque amusé - et brisant un instant son vœu de silence. Malgré le fait que toutes ses affaires scolaires étaient retournées sens dessus-dessous pour rentrer tant bien que mal dans son sac de cours, Elian prenait le temps d'apprécier la qualité et la puissance du sort qu'il n'avait jamais vu agir ainsi auparavant. Il se sentit soudain tiré de sa contemplation, soulevé par le bras avec une simplicité peu déconcertante tant on pouvait le manipuler facilement - comme la brindille qu'il était. De nouveau debout sur ses deux pieds, il n'eut pas le temps de remarquer les réactions des autres étudiants qui s'étaient soit cachés la bouche d'étonnement, soit ricanaient peu discrètement, puisqu'Aelle Bristyle lui ordonnait de le suivre. Ses yeux se posèrent d'abord sur son sac qui trônait sur le banc dans une forme assez originale, témoignant du fait qu'il devait contenir à présent un bric-à-brac sans nom. Le garçon n'y était pas si étranger. Ce qui était tout à fait nouveau, c'était toute l'attention que la sorcière lui portait. Où désirait-elle qu'elle le suive ? Ses mots l'avaient décidément bien atteint, songeait-il, et les paroles de sa camarade confirmèrent cette pensée. Elle voulait qu'il constate de quoi elle était capable. Elian avait déjà été largement témoin de ce que pouvait produire la sorcière avec sa magie, mais l'excitation le rendait visiblement inapte à réfléchir correctement, il avait déjà attrapé son sac par l'une de ses anses. Il ne tremblait pas, mais éprouvait du mal à produire un seul son, comme s'il avait le souffle coupé par l'envie de découvrir ce qu'Aelle Bristyle lui réservait - bienheureux étaient les pauvres d'esprit. Pour lui, c'était un nouveau défi, et cette fois-ci il ne pouvait pas perdre puisque la sorcière en était la seule actrice. Lui ne serait que son spectateur témoin, choisi parmi d'innombrables autres sorciers. Le regard qu'elle lui réservait avait de quoi lui insuffler le doute sur la nature de cette petite promenade, mais Elian choisissait d'écouter son instinct et de croire qu'Aelle Bristyle avait saisi le message qu'il avait voulu lui faire passer - bien qu'elle avait encore du mal à s'y faire semblait-il : ils étaient tous les deux très similaires dans le fait que leurs ambitions étaient entravées par leur impuissance magique.
Un peu sonné, le garçon esquiva d'abord lentement les premières tables, le regard toujours un peu incertain, pour finalement prendre la sortie de la salle d'étude indiquée par la sorcière. Une fois qu'il eut passé la porte, il se rendit réellement compte de l'honneur que lui faisait Aelle Bristyle en voulant lui faire une démonstration en tête-à-tête. Elle devait réellement se sentir en confiance avec lui et il pouvait s'en féliciter, s'octroyant même le droit "d'ouvrir sa gueule" :
« Est-ce que je vais réellement suffire comme seul témoin de ton non-talent magique ? Peut-être que tu devrais échouer ton informulé devant une audience toi aussi, pour bien montrer que tu es aussi médiocre moi », lui adressa-t-il avec un visage illuminé d'une naïveté sans bornes. Ses paroles prouvaient qu'il n'avait pas bien saisi la situation. Il disait cela comme si échouer des lancers de sorts était une bonne chose - ça l'était pour lui. "Aelle et Elian, les deux sorciers abrutis et pleins d'ambitions, fiers d'être incapables de lancer des sortilèges informulés", cela lui convenait parfaitement, de son côté à lui. Tant qu'Aelle Bristyle ne réussissait pas à montrer ses talents de sorcière, elle restait à son niveau, et c'était un sentiment très agréable de se trouver au même niveau qu'elle. Elian ne paraissait pas enclin à renoncer à cette idée, au point de provoquer sans le vouloir la fureur de sa camarade.
Diplômé de Poudlard en RP - Avatar : @Vicky Xie
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On a tendance à s'assimiler des choses et à les restituer en croyant que c'est de soi alors que c'est d'un autre. – Hergé
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On a tendance à s'assimiler des choses et à les restituer en croyant que c'est de soi alors que c'est d'un autre. – Hergé
Discipline stricte et travail acharné triomphent de toutes les difficultés
Je suis Kernac’h, pressée de quitter cette salle et de me dérober aux regards des Autres que je sens sur moi. Bien entendu qu’ils se demandent où l’on va et ce que l’on va faire ; c’est déjà assez inhabituel de me voir traîner avec des gens, ça l’est plus encore que cette personne soit Kernac’h. Kernac’h, bordel. Qui aurait cru que j’allais perdre mon temps, aujourd’hui, à lui montrer des choses dont il ignore tout ? Surtout pas moi. Je pourrais m’en aller maintenant, fuir, laisser toute cette merde derrière moi et abandonner le Poufousffle dans son ignorance naïve mais j’en suis incapable. Je n’en ai d’ailleurs pas envie. Un étrange feu coule dans mon sang et attise ma détermination. *J’vais leur montrer à tous*, me chuchoté-je au creux de l'esprit, comme si remettre Kernac’h à sa place allait me venger de tous ces gens qui ne croient pas en moi. Comme si en agissant ainsi, je pouvais prouver à une certaine femme que je suis capable de bien plus que ce qu’elle croit, comme si en éblouissant un gosse je pouvais retrouver une once de ma fierté blessée que j’ai abandonné sur ce plateau rocheux, la dernière fois. Évidemment que ça va m’aider à la retrouver, j’ai besoin de ça, de laisser sortir ma magie, de prouver que je suis capable de choses incroyables. Kernac’h ne s’en remettra jamais, je le vois déjà pâlir devant mon pouvoir, se recroqueviller devant ma force ; il ne l’ouvrira plus jamais, il me verra enfin telle que je suis et surtout, surtout il sera si impressionné qu’il ne pourra que m’admirer. Et ça, bordel, ça c’est la seule chose que je désire.
Toute prise à ma folie vengeresse, j’en ai oublié de lancer des regards noirs à Kernac’h pour qu’il se souvienne que la rage brûle actuellement dans mon coeur. Parce que si je l’avais fait, il n’aurait pas osé ouvrir la bouche, n’est-ce pas ? Parce qu’il l’ouvre et bordel, si je n’avais pas tant envie d’atteindre ma destination pour faire ce que j’ai à faire, je crois que lui aurais envoyé mon poing dans la tronche pour oser se montrer si impertinent, si idiot et surtout si insultant.
J’attends d’être dans le couloir pour tourner dans sa direction un regard brillant d’une pitié qui, je l’espère, le blessera autant que le moindre mot qui sort du gouffre qui lui sert de bouche me blesse.
« T’es con ou quoi ? » ne puis-je m’empêcher de dire parce que c’est évident qu’il est con, c’est évident qu’il n’a absolument rien compris. Quoi que j’aimerais m’en persuader mais je n’y arrive pas. Le problème n'est pas la connerie de ce garçon, mais la moquerie et la méchanceté que je devine dans ses paroles. Il se fout littéralement de ma gueule et mes envies oscillent tellement entre me taire pour attendre de l’éblouir et le frapper jusqu’à ce qu’il se taise que j’ai un moment d’hésitation. Je me reprends avec un temps de retard et le fusille du regard.
« Tu es médiocre, Kernac’h, et moi je te ressemble absolument pas, c’est clair ? »
Et merde, pourquoi est-ce que je me fatigue avec ça ? Dans dix minutes tout au plus, ce n'est plus cette gueule ahurie qui me fera face mais une tronche toute admirative et brillante de jalousie. Il ne sait pas encore ce qui l’attend.
« Allez, bouge ! ordonné-je d’une voix dure. On va pas rester là trois plombes, putain. »
Je retiens difficilement les paroles pleine de haine et de venin qui veulent s’échapper hors de ma bouche. J’ai envie d’être vulgaire et violente, j’ai envie de crier, même, et j’ai envie de le faire pleurer, ce gosse, j’ai vraiment envie qu’il se taise. Mais je me retiens parce que ce ne serait pas productif et parce que je sais que je ne peux rien contre la nature de Kernac’h. Je ne peux pas changer le fait qu’il soit idiot et je ne peux rien faire contre sa moquerie. Par contre, je peux lui montrer qu’il n’est rien face à moi. Alors, après un dernier regard noir, je m’éloigne à grands pas dans le couloir, non sans avoir gueulé dans sa direction : « Ramène-toi ! ».
C’est amusant comme une envie peut rapidement se transformer en un besoin. Je sais qu’il me serait impossible de continuer ma journée sereinement si je ne vais pas au bout de mon idée. J’ai besoin de montrer ça à Kernac’h, même si je ne l’ai jamais montré à personne. J’ai besoin de le faire comme j’ai rarement eu besoin de quelque chose. Ça me tord les tripes, ça me remue l’estomac, ça me rend impatiente. Au creux de ma paume, ma baguette aussi s’impatiente. Ma peau me pique, je ne sais pas si la sensation est réelle ou imaginaire. J’ai l’impression de sentir ma magie s’agiter, là, à l’intérieur de moi. Elle s’éveille, elle bout, elle fait s’accélérer les battements de mon coeur. Elle a besoin, elle aussi, besoin de s’exprimer, besoin de se libérer. Oh, ç’en est presque douloureux mais Merlin, il faudrait que je sois folle pour ne pas avouer que cette sensation est salvatrice.
Perdue dans la tempête de mes émotions, je me sens vivante. Je ne lutte pas contre ce que je ressens, non, je me jette dedans à coeur perdu et c’est tellement bon. Je suis là, j’existe ! essaie de dire mon corps.
J’existe, Kernac’h. Et dans mes pensées, l’idée se transforme et se mélange à d’autres pensées. J’existe, Thalia ; j’existe, Zikomo ; j’existe, Loewy. J’existe et aucun d’entre vous ne peut changer cela ni m’imposer quoi que ce soit.
Toute prise à ma folie vengeresse, j’en ai oublié de lancer des regards noirs à Kernac’h pour qu’il se souvienne que la rage brûle actuellement dans mon coeur. Parce que si je l’avais fait, il n’aurait pas osé ouvrir la bouche, n’est-ce pas ? Parce qu’il l’ouvre et bordel, si je n’avais pas tant envie d’atteindre ma destination pour faire ce que j’ai à faire, je crois que lui aurais envoyé mon poing dans la tronche pour oser se montrer si impertinent, si idiot et surtout si insultant.
J’attends d’être dans le couloir pour tourner dans sa direction un regard brillant d’une pitié qui, je l’espère, le blessera autant que le moindre mot qui sort du gouffre qui lui sert de bouche me blesse.
« T’es con ou quoi ? » ne puis-je m’empêcher de dire parce que c’est évident qu’il est con, c’est évident qu’il n’a absolument rien compris. Quoi que j’aimerais m’en persuader mais je n’y arrive pas. Le problème n'est pas la connerie de ce garçon, mais la moquerie et la méchanceté que je devine dans ses paroles. Il se fout littéralement de ma gueule et mes envies oscillent tellement entre me taire pour attendre de l’éblouir et le frapper jusqu’à ce qu’il se taise que j’ai un moment d’hésitation. Je me reprends avec un temps de retard et le fusille du regard.
« Tu es médiocre, Kernac’h, et moi je te ressemble absolument pas, c’est clair ? »
Et merde, pourquoi est-ce que je me fatigue avec ça ? Dans dix minutes tout au plus, ce n'est plus cette gueule ahurie qui me fera face mais une tronche toute admirative et brillante de jalousie. Il ne sait pas encore ce qui l’attend.
« Allez, bouge ! ordonné-je d’une voix dure. On va pas rester là trois plombes, putain. »
Je retiens difficilement les paroles pleine de haine et de venin qui veulent s’échapper hors de ma bouche. J’ai envie d’être vulgaire et violente, j’ai envie de crier, même, et j’ai envie de le faire pleurer, ce gosse, j’ai vraiment envie qu’il se taise. Mais je me retiens parce que ce ne serait pas productif et parce que je sais que je ne peux rien contre la nature de Kernac’h. Je ne peux pas changer le fait qu’il soit idiot et je ne peux rien faire contre sa moquerie. Par contre, je peux lui montrer qu’il n’est rien face à moi. Alors, après un dernier regard noir, je m’éloigne à grands pas dans le couloir, non sans avoir gueulé dans sa direction : « Ramène-toi ! ».
C’est amusant comme une envie peut rapidement se transformer en un besoin. Je sais qu’il me serait impossible de continuer ma journée sereinement si je ne vais pas au bout de mon idée. J’ai besoin de montrer ça à Kernac’h, même si je ne l’ai jamais montré à personne. J’ai besoin de le faire comme j’ai rarement eu besoin de quelque chose. Ça me tord les tripes, ça me remue l’estomac, ça me rend impatiente. Au creux de ma paume, ma baguette aussi s’impatiente. Ma peau me pique, je ne sais pas si la sensation est réelle ou imaginaire. J’ai l’impression de sentir ma magie s’agiter, là, à l’intérieur de moi. Elle s’éveille, elle bout, elle fait s’accélérer les battements de mon coeur. Elle a besoin, elle aussi, besoin de s’exprimer, besoin de se libérer. Oh, ç’en est presque douloureux mais Merlin, il faudrait que je sois folle pour ne pas avouer que cette sensation est salvatrice.
Perdue dans la tempête de mes émotions, je me sens vivante. Je ne lutte pas contre ce que je ressens, non, je me jette dedans à coeur perdu et c’est tellement bon. Je suis là, j’existe ! essaie de dire mon corps.
J’existe, Kernac’h. Et dans mes pensées, l’idée se transforme et se mélange à d’autres pensées. J’existe, Thalia ; j’existe, Zikomo ; j’existe, Loewy. J’existe et aucun d’entre vous ne peut changer cela ni m’imposer quoi que ce soit.
Discipline stricte et travail acharné triomphent de toutes les difficultés
La sorcière affichait une expression qu'Elian ne parvenait pas à interpréter, même s'il pouvait deviner que ce n'était pas quelque chose de positif. Encore une fois, les paroles d'Aelle Bristyle confirmèrent ce soupçon : se faire traiter de con, ce n'était jamais agréable, pourtant le garçon restait déterminé à laisser glisser toutes les insultes que sa camarade lui proférait. Pour lui, il se tenait face à un cas similaire à celui de Noah Hilton : leurs émotions envahissantes pouvaient les rendre agressifs. Comme Noah avait finalement réussi à s'assagir lorsque son différent familial avait trouvé une résolution satisfaisante, Elian se persuadait que la sorcière parviendrait à ne plus avoir l'insulte facile, elle aussi, et que ce n'était pas si grave s'il se prenait des balles perdues. Est-ce qu'Aelle Bristyle avait des problèmes familiaux ? Ou bien était-elle atteinte d'une "Puberté compliquée" ? Elian avait été informé de l'existence de cette maladie de la bouche de son propre père. Ce terrible mal semblait faire souffrir beaucoup d'adolescents mais, bienheureusement, il n'en était pas atteint grâce à la protection que lui offrait son père. Lorsque, de nouveau, le mot "médiocre" lui fut associé, Elian se pointa lui-même du doigt dans un geste faussement confus qui voulait dire « Moi, médiocre ? ». C'était bien sûr ironique, il était bien conscient de sa propre médiocrité. En revanche, Aelle Bristyle refusait toujours la sienne. Elian se renfrogna alors, fronçant les sourcils d'un air incertain car, en effet, il avait eu faux sur toute la ligne en pensant que sa camarade voulait échouer un informulé tout comme il l'avait fait. Elle voulait lui montrer autre chose, lui montrer qu'elle était douée... et donc qu'elle était différente de lui. L'étudiant rapprocha inconsciemment son sac contre lui, comme on le ferait pour instaurer une barrière symbolique entre deux corps. Il n'était plus sûr de vouloir suivre la sorcière, mais la curiosité prenait toujours le dessus parce qu'il s'agissait d'Aelle Bristyle. Serait-elle assez audacieuse pour risquer une seconde exclusion ?
Devant l'empressement de sa camarade, Elian ne réfléchit pas plus longuement, grand mal lui fasse : « Ça c'est ce que tu veux croire Aelle... » commença-t-il en se mettant à trottiner derrière elle dans le couloir. L'image de la luciole collée à un lampadaire n'avait jamais été aussi appropriée. La voix tranquille du jeune sorcier n'avait haussé le ton que pour se faire entendre, mais ce ton transcrivait parfaitement un sentiment plus sourd. Il s'accrochait fort à son envie d'appartenir à la même ligue de sa camarade, pour une raison obscure. Au fond, il l'imaginait peut-être déjà liée à un grand destin que lui-même essayait ne serait-ce que frôler. Chercher à devenir un puissant sorcier, c'était nourrir l'espoir de sentir libre un jour. C'était quelque chose qui résonnait en lui, puisque le garçon était terré dans sa dépendance aux autres - et surtout dans celle que son père avait instauré.
La sorcière semblait chercher quelque chose, s'arrêtant parfois devant une salle et reprenant sa marche. Derrière son dos, Elian continua, imperturbable face à l'opéra d'émotions qui se jouait au creux de son ventre : « Tu te moquais tout à l'heure, mais tu fais exactement la même chose que moi ! On sait très bien tous les deux que tu ne pourras pas réussir à lancer un informulé, mais tu veux le faire quand même ! » L'idée d'assister à un acte magique parfait de la part d'Aelle Bristyle commençait à réveiller de nouveau sa conviction que le meilleur moyen d'arriver à leur objectif de grandeur était d'imaginer l'avoir déjà atteint. Il enchaîna en faisant des grands gestes pour illustrer ses propos, sa robe de sorcier lui donnant des airs de chefs d'orchestre : « Puisque tu es une si grande sorcière, je te regarde et j'ai hâte de voir de quoi tu es capable ! Tu as toouute l'attention du plus grand médiocre sorcier de cette école ! » C'était sa manière de l'encourager à aller jusqu'au bout de sa démonstration. « Qui es-tu réellement, Aelle Bristyle ? » Une sorcière aussi troublée que troublante, c'était certain, mais aussi très exaltante pour le garçon. Peut-être qu'Aelle Bristyle était la part de lui-même qu'il avait du mal à faire sortir, tout simplement. C'était sûrement celle qui lui manquait dans de trop nombreuses situations : une part de lui qui était exténuée par le fait de devoir se chercher à partir de rien. Celle qu'il taisait lorsqu'il voulait dire des gros mots. Son sourire énigmatique réapparut, Aelle et lui n'avaient peut-être pas le même niveau en matière de magie, mais ils partageaient tout de même quelque chose, Elian en restait persuadé. Les choses pouvaient bien paraitre hasardeuses, elles contenaient en réalité toujours un sens, une vérité cachée : ce n'était pas pour rien qu'il s'était naturellement mis à envahir le monde studieux d'Aelle Bristyle à ce moment précis de la ligne du temps.
Devant l'empressement de sa camarade, Elian ne réfléchit pas plus longuement, grand mal lui fasse : « Ça c'est ce que tu veux croire Aelle... » commença-t-il en se mettant à trottiner derrière elle dans le couloir. L'image de la luciole collée à un lampadaire n'avait jamais été aussi appropriée. La voix tranquille du jeune sorcier n'avait haussé le ton que pour se faire entendre, mais ce ton transcrivait parfaitement un sentiment plus sourd. Il s'accrochait fort à son envie d'appartenir à la même ligue de sa camarade, pour une raison obscure. Au fond, il l'imaginait peut-être déjà liée à un grand destin que lui-même essayait ne serait-ce que frôler. Chercher à devenir un puissant sorcier, c'était nourrir l'espoir de sentir libre un jour. C'était quelque chose qui résonnait en lui, puisque le garçon était terré dans sa dépendance aux autres - et surtout dans celle que son père avait instauré.
La sorcière semblait chercher quelque chose, s'arrêtant parfois devant une salle et reprenant sa marche. Derrière son dos, Elian continua, imperturbable face à l'opéra d'émotions qui se jouait au creux de son ventre : « Tu te moquais tout à l'heure, mais tu fais exactement la même chose que moi ! On sait très bien tous les deux que tu ne pourras pas réussir à lancer un informulé, mais tu veux le faire quand même ! » L'idée d'assister à un acte magique parfait de la part d'Aelle Bristyle commençait à réveiller de nouveau sa conviction que le meilleur moyen d'arriver à leur objectif de grandeur était d'imaginer l'avoir déjà atteint. Il enchaîna en faisant des grands gestes pour illustrer ses propos, sa robe de sorcier lui donnant des airs de chefs d'orchestre : « Puisque tu es une si grande sorcière, je te regarde et j'ai hâte de voir de quoi tu es capable ! Tu as toouute l'attention du plus grand médiocre sorcier de cette école ! » C'était sa manière de l'encourager à aller jusqu'au bout de sa démonstration. « Qui es-tu réellement, Aelle Bristyle ? » Une sorcière aussi troublée que troublante, c'était certain, mais aussi très exaltante pour le garçon. Peut-être qu'Aelle Bristyle était la part de lui-même qu'il avait du mal à faire sortir, tout simplement. C'était sûrement celle qui lui manquait dans de trop nombreuses situations : une part de lui qui était exténuée par le fait de devoir se chercher à partir de rien. Celle qu'il taisait lorsqu'il voulait dire des gros mots. Son sourire énigmatique réapparut, Aelle et lui n'avaient peut-être pas le même niveau en matière de magie, mais ils partageaient tout de même quelque chose, Elian en restait persuadé. Les choses pouvaient bien paraitre hasardeuses, elles contenaient en réalité toujours un sens, une vérité cachée : ce n'était pas pour rien qu'il s'était naturellement mis à envahir le monde studieux d'Aelle Bristyle à ce moment précis de la ligne du temps.
Dernière modification par Elian Kernac'h le 9 juin 2021, 14:23, modifié 1 fois.
Diplômé de Poudlard en RP - Avatar : @Vicky Xie
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On a tendance à s'assimiler des choses et à les restituer en croyant que c'est de soi alors que c'est d'un autre. – Hergé
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On a tendance à s'assimiler des choses et à les restituer en croyant que c'est de soi alors que c'est d'un autre. – Hergé
Discipline stricte et travail acharné triomphent de toutes les difficultés
J'avance, le garçon me suivant comme un foutu chien, et jette un regard dans les salles que nous croisons. Certaines portes sont fermées, je ne me fatigue pas à les déverrouiller. Il y a des classes vides, des placards à balais ; moi, ce que je cherche, c’est une salle dans laquelle personne ne nous dérangera. Je continue mon manège tout en jetant des regards en coin au garçon pour être certaine qu’il me suive toujours. Une petite pensée me chuchote que ce serait peut-être plus agréable de le planter là, parce qu’au moment où il rouvre la bouche une lassitude sans nom me recouvre l’âme et se mélange à ma colère.
Il est pire que Krissel. Plus terrible qu'un première année, plus insupportable qu’Aodren quand il est surexcité, plus intenable qu'un Zikomo paniqué, plus frustrant encore que les moqueries de Nyakane. Il est pire que tout ce que j’ai déjà connu dans ma vie. Rares sont les personnes qui résistent à la peur que je leur inspire. La plupart du temps lorsque je crie les gens se taisent parce qu’ils comprennent qu’attiser ma colère pourrait être dangereux pour eux — ils ont raison de me craindre. Mais dans le monde existent quelques rares exceptions, des anomalies qui m’insultent par leur seule existence. Kernac’h est une anomalie. Je crie, je m’agace, je le bouscule même, je le menace mais rien n'y fait. Il est insensible. Mon coeur remue tout au fond de moi : serait-il possible que le garçon soit plus fort que moi, plus solide, plus courageux ? Est-il doté d’une quelconque force que je suis incapable de comprendre ou de ne serait-ce qu’appréhender ? Pourquoi ce garçon continue à déblatérer alors que je lui crie dessus ? Pourquoi se moque-t-il alors que je lui ai dit que j’allais lui prouver ma supériorité ? Pourquoi sa voix tourne-t-elle autour de moi, incessante, vibrante, si bruyante, bordel ? Et je me sens tellement démunie ! Comme si la chose que je désirais le plus au monde m’était insaisissable. Je ressens là, dans le coeur, une frustration si grande, si grande Merlin, que je n’arrive même plus à réagir. Parce que Kernac’h est absolument impalpable, je ne peux ni le faire taire, ni le rendre faible, ni l'effrayer. Il est comme le vent, je le subis mais je ne peux lui résister, je me contente de survivre à la tempête de sa fougue, et il souffle dans tous les sens, il parle, et moi pendant une fraction de seconde j’ai la sensation d’étouffer, comme si jamais je ne pourrais me sortir de cette situation, comme si j’étais destinée à crever là, sous les moqueries de ce garçon qui n’a même pas l’air de se moquer ; comme si c’était naturel pour lui d’alpaguer les gens et de les étouffer jusqu’à ce qu’ils en crèvent.
Une profonde inspiration m’arrache à ma perdition et je parviens, enfin, à jeter un regard au garçon dont la tête me revient de moins en moins. Il a quelque chose dans le regard, ou peut-être dans la grimace qui lui étire les lèvres, qui me donne une réelle envie de destruction. En l’observant, je me fustige silencieusement : ce n’est qu’un gosse. Il n’a rien d’impalpable. Si je le voulais, je pourrais le faire taire. Un violent coup au visage suffirait à le faire tomber, je m’y vois déjà. Sinon, un sortilège bien placé. J’en connais des agréables et des moins agréables. Les deux pourraient l’entraver et alors je serais tranquille. Je songe réellement à le faire, ma baguette me démange et mon souffle arraché, arraché par Kernac’h, m’encourage tellement à le faire que je suis à deux doigts de craquer. Parce que, bordel, cet idiot persiste à croire que je suis aussi idiote que lui et ça me met hors de moi. Je ne sais pas ce qui m’agace le plus : qu’il se fourvoie ou qu’il continue à parler et à s’agiter malgré mes menaces ? Sans doute un peu des deux.
Mon regard glisse sur la porte que j’ai entrouverte. La pièce est parfaite. Tout est parfait, sauf ce garçon et son putain de sourire. Je n’arrive pas à le comprendre. Il semble pourtant me connaître. Il sait qui je suis. Cet abruti a même osé m’appeler par mon prénom. Il doit être au courant de mes mésaventures passées, il doit savoir ce qui se dit sur moi dans les couloirs. Il doit donc être au courant que je suis bonne en classe, meilleure que les autres même, que je ne suis pas comme tout le monde. Alors pourquoi, bordel, pourquoi croit-il si fort que je me fous de sa gueule ? Peut-être est-il réellement con. Pas comme les cons que l’on croise habituellement, ceux qui ne sont pas si idiots que ça mais qui sont tellement mauvais, à l’intérieur, qu’ils en deviennent complètement cons. Non, lui il est comme un con qui ne sait pas reconnaître la grandeur quand il en voit.
Les secondes s’étirent tandis que je l’observe silencieusement. C’est terrible ! mes envies combattent si follement dans mon coeur. Je me demande si la lutte se voit dans mes yeux. Kernac’h sait-il qu’il est à deux doigts de se prendre un sortilège frémissant de rage dans la tête ? Sait-il qu’il y a quelque chose tout au fond de moi qui a envie de se défouler, d’oublier toutes ces conneries de fierté et de pouvoir, enfin, après tant de temps passé à les étouffer, de laisser sortir toute cette colère et cette rage que je ressens ? Sait-il que j’en ai assez de me mettre des barrières ? De me laisser imposer par ceux qui m’entourent ce qui est bien ou mal ? ce qui est raisonnable ou déraisonnable ? ce qui est dangereux ou pas dangereux ? ce qui pourrait me détruire ou pas me détruire ? Sait-il que j’en ai assez que l’on me dise si je dois attendre ou avancer, que je n’en peux plus d’écouter les conseils des autres, de suivre des règles, d’attendre qu’une étape soit franchie avant d’aller à la seconde ? Est-il au courant, Kernac’h, que j’étouffe, là, à l’intérieur ? J’étouffe tellement que parfois, j’ai peur d’imploser.
*Respire*.
Non, il ne sait rien de tout cela. Il ne sait pas que j’oscille et que je rêve de tomber, quelque soit le côté où je chute.
« Parfois, j’ai vraiment envie de te faire mal. »
Je ne prononce pas ces mots pour l’effrayer ou pour le menacer. Je les prononce comme une évidence, parce qu’ils sont la vérité.
Je pousse le battant du plat de la main et fais signe au garçon d'entrer. J’y pénètre à sa suite et prends le temps de verrouiller magiquement la porte derrière moi. Il ne faudrait pas que l’on nous dérange. J’avance de quelques pas, la pièce est obscure. J’abandonne mon sac sur le sol et observe mon environnement en fronçant les sourcils. Des tables à demi poussées vers le mur, des rideaux à moitié tirés qui cachent la lumière du soleil, de la poussière. Cette salle n’est pas très inspirante, un peu glauque et je suis mal à l’aise de me retrouver seule dans une pièce avec Kernac’h, mais ça fera l’affaire.
Après avoir ôté ma cape, et l’avoir abandonné sur le sol, je m’assied en tailleur au milieu de la pièce. Le cul posé sur la pierre fraîche du château. Cette pierre qui a accueilli pendant des heures et des heures mon regard concentré et parfois, mes poings frustrés. Je ferme les yeux, essayant d’occulter la présence du Poufsouffle. Je laisse passer cinq secondes avant de les rouvrir ; j’ai l’impression d’être légèrement plus apaisée. Il n’y a pas de place pour la colère lorsque l’on manipule la magie — enfin, cela dépend de l’intention, évidemment.
« Qu’est-ce que tu sais des sortilèges informulés, Kernac’h ? » demandé-je d’une voix faussement calme.
Il est pire que Krissel. Plus terrible qu'un première année, plus insupportable qu’Aodren quand il est surexcité, plus intenable qu'un Zikomo paniqué, plus frustrant encore que les moqueries de Nyakane. Il est pire que tout ce que j’ai déjà connu dans ma vie. Rares sont les personnes qui résistent à la peur que je leur inspire. La plupart du temps lorsque je crie les gens se taisent parce qu’ils comprennent qu’attiser ma colère pourrait être dangereux pour eux — ils ont raison de me craindre. Mais dans le monde existent quelques rares exceptions, des anomalies qui m’insultent par leur seule existence. Kernac’h est une anomalie. Je crie, je m’agace, je le bouscule même, je le menace mais rien n'y fait. Il est insensible. Mon coeur remue tout au fond de moi : serait-il possible que le garçon soit plus fort que moi, plus solide, plus courageux ? Est-il doté d’une quelconque force que je suis incapable de comprendre ou de ne serait-ce qu’appréhender ? Pourquoi ce garçon continue à déblatérer alors que je lui crie dessus ? Pourquoi se moque-t-il alors que je lui ai dit que j’allais lui prouver ma supériorité ? Pourquoi sa voix tourne-t-elle autour de moi, incessante, vibrante, si bruyante, bordel ? Et je me sens tellement démunie ! Comme si la chose que je désirais le plus au monde m’était insaisissable. Je ressens là, dans le coeur, une frustration si grande, si grande Merlin, que je n’arrive même plus à réagir. Parce que Kernac’h est absolument impalpable, je ne peux ni le faire taire, ni le rendre faible, ni l'effrayer. Il est comme le vent, je le subis mais je ne peux lui résister, je me contente de survivre à la tempête de sa fougue, et il souffle dans tous les sens, il parle, et moi pendant une fraction de seconde j’ai la sensation d’étouffer, comme si jamais je ne pourrais me sortir de cette situation, comme si j’étais destinée à crever là, sous les moqueries de ce garçon qui n’a même pas l’air de se moquer ; comme si c’était naturel pour lui d’alpaguer les gens et de les étouffer jusqu’à ce qu’ils en crèvent.
Une profonde inspiration m’arrache à ma perdition et je parviens, enfin, à jeter un regard au garçon dont la tête me revient de moins en moins. Il a quelque chose dans le regard, ou peut-être dans la grimace qui lui étire les lèvres, qui me donne une réelle envie de destruction. En l’observant, je me fustige silencieusement : ce n’est qu’un gosse. Il n’a rien d’impalpable. Si je le voulais, je pourrais le faire taire. Un violent coup au visage suffirait à le faire tomber, je m’y vois déjà. Sinon, un sortilège bien placé. J’en connais des agréables et des moins agréables. Les deux pourraient l’entraver et alors je serais tranquille. Je songe réellement à le faire, ma baguette me démange et mon souffle arraché, arraché par Kernac’h, m’encourage tellement à le faire que je suis à deux doigts de craquer. Parce que, bordel, cet idiot persiste à croire que je suis aussi idiote que lui et ça me met hors de moi. Je ne sais pas ce qui m’agace le plus : qu’il se fourvoie ou qu’il continue à parler et à s’agiter malgré mes menaces ? Sans doute un peu des deux.
Mon regard glisse sur la porte que j’ai entrouverte. La pièce est parfaite. Tout est parfait, sauf ce garçon et son putain de sourire. Je n’arrive pas à le comprendre. Il semble pourtant me connaître. Il sait qui je suis. Cet abruti a même osé m’appeler par mon prénom. Il doit être au courant de mes mésaventures passées, il doit savoir ce qui se dit sur moi dans les couloirs. Il doit donc être au courant que je suis bonne en classe, meilleure que les autres même, que je ne suis pas comme tout le monde. Alors pourquoi, bordel, pourquoi croit-il si fort que je me fous de sa gueule ? Peut-être est-il réellement con. Pas comme les cons que l’on croise habituellement, ceux qui ne sont pas si idiots que ça mais qui sont tellement mauvais, à l’intérieur, qu’ils en deviennent complètement cons. Non, lui il est comme un con qui ne sait pas reconnaître la grandeur quand il en voit.
Les secondes s’étirent tandis que je l’observe silencieusement. C’est terrible ! mes envies combattent si follement dans mon coeur. Je me demande si la lutte se voit dans mes yeux. Kernac’h sait-il qu’il est à deux doigts de se prendre un sortilège frémissant de rage dans la tête ? Sait-il qu’il y a quelque chose tout au fond de moi qui a envie de se défouler, d’oublier toutes ces conneries de fierté et de pouvoir, enfin, après tant de temps passé à les étouffer, de laisser sortir toute cette colère et cette rage que je ressens ? Sait-il que j’en ai assez de me mettre des barrières ? De me laisser imposer par ceux qui m’entourent ce qui est bien ou mal ? ce qui est raisonnable ou déraisonnable ? ce qui est dangereux ou pas dangereux ? ce qui pourrait me détruire ou pas me détruire ? Sait-il que j’en ai assez que l’on me dise si je dois attendre ou avancer, que je n’en peux plus d’écouter les conseils des autres, de suivre des règles, d’attendre qu’une étape soit franchie avant d’aller à la seconde ? Est-il au courant, Kernac’h, que j’étouffe, là, à l’intérieur ? J’étouffe tellement que parfois, j’ai peur d’imploser.
*Respire*.
Non, il ne sait rien de tout cela. Il ne sait pas que j’oscille et que je rêve de tomber, quelque soit le côté où je chute.
« Parfois, j’ai vraiment envie de te faire mal. »
Je ne prononce pas ces mots pour l’effrayer ou pour le menacer. Je les prononce comme une évidence, parce qu’ils sont la vérité.
Je pousse le battant du plat de la main et fais signe au garçon d'entrer. J’y pénètre à sa suite et prends le temps de verrouiller magiquement la porte derrière moi. Il ne faudrait pas que l’on nous dérange. J’avance de quelques pas, la pièce est obscure. J’abandonne mon sac sur le sol et observe mon environnement en fronçant les sourcils. Des tables à demi poussées vers le mur, des rideaux à moitié tirés qui cachent la lumière du soleil, de la poussière. Cette salle n’est pas très inspirante, un peu glauque et je suis mal à l’aise de me retrouver seule dans une pièce avec Kernac’h, mais ça fera l’affaire.
Après avoir ôté ma cape, et l’avoir abandonné sur le sol, je m’assied en tailleur au milieu de la pièce. Le cul posé sur la pierre fraîche du château. Cette pierre qui a accueilli pendant des heures et des heures mon regard concentré et parfois, mes poings frustrés. Je ferme les yeux, essayant d’occulter la présence du Poufsouffle. Je laisse passer cinq secondes avant de les rouvrir ; j’ai l’impression d’être légèrement plus apaisée. Il n’y a pas de place pour la colère lorsque l’on manipule la magie — enfin, cela dépend de l’intention, évidemment.
« Qu’est-ce que tu sais des sortilèges informulés, Kernac’h ? » demandé-je d’une voix faussement calme.
Discipline stricte et travail acharné triomphent de toutes les difficultés
Trop occupé à virevolter comme une mouche surexcitée, Elian perdit l'équilibre et manqua de tomber sur la sorcière lorsque cette dernière s'arrêta enfin devant l'une des salles du couloir. Tandis qu'elle en entrouvrait la porte, visiblement sans exprimer la moindre envie de lui répondre, il s'occupa en lissant un peu sa chemise et en rajustant sa cravate dans une grimace concentrée. On lui avait déjà fait des remarques sur son accoutrement négligé et il s'agissait de ne pas faire perdre de points à leur maison si jamais un préfet se trouvait dans la pièce. Lorsqu'il leva de nouveau les yeux, le garçon fut surpris par le regard d'Aelle Bristyle. Il le soutint sans cligner des yeux. Elle lui confia son envie de vouloir parfois lui faire du mal.
« Parfois, donc pas tout le temps », réagit-il en fermant lentement les yeux, comme s'il savourait sa conclusion. Pour lui, c'était la preuve irréfutable qu'il n'était pas totalement un indésirable. Le bruit de la porte qui s'ouvrait complètement raviva son attention. La jeune sorcière lui indiquait de pénétrer dans cette salle plongée dans une semi-obscurité et à priori vide, alors Elian coinça de nouveau sa besace au creux de son ventre et s'avança. Lorsqu'il se retourna pour questionner sa camarade du regard, il la surprit à lancer un sortilège à la porte. Ils se trouvaient à présent seuls dans cette pièce qui respirait la poussière. Son père n'allait pas être content du tout s'il attrapait une bactérie - ni s'il se transformait en sac de frappe vivant, d'ailleurs. Sa main caressa son front, le souvenir du pot d'encre restait un peu douloureux.
Remarquant que la sorcière se délestait de quelques-unes de ses affaires, Elian l'imita en posant lui aussi son sac au sol et en ôtant sa robe de sorcier, qu'il finit par accrocher sur le pied d'une chaise retournée au-dessus d'un bureau. Il reporta ensuite de nouveau son attention sur Aelle Bristyle qui s'installait en tailleur au milieu de la pièce comme si elle s'apprêtait à réaliser un spectacle - il ne manquait plus qu'un halo de lumière pour l'éclairer, mais Elian commençait à apprécier l'ambiance instaurée par cette obscurité. Il remarqua alors qu'Aelle avait fermé les yeux et cette simple constatation avait de quoi le mettre totalement en déroute. Il fallait se montrer confiant pour fermer les yeux en compagnie d'un sorcier avec qui l'on avait si peu échanger mais il ne s'en plaignait pas du tout, ce constat ne faisait que nourrir son fantasme qu'ils étaient fait de la même trempe, eux deux. Et puis, il était mal avisé pour lui de parler esprit de préservation quand il manquait de tomber dans un ravin en suivant des Billywigs.
Le garçon se tint les coudes et, même s'il se força un instant pour ne pas s'approcher d'elle, il finit par tourner lentement autour d'elle dans un geste d'impatience, ne la quittant plus des yeux. S'apprêtait-elle à réaliser un rituel chamanique très important pour la bonne réussite de sa démonstration ? La voix d'Aelle s'éleva comme pour lui répondre : que savait-il des informulés ? Très peu de choses, ce n'était pas un sujet que l'on abordait à leur niveau, du moins pas à son niveau - puisqu'ils ne jouaient visiblement pas dans la même cour. Elian avait eu l'impression de se faire interroger par le professeur Perkins en plein cours de Sortilèges. Ses bras s'étaient décroisés et il avait arrêté un instant de réaliser son cercle autour d'elle. Voulait-elle le faire parler dans le seul but de le traiter d'abruti de nouveau ? Peu importait, tomber dans les pièges était son lot de tous les jours et il en ressortait indemne à chaque fois. « Je sais seulement que les sortilèges informulés ne sont pas formulés, fit-il avec aplomb. Le reste n'est pas si important, non ? » Par "le reste", il voulait probablement parler du gros manuel sur lequel il avait vu sa camarade bûcher. Le jeune sorcier termina son tour et s'installa en tailleur à moins d'un mètre en face d'Aelle Bristyle. Il se rendit compte qu'il avait laissé sa baguette magique dans son sac, preuve qu'il n'était pas si inquiet de se trouver dans cette position qui aurait paru délicate pour beaucoup d'autres élèves écoutant les rumeurs à propos d'Aelle.
« Parfois, donc pas tout le temps », réagit-il en fermant lentement les yeux, comme s'il savourait sa conclusion. Pour lui, c'était la preuve irréfutable qu'il n'était pas totalement un indésirable. Le bruit de la porte qui s'ouvrait complètement raviva son attention. La jeune sorcière lui indiquait de pénétrer dans cette salle plongée dans une semi-obscurité et à priori vide, alors Elian coinça de nouveau sa besace au creux de son ventre et s'avança. Lorsqu'il se retourna pour questionner sa camarade du regard, il la surprit à lancer un sortilège à la porte. Ils se trouvaient à présent seuls dans cette pièce qui respirait la poussière. Son père n'allait pas être content du tout s'il attrapait une bactérie - ni s'il se transformait en sac de frappe vivant, d'ailleurs. Sa main caressa son front, le souvenir du pot d'encre restait un peu douloureux.
Remarquant que la sorcière se délestait de quelques-unes de ses affaires, Elian l'imita en posant lui aussi son sac au sol et en ôtant sa robe de sorcier, qu'il finit par accrocher sur le pied d'une chaise retournée au-dessus d'un bureau. Il reporta ensuite de nouveau son attention sur Aelle Bristyle qui s'installait en tailleur au milieu de la pièce comme si elle s'apprêtait à réaliser un spectacle - il ne manquait plus qu'un halo de lumière pour l'éclairer, mais Elian commençait à apprécier l'ambiance instaurée par cette obscurité. Il remarqua alors qu'Aelle avait fermé les yeux et cette simple constatation avait de quoi le mettre totalement en déroute. Il fallait se montrer confiant pour fermer les yeux en compagnie d'un sorcier avec qui l'on avait si peu échanger mais il ne s'en plaignait pas du tout, ce constat ne faisait que nourrir son fantasme qu'ils étaient fait de la même trempe, eux deux. Et puis, il était mal avisé pour lui de parler esprit de préservation quand il manquait de tomber dans un ravin en suivant des Billywigs.
Le garçon se tint les coudes et, même s'il se força un instant pour ne pas s'approcher d'elle, il finit par tourner lentement autour d'elle dans un geste d'impatience, ne la quittant plus des yeux. S'apprêtait-elle à réaliser un rituel chamanique très important pour la bonne réussite de sa démonstration ? La voix d'Aelle s'éleva comme pour lui répondre : que savait-il des informulés ? Très peu de choses, ce n'était pas un sujet que l'on abordait à leur niveau, du moins pas à son niveau - puisqu'ils ne jouaient visiblement pas dans la même cour. Elian avait eu l'impression de se faire interroger par le professeur Perkins en plein cours de Sortilèges. Ses bras s'étaient décroisés et il avait arrêté un instant de réaliser son cercle autour d'elle. Voulait-elle le faire parler dans le seul but de le traiter d'abruti de nouveau ? Peu importait, tomber dans les pièges était son lot de tous les jours et il en ressortait indemne à chaque fois. « Je sais seulement que les sortilèges informulés ne sont pas formulés, fit-il avec aplomb. Le reste n'est pas si important, non ? » Par "le reste", il voulait probablement parler du gros manuel sur lequel il avait vu sa camarade bûcher. Le jeune sorcier termina son tour et s'installa en tailleur à moins d'un mètre en face d'Aelle Bristyle. Il se rendit compte qu'il avait laissé sa baguette magique dans son sac, preuve qu'il n'était pas si inquiet de se trouver dans cette position qui aurait paru délicate pour beaucoup d'autres élèves écoutant les rumeurs à propos d'Aelle.
Diplômé de Poudlard en RP - Avatar : @Vicky Xie
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On a tendance à s'assimiler des choses et à les restituer en croyant que c'est de soi alors que c'est d'un autre. – Hergé
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On a tendance à s'assimiler des choses et à les restituer en croyant que c'est de soi alors que c'est d'un autre. – Hergé
Discipline stricte et travail acharné triomphent de toutes les difficultés
À la réponse de Kernac’h, un fin sourire m’étire les lèvres. *Pauvre idiot*. Incapable de supporter son regard et la bêtise que j’y devine, je baisse les yeux. Ses paroles ne m’étonnent pas. Il a dit exactement ce que je voulais entendre : une vérité enrobée d’ignorance. C’est tout ce dont j’ai besoin pour la suite de ma petite affaire. Si ce garçon pense que les sortilèges informulés sont seulement des sortilèges que l’on ne formule pas et que le reste n’a pas la moindre importance, c’est qu’il ne sait rien et qu’il n’est pas prêt, surtout, à en réaliser lui-même. Il doit faire partie de ces personnes qui pensent que la magie, ce n’est qu’une affaire de formules. Que dire « Lumos » suffit pour que la magie afflue. Il m’a déjà prouvé être capable de lancer le sortilège d’Allumage de baguette mais moi je sais qu’il se confrontera bientôt, si ce n’est pas déjà fait, à l’incapacité d’effectuer des sortilèges plus ardus. Quand viendra le moment de sentir sa magie, d’attiser son intention pour parvenir à un résultat précis, il sera incapable de réussir son sortilège, comme un vulgaire moldu. C’est le lot de beaucoup de sorciers, malheureusement ; quand on pense que la magie n’est qu’une affaire de formules, qu’elles soient formulées ou non, c’est qu’on ne comprend pas la magie.
Sans surprise, le garçon s’installe en face de moi. Plus que cela, même : il s’assied tout près de moi, si près qu’il me suffirait de tendre le bras pour le toucher. Machinalement, je me recule pour que cela ne soit plus possible et je me sens bien mieux ainsi. Comme précédemment, s’infiltre dans mes veines un malaise que je ne reconnais que trop bien. C’est le même qui m’envahit à chaque fois qu’un Autre dépasse les limites. Ce que je peux détester les Autres, bordel, ils n’ont aucune conscience de l’intimité.
Je ne prends pas la peine de rectifier les propos de Kernac’h. Ce n’est pas à moi de lui apprendre ce qu’est la magie. Il comprendra bien assez vite qu’il a tort, de toute manière. Place, désormais, à l’exceptionnel et au fabuleux. Mon coeur palpite déjà tout au fond de moi, impatient de laisser sortir tout ce qui bout dans mes veines. Je remise au fond de moi mes doutes *j’vais vraiment faire ça devant lui ?* ; il est nécessaire que je le fasse, je crois que je ne suis plus cette gamine qui veut cacher à tout le monde ce dont elle est capable. Ce n’est pas grave si le monde n’est pas prêt à accepter ce que je suis, ce n’est pas grave si j’attise la jalousie et l’envie, et ce n’est pas grave si ce garçon répète à qui veut l’entendre, beaucoup donc, que je sais faire des choses que personne dans cette école n’est capable de faire. Il y a cette envie en moi, qui se fait de plus en plus forte, d’abolir mes propres limites. La peur est celle que je veux le plus annihiler.
Mon regard se perd sur la pierre au sol. Je la vois sans la voir, je la ressens. Peu à peu, Kernac’h s’efface de ma vision et de ma pensée. J’imagine que je suis seule, ici, seule avec ma magie. Mes mains reposent sur mes genoux et celle qui tient ma baguette magique se resserre imperceptiblement autour de cette dernière. Je me concentre sur les battements de mon coeur. Ils sont lents et profonds, intenses, et bientôt j’imagine circuler dans mes veines le flux de la magie, de mon ventre à ma main droite, comme un fleuve dans lequel je peux puiser à volonté. Comme toujours, je ramène à ma mémoire les paroles prononcées par Erza il y a des années de cela, quand elle nous apprenait à moi, Thompson et Van Derblick à invoquer le golem de pierre. J’oublie tout ce que j’ai appris en cours, toutes les formules que j’ai avalé jusqu’à en étouffer, pour me concentrer sur ce que je veux vraiment. Je puise dans ma frustration, dans mon envie de faire ravaler sa langue à cet idiot, dans mon besoin d’exprimer autrement que par les mots tout ce qui grouille dans mon coeur, toutes ces émotions et ces sentiments. J’en fais mon instrument, mon arme, et bientôt je cesse d’être dans mon corps de sang et de chair. Je ne suis que magie ; se dessine dans mon esprit ce que je veux voir apparaître sous mes yeux à la place de la pierre lisse que je fixe sans la voir.
Et je pousse. Je suis incapable d’exprimer ce que ça fait, de pousser, mais c’est ce que je fais. Subtilement, je libère ma magie, mon souffle s’amenuise et les battements de mon coeur ralentissent et je sens qu’elle se détache de moi pour s’exprimer dans le monde. Concentrée, je ne vois rien, mais je ressens. La pierre, dans la moindre de ses aspérités, se module sous l’effet de ma magie et se transforme. À la place de la pierre lisse qui se trouvait entre Kernac’h et moi grandit un petit monticule brut d’une vingtaine de centimètres. Simple au départ, l’entreprise se complique à ce moment-là. Mes doigts se crispent sur ma baguette, je dois me rappeler de respirer, et je lutte contre mes propres limites, surtout contre ma peur d’échouer, comme j’échoue toujours quand j’essaie de garder intacte plus de quelques secondes la petite montagne de pierre créée par ma magie tout en m’efforçant de la faire grandir. Mais il y a Kernac’h devant moi et il y a mon envie de faire toujours plus, alors je tiens bon et peu importe si la fatigue me crispe les traits du visage. Cette magie a toujours dévoré mon énergie et ma concentration, elle m’est beaucoup moins naturelle que la magie occidentale dans laquelle je baigne depuis toujours. Son mode de fonctionnement ne m’est pas naturel, c’est comme si j’essayais de voir sans les yeux, je tâtonne, j’avance dans le noir, je marche sur un filin de magie si fin que la moindre fluctuation peut me faire échouer soudainement et alors le petit monticule de pierre s’effondrera.
Mais plus que la fatigue, je ressens de l’excitation. Elle s’exprime très subtilement. Dans mes yeux qu’elle fait briller, dans ma main qui tremble, dans mon coeur qui s’agite. La magie est la seule chose qui peut me faire me sentir aussi vivante. Lorsque je la laisse s’exprimer, dans des sortilèges mais surtout de cette façon-là, en essayant de façonner un golem de pierre, une sensation merveilleuse m’envahit toute entière. Je me sens alors si grande, si puissante, magnifique presque, tout simplement resplendissante. Et alors m’habite la certitude que plus rien ne m’est inaccessible. Grâce à cette chose dont je suis faite, qui fait de moi une sorcière brillante, bordel, je peux atteindre des sommets inimaginables. Il n’y a plus de frontière, plus aucune barrière, je peux faire tout ce que je désire et plus encore. Idiots sont ceux qui pensent que la magie se limite à ce qu'on la croit capable de faire. La vérité, c’est qu’elle est la clé d’absolument tout. De ceci, j’en suis persuadée depuis toujours mais plus j’avance dans mes études plus la certitude s’ancre dans mon crâne. Un jour, la Magie abolira toute la frustration qui a toujours existé en moi. Et alors qu’adviendra-t-il ? Le bonheur, certainement. Que sont la tristesse et la colère face à une telle grandeur ? Il me suffira de plonger dans le fleuve de la magie pour détruire la moindre de mes entraves. La colère n’existe que parce qu’on est faible face à elle. Incapable de la vaincre ou de la manipuler, on se laisse envahir et on se bousille avec des pensées et des émotions qui font mal. Mais à partir du moment où l’on est assez puissant pour faire quelque chose de cette colère, ou de cette tristesse, alors l’émotion est vaincue.
Un jour, je brillerai si fort que la colère deviendra vaine.
À cet instant, plongée toute entière dans la manipulation de ma magie et dans la confection de mon golem de pierre, je suis invincible. La magie m’enivre ; je donnerai tout pour continuer de ressentir cela.
Sans surprise, le garçon s’installe en face de moi. Plus que cela, même : il s’assied tout près de moi, si près qu’il me suffirait de tendre le bras pour le toucher. Machinalement, je me recule pour que cela ne soit plus possible et je me sens bien mieux ainsi. Comme précédemment, s’infiltre dans mes veines un malaise que je ne reconnais que trop bien. C’est le même qui m’envahit à chaque fois qu’un Autre dépasse les limites. Ce que je peux détester les Autres, bordel, ils n’ont aucune conscience de l’intimité.
Je ne prends pas la peine de rectifier les propos de Kernac’h. Ce n’est pas à moi de lui apprendre ce qu’est la magie. Il comprendra bien assez vite qu’il a tort, de toute manière. Place, désormais, à l’exceptionnel et au fabuleux. Mon coeur palpite déjà tout au fond de moi, impatient de laisser sortir tout ce qui bout dans mes veines. Je remise au fond de moi mes doutes *j’vais vraiment faire ça devant lui ?* ; il est nécessaire que je le fasse, je crois que je ne suis plus cette gamine qui veut cacher à tout le monde ce dont elle est capable. Ce n’est pas grave si le monde n’est pas prêt à accepter ce que je suis, ce n’est pas grave si j’attise la jalousie et l’envie, et ce n’est pas grave si ce garçon répète à qui veut l’entendre, beaucoup donc, que je sais faire des choses que personne dans cette école n’est capable de faire. Il y a cette envie en moi, qui se fait de plus en plus forte, d’abolir mes propres limites. La peur est celle que je veux le plus annihiler.
Mon regard se perd sur la pierre au sol. Je la vois sans la voir, je la ressens. Peu à peu, Kernac’h s’efface de ma vision et de ma pensée. J’imagine que je suis seule, ici, seule avec ma magie. Mes mains reposent sur mes genoux et celle qui tient ma baguette magique se resserre imperceptiblement autour de cette dernière. Je me concentre sur les battements de mon coeur. Ils sont lents et profonds, intenses, et bientôt j’imagine circuler dans mes veines le flux de la magie, de mon ventre à ma main droite, comme un fleuve dans lequel je peux puiser à volonté. Comme toujours, je ramène à ma mémoire les paroles prononcées par Erza il y a des années de cela, quand elle nous apprenait à moi, Thompson et Van Derblick à invoquer le golem de pierre. J’oublie tout ce que j’ai appris en cours, toutes les formules que j’ai avalé jusqu’à en étouffer, pour me concentrer sur ce que je veux vraiment. Je puise dans ma frustration, dans mon envie de faire ravaler sa langue à cet idiot, dans mon besoin d’exprimer autrement que par les mots tout ce qui grouille dans mon coeur, toutes ces émotions et ces sentiments. J’en fais mon instrument, mon arme, et bientôt je cesse d’être dans mon corps de sang et de chair. Je ne suis que magie ; se dessine dans mon esprit ce que je veux voir apparaître sous mes yeux à la place de la pierre lisse que je fixe sans la voir.
Et je pousse. Je suis incapable d’exprimer ce que ça fait, de pousser, mais c’est ce que je fais. Subtilement, je libère ma magie, mon souffle s’amenuise et les battements de mon coeur ralentissent et je sens qu’elle se détache de moi pour s’exprimer dans le monde. Concentrée, je ne vois rien, mais je ressens. La pierre, dans la moindre de ses aspérités, se module sous l’effet de ma magie et se transforme. À la place de la pierre lisse qui se trouvait entre Kernac’h et moi grandit un petit monticule brut d’une vingtaine de centimètres. Simple au départ, l’entreprise se complique à ce moment-là. Mes doigts se crispent sur ma baguette, je dois me rappeler de respirer, et je lutte contre mes propres limites, surtout contre ma peur d’échouer, comme j’échoue toujours quand j’essaie de garder intacte plus de quelques secondes la petite montagne de pierre créée par ma magie tout en m’efforçant de la faire grandir. Mais il y a Kernac’h devant moi et il y a mon envie de faire toujours plus, alors je tiens bon et peu importe si la fatigue me crispe les traits du visage. Cette magie a toujours dévoré mon énergie et ma concentration, elle m’est beaucoup moins naturelle que la magie occidentale dans laquelle je baigne depuis toujours. Son mode de fonctionnement ne m’est pas naturel, c’est comme si j’essayais de voir sans les yeux, je tâtonne, j’avance dans le noir, je marche sur un filin de magie si fin que la moindre fluctuation peut me faire échouer soudainement et alors le petit monticule de pierre s’effondrera.
Mais plus que la fatigue, je ressens de l’excitation. Elle s’exprime très subtilement. Dans mes yeux qu’elle fait briller, dans ma main qui tremble, dans mon coeur qui s’agite. La magie est la seule chose qui peut me faire me sentir aussi vivante. Lorsque je la laisse s’exprimer, dans des sortilèges mais surtout de cette façon-là, en essayant de façonner un golem de pierre, une sensation merveilleuse m’envahit toute entière. Je me sens alors si grande, si puissante, magnifique presque, tout simplement resplendissante. Et alors m’habite la certitude que plus rien ne m’est inaccessible. Grâce à cette chose dont je suis faite, qui fait de moi une sorcière brillante, bordel, je peux atteindre des sommets inimaginables. Il n’y a plus de frontière, plus aucune barrière, je peux faire tout ce que je désire et plus encore. Idiots sont ceux qui pensent que la magie se limite à ce qu'on la croit capable de faire. La vérité, c’est qu’elle est la clé d’absolument tout. De ceci, j’en suis persuadée depuis toujours mais plus j’avance dans mes études plus la certitude s’ancre dans mon crâne. Un jour, la Magie abolira toute la frustration qui a toujours existé en moi. Et alors qu’adviendra-t-il ? Le bonheur, certainement. Que sont la tristesse et la colère face à une telle grandeur ? Il me suffira de plonger dans le fleuve de la magie pour détruire la moindre de mes entraves. La colère n’existe que parce qu’on est faible face à elle. Incapable de la vaincre ou de la manipuler, on se laisse envahir et on se bousille avec des pensées et des émotions qui font mal. Mais à partir du moment où l’on est assez puissant pour faire quelque chose de cette colère, ou de cette tristesse, alors l’émotion est vaincue.
Un jour, je brillerai si fort que la colère deviendra vaine.
À cet instant, plongée toute entière dans la manipulation de ma magie et dans la confection de mon golem de pierre, je suis invincible. La magie m’enivre ; je donnerai tout pour continuer de ressentir cela.