Cristallisation
2 Mars 2045
Quelques instants perdus dans la journée
Pour réparer un tort causé — tout spécialement pour @Pau Ouma-Decley.
Quelques instants perdus dans la journée
Pour réparer un tort causé — tout spécialement pour @Pau Ouma-Decley.

Le Temps coulait. Le fluide voyageait dans la Clepsydre, et plus rien n'en arrêtait la morne lancée. Plus rien ne venait entraver la chute de l'Eau. Depuis cinq jours ; cent vingt heures infinies, sept mille deux cents minutes d'une douteuse éternité. Quatre cents trente-deux mille secondes avaient sombré dans un affligeant ennui sitôt instaurées, effacées dans la nuit des songes de l'enfant. Le souvenir de ces journées est lointain, voguant ailleurs que dans sa mémoire. Elle sait pourtant qu'il a beaucoup plu, ces jours-là. Le ciel a pleuré, et elle n'a été qu'une plume ballottée par ses courants nébuleux, d'un lieu à l'autre, d'un état à l'autre.
Dans ses pensées noyées surnageaient des maux. Non, des mots — *maudits*. Un ordre subsistait dans son esprit ; elle devait y obéir, céder à cet impétueux désir d'une entité supérieure à la sienne.
Fais-le.
Elle n'avait qu'une vague conscience du point divergent, elle fuyait la discorde, mais elle avait compris une chose : les mots ne se taisent pas. Les mots ne meurent jamais. Les inhiber invite simplement Chronos à les retenir en son cœur, pour les libérer d'autant plus violemment. Or, elle avait reçu assez de violence. Elle était restée fière un instant, et maintenant elle devait s'écrouler ; redevenue fragile. C'est fou comme une simple rafale peut paraitre tempête, lorsque la coquille s'émiette sous l'érosion apportée par les sentiments. Alors ses émotions submergeaient tout doucement sa raison — ou sa déraison.
Elle ne savait plus qui avait causé le tort, d'elle ou de la Bleue — elle supprimait purement et simplement la gamine Rouge de l'équation, puisqu'elle n'existait plus pour l'enfant. Elle se remémorait seulement les ressentis du moment, pressentant que s'ils étaient partagés, seuls des mots réels, audibles seraient assez solides, peut-être, pour colmater leurs brèches.
C'était étrange ; c'était une sensation jamais apparue en elle depuis sa naissance ; c'était comme un repenti. Comme si, parfois, il fallait apprendre à discerner l'essentiel du superflu ; il fallait deviner la chose la plus indispensable. En l’occurrence, un lien du cœur, une jolie lueur dont il était impensable que le temps fut déjà venu pour elle de partir en cendres.
Le choix n'était pas un dilemme ; une fois pris, il apparaissait tel une évidence. Le plus dur étant encore de réussir à l'accomplir, sans défaillir sous les *maux... mots*, sous l'émotion du mo(t)ment.
C'était simple, et presque impossible. La voie était limpide, mais l'air retenait ses gestes ; les efforts qu'elle faisait pour atteindre l'objet de son attention, la fille, s'évaporaient dans sa lourdeur. Cela prit quelques temps, de longs battements de la grande Horloge, pour que l'enfant parvienne à brider ses sentiments.
Déception-chagrin-honte-espoir. Tout se mêlait chaotiquement.
Ce ne fut qu'à la fin de ces cinq jours que l'évènement survint. Après avoir mille fois croisé la Bleue recherchée au creux de mille détours du château. Après l'avoir ignorée trop longtemps — parce que poser ses yeux sur elle était devenu trop difficile, trop douloureux, trop ; croiser son regard accusateur aurait été déchirant, et la meurtrissait de l'intérieur.
Un soir enfin, la force dirigea ses mouvements pour qu'elle rejoigne Pau, au sortir d'un *énième* cours soporifique, commun à leurs Maisons respectives.
Inconsciemment, son corps la poussa loin de son siège, au dehors de la salle. Inévitablement, il la fit se plonger dans la masse grouillante des Élèves. Et, miraculeusement, il la libéra, comme on lâche les fils d'un pantin. Elle marcha droit sur la Bleue, sans penser, de peur que la réflexion ne conduise ses pas en arrière, ne l'éloigne de son but. Sa tête vide de sens — ou trop pleine — n'alimentait plus que son cœur — organe ridiculement associé aux sentiments mais qui, ce jour là, était la seule partie de son être en fonction, la seule capable de la guider dans ce vide épuisant.
Alors, une fois qu'elle fut face à celle qu'elle avait longtemps fui auparavant, elle la retint pour l'espace d'une seconde.
Sa main sur son épaule. Contact brûlant et éphémère ; le temps se suspendit. Elle pouvait détailler les traits fins de son *amie ?* tant elle était proche. Se raccrochant à l'azur de ses yeux avant d'y sombrer, elle parvint à articuler, presque silencieusement tant le bruit de la foule résonnait dans ses tympans.
— Désolée pour... l'autre fois. J'voulais pas que'ça finisse comme ça. Pardon.
Quelques syllabes détachées du reste. Elles incendient sa gorge, lorsqu'elle les prononce. Certes, elle ne voulait pas que cela termine ainsi. Mais qui a un jour eu le contrôle des évènements ? Elle les prononce, ces fichues phrases. Et sitôt après, elle tourne les talons pour se fondre dans la foule. Elle disparait dans cette unité ; elle hait les Contacts, mais les enlace un instant.
Le vide dans sa tête explose, tant il n'est rien, et tant ce néant et plein.
Comme promis, ma chère 
J'espère que tu ne t'es pas perdue en chemin
Toujours est-il que ma petite grandit, enfin ; c'est très joli à voir !
Et puis, ne pas mentionner @Scary Limpson serait trop dommage...
« elle supprimait purement et simplement la gamine Rouge de l'équation, puisqu'elle n'existait plus pour elle ».
Ce n'est pas moi qui le dit !
J'espère que tu ne t'es pas perdue en chemin
Toujours est-il que ma petite grandit, enfin ; c'est très joli à voir !
Et puis, ne pas mentionner @Scary Limpson serait trop dommage...
« elle supprimait purement et simplement la gamine Rouge de l'équation, puisqu'elle n'existait plus pour elle ».
Ce n'est pas moi qui le dit !
évanaissance