Je me croyais seule... RP+

Samedi 13 Mai 2045
Dans les environs de 15h10


C'était une de ces belles journées de printemps. Le soleil brillait haut dans le ciel et celui-ci était d'un magnifique bleu clair, sans nuages. La plupart des élèves restaient dehors, à s'amuser, à lire, à jouer, à se chamailler... Mais moi, je n'en avais pas trop envie aujourd'hui. Je savais qu'il fallait que je commence bientôt à réviser pour les examens de fin d'année mais j'avais encore le temps. Je m'y mettrais peut-être demain. D'habitude, les samedis, je profitais, je me reposais ou je me défoulais avec mes amis, je lisais ou bien je fais mes devoirs, mais cette-fois non. Je préférais me promener dans les couloirs : je visitais les endroits où je n'allais pas souvent, j'explorais et j'admirais ce merveilleux château que je devrais bientôt quitter pour rentrer chez moi. Là où ma famille m'attend... Elle me manque tellement ! Cette année sera la première fois où je ne fêterais pas mon anniversaire avec eux. Ils vont sûrement m'envoyer une lettre pour me le souhaiter mais ce n'est pas aussi bien que s'ils étaient à mes côtés... Après tout, je n'ai plus trop de temps à attendre ! Il faut que je profite un maximum de ce château même si je reviens l'année prochaine. C'est pourquoi je suis ici aujourd'hui.

En observant tous les recoins du château, j'ai découvert cette salle. Enfin je connaissais déjà son existence mais je n'y étais jamais entrée. C'était la salle de répétition. Au quatrième étage.
Quand je passai la tête à travers l'ouverture de la porte, je fus émerveillée. La pièce était d'une immensité ! Vers la droite, il y avait une petite estrade et quelques posters étaient aussi affichés un peu partout. Sur la gauche, une multitude de bancs et de chaises était placées et juste à côté, des instruments. Il y en avait tellement ! Des batteries, des violons, des guitares, des trompettes, des flûtes, pleins d'autres instruments à vent et... un piano.

J'hésitais à y aller, à rentrer. Je ne savais pas si j'avais le droit. Je ne voulais pas avoir de punition mais cela faisait si longtemps que je n'en avais pas joué et cela me manquait tellement. En plus, je n'avais croisé personne dans les couloirs donc je ne pensais pas qu'il y avait quelqu'un dans les parages. Et puis, cela ne prendrais pas longtemps.
J'avais trouvé beaucoup d'arguments au final et la tentation m'amena à entrer dans cette fameuse salle. Je me dirigeai droit vers ce si beau piano... Il ressemblait un peu à celui que j'avais chez moi... Je m'installai sur le petit tabouret, il était assez confortable. J’appuyai sur une touche pour me remémorer le son, cela faisait tellement longtemps que je l'avais presque oublié... Je réfléchi d'abord à quel morceau jouer mais il me vient à l'esprit que je n'avais aucune partition donc j'en choisis un que je connaissais par cœur. Et je me lançai !


Mes doigts allaient sur les touches tout seul, au rythme de la musique... Je me sentais libre comme à chaque fois que j'interprétais un morceau, n'importe lequel... Cet instrument me redonnait confiance en moi et... je me croyais capable de tout faire pendant ces quelques instants... C'est comme si je n'étais plus moi même... Je prenais toujours du plaisir et cette fois encore plus que les autres fois...
Dernière modification par Amaia Brown le 9 août 2021, 22:33, modifié 1 fois.

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< Torrent de notes. >


13 mai 2045 | Salle de répétition •
Scary Limpson | Ière année | 12 ans


Je ne pensais pas que l’approche des examens m’indifférerai autant. Après tout, c’est tout de même le reste de ma scolarité qui est en jeu. Cependant, je juge avoir fait des efforts suffisants durant toute l’année pour pouvoir me passer de cette période de stress que tout le monde - ou presque - redoute.

J’ai conscience que je ne suis pas irréprochable. Je ne l’ai jamais été, et ce n’est pas aujourd’hui que cela va changer. J’aurais toujours du mal en Histoire de la Magie. Il faudra d’ailleurs que je songe à un moyen de retenir un peu mieux ce qui est dit dans le cours. Mais bon, j’ai tout l’été pour y penser. De toute manière, il me semble que rien n’est prévu. Plus les jours passent, et plus je me demande si cette matière me sera réellement utile plus tard. À réflexion, il me semble que non. Je me moque bien de savoir d’où vient Salazar Serpentard, il me suffit de savoir les bases. Toute cette histoire m’invite à me poser une nouvelle question : que peut on bien étudier dans les années supérieures. Il y aura toujours des nouveaux sorts à apprendre, des nouvelles potions où des nouvelles plantes à découvrir, mais de l’histoire, ça doit être sacrément ennuyeux. Une chose est sûre ; dès que possible, j’arrêterai cette matière de malheur.

Je serais bien allé m’entraîner à quelques sorts dans le parc, mais il fait trop chaud pour moi. Si le froid ne me pose pas le moindre souci, je suis extrêmement sensible à la chaleur qui devient vite insupportable lorsque les températures augmentent trop. J’avais à peine pointer le nez dehors que j’ai abandonné vite fait cette alternative. Sérieusement, comment font les gens pour supporter cette atmosphère étouffante qui englobe le parc ? Moi, je n’en peux plus. J’ai besoin d’un peu de fraîcheur si je veux me concentrer. Par chance, les épais murs de pierre du château sont plutôt doués pour la conserver. C’est pourquoi lorsque l’été vient, je me réfugie de plus en plus dans les couloirs et la bibliothèque.

Seulement, aujourd’hui, je ne suis pas d’humeur à me balader sans but. Il n’y a pas si longtemps que ça, j’ai repéré une salle au quatrième étage où je n’étais jamais allée. Je m’étais promis d’aller y jeter un coup d’œil quand j’aurais le temps ayant été bloquée par le couvre-feu la première fois. Mais cette fois-ci, rien ne m’empêche d’aller voir. On dirait que c’est bon, que je vais enfin pouvoir nourrir la curiosité qui le ronge la tête. Je me réjouis d’avance de cette expédition. L’une des seules choses que j’apprécie ici, c’est qu’il y a toujours des lieux qui nous sont inconnus qui ne demandent qu’à été exploité. Bref, une aubaine pour mon âme d’exploratrice. Si en plus je pouvais trouver un endroit calme dont je pourrais faire ce que je veux, ça serait génial, bien que peu probable.

Lorsque je m’approche enfin de la porte mystère, une douce mélodie que je reconnais aussitôt parvient jusqu’à mes oreilles. *Piano* pense-je aussitôt. Je sais reconnaître le son de mon instrument favori. Seulement… je ne savais pas qu’il était autorisé d’amener son instrument au château. Et quand bien même, un piano c’est volumineux. Silencieusement, je pénètre dans la pièce et m’aperçois qu’il s’agit de la salle de répétition. Le piano doit donc par défaut appartenir à l’école. Lorsque j’y repense, je rirai bien de mes hypothèses précédentes. Tout de même, je me déçois, j’aurais dû m’en douter.

À pas de loup, je file m’installer sur un canapé. Cette gamine ne joue pas si mal que ça, on voit que ce n’est pas une débutante. Je jouerais bien Winter Wind rien que pour l’impressionner, mais je risque de me tromper sans mes partitions. Lorsque j’entends la dernière note retentir, je lâche :

- Tu joues bien, tu pratiques depuis combien de temps ? Je peux jouer un morceau moi aussi ?

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Je venais de terminer mon morceau. Cela m’avait apaisée et je me sentais beaucoup plus calme à présent. C’est comme si... je n’étais plus la même. J’avais l’impression d’avoir grandi tout d’un coup. C’était la première fois que ça m’arrivait. Peut-être était-ce l’effet d’être dans ce merveilleux château. Ou alors parce que cela faisait vraiment longtemps que je n’avais pas fait de piano. Et puis, comme c’était ma plus grande passion, je n’aurais pas pu rester plus longtemps sans y jouer au moins un bref instant.

Je réfléchissais à tout ça lorsque j’entendis quelque chose derrière moi. Enfin plutôt quelqu'un. Il était en train de parler. À moi peut-être, pensais-je. Je me retournai donc et regardai ce que c’était. Une jeune file de mon âge sûrement était assise sur le canapé. *Depuis combien de temps était-elle là ? M’a-t-elle écouter tout le long de mon morceau ou vient-elle à peine d’arriver ?* Les questions fusaient dans ma tête et je paniquais à l’idée qu’elle soit là depuis le début. Je tendis quand même l’oreille pour écouter ce qu’elle avait à me dire. Elle commença par me complimenter en disant que je jouais bien. Puis elle me demanda depuis combien de temps je pratiquais du piano et enfin si elle pouvait jouer un morceau elle aussi.

Mes joues avaient virés couleur pivoine lorsque j'avais entendu sa première phrase. Moi, jouer bien ?! Bon c'est vrai que je ne me débrouille pas si mal, je joue même très bien en fait mais jamais je n’aurais pensé que quelque me le dirais alors qu’on ne se connaissaient même pas. J'avais l'habitude des compliments de mes parents mais cette fille, j’avais seulement dû la croiser une ou deux fois dans les couloirs, c’est tout. En plus, on ne s'était jamais parlé. Et voilà qu'elle engage une conversation. Elle ne devait pas être timide, elle. J’essayais de lui montrer que je ne l’étais pas en lui disant :

"Merci beaucoup... J'ai commencé à l'âge de 6 ans."

Ce n’était pas très convainquant finalement... J’espérais qu’elle ne l’ai pas remarqué. Maintenant que je repense à ma réponse, cela fait quand même longtemps que je fais du piano. Et je ne m’en étais toujours pas lassé. Presque 6 ans ! Le temps passait si vite... D’ailleurs, dans deux jours, j’allais avoir 12 ans. J’allais devenir grande !
Je m’aperçus quelques secondes plus tard que je n’avais pas répondu à la deuxième question de le Gryffondor. Je lui répondit alors :

"Oui oui bien sûr que tu peux venir jouer un morceau ! Tu sais, ce n’est pas mon piano."

Je me décalai donc pour lui laisser ma place. Je fis quand même attention de ne pas trop m’approcher d’elle, je ne sais même pas pourquoi. C’est pas comme si elle allait me manger !
J’allai donc m’assoir sur une des chaises dédiées aux spectateurs en attendant qu’elle commence. Je n’allais quand même pas partir d’ici ! Et puis, ça se trouve, on pourrait peut-être faire connaissance plus amplement...

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Je te laisse le Son joué par la fillette pour qu'il t'accompagne quand tu liras ce poste.
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Dire que je n'avais jamais remarqué ce piano. Je me sens soudain bien stupide, j'ai dû perdre en maîtrise depuis le temps que je n'ai pas joué. Il était là, à portée de mes doigts, et pas une seule fois avant aujourd'hui je ne suis venue frappée ces touches de mes doigts. Mon Instrument favori. Mon piano. Mon domaine de prédilection. Heureusement, l'Autre pianiste me tire de mes pensées méprisantes — et méprisables — en me rappelant que ce n'est pas mon piano, et qu'il ne m'attendait pas pendant tout ce temps où je l'ai somptueusement ignoré contre mon gré. J'ai conscience qu'il faut que j'arrête d'y songer avant que l'on ne se retrouve enfin après de longs mois vécus séparément. Mais il obnubile tout mon esprit me rappelant des choses dont je préfère ne pas me souvenir. Tout ce que j'aurais pu faire et que je n'ai pas tenté. Par Merlin que c'est désagréable ! Je me demande si je suis la seule à ressentir ces moments de cette façon, en train d'haïr le goût de l'échec plus fort que tout le reste. S'il y en a d'autres comme moi, ils ne doivent pas le montrer comme moi je le cache également.

J'attends sa réponse impatiemment. C'est bien beau de me dire qu'elle a commencé à jouer à six ans, mais comment dire... Je m'en contrefiche ? J'ai envie de jouer, de remplir ces mois vides durant lesquels j'ai (sur)vécu sans faire ce qui me passionne, de combler ces instants sans sens où je suis restée inactive. Impossible pour moi de rester insensible à l'appel du clavier et de ces touches qui semblent préservées du temps. Je la regarde rougir sous mon banal compliment dénudé de réelle admiration et me demande ce qu'elle attend pour me répondre. Est-ce si compliqué que cela ou bien je lui fait peur au point de la paralyser ? Je ne savais pas que j'étais aussi impressionnante lorsque j'ai affaire à des gens facilement impressionnables.

Enfin, elle accepte et laisse le siège libre. Je murmure lui un "merci" et m'installe. Alors que j'allais commencé jouer, j'entends "tu sais ce n'est pas mon piano", qui me rappelle que je ne suis pas chez moi, tranquillement, à être seule en compagnie de mes notes qui volent au vent s'engouffrant par la fenêtre comme j'avais l'habitude de l'être. Je vais être écoutée. Une vague d'hésitation me prends alors. Ai-je vraiment envie de jouer et de ressentir la séparation qui s'en suivra lorsque je devrais laisser ma place car ce n'est pas mon piano non plus. Est-ce que je vais me refuser un instant de pure satisfaction parce que j'ai peur de souffrir lorsqu'il sera terminé ? Est-ce que je vais me refuser d'aimer si j'ai peur d'être trahie ? Est-ce que je vais me refuser de vivre si j'ai peur de mourir ? A cette pensée, un frisson parcourut mon dos et enfin je me lançai. Mes peurs sont sensées m'aider à me dépasser, pas à m'enfermer sur moi même.

Mes doigts pressent les touches du clavier et enfin je me sens renaître. Jusqu'à la dernière note je rattrape tout le temps que j'ai perdu en ce début d'année. Les murs du château peuvent bien retenir mon corps entre leurs griffes d'acier, mon âme ira où elle veut. Lorsque je joue, rien ne peut l'en empêcher. Mais il y a le "lorsque" qui vient salir la toile d'une tâche sombre. Les autres moments, c'est impossible. J'étouffe même lorsque je suis dans le parc. J'étouffe lorsque j'observe les hautes étoiles au point le plus élevé du château. Elles me hurlent mon impuissance, elles me hurlent mon enfermement. Elles se pavanent là-haut dans le Ciel nocturne. Et moi, je les regarde en maudissant mes entraves.

Je soupire. Déjà la Fin est venue me cueillir.

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