27 juil. 2021, 12:45
R.A.P.T OS
25 Juillet 2046, début de journée
LONDRES, Hackney
RAPT : Enlèvement, kidnapping.
@Carry Harrison & @Lily-Rose Holland

Il en avait marre. A croire qu'il n'était vraiment qu'un enfant de huit ans à faire ses caprices pour rien mais vivre avec sa mère toute la journée s'avérait plus compliqué qu'il ne l'avait auparavant pensé. Elle était irritante à un point qu'il ne savait même plus comment elle faisait. Ca ne l'embêtait pas de devoir chercher la petite bête pour faire des remarques à chaque fois qu'il ouvrait la bouche ? Elle s'énervait moins mais il n'était pas sûr de préféré ses pics à ses cris. Ses cheveux étaient trop longs, il était trop glouton -alors même qu'il ne mangeait presque rien ! et il en passait des vertes et des pas mures. Il ne savait juste pas comment elle faisait pour toujours faire des remarques. C'était usant de ne pas s'énerver, de se faire violence pour ne pas lui balancer à la tronche ses quatre vérités. S'il le faisait ce serait l'hécatombe mais il en avait bien envie.

Durant les derniers mois il avait eu un sursaut de conscience que sa mère n'était pas son monde et que si elle se fichait de lui, il n'avait pas à la suivre comme un toutou. Elle ne se retournerait pas pour lui gratouiller la tête, non, elle continuerait son chemin. Un chien abandonné, c'était comme ça qu'il se sentait. Pendant longtemps il avait cru qu'il n'avait qu'elle dans sa vie, personne d'autre pour l'aimer comme elle faisait. Aujourd'hui, il était bien content que personne ne soit comme elle. Il n'avait plus besoin de son amour et il n'en avait plus envie non plus. Ca avait fait mal de se rendre compte que tout n'était pas de sa faute et qu'il n'y avait juste pas d'explication à son comportement. Il aurait voulu pouvoir continuer à se dire que c'était à cause de lui parce que ça rendait tout logique. Plus rien ne l'était. Elle était juste malade et méchante, il n'y avait pas d'explications logique à ça. Les choses arrivaient et il ne pouvait rien faire pour les empêcher parce que ce n'était pas à lui de changer, de faire des efforts. C'était simplement triste qu'elle ne comprenne pas qu'elle devait changer. Cela dit, Edwin était persuadé qu'elle savait qu'elle n'était pas une bonne mère et c'était encore plus triste qu'elle ne cherche pas à changer ça.

Il s'y était fait, c'était compliqué et ça faisait mal mais la vie était comme ça. De toute façon, qui est-ce que ça intéresserait ? Il n'allait pas se plaindre encore plus qu'il ne l'avait déjà fait. Chacun devait s'occuper de ses soucis, et donc lui de sa mère. Lui fuyait. Il ne voulait pas passer sa journée avec elle, manger à sa table était même un effort qui lui donnait envie de vomir. Elle lui donnait mal au ventre, elle le dégoûtait avec ses moments de joie où elle pensait que tout allait bien. Il ne comprenait jamais pourquoi elle changeait de comportement si vite. Elle devenait gentille et reprenait sa colère quand il ne la laissait pas s'approcher de trop près. Ca lui faisait peur, ces changements. Quand était-elle honnête ? Il avait l'impression qu'elle était une bombe à retardement. Quand elle souriait, il se méfiait parce que cela voulait dire qu'elle allait hurler encore plus après.

Il enterre ses mains dans ses poches et traine des pieds sur le trottoir, donnant des coups de pied dans les cailloux qui passent sur son chemin. Il ne sortait plus en secret, sa mère était parfaitement consciente qu'il claquait la porte derrière lui quelques fois par jour. Elle s'en fichait, il pourrait bien disparaître qu'elle ne le remarquerait même pas. Peut-être penserait-elle qu'il était parti chez un ami. Elle ne s'intéressait pas à ce qu'il faisait, il aurait bien aimé qu'elle le fasse au minimum même s'il avait conscience qu'elle l'aurait empêcher de se balader dehors comme il le faisait à longueur de nuit. Il avait quitté la maison la veille quand la nuit était déjà ronde dans le ciel. Le soleil se levait doucement tandis qu'il rejoignait l'ancien quartier qui l'avait accueilli. La maison n'était pas totalement refaite, personne ne pouvait vivre dedans pour le moment mais Edwin s'en fichait. Il n'avait pas besoin d'y rentrer, la regarder suffisait. Il en était nostalgique. Tout allait bien quand il était dans cette maison, il ne voyait pas les mauvais côtés de sa mère, il avait même été persuadé d'être normal avant ses 11 ans. Il ne voulait plus retourner à cette époque, il avait gagné beaucoup plus ces deux dernières années que les onze premières.

Ca avait été compliqué à encaisser mais maintenant il pouvait le dire : Poudlard avait changé sa vie. Parfois en mal, mais il pouvait également penser au bien, à toutes les choses qu'il ne voudrait plus échanger contre son ancienne vie. Le château lui avait fourni un échappatoire, un lieu pour grandir et se forger son propre avis sur les choses. S'il était resté à Londres il n'aurait été que le reflet des envies de sa mère. Il comprenait bien mieux ceux qui parlaient d'être enfermés sans avoir besoin d'être en cage. L'idée de ne pas être soi et de ne pas pouvoir l'être était une prison aux barreaux bien solide qui n'avait ni forme ni lieu. Elle vous suivait partout et impossible de s'en débarrasser tant que l'on n'arrivait pas à la briser. Personne ne vous sortait de là, il fallait le faire tout seul. Il aimait à croire qu'il avait réussi, même si pour être honnête avec lui même, il pensait que la cage n'était pas encore totalement brisée. Il faisait des allers-retours dedans. Être soi-même était compliqué. Le regard des autres, l'angoisse de ne pas se fondre dans la masse, d'être une cible facile pour cette même raison. Edwin n'avait jamais géré le stress correctement, il l'enterrait et cela finissait toujours par ressortir à un moment donné. Cette cage était un cube d'angoisse et de peur. Quand il explosait, Edwin avait l'impression de ne plus savoir respirer correctement tant tout ça lui enserrait la gorge.

Il grommelle dans le vent et s'enterre un peu plus dans le col de sa veste. Il ne l'a pas trop remarqué, trop plongé dans ses pensées, mais il ne fait pas chaud et le pauvre petit sweat qu'il a passé n'est pas exactement ce qu'il faudrait pour couper le vent et le réchauffer. Il frotte ses mains sur ses bras pour créer de la chaleur, au moins un peu en tournant les talons. Il ne va pas rester devant cette maison toute la journée, c'était simplement pour la voir et voir son avancée. Il soupire et se faufile entre deux voitures mal garées pour reprendre le chemin de l'appartement. Les rues sont vides et c'est ce qu'il préfère. C'est apaisant, ça lui donne l'impression d'être le roi du monde. Il est seul, il peut aller où il veut et Londres n'a jamais été aussi calme qu'à ce moment là. Et tout ça, c'est pour lui. Le calme, la tranquillité. Londres est aussi apaisée que lui et il calque sa respiration sur les courants d'air, se laissant porter par la brise matinale et le début de soleil qui commence à lui taper sur le visage sans être agressif. Edwin ferme les yeux et s'arrête au beau milieu du trottoir, le visage levé vers le soleil pour profiter de sa chaleur. Tout est parfait à cet instant très précis et même le froid qui se colle contre ses jambes sous son pantalon sali par sa marche ne fait rien pour retirer à la perfection de la scène qui se déroule autour de lui. Il a l'impression de sentir le monde battre autour de lui, le goudron respirer sous ses pieds comme en harmonie totale avec la ville.

Et puis soudain, tout explose autour de lui. Quelqu'un lui attrape le bras à lui faire un bleu et il ouvre les yeux, paniqué. Qu'est-ce que v- il essaie de se tirer de la prise de l'autre. Il est trop choqué pour remarquer la baguette ou le sort, en fait, il est trop choqué pour remarquer quoi que ce soit dans ce très court laps de temps où il se passe beaucoup de choses. Ce qu'il enregistre, cependant, c'est une peur atroce qui lui coupe le souffle. Personne n'attrape un enfant comme ça avec de bonnes intentions et tout ce à quoi Edwin peut penser c'est qu'il est terrifié et qu'il n'aurait pas dû s'arrêter. Il aurait bien voulu courir, hurler pour essayer de réveiller le quartier mais cela aurait été bien impossible. Il y a des moments dans notre vie où notre cerveau ne sait plus distinguer la réalité du rêve, et pour Edwin ce moment en est un. Est-ce qu'il cauchemarde ou est-ce que tout est bien en train d'arriver ? Son cerveau est bien assez fourbe pour le faire rêver de ça. Il va se réveiller bien au chaud dans son lit, le cœur aux bords des lèvres et les cheveux collés au front par la sueur comme à son habitude quand il fait des cauchemars parce qu'il ne comprend rien. Il y a des choses que l'on ne peut pas enregistrer, qui sont tellement improbables et étranges que ça ne peut juste pas se passer.

Finir dans une cave fait bien partie de ces choses là. Le monde est noir et il a plus froid qu'avec le vent qui lui fouette le visage. Et ce n'est pas réel. Ca ne peut pas être réel, ce n'est pas possible. Il se recroqueville sur lui même et pose ses mains sur ses oreilles en fermant les yeux. Il a besoin de se calmer, d'être raisonnable. Il n'est pas enfermé quelque part, personne ne l'a attrapé comme il l'a cru. Il est juste dans sa chambre et il hallucine. Ce n'est pas possible que ce soit autre chose parce que pourquoi quelqu'un l'embarquerait ? Il pleure en silence, les dents enfoncées dans les lèvres jusqu'à pouvoir gouter le sang dans sa bouche. Ce n'est pas réel, ce n'est pas vraiment en train d'arriver. Il le sait, c'est juste une mauvaise blague, une caméra cachée ou son esprit qui déraille. Ses sanglots redouble et il se cache comme il peut dans un coin. Il fait noir, personne ne le verra, n'est-ce pas ? Il est dans sa chambre, sa mère va ouvrir la porte et lui hurler dessus parce qu'il l'aura réveillé avec tout le bruit. Il va bien, ce n'est pas réel.

Ce n'est pas comme à la télé où les enfants se font embarquer pour être vendus. Ce n'est pas ça parce qu'il est chez lui. Ce n'est pas non plus un trafic ou une bêtise dans ce genre parce qu'il est dans son lit. Il délire, il fait juste un cauchemar. Qui attraperait Edwin Wellhister de tous les enfants sur cette planète ? Il n'est ni très beau, ni en très bonne santé et personne ne pourra donner de grande rançon pour lui. Il n'est pas riche, c'est même tous l'inverse. Est-ce que c'est parce que quelqu'un a découvert qu'il était un sorcier ? Pourtant les tensions s'étaient calmées, il le savait. Mais peut-être que, comme sa mère, certains ne voyaient pas les choses comme ça ? Il a peur, il est terrorisé et il n'a qu'une envie et c'est celle de hurler. Hurler assez fort pour se sortir de sa tête, hurler pour laisser échapper la peur, hurler pour que tout redevienne comme avant. Mais il ne hurle pas, aucun son ne sort de sa bouche. Il n'arrive plus à respirer et ses sanglots lui grattent la gorge. Agressifs, violents. Il a peur, il a peur et il a peur. Il ne peut pas penser à autre chose qu'à la peur. Qu'est-ce qu'il lui arrive ? Pourquoi lui ? Qu'est-ce qu'il va se passer ? Pitié que ce ne soit qu'un cauchemar. Ce n'est pas possible, c'est tout simplement improbable. Ce n'est pas lui, il a prit la place de quelqu'un d'autre et il n'est pas ici. Il essuie son nez sur sa manche et observe autour de lui. Il y a forcément quelque chose qui puisse lui montrer que ce n'est pas réel. Se pincer ? Il se pince, il se tord la peau sur les bras mais rien ne le réveille.

S'il te plait, s'il te plait, s'il te plait il manque de se griffer la peau avec ses ongles Allez, s'il te plait, c'est pas ça, réveille toi

"T'a Smaug sur son tas d'or et t'as Edwin sur son tas de rédacteurs" - Isaac Powell
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)