Ce que le Jour doit à la Nuit
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2 février 2046
Deuxième année
12 ans
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2 février 2046
Deuxième année
12 ans
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Deux mois tout pile. Deux mois tout pile qu'elle ne parlait plus à Alison. Qu'elle ne la voyait plus, ou presque. Quand elle la croisait dans le Château, elle l'évitait. Baissait le regard, accélérait le pas, s'éloignait. Ça lui faisait presque mal. À chaque fois, elle ressentait un pincement au cœur. Et ce vide, ce Grand Vide qui ne la quittait plus. Trou béant dans son Être. Elle aurait aimé aller lui parler, lui dire tout ce qu'elle avait à dire. À quel point elle était désolée pour ce qui s'était passé, que c'était entièrement sa faute et qu'elle ne se le pardonnerait sûrement jamais. Et aussi, qu'elle aimerait *se faire pardonner*.
Elle sortit précipitamment du cours de Botanique, disant un bref "au revoir Monsieur" au professeur. Sa main droite se glissa automatiquement dans sa poche, où elle effleura des doigts deux morceaux de papier froissés.
L'Origami.
Elle ne l'avait pas jeté - ne l'avait pas pu. À la place, elle l'avait caché dans une des poches de sa robe de sorcier, espérant oublier son emplacement rapidement. Mais c'était tout le contraire qui était arrivé. Sa main était comme aimantée aux morceaux de papier, et elle se dirigeait inconsciemment vers eux.
Ce n'était pas dérangeant, au contraire, le douce sensation que sentait ses doigts au toucher était agréable. Mais le plus douloureux, c'était les Souvenirs qui en jaillissait. Lune, Étoiles, Soleil, parc, dortoirs, bibliothèque, salle commune et de nouveau les dortoirs, mais avec Eryne. Le jour de la Brisure.
De la séparation du Soleil et de la Lune. Était-ce ainsi qu'ils étaient devenus des opposés ? À cause de deux humain(e)s insouciant(e)s qui s'étaient disputé(e)s *C'est notre cas ?* pour une raison futile *la notre l'est pas.* ?
Non, ça ne collait pas. Les Astres étaient indépendants des Hommes. Le Soleil et la Lune étaient supérieur.
L'un régnait sur le Jour, l'autre sur la Nuit.
L'un permettait de voir, l'autre de dormir.
Ils étaient ce qui permettait aux humains de vivre. Ils étaient l'essence même de leur existence. S'ils sont opposés, c'est pour une bonne raison.
*Et la notre l'est pas*
Elle sentit ses yeux la piquer tandis qu'elle franchissait les lourdes portes du Château. Elle cligna des paupières violemment. Il ne fallait pas pleurer. C'était signe de faiblesse. Et elle n'était pas faible. Ne l'était plus.
Le soir de la catastrophe, elle s'était glissée dans son lit en se promettant de ne plus jamais se montrer vulnérable. Ça n'avait pas été simple, les gouttes transparentes menaçant de couler à n'importe quel moment de la journée. Mais elle y arrivait, petit à petit, reformant la barrière infranchissable autour de son cœur et de ses émotions. Zackary n'avait pas aidé, lui qui était toujours de bonne humeur. Et Alaska non plus, la chatte était beaucoup trop adorable pour elle.
Elle s'était décidée à aller dans la bibliothèque pour prendre de l'avance sur ses devoirs. Mais arrivée devant les grandes portes en bois, elle avait changé d'avis. Elle n'était pas d'humeur à travailler.
Elle avait finalement choisi de ne rien faire. Se promener dans les couloirs était une option toute aussi bien. Elle évitait évidemment ceux bondés, préférant largement le calme et la solitude au bruit et au monde. Elle arpentait les murs de pierre au hasard, marchant silencieusement, telle une ombre.
Elle se retournait de temps en temps pour voir si Alaska la suivait. Cette dernière l'avait rejointe quelques instants plus tôt.
Elle s'arrêta, le temps de s'asseoir quelques instants. Elle n'avait aucune idée de l'heure qu'il était, sa montre étant restée dans les dortoirs. Il s'était sûrement découlé une heure ou une demi heure depuis la fin du cours de Botanique. Sa chatte s'approcha d'elle pour s'installer sur ses jambes étendues.
D'un mouvement machinal, elle la caressa doucement. Alaska ronronna, ce qui la fit sourire du coin des lèvres.
*C'est agréable d'être ici. J'pourrais rester là long-*
Un mouvement attira sa tête vers le croisement d'un autre couloir.
Des cheveux noirs, deux billes vertes, une silhouette fine...
Était-ce...
« A... Alison ! »
Elle se leva d'un coup, attrapa Alaska dans ses bras et courut vers d'où semblait provenir la Jaune et Noire. Finit les esquives et les fuites. Il était temps de lui parler de nouveau, qu'importe ce qui se passerait.
Et si ce n'était pas elle... *Advienne que pourra*
Et voici @Alison Morrow
@Eryne O'Kieran je te vois qui attend de lire ça - ou pas x)
Cinquième année rp 2048-2049
« If you're the sickness, I suppose you can't also be the cure. » – Cardan Greenbriar
Membre de la RASA.
« If you're the sickness, I suppose you can't also be the cure. » – Cardan Greenbriar
Membre de la RASA.
Ce que le Jour doit à la Nuit
Que s’était-elle promis, déjà, en décembre ? De ne dépendre de personne ? De s’enfoncer dans la réalité, de ne pas se retourner ?
Elle avait osé espérer que tout serait indolore. Mais on ne se débarrasse pas comme ça d‘une personne que vous avez aimé. *Non. Adoré.*
Le souvenir de Lena était pire que Lena en personne. Peut-être bien parce qu’il surgissait n’importe quand, à toute heure du jour et de la nuit, n’importe où, et l’accompagnait absolument partout pendant des horaires fluctuants et indéterminés.
Des fois, il se passait des jours entiers sans que le Souvenir ne vienne l’effleurer. Des fois (le plus souvent), il restait avec elle des semaines durant.
Au début, elle avait tenté de tout nier en bloc. Sortir vite à la sortie des cours, éviter certains lieux à certains moments, détourner la tête, accélérer ou ralentir.
Mais rien n’y faisait, c’Était encore trop fort entre elles (du moins, elle osait l’espérer de tout son cœur). Ses yeux remontaient inexorablement à la surface, comme s’ils manquaient brutalement d’air pour respirer.
Et alors, elle voyait les spectres du souvenir.
Un éclat blond qui disparaissait au détour d’un couloir, un mot qui résonnait contre les murs, un froissement de vêtements, une démarche particulière, une inflexion dans la voix.
Tout la ramenait à Décembre, ce mois pourri jusqu’aux racines, à Lena, et à son fantôme.
Avez-vous déjà essayé de vous débarrasser de quelqu’un ? Elle oui. Pendant deux mois, elle s’y était acharnée, se jetant dans cette unique possibilité comme d’autres se jettent à l’eau pour mourir. À la grande différence qu’elle, c’était justement pour survivre.
Les Souvenirs la hantaient. Elle voyait les yeux de Lena, en haut de la tour d’astronomie. Elle voyait son sourire lorsqu’elle se mettait à rêver éveillée. Elle entendait son rire de lorsqu’elles étaient seules. Un rayon de soleil l’évoquait, une manière de se tenir, une certaine façon de jeter un coup d’œil, de recaler une mèche derrière une oreille, de chuchoter des mots.
Elle revoyait une couleur, la cherchait des yeux avant de ne retomber que sur une illusion de sa création, elle croyait entendre sa voix l’appeler, elle se retournait, rencontrait du vide.
Mille fois, elle avait tenté de revoir Lena. Mille fois, elle avait échoué.
Elle s’était entraînée face aux miroirs des salles de bain à Poufsouffle, dans le reflet du Lac, dans la surface lisse des assiettes de la grande salle, dans les coupes miroitantes de la salle des trophées. Juste prononcer son nom, le chuchoter. Forcer ses lèvres à se souvenir de l’articulation de ses quatre lettres, de leur forme, sentir sa langue caresser son palais, puis sa bouche s’entrouvrir.
Elle s’était entraînée, elle pouvait le jurer, et des milliards de fois, elle s’était retrouvée muette face à son reflet, la bouche soit scellée soit ouverte comme un strangulot débile arraché de son élément.
À chaque fois, elle accrochait ses grands yeux verts, écarquillés, où on pouvait y lire toute la peur du monde. Et à chaque fois, elle se mettait à flipper car elle détestait être aussi lisible. Elle aurait voulu être un livre cadenassé, dont on aurait jeté la clé dans un puits sans fond, impossible à déchiffrer, à étudier, à analyser.
Alors, comme elle ne savait pas comment se débarrasser de sa panique, elle se braquait, serrait les mâchoires, se renvoyait un regard patibulaire et décidait catégoriquement de ne pas réitérer l’expérience.
Puis venait une toute petite perturbation, aussi douce qu’une vague se propageant à la surface de l’eau. Et alors, l’espoir revenait, l’espoir d’être prête à tenter tout à nouveau pour retrouver son Soleil *non, Lena. Juste Lena pour commencer*, puis l’échec.
Et tout recommençait en un grand cycle sans fin.
Elle se levait, mangeait, rencontrait les souvenirs, allait en cours, mangeait, invoquait involontairement un moment, allait en cours, étudiait ou rêvait, mangeait, revoyait les fantômes de minuit danser sous ses yeux.
Leurs conversations, elle les connaissait par cœur.
Et dans chacune d’entre elles, elle cherchait à mettre le doigt sur le défaut, le grain de sable qui avait tout foutu en l’air, tout déglingué et instauré ce froid polaire entre elle et la blonde.
Elle aimait se dire qu’il n’y en avait pas, de grain de sable. Que la mécanique, l’alchimie ou quoi que ce soit d’autre, entre elles, n’avait jamais cafouillé.
Que c’était la faute d’une seule personne, unique et pourtant si Importante, puisqu’elle était responsable de tout.
Eryne O’Kieran.
Qu’est-ce qu’elle avait pu le détester, ce nom, le haïr en secret ! Le pourrir, le répéter, rêver de ne l’avoir jamais croisé, jamais connu, jamais prononcé.
Elle aurait voulu effacer jusqu’à ce prénom, rembobiner la grande bobine de l’Histoire, la réécrire en entier, reboucher les deux mois perdus, les combler, les réparer tant bien que mal, en s’y cassant les ongles si besoin.
Elle s’était résignée à ne pas sortir rapidement de cours. Cela ne servait à rien, Lena était encore et toujours loin, et la fragrance des souvenirs qu’elle laissait dans son sillage encore et toujours collée à son cœur.
Ses pas la guidaient alors qu’elle marchait, magnifiquement désœuvrée en apparence mais bouillonnante à l’intérieur, arpentant les couloirs en tentant d’étouffer le bruit de ses pas sur le sol.
Elle avait l’impression d’être un parasite, rongeant la vie de Sa Jaune, l’assombrissant par sa présence, la laissant bourrée de trous et de plaies à vif.
« A...Alison ! »
*STOP !*
Toutes ses articulations se bloquèrent sur-le-champ.
Sa respiration était devenue lourde, ses mains moites.
À quoi servaient-elles, ces promesses faites à elle-même, si elle était incapable de les tenir ?
Celle murmurée à demi-mots de ne plus être dépendante ? D’être forte ? D’être libre ? Un mot, un seul, et tout est flanqué à la poubelle ? On sait où poser les yeux, on roule en boule les peurs, on les fout à la porte ?
Elle se focalisa sur les bruits du couloir.
Merlin, elle avait peur. Ça pouvait être encore une illusion, encore une impression, un écho déformé au cruel goût de la réalité, un murmure ancien venu résonner dans sa mémoire, un nouveau fantôme.
Elle espérait si fort que Lena s’approche d’elle et se mette à parler qu’elle en avait mal.
N’osant pas se retourner, des étoiles brillant devant les yeux, elle fit la seule chose que son cerveau semblait capable de réaliser : attendre. Attendre à en crever sur place juste pour que l'illusion dure encore un peu, qu'elle puisse s'y plonger toujours plus, s'y noyer, y rêver...
Plume de @Lena Smith, tu as bousillé ma petite avec un seul mot.
J'appréhende la suite.
Dansons jusqu'à en être essoufflées, à la vie, à l'a.mo(u)r(t), à Elles deux.
@Eryne O'Kieran : oups. Je me suis déjà demandée comment c'était physiquement possible que deux Plumes qui s'entendent si bien se retrouvent avec deux Protégées qui se détestent tant. Bizarre alchimie que celle de l'écriture, tu ne trouves pas ?
J'appréhende la suite.
Dansons jusqu'à en être essoufflées, à la vie, à l'a.mo(u)r(t), à Elles deux.
@Eryne O'Kieran : oups. Je me suis déjà demandée comment c'était physiquement possible que deux Plumes qui s'entendent si bien se retrouvent avec deux Protégées qui se détestent tant. Bizarre alchimie que celle de l'écriture, tu ne trouves pas ?
Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.