Le Livre du Prince complète

Severus glissa une poignée de fioles de philtre d’euphorie dans le vieux sac de cuir qui lui servait de réserve et fronça les sourcils en y trouvant un livre. Oh, il l’avait oublié celui-là ! C’était le livre de DCFM qui lui avait permis de créer l’Ungulcrement… Il glissa le livre dans sa besace. Après le déjeuner il s’installa à la bibliothèque pour l’étudier tranquillement. Il avait toujours ressenti un attrait irrésistible pour la défense mais c’était la première fois qu’il tombait sur un tel livre, un livre riche qui osait creuser en profondeur les problèmes de défense les plus pratiques. Il haussa un sourcil en lisant un paragraphe sur la découpe et grimaça en comprenant qu’il s’agissait de découper les chairs de l’adversaire, « un peu violent peut-être » se dit-il avant de se demander s’il pouvait se servir de ce schéma-là pour inventer un sortilège de découpe contre cette maudite fève sopophorique. Il releva à peine le nez de son livre en voyant Lily s’approcher de sa table de travail.

— Salut Sev !

— Salut Lil…

— Qu’est-ce que tu lis encore ? Demanda t-elle en saisissant le livre d’un geste brutal.

— Et ! S’indigna t-il en la fusillant des yeux.

Lily retourna le livre pour voir le titre sans se préoccuper de lui, elle prit une seconde supplémentaire pour déchiffrer les runes... Puis une expression sombre glissa sur son visage pâle. Severus l’observa d’un air perplexe, il avait pris arithmancie et elle avait pris runes, trop intéressé par le contenu du livre il n’avait pas estimé utile d’en déchiffrer le titre…

— C’est quoi ça ? Redemanda t-elle froidement.

Il la dévisagea avec étonnement et son coeur se serra, il n’avait pas l’habitude qu’elle lui parle de cette manière.

— Bah… C’est un livre de défense…

— Ah c’est comme ça que t’appelle ça toi ?!

— Je…

— Traité élémentaire des Forces du mal lut-elle, c’est un livre de magie noire ! siffla t-elle en prenant soin de baisser la voix.

Severus la dévisagea d’un air hébété.

— Je… Je savais pas moi… Il… Il était dans le rayon de défense…

Lily s’assit en face de lui et posa le livre sur la table entre eux comme si elle avait peur qu’il lui salisse les mains.

— T’aurais pu t’en apercevoir en le lisant non ? Ça parle de quoi ?

Il fronça les sourcils pensivement.

Maintenant qu’il y réfléchissait il lui semblait qu’en effet la moralité du livre était parfois un peu borderline… Mais de là à parler de Magie Noire... C’était loin d’être un livre de création d’inferi ou ce genre de truc glauque quand même…

— Euh… lâcha t-il en voyant Lily faire un geste d’impatience alors qu’il tardait à répondre. Bah ça parle surtout de création de sortilège.

Il repensa au schéma pour créer un sort de découpe et aux alternatives à la Potion de haine qu’il avait parcouru un peu plus tôt mais décida que c’était une très mauvaise idée de lui révéler ce genre de détail. Lily l’observait d’un regard indéchiffrable.

— Me regarde pas comme ça Lil, je lisais c’est tout…

Elle fit la moue et détourna le regard un instant.

— Écoute reprit-il, tout ce qui m’intéresse c’est de comprendre comment on crée un sortilège et c’est le premier livre que je trouve qui…

— C’est une pente glissante Sev ! l’interrompit elle en lui lançant un regard inquiet. Tu… Tu veux toujours en apprendre plus sur tout. Mais y a des choses qu’il vaut mieux ne pas savoir, ça risque de changer ta façon de voir les choses sans que tu t’en rendes compte. Et un jour tu pourrais t’apercevoir que t’es allé trop loin, que t’as franchi une ligne sans t’en apercevoir...

— Mais de quoi tu parles ? Ce n’est qu’un livre !

— Un livre qui t’explique comment créer des sorts pour faire du mal aux autres ! S’indigna t-elle en haussant la voix.

Il écarquilla les yeux et jeta un coup d’oeil nerveux autours d’eux.

— Chuuut ! Déjà que tout le monde me prend pour un mage noir en puissance…

— Justement, reprit-elle plus bas, toi plus que n’importe qui d’autre tu devrais faire attention à te tenir loin de ce genre de livres.

Il la dévisagea d’un air blessé et déçu, qu’est-ce que ça voulait dire ça ? La lionne posa sa main sur la sienne et arbora de nouveau une expression inquiète.

— Je veux juste… Elle souffla de frustration et releva les yeux vers lui. Fais juste attention Sev… S’il te plaît.

Il déglutit et hocha la tête sans répondre, perturbé par l’émotion qui dansait dans les yeux verts et par le contact de leurs mains.

— Je contrôle la situation Lil dit-il après un instant en serrant sa main d’un geste maladroit et hésitant.

Elle sourit, retira sa main et se mordilla la lèvre.

— Je venais te demander si tu voulais faire un tour avec moi dans le parc ? demanda t-elle d’une voix plus légère.

Il accepta avec joie et glissa vite toutes ses affaires dans sa besace. Alors que Lily jetait un coup d’oeil par la fenêtre un peu plus loin en l’attendant, il attrapa le livre de magie noire prestement et le cala dans sa besace avec le reste.

Chacun voit ce que tu parais, peu perçoivent ce que tu es.

Le Livre du Prince complète
Severus grimaça légèrement lorsque Falley se laissa tomber sur la chaise voisine. Elle s’asseyait toujours à côté de lui en métamorphose depuis quelques cours et il commençait à se demander si elle ne le faisait pas pour le simple plaisir de l’humilier. La Sang-pure était une excellente élève et elle semblait avoir un don particulier pour la métamorphose, elle avait toujours un trait d’esprit moqueur à lui asséner sur ses métamorphoses maladroites. A chaque séance. Il croisa le regard de Lily qui se fendit d’un sourire taquin en voyant son expression. Le Serpentard soupira.

— Silence ordonna McGonagall en pinçant les lèvres d’un air contrarié. Je vais vous rendre les devoirs sur le sortilège d’apparition.

Elle balaya la classe d’un regard sévère.

— J’ai été très déçu jeunes gens. Je n’ai jamais eu à corriger de telles copies depuis le début de ma carrière. Non seulement il n’y a qu’un seul effort exceptionnel mais j’ai même du mettre plusieurs T tant il était évident qu’un groupe conséquent d’élèves s’était adonné à la triche.

Severus fronça les sourcils en balayant la classe des yeux. La plupart des élèves avaient la tête basse, les Maraudeurs chuchotaient entre eux en se lançant des coups d’oeils inquiets. Severus aperçut aussi Rosier grimacer, il ne savait pas qui avait triché mais au moins pour une fois il n’aurait pas l’une des pires notes de la classe. Cette déduction lui fit plaisir.

— … Sont à faire seul continuait la directrice des Gryffondors, je ne tolérerais plus ce genre d’incident. Je ne donne pas un devoir pour corriger quinze fois la même copie. La prochaine fois je donnerai des retenues, vous êtes prévenu.

Le silence s’alourdit, Severus continua de gribouiller distraitement sur son parchemin jusqu’à ce que la sorcière cesse de fusiller sa classe des yeux pour envoyer les copies se distribuer d’un coup de baguette sec. Il coula un regard vers sa voisine qui souriait devant son Effort Exceptionnel puis sa propre copie se glissa par dessus son parchemin. Comment ça Piètre ?! S’indigna Severus. Il parcourut la copie des yeux et s’aperçut qu’il avait fait un hors sujet sur une question très importante, McGonagall avait commenté sa copie d’un « Dommage votre étourderie vous coûte un Acceptable pourtant mérité. Continuez vos efforts et veillez à bien relire vos devoirs. »

Falley ricana.

— T’aurais pas du rédiger ça avec ta Sang-de-Bourbe… Elle te distrait visiblement.

— Et toi qu’est ce qui te distrait pour confondre du sang de salamandre avec du sirop d’éllebore ? rétorqua t-il sèchement.

— De quoi tu parles ? S’étonna la Sang-pure.

— Je parle du glorieux moment hier où tu as failli faire exploser ton chaudron en commettant une erreur de première année. Raté une potion aussi simple qu’un philtre de paix… Il claqua la langue d’un air condescendant. Pitoyable.

Falley plissa les yeux et ouvrit la bouche pour répliquer.

— Ou alors dois-je te rappeler comment cette Sang-de-Bourbe dont tu parles t’as désarmé lors des exercices de DCFM ce matin ? Insista Severus avec une étincelle haineuse dans les yeux.

Falley déglutit et sourit méchamment.

— Bah dis donc tu montes vite sur tes hyppogriffes d’un seul coup… C’est un sujet sensible ?

Severus crispa la mâchoire.

— Pas du tout je te montre juste que t’es pas aussi doué que tu le crois siffla t-il en cherchant un moyen de détourner la conversation, il repensa à la préparation de sa vengeance. C’est toi qui aides Rosier en métamorphose ?

Falley fronça les sourcils, suprise par le changement de ton et de sujet.

— Pourquoi tu me demandes ça ?

— Je sais pas… Je l’aide pour les potions et la DCFM, peut-être qu’on pourrait s’entraider tous les deux aussi ?

— Rosier ne demanderai jamais d’aide à quelqu’un comme toi grimaça la Sang-pure d’un air profondément dégoûté.

— Pourquoi pas ? L’important c’est d’obtenir ce qu’on veut non ? Qu’importe les moyens.

Elle le fixa un instant avec étonnement, prise de cours.

Falley plongea brusquement les yeux sur sa copie et arbora un air sérieux, d’instinct Severus devina que Mcgonagall devait être dans les parages et il s’appliqua à corriger son devoir comme la Professeure l’avait ordonné. Il était peu enclin à s’attirer les foudres de la sorcière. A la fin du cours, Severus attendait Lily dans le couloir quand Falley s’arrêta devant lui.

— Tu veux des cours de métamorphose ? Demanda t-elle froidement. En échange tu me donnes des cours de DCFM. On travaillera avec Rosier.

— Ça me va répondit Severus.

La Sang-pure hocha la tête et un rictus moqueur glissa sur ses lèvres.

— Tu veux des cours de vol aussi ? Parce que ton balai pourri n’excuse pas du tout la manière dont tu voles…

Severus la fixa d’un regard indéchiffrable.

— Pour quoi faire ? Grâce à toi je vais devenir tellement doué en métamorphose que je pourrais me changer en Animagus et m’envoler sans balai.

La blonde sourit d’un air amusé en le balayant des yeux.

— Possible. Ça m’étonnerait pas que ce soit une chauve-souris.

Elle se détourna gracieusement et rejoint le groupe de Sang-purs qui l’attendait un peu plus loin. Severus croisa le regard de Rosier et lui rendit son petit hochement de tête amical.

— Tu t’es fait des amis ? S’enquit joyeusement Lily en regardant le groupe de Serpentard disparaître dans le couloir.

Il haussa les épaules. Pas sûr pensa t-il en suivant la rousse vers les classes d’Arithmancie et de Runes au quatrième étage.

Chacun voit ce que tu parais, peu perçoivent ce que tu es.

Le Livre du Prince complète
Severus parcourut le papier des yeux avec frustration. Sa mère était-elle allé à Serpentard elle aussi ? Elle avait confirmé avoir été une Prince, vaguement évoqué une fuite et la rupture de tout contact avec sa Famille sans développer plus avant la question, puis elle lui avait dis qu’il ne trouverait rien de ce côté là, qu’en tant que son fils et celui d’un moldu il était aussi renié qu’elle. Elle avait du comprendre directement ce qui l’intéressait dans cette question. Elle avait conclu sa lettre en lui interdisant formellement de lui renvoyer un hibou. Il aurait aimé des détails sur cette interdiction, son père avait-il frôlé la crise cardiaque en voyant le hibou taper au carreau ? Le Serpentard sourit à cette délicieuse pensée. Il s’en était plus probablement pris à sa mère réalisa t-il soudain avec une once de culpabilité. Il fourra cette réponse laconique dans sa poche avec contrariété et entra dans son dortoir.

— ...Bile de tatou imbécile ! S’écria Mulciber.

Severus se figea et observa Avery arracher le livre des mains de Mulciber et griffonner sur son parchemin avec une telle férocité que la plume crissait douloureusement sur le vélin.

— Ça peut arriver à tout le monde de se tromper de page râla Avery en fusillant son voisin de table des yeux.

— C’est pas en s’hurlant dessus qu’on y arrivera mieux tempéra Rosier qui était couché sur son lit, un livre calé sur les genoux en guise de pupitre pour son devoir. Il avait une plume qui gouttait sur sa couverture à la main.

Il aperçut Severus à cet instant et le couva du même regard dénué d’hostilité qu’il avait toujours pour lui. C’était le seul Sang-Pur qui ne le regardait pas comme un Veracrasse à Serpentard. Repensant à la promesse qu’il avait faite à Lily pour faire des efforts de sociabilité, Severus résista à l’envie de faire demi-tour qui l’avait saisi en s’apercevant de la présence des trois Sang-purs.

— Si vous voulez proposa t-il timidement, je peux vous donner un coup de main j’ai déjà fini le devoir de potion…

Mulciber le dévisagea agressivement.

— On a pas besoin de l’aide d’un Sang-de…

— Tu as des bonnes notes en Potion je crois ? l’interrompit Rosier.

Il savait que oui, après tout il avait pu le constater par lui-même lors des quelques cours particuliers qu’il lui avait déjà donné, mais Severus voyait ce qu’il essayait de faire... Il resentit un brusque élan de reconnaissance pour le Sang-pur.

— J’ai une moyenne d’Optimal répondit-il calmement.

Rosier sourit et se releva souplement, il s’installa à table à côté des deux autres et tira la quatrième chaise en faisant signe à Severus de les rejoindre.

Severus hésita quelques secondes puis s’installa avec eux.

— Vous voulez le finir ce devoir ou non ? Demanda Rosier aux deux autres qui restaient hostilement figés et mutiques.

Ils acquiescèrent silencieusement et Severus récita les propriétés de la Potion d’Aiguise-Méninge, sans se donner la peine d’utiliser son cours. Il leur expliqua l’histoire de la potion et leur conseilla de trouver des exemples anecdotiques pour illustrer le devoir. Il avait remarqué que Slughorn adorait ça et il était sûr qu’avec cette astuce les Sang-purs auraient de bonnes notes, peut-être qu’ils lui en seraient reconnaissant... Sitôt le dernier point posé sur leur parchemin Mulciber et Avery s’éclipsèrent sans un merci. Rosier lui, rangea précautionneusement son devoir dans son sac et étudia Severus d’un regard curieux. "Quelque chose a changé" dit-il en souriant.

— Comment ça ? S’étonna Severus sans comprendre.

— Tu te comportes différemment depuis quelques mois…

Une lueur de compréhension traversa les yeux noirs. Depuis qu’il savait qu’il était un Prince, Severus rechignait à se laisser marcher sur les pieds et il arborait une attitude plus fière, pâle copie de l’air que prenaient les Sang-purs à chaque instant. Il savait pertinemment qu’il n’aurait jamais osé s’adresser de lui-même à ses camarades de dortoir avant de savoir qu’il était presque leur égal. Promesse ou pas.

Rosier pencha la tête sur le côté dans une interrogation muette.

— Je ne suis pas un Sang-de-Bourbe lâcha Severus d’un ton catégorique.

— Je sais. Tu es le fils d’Eileen Prince nan ?

Severus le dévisagea avec stupéfaction. Comment tu sais ça ?

— Pourquoi tu te comportes en Sang-de-Bourbe depuis le début alors ?

— Mon… Mon père est moldu. Mais c’est fini ça.

— Ah oui ? Lâcha Rosier avec une nonchalance sceptique.

Severus quitta la table pour s’éloigner de l’irritante condescendance du Sang-Pur et se laissa tomber sur son lit, décidé à ne plus lui répondre. Nullement perturbé, le Sang-Pur sortit de sa poche quelques dragées surprises, il en mit une sur la table, déplia une lame et écrasa prudemment la dragée du plat de la lame pour voir la couleur du bonbon sous l’enrobage blanc. Severus l’observa faire avec intérêt et un éclat fasciné traversa brièvement ses yeux noirs. Quand il eut identifié le parfum du bonbon, Rosier le mangea et se retourna pour le regarder, posant un bras désinvolte sur son dossier, il sourit de nouveau.

— C’est pas aussi simple que tu crois d’échapper à son Sang dit-il.

Chacun voit ce que tu parais, peu perçoivent ce que tu es.

Le Livre du Prince complète
Severus entra dans son laboratoire. Il fallait qu’il vérifie mais il était sûr que son idée marcherait, il sentait une sorte d’instinct naître en lui à mesure qu’il s’améliorait dans l’élaboration des potions. Il posa la fève sopophorique devant lui sur le plan de travail et il pressa l’ingrédient du plat de la lame de son couteau d’argent. La fêve s’écrasa facilement créant une petite flaque de jus noirâtre. « Merci Rosier » pensa t-il en se remémorant la prudence du Sang-pur face à ses dragées surprises. Un sourire moqueur glissa sur ses lèvres. Le Serpentard s’empressa de préparer le reste des ingrédients et suivit scrupuleusement la recette, il ajouta le jus de la fève, remua la potion à la façon plus efficace qu’il avait réussi à trouver, un tour dans un sens sept tour dans l’autre.

Severus s’épongea le front avec la manche de sa robe et se laissa tomber sur sa chaise avec un petit soupir satisfait. Le chaudron bouillonait paresseusement sur la table de travail. Viscosité parfaite. Couleur parfaite. Et il avait mis moins de temps que la recette devait prendre dans la version d’origine, il prit sa plume, ouvrit son livre, entoura d’un cercle ample le « découper » et annota « écraser avec le plat de la lame libère mieux le jus ». Il avait déjà corrigé la façon de remuer la potion. La recette lui semblait optimale comme ça, il allait pouvoir passer à la suite et laisser enfin cette maudite potion derrière lui. En tournant la page il tomba sur la formule de son premier sort griffonné en bas d’une page et un vague sentiment d’ennui voila son regard. Il accrocha des yeux la fenêtre en face de lui dont le bleu pur du ciel innondait la pièce de lumière fraîche. Que pouvait bien faire Potter en ce moment ? Peut-être était-il en train de briser le règlement ? Ça ne ferait pas de mal de vérifier, au pire il trouverait bien quelques informations utiles pour la suite…


Severus se glissa dans l’ombre du couloir sans faire de bruit, les sens en alerte. Il jeta un coup d’oeil au trois élèves qui bavardaient assis par terre autours d’un parchemin froissé. Trop loin. Il fallait qu’il se rapproche pour entendre ce qu’ils disaient. Il avança un peu plus et se glissa dans une alcôve voisine.

— … de la chance que ce soit ça Pitt disait Potter une main réconfortante posé sur l’épaule de Pettigrow.

— C’est sûr répliqua Sirius en agitant le parchemin froissé, on aurait pas pu faire mieux. Tu vas pouvoir te faufiler partout sans être vu, on va enfin pouvoir finir la carte grâce à toi.

— Mais… Je pourrais pas vous suivre pour… Pour Rémus balbutia Pettigrow, je suis trop petit. Et je crois pas que je vais réussir à aller jusqu’au bout… Vous… Vous avez mis longtemps déjà, alors moi…

— Arrête un peu de pleurnicher Peter c’est gonflant grogna Sirius.

James lui lança un regard mécontent et Black soupira avec agacement mais se tût.

— Il suffit d’être patient et de persévérer assura t-il.

Severus crispa la mâchoire et tenta de ravaler la haine qui lui montait dans la gorge. Potter était un sale hypocryte. Il se coula dans l’ombre du couloir et s’éloigna des trois lions. Lily ne disait rien mais il savait que Potter s’acharnait à le traiter de mage noir pour le décrédibiliser auprès d’elle. Le Serpentard avait subis plusieurs croquenjambe gratuit ces derniers jours, généralement dans des couloirs bondés où tout le monde pouvait admirer le spectacle. Et après ce salopard jouait les justiciers défenseurs des faibles du genre de Pettigrow... Severus descendit vers les cachots.

Pour se défouler il travaillait sur un nouveau sortilège, encore un sortilège concernant le corporel… Quelque chose d’un peu plus complexe que l’Ungulcrement et qui serait sans nul doute bien plus utile et… Appliquable, d’un point de vue défensif. Severus traversa la salle commune verte d’un pas vif et à peine arrivé dans sa chambre, il s’étala rapidement sur son lit. Il sortit son Manuel Avancé de Potion de sa poche et couva d’un regard concentré les innombrables ratures qu’il avait déjà faite sur la formule du sort.

Aucun des préfixes qu’il avait tenté jusque là ne fonctionnait...

Chacun voit ce que tu parais, peu perçoivent ce que tu es.

Le Livre du Prince complète
Severus observa Rosier et Falley qui travaillaient tous les deux en silence à sa table. C’était assez étrange de voir les deux Sang-purs le traiter comme un égal après tant d’années d’insultes et de mépris. En quelques semaines de coopération avec eux ils avaient réussi à nouer une relation courtoise.

Falley releva la tête de son parchemin.

— T’es sûr pour le protego horribilis ? S’enquit-elle.

— Certain.

— Si ça bloque la magie noire reprit-elle, ça veut dire que ça bloquerait un Avada aussi ?

Rosier releva le nez de son propre parchemin avec curiosité.

— Bonne question répondit Severus avec intérêt.

Les deux Sang-purs échangèrent un coup d’oeil discret alors que Severus feuilletait son livre de magie noire pour y chercher la réponse. Il parcourut rapidement l’ouvrage, ses yeux bondissant sur les pages avec frénésie. Après quelques minutes, il fronça finalement les sourcils.

— Il faudrait que je cherche ailleurs, je ne me suis pas encore renseigné sur les Impardonnables…

Falley l’observait maintenant d’un œil calculateur.

— C’est considéré comme de la magie noire dit-elle en détachant chaque syllabe.

Severus se figea. Peut-être que les Sang-purs aussi étaient moralisateurs ? Peut-être qu’il avait fait une erreur d’indiscrétion ?

— Y a rien de mal à se renseigner répondit-il prudemment.

Il examina le sourire qui fleurissait sur les lèvres de Rosier avec circonspection.

— Parfaitement d’accord rétorqua ce dernier avec un clin d’oeil, il lança un coup d’oeil victorieux à Falley. « Je t’avais dis que Severus n’était pas aussi coincé que les autres. Il a du Sang de Prince ça se voit… »

— Peut-être bien oui accorda la blonde en continuant de l’observer froidement.

Elle ajouta quelques mots à son parchemin et rangea soigneusement ses affaires puis elle tira un livre sur les créatures magiques de son sac.

— Encore tes bestioles grimaça Rosier en reportant son attention sur son propre parchemin.

— Ce ne sont pas des bestioles.

Severus leva le nez de son livre de magie noire. Il observa la photographie d’un Détraqueur en train de baisser sa capuche, l’image cessait de s’animer juste avant que l’on ne découvre ce qui s’y cachait, recommençant son geste encore et encore. En dessous de l’image mouvante une petite écriture pointue et serrée couvrait la large page jaunie.

— Les Détraqueurs ? Demanda t-il.

— Oui répondit Falley, des créatures fascinantes. Je t’ai déjà dis que j’avais un faible pour les créatures magiques la semaine dernière. T’as une mémoire de strangulot ma parole…

Severus haussa les sourcils.

— Je croyais que tu aimais les licornes moi !

Rosier éclata de rire et Falley le dévisagea d’un œil froidement méprisant.

— Les licornes ? Moi ? Tsss… Je ne m’intéresse qu’aux non-êtres, les autres sont médiocres et ennuyeux.

— Et… Qu’est-ce que tu leur trouves au juste ?

— Ils sont puissant affirma t-elle avec une véhémence avide, ils peuvent transformer complètement la personnalité d’un sorcier, sentir et se nourrir de ses plus sombres émotions… C’est comme s’ils te donnaient accès aux âmes des autres.

Severus sentit un frisson lui dévaler le dos.

— Ouais mais… Si tu te retrouvais en face d’un Détraqueur…

— Il suffit de savoir les gérer affirma t-elle d’un ton d’évidence.

— T’as pas réussi le Patronus que je sache coupa Rosier.

Falley tourna son regard de glace vers lui.

— Pas besoin de Patronus quand on a le bon état d’esprit.

Severus déglutit tandis que Falley replongeait dans son livre. Quel état d’esprit devait-on adopter pour gérer un Détraqueur ? Il avait lu quelque part qu’il n’y avait que la colère, la haine et le désespoir qui leur survivaient. Il repoussa cette idée et se promit de continuer à travailler sur ce maudit sort de Patronus.

Chacun voit ce que tu parais, peu perçoivent ce que tu es.

Le Livre du Prince complète
Severus abandonna le reste de son dîner, le sortilège sur lequel il travaillait monopolisait ses pensées, chaque soir il imaginait ce que ça donnerait… Il se voyait s’en servir contre Potter, que les rires et les moqueries changent de cible. Il sortit de la Grande Salle. Ils verraient tous de quoi il était capable comme ça et plus personne n’oserait jamais l’humilier… Mais le sort ne fonctionnait pas encore, mauvais préfixe… Il se figea de stupeur en voyant Lily se relever du banc de pierre qui longeait le mur en face de la Grande Salle.

— Tu m’attendais ? Demanda t-il en l’observant avec incertitude.

— On s’est pas vu de la journée bredouilla Lily avec une moue triste.

Il sentit son coeur bondir furieusement.

— Euh ouais… C’est vrai bulbutia t-il.

— Ça te dis qu’on fasse un petit tour ?

— Avec plaisir répondit-il en sentant un élan de joie lui pétiller dans les veines, t’as passé une bonne journée ?

Elle haussa les épaules et ils commencèrent à marcher côte à côte. Elle lui raconta un peu sa journée, il sentait qu’elle avait un truc précis à lui dire. Elle avait cet air fragile qui perçait derrière son expression enjouée, le même que lorsqu’elle lui parlait de Tunie ou qu’elle lui reprochait ses lectures. Il l’écoutait en silence, détachant difficilement les yeux de son joli visage et de ses yeux envoûtant. Elle s’arrêta près du portrait qui menait à la salle commune des lions et se rapprochant de lui, elle joua avec le cordon de sa cape d’un air distrait.

— Sev…

Cette promiscuité le rendait très mal à l’aise, il avait l’impression d’être au bord de la crise cardiaque.

— Hmm ? Fit-il nerveusement.

Elle garda les yeux rivés sur le cordon de sa cape.

— Je sais que je t’avais dis de te faire des amis mais… C’est vrai que tu traînes avec Falley ?

Elle releva les yeux vers lui.

— Euh… On se parle de temps en temps mais euh… On traîne pas vraiment ensemble. Enfin pas comme nous deux quoi…

Elle se tortilla le nez.

— Ok tant mieux murmura t-elle avec un petit sourire, renouant le cordon de sa cape avec lequel elle avait joué.

Il s’aperçut qu’elle rougissait. Leur regards se croisèrent et il eut l’impression que le temps s’arrêtait quelques instants. Un éclat étrangement magnétique brillait dans le regard émeraude et il sentit son propre regard dériver vers les lèvres de la rousse. Et si...

— Lily ?

Ils sursautèrent et Lily recula brusquement. Alice venait de sortir de la salle commune de Gryffondor, elle fit aller son regard de l’un à l’autre avec hésitation.

— Désolé… Je euh…

— J’arrive coupa Lily en remettant une de ses mèches derrière son oreille, à demain Sev ! Ajouta t-elle en emboîtant fébrilement le pas à son amie.

Severus arriva devant le mur qui menait à la salle commune de Serpentard sans trop comprendre comment il avait fait le chemin, totalement dérouté. Il prononça le mot de passe et le mur se décala pour le laisser passer. Alors qu’il entrait, une boule de poil grisâtre se glissa entre ses pieds. Il eût un mouvement de recul et se heurta au mur en voyant l’énorme rat trottiner dans le couloir. Severus observa le rat s’arrêter, se mettre sur ses pattes arrières et lui faire un geste de la main en écarquillant les yeux. Le rat disparu brusquement en arrivant à une alcôve un peu plus loin, comme s’il s’était glissé derrière un voile invisible. Severus trébucha en entrant dans la salle commune et laissa le mur se refermer derrière lui d’un air hébété. Il avança vivement vers sa chambre. « Très étrange soirée » pensa t-il, il se demanda vaguement s’il n’avait pas malencontreusement ingéré un hallucinogène…

Chacun voit ce que tu parais, peu perçoivent ce que tu es.

Le Livre du Prince complète
Severus soupira en fermant la porte de la salle derrière lui. Il n’avait pas cessé de s’entraîner à faire son Patronus. Trois fois par semaines pendant que Lily était avec ses copines il répétait le sort pendant plus ou moins longtemps en fonction de sa patience du jour. La dernière fois il avait fini par lancer des expulso si violent aux chaises et aux tables d’élèves qu’il avait dévasté la salle. Il lui avait fallu plus d’une heure pour tout réparer et il en était sorti plus déprimé que jamais. Un souvenir heureux c’était facile en théorie... Mais en fait le Serpentard commençait à se demander si sa vie n’était pas trop déprimante pour qu’il puisse réussir ce maudit sortilège de pacotille. Il repensa au cerf argenté de Potter et refusa de baisser les bras.

Il lança le sort pendant près d’une heure, obtenant la même brume légère qu’il réussissait à produire depuis deux semaines et se laissa tomber sur une chaise, il enfouit son visage dans ses mains avec fatalisme. Il venait d’atteindre les limites de sa volonté. Quand il en arrivait là il sombrait généralement dans un élan de détresse qui lui donnait l’impression d’être absorbé par un puits de ténèbres poisseuses.

Comme à chaque fois qu’il ressentait cette émotion-là, il pensa à Lily. Il soupira et les yeux clos, il pensa à la seule chose qui parvenait à le rendre heureux... Il pensa à la seule personne qui lui souriait… Comment pouvait-on lui sourire à lui ? Il déglutit et son visage se détendit alors qu’il visualisait la chevelure flamboyante de Lily, qu’il entendait son rire cristallin et qu’il voyait dans son esprit aussi clairement que si elle était en face de lui ses yeux émeraudes emplis de cette douceur compréhensive qu’elle était la seule à lui adresser. Il murmura le sort en effectuant le geste sans conviction. Il sentit la magie frémir et une lueur éclaira la pièce assombrie par le soir, si étincelante qu’il la perçut derrière ses paupières closes. Il ouvrit les yeux et une impression de chute vertigineuse lui tomba dessus alors qu’il contemplait avec stupeur la biche argentée, réplique parfaite du Patronus de Lily. Le Serpentard se tourna pour vérifier que la lionne n’était pas entré sans qu’il ne s’en rende compte, mais il était toujours seul.

Il contempla la biche en pâlissant, ce n’était pas de la joie. L’émotion qui avait forgé l’écureuil du Professeur c’était de la joie. L’émotion qui avait forgé le cerf arrogant c’était de la joie...

Severus tendit la main alors que la biche s’approchait gracieusement de la chaise sur lequel il s’était assis, il croisa le regard confiant de la biche et en sentant la texture étrange sous ses doigts il sentit deux larmes glisser sur ses joues. Une sensation de défaite absolue le vida du peu de volonté qui lui restait. Il continua de pleurer en silence devant la biche argentée. La profonde détresse qu’il ressentait maintenant c’était… C’était trop. Après tout ce travail, ces crises de colère… Après des semaines et des semaines à passer des heures à rêver de son Sombral en lançant le sortilège, à frôler le malaise parce qu’il avait fait trop d’épuisantes tentatives, il en venait à obtenir… Ça.

La Biche irradiait d’une émotion méprisable. Severus pleurait avec la conviction d’être désespérémment irrécupérable. Il prit brutalement conscience, et avec autant d’horreur que s’il s’était agis d’une maladie mortelle, que penser à Lily lui avait fait produire un Patronus qui irradiait d’Amour.

Chacun voit ce que tu parais, peu perçoivent ce que tu es.

Le Livre du Prince complète
Severus chercha des solutions et des issues dans ses livres… Il avait même pensé un instant à boire une Potion de haine pour ne plus ressentir ça pour Lily. Mais c’était son amie et… Il avait besoin d’elle. Il fit glisser son doigt le long du sommaire du livre. Magie mentale… Peut-être qu’il y avait un moyen là-dedans. Il s’arrêta sur le chapitre « Dompter son esprit » et se précipita à la page concernée. Il grimaça, ce n’était pas des sorts ou des potions mais une liste d’exercices mentaux. L’art de l’Occlumancie. Pour parvenir à maîtriser son esprit il fallait procéder à des visualisations couplées à des exercices visant à relaxer et vider son esprit…

« La maîtrise de l’occlumancie vous permettra non seulement de fermer votre esprit pour empêcher un adversaire d’y pêcher vos secrets et d'utiliser vos faiblesses mais également d’acquérir une meilleure maîtrise de vos émotions. Cette discpline permet d’acquérir davantage de sang-froid en vous donnant du recul sur vos affects. Toutefois c’est un travail long et difficile... ».

Le regard de Severus s’illumina. C’était exactement ce qu’il cherchait. Il emprunta le livre et quitta la bibliothèque aussitôt, décidé à aller étudier l’ouvrage tranquillement dans son dortoir… Il tomba nez à nez avec Potter dans le couloir voisin.

Le Gryffondor avait le regard méprisant des mauvais jours mais Severus tenta quand même de le dépasser sans rien dire.

— Encore en train de fouiner Servilus ? Demanda le lion en lui barrant la route.

— Laisse moi tranquille…

— Evans m’a dit que tu avais réussi ton patronus insista l’autre, c’est vrai ce mensonge ?

Severus pâlit. Lily ne savait pas qu’il avait réussi son patronus, elle lui avait bien demandé quelques jours plus tôt s’il avait progressé mais il avait prétendu avoir abandonné. Il lui avait dis qu’il n’avait pas de souvenir suffisamment heureux…

— C’est toi le menteur répliqua t-il en faisant face à Potter, Lily refuse de te parler.

James haussa les épaules et se passa une main dans les cheveux d’un air assuré.

— Les gens changent, elle ne te dis pas tout Servilus. On a plein d’occasions de discuter ensemble sans regard indiscret dans la salle commune...

Severus plissa les yeux, il ressentit un brusque élan de haine et serra les poings.

— Regarde toi reprit le Gryffondor d’une voix narquoise, tu crois vraiment qu’une fille comme Evans traîne avec toi parce qu’elle t’apprécie ? Elle a pitié de toi ça crève les yeux...

Son coeur se serra douloureusement et la haine déferla. Severus ricana méchamment, il avait discrètement fait glisser sa baguette de sa manche à son poing.

— Espèce de sale gamin pourri gâté cracha t-il, tout ce qui t’intéresses c’est tes trophées dorés ! Lily est bien trop intelligente pour parler avec un abruti comme toi !

James tira sa baguette et Severus dressa un protego hâtif. L’impedimenta s’écrasa contre le voile bleuté grésillant. Avant que Severus n’ait pu s’en réjouir cela dit, quelque chose le heurta par derrière et il tomba à la renverse au pied de son rival.

Black s’était jeté sur lui. Il avait du arriver dans son dos dans l’intervalle.

— Sale mage noir ! cria Black en lui agrippant le col.

Il se tourna vers Potter.

— Ce sale rampant a osé t’attaquer Cornedrue ?!

James hocha la tête et grimaça de répulsion alors que Black envoyait Severus rouler au milieu du couloir.

— Il m’a insulté et il a presque avoué pour Evans.

— Sale menteur ! s’écria Severus qui s’était hissé sur ses pieds tremblant grâce au mur d’en face.

Potter le fusilla d’un regard haineux et lui envoya un sortilège qu’il n’eut pas le temps de parer. Sa bouche s’emplit de savon moussu et il tomba à genou sur les dalles glaciales.

— JE VAIS T’APPRENDRE LE RESPECT SERVILUS ! Hurla férocement Potter en maintenant le sort.

Severus cracha en hoquetant, étouffant et avalant une partie du produit ménagé. Le sort continuait. La panique commençait à déferler sur lui alors qu’il ne parvenait plus à attraper une seule bouffée d’air, avalant toujours plus de produit amer parfumé.

— Je… balbutia une voix tremblante aigrelette derrière le battement rythimque de ses tempes qui assourdissait lentement chaque son comme un linceul, je crois que ça va… James il... Il va s’étouffer !

Le sort cessa et Severus vomit une grande lampée d’eau savonneuse. Il toussa en crachant et en inspirant profondément dans un bruit guttural. Ses tympans sifflaient et un brouillard anxieux l’empêchait de réfléchir à autre chose qu’à l’air qu’il inspirait goulument. Effrayé, il leva les yeux en respirant bruyamment, trois silhouettes floues se tenaient au dessus de lui. Il sentait que son visage était trempé de larmes. Quelqu’un le saisit par le col et il vit le visage haineux de Potter se rapprocher et devenir net dans le flou de sa vision.

— T’approches plus d’Evans Servilus ordonna t-il, et t’as intérêt d’arrêter de lui embrouiller la tête avec ta magie noire si tu veux pas que je m’occupe de toi sérieusement.

Severus ne dit rien et continua de reprendre laborieusement sa respiration. Potter le renvoya par terre avec une nouvelle grimace de dégoût et tourna les talons. Il croisa le regard haineux de Black et celui terrifié de Pettigrow puis les deux lions emboitèrent le pas au binoclard, l’abandonant dans le couloir désert.

Quand il rentra dans son dortoir, le visage sombre et une sensation de faiblesse diffuse plein les veines, il n’était plus vraiment d’humeur à dévorer son livre d’occlumancie toute la soirée. La haine enragée qui tournait dans son ventre comme un fauve en cage lui donnait des envies de meurtre. La honte lui alourdissait le coeur. Il ne fût pas enchanté d’apercevoir ses camarades de chambre plaisanter gaiement dans le dortoir. Il avait besoin de calme et de solitude…

— Hey Severus s’exclama Rosier en l’apercevant, j’ai de nouveau le droit de jouer au Quidditch !

Il secoua joyeusement une lettre décachetée de la main.

— Tant mieux répondit Severus d’une voix rauque et brisée, tu vas pouvoir écraser ce fumier de Potter...

Mulciber et Rosier échangèrent un coup d’oeil interloqué.

— Qu’est-ce qui t’arrives ? Hésita son ami.

Severus ne répondit pas et se glissa dans la salle de bain pour prendre une douche bien chaude, ça lui ferait l’occasion de tester un truc. Il avait vu un exercice d’occlumancie tout à l’heure qui utilisait l’eau coulante d’une douche pour chasser ses émotions comme on élimine une boue nauséabonde de sa peau...

Chacun voit ce que tu parais, peu perçoivent ce que tu es.

Le Livre du Prince complète
Le brouhaha de fin de cours emplit la classe et Severus soupira de soulagement, il rangea lentement ses affaires dans sa besace. Après la dispute avec Potter il avait attrapé une sale grippe qui lui avait fait manquer les cours toute une semaine, c’était son premier jour de reprise et il était encore courbatu.

— Mr Snape l’interpella le Professeur Slughorn depuis son bureau.

Il releva la tête avec surprise.

— Oui monsieur ?

— Venez, j’aimerai vous dire un mot.

Severus lança un coup d’oeil nerveux à Lily qui l’attendait à la porte et rejoint le Professeur.

— J’ai été très impressionné par votre devoir sur la pierre de lune Severus, un travail très complet et fouillé, bien plus complexe que ce que j’attendais...

Severus se dandina d’un pied sur l’autre, mal à l’aise face au rare compliment de son directeur de Maison. Slughorn sourit et lui tendit une enveloppe lila.

— J’aimerai vous convier à nos petites réunions, vous devez en avoir entendu parler dit-il en laissant son regard dériver jusqu’à Lily qui y était convié depuis leur première année. « Nous nous retrouvons tous les Mardis soirs. »

— Euh oui…

— Je suis sûr que vous trouverez rapidement vos marques parmi nous assura le Professeur de potion d’un air affable.

— Merci monsieur balbutia le Serpentard avec reconaissance.



Severus s’installa à côté de Falley dans les tribunes de Serpentard, il avait tellement hâte de voir Rosier écraser et humilier Potter. S’il pouvait même y avoir un accident… Ça ferait descendre ce sale hypocryte de son agaçant piédestal de star de Quidditch… Il aperçut Lily dans la tribune d’en face, elle disait quelque chose à l’oreille de Mary. Il déglutit en se rappelant du dernier match qu’il avait vu avec elle, un pincement de regret au coeur. Les deux équipes se faisaient face sur le terrain, Potter gardait la tête droite et jetait un regard méprisant aux Serpentards. Rosier, Mulciber, Avery, Wilkes… Les Sang-purs tenaient tous à la main les derniers balais sortis, leur surrobes de Quidditch verte et argent avaient été agrémentées d’un blason de Serpent dans le dos qui leur donnait vraiment fière allure. Potter et Wilkes s’avancèrent au signal de l’arbitre et se serrèrent la main en grimaçant, puis les balles furent lâchées.

Le début du match fût difficile à suivre, les poursuiveurs se croisaient et se heurtaient dans un tourbillon de robes vertes et rouges, les cris du public assomaient Severus qui ne parvenait pas à trouver Rosier et Potter dans la mêlée. Le souafle restait plus ou moins bloqué au centre sans qu’aucune équipe ne parvienne à prendre l’avantage. Severus aperçut Avery lever sa batte et intercepter un cognard qui s’était attaqué à Rosier, le cognard percuta Marlène qui hurla de douleur et se plia sur son balai. L’arbitre rejoint Marlène qui hocha la tête et reprit sa recherche du vif d’or, crispé sur son balai.

Severus réussit à trouver Potter à ce moment là, le Gryffondor monta une attaque éclair avec Longdubat et Stebbins, ils se déployèrent dans une formation en V et fondirent à travers le groupe de Poursuiveurs qui s’arrachaient laborieusement le Souafle. La mêlée fût dissoute par la charge des Gryffondors, Mulciber attrapa le Souafle, Potter le heurta une fraction de seconde plus tard et le souafle passa dans les mains de Londubat. Falley grogna de dépit à côté de lui. Severus grimaça en voyant les trois poursuiveurs reprendre leur formation et charger vers les buts. Lestrange fonça sur Londubat mais celui-ci passa le Souafle à la toute dernière seconde et Potter marqua. Imbécile pensa Severus, il était gardien il aurait du se contenter de protéger les anneaux au lieu de charger comme un Poursuiveur novice...

A partir de là le match fût de plus en plus irritant et désagréable. Les Serpentards avaient un jeu plus agressif et audacieux mais ils collaboraient avec beaucoup moins d’efficacité que les lions… Le score de Gryffondor grimpait à toute allure. Les rares buts marqués par Serpentard semblaient presque accidentels… Severus avait envie d’hurler après Mulciber dont l’impulsivité agressive faisait invariablement échouer les fines tentatives tactiques de Rosier.

— Qu’est-ce qu’il fait lui ?! cria Falley en lui agrippant le bras et en lui désignant Rosier qui s’éloignait à une vitesse impressionnante de la mêlée de poursuiveurs.

— Il a… Euh vu le vif d’or ? hésita Severus qui n’était pas sûr de comprendre la manoeuvre.

— C’est Regulus l’attrapeur crétin ! le rabroua Falley.

Potter se lança à la poursuite du Sang-pur mais l’arbitre hurla et Rosier leva le poing, vif d’or en main. Les hurlements indignés des lions accueillirent le geste victorieux du Serpent et le commentateur bafouilla sans savoir quoi annoncer, perturbé.

— Il a le droit de faire ça ? Demanda Severus d’un air étonné.

— Techniquement non répondit sombrement Falley.

Les joueurs atterrirent et s’attroupèrent autours de l’arbitre dans de grands gestes irrités. Potter hurlait tellement fort qu’on l’entendait dans tout le stade traiter Rosier « d’immonde tricheur » et de « sale mangemort ». Le Sang-pur ne bougeait pas et ne répondait que d’un regard glacial à son adversaire.

L’arbitre lança un sonorus.

— LA CAPTURE ILLÉGALE DU VIF D’OR PAR UN POURSUIVEUR COÛTE UNE PÉNALITÉ DE 75 POINTS A SERPENTARD. GRYFFONDOR L’EMPORTE 160 À 135 !

La huée de désaroi des Serpentards fit vrombir l’air et Severus se plaqua douloureusement les mains sur les oreilles, fusillant Potter des yeux. Le lion se moquait ouvertement de leur Maison, hilare, il dégoulinait d’un fatuité crasseuse. Mulciber semblait à deux doigts de lui sauter à la gorge. Severus croisa le regard dégoûté de Falley et lui emboîta le pas vers la sortie de très mauvaise humeur.

Chacun voit ce que tu parais, peu perçoivent ce que tu es.

Le Livre du Prince complète
Severus observait le sablier magique du Professeur Slughorn avec crispation, il ne se sentait pas du tout à sa place ici. Le Professeur discutait avec son voisin d’un ton enthousiaste et un peu familier, le Serdaigle s’étalait copieusement sur les gloires de ses parents depuis dix bonnes minutes… Lily à sa gauche discutait avec Londubat. L’ambiance était un brin tendu à cause du match du week-end dernier, Slughorn avait placé Longdubat en face de Mulciber, Rosier se trouvait en face de Lily et Sebbins était juste en face de lui. Regulus était à la droite du Professeur. Severus ne connaissait pas les trois Poufsouffles et le deuxième Serdaigle qui complétaient la tablée. Les cinq joueurs de Quidditch rivaux échangaient des regards haineux et glaciaux dont Slughorn semblait être le seul à ne pas s’apercevoir…

— Et vous Mr Snape vous comptez poursuivre les potions en ASPIC j’espère bien ?s’enquit Slughorn.

— Bien sûr monsieur répondit-il sobrement.

— Miss Evans, vous aussi je présume ?

— Oh oui monsieur, ce serait la dernière matière que j’abandonnerai ! s’écria Lily avec enthousiasme. J’hésite encore entre devenir Potionniste et Oubliator plus tard, alors je garderai Potion, Défense et Sortilège.

— A ce propos je vous remercie pour le petit cadeau que vous m’avez offert, c’était vraiment de la belle magie, vraiment sublime…

— Merci monsieur rougit Lily.

Elle échangea un regard complice avec Severus. Il l’avait vu faire les essais du sort qu’elle avait créé, le pétale se changeant en poisson. Elle avait couplé un sortilège de métamorphose de décoration à un sort de détection pour y arriver, et Severus n’avait pas pu s’empêcher d’observer qu’elle avait réussi bien plus vite que lui à créer son premier sort. C’était lui qui avait suggéré de prendre un pétale de Lys comme support de la métamorphose, de façon à ce qu’elle signe son cadeau. Il décrocha les yeux du joli visage de Lily et s’intéressa de nouveau à la conversation, Aubrey et Rosier discutaient ensemble de loup-garou.

— … Le livre est sorti l’année dernière disait Aubrey, ça s’appelle Museau velu, coeur humain c’est très enrichissant et poignant comme livre, on voit que ça reste des humains malgré tout...

— Il n’empêche qu’ils font des dégâts contra Rosier, c’est comme une maladie extrêmement grave et contagieuse en fait. Existe t-il un sortilège ou une potion pour remédier à ça Monsieur ?

— Non je crains que non se désola Slughorn avec une lueur triste et pensive dans le regard.

— C’est parce que personne n’a prit le temps de faire des recherches sérieuses sur le sujet intervint avec véhémence le deuxième Serdaigle.

— C’est un sujet d’une rare complexité Damoclès répondit prudemment Slughorn, comme la bestialité est ponctuelle et qu’il est très difficile de mettre la main sur des loups-garous volontaires… Qui plus est le danger de cette étude rebute la plupart des sorciers ayant le talent et les connaissances nécessaires j’en ai bien peur...

Damoclès haussa les épaules d’un air renfrogné. Un bref silence tomba sur la table alors que la mauvaise humeur du Serdaigle envahissait la pièce. Severus coupa d’un coup de fourchette précis une bouchée de sa tarte au citron meringué. Il fallait accorder à Slughorn que le dîner était encore plus délicieux que celui servit dans la Grande Salle, mais la conversation sans être insipide n’était pas très captivante pour lui. Les sujets qui le passionnaient le plus étaient du genre malséant, pas l’idéal en terme de conversations convenables à avoir à un dîner comme celui-là...

— Oh j’y pense Miss Evans reprit Slughorn, la recette de Potion Hocketeuse que vous m’avez montré la semaine dernière était d’une créativité raffinée, c'est vous qui…

Lily sourit.

— Severus et moi on a commencé à travailler sur les potions de l’année prochaine expliqua t-elle fièrement, c’est lui qui a eu l’idée d’ajouter un foie de rat pour stabiliser le hocquet, pour notre premier essai la potion était un peu trop corsée…

Severus écarquilla les yeux et lui lança un regard d’avertissement.

— … Severus s’est retrouvé à l’infirmerie avec une crise de hocquet incontrôlable conclut Lily en lui lançant un regard malicieux, un sourire étincelant aux lèvres.

Regulus lança un regard moqueur à Severus.

— Mrs Pomfresh a réglé le problème très vite assura t-il, et avec notre nouvelle version le hocquet produit est plus naturel et moins invasif.

Slughorn s’amusa de cette histoire et demanda des détails supplémentaires à Lily. En relevant les yeux de son assiette Severus croisa le regard de Rosier. Le Sang-pur haussa un sourcil et pinça les lèvres d’un air très mécontent que Severus ne comprit pas. Il ne lui semblait pas avoir dit ou fait quelque chose qui aurait pu déplaîre à son ami...

Chacun voit ce que tu parais, peu perçoivent ce que tu es.