OS Sheringham 01/11/2044 - The world is a dark place

Maison des Reaves
Sheringham, Angleterre
01 Novembre 2044


Grace venait tout juste de fêter ses neuf ans et observait les agissements des botrucs depuis sa fenêtre.
Les petites créatures vivaient dans le bois à côté de la maison des Reaves, lui offrant l'occasion de les étudier régulièrement.
La jeune fille avait lu dans un des livres de la bibliothèque de la famille que les petits êtres défendaient jalousement leur arbre fétiche.
Après de nombreuses séances d'observation à distance depuis la maison, elle brûlait de les approcher pour vérifier l'information.
Mais sa mère, l'ayant surprise dans le jardin près des grands arbres, le lui avait formellement interdit.
Loin de s'arrêter à cette interdiction, Grace envisageait quand même de s'approcher à nouveau. Après tout, elle avait fait ses recherches avant de se lancer.

Le chapitre sur les botrucs mentionnait leur faible pour les cloportes, et la petite rousse savait exactement où en trouver.

C'est donc avec nervosité que ce jour la, Grace pris sa décision. Il n'y avait pas d'autre solution, pour pouvoir approcher les botrucs en toute sécurité, elle devait se rendre dans le bureau de Siobhan et y dérober l'ingrédient nécessaire.

Seulement, la jeune fille devrait attendre le soir, quand sa mère quitterait enfin son bureau pour pouvoir s'y glisser discrètement.

*


Quelques heures plus tard, et après avoir entendu sa mère quitter la maison pour rejoindre des amies pour le dîner, Grace quitta sa chambre en silence.
Après avoir traversé le grand couloir et descendu les escaliers, elle prit le corridor menant à la seule pièce de la maison qui lui était interdite.
Collant l'oreille au bois de la porte, elle verifia qu'aucun bruit de plume grattant le papier n'émanait du bureau. Une fois rassurée, elle s'y glissa sans un bruit puis referma délicatement.

Prenant une grande inspiration, la jeune fille examina la pièce. Le secrétaire de sa mère et les deux grands fauteuils en cuir avec l'échiquier version sorcier n'avaient pas bougé depuis sa dernière visite.
Grace écarta le souvenir cuisant du sermon dont elle avait écopé ici-même quelques semaines auparavant.
Ce n'était pas le moment de se disperser, au risque de se faire prendre la main dans le sac.

Approchant le bureau de bois vernis, elle ouvrir le troisième tiroir, puis soupira de soulagement quand elle s'empara de la clef qu'elle savait se trouver là.
Son plan se déroulait sans anicroche.
Elle se dirigea vers une porte discrète dans l'angle de la pièce et une fois la clef engagée, tourna trois fois vers la droite en poussant le battant.

La petite alcove était remplie de bocaux, de sachets et de bouquets de feuilles suspendus au plafond. Grâce éternua, son odorat assailli par le mélange des parfums.
Il n'y avait plus qu'à dénicher le bon récipient et le tour était joué.
Elle déchiffra les étiquettes une à une en espérant tomber rapidement sur les cloportes. Si elle se faisait surprendre ici, elle n'osait imaginer les conséquences.

C'est au moment où Grace mit enfin la main sur une boîte parsemée de petits trous d'aération, que retentirent des bruits de pas pressés en provenance du couloir.
Un instant figée par l'effroi, la jeune fille se ressaisit et empoignant la porte de la remise s'y enferma juste à temps pour échapper au regard des deux personnes qui pénètrent dans le bureau.
Grace eu peine à reconnaître la voix de ses parents dans la conversation agitée qui lui parvint à travers le pan de la porte.

« Siobhan, calme-toi ma chérie. Je sais que la situation est terrible, mais prends le temps de t'asseoir, je vais te servir un thé. » lança Edward, le père de Grace, à peine le chambranle passé.

« Edward, je ne comprends pas qu'on en soit arrivés là. Tous ces pauvres gens... »

Siobhan éclata en sanglots. Grace l'entendit renifler âprement puis reprendre :

« Mary est arrivée au dîner couverte de poussière et le crâne ouvert par je ne sais quel débris. Elle sortait tout juste du bâtiment ! Tu te rends compte ! Elle était juste passée déposer des affaires à une amie. À quelques minutes près... Oh Edward, heureusement que je n'y connaissais plus personne, cela fait si longtemps... Quelle tragédie, ces pauvres gens ! Mary m'a dit qu'il ne reste plus rien de l'hôpital.»

La jeune rousse, toujours collée à la porte ne comprenait pas un traitre mot de cette conversation. Il était rare d'entendre Siobhan pleurer et Grace en était toute retournée.
Qu'avait il bien pu se passer pour mettre sa mère dans tous ses états ?
Elle entendit le cliquetis d'une cuillère heurtant le fond du tasse.

« Comment ça l'hôpital est détruit ? L'attaque a pris de telles proportions ? Mais c'est en plein milieu de Londres ! » s'exclama Edward.

« Edward ! Des Moldus ont dû assister à la scène ! C'est une catastrophe. Qu'est-ce qui va se passer maintenant ? »

Grace entendit sa mère se lever et faire les cents pas dans la pièce.
Dans le silence qui s'ensuivit, le grattement d'un hibou à la fenêtre parut assourdissant.

« Qu'est-ce que c'est ? » demanda sa mère d'une voix grinçante.

Un froissement de papier, puis :

« C'est le journal. Je dois partir, ils ont besoin de moi pour couvrir l'attentat. Tous les employés sont rappelés en urgence. Je reviens dès que possible ma douce. » expliqua le père de la jeune fille.

« Tu pars à cette heure-ci ? Sûrement la Gazette est déjà en train d'écrire un article à l'instant même. Ton rédacteur en chef ne peut pas attendre demain ? Qu'est-ce qu'un hebdomadaire sur la botanique peut bien avoir à faire sur le sujet de toute façon ? Je ne suis pas tranquille de te savoir en ville juste après cette attaque. Et s'il y en avait une autre ?! »

« Siobhan... C'est sûrement un des événements les plus tragiques de l'année. Même si ce n'est pas le cœur de notre sujet, le journal se doit d'y consacrer un article. Ne t'en fais pas je serai prudent, d'accord ? Embrasse les enfants de ma part, je reviens très vite. »

Grace entendit ses parents s'embrasser, puis sa mère soupirer profondément.

Après quelques secondes de silence, elle supposa que son père venait de transplaner.

La jeune fille était confuse. Mais qu'était donc arrivé à Londres pour que son père doive repartir au travail si tard dans la soirée.
Ce n'était jamais arrivé auparavant. Du moins pas qu'elle se souvienne.
Et qui étaient « ces pauvres gens » dont parlait sa mère ? Que leur était-il arrivé ?

Elle entendit sa mère quitter la pièce puis s'éloigner.
Grace quitta sa cachette, la boîte des cloportes en main.
S'efforçant au silence, elle rejoint sa chambre, l'esprit tourmenté.

C'était la première fois qu'elle voyait ses parents dans un tel état d'alarme.
Malheureusement, ce ne serait pas la dernière fois qu'elle remarquerait leur inquiétude dans les années qui suivirent.

“When in doubt, go to the library.” || Couleur : #374aab