31 oct. 2021, 10:53
Le crépuscule du soir
Il lévite ! Le corps de Reid lévite au-dessus du sol. Il n'est pas très haut au-dessus des pavés de la cour carré - sur lesquels il laisse une ombre calme, muette - mais assez haut pour être humilié par le sortilège de ma cousine. Elle le mène toujours par la baguette, levant lentement, très lentement, son instrument de torture pour faire léviter Reid un peu plus haut, encore un peu plus haut.

Je suis bouche bée. Ma baguette est toujours pointée sur le dos de ma cousine, sur ses cheveux platine qui bougent à peine au rythme du rire qui secoue sa cage thoracique. C'est dur de croire que cette scène est réelle, que ce que je vois est bien ce que voient tous les spectateurs autour de la cour, que ma cousine a vraiment enfreint le règlement, qu'elle a vraiment lancé un sortilège d'un niveau supérieur à un quatrième année. Je secoue la tête pour vérifier que c'est toujours la même scène qui se déroule sous mes yeux grands ouverts. À mon plus grand damne, la scène est toujours la même, quand je stabilise ma tête.

Qu'est-ce que Jane va faire de ce corps qu'elle tient au-dessus du sol par la force de sa magie ? Sa main commence à trembler et sa baguette au bout subit des soubresauts. Elle commence peut-être à envisager les conséquences de son acte, la retenue qui lui pend déjà au bout du nez - comme Reid pend à sa baguette -, la lettre qu'elle devra écrire à son père si elle est sanctionnée, la vie dans la salle commune des verts après un affront pareil. C'est peut-être ce qui se passe dans sa tête alors qu'elle se fige. Je l'imagine hésiter entre un mouvement brusque qui enverrait son adversaire dans la fontaine ou le faire redescendre pour s'enfuir en courant. Je me demande bien ce qui se passe dans sa tête à cet instant, alors que je ne peux pas voir son visage et que j'évite de regarder celui de Reid pour ne pas me confronter à ma culpabilité.

Parce que non, je ne fais rien. Je ne fais rien d'autre que pointer ma baguette dans le vent sans menacer vraiment qui que ce soit. Je n'ouvre la bouche que pour avoir cette expression débile de surprise sur le visage et je ne bouge que pour secouer la tête pour vérifier que la scène est réelle. Cela fait un moment, un long moment, que je ne m'étais pas sentie aussi débile. Mais je suis incapable de réagir ! Je me convaincs que je ne peux pas, que ce n'est pas une question de capacité, que si je pouvais j'enverrais ma cousine se faire foutre en lui lançant un sale sortilège, que je ne suis pas débile. C'est ce que je me dis, dans le laps de temps qui m'est dédié avant que je ne croise le regard de Reid - qui semble me dire de ne pas utiliser ma baguette - et qu'il ne se remette à parler. Non, je ne peux pas ! Ce serait me condamner à ma perte car je sais que Jane n'a qu'un mot à écrire à son fichu père pour que je passe les prochaines vacances dans cette sordide Citadelle.

J'inspire fort, en baissant ma baguette. Je ne peux pas utiliser ma baguette, mais je dois agir. J'ai deux ans de plus que ma fichue cousine, je suis censée avoir de l'autorité sur elle, je suis aussi plus forte qu'elle et infiniment plus intelligente. Oui, je pense en hochant la tête, je ne peux pas me mouiller mais je peux arrêter ça.

Alors que j'avance pour poser ma main sur l'épaule de Jane Macbeth, son bras descend tout doucement en reposant son adversaire au sol. Le geste est délicat et l'atterrissage l'est tout autant. Elle se tourne vers moi au moment où elle sent mon contact sur son épaule. Son visage est calme, les rides de la colère ont disparu et elle est en train d'épousseter sa robe de sorcier avec un flegme effrayant. Je lève les sourcils en soufflant de soulagement.

« Quoi ?
Tu sais que tu risques une sanction...
Oui, mais je lui ai juste montré qui était la meilleure ! »

Elle s'exclame, en tournant la tête vers Reid, derrière elle, avec un sourire aussi vilain que malin. Je secoue la tête et attrape le bras de ma cousine. Je crois que je ferais mieux de l'éloigner du Serpentard avant qu'il ne fasse une bêtise et qu'il ne risque lui aussi une punition. Une punition calmera, je l'espère, les ardeurs de ma cousine mais mon camarade de classe n'en mérite pas. Je l'entraîne avec moi en tournant le dos au garçon, avant que mon visage ne soit plus dans son champ de vision, j'articule un désolée. Déjà je marche en direction du grand hall.

« Qu'est-ce que tu fais ?
Je t'évite une punition pire ! »

Mais je m'en veux. J'ai été débile.

Animagus renard polaire
Post ASPIC

8 nov. 2021, 16:09
Le crépuscule du soir
Le crépuscule s'éteint à l'instant même où mes pieds touchent à nouveau les pavés de la cour.

Personne n'est venu. En dehors d'Adaline et des curieux amassés dans le cloître redevenu silencieux, aucun témoin garant de l'autorité n'aura assisté à la scène. Je regrette déjà l'option retenue. Se laisser ridiculiser de la sorte par une gamine vicieuse n'avait d'intérêt que si le couperet venait s'abattre sur le cou frêle de la contrevenante. Face au constat amer, ma tête se fend, laissant aux deux partitions le choix de gouverner mes émotions. "Réparation" crie mon honneur. Quand ma fierté vrille mes pensées, je ne parviens plus à détourner mon regard de son dos. Mes lèvres tressaillent en un rictus carnassier, réclament du sang. Ce serait si simple. Sectumsempra... Te voir souffrir autant que tu as blessé mon orgueil.

Je sers les dents. Ma main déjà sur ma baguette, je suis à deux doigts de la brandir, de la déchiqueter mais la raison s'abat à nouveau. "Non". Je retire ma main vide de la poche. Il me faut contenir la violence qui m'écartèle, l'avaler même si je sais d'avance que cela va faire mal. Il n'y a pas d'autres choix, je suis condamné à être plus grand que moi même, à la raison plutôt que la violence.

Je reviens à moi quand elles s'éloignent déjà et j'entends alors la réponse d'Adaline : "Je t'évite une punition pire !".

Dans mon absence, je n'ai même pas vu son geste à mon égard. Elles s'éloignent et je n'ai plus la présence d'esprit de réagir. Trop de sentiments m'oppressent et annihilent mes réflexes. Je me sens plein de rage, de dégoût et de ressentiment à tel point que tout se vide en moi. Tout sauf une question :

Pourquoi la protèges tu, Adaline ?

* * *
Fin du RP

5ème année RP en 2047/2048