Le Livre du Prince complète

En entrant dans la salle commune, James aperçut Mary en pleine partie d’échec sorcier avec Alice sur la table basse. Il s’ébouriffa les cheveux d’un geste confiant et les rejoint, fier de lui.

— Les Serpentards vont te laisser tranquille maintenant lui assura t-il.

Mary lui lança un sourire timide et balbutia un « merci », son regard tressautant entre lui et un point au dessus de son épaule. James jeta un coup d’oeil à Sirius qui venait de s’étaler négligemment sur le vieux canapé défoncé derrière lui et ce n’est qu’en reportant son attention sur Mary qu’il aperçut Lily sur un pouf un peu en retrait. Il sentit son sang deserter son visage en la voyant le fixer d’un air hostile et soupçonneux.

— Ah oui ? Dit-elle en abandonnant son livre et en s’approchant de lui, et pourquoi les Serpentards feraient ça ?

— Euh… Bah…

— Qu’est-ce que t’as fais Potter ?

James plissa les yeux.

— J’ai défendu ta meilleure amie Evans. Je me rappelle à quel Maison j’appartiens moi…

— Si tu t’en rappelais tu t’attaquerais pas aux autres pour t’amuser et te prouver que t’es plus fort qu’eux, son regard vert crépita, me dis pas que t’as encore attaqué Sev ?

— Sev cracha t-il hostilement, ce sale rampant traite Mary de tu-sais-quoi juste devant toi et tu continues de…

— On lui a donné ce qu’il méritait Evans ! Arrête de nous prendre la tête l’interrompit Sirius, il a une jolie marque comme il en rêve maintenant…

James toisa Evans d’un air confiant et sûr de lui, depuis que Servilus traînait avec les puristes elle se taisait quand ils le traitaient de graine de Mangemort devant elle. Tout le monde savait qu'à peine leurs ASPIC en poches tous ces Serpentards deviendraient des laquais de Voldemort et Lily pensait autant de mal que lui de ces sorciers-là...

— Tu lui as envoyé un sort cuisant ? geignit-elle d’une voix douloureuse.

— Exact et…

CLAC ! Lily retourna une baffe monstrueuse à James et le contourna aussitôt, se précipitant hors de la salle commune. Les autres le dévisagèrent avec surprise alors qu’il gardait une main sur sa joue brûlante. Il éait déconfit et complètement hébété.

— Pfff c’est une vraie tarée cette fille grogna finalement Sirius, mais t’inquiètes Mary on a fait ce qu’il fallait en tout cas…

Mary rougit et remercia Sirius puis elle lui demanda plus de détails d’un air avide. James se frotta la joue tristement, il se glissa dans les dortoirs en silence.

Chacun voit ce que tu parais, peu perçoivent ce que tu es.

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Severus posa les yeux sur son bras bandé.

Il était resté assis dans le couloir, incapable de retenir ses larmes ou de se relever, incapable de ramasser les vieux grimoires abîmés… Pas la force d’apporter les livres dans cet état à Slughorn, pour récolter encore des réflexions ou un regard déçu. Il avait la peau à vif sur tout l’avant-bras et de grosses cloques affolantes mouchetaient sa chair. La douleur était atroce comme si des flammes dévoraient son bras et tiraient lentement sur chacun de ses nerfs. Il ne savait pas combien de temps il était resté assis dans le couloir en pleurant, l’envie d’abandonner complètement lui dévalant les veines… Puis Elle était arrivé. Lily. Elle l’avait réconforté, l’avait serré dans ses bras et elle l’avait traîné à l’infirmerie. Pendant qu’il se faisait soigner, elle avait apporté les livres à Slughorn et lui avait expliqué pourquoi ils étaient abîmés sans dissimuler les noms des responsables.

Gryffondor avait perdu quelques points.

Severus observa Potter et Black qui chahutaient à l’autre bout de la grande salle à la table de Gryffondor. Black avait le bras autours des épaules de Mary qui le couvait d’un regard ennamouré et Potter rigolait à gorge déployée avec Lupin en tenant une tarte à la mélasse hors de portée de Pettigrow qui essayait piteusement de la récupérer. Il était évident qu’il ne pouvait compter que sur lui-même pour leur faire payer à ces sales Gryffondors cruels et arrogants, puisque le vieux fou protégeait ses précieux lions quoi qu’ils fassent. Pas de problème : il avait une foule d’idées pour les remettre à leur place. Et maintenant il avait les moyens et les alliés nécessaires pour pouvoir frapper…

Il posa ses couverts dans son assiette et croisa le regard de Mulciber. Le Sang-pur sourit et se leva aussitôt, il chuchota quelque chose à l’oreille de Macfallan, le deuxième année hocha docilement la tête et le suivit. Les parties de Bavboules n’avaient pas été vaines, Mulciber était devenu courtois avec lui même s’il lui arrivait souvent d’échapper des propos racistes ou de petites réflexions bénines concernant l’infériorité des Sang-mêlés… Ce n’était pas important, il finirait par leur prouver à tous qu’il était plus un Prince que son indigne de mère… Severus redirigea ses pensées vers son plan, il esquissa un rictus et se leva silencieusement pour rejoindre Mulciber.

— T’es sûr qu’il le fera ? Demanda Severus en regardant le deuxième année s’éloigner.

Mulciber le toisa d’un air hautain.

— Evidemment qu’il va le faire. Il sait ce qui risque d’arriver à ses petits frères et sœurs chéris sinon…

Severus hocha la tête et jeta un coup d’oeil à la ronde, il sortit une fiole de sa poche et la glissa dans la main du Sang-pur.

— Une fiole maintenant. Une fiole après assura t-il.

Mulciber inclina la tête d’un air satisfait et s’éloigna en empochant son dû. Bien. Les Maraudeurs sortirent peu de temps après, il y avait trop de monde pour qu’ils puissent l’attaquer ici et Rusard n’était pas loin. Severus aperçut le vieux parchemin froissé qui dépassait de la poche arrière de Black. Il n’était pas sûr de ce que c’était, une liste des passages secrets peut-être ? Il avait déjà entendu les Gryffondors appeler ça « la carte »… Rosier, Falley et Avery sortirent de la Grande Salle et il se joignit à eux, abandonnant ses réflexions sur ce vieux parchemin miteux. Tandis qu’il écoutait ses nouveaux amis parler des devoirs du lendemain d’une oreille distraite, il se répétait « Bientôt… Bientôt » pour museler l’impatience qui coulait dans ses veines.

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— On va s’occuper de ce dont on parlait ce matin expliqua Sirius en se plantant devant son meilleur ami, tu viens avec nous ?

James lança un regard hésitant à Lily en face de lui puis à Rémus à sa droite, ils planchaient tous les deux sur leur devoir de sortilège. La lionne ne lui avait pas adressé la parole depuis la baffe qu’elle lui avait donné et elle passait la plupart de son temps entre ses copines et ses devoirs, elle ne le regardait même plus. La seule raison pour laquelle elle acceptait de rester assise à la même table que lui c’était parce qu’il n’y avait qu’une seule grande table dans la salle commune… Et parce que Rémus avait assuré qu’il se tairait et ne ferait que travailler avec eux.

— Non répondit-il, je vais rester là. J’ai ce truc à finir dit-il en désignant son parchemin de Sortilège.

Sirius soupira d’un air frustré.

— Comme tu veux… Viens Peter.

Ils quittèrent la salle commune et Sirius sortit la carte de sa poche. Il étudia le plan quelques instants les yeux plissés.

— Ça a l’air vrai Pitt… Il y a un petit groupe de Serpentard rassemblé dans les cachots…

Ils dévalèrent les escaliers d’un pas vif. Arrivé dans le hall Peter commença à se tordre les mains nerveusement.

— On pourrait y aller en animag…

— Chut ! Personne ne doit savoir. Et non on peut pas tu sais bien…

— Ils sont combien ? S’inquiéta Peter alors qu’ils arrivaient dans les cachots humides éclairés à l’ombre mouvante des torches.

Sirius examina le parchemin.

— Lestrange, Avery, Mulciber, Falley, Rosier… Servilus n’y est pas. C’est gérable.

— On devrait peut-être attendre que James et Rémus soient libres… Qu’on… Qu’on puisse y aller tous ensemble. Il a dit qu’ils… Qu’ils faisaient de la magie noire quand même.

Sirius secoua la tête avec agacement sans répondre.

Ils entendirent des éclats de voix et Sirius aperçut Peter ralentir le pas pour se trouver un peu en retrait derrière lui, il sortit sa baguette. Il était de très mauvaise humeur, ça allait lui faire du bien d’écraser ces sales rampants… Il verrouilla la carte et la rangea dans sa poche juste avant de tourner l’angle qui conduisait au couloir où les Serpentards devaient être en train de s’entraîner à la magie noire… Sirius accélèra le pas et tomba nez à nez avec le petit groupe. Il se figea de stupéfaction et Peter s’arrêta à sa hauteur.

Ils échangèrent un coup d’oeil perplexe.

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Mulciber, Avery et Lestrange étaient en pleine partie de Bavboules. Avery était couvert d’une substance gluante, visiblement il perdait. Rosier et Falley étaient assis un peu plus loin contre le mur, ils interrompirent leur conversation pour fixer les deux Gryffondors d’un air avidement moqueur.

Une main s’abattit sur l’épaule de Sirius.

— Je vous tiens petits malandrins ! S’écria Rusard en attrapant les deux Gryffondors.

— Mais on… commença Sirius.

— On les a vu sortir de ce cachot coupa Rosier en désignant l’entrée sombre un peu plus loin. Je crois qu’ils ont lancé des bombabouses ajouta t-il en fronçant le nez.

Rusard lâcha les deux garçons et partit vérifier. Sirius qui avait pâli face au mensonge du Serpentard, aperçut Servilus qui le fixait d’un regard étincelant de méchanceté. Ce sale rat avait ramené Rusard exprès. Tout ça n’était qu’un piège...

Rusard revint, l’air furieux.

— Trois heures de colles chacun pour avoir empesté les souterrains !

Son regard glissa jusqu’à Servilus puis revint sur les deux Gryffondors.

— Videz vos poches messieurs.

Sirius grimaça, il retira les deux bombabouses qu’il avait glissé dans ses poches comme solution de repli au cas où ils auraient perdu le contrôle du combat. Rusard fouilla le sac de Peter et confisqua la plume à réponses intégrées qu’il aurait du mieux cacher… Sirius fixa Rusard d’un air innocent, comme s’il n’avait plus rien dans les poches. Il sentait la sueur lui couler dans le dos en pensant à sa carte adorée…

— Il a encore un truc qui dépasse de sa poche arrière fit remarquer ce lèche-botte de Servilus derrière lui.

Sirius lui lança un regard meurtrier, la rage bouillonant brusquement dans ses veines.

— LA FERME ESPÈCE DE SALE GRAISSEUX ! Hurla t-il en bondissant vers lui pour lui exploser le nez à la moldue. Servilus sortit sa baguette d’un air hargneux mais Rusard s’interposa entre eux et, repoussant légèrement Sirius, il arracha la carte de sa poche avec une expression avide.

— Ahah ! Qu’est-ce que c’est que ça ?

Il contempla le vieux parchemin vierge aux bords déchirés d’un air perplexe, le retourna et fronça les sourcils.

— C’est rien tenta Sirius, juste un parchemin que j’ai trouvé par terre…

— Pourquoi tu t’es énervé quand je l’ai mentionné alors ? Commenta froidement Servilus.

Sirius ouvrit la bouche pour lui répondre qu’il n’aimait pas le son de sa voix crasseuse de collabo mais...

— Je confisque ! Lâcha Rusard en empochant les bombabouses, la plume et la carte.

Il tourna aussitôt les talons. Sirius le suivit du regard, profondément écoeuré. Il tourna lentement la tête pour fusiller le graisseux des yeux. Il allait lui faire payer à ce sale mage noir sournois, à ce sale manipulateur… Il attrapa sa baguette mais avant d’avoir pu l’extraire complètement de sa poche intérieure de cape, Peter lui attrapa vivement le bras pour l’en empêcher.

— On ferait mieux d’y… D’y aller Sirius balbutia t-il en montrant d’un mouvement de tête Falley et Mulciber qui, baguettes en main, les couvaient d’un regard haineux, avide d’en découdre. Rosier se releva derrière eux et sortit calmement sa propre baguette de sa cape.

Peter accrocha nerveusement des yeux la silhouette de Rusard qui s’éloignait. Dès qu’il serait parti il n’y aurait plus rien pour retenir les Serpentards d’attaquer…

Severus sentait la puissance et la victoire couler dans ses veines, il avait envie que Black fasse l’erreur de l’attaquer, histoire qu’il ait une bonne excuse de le réduire en miette, de tester le sort de découpe balbutiant sur lequel il travaillait. Mais le Sang-pur malgré son air furibond et son regard haineux souffla bruyamment en observant les Serpentards trop nombreux.

Après quelques secondes d’hésitations supplémentaires, une flamme rageuse étincelant dans le regard, Black suivit son ami tremblotant vers la sortie.

Severus aurait bien aimé que Potter ait été là. C’était lui qu’il voulait battre. Il aurait aimé voir la honte de la défaite défigurer l’arrogant lion, qu’il aprenne ce que ça faisait de perdre et d’être la cible des moqueries et des injustices. Si seulement il avait été là aussi… Ça lui aurait rabattu un peu son arrogance. Severus lança un regard victorieux à ses camarades qui ricanaient en contemplant les deux Gryffondors battre en retraite.

Potter et sa clique allaient saigner maintenant qu’il avait le soutien des Sang-purs. Ce n’était que le début. Ils allaient payer leur arrogance et leurs insultes ces sales prétentieux pourri gâtés. Sales Gryffondors moralisateurs et stupides.

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Peter déglutit. Il préféra se taire, il sentait la rage froide qui émanait de Sirius et ça lui donnait envie de se tenir le plus loin possible de lui, de s’écraser pour ne pas se faire remarquer... Son instinct de rat sans doute. Ils traversèrent rapidement le château, il était obligé de trottiner derrière Sirius qui fonçait devant lui, les poings crispés et l’air menaçant. Il jeta le mot de passe au portrait et Peter prit le temps de refermer celui-ci doucement pour prendre de la distance…

Sirius parcourut rapidement la salle commune des yeux et repéra Macfallan. Sans daigner répondre à James qui venait de lui demander comment ça s’était passé depuis sa table, Sirius fonça vers Macfallan. Le troisième année se grattait la tête d’un air ennuyé, concentré sur un parchemin. Il eût à peine le temps de relever les yeux de son devoir. Sirius l’attrapa par le col et le plaqua contre le mur agressivement.

— Tu m’as envoyé dans un piège sale traître ! Cria t-il.

Macfallan le dévisagea d’un air totalement perdu.

— De… De quoi tu parles ? Balbutia t-il.

— Black... feula Lily en bondissant de sa chaise.

— Laisse l’interrompit James en plaçant sa main devant elle pour l’empêcher de se rapprocher de Sirius.

Il essuya son regard courroucé sans broncher.

— ILS NOUS ATTENDAIENT ! Hurla Sirius hors de lui.

— Je… Je savais pas je te jure ! Se défendit le troisième année, c’est... C’est mon petit frère qui m’a dit…

Il déglutit difficilement et Sirius lâcha le col de sa chemise, cessant de l’étrangler.

— Qu’est-ce qu’il t’a dis exactement ? Demanda t-il d’une voix sourde.

— Il m’a dit que certains cinquième année de Serpentard… Qu’ils étaient dangereux et qu’ils faisaient des trucs louches dans les cachots… Il a dit peut-être de la magie noire… Il m’a demandé si je pouvais en parler à des grands de chez moi… De chez Gryffondor. J’ai…

Il regarda alternativement James et Sirius.

— J’ai pensé que… Les Maraudeurs pourraient m’aider… Vu que… Enfin quand cette fille de chez nous s’est faite attaquer l’autre jour… Vous l’avez défendu.

Il lança un regard inquiet à Sirius.

— Je te jure que je savais pas que c’était un piège.

— On te croit affirma James en posant sa main sur l’épaule du garçon d’un air rassurant.

Sirius se prit la tête dans les mains, se tirant les cheveux et fermant les yeux pour maîtriser sa colère, il respirait bruyamment. Tous les Gryffondors présents le couvaient d’un regard un peu inquiet comme s’ils craignaient qu’il explose. Lily recula lentement et retourna s’asseoir à sa place tandis que Macfallan titubait jusqu’à sa table et se laissait tomber sur sa chaise, légèrement tremblant. Un silence tendu tomba sur la salle commune, Peter rejoint fébrilement James et lui chuchota à l’oreille « Servilus nous a piégé, on a perdu la carte ».

Un éclat de compréhension traversa le regard de James, la carte c’était principalement le bébé de Sirius, c’est lui qui en avait eu l’idée à la base. Ils avaient principalement fait la carte pour Rémus, pour pouvoir être avec lui et lui prouver qu’il était l’un d’eux qu’importe sa maladie… Peter avait permis de cartographier même les zones interdites… Lui il avait trouvé le sort de dissimulation sorcière grâce à Evans… Pour Sirius cette carte c’était sans doute comme le pacte secret de leur amitié à tous les quatre. James sourit. Il savait ce qui remettrait son frère d’aplomb, il bondit vers les dortoirs et revint avec leur balais.

— Viens Patmol, on va voler pour se changer les idées dit-il en l’entraînant hors de la salle commune.

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Severus écrasa du plat de la lame une nouvelle fève puis il la pressa au dessus du chaudron d’un air concentré. Il vérifia la couleur et sourit, il venait encore de trouver un nouveau raccourci sur cette recette, il savoura le délice d’avoir encore vu juste en rayant le « Ajouter sept poignées de fèves sopophoriques ». Il griffonna « écraser et presser trois fèves » juste au dessus de la râture.

— Tu fais encore cette potion ? S’étonna Lily en se laissant tomber sur une chaise près de sa table de travail. Elle avait finalement décidé d’abandonner le bord de la fenêtre sur lequel elle avait passé l’heure précédente à étudier le cours de DCFM.

Il haussa les épaules.

— Ouais j’aime bien travailler sur cette recette…

— On dirait bien, c’est le troisième chaudron que je te vois faire depuis la semaine dernière ! T’en fais quoi après ?

Severus releva calmement les yeux de son livre et réfléchit une seconde supplémentaire, elle avait ce petit pli entre les yeux comme chaque fois qu’elle avait des doutes sur la moralité de sa conduite… Puisque le soupçon était là, valait mieux ne pas feindre l’innocence, il pinça les lèvres.

— Je… Je m’en mets quelques fioles de côté.

Lily lui lança un regard inquiet et posa le parchemin qu’elle avait étudié pour se focaliser entièrement sur la conversation.

— Sev… Me dis pas que tu te dopes au philtre d’euphorie maintenant ?

— Non ! Non pas vraiment… Juste quand j’ai vraiment un coup de déprime bah je… Des fois après les coups foireux de Potter et sa bande par exemple… Ça m’aide. Pour tenir le choc et pas trop… Déprimer tu vois ?

Un éclat de culpabilité affectueuse glissa dans les prunelles vertes, comme prévu. Tant mieux, il valait mieux qu’elle ne tourne pas autours de ce sujet-là...

— T’étais où ce matin en fait ? Demanda t-il d’un ton léger.

Lily sembla soulagé de changer de sujet.

— Je travaillais avec Rémus sur le devoir de sortilège, celui qui est pour jeudi tu sais ? J’ai du mal avec la deuxième partie alors…

— Alors au lieu de me demander de l’aide alors que tu sais que j’ai fais des progrès et que j’ai fini ce devoir ce week-end, tu demandes à Lupin ? s’agaça t-il.

Lily écarquilla les yeux d’une surprise perplexe.

— Euh ouais, justement parce que tu l’as fini et qu’on aurait pas pu travailler à deux dessus… Elle observa sa mine renfrognée en silence, fronçant les sourcils. « C’est quoi le problème ? »

— C’est Lupin le problème. Il a beau être trop lâche pour s’en prendre aux autres, ça ne l’empêche pas d’aduler Potter et de le suivre dans toutes ses…

— Rémus n’adule pas Potter, Sev. Ils sont amis et des fois c’est dur de gérer certains… Comportements que nos amis peuvent avoir... Ou certaines choses qu’ils peuvent dire. Mais il n’a rien à voir avec Potter.

Severus ricana amèrement.

— Je te jure qu’il n’est pas comme eux Sev insista Lily.

— Il est bizarre, lâche et y a quelque chose qui tourne pas rond avec sa maladie. Les « poussées » sont étrangement régulières comme si…

— Arrête Sev gronda t-elle en se redressant, cette maladie lui pourrie suffisamment la vie. Je te laisserai pas l’utiliser pour dire du mal de lui en plus, ce qu’il subit n’a rien à voir avec ce qu’il est. C’est quelqu’un de bien.

Severus se figea devant sa hargne véhémente, oubliant son analyse et ses hypothèses sur le Gryffondor. D’habitude elle n’agissait comme ça que pour lui. Pour le défendre envers et contre tous. Contre Potter le plus souvent d’ailleurs. Là par contre, c’était lui qu’elle fusillait de ses yeux verts tranchants comme s’il était l’agresseur… Son coeur se contracta. Il baissa les yeux pour encaisser la douleur de ce nouvel abandon et inspira discrètement, occludant si profondément que chaque sensation émotionnelle se voila d’indifférence. Il s’imprégna de l’odeur d’herbes sèches et du bouillonnement mélodieux de son philtre d’euphorie puis il reposa calmement les yeux sur elle.

— Comme tu veux lâcha t-il d’un air désinteressé.

Elle fronça les sourcils en l’étudiant d’un air curieux quelques secondes puis chacun d’eux se repencha sur sa lecture en silence.

Chacun voit ce que tu parais, peu perçoivent ce que tu es.

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Adossé au mur gris près de la fenêtre du premier étage, Severus observait gravement Pomfresh escorter Lupin merlin-seul-savait-où. Il n’arrivait pas à croire que Lily le défende comme ça, il était sûr que la clé du renvoi des Maraudeurs résidait dans la maladie de Lupin. Le peu d’hypothèses qui lui restaient sur la maladie du Gryffondor lui paraissaient invraisemblables... Mais pourquoi l’infirmière ne le gardait-elle jamais pour la nuit ? Les poussées régulières de la maladie semblaient coïncider avec les phases…

— Encore à mettre ton gros nez là où il faut pas, le graisseux ?

Severus arracha son regard de la fenêtre et se tourna vers le couloir. Sirius le contemplaît d’un regard haineux dégoûté, les bras croisés et un pied posé contre le mur d’un air arrogant.

— Quelque chose me dit que la soi-disant maladie de Lupin a un lien avec vos petites sorties nocturnes Black répondit t-il calmement, Dumbledore le sait ?

Black sourit.

— Bien sûr qu’il sait répondit-il, il sait tout. C’est lui qui a tout organisé.

— J’en doute.

Un éclat dangereux traversa le regard glacé.

— Il sait tout je te dis cracha haineusement le Sang-pur, comment je saurai qu’il suffit d’appuyer sur le nœud de la racine du saule cogneur pour rejoindre Rémus si c’était pas Dumbledore qui me l’avait dis hein ? Tu crois que Rémus me l’aurait dis si ça devait rester secret ? Il désobéit jamais. C’est son pire défaut d’ailleurs…

Severus plissa les yeux d’un air méfiant et calculateur.

— Ta vie doit vraiment être aussi pourrie qu’elle en a l’air pour que tu joues les commères comme une vieille cracmole ajouta Black avec un regard de pitié dégoûté.

Severus déglutit silencieusement en regardant le stupide Gryffondor tourner les talons. Cet abruti ne s’était même pas rendu compte qu’il lui avait livré des infos secrètes... Une bouffée d’allégresse pétilla dans ses veines, ce soir il allait enfin savoir ce que cachaient ces foutus Maraudeurs. S’il se débrouillait bien les quatre seraient renvoyés d’ici quelques jours...


L’odeur fraîche de la nuit lui chatouillait les narines alors que Severus avançait dans le parc obscurci. Il avançait prudemment dans le noir. L’ombre du château n’était pas loin et depuis les fenêtres orangées qui constellaient la façade il serait trop visible s’il allumait un lumos. Heureusement la pleine lune jetait une lumière nacrée suffisante pour qu’il voit bien où il allait. Il rejoint le jeune saule cogneur assez vite. Le Serpentard repéra le nœud dont lui avait accidentellement parlé Black et chercha dans l’herbe fraîche un bâton suffisamment long pour appuyer dessus sans se faire assommer par l’arbre.


James soupira en détachant ses yeux de Lily. Quand Rémus était là il arrivait à s’asseoir à la même table qu’elle mais là, tout seul, c’était peine perdue. Il aurait pu utiliser Sirius s’il avait été là puisqu’il sortait avec Mary et que les filles étaient tout le temps fourrées toutes les quatre avec Marlène et Alice depuis quelques temps. Mais il ne savait pas où était son frère. Lily ne lui parlait toujours pas depuis le sort cuisant c’était vraiment pénible, comment Servilus faisait-il pour toujours tout gâcher ? Il avait un don de destruction infernale ce sale mage noir… Un éclat de rire semblable à un aboiement lui fit relever la tête de son brouilllon de devoir de divination plein de gribouillages.

Il sourit et rejoint rapidement Sirius, impatient d’entendre ce qu’il avait fait de si drôle.

— Hey Patmol t’étais passé où ?

Sirius essuya une larme d’hilarité du coin de son œil en refermant le portrait derrière lui.

— Oh tu devineras jamais Corn’ s’esclaffa t-il, j’ai arnaqué Servilus bien comme il faut !

Un pincement de jubilation saisit James et il attira son frère près de la cheminée pour s’éloigner des filles qui papotaient un peu plus loin.

— Vas-y raconte s’impatienta t-il.

— Bah en fait je suis tombé sur lui par hasard, il mattait Rémus avec Pomfresh avec son air de Serpent sournois…

Le sourire de James se fâna lentement au fil des explications alors qu’il comprenait ce que Sirius avait fait, il sentit quelque chose de froid glisser dans son dos et un frisson de terreur dévala ses veines.

— Attends tu lui as dis comment rentrer ?!

— Ouais ricana t-il, ça va être la leçon de sa vie à cet abruti !

James plissa les yeux et empoigna Sirius.

— Et Rémus ?! Si Servilus y va on va être grillé ! Dumbledore saura ce qu’on a fait pour rejoindre Rémus, c’est illégal j’te rappelle, t’es au courant ? Et si… James se figea d’horreur. « Et s’il le tue ?! »

James repoussa son ami contre la cheminée et se jeta vers la sortie, il fallait absolument qu’il empêche ça, Servilus n’hésiterait pas une seconde à aller voir s’il pensait pouvoir trouver un moyen de les faire virer. Et s’il atteignait Lunard...

— CE SALE MAGE NOIR AURA CE QU’IL MÉRITE SI ÇA ARRIVE ! hurla haineusement Sirius derrière lui.

Chacun voit ce que tu parais, peu perçoivent ce que tu es.

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Il était interminable ce tunnel. Severus grimaça en continuant d’avancer, l’odeur terreuse lui donnait l’impression d’être dans une tombe et un frisson désagréable balayait régulièrement son corps depuis quelques minutes, quelque chose en lui se crispait. Il avait un très mauvais pressentiment. Un couinement retentit plus loin dans le tunnel puis le son d’un râclement qui ressemblait aux griffes d’un animal sur du bois. Severus se figea. La pleine lune, les cicatrices qui barraient le visage de Lupin et l’odeur de sang et de chien mouillé qui le frappèrent alors qu’il arrivait au niveau d’une trappe de planches fatiguées, tous ces éléments se combinèrent dans son esprit. Mais...

Non. Ça ne pouvait pas être ça. Les loups-garou étaient de sales bêtes dégénérées, personne n’aurait jamais laissé une de ces créatures venir à Poudlard. Dumbledore était un brin excentrique certes, mais pas à ce point-là tout de même, tout le monde savait à quel point il était obsédé par le bien-être de ses élèves… Des bruits de course lui parvinrent loin dans le tunnel derrière lui, quelqu’un était à ses trousses il fallait faire vite, il avait du se faire repérer. Severus soufla et lutta contre son mauvais préssentiment, sa curiosité était trop forte, il poussa la trappe et tendit son lumos dans l’ouverture pour voir à l’intérieur.

Des toiles d’arraignée, du mobilier poussiéreux et rongés, une chaise brisée, la cabane avait l’air misérable et complètement abandonné. Severus tourna la tête et son lumos se refléta dans deux points lumineux. Il sentit le sang quitter son visage et ses jambes devenir cotonneuses en apercevant la masse sombre hirsute. Sous les deux yeux luminescent, son lumos se répercuta dans le reflet tranchant de dents aiguisées et couvertes de sang d’un énorme loup difforme. L’animal le regardait fixement en humant l’air avec avidité, il grogna alors qu’un éclat affamé s’allumait dans ses yeux mordorés. Severus eut le temps d’apercevoir la patte sanguinolante de l’animal et de le voir se ramasser sur lui-même pour bondir, avant de se faire brusquement tirer en arrière. Une main jaillit devant lui et attrapa la trappe pour la refermer violemment alors que le grondement de la bête se transformait en hurlement. Un bruit sourd retentit contre la trappe tremblante comme si la bête s’était jeté dessus de tout son poids.

— Lève-toi Snape ! Hurla Potter en lui atrappant le bras.

Severus le dévisagea, complètement hébété. Qu’est-ce qu’il faisait là lui ? Le Gryffondor lança un regard paniqué à la trappe, le loup-garou râclait de toutes ses forces le bois craquant du vieux plancher en grognant. Potter tira sur le bras de son rival et le traîna avec lui dans le tunnel. Il marchait tellement vite que Severus peinait à le suivre, il avait l’impression que son cerveau avait dijoncté, il ne comprenait plus rien. Quand ils sortirent du tunnel, il lui semblait qu’une poignée de secondes à peine s’était écoulée. Severus s’écroula par terre dans l’herbe trempée dès qu’ils furent hors de portée du saule. Il respirait bruyamment, essouflé par la terreur et le pas de course de Potter.

— J’arrive pas à croire que t’ai été assez stupide pour suivre les idées débiles de Sirius ! cracha Potter en le toisant d’un air méprisant. Je vais chercher Dumbledore ajouta t-il froidement, attends moi là.

Severus tremblait, assit par terre, il regarda le Gryffondor s’éloigner d’un pas vif et revit dans sa tête l’expression de Sirius quand il lui avait dis le secret du saule cogneur, il avait souri. Il savait ce qu’était son ami pourtant. Un Monstre assoiffé de sang humain. Et il l’avait envoyé dans la gueule d’un loup-garou avec un grand sourire. C’était sans doute un plan qu’ils avaient élaboré tous les deux d’ailleurs, tous les trois pensa t-il en gardant les yeux rivés sur la silhouette de Potter qui disparaissait au loin. Severus sentit une larme glisser sur sa joue, ils étaient prêt à le tuer tant ils le haïssaient tous, comme s’il n’avait pas la moindre importance, comme s’il était moins qu’une vermine. Il essuya la larme d’un revers de main et occluda, remplaçant efficacement la détresse naissante en fureur vengeresse et en Haine.

Chacun voit ce que tu parais, peu perçoivent ce que tu es.

Le Livre du Prince complète
Severus souffla lentement pour calmer la bouffée de colère qui remontait dans sa gorge alors qu’il entendait le rire de clébard de Black à l’autre bout de la bibliothèque. Il ouvrit l’énorme ouvrage poussiéreux devant lui et s’arrêta sur le chapitre suivant celui de l’occlumancie. Il avait repassé des centaines de fois la sale blague vicieuse de Black dans sa tête et il en était arrivé à la conclusion qu’il ne pouvait plus se permettre de croire qui que ce soit sur parole. Trop dangereux. Il lui fallait un moyen d’obtenir les informations sans risquer de se faire avoir par un menteur aussi sournois que Black, puisqu’il était désormais très clair que les autres étaient prêt à le faire tuer sans sourciller… Il ne pouvait plus se permettre d’être crédule.

L’image d’un énorme loup à la gueule empli de dents pointues flasha dans son esprit et il pressa ses paupières avec agacement. Ça faisait plus d’une semaine maintenant mais il avait beau occluder de toutes ses forces, il ne pouvait s’empêcher de repenser à l’énorme loup-garou avec frayeur. Plus ridicule encore, il avait développé une sorte de terreur vis à vis de Lupin. Il n’osait même plus regarder dans sa direction et le sursaut de trois mètres qu’il avait eu la veille en s’apercevant que le monstre était derrière lui dans le rang pour entrer en classe de sortilège lui avait valu une humiliation de plus… Ces imbéciles rigoleraient beaucoup moins s’ils savaient ce que le fourbe Gryffondor était réellement. Bande de cornichons décérébrés. Severus occluda et grogna en sentant la migraine lui vriller le crâne. Le stress et la fatigue des derniers jours rendaient cet exercice extrêmement douloureux, mais ça irait, il suffisait qu’il insiste un peu et il s’y ferait.

Il se concentra sur sa lecture. Il parcourut l’histoire du sort et passa négligemment le chapitre sur son application éthique sans le lire puis le Serpentard se focalisa sur les exercices de projection nécessaire pour le réussir. Bien… La légilimancie avait l’air plus abordable que prévu et ça semblait même beaucoup plus simple et plaisant que l’occlumancie d’ailleurs…



— Tu m’emmènes où au juste ? Demanda Severus en se figeant dans le Hall.

Lily souffla et le dévisagea d’un air agacé.

— Écoute Sev, je sais pas ce que t’as en ce moment mais t’es encore pire que d’habitude… Et depuis quand tu me fais plus confiance d’ailleurs ?

Severus grimaça, tiraillé par sa culpabilité, il la suivit dans les escaliers en soupirant. Lily lui lança un sourire éblouissant et l’étincelle affectueuse dansa dans les yeux verts. Le coeur de Severus tressauta dans sa poitrine, elle n’était peut-être pas si distante qu’il l’avait cru. Depuis quelques temps il avait l’impression qu’elle s’éloignait doucement de lui, comme si elle lui glissait entre les doigts tel un filet de fumée sans qu’aucun de ses actes ne puisse y remédier. Ça devait être le traquenard de la cabane hurlante qui le rendait parano parce qu’à l’instant elle avait l’air exactement comme d’habitude. Il avait essayé d’aiguiller subtilement Lily vers la vraie nature de Lupin mais elle ne semblait pas vouloir comprendre… La lionne avait même éclaté de rire lorsqu’il avait évoqué la pleine lune, elle lui avait demandé s’il croyait vraiment que Rémus était un loup-garou sans que personne n’ait jamais rien remarqué de ses métamorphoses depuis cinq ans… Le ton qu’elle avait pris lui avait bien fait comprendre à quel point cette idée était ridicule. Severus soupira discrètement en suivant Lily, elle venait de disparaître au détour d’un couloir.

Il tourna l’angle du couloir et se figea aussitôt, stupéfié.

Elle se tenait là, près d’une fenêtre dans un couloir excentré dans lequel personne ne passait jamais à côté de Lupin qui se triturait anxieusement les mains et lui lançait, à lui, un regard de chien battu. Severus eût un mouvement de recul et dévisagea Lily, son visage dégoulinait du sentiment de trahison qui lui poignardait le coeur. Impossible à occluder.

— Arrête de faire cette tête Sev, je le fais pour toi. Je sais pas ce que Potter a encore fait mais…

— En fait ce n’est pas James interrompit posément le lycanthrope, c’est Sirius et… Euh j’ai un peu participé… Malgré moi.

Lily fronça les sourcils en observant Rémus.

— Un peu oui lâcha Severus d’une voix glacée.

Il sentait une boule de feu enragée se former dans son ventre et la haine s’insinuer doucement dans ses veines.

— Je suis désolé Severus geignit aussitôt Lupin, je te jure que je savais pas ce que Sirius allait faire. Tu sais bien que je n’ai jamais voulu m’en prendre à toi… Que je ne m’en suis jamais pris à toi. Peter non plus d’ailleurs c’est juste que…

— Que Potter et Black sont deux imbéciles puériles compléta Lily en croisant les bras avec exaspération, Rémus essaye de les freiner mais bon…

— T’en fais pas Lupin répliqua Severus d’un ton agressif, j’ai juré à Dumbledore alors je suis coincé. Mais je ne veux pas de tes excuses pourries…

— Sev gronda Lily.

— Je sais pas quoi faire d’autre Severus reprit Lupin en faisant un pas vers lui, je suis vraiment désolé…

Severus fit un bond en arrière.

— RESTE LOIN DE MOI ! hurla t-il.

— Severus ! s’énerva Lily, tu deviens ridicule ! Je sais pas exactement ce qu’ils ont fait mais c’est bon c’était juste une gaminerie, c’est pas la mort. Tu devrais agir plus intelligemment qu’eux…

Lupin arbora un air penaud et navré. « En fait euh... »

— PAS LA MORT ? Hurla Severus en la dévisageant comme si elle était folle. Arrête de parler de ce que tu ne sais pas Lil. Ces sales tarés ont failli me tuer ! D’ailleurs c’était sans doute le but ! Je ne vois pas ce qui aurait pu arriver d’autre étant donné les circonstances !

— C’est faux s’insurgea Lupin en pâlissant, sinon James n’aurait pas…

— Changé d’avis ? L’interrompit Severus, oh si ! Il est lent à comprendre, il a du se rendre compte de ce qui vous arriverez à tous les trois si vous parveniez à me faire la peau…

— Tu dramatises Sev tempéra Lily en promenant son regard incertain de l’un à l’autre.

Severus crispa la mâchoire de toutes ses forces, l’aveu de la lycanthropie de Lupin sur le bout de la langue. Le loup-garou le dévisageait d’un air inquiet, il semblait sentir son secret sur la sellete mais le Serpentard déglutit difficilement et tint sa langue. Il avait juré à Dumbledore. Il ne dirait rien à personne. Même si ce vieil imbécile gâteux préférait couvrir des meurtriers en herbe, ses précieux lions, plutôt qu’être juste et équitable. Après tout, que valait un sale Serpentard Sang-mélé sans aucun talent au Quidditch face à sa Seigneurerie Potter et ses laquais ?

— Ça n’a pas d’importance lâcha Severus d’une voix rauque, j’aurai pu y laisser ma peau mais quelle importance, hein… Des petites excuses mielleuses et une mine chagrine ça devrait tout arranger… Black a eu quoi déjà pour sa tentative de meurtre ? Trois heures de colles ? Mais les Gryffondors ont tous les droits ici n’est-ce pas ?

Lily et Lupin échangèrent un regard et Severus prit brusquement conscience des sanglots dans sa voix, il serra les dents et occluda de toutes ses forces, aspirant la détresse au fond de son coeur et ravivant la colère pour se donner plus d’énergie. Il jeta un regard froid aux deux lions et tourna les talons sans demander son reste.

Ils restèrent quelques instants figés en silence côte à côte puis Rémus se tourna lentement vers la rousse.

— Qu’est-ce… Qu’est-ce qu’il vient de faire là ?

— Le truc d’avoir un regard vide flippant et un visage inexpressif de cadavre ? Demanda Lily.

— Ouais…

— Je sais pas ce que c’est… Il fait ça sans arrêt ces derniers temps, je crois que c’est pour se protéger… Rémus, je sais que t’y peux rien mais ça serait vraiment bien que tu leur dises d’arrêter, ça commence à dépasser les bornes là. J’aime pas voir Sev comme ça, il mérite pas qu’on lui fasse tant de mal... C’est quelqu’un de bien.

Rémus hocha la tête en se triturant les doigts d’un air peiné.

Chacun voit ce que tu parais, peu perçoivent ce que tu es.

Le Livre du Prince complète
Rémus croqua dans sa chocogrenouille d’un air pensif en regardant Sirius et Mary se disputer un peu plus loin. James jouait encore avec son vif d’or à côté de lui, Lily qui s’était installé en face de lui planchait sur un devoir de potion. Il n’avait pas encore trouvé le bon moment pour demander à Sirius et James d’arrêter de s’en prendre à Severus. La dernière fois qu’il avait essayé, Sirius s’était lancé dans une tirade véhémente pour expliquer à quel point c’était la faute de la stupidité naturelle de « Snivellus » s’il avait failli « servir de pâté pour loup-garou » et il avait ajouté « les Serpentards c’est comme les doxys : moins y en a mieux on se porte »… Rémus avait jugé plus productif de retenter de lancer le sujet plus tard, les problèmes de famille de Sirius rendait la mention de n’importe quel Serpentard trop explosive.

Lily attrapa le vif d’or qui tournait autours d’elle d’un geste précis et fixa James avec une expression agacée. Il lui fit un grand sourire innocent et tendit la main vers elle, elle secoua la tête pour chasser le sourire qui glissait sur ses lèvres et lui rendit son vif d’or sans rien dire.

— Roh les femmes je vous jure ! Grogna Sirius en se laissant tomber sur la dernière chaise libre de la table.

— Si t’étais pas aussi immature, ça se passerait beaucoup mieux répliqua aussitôt Lily.

— On t’a pas sonné Evans répondit froidement Sirius, d’ailleurs c’est pas la chaise de Peter sur laquelle t’es assise ?

Elle claqua la langue d’un air outré, ramassa ses affaires et rejoint Mary qui, assise sur le canapé, essuyait une larme de sa joue.

— Pourquoi t’as fait ça Patmol ? geignit Cornedrue en suivant la rousse des yeux.

— Elle est saoûlante à se mêler tout le temps des affaires des autres à la fin, elle a qu’à jouer les Miss parfaite plus loin on dirait une vraie Poufsouffle sérieux… Non pire : un mix des pires défauts des Serdaigles et de ceux des Poufsouffles. Quand elle fait ça elle me saoule presque autant que ces foutus Serpentards…

James soupira mais ne daigna pas le contredire.

— En parlant de ça répondit prudemment Rémus, l’autre jour avec Lily on a parlé à Severus et… Enfin euh… De ce que j’ai pu en voir euh… Ça a l’air de l’avoir vraiment secoué le coup de la cabane hurlante...

— Combien de fois je vais devoir m’excuser Lunard ? Le coupa Sirius en écartant les bras théatralement.

— Nan c’est pas ce que je voulais dire, juste ce serait bien si vous vous calmiez un peu avec lui…

James haussa les épaules et reporta son attention sur Lily, ils échangèrent un coup d’oeil et il sourit.

— Ça me va, Evans est beaucoup plus sympas avec moi depuis que je lui ai dis que j’avais sauvé la peau de Servilus.

— Attends tu lui as dit quoi ? S’inquièta Rémus en pâlissant.

— Rien. Elle m’a demandé ce qu’on avait fait à Servilus alors je lui ai dis que Sirius l’avait défié d’aller voir ce qu’il y avait dans la cabane hurlante et que ce crétin – j’ai pas utilisé ce mot-là hein – y était allé. Après j’ai dis que j’étais allé lui sauver la peau de ce qui se trouvait là-bas et que je m’étais même pris la tête avec Sirius à cause de ça…

Sirius sourit.

— Ouais enfin j’appelerai pas ça une prise de tête…

Le regard noisette de James pétilla de malice.

— Ça dépend du point de vue mon cher Patmol. En tout cas elle m’a à la bonne maintenant alors on va attendre un peu qu’elle accepte de sortir avec moi et après on verra ce qu’on fait de ce sale mage noir de Servilus.

Rémus hésita une poignée de secondes à insister pour qu’ils ne s’en prennent plus jamais au Serpentard mais Peter les rejoint avec le sachet de chocogrenouille qu’il avait chaparder dans les réserves d’Honneydukes grâce au passage de la sorcière borgne. Il laissa tomber ce sujet prise de tête et écouta avec délice le récit de la catastrophe qu’avait failli causé Peter dans la réserve de friandises. Après tout James avait approuvé sa suggestion, Severus aurait la paix quelques temps…

Chacun voit ce que tu parais, peu perçoivent ce que tu es.