T'es qui toi ?

Mark vit passer un doux sourire sur le visage de sa collègue. Bref, certes, mais bien présent. Cet instant éphémère fit réaliser à l’homme qu’il avait peut-être trop rapidement diabolisé la femme qui se tenait devant lui. Mark soupira en silence en se promettant de prendre sur lui pour ne pas envenimer davantage la conversation.

Le regard attendri de l’homme vint capter celui de sa collègue. Elle finit par lui répondre qu’elle était à Poudlard pour l’enseignement des runes. Mark tenta de garder un visage neutre et réprima un sourire. Il venait de se faire la promesse d’apaiser les choses et se devait donc de garder un masque d’humilité. Difficile. Il était content d’avoir visé juste et faisait un véritable effort pour ne pas le montrer.

« Les runes, d’accord. »

Mark n’y connaissait pas grand-chose dans ce domaine. Il voyait ces passionnés comme des individus qui évoluaient dans un cercle à part, discutant entre eux dans un langage incompréhensible du reste des sorciers. L’anglais qui souhaitait toujours apaiser la tension des minutes précédentes montra un entichement forcé.

« Est-ce que tu as beaucoup d’élèves qui suivent tes cours ? Ça doit être intéressant pour ceux qui souhaitent découvrir cette matière. Ne sachant qu’ajouter et un peu mal à l’aise sur le sujet, Mark enchaîna avec une remarque plus décontractée. Je comprends mieux le quiproquo sur le matériel que je voulais t’emprunter. Et sur le lit … »

L’homme ponctua cette remarque par un clin d'œil amical. Pas sûr que ces deux là deviennent les meilleurs amis du monde mais d'un point de vue professionnel, Mark ne pouvait se mettre à dos ses collègues dès son arrivée. Encore fallait-il y arriver.

Détective privé à Pré-au-Lard
DDM de Gryffondor du 1/9/46 au 13/10/46
Ancien professeur de DCFM

T'es qui toi ?
Face à ce que Joanne pensait être de la détresse dans les yeux de Mark face à son « d’accord » et face au reste du propos l’interrogeant sur le nombre d’élève qui suivaient ses cours. « Ah, non, sur ça, tu peux y aller ». Le vouvoiement avait fini par céder. « Je veux dire, c’est bien connu que les runes sont ennuyantes au possible. Je n’échappe pas à cette réputation, même si je ne ressemble pas aux vieux et ennuyeux professeurs de runes ». Joanne se garda bien d’admettre que le visage de son collègue indiquait qu’elle aussi était ennuyeuse. Mais bon.

Devant le clin d’œil de son collègue, elle arqua un sourcil. Faire bonne figure. Tenter de rattraper la première impression totalement mauvaise. Enfin, elle espérait. « Oui, je ne me sers pas de lit dans mes cours de runes. Enfin, je suppose que cela pourrait être utile à certains élèves qui préfèrent venir pour dormir plutôt que pour étudier, mais bon … »

Joanne adressa un sourire à son collègue. Un genre de sourire poli, aimable. « Désolée pour … tout ça » Un sourire contrit donc. Autant par la gêne ressentie face aux demandes du professeur que par son propre comportement, sortant plus vite la baguette que les propos. Mais qu’est-ce qu’elle avait dans la tête ? Visiblement, pas la paix dans la salle des profs.

T'es qui toi ?
La collègue d'étude de runes semblait elle aussi vouloir atténuer les tensions des derniers instants afin d'apaiser les esprits échauffés. La femme faisait même preuve d'auto-dérision sur l'intérêt montré par certains élèves sur la matière qu'elle enseignait. Mark sourit à pleines dents en écoutant les explications de sa collègue. Il allait rassurer la belle femme aux cheveux noirs lorsqu'il fut grandement surpris de l'entendre s'excuser. Elle semblait être le genre de personne dont la façade était une armure qui cachait une réelle sensibilité. Il était peut-être encore trop tôt et surtout malvenu de creuser aujourd'hui la personnalité de cette collègue encore inconnue mais Mark espérait avoir l'occasion d'en savoir plus sur elle à l'avenir. Pour l'heure, l'homme était tout autant fautif sur cette affaire de rôles présumés à Poudlard et il était hors de question qu'elle porte seule le poids de ce quiproquo.

« Non, non, c'est moi qui suis désolé de t'avoir abordé de cette manière. Comme tu as pu le voir, il m'arrive parfois d'être un peu trop spontané. Mark leva les yeux au ciel comme s'il se fatiguait lui-même. On oublie ça, ce n'était qu'un mauvais départ. »

Mark allait quitter les lieux quand il se mit à se frotter le menton du bout des doigts. Une question le taraudait. Il pointa avec impolitesse la femme de son index en fronçant les sourcils.

« Du coup, j'imagine que tu ne t'appelles pas Marla comme l'infirmière. Ce serait une étonnante coïncidence et ce soir je ne compte pas trop sur la chance. »

Dans l'attente d'une réponse, diverses suppositions traversaient l'esprit de Mark concernant le prénom de cette nouvelle collègue. Elisabeth ? Victoria ? Ou peut-être Anabeth ?

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T'es qui toi ?
Je dis ça partout où je passe, mais promis c'est la vérité.
Mes excuses pour le délai !


« Bien joué. Je ne savais pas que pour être professeur ici il fallait avoir un certain sens de l’humour ». Oh, attendez. Joanne avait-elle vraiment dit ça ? Ses joues s’empourprèrent immédiatement, comme si elle était une adolescente d’à peine 13 ans comptant fleurette à un autre adolescent du même âge. Pffiou, la honte.

Aussitôt, Joanne se reprit « Joanne Taylor, Marla aurait été un chouette prénom mais je dois me satisfaire de ce que j’ai ». Plus la conversation avancée, plus elle semblait irréelle à Joanne. C’était un peu stupide, de dire ça, non ? Il lui semblait bien. Mais plus elle cherchait quelque chose à dire et plus cela lui semblait stupide également. Elle se cacha derrière ses cheveux, remparts contre la bêtise de son cerveau. C’était très adolescent tout ça.

Au secours. Il fallait qu’elle parte, tout de suite, maintenant. Droite, gauche. Elle amorça le pas, se prépara à partir. Et puis, il y eut le déclic. L’enseignante se rappela qu’elle n’était pas une adolescente. Mieux : elle était directrice de Serpentard, elle pouvait se tenir la tête et le dos droits, que diable ! Il lui fut de long moment pour se remettre de ses émotions, au sens propre.

Alors, comme pour s’excuser, elle indiqua « Désolée en ce moment je suis un peu fatiguée ». Oui, c’était bien ça, de parler de ses insomnies. Vraiment, un truc chouette pour discuter avec un nouveau collègue … Ah Joanne …

T'es qui toi ?
Le visage rougi de sa - désormais officielle - collègue d’étude de runes attendrit encore davantage l’anglais. L’attitude pleine de confiance qu’elle avait affichée s’effritait peu à peu, laissant apparaître, au grand plaisir de Mark, une femme plus attachante. L’homme aimait les échanges francs et vrais et répudiait au plus haut point les discussions pleines de faux-semblants et de mièvreries.

Joanne. Ce doux prénom lui allait comme gant. Mark sourit au trait d’humour de l'enseignante qu’il commençait à réellement apprécier derrière ses mimiques gênées.

« Joanne, c’est très joli. »

Mark était conscient qu’elle n'était sûrement pas responsable dans le choix de ce prénom mais cela n’enlevait en rien le charme qu'il lui apportait. Après avoir retiré, d’un revers de main, quelques saletés sur la manche gauche de sa robe, le professeur de défense contre les forces du Mal posa son pouce contre sa poitrine. Un geste qui pouvait paraître rustre et arrogant ; des sens en contradiction avec la volonté que l'anglais voulait lui donner.

« Moi, c’est Mark. Mark Dole. Je dois t’avouer être content de ne pas m’appeler Marla pour le coup. »

Sourire franc et chaleureux mais qui sembla pourtant faire fuir sa collègue. Heureusement, la dénommée Joanne stoppa net son mouvement et s’excusa à nouveau. Bis repetita. Comme souvent lorsqu’il éprouvait de l’affection pour quelqu’un, et cela à tous niveaux, Mark devenait plus tactile. Il sentait pourtant par son langage corporel que Joanne n’était pas de ce bord là. Cela n'arrêta pas l’homme qui avança sa main pour tenter de la poser sur l’épaule de la jolie femme face à lui. Les yeux plongés dans les siens, il prit un air un peu plus sérieux. Question sommeil, Mark avait aussi son lot de cauchemars et insomnies. Il savait aussi les effets dévastateurs que pouvaient provoquer son manque.

« Là où loge le souci, le sommeil ne s’abat jamais. Il ne savait pas d’où cette citation lui venait. Les mystères de l’esprit. T’as des problèmes en ce moment ? »

Cinq minutes plutôt, la baguette d’une Joanne méfiante était pointée sur lui et voilà que maintenant, Mark jouait au psy. Cette situation passait du coq à l’âne. Deux animaux sans rapport direct avec les protagonistes de cette histoire.

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Joanne esquissa un sourire face au compliment de son collègue sur son prénom mais ne répondit rien. Une fois les présentations faites de son côté, Joanne se laissa aller à une taquinerie de bas étage « Mark, Marla, ça commence pareil pourtant … » avant de laisser un sourire fleurir sur son visage. La conversation n’en resta néanmoins pas aux présentations de chacun et dériva sur le sommeil de Joanne, avec une citation fort à propos.

Néanmoins, la directrice de Serpentard ne comptait pas faire étalage de ses problèmes face à son nouveau collègue avec qui faire connaissance aurait pu se révéler impossible. Elle se contenta donc d’hausser les épaules et d’éluder le problème. « Je pense que chaque adulte présent dans ce château a des problèmes. Et pire encore pour les élèves sans doute ». Néanmoins son sourire s’était évanoui dans la nature, tout comme la bonne humeur qu’elle semblait avoir quelques instants plutôt.

Elle continua toutefois à faire bonne figure en évoquant ses élèves « Je ne sais pas pour toi mais à chaque fois que je croise un gamin dans les couloirs de l’école, il me semble qu’il porte le monde sur les épaules, malheureusement ». C’était mieux de parler des étudiants, des petits sorciers qui avaient du mal à vivre leurs vies d’adolescents. Plutôt que d’attirer l’attention de son nouveau collègue sur sa vie tumultueuse. Après tout, ils étaient déjà nombreux ses collègues à connaître ses problèmes. Il était inutile d’en rajouter sur la liste.

T'es qui toi ?
C’est le visage d’une Joanne plus détendue et moins sur la défensive qui s’offrait désormais à Mark. Le professeur de défense contre les forces du Mal laissa échapper un petit rire accompagné d'un viril soufflement du nez à l'allusion à la ressemblance entre son prénom et celui de l’infirmière. De la vraie infirmière.

Plus détendue mais pas au point de se confier à l’homme. Mark n’en fut pas réellement surpris. Il était fort à parier qu’il aurait réagi de la même manière si les rôles avaient été inversés.

« Oui, sûrement. »

L’enseignante dirigea la discussion sur les élèves. Mais avait-elle réellement envie d’en discuter ou n’était-ce qu’un prétexte pour éloigner la conversation de ses propres problèmes ? Quoi qu’il en fût, Mark l'accepta avec une pointe de déception malgré tout.

« Je n’ai pas encore eu l’occasion de voir beaucoup d’élèves mais c’est frustrant de savoir qu’à un âge où ils devraient profiter pleinement de la vie et de leur innocence, encore beaucoup d’entre eux n’ont pas une vie facile. »

Ne pouvant s’empêcher de s’intéresser davantage à cette encore méconnue collègue, Mark poursuivit en retirant sa main.

« Ça fait longtemps que tu enseignes ici ? Ça me donnerait un ordre d’idée du nombre d’élèves qui ont pu dormir pendant tes cours. »

Mark espérait que la femme prenne avec suffisamment de dérision ses propos. Parler du temps qui passe fit se demander à l’anglais combien d'hivers elle pouvait avoir vu défiler. Joanne semblait dans les mêmes âges que lui mais ce dernier aurait bien été incapable d’en être certain.

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DDM de Gryffondor du 1/9/46 au 13/10/46
Ancien professeur de DCFM

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L’homme était plaisant une fois la barrière de l’incompréhension passée. Il fallait dire que les premières impressions rataient rarement. Et pourtant ici, il semblait à Joanne qu’elle aurait manqué une rencontre intéressante avec le nouveau prof de défense contre les forces du mal. Elle hocha la tête d’un air entendu face à la réflexion, plutôt juste, de son collègue sur les adolescents. Joanne se demanda un instant pourquoi elle devait toujours amener des discussions difficiles avec ses collègues. Pourquoi est-ce que ça ne pouvait pas être plus simple ?

Fort heureusement, l’homme avait des atouts dans sa manche et orienta la discussion sur un sujet plus léger – enfin, il semblait plus léger à Joanne et visiblement il semblait aussi s’en amuser. C’était toujours mieux que rien, n’est-ce pas ?

« Quelques années. Suffisamment pour les avoir vu tous dormir dans mes cours. Enfin, pour ceux qui font le choix de ma matière, bien entendu, ce qui limite assez drastiquement le nombre d’élève que j’ai vu dormir ». Elle éclata d’un rire franc, après tout, elle n’était pas la dernière à faire des blagues sur les runes. « Et puis pour aider, je prends quelques potions de rajeunissement ». Bah oui, c’était bien connu que rune signifiait vieux professeur croulant et peu intéressant. Peut-être n’était-elle pas intéressante non plus ? Chut, elle ne voulait pas le dire à voix haute.