8 sept. 2021, 02:17
 01/09/46  Refus des maux  PV || F.L 
See you tomorrow | 1 Septembre 2046, devant la grande salle

*Comment j'vais faire ?* Cette question tournait en boucle dans ma tête alors que je suivais le reste de ma maison à travers les nombreux escaliers du château. Je craignais ce dîner depuis mon arrivée. Mon ventre était noué d'angoisse et mes mains tremblotaient, ce qui était loin d'être agréable. Loin, très loin même. Malgré avoir pratiquement collés mes doigts à mon uniforme, je n'arrivais pas à oublier leur frissonnement. Plus j'avançais, plus leur mouvement empirait. *Comment j'vais faire ?* Comment allais-je faire pour rester assise durant toute la durée de la cérémonie. Comment allais-je faire pour avaler quoi que ce soit ? Comment allais-je faire pour endurer le bruit des autres heureux de se retrouver après plusieurs mois de séparation. Comment allais-je faire pour continuer d'éviter les souvenirs que j'ignorais depuis le mois d'avril ? *J'vais pas y arriver* C'était tout simplement impossible. Je faisais encore de nombreux cauchemars sur Le dîner lors de ma première année, impossible que je réussisse à air normalement alors que ça faisait à peine quelques mois qu'ils étaient revenus.

Non. Non non non non non non non. Je n'allais pas entrer dans cette salle. Il en était hors de question. Je... je n'étais pas assez forte. Pas pour ça. Pas après tout ce que j'avais vécu. C'était tout simplement trop difficile. *Elle est où Lau ?!* S'il y avait bien quelqu'un avec qui je pouvais supporter ce dîner, c'était bien elle. *Mais elle est où merde ?!* Je me retournai brusquement, cherchant des yeux ma meilleure amie, mais rien. Elle ne m'avait quand même pas abandonné, hein ? Impossible. Elle me l'aurait dit. Oui, c'était évident. Elle serait pas partie sans rien dire. J'dois simplement pas l'avoir vu.

Mais la masse continu d'élève me poussait sans répits vers mon pire cauchemar. Je me sentais piétinée, forcée de bouger alors que je voulais le contraire. J'avais envie de m'effondrer. De laisser mon cœur m'emporter avec ses battements effrénés. *Je. N'irais. Pas. Dans. La. Grande. Salle. Point.* C'était hors de question. Je ne le voulais pas. Ne le pouvais pas. Sans prévenir, je mis les freins sur mon pas et me retournai sans accorder un seul regard à ceux que je bousculais. *Qu'ils se tassent merde !* C'était pas compliqué. Tu vois quelqu'un arriver et tu lui laisses la place pour aller là où il veux, que ce soit étrange ou non. Des plaintes fusèrent un peu autour de moi, mais je n'y prêtais pas attention, oppressé par la simple présence de leur corps autour de moi. *J'ai besoin de respirer*

Je poussais, bousculais, poussais de nouveau, jusqu'à me sentir enfin libre de respirer comme bon je le voulais. Une bonne promenade à l'extérieur me ferait le plus grand bien. Je mangerais davantage demain matin afin de compenser la perte. Tant pis pour les premières années.

Et voilà @Felicia Luke, j'espère que ce pas te plais ^^

-6 heure avec la France | #356f68 | Septième année RP
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9 sept. 2021, 20:09
 01/09/46  Refus des maux  PV || F.L 
Felicia
Quatorze ans
Premier soir



Et me voici encore une fois devant ces portes. Que fais-je, toujours ici ? Trois ans ont passés depuis mon arrivée, trois ans de Magie, trois ans de douleur. Trois ans à suivre des cours auxquels je n'attache pas d'importance, trois ans à essayer d'oublier qui je suis, d'où je viens, à oublier les Murs qui me cernent, les maux qui me tourmentent, les illusions qui me bercent. Trois ans d'une étrange douceur, d'une souveraine légèreté, trois ans de mille choses mêlées qui me font telle que j'existe, maintenant. Trois ans que j'aime, que je regarde avec nostalgie, trois ans que je hais, pour toutes leurs déchirures. Pourtant, ils sont sans doute ce qui m'est arrivé de mieux dans ma vie, malgré tout. Malgré les souvenirs qui remontent toujours, inlassablement à la surface, de tous les funèbres spectacles, de toutes ces atrocités commises pour des causes que j'ignore, ce Château et le plus beau des paysages. A mes yeux se confondent les réminiscences ; à la vision de cette Grande Salle que j'ai, bousculée par les centaines d'Autres, se superposent comme par filigrane une pléthore de réminiscences, dont la brûlure est toujours douloureuse.
Tant d'évènements se sont déroulés entre ces portes, durant ces centaines de générations. Des victoires, évidemment, et des défaites, aussi. Des pertes. Des bouleversements infinis, sans commune mesure avec l'imaginable ; ceux auxquels j'ai eu « l'honneur » d'assister m'ont condamnée aux nuits claires à perpétuité.

Alors je suis perdue, ce soir. Mes émotions paradoxales me laissent en plan, là. Juste devant ces portes, mes pensées contradictoires s'emmêlent et me font trébucher, me font m'arrêter dans la marée montante des Élèves. *Foutus sentiments* Je ne sais plus que faire. Entrer ? Je risquerais d'en vomir, tant la proximité des corps, l'approche du chahut me repoussent, tant les souvenirs sont puissants, tant l'angoisse remonte, en trombe, comme guidée par mon esprit désemparé. Je ne veux pas, je ne sais pas que faire. Je m'accroche à ce qui me reste de conscience, tentant de me persuader *en vain* que ce que j'éprouve ne compte pas. Mais le noir demeure, et se densifie.

J'attends, devant ces portes, ballottée par le flot des Autres, oscillante sur le fil de ma raison, un signe qui ne viendra pas. J'attends de pouvoir disparaître, m'enfouir sous le sol de pierre et échapper au supplice d'un discours, de la Répartition, du dîner. Comment serais-je capable de faire semblant, de continuer à mentir avec eux tous, qui font comme si rien ne s'était *jamais* passé, pour sauver des apparences mortes et enterrées depuis *si* longtemps ?
Je suis lâche, en vérité. Je suis lâche – car comment nommer autrement ce refus des maux ? – et je préfère l'assumer maintenant qu'en souffrir, encore une seconde.

Et voilà une Felicia complètement paumée :whistling:

évanaissance

1 oct. 2021, 03:45
 01/09/46  Refus des maux  PV || F.L 
Enfin ! J'étais finalement parvenu à m'échapper du piège serdaiglien formé par les membres de ma maison. J'étais seule, ou dû moins, c'est l'impression que j'en avais. La plupart des personnes étant entrée dans la fameuse salle, il ne restait que les derniers retardataires et ceux chargé de faire avancer ces-derniers. À leurs yeux, je devais forcément en faire partie, sauf que je n'avais pas la moindre intention d'assister à ce dîner. C'était impossible. J'en étais tout simplement incapable. *J'crois pas que j'srais jamais capable d'entrer de nouveau dans cette salle* Déjà que depuis la disparition de maman, ça avait été difficile, le repas de ma première année puis l'écran de fumé du Dominion, c'était simplement trop. Chaque fois qu'un malheur se produisait, c'était dans cette salle. *Elle est maudite à force*

C'est donc les pieds campés au sol, sans la moindre intention d'avancer un pas de plus vers l'enfer que je la vois. Ça ne me prends pas longtemps avant de la reconnaitre. *Felicia* Ce n'était pas Laurence, mais la rouge n'aurait pas pu mieux tomber. À petits pas, comme si j'avais peur qu'en faisant trop de bruit, j'allais faire disparaitre l'illusion de mon amie, ou pire, que quelqu'un me repérerait et m'obligerait à assister à la cérémonie. En faisant le moins de bruit possible, j'attrape le poignet de la rouge, l'autre main sur ma bouche en signe de silence. *Faut pas faire de bruit, sinon on est dans la mouise* Bon, elle ne lisait surement pas la pensée, mais mon geste assez évident ferait l'affaire non ?

En espérant que oui, je nous attire quelques mètres plus loin, là où nous pourrons discuter sans craindre d'attirer l'attention des plus prêts des grandes portes.

-Tu comptes assister au diner toi ?

*S'teu plait, s'teu plait, dit non !* Je... je n'avais pas envie de me sentir seule. D'être La seule à ne pas être capable de mettre ne serait-ce qu'un pied dans cette salle de malheur. Allez, dis-moi que toi aussi, tu n'en peux plus de supporter tout ça. De faire comme si rien ne s'était passé. Qu'aucune personne n'était morte dans cette salle. Que l'école n'avait pas envoyé quatre élève à la mort. Qu'elle n'avait pas su nous protéger. Dis-moi que j'suis pas la seule, s'teu plait.

Mes yeux étaient presque implorant, perlé de petites larmes menaçant de tomber à tout moment. *Est-ce que... est-ce que j'peux t'faire un câlin ?* J'crois bien que ça m'ferait du bien, pour une fois. J'sais pas. J'sais plus. Aide-moi.

J'attendais sa réponse, non avec impatience, mais avec besoin. J'avais besoin de l'entendre. J'avais besoin qu'elle soit négative, de savoir qu'elle ne voulait y assister. J'étais fatigué de mes propres pensées. Les paupières closes pour un instant, je pose mes mains sur mes tempes, essayant en vain de mettre de l'ordre dans mes pensées. Inutile. Totalement inutile, je n'avais aucune idées cohérente à part celle de la rouge devant moi, alors que j'attendais sa réponse. *S'teu plait*

Et une Éli complètement désespérée, quel beau duo avons-nous là :cute:

-6 heure avec la France | #356f68 | Septième année RP
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2 nov. 2021, 19:06
 01/09/46  Refus des maux  PV || F.L 
Je ne sais plus où j'en suis et mes pensées m'entraînent dans une valse chaotique, infernale. Je n'en peux plus, je n'en veux plus de ces questions, de ces problèmes, de ces émotions qui se fourrent toujours dans ma poitrine ; je veux juste crier, aller hurler dehors un coup, lâcher ma rage et mon impuissance, au moins un peu.

Soudain, des pas résonnent derrière moi, des pas légers qui ne ressemblent en rien à tous ceux que j'ai entendu ces derniers instants, des pas qui me font me retourner sur la personne qui s'avance vers moi. Sa silhouette m'évoque quelqu'un, bien distincte des autres corps qui me cernent. Je ne tarde pas à la reconnaitre ; c'est *Éli*. Mon amie des fleurs, mon amie. C'est comme si elle avait crié mon nom fort, très fort, puissamment, pour que les étoiles puissent l'entendre ; je me précipite vers elle et elle vient vers moi, on s'approche et on se voit. On se noie.
J'ai envie de lui dire c que j'ai sur le cœur mais elle ne m'en laisse pas le temps ; elle plaque sa main sur sa bouche. *Silence*, ça veut dire. Il faut se taire car on est seules. On est à deux maintenant, mais on est seules, et le moindre chahut peut nous trahir et nous précipiter au milieu du désordre.

Je ne sais pas comment l'expliquer, je ne sais plus comment penser, que penser — à part en boucles les mêmes maux —, mais je sens qu'elle est comme moi. On est à deux perdues devant l'immensité de l'inoubliable, ravagées par le temps et l'indécision. On est deux folles, deux demeurées peut-être, qui sont restées dans le passé et ignorent comment aller de l'avant, ou alors ce sont les autres les fous, ceux qui partent s'amuser, insouciants malgré tout ce qu'ils ont subi.
Éli me regarde, je croise ses deux grands yeux juste avant qu'elle ne confirme ma conviction par sa question. « Tu comptes assister au dîner ? »
La réponse serait évidente pour tout autre que nous, ce qui prouve bien que j'ai raison.

Je sombre dans le doute. le doute me dévore, et je fixe Élina, emportée par la débat tempétueux qui fait rage dans ma tête. Mes prunelles se posent dans le vague, je suis dans le flou ; d'un côté il y a les règles, les conventions, les traditions ; tous les élèves sont censés être présents aux banquets officiels, c'est ainsi et ça le restera. Nulle parade à cette loi, pure et dure ; je dois — je devrais — m'y plier sauf que d'une autre part, tant de choses me retiennent de participer à un repas *de fête* dans une salle *bondée* que je ne peux plus simplement faire semblant et obéir, comme une imbécile. Le pouvoir d'oppression de ce lieu me repousse, très très fort. Alors, oui, un plateau de la Balance est plus lourd que l'autre, mais serai-je capable d'assumer les conséquences de ma décision ? Je m'interroge comme si j'avais le choix bien que, non, je ne l'ai pas. L'une de mes deux options ressemblant à s'y méprendre à ma vision de l'enfer, je sais ce que je dois faire ; au diable les conséquences que j'affronterai plus tard puisque, qu'importe ma peine, elle ne sera jamais aussi dangereuse que celle qui m'accable maintenant, alors que les larmes ne sont pas loin.

Les larmes ne sont pas loin, elles sont accrochées aux yeux d'Éli. Ah, je déteste la voir pleurer ! Habituellement je n'accorde pas d'importance à notre année d'écart mais maintenant tout de suite, je me sens comme une grande sœur envers elle et... Ne pleure pas Élina, s'il te plaît ! Sinon mes cils aussi vont se teinter d'eau salée, et on ne pourra plus s'arrêter.
Si je ne cesse pas très vite d'observer ses prunelles marrons brillantes, je vais éclater. Il existe maintes manières d'éclater, mais cette fois-ci j'éclaterai en sanglots, de toute évidence. Alors je fais ce qui me semble être le moins pire ; je m'approche encore de la gamine qui me fait face, on est si près que je la vois vraiment toute entière et *câlin ?* je l'entoure de mes bras pour glisser ma tête tout contre la sienne. Je lui glisse :

Non, on y va pas. Personne remarquera notre absence, et y'a personne dans les couloirs *qui pourra nous sanctionner*. J'attends ; une seconde passe et j'ajoute : C'est trop nul ces dîners, de toute façon.

*Tout* est trop nul. Le festin, ce soir, cette rentrée, cet endroit, tout dégage quelque chose de négatif qui m'insupporte. Prochaine étape : s'enfuir tant qu'il en est encore temps. Loin, très loin.

Pardooooon pour ce retard !

évanaissance

5 déc. 2021, 16:50
 01/09/46  Refus des maux  PV || F.L 

TW : crise d'anxiété dans le dernier paragraphe

*Pas seule, pas seule, pas seule, j'veux pas être la seule* Mon corps se mis à trembler alors que la panique affluait en moi. Je ne pouvais pas entrer dans cette pièce. Si Felicia préférait se jeter dans la gueule du loup, alors qu'elle y aille, mais moi, je préférais mille fois me faire punir pour le reste de l'année qu'avoir à marcher devant tout ces gens et m'installer, manger, faire comme si de rien était. L'année dernière, je l'aurais fait. Sans aucune hésitation, pour éviter d'attirer l'attention. Mais aujourd'hui, j'étais épuisée, je voulais seulement me retrouver seule ou en bonne compagnie pour évacuer. Évacuer les émotions qui s'entremêlaient en moi.

Je ne quittai pas Fea du regard, incapable de m'imaginer ce que je ferais si elle préférait me laisser seule. Seule pour de bon cette fois. Pas seule avec elle.

Je me rendis compte à quel point c'était soulageant de savoir qu'on pouvait partager nos problèmes avec d'autre. C'est ce qu'avait dû ressentir Eryne l'année dernière lorsque je lui avais assuré que nous n'étions certainement pas les seules à être toujours impactés par les évènements des années précédentes. *Dis moi que toi aussi*

Alors qu'une larme roulait sur ma joue, la rouge s'approche de mon corps tout tremblant et me sers dans ses bras. Je ne refuse pas l'étreinte comme j'en avais pris l'habitude. Au contraire, je m’effondre pratiquement sur mon ainée, posant ma tête sur son épaule. Et alors que je pensais avoir refoulé les larmes qui menaçaient de couler, un sanglot franchi ma bouche et je sers mon amie plus fort, comme si ce simple geste pouvait effacer toute la tristesse que je ressentais à cet instant. *Bouge pas, j'veux plus me décoller* Et je reste là, tremblante et pleurant en silence sur l'épaule de Feli. Dans notre court moment d'infini, je finis par oublier la proximité de la grande salle et le pourquoi du comment je me suis retrouvé accroché à la rouge. Tout ce que je sais, c'est qu'on est bien ainsi, non ? Alors pourquoi est-ce que je ressens le besoin urgent de me déplacer, m'éloigner et fuir l'entrée de l'enfer.

Presque brusquement, je me détache de mon ainée, voulant à tout pris m'éloigner de cet endroit.

-Vi...vient, faut pas... pas rester là.

Les joues encore plein de larmes, j'attrape la main de mon amie et je nous tire, loin, loin. Je ne peux pas rester un instant de plus face à la foule.

-Dé désolé. Mon ventre se serre. J'pouvais plus rester là, je je... ma respiration s'accélère. Inspiration. J'y arrive plus. J'peux... j'peux plus faire semblant de de... mes sanglots reprennent et je suis incapable de les arrêter.

L'angoisse est là. Elle se cachait depuis le début de cette soirée, mais je savais qu'elle n'était pas bien loin, elle attendait seulement le bon moment pour sortir. Et le voilà, ce bon moment. Je m'effondre au sol, prenant appui sur le mur derrière moi alors que je tremble de partout. Je me recroqueville sur moi-même, espérant me rendre invisible aux yeux de Felicia. La tête entre mes mains, je laisse libre court à mes larmes.

Pfiouu, bon bah, je souhaite bonne chance à Felicia hein ? :cute:

-6 heure avec la France | #356f68 | Septième année RP
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2 janv. 2022, 19:38
 01/09/46  Refus des maux  PV || F.L 
Je n'étais pas préparée à cela. Alors que mon cœur n'est plus qu'un poids de plus disloqué et coincé dans mon squelette, et mon esprit une masse tourbillonnante et orageuse, je suis incapable de réfléchir correctement. Seul l'écho des mots que je viens de prononcer résonne sous mon crâne, les sons me parviennent venus de loin, comme des oiseaux funèbres dont je distingue tout juste les cris. Seuls ces acouphènes se fraient un passage en moi, je suis comme éteinte, étourdie. Je n'attendais pas les pleurs d'Élina. Je voyais ses prunelles s'embuer de sel, je la savais rongée par un mal souterrain, mais je ne l'imaginais pas ainsi. Sur mon épaule, j'ai l'impression qu'elle libère des siècles de douleur ; depuis trop longtemps, elle a laissé sa tension tout absorber, tout engloutir, monter jusqu'à son paroxysme, et sa Mer intérieure a débordé. J'accepte ses sanglots, je les accueille ; je la serre fort dans mes bras, si fort que j'ai peur de briser sa silhouette frêle comme du verre. Mes doigts se posent au creux de son dos pour y dessiner de minuscules cercles concentriques, l'imprégnant d'un mouvement psychédélique. Inconsciemment, je répète les gestes de ma mère, lorsqu'elle prenait le temps de consoler mes peines, avant.

Ça va aller, ça va, ça va..., je lui murmure. Je ne cesse pas de parler, parce que ma voix est un repère, le seul que je retrouve, un phare dans la nuit qui m'insuffle du courage pour bercer mon amie. Je sais que mes douces paroles ne sont que mensonges, que, non, ça ne va pas et qu'une seule étincelle pourrait effriter toute l'illusion de sécurité que nous offre ce lieu, mais cette litanie me rassure et je suis incapable de la lâcher. Je suis complètement perdue. Ballotée par un gigantesque océan de ténèbres, complètement désorientée. Mes émotions menacent de m'étrangler et mes yeux me piquent de plus en plus, au fil des secondes cadencées par les pleurs.
Je chasse mes larmes d'un battement de cils. Fermement, je m'interdis de m'effondrer, je refuse de laisser le désespoir s'abattre sur moi. Je n'ai pas le droit d'abandonner la partie, de céder à l'angoisse glacée qui s'engouffre dans ma poitrine. Ma gorge se noue, je tremble, mais je ne peux pas ouvrir les vannes et laisser tout m'échapper. Il y a Élina. Elle me fait confiance, et si je flanche elle éclatera en mille morceaux. Alors je ne relâche pas mon corps autour du sien ; je veux la protéger d'un ennemi qui trouve sa source dans son âme et contre lequel mes bras ne sont qu'un maigre rempart, et quelque part ma conscience me souffle que c'est vain, mais je reste.

Je laisse le flot sous ses paupières tarir et lorsqu'elle se dégage de notre étreinte, elle dit tout haut ce qui retourne mes pensées depuis le début.
On doit s'en aller, on doit partir marce que rester est devenu impossible. Si le doute me hantait il y a un temps, il s'est à présent fondu entre mes ombres. Pour rien au monde je ne ferais un pas dans cette maudite salle, plus bondée qu'à tout autre moment de l'année, plus sombre et plus dangereuse que n'importe quand. La foule est un danger, et tout mon courage Rouge ne peut pas endiguer ma panique à cette idée.
Il faut partir, et je veux la suivre et la guider vers un lointain recoin du château. Je veux courir, et respirer un air que l'anxiété n'a pas pollué. Mes jambes flagellent comme si je venais de fournir un effort intense, je chancelle et je ferme un instant mes yeux pour contenir le tournis qui fourmille dans ma tête, dans tous mes membres, partout.

Quand je les rouvre, tout est plus clair. Tout est plus sombre.
Une seconde, des phrases étranglées retentissent dans la pièce et je ne vois plus Élina. Je comprends qu'elle n'a pas disparu, que c'est elle qui vient de parler — sa voix dégringole au fond d'un abyme d'obscurité. Elle s'est écroulée contre un mur, sous l'étau de l'angoisse. Son regard vogue ailleurs, ses yeux sont des colonnes de larmes qu'elle enfouit entre ses mains. Alors que je croyais que tout son être n'était plus qu'un désert aride, je me rends compte que ses dunes sont inondées depuis des lunes. Je ne pensais pas que cela puisse être plus terrible, mais maintenant je ne sais pas, je ne sais plus, je ne peux pas faire face à ce déluge muet. J'ai peur. J'ai peur, parce que je ne veux pas qu'Élina se noie. Roulée en boule, elle se recroqueville toujours davantage, comme si elle tentait de creuser un refuge dans la pierre, pour demeurer invisible. Mais non, elle ne l'est pas, elle ne doit pas l'être.
Je veux lui parler, lui promettre encore mille et mille fois que ça va aller, mais les syllabes se coincent au fond de moi sans parvenir à franchir la barrière de mes lèvres. Je rassemble ma volonté, toute le force que je peux encore trouver en moi, je m'assois juste face à elle sur les carreaux de l'entrée. Mes genoux ne touchent pas les siens, mais il s'en faut de peu.
Je devine qu'elle veut être seule, seule avec la souffrance, mais je crois aussi qu'il ne faut pas que cela advienne. Elle me parait lointaine, perdue dans un noir trop vaste pour elle, elle me parait figée malgré ses tremblements compulsifs, à demi absente.
Je ne sais pas faire face, mais je dois essayer.
Je parle, et les mots sortent cette fois-ci, ils passent le mur du son pour emplir le silence ponctué par ses pleurs.

T'es forte, Élina, tu le sais ? Tu peux croire le contraire, mais c'est vrai, tu peux résister encore. T'as pas à t'excuser, c'est pas grave de s'effondrer, quand tu peux plus avancer. Après, tu te relèves, et même si c'est dur, tu continues. 'Faut pas baisser les bras, tu sais. Moi je te trouve courageuse, belle, et gentille, et intelligente, et douée... La douleur peut pas effacer tout ça. Elle peut pas t'effacer, tu dois pas la laisser t'effacer, parce que t'es infiniment plus importante qu'elle. Laisse couler...

Je parle, je parle et c'est mes sentiments qui me soufflent le sens des mots.

Encore une fois, pardonne moi pour ce retard mais... Écrire tout cela avec toi est magnifique.

évanaissance