{ La Chrysalide aux Deux Couleurs }

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< Thème musical : Όλα Καλά, Nekfeu >



❝ Je n'ai pas de visage ❞
Rhoda, Les Vagues, Virginia Woolf



Hannah, 14 ans
Décembre 2046 [8h23]
Bureau de psychomagie, Poudlard


Je veux changer. Je veux rendre aux cieux les teintes variées qu'ils m'offrent ; je suis la Bleue, son reflet chamarré de quelques nuances sombres. Je veux avancer comme une armée qui franchit le Rubicon ; sans faillir. Je marche sur Rome ; je tremble devant le Bureau de psychomagie. J'attends, nerveuse, devant la porte encore close — il est tôt. Le château s'éveille à peine ; tout est engourdi. Les pierres sous mes pieds se lamentent sans fin ; mais elles n'ont pas le choix, elles sont devenues pierres depuis que de l'Ombre elles se sont extraites, elles sont devenues pierres depuis qu'un puissant faisceau lumineux leur a — comme chaque matin — donné vie. Ce sont des phénix qui reposent sous mes pieds agités par ma nervosité. Et moi, je suis comme ces pierres ; je suis sortie — le Soleil toquant à la fenêtre bleutée — du brouillard de ténèbres pour jouer mon rôle : je dois marcher, assister aux cours, manger, être polie. Ressembler à quelque chose d'humain, suivre les contours de ma silhouette.

Je suis arrivée en avance ; cela me donne l'impression d'avoir sur le Temps un insolent avantage. Celui-ci me rattrapera bientôt, mais les bonheurs éphémères sont souvent les plus précieux. *L'Amour* soufflent mes idiotes de pensées. Pensées auxquelles s'agrège Swann. Swann à laquelle s'agrège... *Non*. En fait, je ne sais pas vraiment quel est le maillet le plus efficace pour assommer le Temps. Comment retrouver cette force qu'avait créé ma rencontre avec Alyona ? Par Dionysos, je me souviens de cet Instant comme d'une madeleine tendre trempée dans une tasse de thé. Alors, se moquer des horaires ou les devancer ? Bon sang, je n'ai pas la réponse.

Une question me chatouille l'esprit ? Comment parler à l'Adulte qui va se présenter dans quelques minutes face à moi ? Comment lui dire en quelques mots ce que je ressens alors que je ne sais même pas ce que je ressens ? Comment trouver la force de m'exprimer alors que je n'y arrive même pas avec mes Semblables ? *Par les Érinyes...* Je ne sais absolument pas comment m'y prendre. Je suis perdue. Aussi légère qu'un papillon libre et aussi lourde qu'une énorme chape de plomb — presque autant que celle qui écrase mon Âme.

J'attends.

Si quelqu'un passait par là, il croirait sûrement qu'on m'emmène au bagne. Pourtant je ne suis pas si inquiète que cela *enfin si, j'suis inquiète* J'ai peur de parler du Néant, j'ai peur de laisser des Mots s'échapper concernant ce que je ressens pour Swann, j'ai peur de me mettre à verser toutes mes larmes restantes sur des mouchoirs en papier fin, j'ai peur de ce que je pourrais dire ou faire de maladroit. Ce que j'ai encore du mal à admettre, c'est qu'il y a des moments où il n'est plus possible que j'aie le contrôle. C'est plus fort que moi, j'ai envie de donner un grand coup de poing à ces instants où mes pensées divaguent et où je ne suis plus tout à fait maître de moi.

J'attends.

Je joue avec mes doigts, je commence à m'impatienter. Pourtant, c'est de ma faute ; je suis venue en avance. Je savais que je m'exposais à une attente, *en fait non je savais pas, j'y avais pas pensé*. Maintenant je suis obligée de laisser mes doigts courir sur mes genoux croisés et mus par un mouvement de nervosité. Je n'en peux plus d'attendre. C'est trop. Je prie tous les dieux de l'Olympe pour que la porte s'ouvre au plus vite. Je pense à ce que je vais faire de ma journée. Essayer d'étudier, si mes maudites pensées ne me déconcentrent pas *foutues pensées*. Et éventuellement sortir durant l'après-midi, histoire d'offrir à mes poumons une goulée d'air pur. J'en ai tellement besoin, Zeus. Je finis par me demander si je ne le ferai pas immédiatement après la séance.

Je feuillette rapidement quelques magazines posés sur la table pour tenter de faire quelque chose de mes mains et de mon esprit. Je commence à lire quelques lignes de Philomagie magazine mais très vite, la vitre de mon cerveau est pleine de buée et je n'y vois plus rien. Je referme le magazine. Fin des jeux. *'Chier* J'aurais eu le mérite d'essayer. Mais ma déception est grande ; ma journée commence bien, tiens ! Comment puis-je espérer boucler mes devoirs si dès le matin mes pensées partent dans tous les sens ? C'est tout bonnement impossible.

J'attends et je n'en peux plus d'attendre. Il faut que ce supplice cesse, et vite.

Plume d'@Angie Miller

Résurgence
{ La Chrysalide aux Deux Couleurs }
Nous sommes samedi matin, dernier jour de la semaine avant de revoir ma Dakota. Même si j'aime beaucoup mon travail je dois avouer que j'attends avec une grande impatience d'être ce soir pour pouvoir rentrer chez moi à Pré-au-Lard et revoir non seulement ma fille adorée mais aussi mon frère, sa femme et mon neveux. Je continue d'observer la photo de Dakota posé sur mon bureau.

Il est presque 8h30, il faut que je me concentre malgré mon impatience la journée ne fait que commencer. J'enchaîne des rendez-vous avec des élèves toute la matinée, certains que je connais déjà et d'autres pas encore, c'est d'ailleurs le cas de ce rendez-vous où je ne sais pas encore ce qu'il m'attends, de quels maux souffre l'élève ni qui il est. Mais c'est l'heure de le découvrir.

Alors que l'horloge continue son tic-tac habituel j'ouvre la porte et observe la personne qui me fait face. C'est une jeune fille particulièrement nerveuse qui m'attends. Elle semble assez agitée, il faudra trouver un moyen de l'apaiser.

"Bonjour, je te laisse t'installer et me faire part ce qui te tracasse."

Voix douce et sourire chaleureux m'accompagnent tous deux comme à chaque rendez-vous. Je m'installe dans mon fauteuil après avoir laissé rentrée la jeune fille et avoir refermé doucement la grande porte en bois du bureau. Une fois installée je prends la plume posé sur le bord du bureau affin de préparer à noté chaque information à son sujet.

"L'amour et le scandale sont les meilleurs sucres pour le thé."
Crédit vava : Alice Sangblanc
{ La Chrysalide aux Deux Couleurs }
Avertissement : Pensées suicidaires


Ton agitation ne cesse que lorsqu'enfin, après une attente qui t'avait semblé interminable, la porte s'ouvre. La fameuse psychomage apparaît. Tu ne sais pas trop quoi penser d'elle lors de ce premier contact visuel. L'Alpiniste de ton Regard semble éreinté, tes yeux fuient les siens. Comme si le poids de ce que tu avais dire pesait sur tes pupilles. Il allait falloir beaucoup de courage sans doute pour affronter tout cela à la fois. Avais-tu bien fait de venir, finalement ? *Oui*, tentèrent en chœur de te rassurer les voix imaginaires de tes parents, celle d'Aristid et tes pensées.

Tu pénétras dans le bureau, toujours aussi stressée, tes mains tripotant les pans de ta robe de sorcière. Tu pris le temps d'observer l'environnement. La salle était à ton goût. Décorée simplement mais avec goût. Seul le sablier magique t'arrachas une grimace ; tu haïssais le Temps, c'était plus fort que toi. Finalement, tu pris place.

Que dire, maintenant ? Que faire ? De quoi voulais-tu parler, précisément ? Car tu n'allais pas évoquer toutes les choses qui te poursuivaient depuis plusieurs années en une fois, n'est-ce pas ? De toute manière, tu étais tout à fait incapable de le faire. Aligner quelques mots sans bégayer relèverait déjà du miracle, au vu de la nervosité qui s'emparait de ton être. Tu ne voulais pas te ridiculiser devant la psychomage mais l'angoisse face aux souvenirs qui remontaient — la Tour d'Astronomie, le cri d'Aristid, puis tes Larmes — était bien plus forte que ce vœu. Il est des choses qui nous dominent sans notre avis, et elles sont si nombreuses qu'il est tout simplement impossible de les compter sur les doigts de la main — à moins que votre main ne comporte six cent cinquante-sept doigts ; dans ce cas, peut-être que cela est possible.

« Il... Il y a quelque jours. J'allais vraiment pas bien. J'ai... J'ai voulu mourir. »

Extirper les Mots du fond de sa gorge s'avère parfois d'une difficulté peu imaginable. Tu avais du les saisir à pleine mains — mettre les mains dans le cambouis — et les arracher comme des plants de radis mais les racines étaient aussi robustes que celles de l'olivier. Tu avais donc été obligée d'y aller en plusieurs fois, laissant à l'adulte une série de mots hachés et difformes. Pour dire, qui plus est, une réalité qui retourne le cœur. Qui n'est pas renversé face à un enfant qui a voulu s'infliger la Mort ?

La Vérité emprunte parfois des chemins bien sombres.

Résurgence
{ La Chrysalide aux Deux Couleurs }
TW :évocation de la mort, de suicide


Mon regard scrutait ses moindres faits et gestes à la recherche d'une quelconque information pouvant m'aider à mieux cerner la jeune Hannah. J'ai donc perçu sa grimace puis prolongé mon regard vers la direction que ses yeux avaient pris. Le sablier. Je ne pense pas que cela soit dû à une histoire de décoration, de visuelle de l'objet. J'y perçois quelque chose de beaucoup plus profond encore. Le sablier représente le temps qui passe, est-ce le temps en général qui le dérange ? Peut-être passe-t-il trop vite ou trop lentement pour lui ? Seul ses réponses pourront m'aiguiller sur le sujet mais c'est une information importante que je me dois de noter.

La jeune aiglonne semblait avoir du mal à parler, c'est tout à fait normal. Elle était quand même parvenue à me dire quelque chose tant bien que mal alors que ses mots se coupaient sous le poids de ses émotions. Ces quelques mots, aussi peu nombreux soient-ils m'indiquèrent de façon nette et précise le fond du problème. Et là il me semblait comprendre sa réaction face au temps. Je pris quelques secondes ou peut-être quelques minutes avant de réagir. Ces mots avaient eu l'impact d'une balle de fusil dans mon coeur. Je me demandais comment une personne aussi jeune pouvait souhaiter sa propre mort. Je me demandais ce qu'elle avait bien pu endurer pour souhaiter une fin prématurée de son existence. J'essayais de calmer la tempête d'émotions qui s'éveillait en moi affin de garder mon sang-froid.

Ce genre de cas auquel je n'avais que très rarement été confronté jusqu'à présent était très délicat. Chaque personne réagit différemment et dans ces cas-là d'autant plus, les rendant imprévisible.
"J'en suis sincèrement navrée Hannah... Tu as déjà fait preuve d'un immense courage en m'en parlant, je sais que ce n'est jamais facile. Je veux que tu saches que tu n'es pas seule, que je suis là, pour toi, pour t'aider. C'est important que tu le saches. Si ça peut te rassurer sache tu peux venir de moi dès que tu en éprouve un besoin urgent en dehors de nos séances. Même si c'est en dehors de mes horaires tu peux venir me voir, je loge une grande partie du temps ici, ma porte te serras toujours ouverte Hannah."

"L'amour et le scandale sont les meilleurs sucres pour le thé."
Crédit vava : Alice Sangblanc