Nichée A{n}cre Pesanteur

L’enfant n’avait jamais vraiment été sensibilisé au fait que certaines notions n’étaient convenablement discourues avec le premier venu, notamment s’il situe dans l’ère de la jeunesse où les expérimentations sont fort hétérogènes d’un profil à l’autre ; si bien qu’il en était à s’interroger sur la pertinence d’avoir exposé une opinion aussi tranchée et à contre-courant des aspirations communes sur l’enfantement à un interlocuteur qui ne s’était pas forcément attelé à une telle réflexion auparavant. Il aurait pu s’arrêter seulement quelques secondes plus tôt ; mais tout le monde était égoïste en somme, lui y compris. Est-il possible de tenir fermement son bouclier dans une position de garde maintenue tout en ouvrant quelques lucarnes de son fort vers l’extérieur ? Pour se préserver, l’égoïsme n’est plus un choix. Seulement si certains l’interprètent par le vol et l’exploitation de ressources d’autrui de force, Hjúki s’était rangé parmi ceux n’offrant pas les leurs mais ayant le maigre mérite de ne ronger leur prochain. Sans nier l’importance de sa circonspection, il espérait seulement qu’il avait été mesuré comme il faut pour ne pas provoquer de répercussions chez son camarade qui n’était certainement parvenu à ces hauteurs pour se faire accabler de soucis qui n’étaient les siens. D’autant qu’il n’y avait là rien de véritablement réglable en un ou deux coups de verve enfantine ; quels autres atouts prétendraient-il détenir ?

Par une lucarne qu’il s’était efforcé d’enfoncer, le jeune Anastase observait son benjamin se mettre en mouvement pour soi, se prouvant qu’il était capable de s’intéresser à ce qui était hors et même de le respecter. S’il avait été plus… fin déducteur, il l’aurait déjà invité à vaquer à son affaire d’origine sans se gêner, surtout si l’échange qu’il détenait entre les doigts avait plus de valeur que le présent. Ce n’était pas parce que lui même ressentait le cours de la vie comme une suite ininterrompue d’interruptions en ce qu’il croyait entreprendre que Hjúki souhaitait à ses pairs d’être semblablement coupés par quelque distraction de leur itinéraire. Sans trop se l’expliquer, il avait développé une légère préférence pour les chouettes – quelque chose dans la couronne de leur regard le captivait – ce qui lui permit d’assister à la scène sans s’y projeter inopinément, le vrai protagoniste était cet élève qui avait démontré être capable d’attention à l’égard d’inconnus comme lui. Oui, en une autre compagnie, rien ne garantissait que l’adolescent se serait actuellement tenu là, tranquille, puis aurait saisi le papier toujours intact pour le fourrer avec détachement dans une poche. Autant s’y résigner, cela avait sa place avec le reste auquel il ne touchera pas plus pour un bon moment après avoir reçu une énième confirmation que ses pouvoirs requerraient encore de l’affinage.


« C’est en effet le plus sensé. Au fait, ces indésirables ne sont pas représentatifs. J’ai aussi un correspondant sincère. Ma situation n’est pas si… remarquable. »

C’était maladroit mais l’enfant tenait à ne pas être retenu comme le gamin aux parents nuls, c’était certes la porte d’entrée par laquelle son camarade l’avait découvert de façon impromptue, mais ce n’était pas ainsi qu’il était le mieux défini.

Nichée A{n}cre Pesanteur
La manière de penser et peut-être de parler de Noah pouvait sembler immature. En réalité, elle l'était. C'était facile pour un enfant de treize ans de réagir ainsi mais il était loin de comprendre tout ce qu'il se passait dans le monde des adultes. Malgré tout, le Gryffondor semblait d'accord avec ce que venait de lui dire Noah, il acquiesça et lui répondit que ce qu'il disait était sensé.

Fier de lui, le Serpentard offrit son meilleur sourire à son ainé. Il ne perdit pas une seconde avant de préciser qu'il avait aussi des correspondants avec qui cela se passait bien, un correspondant pour être plus précis. Noah accueillit cette réplique avec un nouveau sourire, il n'était pas très inquiet pour son camarade mais il ne savait pas ce qu'il aurait pu ajouter s'il avait su que Hjúki n'avait personne à qui se confier. Le Serpentard n'était pas très doué pour ce genre de situation.

Ne sachant pas trop ce qu'il pouvait ajouter, le jeune garçon fit demi-tour en direction de la porte en réfléchissant à la manière de clore la conversation. Arrivé près de la porte, Noah se retourna et détailla rapidement le Gryffondor, il avait l'impression qu'il parviendrait à trouver réponse à ses problèmes, il ajouta alors:

« Ça me rassure de savoir que tu n'es pas tout seul. Tu devrais écrire à ce correspondant, il saurait peut-être comment faire pour t'aider à faire face à ça. »

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La famille parfaite existait-elle seulement ? Qu’était-il le plus confortant entre se dire que de nombreux enfants étaient confrontés à des fractures et conflits de toutes sortes dans ce cercle, si bien que Hjúki n’était pas du tout dans une situation unique ; ou songer que la plupart s’épanouissait dans ce contexte, si bien qu’il valait mieux cacher et taire le fait que ça se passe différemment chez lui pour leur laisser profiter de leur joli cadre ? Son premier tort était d’idéaliser la situation de camarades qu’il ne connaissait même pas véritablement. Probablement n’est-il pas le seul à tomber en un tel travers. Et si en somme tout le monde contraint par les témoignages voisins se devait de brosser un portrait embelli de sa réalité pour l’assumer plus aisément ? C’est bien souvent une question d’éclairage et d’angle pour que l’interlocuteur s’imagine avec les bribes choisies avec soin un tableau parfois à mille lieues de ce qui est traversé ; une façade acceptable toute prête pour ne pas avoir à s’éterniser sur la complexité d’une confession transparente.

S’il était clair que les Spectres ne méritaient pas de titre parental venant de lui, le jeune Anastase se savait néanmoins parfaitement capable d’utiliser les mots correspondants dans le langage courant pour dissimuler la nature de ses rapports avec eux, pour ne pas se faire juger hâtivement comme un ingrat qui crache volontiers sur le concept d’amour filial et oserait affirmer que les liens du sang sont dénués de valeur. Si le ridicule filin qui le gardait connecté à ces gens était leur culpabilité à l’idée de se désintéresser pleinement de ce gosse inconnu sous prétexte qu’ils partageaient tout de même quelques gènes ; qu’ils ne se gênent pas pour vaquer à leurs occupations sans avoir à s’incommoder de ces piqûres de rappel opérées uniquement pour tranquilliser leur esprit déplacé. Il pouvait tout à fait prétendre à un tiers avoir une ‘mère’, un ‘père’ ; même si jamais ces derniers ne seront ainsi appelés en pensant à eux. Une dénomination telle que celle de géniteurs était plus en adéquation à ses ressentiments, mais le prononcer en public serait déjà trop en dire sur la cassure qui séparait distinctement plusieurs sections de l’arbre généalogique. Avec cet enfant il avait été trop tard pour déformer les faits, Hjúki avait de toute façon été pris sur le fait de sa déclaration de haine ; mais en d’autres contextes il savait parler de soi sans en faire la moindre allusion. Quand rien n’est mentionné, il est naturellement supposé que son cas soit banal, pas de questions ; sauf de la part des trop observateurs qui se demandent pourquoi le sujet est éludé avec un doigté trop bien entraîné.

Rien n’affirmait que son benjamin était mieux entouré que lui avec une famille plus complète. Quoiqu’il en soit, même si Opa constituait son unique soutien familial et qu’il n’y en avait nul autre, son Beschützer était d’une présence inestimable… ce qui expliquait les hésitations qu’il avait commencé à développer à l’idée de se décharger auprès de ce dernier. N’en serait-ce pas trop à supporter ; et si l’adulte vieillissant lâchait parce que son Enkel s’était déversé en flots trop pesants pour ses épaules ? Il est vrai que l’enfant gardait de plus en plus pour lui, voulant inverser les rôles et protéger son aïeul de ses déchirures, n’en dévoilant que quelques-unes. Bloqué sur un sol étranger, la réponse commune est l’impuissance, il ne souhaitait pas leur infliger ça. D’un autre côté, il sentait bien la peine qu’il lui causait en revenant en lambeaux à chaque congé, autant prendre des dispositions pour se présenter en un état un peu moins déplorable la prochaine fois en s’autorisant à s’alléger un peu.


« C’est une idée, merci. Bon courage à Poudlard. »

Valeur essentielle à tout châtelain ; il ignorait où son camarade en aurait besoin, mais sa nécessité n’était pas à démontrer. Après quelques années, l’adolescent continuait à se demander s’il n’avait pas pris une décision complètement verrückt à persister en ces lieux. Tenons cela pour de la témérité en l’état.

Nichée A{n}cre Pesanteur
Nétait-ce pas la réponse facile que l'on sortait lorsqu'on ne savait pas quoi dire? Noah s'en rendit compte au moment où sa main se referma sur la poignée de la porte. Il comprit qu'il n'était d'aucun conseil à l'élève de Gryffondor et ne savait pas les mots qu'ils devaient dire pour le rassurer. Son jeune cerveau essayait de trouver quelque chose à ajouter pour rassurer l'adolescent mais rien ne venait. Il raffermit sa prise sur la poignée au moment où l'autre reprit la parole.

Il semblait accepter le conseil du jeune Serpentard. Peut-être que lui non plus ne savait pas vraiment ce qu'il devait répondre. Il lui souhaita ensuite bon courage et Noah se demanda pourquoi il avait besoin de courage à Poudlard. Ce n'était pas si dramatique d'être dans ce château, au contraire. La phrase de Hjúki perturba Noah et il commença à se poser des questions mais avait peur de savoir ce que le Gryffondor sous entendait. Il décida de jouer la sécurité, il se retourna rapidement vers son camarade, le remercia avec un sourire et ouvrit la porte pour sortir de la volière.

Une drôle de rencontre qui laissa un Noah perturbé. Et pourtant il ne savait pas encore que son camarade avec raison sur ce point, il aurait besoin de courage pour affronter l'année à venir. Il aurait peut-être du demander des conseils au Gryffondor au lieu de quitter la pièce.

Fin du RP pour moi. Merci Hjúki.

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Nichée A{n}cre Pesanteur
Reducio
Merci pour ce moment partagé.

Si l’affaire était réglée, il avait conscience d’avoir le temps d’y revenir encore de maintes fois avant de s’en détacher définitivement, il ne sera pas si aisément laissé tranquille. L’émotion toutefois était tombée, même son projet de destruction de l’élément perturbateur n’avait pas abouti, l’enfant semblait libéré de ce besoin d’éclater quelque chose. Aucune autre cible n’avait la valeur de celle qu’il visait premièrement, inutile de regarder ailleurs, seule la patience d’accumuler la force nécessaire à réduire en cendres ces copeaux de présence devait compter. Il n’était pas encore averti du fait que l’évolution par l’âge était partiellement un mythe, que sa version de lui adulte n’aura pas forcément la puissance inouïe donc il rêvait, qui contrastât avec l’actuelle. Avant de se briser, que l’espoir ait une chance de germer. Les arbres se renforcent de cerne en cerne, d’année en année ; il leur faut simplement éviter les insidieuses maladies capables d’abattre jusqu’aux plus immenses des séquoias. Relevant ses Perles-de-Nótt pour capter le dernier mouvement de son camarade, Hjúki lui offrit un hochement de gratitude, reconnaissant la chance d’avoir croisé un jeune qui ait su gérer l’espace. Devant lui, il ne s’était pas senti une seconde hors de contrôle au point de craindre déborder, bien que son humeur ait eu un pic d’intensité, elle avait en fin de compte été régulée si bien qu’il n’avait pas eu cette impression de magie se vomissant par ses pores en franchissant sa surface.

Sa main profitant du départ de ce seul témoin pour effleurer la lettre prouve qu’elle trotte toujours dans le tumulte de ses considérations. D’abord immobile, régie par les courants contradictoires qui essaient de prendre le dessus les uns sur les autres, elle libère centimètre après centimètre la missive toujours scellée. Se soustrayant à sa vue pour mieux se concentrer, le jeune Anastase ralentit sa respiration et se met à humer avec retenue leur signature olfactive. Elle change à peine et, aurait-il des indices sur la fréquence de leurs déplacements par les variations, il n’a pas la moindre idée de comment rattacher cela à un lieu exact. Il déteste la familiarité présente en quelques-unes des notes qui s’inscrivent à lui lorsqu’il tient ces lettres remisées en un endroit unique au point que leur refuge forme désormais une forte décharge sensorielle. Leur empreinte magique est aussi très certainement gravée dans ces envois si ardemment protégés, mais Hjúki ne s’estime à ce jour pas prêt à étudier les essences qui lui font résistance et qui ont donné naissance à la sienne. Pourtant, c’est la seule part d’identité avec laquelle il est disposé à faire connaissance via les nombreux échantillons fournis. Ce sera peut-être un jour le seul moyen restant de comprendre et de se réconcilier avec sa nature chaotique.