La Flûte enchantée
Le 25 février 2046
Le jour touche à sa fin – 17H
Le jour touche à sa fin – 17H
Felicia
Treize ans

Treize ans

Perchée sur le rebord de la fontaine – le risque de se retrouver trempé.e décourage les autres de trop s'approcher, et ce rayon de solitude ne me dérange pas, au contraire –, les genoux ramenés contre moi, je me fiche éperdument du monde qui s'agite autour de moi. Les incessantes allées et venues qui remuent ce lieu de passage, le bruissement des bavardages et le constant murmure de l'eau ne troublent pas la bulle nacrée que dressent mes pensées, ignorant l'extérieur pour se porter sur un unique point, au creux de mes mains ; un seul objet attise mon attention. Entre mes doigts, je tourne et retourne un paquet rouge. Je tourne et retourne un mystère, une énigme qui s'effondrera sans doute dés que j'en ôterai l'emballage vermeil. Vermeil comme mon uniforme, vermeil comme la cire qui cachetait la lettre de Maman, ce matin...
***
À l'aube du même jour, dans la Volière
À l'aube du même jour, dans la Volière
Je monte péniblement la centaine de degrés qui séparent la Volière du reste de l'édifice, un parchemin scellé à la main – une lettre à ma grand-mère, en réponse à son souhait d'anniversaire de onze jours en avance.
Mes pensées dégringolent et s'égarent tandis que mon corps s'élève, et je manque de trébucher lorsque mes pas ne rencontrent plus la résistance de la pierre contre eux. Je traverse l'immense pièce de lumière et accomplis la tâche qui m'amène avant d'aller lourdement appuyer mon être contre le cadre d'une voûte ouverte sur le ciel.
Le ciel est beau, et le hibou que j'ai choisi se défenestre par-là, pour aller porter le message que je lui ai confié. Le ciel est clair, bien que des troupeaux de nuages s'amoncellent chaotiquement dans le vent ; la Forêt interdite frissonne.
Alors que mes yeux errent librement sur le paysage, un grand froissement d'ailes me surprend et me tire de mes songes. Une plume s'attarde dans l'air devant moi, et je la cueille pour observer ses reflets ambrés.
Un hululement grincheux me ramène à la réalité, et je baisse mes paupières en direction de l'appui de la fenêtre, désormais occupé par une chouette grise à l'air revêche. Sévère, elle plante ses deux perles dorées sur moi, et ne me lâche plus. Si je ne la connaissais pas, cette insistance m’embarrasserait sans doute ; sauf que la messagère de ma mère ne m'est pas inconnue. Dulcinea – joli nom, j'aime sa sonorité et je me plais à le prononcer – me tend une patte terminée par une serre crochue, signe que je dois me saisir de l'enveloppe et du paquet qui y sont liés. Sans un mot, je la libère de son fardeau, et elle s'envole vers Londres, au delà de l'océan. Je la suis du regard, jusqu'à ce que sa silhouette ne soit plus qu'un petit point divaguant dans l'infini.
Puis je me laisse glisser à terre et entame la lecture de ma missive.
Reducio
J'espère que tout va bien pour toi, et que cette maudite urne ne causera pas plus de mal qu'elle n'en a déjà fait. De mon côté, je m'enlise dans la routine, sans que la charge de travail ne baisse ; l'hôpital n'est pas un lieu de changements.
Je sais que tu vas être déçue, mais j'ai à peine eu le temps de fouiller la soupente afin de retrouver ton exemplaire des poésies d'Emily Dickinson, en vain. En revanche, en cherchant dans mes affaires, j'ai... Non, inutile de tout te raconter ; les mystères illuminent mieux la magie. Toujours est-il que je t'offre un peu de musique, niña. Elle est précieuse, mais inutile de te dire d'en prendre soin, n'est-ce pas ?
Te quiero,
Mi querida,
J'espère que tout va bien pour toi, et que cette maudite urne ne causera pas plus de mal qu'elle n'en a déjà fait. De mon côté, je m'enlise dans la routine, sans que la charge de travail ne baisse ; l'hôpital n'est pas un lieu de changements.
Je sais que tu vas être déçue, mais j'ai à peine eu le temps de fouiller la soupente afin de retrouver ton exemplaire des poésies d'Emily Dickinson, en vain. En revanche, en cherchant dans mes affaires, j'ai... Non, inutile de tout te raconter ; les mystères illuminent mieux la magie. Toujours est-il que je t'offre un peu de musique, niña. Elle est précieuse, mais inutile de te dire d'en prendre soin, n'est-ce pas ?
Te quiero,
Comme toujours, ses mots sont imprévisibles, divaguants au gré de sa pensée, suivant la courbe de son écriture déliée. Elle tait l'essentiel et décrit l'invisible ; parfois cela m'égare, mais sans cela, elle ne serait pas égale à elle-même. Un peu plus sérieuse, ou un peu moins étourdie par la vie, peut-être.
En guise de signature, un petit dessin – cette fois-ci, un papillon aux ailes en forme de cœurs – s'anime sur le parchemin ; celui-ci traverse joyeusement la page avant de s'estomper, et de redevenir une figure muette et glacée sur le papier. Les questions se bousculent en hâte dans ma tête, mais rien ne me presse à délivrer mon cadeau de son emballage vermeil ; je quitte ces lieux et range ces pensées en tourbillons dans une remise au fond de mon cerveau.
***
Maintenant, encore
Maintenant, encore
Encore songeuse, je transperce d'un regard sombre ce paquet vermeil, comme pour l'ouvrir sans y toucher. Je n'ose pas y toucher ; les présents de Maman sont rares, et toujours importants.
Au fond, je sais bien que je suis ridicule ; je ne redoute rien, hormis l'inconnu. Qu'est-ce que ce *p'tain* de papier peut bien renfermer ? De la *musique*, a-t-elle dit, mais sous quelle forme ? Je me questionne infiniment, sans amorcer le moindre mouvement pour assouvir ma curiosité. Je reste là, plantée comme une imbécile, sans détacher mes yeux du paquet, comme si j'avais peur qu'il ne disparaisse subitement.
Il me faut un effort monumental et soudain pour tirer ma baguette du revers de ma cape. Je lance un
— Diffindo
d'une voix tranchante, qui découpe l'emballage rouge et tronçonne définitivement mes hésitations.
Ce que le papier dévoile est au-delà de mon imagination. Non pas que je ne croie pas ma mère capable de m'offrir une telle merveille, mais ce n'est pas cela qui me saute à l'esprit lorsque je pense à la musique. Subjuguée par la pureté de la création qui s'offre à moi, mon regard ébloui saute du socle de bois verni — de l'ébène, peut-être — à la délicate silhouette qui s'y dresse. Un corps féminin, sans détails ni ornements, hormis deux prunelles éclatantes, pareilles à de l'obsidienne. Et dans ses bras, pressée contre elle, contre ses lèvres ; une flûte. *Ma* flûte.
Ma flûte. J'ignore d'où me vient cette idée, mais je suis persuadée que c'est moi qui suis représentée là, que cette statuette porte en elle une vraie signification, un sens caché. Je suis persuadée que ma mère ne l'a pas simplement retrouvée après l'avoir perdue et oubliée, qu'elle l'a elle-même enchantée et conçue pour moi, parce que je suis sa fille et que le contraire serait une coïncidence trop énorme pour être vraie.
L'arc que forme sa nuque sombre, courbée sur l'instrument. Les bras à la fois tendus et pliés, les doigts fins légèrement crispés sur les clés d'argent, le creux au-dessus des hanches, entre les côtes, gonflé et relâché en même temps pour mieux retenir l'air et le libérer au bon moment. Tout, des boucles noires et indisciplinées de la figure jusqu'aux talons presque soulevés, comme sur le point de s'envoler, me semble vivant. Je jurerais l'entendre jouer, les notes se distillant avec le vent pour inventer quelque chose... Quelque chose de beau, tout simplement.
Je jurerais l'entendre jouer, et pourquoi ne le pourrait-elle pas ? Après tout, la musique ne se regarde pas. Elle ne s'écoute pas non plus, ou du moins pas tout à fait ; elle se ressent surtout. Et moi, ce que je ressens, moi, c'est que ma mère ne m'a pas envoyée un présent muet.
— Dis-moi c'que tu caches, allez..., murmuré-je en écho à mes pensées.
Seul le silence me répond. Ce silence tumultueux tissé du brouhaha habituel de la Cour, croît dans mes oreilles, accentue ma déception et, atteignant son apogée, se déchire soudainement. Le voile du silence laisse échapper un son qui provient uniquement de ma joueuse de flûte, un son droit, très pur, libéré, enfin, comme s'il n'attendait que ma voix pour s'envoler. Et après lui, tant d'autres le suivent ; tant de notes s'enfilent sur la trame du silence de ma tête pour composer une mélodie qui me touche au cœur. Une mélodie que je connais par cœur, et je souris en l'entendant, parce que c'était aussi la préférée de Maman — la seule qu'elle aime vraiment, encore maintenant.
Transportée par une foultitude d'émotions, les secondes retentissent avec la musique que je serre contre moi ; une seule envie surgit nettement, découpée sur l'arc-en-ciel de mes sentiments. Je veux seulement retrouver ma mère, la prendre dans mes bras et rester avec elle, longtemps, lui parler pendant des heures. Je veux seulement la remercier, alors que des années-lumière nous séparent, parce que ça fait si longtemps que je ne suis pas rentrée. Je refoule les scintillances brûlantes qui menacent de m’engloutir, à l'ombre de mes paupières ; je me redresse et écoute, émerveillée, ma joueuse de flûte.
@Nolan Dewey, j'espère que ce pavé te plaira ! 
(sorry i'm late, mais je n'avais pas précisé de quel mercredi je parlais, aussi >.<)
(sorry i'm late, mais je n'avais pas précisé de quel mercredi je parlais, aussi >.<)
évanaissance
La Flûte enchantée
Je sens une brise glacée m'effleurer tandis que je pénètre dans la cour de la tour de l'horloge. Brr, février, un mois où il ne fait pas bon de sortir sans être couvert... Ce que je me suis évidemment empressé de mettre en pratique. Heureusement, je ne sais pas si c'est censé me rassurer, mais ceci n'est pas volontaire de ma part. Car j'en aurais été capable, de sortir à peine habillé pour tenter de déterminer si j'ai vraiment froid sous -3°C avec des habits d'été. Je crois me connaître suffisamment pour affirmer cela.
Cependant, ce n'est pas pour une simple expérience que je me retrouve si peu habillé dehors, en ce mois hivernal. Non, si un simple tee-shirt me couvre les épaules, c'est simplement car j'ai voulu échapper à un rutilant badge de préfet qui semblait s'approcher dangereusement de ma superbe expérience. Tenter le dessin mural. Certes, je peux paraître inconscient, mais je ne suis pas non plus stupide au point de penser que cette action est autorisée dans le règlement intérieur. Et, tomber sur une préfète un dimanche en fin d'après-midi, alors que tout le monde pleure la reprise du lendemain... C'est totalement ce que l'on nomme un "manque de chance". Heureusement que je l'ai aperçue à temps.
Les mains dans les poches, je me pose sur un muret de la cour, le regard perdu dans le vide tandis que j'appréhende l'arrivée d'une certaine préfète. J'ai froid aux jambes, je sens à peine mes mains, et je crois bien que si je reste ici plus longtemps je tomberai malade, et pourtant je n'ose pas me réfugier au chaud. Je balance entre deux émotions. Je voudrais pouvoir affirmer en toute impunité que si cette fille me retrouve, je n'en ai rien à faire. Qui est-elle afin de pouvoir affirmer être au-dessus de moi, de toute façon ? Néanmoins... Je n'ai pas envie de m'attirer d'autres problèmes. D'accord l'action que j'ai tenté ne se prête pas à être garante de ma tranquillité, mais voilà quoi, je veux juste m'exprimer. Et puis les murs des couloirs sont affreux ! Il faut bien leur apporter un peu de gaité !
Je souffle tandis que je reste toujours là, contre ce mur froid, à ne savoir que faire. Fichu règlement ! Si seulement dessiner sur les murs était autorisé... J'aurai pu rester tranquillement à mes activités. Mais, un léger bruit attire mon attention, et je me redresse. On ne dirait pas... Une flûte ? Quelqu'un en joue ? Dehors ? Certes, jouer dehors est tout à fait possible... Mais en hiver... Je préfère personnellement m'en tenir à l'été lorsque je sors mon violon sous le ciel bleu. Moins hasardeux, et plus agréable. Enfin, je ne risque pas de le sortir en ce moment de toute façon, vu que je l'ai bien évidemment laissé chez moi dans le but d'exaspérer mes parents. De plus, je n'ai pas envie que quelqu'un découvre que je m'y connais un peu en musique. C'est mon secret.
Je me lève finalement tandis que je me dirige vers le son que je perçois. Quitte à se les geler pour éviter de rencontrer une préfète, autant mettre à profit ce temps qui aurait été perdu. Je m'approche, lorsque mes yeux n'aperçoivent non pas une flûte mais...
– Oooooh !
Les yeux rivés sur la figurine que tient la fille devant moi, je ne peux empêcher l'exclamation de jaillir, brisant quelque peu la mélodie qui s'égrène au rythme d'une partition cachée. Magnifique. Seul mot me venant à l'esprit. Je n'aurais jamais pensé qu'un tel... Jouet ? Art ? Je ne sais pas vraiment... Enfin je n'aurais jamais songé qu'une telle invention existe. La mélodie jouée ne réveille aucun souvenir particulier en moi, et j'en viens à me demander qui l'a composée. Elle ne me semble pas particulièrement brillante, seulement, elle dégage quelque chose de paisible, léger. Et ce son dont je suis témoins, je ne peux que l'apprécier.
– C'est fou comme la magie peut faire des choses incroyables, je l'avais presque oublié.
Il me suffit d'observer, d'entendre cette figurine jouer, pour me rappeler pourquoi j'aime tant cette magie.
Cependant, ce n'est pas pour une simple expérience que je me retrouve si peu habillé dehors, en ce mois hivernal. Non, si un simple tee-shirt me couvre les épaules, c'est simplement car j'ai voulu échapper à un rutilant badge de préfet qui semblait s'approcher dangereusement de ma superbe expérience. Tenter le dessin mural. Certes, je peux paraître inconscient, mais je ne suis pas non plus stupide au point de penser que cette action est autorisée dans le règlement intérieur. Et, tomber sur une préfète un dimanche en fin d'après-midi, alors que tout le monde pleure la reprise du lendemain... C'est totalement ce que l'on nomme un "manque de chance". Heureusement que je l'ai aperçue à temps.
Les mains dans les poches, je me pose sur un muret de la cour, le regard perdu dans le vide tandis que j'appréhende l'arrivée d'une certaine préfète. J'ai froid aux jambes, je sens à peine mes mains, et je crois bien que si je reste ici plus longtemps je tomberai malade, et pourtant je n'ose pas me réfugier au chaud. Je balance entre deux émotions. Je voudrais pouvoir affirmer en toute impunité que si cette fille me retrouve, je n'en ai rien à faire. Qui est-elle afin de pouvoir affirmer être au-dessus de moi, de toute façon ? Néanmoins... Je n'ai pas envie de m'attirer d'autres problèmes. D'accord l'action que j'ai tenté ne se prête pas à être garante de ma tranquillité, mais voilà quoi, je veux juste m'exprimer. Et puis les murs des couloirs sont affreux ! Il faut bien leur apporter un peu de gaité !
Je souffle tandis que je reste toujours là, contre ce mur froid, à ne savoir que faire. Fichu règlement ! Si seulement dessiner sur les murs était autorisé... J'aurai pu rester tranquillement à mes activités. Mais, un léger bruit attire mon attention, et je me redresse. On ne dirait pas... Une flûte ? Quelqu'un en joue ? Dehors ? Certes, jouer dehors est tout à fait possible... Mais en hiver... Je préfère personnellement m'en tenir à l'été lorsque je sors mon violon sous le ciel bleu. Moins hasardeux, et plus agréable. Enfin, je ne risque pas de le sortir en ce moment de toute façon, vu que je l'ai bien évidemment laissé chez moi dans le but d'exaspérer mes parents. De plus, je n'ai pas envie que quelqu'un découvre que je m'y connais un peu en musique. C'est mon secret.
Je me lève finalement tandis que je me dirige vers le son que je perçois. Quitte à se les geler pour éviter de rencontrer une préfète, autant mettre à profit ce temps qui aurait été perdu. Je m'approche, lorsque mes yeux n'aperçoivent non pas une flûte mais...
– Oooooh !
Les yeux rivés sur la figurine que tient la fille devant moi, je ne peux empêcher l'exclamation de jaillir, brisant quelque peu la mélodie qui s'égrène au rythme d'une partition cachée. Magnifique. Seul mot me venant à l'esprit. Je n'aurais jamais pensé qu'un tel... Jouet ? Art ? Je ne sais pas vraiment... Enfin je n'aurais jamais songé qu'une telle invention existe. La mélodie jouée ne réveille aucun souvenir particulier en moi, et j'en viens à me demander qui l'a composée. Elle ne me semble pas particulièrement brillante, seulement, elle dégage quelque chose de paisible, léger. Et ce son dont je suis témoins, je ne peux que l'apprécier.
– C'est fou comme la magie peut faire des choses incroyables, je l'avais presque oublié.
Il me suffit d'observer, d'entendre cette figurine jouer, pour me rappeler pourquoi j'aime tant cette magie.
Hop, un peu en retard, navré...
@Lily-Rose Holland, pour la mention quelque peu implicite.
@Lily-Rose Holland, pour la mention quelque peu implicite.
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#855400
#855400
La Flûte enchantée
Je bascule dans un songe éveillé, flottant dans la musique qui me transporte ailleurs, dans un endroit au tréfonds de moi où personne ne peut m'atteindre ; je me retrouve à Londres, à la maison. Les souvenirs s'enchaînent aux notes qui tournent toujours, ils se délient dans mon esprit ; une foule de réminiscences se presse aux portes de mon cerveau, des choses oubliées ou négligées, des fragrances, des images vagues et floues, des mouvements furtifs, des sons distants, tout mon passé quotidien et sans importance me revient par vagues et déferle sur la beauté de l'instant. Je n'ai pas le contrôle, maintenant ; je me laisse simplement porter, voguant dans un vent insensible, une brise frémissante de mes sentiments, ballottée par la musique, le cœur en vrac. Et les pensées, aussi.
Jamais je n'aurais cru recevoir un si cadeau si merveilleux ; jamais je n'aurais même imaginé approcher une telle clarté. Une pléthore de questions déboulent avec ma mémoire, mais je m'en défausse dans un placard de mon esprit ; en vérité, je me fiche éperdument de savoir qui a créé cela, comment, pourquoi ; je me fiche éperdument de tout ce qui m'entoure à présent, tout cela, ce nœud d'interrogations et de doutes viendra plus tard. Seuls comptent la bulle que forme la mélodie et les notes qui s'en échappent, épurées et comme filtrées par le plus fin maillage, et la silhouette qui oscille lentement sur son socle, sans un bruit ; un long frémissement qui balance son corps d'un côté, puis de l'autre, en cadence.
Je n'ose même plus bouger, de peur de briser l'envoûtement, à l'air si fragile qu'un flocon le ferait voler en éclats.
Puis je réatterris brutalement sur terre. C'est comme si les voix extérieures n'avaient été qu'une couche à peine perceptible dans mon paysage sonore, et que le volume de ce monde avait été soudainement poussé à fond. Je tombe mentalement à la renverse, je sursaute, cherchant vainement des yeux la source de ces paroles, l'auteur de ce blasphème vis-à-vis de mon silence ; cela ne me prend pas longtemps de repérer le coupable. Il y a juste un type, là, seul dans un rayon de dix pas autour de la fontaine. Juste un type qui se permet de couper mon bonheur en mille morceaux, de s'inviter dans ma bulle ; mais je ne partage pas ma musique, moi.
« Je ne partage pas ma musique. »
Aussitôt formulée, cette idée m'échappe dans une volute rose de honte, aussi absurde qu'un dragon en robe de soirée ; je la repousse bien vite, certes, mais suit dans ma tête un instant de flottement étonné face à ma propre présomption. Comme si la musique m'appartenait, alors qu'il n'en est rien ; jamais personne ne pourrait posséder de la musique, et surtout pas une sorte d'art aussi pure, aussi envoûtante que ce cadeau ; autant espérer régner sur les étoiles. La musique est un tout insécable, une unité que l'on peut tenter de s'approprier sans toutefois y arriver entièrement ; on a parfois l'impression qu'un fragment de note se fige dans notre cœur, dans notre perception des choses, mais cette illusion s'envole toujours bien vite, elle retourne au vent, improbable et vagabonde.
Ma confusion d'une poignée de secondes adoucit le regard frustré que je coule en direction du garçon. Sa face me rappelle vaguement quelque chose — il ne serait pas à Gryffondor, par hasard ? Au fond, je me fous complètement de son identité, mais malgré mon amertume et mon état de consternation avancée devant ce démolisseur de pensées, je ravale la réplique sèche qui me monte aux lèvres. Peut-être est-ce parce qu'il a l'air un peu rêveur, un peu dans la lune comme moi à cause de ses bras nus sous les rafales neigeuses, que je n'arrive pas à nourrir à son égard une rancœur trop intense ; peut-être aussi parce qu'il exprime tout haut ce que je n'ose pas formuler, c'est-à-dire une admiration sans bornes pour cette œuvre que je serre fort entre mes doigts, de peur qu'elle ne s'évapore subitement, comme un mirage.
— La magie peut faire le pire comme le meilleur, c'est comme un tas d'autres choses, t'sais, tout dépend de qui en use.
Je lui souris à peine, mais mon ton se nuance en sentiments ; un mélange de chaleur et de fierté, et d'amertume peut-être. À ces mots, je pense à Maman qui soigne les gens, puis au Dominion et à tout le mystère et les dangers qu'il renferme ; mais je refuse de laisser planer ces idées noires sur moi, aujourd'hui, et je vrille plutôt mon attention sur le type qui reste planté, là.
— Toi aussi t'aimes la musique, alors ?
L'ombre du sourire grandit sur mon visage ; il n'est peut-être pas aussi nul qu'il n'y parait au premier abord, ce garçon.
Jamais je n'aurais cru recevoir un si cadeau si merveilleux ; jamais je n'aurais même imaginé approcher une telle clarté. Une pléthore de questions déboulent avec ma mémoire, mais je m'en défausse dans un placard de mon esprit ; en vérité, je me fiche éperdument de savoir qui a créé cela, comment, pourquoi ; je me fiche éperdument de tout ce qui m'entoure à présent, tout cela, ce nœud d'interrogations et de doutes viendra plus tard. Seuls comptent la bulle que forme la mélodie et les notes qui s'en échappent, épurées et comme filtrées par le plus fin maillage, et la silhouette qui oscille lentement sur son socle, sans un bruit ; un long frémissement qui balance son corps d'un côté, puis de l'autre, en cadence.
Je n'ose même plus bouger, de peur de briser l'envoûtement, à l'air si fragile qu'un flocon le ferait voler en éclats.
Puis je réatterris brutalement sur terre. C'est comme si les voix extérieures n'avaient été qu'une couche à peine perceptible dans mon paysage sonore, et que le volume de ce monde avait été soudainement poussé à fond. Je tombe mentalement à la renverse, je sursaute, cherchant vainement des yeux la source de ces paroles, l'auteur de ce blasphème vis-à-vis de mon silence ; cela ne me prend pas longtemps de repérer le coupable. Il y a juste un type, là, seul dans un rayon de dix pas autour de la fontaine. Juste un type qui se permet de couper mon bonheur en mille morceaux, de s'inviter dans ma bulle ; mais je ne partage pas ma musique, moi.
« Je ne partage pas ma musique. »
Aussitôt formulée, cette idée m'échappe dans une volute rose de honte, aussi absurde qu'un dragon en robe de soirée ; je la repousse bien vite, certes, mais suit dans ma tête un instant de flottement étonné face à ma propre présomption. Comme si la musique m'appartenait, alors qu'il n'en est rien ; jamais personne ne pourrait posséder de la musique, et surtout pas une sorte d'art aussi pure, aussi envoûtante que ce cadeau ; autant espérer régner sur les étoiles. La musique est un tout insécable, une unité que l'on peut tenter de s'approprier sans toutefois y arriver entièrement ; on a parfois l'impression qu'un fragment de note se fige dans notre cœur, dans notre perception des choses, mais cette illusion s'envole toujours bien vite, elle retourne au vent, improbable et vagabonde.
Ma confusion d'une poignée de secondes adoucit le regard frustré que je coule en direction du garçon. Sa face me rappelle vaguement quelque chose — il ne serait pas à Gryffondor, par hasard ? Au fond, je me fous complètement de son identité, mais malgré mon amertume et mon état de consternation avancée devant ce démolisseur de pensées, je ravale la réplique sèche qui me monte aux lèvres. Peut-être est-ce parce qu'il a l'air un peu rêveur, un peu dans la lune comme moi à cause de ses bras nus sous les rafales neigeuses, que je n'arrive pas à nourrir à son égard une rancœur trop intense ; peut-être aussi parce qu'il exprime tout haut ce que je n'ose pas formuler, c'est-à-dire une admiration sans bornes pour cette œuvre que je serre fort entre mes doigts, de peur qu'elle ne s'évapore subitement, comme un mirage.
— La magie peut faire le pire comme le meilleur, c'est comme un tas d'autres choses, t'sais, tout dépend de qui en use.
Je lui souris à peine, mais mon ton se nuance en sentiments ; un mélange de chaleur et de fierté, et d'amertume peut-être. À ces mots, je pense à Maman qui soigne les gens, puis au Dominion et à tout le mystère et les dangers qu'il renferme ; mais je refuse de laisser planer ces idées noires sur moi, aujourd'hui, et je vrille plutôt mon attention sur le type qui reste planté, là.
— Toi aussi t'aimes la musique, alors ?
L'ombre du sourire grandit sur mon visage ; il n'est peut-être pas aussi nul qu'il n'y parait au premier abord, ce garçon.
évanaissance
La Flûte enchantée
J’observe, légèrement penché en avant comme si je risquais de rater une miette du spectacle, la petite figurine en mouvement. C’est beau. Je crois. Enfin je n’en sais rien, mais en tout cas j’aime le son qu’elle produit, j’aime la manière dont elle semble échapper à l’emprise de mes pensées. Car j’aurais beau imaginer tout ce que je veux à propos de cette figurine, elle ne cessera pourtant son mouvement. Pas tout de suite, en tout cas. Peut-être plus tard, lorsque la mélodie touchera à sa fin, mais ce ne semble pas encore être le cas.
Les paroles de mon interlocutrice parviennent à la lisière de ma conscience, et je me souviens alors des mots que j’ai prononcé un peu avant à son égard. Mon attention se reporte donc sur elle, et j’acquiesce à ses dires. Oui, ça doit certainement être ce qu’elle dit. En réalité, je n’en sais rien. Je ne me suis jamais posé la question, moi, de si la magie faisait le pire ou le meilleur. La magie, c’est simplement la magie, non ? Ça ne peut-être ni bon, ni mauvais. Enfin j’en sais rien moi ! Sous ma réflexion, mes sourcils se sont froncés, et je soupire en remarquant que je me suis encore tendu pour rien. Renn a raison parfois, je dois m’agiter un peu trop vite.
– Ouais, je sais pas, tu dois avoir raison.
Enfin de toute façon, on s’en fiche un peu, de si la magie est bonne ou mauvaise ? Bah, de mon côté, je m’en fiche en tout cas.
« Toi aussi t'aimes la musique, alors ? »
Je sursaute presque à ces mots, puis me gratte un peu la tête, gêné. Je n’aime pas quand les gens me posent des questions comme ça, auxquelles je ne suis même pas certain de la réponse. C’est énervant, elle aurait pu poser n’importe quelle interrogation, mais il a fallu que ce soit celle-ci. Même Renn ne connaît pas vraiment mon rapport à la musique. Enfin elle a bien dû remarquer que je n’y suis pas insensible, car je m’exclame souvent face aux mélodies qui me touchent… Mais est-ce que j’aime la musique ? Je n’ai pas amené mon violon à Poudlard. Enfin cela n’est pas nouveau. Mais quand j’y songe, j’ai une sensation un peu bizarre. Comme si… J’avais fait quelque chose de pas bien. Alors que pas du tout !
Je regarde la fille, perdu dans mes souvenirs. Ouais, j’ai découvert le monde de la musique vers mes sept ans, oui, ce n’était pas de mon plein gré. J’ai fini par apprécier l’effort, et maintenant… Rah, je ne sais pas. J’en sais rien de si j’aime ou non.
– Je…
Je repense à tout ces morceaux, à cette vibration de la corde de sol contre mon épaule. Et également à ces crissements hideux. Même ça, j’ai finis par apprécier. Juste que le reste, j’aime pas. Je n’en sais rien en fait.
– Oui, j’aime bien.
Mais qu’est-ce que je suis allé répondre ? Sous la panique, je me suis senti obligé d’ajouter quelque chose, et voilà le résultat. Bon sang, stupide Nolan !
J’aimerai bien continuer la discussion sur un terrain moins glissant, cependant… Oh, je sais !
– Dis, c’est quoi comme morceau ? Ça ne me dit pas grand-chose.
Peut-être une musique sorcière, même si ça paraît vraiment doux ?
Les paroles de mon interlocutrice parviennent à la lisière de ma conscience, et je me souviens alors des mots que j’ai prononcé un peu avant à son égard. Mon attention se reporte donc sur elle, et j’acquiesce à ses dires. Oui, ça doit certainement être ce qu’elle dit. En réalité, je n’en sais rien. Je ne me suis jamais posé la question, moi, de si la magie faisait le pire ou le meilleur. La magie, c’est simplement la magie, non ? Ça ne peut-être ni bon, ni mauvais. Enfin j’en sais rien moi ! Sous ma réflexion, mes sourcils se sont froncés, et je soupire en remarquant que je me suis encore tendu pour rien. Renn a raison parfois, je dois m’agiter un peu trop vite.
– Ouais, je sais pas, tu dois avoir raison.
Enfin de toute façon, on s’en fiche un peu, de si la magie est bonne ou mauvaise ? Bah, de mon côté, je m’en fiche en tout cas.
« Toi aussi t'aimes la musique, alors ? »
Je sursaute presque à ces mots, puis me gratte un peu la tête, gêné. Je n’aime pas quand les gens me posent des questions comme ça, auxquelles je ne suis même pas certain de la réponse. C’est énervant, elle aurait pu poser n’importe quelle interrogation, mais il a fallu que ce soit celle-ci. Même Renn ne connaît pas vraiment mon rapport à la musique. Enfin elle a bien dû remarquer que je n’y suis pas insensible, car je m’exclame souvent face aux mélodies qui me touchent… Mais est-ce que j’aime la musique ? Je n’ai pas amené mon violon à Poudlard. Enfin cela n’est pas nouveau. Mais quand j’y songe, j’ai une sensation un peu bizarre. Comme si… J’avais fait quelque chose de pas bien. Alors que pas du tout !
Je regarde la fille, perdu dans mes souvenirs. Ouais, j’ai découvert le monde de la musique vers mes sept ans, oui, ce n’était pas de mon plein gré. J’ai fini par apprécier l’effort, et maintenant… Rah, je ne sais pas. J’en sais rien de si j’aime ou non.
– Je…
Je repense à tout ces morceaux, à cette vibration de la corde de sol contre mon épaule. Et également à ces crissements hideux. Même ça, j’ai finis par apprécier. Juste que le reste, j’aime pas. Je n’en sais rien en fait.
– Oui, j’aime bien.
Mais qu’est-ce que je suis allé répondre ? Sous la panique, je me suis senti obligé d’ajouter quelque chose, et voilà le résultat. Bon sang, stupide Nolan !
J’aimerai bien continuer la discussion sur un terrain moins glissant, cependant… Oh, je sais !
– Dis, c’est quoi comme morceau ? Ça ne me dit pas grand-chose.
Peut-être une musique sorcière, même si ça paraît vraiment doux ?
@Renn Saeunn, t'es mentionnée quelque part là-dedans !
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