Que la lumière soit
Cirque,
20h30, début de représentation
20h30, début de représentation
Ça y était. Ça allait commencer. Comme à chaque fois, son rythme cardiaque s'accéléra. Comme à chaque fois, le stress monta. Ce sentiment, mêlé à une certaine impatience, était purement grisant.
Tout ce que le bassiste voyait, c'était un immense rideau. Le bruit, venant de derrière le tissu, était puissant, entrant dans chaque tête, résonnant d'autant plus fort. Et, soudain, plus aucune lumière ne transparut par le rideau. Le silence se fit petit à petit, les enfants se turent. La tension était présente.
Alors, petit à petit, le rideau commença a bouger. Doucement mais sûrement, il glissa sur les côtés, levant la seule barrière entre les musiciens et le public. Enfin, il en restait encore une. Le noir. Le noir absolu, profond et complet.
Ce fut le moment choisi par Max. D'un regard, il signifia aux musiciens qu'il allait commencer. Touchant le manche de sa guitare, il plaqua un premier accord, comme pour ouvrir le bal. Celui-ci résonna, trouva son écho sous le chapiteau. Il resta seul pendant quelques instants, comme pour faire encore monter la pression. C'était impressionnant. On entendait seulement cet accord, comme un cri dans un désert.
Et, soudain, le groupe se mit en branle. Les pianistes placèrent leurs accords assez sûrement, la batterie entra en jeu. Le reste suivit facilement, alors que tout commença à illuminer. Des canons à étincelle en projetaient partout en l'air pendant, qu'au milieu de la scène, un disque sortait de terre. Au centre de celui-ci, celui qui était attendu par tous. Mr Loyal.
CHEF DE CHOEUR À LA RETRAITE.
Que la lumière soit
20h50, les voltigeurs
On commençait toujours par eux. Toujours, il se retrouvaient toujours en début de spectacle. Cela permettait de capter l'attention de la salle, qu'elle soit prête pour d'autres tours.
Alors, risquant leur vie, les acrobates voltigeaient par dessus les spectateurs, pour le bon plaisir de ceux-ci.
La mère de Max, plus habituée au soutien, laissait les plus jeunes voler. Elle se contentait de retenir de ses mains expertes chaque voltigeur, le rattraper, le relancer, du haut de sa barre. A l'envers, son visage ne trahissait aucune émotion ; elle avait une tâche à accomplir, des vies entre ses mains. Alors, concentrée, elle se focalisait sur chacun de ses mouvements.
Pendant ce temps, Max était silencieux, comme le reste des musiciens. Ils avaient, sauf consigne contraire, ordre de ne jouer aucun morceau durant de tels tours, de façon à ne déranger personne, que ce soit les acrobates ou la foule. Alors, souvent, une chape de plomb tombait sur le chapiteau. Pendant plusieurs minutes, personne ne parlait, on entendait simplement les cordes grincer, les mains s'entrechoquer, les barres jouer. Finalement, ce silence en devenait une musique, quasiment religieuse. Personne ne prononçait mot, tous étaient concentrés, seuls quelques bruits étaient audibles. Lorsqu'un voltigeur manquait de rater sa cible, lorsqu'une main glissait, on sentait presque la foule toute entière retenir son souffle, comme un seul être. Et, quand, après un saut particulièrement bien réussi, quelques applaudissements timides se faisaient entendre, le cœur du bassiste se réchauffait pour sa mère.
C'était magique.
CHEF DE CHOEUR À LA RETRAITE.
Que la lumière soit
21h20, les dresseurs
Puis venait ce que l'on pouvait considérer comme le clou du spectacle, les dresseurs. Au milieu de lions à la crinière enflammée, de tigres de trois mètres et d'ours blancs, se tenaient les maitres de ces bêtes, les dresseurs. Regard droit et fier, ils imposaient simplement par leur présence un respect immense. Ce regard forçait la soumission des bêtes, qui restaient toutes tranquilles et dociles, effectuant avec adresse les tours pour lesquels elles avaient été dressées.
Et pourtant... Et pourtant, Max ne pouvait s'empêcher de ne pas être serein. Quand on voyait son père entouré de bêtes mangeuses d'homme, on ne pouvait l'être. Alors le musicien jouait plus fort, plus rapidement, couvrant du mieux qu'il pouvait les cris des animaux, la foule qui acclamait. Une musique plus intense, plus sentimentale, comme si le chef de choeur pouvait, ainsi, se détacher de la réalité, s'éloigner un instant du cirque.
Chaque instant, un lion, un tigre, un ours ou un singe pouvait renverser son père, le dévorer. Dès qu'une de ces bêtes s'approchait d'un peu trop près du dresseur, la musique s'accélérait encore, devenant d'autant plus dramatique. Et, dès que le monstre faisait un pas en arrière, tout ralentissait, la main de Max se décrispait, doucement.
Max n'avait qu'une hâte; que ce numéro prenne enfin fin et que la torture s'arrête.
CHEF DE CHOEUR À LA RETRAITE.
Que la lumière soit
22h30, après la fin du spectacle
Le musicien n'en pouvait plus. Il ne pouvait plus vivre dans ce monde où, chaque instant, on pouvait glisser, tomber et mourir, prendre trop de risques et se faire manger par son compagnon de toujours. Non, il n'en pouvait plus, et il allait le signifier à ses parents.
Alors, il attendit tranquillement la fin du spectacle et du travail en coulisse, le temps que chacun range ses affaires et ses accessoires. Puis, d'un pas rapide, le bassiste se dirigea vers la roulotte de ses parents, où ils dînaient surement déjà. Il y entra, poussant fermement la porte d'entrée. Il était décidé, il quittait ce monde de fou.
-Papa, Maman, j'ai décidé de quitter le cirque. J'en peux plus de ce monde plein de dangers, de vous voir chaque instant risquer votre vie, et ce pour vivre dans une roulotte où le chauffage ne marche pas. Je ne veux plus de cette vie, elle me dégoute.
Le regard du père et de la mère exprimait et montrait les sentiments qu'ils ressentaient. D'ailleurs, les mots du père qui suivirent furent tout aussi violents.
-Tu... Comment te permets-tu de parler ainsi de cet art? C'est lui qui t'a façonné, qui t'a créé, qui te fais vivre tel que tu es. Et c'est ainsi que tu le remercies? En le rejetant, parce qu'il est dangereux? C'est ça la vie, c'est dangereux. Et on ne peut pas tout remettre en question sur un coup de...
Entendant ces mots, Max reprit la parole, la coupant à son père.
-Tu vois, Papa, c'est ça que je te reproche. Tu ne vis pas pour vivre, tu vis pour le cirque. Ta vie lui appartiens, tu ne décide pas de ce que tu fais. Et tu dis que c'est la vie? Je préfère encore mourir que rester esclave de ce spectacle et de cette peur tous les soirs.
A ces mots, après avoir été interrompu, les yeux du père se remplirent de quelque chose que max n'avait jamais vu. Le paternel se leva de table, la renversant par la même occasion. Il se rapprocha de son fils, et le saisit par le col. L'homme était vieux, mais la poigne encore bien ferme.
-Tu veux partir? Alors pars. Mais ne reviens plus. Sache que si tu remets les pieds ici, je me mettrai vraiment en colère. Comment peux-tu oser me mettre en cause, après tout ce que j'ai fait pour toi? Tu es vraiment égoïste.
Puis, la main se relacha, ce qui permit à Max de sortir. La colère sourde qui grognait en lui le fit partir d'autant plus vite, l'homme ne souhaitant pas rester plus longtemps dans le cirque du père.
Fin du RP, qui était nécessaire pour moi pour situer Max à son entrée à Poudlard 
CHEF DE CHOEUR À LA RETRAITE.