{ La Mie du Pain }

Les Amants, René Magritte
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< Thème musical : Étude "Tristesse", Op.10: No.3 - Frédéric Chopin >
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« L'amour est comme le vent ; il nous emportera »
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Luke, 44 ans
12 Mars 2047 [Midi]
Librairie des Égaré.e.s, Southampton
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< Thème musical : Étude "Tristesse", Op.10: No.3 - Frédéric Chopin >
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« L'amour est comme le vent ; il nous emportera »
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Luke, 44 ans
12 Mars 2047 [Midi]
Librairie des Égaré.e.s, Southampton
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Midi. Il repoussa une mèche blonde de son front qui commençait à sérieusement à abuser de sa patience, un ouvrage à la main. Luke Hardhoke prit le soin de glisser un marque-page vermeille au cœur de son livre, — étant de ces amoureux qu'une page cornée horripile — le déposa précautionneusement sur son bureau encombré puis se leva brusquement, alors que le clocher d'une église s'égosillait gaiement. Puis il slaloma en slalomant entres ses Montagnes — amas de livre loufoques — à la recherche de quelque chose.
La Librairie des Égaré.e.s était pour le moins originale. Dès que vous franchissiez le seuil de la porte, le rythme paisible d'un morceau de jazz s'invitait dans votre oreille ; surprise et plaisir. Puis venaient à vous les voix, rauques ou fluettes, calmes ou passionnées, de diverses personnes attablées autour d'un café ou bien d'un thé (point d'alcool en ce lieu, au risque de vous décevoir, aimable lecteur). On y parlait politique, art, sport, affaires ; tous les sujets étaient abordés, aussi fumants que les tasses de café. Vos yeux souvent ne savaient alors pas où donner de la tête, car la Couleur, les divers bruits, les amoureux du Livre envahissaient la librairie. A votre droite, vous pouviez accorder un coup d’œil dubitatif puis attendri aux fleurs et arbustes qui ensoleillaient ce pan de la pièce. Sur le mur, toujours à votre droite, une Fresque d'art abstrait, dont beaucoup peinaient à y trouver quelque Sens, achevait de vous enthousiasmer — je me permets de supposer que vous n'êtes pas de ces réactionnaires que ce genre de lieu fait vomir ; oh, pardonnez-moi, peut-être vais-je un peu loin. Alors vous avanciez en diagonale vers la gauche, religieusement, comme si vous pénétriez dans une Cathédrale — la Cathédrale de la Culture. Et vous arriviez devant... Une marée de livres. Tous styles, tous genres et toutes époques confondus. Comme une provocation en réaction aux treize étagères, bien alignées et avec leurs ouvrages classés méticuleusement. En se faufilant entre ces étagères, on pouvait parvenir tortueusement jusqu'au bureau du libraire — situé au fond à gauche de l'Antre — qui, dans une position souvent peu académique, autrement dit décontractée, bavardait, conseillait, riait aux éclats, lisait, écrivait, sans cesse rattaché à l'Art. Il avait fait la librairie à son image, lui qui était passé du fastidieux travail d'ingénieur à celui de libraire malicieux, comme il aimait le dire avec un clin d’œil complice. Il répondait toujours aux questions des visiteurs, si bien qu'il endossait parfois des rôles qui lui arrachaient un sourire intérieur. Les artistes le vénéraient, la Mairie le haïssait — ayant connaissance de sa proximité avec les milieux anarchistes. La faune qui parcourait son temple était, reconnaissons-le, plutôt ancrée à gauche. Nour Mokhrane, autrice et essayiste opposée au capitalisme, fréquentait par exemple régulièrement la Librairie des Égaré.e.s
En somme, le repaire de Luke Hardhoke ne générait pas de grandes sommes d'argent, mais il rassemblait livres, humains et idées. N'était-ce pas là l'essentiel ?
Tour à tour, Plumes, vous pouvez écrire en ma compagnie ; ma Volière est ouverte. Idem pour celles qui souhaitent avoir un plan de la librairie.
Résurgence