{ Les Ailes de l'Aurore }

Le lundi 15 janvier 2047
À l'heure où pâlit l'horizon


Felicia
Quatorze ans — presque quinze
Le Cromlech



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Prairie de songes

L'air se glace sur mon visage ; ma peau givre sous les flocons apportés par le vent. Mon corps entier est un brasier malmené par les courants neigeux, une torche enflammée que le souffle de Chioné éteint peu à peu, dans une longue étreinte engourdissante. Enroulée dans ma cape, je titube légèrement en direction de l'une des pierres dressées pour m'y adosser, enfin. La buée que mon haleine exhale dans la pureté de l'atmosphère se fond entre les ombres brumeuses de l'aube. Pris par la tourmente, entre blizzard et clarté, le ciel nocturne est de cristal. Sur sa toile profonde, oscillant entre le noir et l'indigo, scintille le souvenir des dernières étoiles. Tiraillé entre l'insondable Nyx et sa fille Héméra, le firmament hésite ; comme s'il ne savait pas de quelles couleurs se parer, en ce matin d'Hiver.

Illuminé de vives constellations ou teinté des mille reflets du Jour, orné de tous les éclats de sa Palette, qu'il soit un océan adamantin ou un incendie flamboyant, le Ciel est toujours un spectacle infini et saisissant.
C'est pour cela que je suis ici.
Mon regard vagabonde sur le monde endormi et gelé ; l'univers blanchi de neige est le miroir de l'Empyrée. J'erre sur ces froids paysages que nul ne saurait sonder en cet instant, je détaille l'immobilité et l'intemporalité des mouvements dans cet univers de noir et de glace. Bientôt — j'y crois à peine —, les rayons du Soleil réchaufferont ces froides contrées, et la lumière ruissellera par un puits de nuages, laissant tomber dans l'oubli toutes les terreurs de la nuit. J'attends que l'aurore renaisse de ces pénombres ; j'attends avec elle une personne particulière. J'attends une connaissance à peine effleurée, une fille aux pleurs évanescents, une inconnue que je comprends pourtant, un peu. Hannah. Son nom résonne dans ma tête, un écho qui s'inverse sans jamais s'altérer. Jamais je ne l'ai entendue le prononcer ; j'en suis réduite à l'imaginer sonner, délicatement enchevêtré à son charme opalin. Six lettres tracées sur un parchemin plié, six lettres qui me renvoient à ma seule mémoire, et à son message. Sa lettre . Je l'ai lue et relue, sous le feu de ma curiosité. Je l'ai lue et relue, avant d'y répondre, de décider de notre nouvelle rencontre. Me rejoindra-t-elle, cette douce Ange du soir ? Cèdera-t-elle à la tentation de la poésie du Jour déployée ? Je me questionne rhétoriquement ; je sais, au fond, qu'elle viendra. Je ne doute de sa présence ; bientôt elle sera là, c'est certain.
Mon cœur frémit à cette perspective ; nulle peur de l'avenir, mais une réminiscence du passé. Notre première entrevue m'a abandonnée dans une obscurité de questions, bouleversée par l'indécision. Cette enfant de la Mer m'a touchée intimement, par le silence de sa souffrance, par les reflets que sa vision projetait au fond de moi, la sombre reconnaissance que j'ai cru déceler en elle, qui me rappelle moi, et tout ce tas d'émotions qui m'ont traversées alors.

Le temps a coulé, depuis, mais les blessures ainsi creusées ne guérissent jamais tout à fait ; endormies, peut-être, elles s'éveilleront sans peine, au moindre coup. J'ai laissé ma coquille aux cachots ; après tout, elle était — j'étais — si meurtrie que le monde entier s'écoulait par les fissures. Mon âme n'a rien perdu de ses fêlures, mais je veux voir Hannah, je veux lui parler, m'assurer qu'elle ne se perdra plus en ses abysses.
Alors, serrée contre le rocher qui surplombe le parc, je laisse le ciel étirer sur moi ses lueurs.

Cher poëte d'@Hannah Hardhoke, j'espère que ce brin de poésie-ci te plaira.
Dernière modification par Felicia Luke le 30 mars 2022, 14:25, modifié 1 fois.

évanaissance

{ Les Ailes de l'Aurore }

Hannah, 14 ans
15 Janvier 2047 [Je partirai ; vois-tu, je sais que tu m'attends]
Parc, Poudlard


S'il y avait bien une chose que tu haïssais à Poudlard, c'était la neige. Ce blanc te rappelait le plafond de l'infirmerie. La seule fois où tu t'y étais rendue, tu avais perdu connaissance, étalée sur le sol *Pitoyable*. Au milieu de trois autres filles de Couleurs différentes. Ah, par Jupiter, tu préférais ne pas t'en souvenir. Mais la neige t'évoquait autre chose : le souvenir d'une tête de douze ans plongée dans la neige de rage et de désespoir, dans l'espoir d'y abandonner son tout dernier souffle, en contact avec les flocons serrés contre ton visage. Puis l'Emeraude, volant à ton secours. Non, tout cela n'était pas acceptable. Il n'était pas concevable que tu aies pu avoir perdu ne serait-ce qu'une fois le contrôle. La réalité est comme un train lancé à pleine allure sur les rails de la Vérité ; tentez de traverser, il vous écrase.

Nerveuse, à chaque pas tu pensais à faire demi-tour. Quelle idée avait pu te traverser la tête pour que tu envoies une Lettre — bordel, une Lettre ! — à cette Rouge Inconnue, à cause de quoi ? Un vulgaire bout de papier, avec certes, de jolis mots celés en son sein. Un doux tourment se saisissait de ton esprit ; quel avait été l'élément déclencheur ? L'instinct, qui frappait à coup de batte, tel un joueur de Quidditch, sur les pores de la peau qui recouvrait ton crâne — et celui des autres également, au passage.

Tu ne levais pas les yeux, tu ne voyais plus rien de la beauté de la Nature en éveil. Cette nervosité dont nous parlions il y a peu avait totalement dévoré tes yeux, tu étais comme Lucie aux yeux arrachés et remis à Dieu ; tu ne voyais rien, mais bientôt On finirait par te rendre ton Regard afin que tu puisses replonger tes yeux dans ceux de — *Bordel, j'comprends plus rien*. Tes yeux dans les mains déchirées du ciel, dont les rayons de l'Astre du Jour s'échappaient par les orifices abandonnés par les nuages, de grands orifices en ce matin de Janvier. Encapuchonnée, semblable à un Mangemort, tu ne jetais pas un regard vers ce spectacle.

Quand enfin tu te fus suffisamment approchée du lieu de la Rencontre avec l'Autre Rouge — la première Rouge étant Swann — tu ôtas ta capuche pour laisser apparaître ton visage et ta chevelure attachée comme à l'accoutumée — deux mèches téméraires retombaient sur les deux côtés de ton visage comme deux stalactites couleur châtaigne, frêles et éphémères. Puis tu allas à la rencontre de l'Ange Rouge, comme tu l'avais appelée dans ta Lettre enflammée. Félicia, Rouge comme le Camélia. Oh, d'un coup, tout revint, quand en relevant les yeux, tu l'aperçus plus nettement, à l'ombre des pierres. Sa peau très claire *Comme la n... non*, ses cheveux plus courts que les tiens. C'était bien elle.

Discrètement, tu te glissas à côté d'elle.

« Me voici. »

Résurgence