Inscription
Connexion

5 févr. 2022, 23:01
 Déc. 46  Silent Night, Holy Night...
London, 22 December 2046
In front of the Jeffroyler bookstore


La nuit tombait sur un Londres aussi silencieux que mes pas dans la neige. Mon rythme était lent de fatigue ; à cette cadence, il ne resta qu’un nombre identique entre les enjambées me séparant du domicile de mon enfance et mon nouvel âge : trente-huit.
Les volets de la librairie familiale étaient baissés, ils n’attendaient donc guère ma présence en ces lieux, ni même un potentiel retour. Et pourtant, pour la première fois depuis que j’avais quitté mon clan pour les protéger, j’eus envie d’avoir une existence ; ne serait-ce qu’un peu moldue ; pour être à leur côté et ne pas me présenter comme étant un étranger à leur vie. Surtout, quand je savais qu’un bébé — ma nièce — ma filleule pouvait être présente en ce décor.

Doucement, je fis entrer la clé que je possédais et la tournai afin d’adhérer à ce lieu. Indirectement, je pensai à l’idée d’être accueilli, mais il n’y avait qu’un silence pesant au sein de ces livres qui eurent été manipulés toute la journée. En imaginant cette scène, j’orientai ma croyance vers la bibliothèque de Poudlard où j’avais pu voir de nombreux élèves être émerveillés face à moult lectures ; pour ces deux semaines de vacances, je me devais de mettre ces songes de côté. C’était injuste, certes, mais je devais en faire le maximum pour profiter de ces instants de profanes, comme l’aurait sûrement dit mon père. Cependant, outre ce silence, je pris sur moi afin de me diriger vers l’arrière-boutique, là où se trouvait la véritable vie de cette maison. Avant d’en pousser la porte, je pus entendre les voix caractéristiques de certains membres de ma famille.

C’est bien dommage que Lancelot ne puisse pas revenir, même pour son anniversaire…
Maman, Lancelot est quand même bibliothécaire à Poudlard, il ne peut pas quitter son poste comme cela.
Nous le savons, Laudine, mais cela serait le deuxième Noël depuis son départ qu’il ne sera pas avec nous, alors comprends ce que peut ressentir ta mère.

Ces mots auraient tant pu être vrais, pourtant, cette année, j’avais vu cette opportunité de les rejoindre totalement possible. Je pouvais être auprès d’eux et leur dire que tout avait changé. Que le sorcier engagé pour devenir bibliothécaire de son ancienne école avait mué en l’un de ses professeurs ! Je ne pouvais donc pas partir et les laisser là dans l’ignorance. Doucement, je fis tourner la poignée afin d’entrer.

Il semblerait que le programme propose un bouleversement conséquent… Bonsoir, Maman. Bonsoir, Laudine. Bonsoir, papa.
Ce n’est pas vrai ! Je dois rêver, mon petit Lancelot est enfin à la maison.

Bibliothécaire : 01 Septembre 2045 - 28 Octobre 2046
Professeur d'étude des moldus : 29 octobre 2046 - ...

5 févr. 2022, 23:57
 Déc. 46  Silent Night, Holy Night...

Les bras m’assaillirent avant de m’étouffer ; je ressentais l’amour perdu depuis deux longues années. Je ne m’attendais point à de telles retrouvailles. Ils ne m’avaient donc pas oublié, l’espérance fut pour eux telle l’amie qui nous soutient dans les pires instants.
Je pouvais les toucher, entendre leurs voix qui interminablement avaient tendance à changer, à se faire absentes. Pourquoi n’en profiterais-je pas ?
Doucement, je repris mon souffle et me sortis de cette étreinte identique à ce que pouvait représenter un trépas lent et douloureux. Néanmoins, si je mourais, je serais décédé heureux.
Ma mère me déposa dans le fauteuil tel l’enfant qu’elle voyait toujours en moi. Pourtant, ce petit garçon blond et à la recherche de lui-même était un homme en ce jour. Mais ne restions-nous pas un enfant pour le restant de vie de nos parents ? Je n’en doutais pas au vu de son comportement.

Maman, je vais bien. Et puis ce n’était qu’une surprise de ma part. Guenièvre et Caélia ne sont pas là ?
Elles ne viennent que demain, et n’oublies pas non plus Chris, c’est tout de même le compagnon de ta sœur.
M’ouais, il était contre ceux possédant des pouvoirs durant toute cette période de séparation. Comment pourrais-je accepter un anti-sorcier dans cette famille ? S’il ne m’accepte pas tel que je suis quel est l’intérêt pour moi de lui présenter la moindre once de respect.
Tu es un rancunier, Lancelot, la paix doit être maître mot ici.
Je ne suis pas rancunier, Laudine, je suis un Serpentard, c’est bien différent. Et déjà que j’essaye de faire accepter le monde moldu à mes élèves, ce n’est pas pour devoir lui faire un cours d’étude sur les sorciers.
Tu n’es plus bibliothécaire ?
Non, je suis professeur, aujourd’hui. Professeur d’étude des Moldus, je fais découvrir notre société à des élèves sorciers. Je pensais attendre que tout le monde soit là pour le dire, mais puisque je n’avais pas le choix.

Plus personne ne semblait prendre parole. Étaient-ils sous le choc ou comprenaient-ils enfin que j’aurais bien plus de temps aujourd’hui pour les retrouver ? Je n’en avais nulle connaissance, mais c’était ainsi que le destin écrivait ces mots.

Bibliothécaire : 01 Septembre 2045 - 28 Octobre 2046
Professeur d'étude des moldus : 29 octobre 2046 - ...

10 févr. 2022, 01:12
 Déc. 46  Silent Night, Holy Night...


Une tasse de thé servie délicatement, mes doigts la parcourant, j’écoutais avec attention les divers récits que me racontait ma famille. Ils avaient une certaine précipitation dans la voix et ils me présentaient sans aucune hésitation les moindres faits qu’ils eurent vécu sans moi ; bien qu’ils fussent involontairement blessants, je pus constater le manque que je leur avais procuré avec ce départ et le fait qu’ils étaient au courant de propos que je crus bien leur avoir cachés. Ils maîtrisaient la rupture relationnelle entre Hector et moi-même quand il s’était finalement mis avec Soizig. Leur en voulais-je ? Aucunement puisque je m’étais rendu compte que cette liaison n’était qu’une tentative de rémission au divorce que j’eus éprouvé avec Riley. Hector avait le droit d’être avec la personne qu’il aimait vraiment et non à se forcer avec son meilleur ami afin de lui rendre le sourire. Actuellement, je préférais ce célibat tant redouté, alors à quoi bon ?

Mon écoute s’arrêtait quelques secondes à chaque fois que l’un d’entre eux désirait prendre la parole ; j’en profitai pour me désaltérer de quelques gorgées de thé même si la dernière repassa entièrement par mon nez quand Laudine tenta une blague peu drôle et pourtant si réfléchie. Elle n’avait donc pas changé. Entre Guenièvre et elle, il n’y avait pas photo, elle maîtrisait l’humour intellect comme personne, quand bien même si je me sentis légèrement frustrée par cette dernière.

Avec ton prénom, j’eus pensé que tu te serais dirigé vers l’Histoire de la Magie. Après tout, tu es diplômé en cette discipline. Alors pourquoi l’étude des Moldus ? En quoi cela consiste-t-il réellement, Lancelot ?
Pourquoi cette question ne m’est-elle pas surprenante ? Si je n’ai pas pris l’Histoire, c’est parce que je n’en avais pas envie. Ensuite, tu me vois parler de Lancelot Du Lac sans avoir de remarques telles que « Monsieur, Lancelot Du Lac, c’est votre ancêtre ? » ; « Monsieur, pourquoi avez-vous le même prénom que lui ? » ou encore « Monsieur, est-ce que vous êtes la réincarnation de ce chevalier ? ». Je le supportais déjà à la bibliothèque, et cela aurait été une occasion à ne jamais manquer chaque année. Et puis Áine est superbe dans cette matière, elle rend très divertissant chaque fait emblématique, et je n’aurais pas pu en faire de même, croyez-moi !
Áine ?
Une collègue très sympathique, rien de plus ! Ce n’est pas parce que je suis diplômé historien, que j’ai été marié à une historienne que je dois forcément me retrouver une femme de la profession, alors évite d'être légèrement alarmiste et anticipatrice, tu veux bien. Actuellement, l’amour passe bien après ce projet d’enseignement. Et pour dire la vérité : l’étude des Moldus est une matière très intéressante, elle permet d’une certaine manière de nous protéger ; de préserver notre secret si des sorciers veulent sauter la barrière et ne pas se faire prendre. J’apprends à mes élèves comment ils doivent se comporter, s’habiller ; je leur fais également connaître les arts comme la peinture, le cinéma, la littérature et la pseudo-utilisation de la télévision, de l’ordinateur, du téléphone, du smartphone, de la tablette. Et ils ont aussi des cours sur l’économie, la royauté, le sport et les fonctionnements scolaires. C’est aussi simple que cela, un cours de non-magie pour les êtres enchantés. Je ne veux pas qu’ils vous voient une nouvelle fois au même degré que des monstres… Et c’est ce que je maîtrise le mieux.
Comme lors de Salem ?
Il y a de cela, même si Salem est l’épisode le plus historique. L’Inquisition et la chasse aux sorcières les ont beaucoup marqués, et ce pendant des siècles, et les derniers évènements ont ravivé ces craintes. Et il faut les, enfin, nous comprendre. Les Moldus, dans une certaine majorité, nous ont vus comme des êtres infâmes, des meurtriers, alors qu’ils nous ont toujours faits bien pires…

Je m’arrêtai quelques instants, cette affirmation se présentait comme terrible à leurs yeux. Je ne leur en voulais guère, mais ils devaient être mis au courant de nos ressentis. Les sorciers n’étaient pas des proies à chasser et inversement. Ils le savaient, en étaient au fait depuis qu’ils avaient appris pour ma spécifique condition. Ils ne devaient nullement s’en vouloir, mais le poids avait dû être largué.

Me resservant une nouvelle tasse de thé, je ressassai quelques vieux souvenirs, dont celui dudit beau-frère, quand il m’avait adressé que j’étais celui qui engageait une cible sur ma propre famille. Est-ce que je l’avais désiré ? Négatif.
Pourtant, même si les tensions se calmaient, je continuais à lui en vouloir. Pour combien de temps ?

Lancelot ?
Qu’il y a-t-il, Laudine ?
Je n’envisageais pas de te placer dans cet état catatonique, tu t’en doutes, n’est-ce pas ?
Évidemment, je ne vais pas t’en remettre la faute. J’aurais peut-être juste préféré en parler devant Guenièvre pour ne pas avoir à le raconter plusieurs fois et de profiter de cette soirée auprès de vous trois.
Oui, surtout aujourd’hui, Monsieur trente-huit ! Tu nous fais un présent, alors que c’est à toi d’en recevoir.
Arrête, mon plus beau cadeau ne doit pas être matériel. Vous êtes ma plus élégante donation et vous revoir était tout ce que j’eus attendu depuis mon départ. D’ailleurs, est-ce que vous pourriez me parler de Caélia ?
Déjà sous le charme de sa filleule sans même l’avoir rencontrée ?
En quelque sorte !

Un rire traversa l’ensemble de la pièce. Nous étions enfin réunis — du moins en partie — et je ne voulais pas voir cela disparaître. J’avais peut-être trente-huit ans en cette date, toutefois, ce n’était pas tous les jours qu’on pouvait en apprendre plus sur un autre être qui allait sans aucun doute métamorphoser le futur d’une famille…
Et je souhaitais au plus profond de moi qu’elle apportât plus qu’un avenir ; qu’elle devînt tout simplement la possibilité de pacification entre deux personnes qui ne pouvaient plus se voir. Je voulais qu’elle me permît de retrouver ma sœur aînée sans aucune contrainte, qu’elle fût mon nouveau refuge de sérénité ; ma branche de gui de Noël.

@Áine Lydon pour la mention. Comme ça tu sais :lol:

Bibliothécaire : 01 Septembre 2045 - 28 Octobre 2046
Professeur d'étude des moldus : 29 octobre 2046 - ...

20 févr. 2022, 18:26
 Déc. 46  Silent Night, Holy Night...


London, 23 December 2046
O'Lake House, behind the Jeffroyler Bookstore


L’éveil dans mon ancienne chambre d’adolescent fut quelque peu bruyant. En regardant le réveille-matin présent, je remarquai qu’il était déjà dix heures. Cela était bien tard, mais je me doutais parfaitement que mes parents me laissaient un certain temps de récupération ; c’était bien sympathique, mais je ratais l’occasion de pouvoir les aider de manière efficace.
Sitôt préparé, je rejoignis rapidement la cuisine familiale avant d’être figé sur place. Elles étaient présentes…

Guenièvre se tenait là à épauler notre mère à l’introduction du petit-déjeuné bien qu’elle gardât une petite tête blonde au sein de ses bras. Elle était radieuse, souriante ; identique à l’image qu’elle avait laissée dans mon esprit lorsque je fusse parti. Et c’était le principal pour moi. Caélia — bien installée dans les bras de ma sœur — posa ses iris bleus sur moi avant de babiller, provoquant systématiquement le retournement de mon aînée et son état catatonique. Je n’osai pas bouger, un étrange sentiment me prenant en son sein ; d’une part, je lui en voulais de m’avoir prévenu si tard de la naissance de cette enfante, d’une autre, j’étais tellement heureux de la revoir ; une double contradiction. Néanmoins, je devais adopter le négatif en moi, nous étions enfin tous réunis, si je ne comptais pas mes aïeux.

Lancelot… Je… Je…
Tu n’arrives pas à y croire, n’est-ce pas ? Tu concevais au fait que j’allais rester, éternellement, au sein de mon autre communauté ? C’est bien ce que tu en as pensé, non ? Après tout, tu m’as prévenu très tard de certains évènements.
Non, ce n’est pas ce que tu imagines, Lancelot. Je voulais t’informer directement de tout cela. Chris ne souhaitait juste pas que tu infliges ton absence à Caélia. Qu’est-ce que l’on pourrait lui dire quand elle sera en âge de comprendre ? Il désirait le préserver.
La protéger de quoi ? Du fait que je sois différent en étant un sorcier ? Ne commencerais-tu pas à croire que je suis potentiellement dangereux pour vous tous ? Entreprendrais-tu à me rejeter, à détester ce que je suis ? Crois-tu vraiment que je ne suis déjà pas assez discriminé au sein de la communauté magique pour que toi aussi tu débutes l’accomplissement d’un tel acte d’indifférence ?
Je n’ai jamais dit ou pensé ce que tu présentes !
En es-tu certaine ? Tu as quand même accepté les décisions que t’imposait un homme qui s’est montré totalement contre les sorciers quand tout le monde croyait en notre nocivité.
Lancelot, arrête !

Je me tournai dans la direction de mon père. Son œillade était dure en ma direction tandis qu’il semblait s’être installé dans une conversation avec ledit homme que je ne supportais pas. Prenait-il leur défense ; alors, que la veille, il semblait bien heureux de me revoir ? La vision apparaissait tout à fait contradictoire en y repensant.
Cela me troublait, mais je préférai me taire à nouveau et laisser ce faussé se creuser encore bien plus que ce que cela n’était. M’installant entre Laudine et ma mère, je me servis dans le silence sans apporter de regard aux autres membres de ma dite famille. N’étais-je déjà pas assez différent ?
L’ambiance s’était faite lourde malgré les babillements légers de la petite. Cette journée ne sera nullement de doux repos.

Bibliothécaire : 01 Septembre 2045 - 28 Octobre 2046
Professeur d'étude des moldus : 29 octobre 2046 - ...

6 avr. 2022, 22:41
 Déc. 46  Silent Night, Holy Night...


Le silence fut mon amie pendant une bonne partie de ce petit-déjeuner, regrettais-je en partie le fait d’être revenu ? En quelques points, cela put en être le cas. Je n’écoutais seulement que leurs dialogues profanes sur des « progrès » que pouvait faire ma filleule. Toutefois, je n’appellerais pas cela des progrès, mais une évolution ; elle grandissait et avançait à son propre rythme : cela me paraissait logique. En conséquence, je n’ajoutai nul commentaire et laissai couler ces conversations autour de Caelia même si tout ce que je faisais à son encontre ne fut qu’observation. Cela n’était peut-être pas ce que je nommerai une réelle découverte de l’autre, mais il en était ainsi. J’étais un électron étranger au noyau bien que Maman et Laudine tentèrent de me faire participer, sans succès.

À force de les entendre, l’envie de faire un tour me prit, alors, je quittai le salon afin de me mettre dans un accoutrement plus confortable — une fois entré dans ce qui fut autrefois ma chambre — avant de partir armé d’une veste d’hiver verte et d’accessoires de saison bien que ma baguette fût installée dans l’une de mes nombreuses poches sans fond.
Mais à peine arrivé à l’extérieur de la librairie, j’entendis la porte que je venais de fermer s’ouvrir à nouveau et me faire embrasser certains bruits bien distincts que pouvait faire une enfant. Je retins un soupire et me virai vers ces « dialogues » incompréhensibles pour y trouver Guenièvre tenant sa fille ; au sein de son manteau ; bien que je ne doutasse nullement de la présence d’un porte-bébé ou d’un bandeau de portage.

— Que fais-tu ? Tu n’as point peur qu’elle attrape froid ? C’est encore un bébé et je soupçonne que ton vêtement ne la protège pas réellement ?
Cela se voit que tu ne t’occupes pas d’anges en bas âge… Et j’ai décidé que nous, Caelia et moi, allions t’accompagner.
— Crois-tu que je sois également un enfant qui a besoin de compagnie ? Tu ne devrais, de plus, pas t’efforcer à me converser.
À la différence, Lancelot, que je ne me force pas… Et puis je considère que nous devons parler tous les deux, chasser les quiproquos que nous avons eus ce matin.
— Des malentendus ? Je ne pense pas que cela en fût, au contraire, ils étaient même très clairs pour moi. Je suis et subsisterais éternellement comme un étranger pour Caelia, ça je l’ai bien compris puisque vous voulez tant la préserver, la protéger de mes absences et donc inconsciemment de « tu-sais-quoi » !
Mais tu ne déchiffres vraiment rien ! Tu es Lancelot O’Lake et tu resteras toujours Lancelot O’Lake. Fils de Mortimer O’Lake et de Morgan Jeffroyler, frère de Laudine O’Lake et surtout mon frère et le parrain de ma fille ! Il faut juste que tu apprennes à comprendre Chris…
— Apprendre à comprendre ce que j’enseigne… C’est un concept fort intéressant, Guenièvre ! Je suis plus qu’au courant des aprioris qui puissent exister entre les deux, merci de t’en rappeler…

J’enfonçai les mains tout au fond de cette veste qui ne pouvait point réchauffer ce cœur bien trop refroidit par cette maison qui se retrouvait bien changée depuis les derniers évènements qui eurent frappé les deux communautés. Néanmoins, je pus entrapercevoir la gestuelle de réflexion de mon aînée tandis que je commençasse à avancer dans cette rue. Mes pas craquèrent dans la neige, mais les siens aussi bien qu’ils furent plus rapides et légers que les miens. Entreprenait-elle réellement à comprendre ce que je ressentais pour m’en parler ?

Lancelot Henry Arthur O’Lake, qu’est-ce que tu tentes de me dire par « apprendre à comprendre ce que tu enseignes » ?
— Guenièvre Victoria Morgane O’Lake, où est donc passé ton intellect fort impressionnant pour interpréter les mots que je te prononce ?

Un rire étrangement commun, mais dont la gravité était diverse sortit de nos lèvres à ma plus grande stupéfaction. Avions-nous saisi la satire de l’instant ? Je me doutais que sa compréhension avait été rapide, mais elle avait cherché à ce que j’en parlasse de vive voix, mais l’ironie avait suffi pour lui donner ne serait-ce que raison. Elle combla encore plus la distance entre nos corps et embrassa ma joue avant de la frapper de deux coups particulièrement doux. Son sourire narquois triomphait sur son visage alors qu’elle reprit la marche.
Je la rejoignis finalement, silencieux afin de ne pas compliquer davantage la relation que nous possédions, même si je trouvais cela si injuste qu’elle préférait préserver sa fille de moi à cause d’une demande de son compagnon. J’étais quand même son frère, son benjamin.

* * *


Après plusieurs minutes de marche, nous arrivâmes à Saint-James Park. Tout était coi et je trouvais que la neige apportait une plus-value à ce parc habituellement bien trop fleuri ; c’était féérique. Cette couche de poudreuse signifiait tant, mais s’assénait parfaitement bien au silence de son original propriétaire.
Guenièvre portait toujours la petite contre elle et je tenais sans cesse à ce que rien ne sortît de nos bouches : je ne désirais rien d’autre en l’instant.

Marchant, je posais de temps en temps mon regard dans celui émerveillé du bébé. Elle paraissait découvrir une nouvelle partie de son monde et cela lui semblait tellement lui convenir : si seulement elle savait tout ce qui pouvait se cacher derrière de simple aspérité moldue ; l’innocence de l’enfance était ce que j’aurais pu envier en ce jour froid.

Lancelot, est-ce que tout va bien ?

Ma réponse se contenta d’être un haussement des épaules ; je ne souhaitais pas rompre mon vœu de mutisme avec elle-même si j’eusse ri précédemment en sa présence. Je cherchais toujours à comprendre pourquoi, après tant d’années, elle me considérait enfin comme un « pestiféré ».

Lancelot, répliquer par le silence n’est pas une solution. Cela te fait vraiment ressembler au gamin que tu fusses quand tu refusais de nous dire ce qu’il se passait réellement pour toi dans cette école.
— À qui la faute cette fois ? Tu ne te rends pas compte que ma place est indéfinie que cela soit ici ou dans l’« ailleurs », et en tant qu’image de ma famille, ce rejet est une punition. Tu prends sa défense par rapport à son inquiétude sans comprendre que finalement, c’est à moi d’avoir peur de lui et de ce qu’il pourrait faire. Nous, NOUS, sommes contraints de taire cette « chose » pour nous protéger, de nous cacher depuis des siècles parce vous n’êtes pas fichus d’accepter la différence par peur de l’inconnu. Vous nous voyez telle une menace alors que nous n’avions rien sollicité d’autre que de cohabiter par le passé. Salem et ce qui s’est écoulé il y a quelques années, ce n’était pas demandé, c’est votre peur que l’irrationnel devienne son contraire qui vous fait agir comme cela. Et moi, je dois apprendre à mes élèves de se préserver de ce comportement en se déguisant, en les empêchant d’être eux-mêmes, mais c’est ce qu’est cette société : un gâchis de l’identité. Et cela, j’ai du mal à approuver que tu n’acceptes plus ma différence. T’ai-je fait quoi que cela soit par le passé ? T’ai-je par ailleurs blessée ?
Non… tu n’as rien fait de cela, mais je l’aime et je me dois de le soutenir. Il est aussi ma famille et bien plus aujourd’hui. Lancelot, il faudra que tu l’acceptes tel qu’il est. Je sais que c’est plus que compliqué pour toi, mais tu dois également comprendre que « actuellement », tu es le seul comme « cela » chez nous.
— Oh, je le sais bien. Mais si Caelia était comme moi à l’avenir ? Tu le laisserais la faire se sentir étrangère à sa propre famille ? Je ne crois pas. Alors, fais-le aussi pour moi… Je ne te demande rien d’autre que de me laisser être moi-même dans ma famille et d’être ce « parrain » que tu as choisi pour la petite. Oui, je serais absent physiquement, mais cela m’empêchera-t-il de vous envoyer de mes nouvelles ? Non ! Donc d’une certaine façon, je serai là moralement et pendant les vacances…

Guenièvre n’osa pas me regarder après ma tirade comme si elle prenait seulement conscience du poids de mes paroles, mais peut-être était-il trop tard pour tout recoller ? Je n’en savais rien, mais j’avais pu enfin lui exprimer ce qui m’enliassait le cœur.
Un soupir finit par sortir de sa bouche et je la vis défaire son manteau et les attaches de ce qui retenait Caelia de sa poitrine.

— Qu’est-ce que tu fais ?
Je pense que Caelia va pouvoir, au bout du compte, connaître son grincheux, têtu et surtout idiot de parrain. Pourquoi crois-tu que tu es son parrain ? Par intérêt ? Alors là, non ! Je sais que la probabilité qu’elle soit identique à toi est minime puisque Chris et moi-même ne sommes pas comme toi, mais si cela arrivait, elle aurait quelqu’un qui pourra la guider ; Chris le sait tout aussi bien même si cette possibilité ne l’enchante pas, mais il l’aime. Ensuite, contrairement à ce que tu penses, il t’apprécie surtout lorsque tu agis de telle manière que tu le fais quand tu es à Londres. Oui, c’est modérément complexe, car ce n’est pas ce que tu veux réellement faire ou parce que tu ne peux pas être toi-même, mais je sais que tu ne ferais « cela » qu’en dernier recours. Donc, Lancelot, est-ce que tu saisis maintenant comment il fonctionne et pourquoi il désire la préserver d’une certaine manière, parce qu’il croit que tu dois toi-même te sauvegarder ici ? Dès lors, tant que Caelia n’est pas en âge de comprendre, on le gardera un peu loin de cela ; je te conserverai de ce monde qui n’est pas encore en mesure de vous entendre comme papa, maman, Laudine le font et au même degré que Chris. Il essaye de le faire même si je te l’avoue : il avait très peur quand tout cela est arrivé, mais il apprend doucement, certes, mais il le fait.

Je retins un sanglot lourd de sens et serrai, enfin, contre moi cette enfant qui était maintenant ma filleule. Ses petites mèches blondes chatouillaient mon visage ; je me sentais heureux, comme si elle avait effacé d’elle-même l’ensemble de mes doutes, de mes craintes, et surtout de toute la colère que j’eusse abordé pour ma famille les jours précédents cette rencontre, ce touché. Mais ce n’était que le début d’un nouveau chapitre…

— Salutation, Caelia, je suis Lancelot ton parrain un peu spécial, mais un jour tu comprendras…

Bibliothécaire : 01 Septembre 2045 - 28 Octobre 2046
Professeur d'étude des moldus : 29 octobre 2046 - ...

12 avr. 2022, 01:12
 Déc. 46  Silent Night, Holy Night...


Le retour à la maison après plus d'une heure de balade se fit le plus sereinement possible ; Caelia se trouvait endormie dans mes bras. Je ne savais pas la lâcher de peur de la blesser. Elle me semblait si fragile — comme faite de sucre — et je ne me voyais pas la réveiller par un brusque mouvement.
Je possédais toujours, malgré la chaleur de la maison, l'ensemble des vêtements avec lesquels j'eusse quitté la maison avec Guenièvre et la petite même si les regards de ma famille furent inquiets, mais je ne désirais nullement empêcher la petite de dormir.

Chaton... retire tes affaires, tu vas fragiliser ta santé.
— Je ne veux pas la réveiller ou la blesser, donc il vaut mieux que je ne bouge pas.
Il est en amour devant Caelia, maman, sa réaction est normale. Tu aurais dû le voir quand je la lui ai posée dans les bras, il ne savait pas quoi faire d'autre que de lui parler de tout et de rien.

Un rire léger sortit de mes lèvres face à cette vérité, car tout ce qu'elle énonçait était authentique. Je n'avais pas été aussi bavard depuis longtemps puisque même en donnant cours, je ne parlais pas dans un débit aussi rapide sur plein de sujets — sauf quand on me lançait sur quelque chose que je connaissais particulièrement bien — tous aussi divers les uns que les autres. Pourtant, avec Caelia, je me le suis permis. Je maîtrisais le fait qu'elle ne comprendrait nullement mes dires, mais ce fut l'une des seules choses que je pusse faire de non magique pour la garder concentrer sur moi hormis quelques baisers sur son front et sur ses joues.
Je reposais alors mes lèvres sur le front de la petite avant qu'elle ne soit reprise par Guenièvre pour la mettre dans une position plus confortable pour son sommeil, mais pour me permettre de retirer, je dois l'avouer, ce qui me procurait une surcharge de chaleur.

Le poids à présent évincé, je me redressai et allai reposer mes affaires à l'entrée de l'arrière-boutique avant de remarquer le regard de ce beau-frère avec lequel la communication n'était pas notre fort à tous deux. Avait-il un problème ? Ou bien ne le comprenais-je pas encore entièrement comme semblait le faire "notre" famille ?

Je pense que Chris et toi avez à parler... N'oublie pas ce que je t'ai dit à Saint-James Park.
— Ne t'en fais pas, je n'oublierai pas, mais je ne promets rien s'il m'engage sur la pente.
Tout se passera bien.

Je hochai la tête pour le plaisir de ma sœur aînée. Cette situation construisait une nouvelle fois un mur d'obstacle devant moi, comme si cela était impossible à franchir, mais tant que la discussion ne se réalisait pas, il n'était pas certain que cela s'apaisât. Mais pour le bien de la petite, il fallait construire une relation stable entre lui et moi-même.
Prenant ensuite quelques instants, je me dirigeai vers le comptoir de la cuisine où il se trouvait lui aussi.

— Chris... pouvons-nous parler ?
Oui, cela est possible, mais peut-on faire cela dans la véranda ? Je me vois mal ne pas être sincère avec toi, et envers toi, si je me sens observé de toute part.
— Comme tu le voudras.

Avant de le suivre, je me séparai de ma baguette en la sortant de ma poche sans fond de mon pantalon et en la plaçant délicatement dans l'un des tiroirs à ma disposition. Cela n'était guère la meilleure idée du monde, mais elle fut la seule où elle me paraissait en sécurité. Je rejoignis finalement l'homme de ma hantise familiale ; cette discussion tant attendue n'allait certainement pas aller dans la direction que j'espérais en l'instant. Cependant, comme Guenièvre le disait : seule cette dernière pourrait permettre la découverte d'une solution relationnelle.

Un frisson me parcourut lorsque j'entrasse dans la véranda. Le silence, quant à lui, s'installait à une vitesse hallucinante. M'attendais-je à cela ? Évidemment...
Le regard que possédait Chris ne me rassurait nullement — tout comme l'ensemble de sa posture pour tout avouer —, je me sentis liquéfier comme un glaçon en saison estivale. Néanmoins, il s'asseya sur l'un des poufs avant de m'indiquer celui présent à ses côtés. Je m'y installai donc, attendant d'une façon ou d'une autre le dénouement de cette triste histoire.

Je me doute que nous n'avons pas débuter en de bons termes et sur de bonnes bases.
— Cela se trouve être exact, mais dans un même temps, tu n'es point entré dans cette famille au bon moment.
Je le sais, Laudine me l'a conté. Je suis arrivé au moment où tu te séparais d'eux pour te protéger et j'étais, le comble pour ta famille, contre ta communauté à cause d'images sans connaître le véritable contexte de ces-dernières.
— Je te donne raison, mais le contexte n'était des plus glorieux non plus quand on le voit d'un œil magique. Certes, cela vous a pour beaucoup effrayés et je le conçois parfaitement, mais pour nous, cela signifiait un possible retour au Moyen-âge avec la célèbre et triste chasse aux sorcières. Ce retour à la souffrance fut ce que nous voulions éviter un maximum, il fallait que l'on protège les enfants, mais aussi les familles et ses adultes.
Oui, et dire que je voulais votre extinction avant de tout savoir. Votre école qui permet aux plus jeunes à se contrôler et de se protéger est une excellente idée, et ils apprennent à vivre sans magie deux mois par an...
— Ils vivront toujours avec cette magie en eux, c'est juste qu'en tant que mineurs, ils ne peuvent pas la pratiquer en dehors de l'école pour éviter les accidents et la révélation du secret. Une fois adulte, on juge que le contrôle est parfait. C'est tout...
Oui et toi aussi. Je suis désolé qu'on ait à te demander cela pour Caelia, mais en même temps, cela lui évitera de tout dire. Quand ils sont enfants, ils ont la langue annonciatrice par rapport à tout et ça la protège et te protège. Pour cela, je me doute que Guenièvre et moi-même, nous, nous sommes mal exprimé avec toi.

Je hochai la tête pour montrer mon accord face à sa dernière parole. L'explication n'avait pas du tout la même approche ni la même visualisation. Cette fois, tout me semblait plus clair et bien plus sincère. Et sur cela, de cette manière, tout lui donnait finalement raison.

— J'ai promis à Guenièvre de ne pratiquer mon art qu'en dernier recours et loin des yeux de la petite. Je sais que je ne serai pas le parrain parfait et le plus sincère pour les années à venir...
Mais tu le seras quand elle pourra le comprendre ou... Ou... Dans l'éventualité où elle serait comme toi.
— Je ne sais si elle le sera, je te rassure, on ne le saura que dans quelques années et avant ses onze ans. Pourtant, je serai là si cela arrivait.
T'es quelqu'un de bien, Lancelot. Je m'en veux en partie pour t'avoir fait comprendre l'inverse..
— Tu n'as point à t'en faire, Chris. Laudine y est pour beaucoup, en vérité...

Laudine réussissait ce que je peinais à accomplir : faire changer la mentalité sur l'autre monde ; même s'il ne s'agissait que Chris dans son cas...

Bibliothécaire : 01 Septembre 2045 - 28 Octobre 2046
Professeur d'étude des moldus : 29 octobre 2046 - ...