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28 mars 2021, 18:38
Laisse mon Silence te Taire  LIBRE 
.oOo.

[ FIN FÉVRIER 2046 ]
Alentour du Château, Parc, Poudlard
Dimanche matin, très tôt ; une heure après l’aube

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Charlie, 16 ans.
4ème Année







*Un*. Pas. *Deux*. Pas. « Hhhh-ha ! ». Mon expiration siffle pendant un instant que je suspends, puis je fais exploser la bulle d’air qui s’est accumulée dans ma bouche ; laissant toute la place vide à l’inspiration qui gonfle mes poumons d’un air nouveau. *Un*. Qui boursouffle toutes les terminaisons de mon souffle. *Deux*. Jusqu’à la saturation, pour laisser le tour de l’expiration. La boucle est bouclée.
Dix foulées.
Et je recommence.

*Un*. Mon souffle est contrôlé, même si mon cœur bat beaucoup trop vite. *Deux*. Je lance mes jambes l’une après l’autre, me battant contre mon corps qui se ramollit de fatigue. « Hhhhh-ha ! ». Les grandes serres de botanique sur ma gauche, j’arrive à leur extrémité pour enfin tourner à l’angle, et commencer la longue aile droite du château, jusqu’au lapacho. *Un*.
Nejma est au milieu de cette route, assise — étalée — sur l’herbe au milieu de son bordel de parchemins. *Deux*. Elle a l’air encore plus minuscule, d’ici. Je ne peux pas m’empêcher d’un penser à chaque fois que j’arrive à cet angle. « Hhhh— ». Un hoquet déchire mon rythme, en plein milieu de mon expiration, comme un poing en plein milieu de ma poitrine. Mon souffle se coupe, mais je ne m’arrête pas de courir. *’pas fini !*. J’avais fait que huit tours autour du château ! « ‘ordel ! ». C’était loin d’être fini !

Poussant contre la valve de ma gorge, je fais exploser l’air qui est resté bloqué à l’intérieur de mon corps. Je l’attrape par son cou et le malmène à travers mes lèvres, le sifflant comme une trainée. « Sssshhh ». *UN*. Mes jambes ne s’arrêtent pas. Elles ne vont pas s’arrêter aujourd’hui ; pas avant que je crève de fatigue. *DEUX*. Mon cœur est fou dans mon corps, il cogne jusqu’au plafond de mon crâne.
D’un coup, je jette un regard inquiet aux alentours. *Personne*. Il n’y a personne et il n’y aura personne. Personne, de personne. *Juste Nejma*. De toute façon, je vais bientôt sortir ma tente. Juste… le temps… de respirer l’air extérieur. L’atmosphère brûlante de la tente m’étouffait de plus en plus.
Le rythme de mon souffle était perdu.

‘Dieu !

Je me reconcentre. *Un… Non !*. La Serdaigle me fait déjà face avec sa tronche blasée, ses yeux sur ma poitrine désaccordée. *Vite !*. J’écrase ma jambe gauche contre l’herbe tout en dégainant ma baguette de son fourreau. Mon corps arrête sa course et mon bras fait claquer l’air.
Toute trace d’émotion disparait sur le visage de Nejma.

Stupéfix.

L’orbe écarlate me fonce dessus. Pas le temps d’esquiver.

Protego Duo !

Je ne peux pas m’empêcher de gueuler, ma respiration est défoncée par la course.
Son sort s’écrase contre mon bleu, encaissant la magie de Nejma comme un matelas. *Bordel*. Mon arme en l’air et mon autre main en soutien, je fais exploser une bulle d’air à travers mes lèvres : « Acuo ! ». À l’instant même où la lueur jaune fuse de ma baguette, je comprends que mon sortilège est à moitié raté. Ma gestuelle et ma visualisation étaient aussi floues que mon regard fatigué.
Face à moi, Nejma fait une simple roulade sur le côté. Mon sortilège passe très loin d’elle, et continue sa route ; perdant de son intensité à mesure qu’il s’éloignait.

Mon bras retombe contre mon corps. *Tss…*. La blonde baisse aussi son arme en posant ses mains sur son bassin. *J’commence à vraiment…*. La fatigue m’étrangle, mais la fraicheur de l’air me fait tellement de bien. Je dois continuer. *Allez*. C’est tellement dur de reprendre ma lancée après m’être arrêtée.
*Encore un tour*. Le dernier. *Non*. Le tout dernier. *Non !*. Je n’en peux plus. *C’est pas fini !*. J’ai besoin de repos. *Encore un milliard de tours !*. Je vais tomber. *Et si ça m’suffit pas, j’ajoute un autre milliard !*.
Brusquement, la grande machine qui me sert de corps démarre.
Je vais volte-face, et je me lance pour un nouveau tour.

Ralenti un peu !

La voix de Nejma n’est qu’un fantôme, je dois continuer.
À quoi ça servait de s’entraîner si je fatiguais au bout de seulement huit tours ? C’était tout pourri, huit tours. Il fallait au moins que j’atteigne mon dernier record qui était à treize tours. C’était le minimum. Même si l’entièreté de mon corps hurlait à l’agonie, je m’en foutais. Cet entrainement qui mélangeait course physique et duel magique était parfait, il me poussait à foutre tout mon Être beaucoup plus loin que ses limites ; tout était tellement plus simple à maîtriser après ça. Quand j’étais calme et en forme, mon corps m’écoutait et ma magie se pliait. Pousser la complexité le plus loin possible pour que la simplicité soit encore plus simple, presque naturelle, comme de l’eau.
Là, l’étendue du Lac, sur ma gauche. *Déjà ?*. Mon souffle ! *Bon Dieu !*. Je l’ai encore oublié !

*UN*. J’ai dépassé la grande ligne de serre, derrière le château, et j’attaqu
Ma cheville se vide. « Que… ». Plus de tonus, plus le moindre muscle. Au moment où elle touche le sol, une douleur aigue explose dans mon pied. « Aah ! ». Je perds l’équilibre. « Bordel ! ». Mon autre pied tape contre l’herbe, m’empêchant de m’étaler par terre ; mais quand c’est à nouveau au tour de ma cheville vidée, la douleur explose dans tout mon corps.
Je m’écroule d’un seul bloc, les mains en avant.

Reducio
Image
Dernière modification par Charlie Rengan le 6 févr. 2022, 16:53, modifié 1 fois.

*Contemple l’observatrice du charbon, toute rose*

5 avr. 2021, 15:45
Laisse mon Silence te Taire  LIBRE 

— diamants diaprés —



FIN FEVRIER 2046, MATIN,
PARC, POUDLARD

Alyona, 16 ans




Savez-vous que, quand la rosée délicatement posée sur l'herbe est entremêlée aux rayons envoûtants de l'Astre du Jour, les gouttes incolores se mettent à iriser si fort que la couverture verte de la Terre devient alors multicolore ? Les rayons flamboyants de l'Astre-éclatant-de-lumière sont fascinants. À eux seuls, ils peuvent transformer la plus terne des couleurs en un tout lumineux et vif, faire rougir la peau la plus pâle et froide, aveugler et rendre aveuglant de beauté les pupilles si envoûtantes, attirer les regards tout en les rejetant fortement, et tant d'autres choses encore ! Je pourrais passer des heures à observer le trajet long et tranquille des rayons du soleil, parfois dérangé par les nuages terrifiants qui répandent leur ombre sur la terre comme un voile funèbre. Les rayons de l'Astre du Jour sont si fascinants et terribles ! Quand ils se décident à embrasser ma peau, le contact de leurs lèvres flamboyantes sur mes bras nus est surprenant et douloureux, surtout lorsqu'il s'étire dans le temps. Pourtant, il y a dans ce contact une certaine ivresse malsaine ; les rayons du soleil sont si réconfortants et séduisants que leur permettre de se balader sur ma peau pour la rougir sauvagement m'est difficile à empêcher, comme si les laisser me brûler était plus fort que moi.

La chaleur se propage avec douceur dans ma main droite tandis que mon corps reste dans l'ombre du château. Je referme mon poing et rabats ma main contre moi. J'ai tant envie de laisser le soleil réchauffer mon corps transi par la fraîcheur de la matinée ! Pourtant, cela m'est impossible. L'Astre laisserait la trace douloureuse de son baiser imprimé sur ma peau blanche pendant bien trop de temps. Il faut savoir renoncer à ses envies des fois, même si cela semble compliqué.

Installée en tailleur à la lisière du voile noir créé par le château et le soleil, je contemple ma main, profitant de la chaleur qui règne encore sur ma peau. Sur mes genoux repose mon manuel de potions que je voulais étudier. Cependant, je n'ai pas réussi à lire tout en restant concentrée sur la recette de la potion Tue-loup. C'est comme si mon esprit flottait parmi les nuages. Il m'est impossible de laisser mes pensées se fixer sur une phrase tant le reste des événements autour de moi me tire de cette fixation-qui-n'en-est-pas-une. Le mouvement du ventre d'Ecco couché près de moi se soulevant doucement au rythme régulier de sa respiration, les pas rapides ébranlants la terre de l'autre qui court sans arrêt depuis mon arrivée, le murmure de la brise hivernale comme une douce mélodie sifflée dans mes oreilles, la Magie qui pulse tout autour de moi, encore, Toujours ; tout cela m'empêche de me concentrer. J'ai l'impression d'être une fleur éclose sur le Monde et que celui-ci retenti plus intensément autour de moi. J'ai l'impression de ressentir fortement tout ce qu'il se passe dans le parc, du murmure du vent aux éclats de voix. Dans cet état un peu second, rester occupée par une seule activité revient à marcher sur une surface verglacée : le chemin est bien là, face à moi, mais je ne peux m'empêcher de glisser ailleurs quand j'essaye de l'emprunter, *glisser vers l'Imprévu*. Alors, je me laisse emporter vers cet Ailleurs vers lequel mon esprit veut m'entraîner. Et mes pensées glissent elles aussi dans le but de m'emmener avec elles.

La brise fraîche caresse ma peau. J'aime me lever tôt, un silence agréable s'installe quand les autres ne sont pas là. Pourtant, ce matin, je ne suis pas seule, mais *peu importe*, ceux qui sont là sont lointains et silencieux. Le haut de mon corps vient s'écraser contre l'herbe encore humide. Je glisse mes bras et les croise sous ma tête, *si confortable*. Un soupir s'échappe entre mes lèvres pour s'envoler vers l'Azur. Tout est d'une douceur infinie ce matin. Je pourrais...

« Aah ! »

Les paumes de mes mains viennent frapper brusquement la terre. Je me redresse, la bouche légèrement ouverte sous l'effet de la surprise. Mes yeux viennent se poser immédiatement sur Elle. *Oh... Merlin*, celle qui courait vient de s'écrouler contre le sol.

Je me lève rapidement, inquiète. Mon état un peu second est disparu d'un seul coup, comme une bulle de savon explosant dans les airs. Pourquoi tout semble si fragile face à la puissance des événements ? Il n'a suffi que d'une seconde pour que je sorte de l'état dans lequel j'étais plongée. Pourquoi tout a été si rapide et soudain ? Pourquoi le temps passe-t-il si rapidement quelques fois ? Mes sourcils se froncent tandis que je commence à parcourir les mètres qui me séparent de la coureuse étendue sur le sol, franchissant en même temps la frontière entre l'ombre du château et les rayons du soleil. Un ouragan de questionnements bouleverse mes pensées auparavant si calmes. Pourquoi s'est-elle écroulée ainsi, si soudainement ? Vient-elle de tomber dans les pommes ? *J'espère pas* Est-ce dû à la fatigue ? S'est-elle fait mal ? J'entends les battements de mon cœur pulser rapidement dans mes oreilles, comme si ces gestes brusques venaient de réveiller mon organe endormi. Je sors ma baguette tout en m'approchant de la grande coureuse. Si elle a besoin de soins, je dois pouvoir l'aider. Réfléchissant aux possibilités qui s'offrent à moi, je plonge mon autre main dans mon sac, à la recherche de ma gourde.

Je franchis en quelques pas les derniers mètres qui me séparaient de la fille avant de m'accroupir calmement à un mètre d'elle. Mes sourcils sont légèrement froncés, trahissant mon inquiétude au sujet de cette chute si soudaine et de l'Autre. Depuis combien de temps la fille courait-elle ? Et si elle s'était fait mal et que je ne pouvais pas l'aider ? *Incapable.*

« Ça va ? »

Je pose ma gourde à côté de moi au cas où la fille-qui-est-tombée en aurait besoin. Instinctivement, mon regard vient chercher le sien pour y trouver des réponses à mes questions.

#466962Sixième Année RP

6 févr. 2022, 16:33
Laisse mon Silence te Taire  LIBRE 
Les doigts durs, protégés d’une trop fine croûte de gel ; et juste en-dessous, mon sang qui bouillonne dans ma peau, qui sursaute au travers de mes phalanges engourdies.
Je n'ai pas le temps de penser, rien, pas la moindre bribe de mot ou de son, mais je sais que l’atterrissage va me défoncer les mains, et tout le corps. La couche de protection glacée va planter ses crocs dans mes os.
Merde.

Le choc contre le sol est si fort que mes épaules craquent, et mon propre poids rebondit sur mes mains trop faibles, mon menton s’écrase dans la terre.
Plus de traces d’herbes pour amortir, parce que je viens juste de tout casser avec ma gueule. Ma nuque tordue a essayé de protéger mon visage, mais je ne lui ai rien demandé ; l’éclair de douleur dans ma colonne vertébrale me donne envie de sourire, de me foutre de sa gueule. Alors p’tite nuque ? T’as décidé ça toute seule ? T’es vraiment bonne, bravo. Sauf que j’ai tellement mal au dos que la chaleur de mon sang ne te couvre plus. T’es grillée. Alors, juste, essaye de pas m’casser en deux la prochaine fois ? Mon sourire n’est que grimace.
Et toute la glace qui me protégeait se retourne contre moi. La fine pellicule a disparue en laissant là ses dents invisibles, sabrées, le froid s’enfonce si fort à travers ma peau que je le ressens jusqu’aux tréfonds de mes os.

Bordel…

*’péter la ch’ville*. Et ma respiration qui s’emballe, encore, rugissant dans le concert de ma bouche. Sûrement la pire prestation instrumentale qui puisse exister sur Terre ; grésillée par ma salive qui s’amasse sur ma langue. J’ai l’impression que même mon propre souffle s’est fait déposséder de sa chaleur.
Qui m’a volée ?
*’ordel…*. Je dégage mes mains écrasées sous ma poitrine, faisant crisser mes ongles contre la terre trop durcie par le temps. Et j’essaye de poser mes pau…

Ça va ?

*Que !*. Mes yeux s’ouvrent à la vitesse de l’éclair.
Je ne me suis même pas rendue compte qu’ils s’étaient fermés, tellement ma peau-de-glace avait bouffé mes sens.
Et je retombe, encore. *Mais…*. Pas sur le sol, sur du bleu. Un très grand regard tout bleu. *Oh*.
Entouré d’une peau tellement blanche que je ne peux pas m’empêcher de penser à Solwen, comme une évidence ; mais celle-ci n’a absolument rien à voir avec elle.
Rien.

J…

Je n’arrive pas à parler. Je crois même que je bave, mais je n’en sais rien du tout, ma peau est trop froide pour sentir quoi que ce soit sur mon foutu visage.
Ma salive m’étouffe. *Bordel…*. J’ai la bouche totalement noyée par mon propre corps, alors je détourne mon regard de son bleu, beaucoup trop fatiguée pour essayer de comprendre. Et parce que ce n’est vraiment pas le bon moment pour me présenter à un bleu, je ne suis pas du tout présentable, là.
Et ma respiration reprend d’un coup, déchainée, affolée ; depuis quand s’est-elle arrêtée ? Totalement mélangée. Je n’ai pas la force de réfléchir, mais je sais que j’ai froid, que j’ai mal, et que je suis foutrement fatiguée.
Maintenant que j’ai les yeux ailleurs, c’est comme si j’étais suis seule, quelque-part. *Ouais*.

Ou…

Bordel de bouche !
Je crache tellement fort par terre que ma gorge s’embrase d’un feu, perçant comme un pic à glace. Et sous mes yeux, j’ai l’impression qu’un filet de salive trop gluant, malmené par mon sport, s’accroche encore à mes lèvres.
Alors je soulève l’espèce de bloc de glace qui me sert de main droite, et j’essuie ma bouche avec, avant de souffler.

Ouais… j’vais… ma respiration découpe, bien…

J’ai tellement froid, pendant que ma cheville est en feu. C’est un grand brasier de joie ! Que tout le monde danse dessus, j’en ai rien à foutre ! *Nejma…*. Je dois juste me reposer un tout petit peu, puis je retournerais la voir.

Alors je pose ma joue droite à même la terre pour observer les reflets du Lac. Ma respiration ratant plein de battements.

*Contemple l’observatrice du charbon, toute rose*

14 mai 2022, 13:28
Laisse mon Silence te Taire  LIBRE 
Mon regard fait quelques pas sur la grève de ses yeux, échoué sur ses paupières fermées, avant de dégringoler et de se noyer dans ses deux orbes émeraude qui me fixent soudainement. *Merlin !* Cela me surprend tant que mon visage se recule et qu'un éclair d'étonnement illumine mes yeux un instant. Cependant, je réagis vite, et je suis à peine tombée dans le gouffre de son regard que je cligne déjà des paupières pour m'y échapper. Les regards comme celui-ci sont bien trop envoûtants, il faut s'en détacher avant qu'ils ne vous happent entièrement. Je laisse donc mes yeux s'écraser, après leur envol brutal, sur les cheveux noir corbeau de l'inconnue.

Cette brusque bousculade visuelle laisse mon cœur déboussolé pendant quelques instants. Il bat vite un court moment avant de cogner de nouveau à son rythme habituel. Cependant, je n'y prête pas attention car mes pensées se sont déjà fixées ailleurs. *J'l'a connais.* Ce visage ne m'est pas totalement inconnu. Un nom se cache dans les ombres de ses traits fins, mais j'essaye tant d'éviter le regard de cette grande coureuse que je ne parviens pas à plonger correctement dans mes souvenirs. Les syllabes qui se glissaient dans mon crâne deviennent floues avant de s'effacer totalement, et le nom que j'étais partie chercher dans ma mémoire s'évanouit avant que je ne le saisisse. J'échoue alors même que je n'ai pas tenté entièrement. Je cligne une autre fois des yeux tandis que ma bouche reste légèrement ouverte, comme si elle s'était apprêtée à laisser quelques mots sortir.

Le visage qui me fait face me rend presque muette. Autour de ses deux lumières vertes, tous les autres traits de cette fille aux yeux d'émeraude traduisent son étonnement et sa fatigue. Il y a un contraste saisissant entre ce visage fin et surpris et cette bave qui semble tellement peu à sa place entre ces lèvres. Je me sens si mal à l'aise à surprendre cette fille ainsi qu'aucun son ne vient s'échapper d'entre mes lèvres, pourtant décidées à prononcer une excuse absurde.
Douce Circé, mais qu'est-ce que je fais ici ?

L'inconnue bute sur ses mots, et moi je ne réagis pas. J'ai du mal à comprendre ce qu'il se passe. Pourtant, c'est très simple. Elle courait, elle est tombée, et la voici par terre. Et maintenant ? Nous avons toutes les deux trébuché dans les iris de l'autre avant de s'en échapper brusquement. Mais j'ai l'impression de tanguer encore, quelque part, je ne sais où. Alors je dois me relever définitivement, reprendre mes esprits et considérer la situation dans sa globalité au lieu d'être happée par ce visage et ces cheveux de jais.

Je cligne une nouvelle fois des paupières pour m'extraire définitivement de ce regard qui m'attirait sans que je ne m'en rende compte. Alors, la chaleur du soleil frappe brusquement mes sens endormis. Pourquoi ne fais-je rien ? Je reste immobile quand l'autre s'essouffle à mes côtés, ses mots s'échappant par petites syllabes. Même si elle me dit qu'elle va bien, je discerne parfaitement la fatigue qui lui dévore le corps. Elle devrait se reposer, et je devrai lui dire. Mais, ce ne serait pas un peu malvenu de la part d'une inconnue, de lui dire ce qu'elle doit faire et ce qu'elle ne doit pas faire ? Elle sait certainement mieux que moi ce que son corps ressent, et nul doute qu'elle s'arrêtera un instant si elle l'estime nécessaire. Et si elle continue ? Je lui dirais peut-être mon avis pour ne pas qu'elle s'épuise complètement. *’Faudrait pas qu'elle fasse un malaise devant moi.* Me repousserait-elle si je l'emmenais à l'ombre pour qu'elle puisse s'asseoir tranquillement ? Certainem—

Elle a laissé tomber sa tête contre le sol, vers le Lac. Ainsi, elle semble décidée à se reposer un peu. Et moi, je pense et je réfléchis tellement que je ne suis concentrée plus que sur cela, ce qui est idiot puisque je ne remarque plus le reste. À quoi bon réfléchir si, quand mes idées sont claires, il est déjà trop tard ? Je me sens lente et idiote, je suis incapable de trouver le juste milieu entre parler sans réfléchir et réfléchir trop.

« J'ai de l'eau si tu veux. » Boire, c'est important quand on fait du sport, non ? Merlin, je n'en sais rien ! J'aimerais l'aider mais je ne sais même pas comment m'y prendre ! Faut-il que je lui pose d'autres questions pour savoir si elle a mal quelque part ? Elle est tombée si brusquement ! Mais, elle m'a assuré qu'elle se sentait bien. Et, si je lui propose de se relever pour se reposer un peu à l'ombre ? C'est inutile, elle peut très bien se reposer ici, ce sera d'ailleurs plus simple pour elle. Alors, devrai-je attendre pour l'aider ensuite si elle en a besoin ? Qu'est-ce qu'un médicomage ferait ? Chercherait-il à savoir si elle a mal quelque part ? L'accompagnerait-il ailleurs ? La ferait-il s'installer plus confortablement ? Ah ! Par Circé, je n'en sais rien ! Je patauge dans mes pensées sans avancer. Peut-être que l'eau est une bonne idée après tout ; c'est généralement ce dont les sportifs ont besoin quand ils font une pause.

J'aimerais tant avoir de meilleures idées, savoir comment m'y prendre dans des cas comme celui-ci, connaître les questions à poser et avoir une idée de la manière dont je dois agir. Mais, au lieu de cela, je tourne en rond dans mes réflexions sans progresser.

« Ton pied a buté sur quelque chose ? »

Quand j'étais petite et que je courrais dans les champs, c'est souvent à cause d'un caillou ou d'une butte de terre que je tombais. Cela m'arrivait régulièrement à l'époque, mais j'étais du genre à courir partout dès que j'apercevais un oiseau. Maintenant, j'ai changé, mais ces souvenirs me font toujours autant sourire. J'aimerais replonger dans mon enfance de temps en temps, pour que mon esprit soit caressé par un doux voile de bonheur. Tout était plus simple avant, je n'avais pas autant de pensées.

Toujours accroupie, j'observe la presqu'inconnue de dos, plongeant dans mes souvenirs pour essayer d'en ressortir ceux qui la concernent. Tout est profond et embrumé, mais je suis concentrée et j'ai la sensation de m'approcher d'un nom petit à petit. C'est comme si je remontais le fil d'Ariane pour retrouver mon chemin dans mon crâne.

Des cheveux de jais, des yeux d'émeraude, et cette voix un peu aiguë...
Soudain, un souvenir me frappe brusquement, comme une gifle sur mes réflexions. Ma première année, les épreuves lors de ma deuxième année, les trois élèves de Zhuangyán ; et cette grande gamine aux cheveux noirs au milieu de tout ça.

*Rengan !* Son nom s'écrase dans mon crâne, mais je ne grimace même pas. Seul un sourire éclate sur mon visage, comme une brusque flamme éveillée par des étincelles rouge et or.

#466962Sixième Année RP