30 mai 2022, 22:32
Partir ou rester...
Thurloe Square Garden, Chelsea, Londres,
16 Août 204X


C'est marrant cette sensation. La pelouse est fraîche malgré la chaleur étouffante de l'après-midi. Les brins d'herbes me chatouillent entre les orteils alors que mes doigts se perdent dans le pelage de Pépito. Je sens sa respiration rapide à chaque fois que son ventre se gonfle et redescend. Je crois qu'il s'est endormi, car il a arrêté de haleter.

Des cris, des rires, un tout petit qui pleure, certainement un genou écorché... Ils sont à quelques mètres de moi, dans l'air de jeux. Pourtant, je les entend comme si j'étais sous l'eau. De loin. Dans le brouillard. Mon esprit est accaparé par la lente valse des feuilles de chêne au dessus de ma tête. Du vert qui dévoile du bleu clair par moment. Et le soleil qui traverse mon parasol végétal, pour chauffer ma peau.

J'aime ces après-midi au parc avec Pépito, c'est calme. Normalement je n'y vais que le week-end mais comme c'est les vacances scolaires, maman m'a autorisé. Et comme papa n'est pas encore rentré, Miguel n'a pas été obligé de me chaperonné. Papa m'interdit d'aller au parc seule. C'est ridicule. J'ai 11 ans et c'est à 200 mètres de la maison ! Et j'ai Pépito aussi... Mais c'est papa qui commande ! Toujours.

Je fredonne un air de guitare dans ma tête quand un son grave et familier se détache. Je comprend pas les mots. Mais la tête de mon frère vient soudainement se placer devant mon tableau vert et bleu mouvant.
Lui, il ne bouge pas. Je souris car il se tient derrière ma tête, ce qui fait que son visage est à l'envers par rapport au mien. C'est assez étrange comme vision.
Sa bouche s'ouvre pour former des mots mais je n'écoute pas vraiment.
- Quoi ? Papa est rentré ?

Pour toute réponse, j'ai une main qui attrape mon poignet pour me faire quitter mon lit de verdure. Je grogne. Pépito non plus ne semble pas vouloir rentrer si j'en crois la façon dont il nous regarde.
- Allez viens mon chien !

Miguel enroule ses doigts autour de la laisse alors que les miens grattent le dessus de la tête du berger australien, qui lui, a de nouveau la langue pendante.
- Papa m'a envoyé te chercher, ça a l'air important...

Mes yeux bleus cherchent ceux noirs de mon grand-frère, comme pour lui poser une question muette. Mais au regard qu'il me lance, je vois bien qu'il n'a pas de réponse.
Il me fait un grand sourire, aux dents alignées et blanches, contrastant avec sa peau bronzée.
Alors qu'il rit, il passe son bras autour de moi et me lance :
- T'en fais pas Loulou ! Si ça se trouve, ils veulent nous annoncer que la famille s'agrandit !

Je lui répond d'un haussement de sourcil, mais avec un sourire qui souligne l'ironie de sa blague, vu les tensions qu'il y a dans la famille.
Je vois bien qu'il est inquiet, même s'il essaie de ne pas le montrer. Alors je passe mon petit bras autour de son dos musclé et je continu de marcher en silence. On se soutien. Toujours.

A gauche. 50 mètres. La maison...


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A suivre...

#6d5b6e
Ce n'est que lorsqu'on a peur, qu'on peut se montrer courageux

28 juin 2022, 23:03
Partir ou rester...
18 Pelham Place, Chelsea, Londres
Quelques minutes plus tard...


Je sens le vent léger sur mes épaules. Et le poids du bras de mon frère. Mais ce n'est pas un poids désagréable, au contraire, c'est rassurant. Nous marchons au même rythme, en silence. Mais avec les mêmes questions qui envahissent nos esprits.
Nous n'allons pas tarder à avoir les réponses...
On arrive au coin de la rue, et Pépito se met à tirer sur sa laisse en voyant la clôture de métal noire qui entoure la maison. Trop pressé de retrouver sa gamelle d'eau fraîche. Moi, je suis impatiente de retrouver papa, qui était parti en voyage depuis quelques jours. Mais plus mes pas me rapprochent de la maison, plus l'impatience laisse la place à l'inquiétude. Pourtant, au fond de moi, je sais déjà quelles sont les réponses. C'est peut-être pour ça que je suis inquiète. Ce présentiment qui grandit depuis quelque temps, pour finir par envahir tout l'espace. Deux jours après le départ de papa, un courrier est arrivé par hiboux. Ce qui est très inhabituel chez nous, car papa et maman n'utilisent jamais la Magie à la maison. Les voisins ne comprendraient pas. Et puis il y a Miguel. Alors, depuis toujours, on vit normalement, comme tout le reste du quartier. Mais ce hiboux est arrivé Et depuis, maman est différente, plus triste mais encore plus proche de nous. Ca pourrait être un courrier du travail de papa. Mais non, je sais que ce n'est pas ça. Je ne suis pas bête, j'ai eu 11 ans en janvier et nous sommes à la mi-août, la rentrée au collège est dans 15 jours. Je sais ce que ça veut dire. Je sais pourquoi papa et maman se disputent si souvent. Je sais pourquoi les parents de papa l'ont un peu rejeté. Je sais exactement ce qu'il espère de moi. Je sais.

Et Miguel aussi le sais. C'est pour ça que son bras pèse si lourd sur mon épaule. Pour ça, qu'il me serre aussi fort, comme pour me retenir. Pourtant lorsque nous franchissons le portillon, et que je m'arrête, il continu d'avancer, grimpant les trois marches du perron. Il se retourne pour m'observer, tandis que moi, je regarde la maison. Sa façade blanche avec ses volets noirs. Les deux colonnes qui entourent la porte d'entrée. Porte derrière laquelle m'attend mon avenir...

Miguel me laisse passer en premier, et nous entrons dans le salon. Une odeur de pancakes inonde la maison. De l'autre côté de la pièce, je vois maman, sous l'arche ouvrant sur la cuisine. Elle porte son tablier avec des macarons dessinés dessus.
La voix de papa me parvient avant son image. Il sort du bureau, un grand sourire sur les lèvres, pour venir nous embrasser, Miguel et moi. Je regarde son visage, ses traits légèrement marqués par les années. ses yeux, d'un bleu céleste, et ses cheveux qui commencent à grisonner. Mais ce qui attire mon regard, c'est sa main droite. Et plus particulièrement ce qu'elle contient. La lettre apportée par le hiboux.

Maman dépose les pancakes sur la table de la salle à manger, Papa nous invite à nous asseoir.
Chacun d'un côté de la table, nous attendons, dans un silence de cathédrale.
C'est papa qui rompt ce silence. Il me tend l'enveloppe.
Je n'ai pas besoin de l'ouvrir. La cire rouge au centre, représentant l'emblème de l'école, me dit tout ce que j'ai besoin de savoir.
Une larme roule sur ma joue, lourde. froide. Bientôt suivi par d'autres.
Alors que papa à l'air tellement fier et serein, maman et Miguel ont les yeux brillants comme des diamants au soleil. Ils s'échangent des regards dans une conversation muette et secrète, que je ne comprend pas.
Papa me félicite. Il me fait un long discours sur l'école de Magie, sur les maisons, sur ces années magnifiques, à venir. Ces années qui seront les plus belles de ma vie, selon lui. Il est heureux. Pourtant, je ne l'écoute pas. Je regarde Miguel, qui me semble aussi triste que papa peut être joyeux.
Puis tout doucement, presque dans un murmure, Miguel m'annonce qu'il quitte l'Angleterre. Il part en Espagne, en septembre. Il va vivre chez nos grand parents, Carmen et Luis.
Il me quitte. Je le quitte.

Partir ou rester ? Le choix ne m'appartient pas. Il faut donc partir...


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Ce n'est que lorsqu'on a peur, qu'on peut se montrer courageux