Wick, Ecosse Anatomie d'une solitude Solo

Parmi les questions qui se posent en découvrant ces écrits, la plus importante tient au lieu. Où est donc caché ce qu'il faut bien appeler un journal intime ? La plupart du temps il est à Wick puisqu'Ivanovna y réside. Mais il la suit... Et surtout elle le cache bien, vielle habitude familiale ! Par-delà la flânerie, quelque chose se dévoilera peut-être. Il faudra du temps. La vie le lui donnera-t-elle ?
Techniquement, il faut imaginer un papier plus rigide qu'il n'y paraît ici, aux discrètes odeurs d'agrume. Mais vous n'en saurez pas plus. Pas pour le moment.



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Un rai de lumière. Et des frémissements dans un sol hivernal.
Ivanovna travaille à l’extérieur de sa serre encore largement emplie de cette odeur de métal neuf, fragrance caractéristique et plutôt agréable en outre. Les différentes sections du lieu ont déjà été installées bien que nombre d’entre les parcelles soient vierges de toute plantation. Un rosier oriental lui résiste et malgré les gants, le végétal l’a en quelque sorte mordu au sang. Sortie du lieu pour mieux se défaire de la douleur, elle constate la rougeur de sa main, puis le sang. Très immédiatement la souffrance. Aux larmes. Dans l’instant se prépare une improbable addition de magie. Baguette en main, elle envoie un sort de soin quelconque dont l’effet est pour ce qui nous occupe absolument insignifiant. Une escarbille de son sort, infime morceau de magie, se combine avec le liquide, sang, larmes, pour générer un amalgame qui se cristallise, atterrissant sur le sol à moitié gelé du jardin familial de Wick.
Personne n’aurait pu l’aider à constituer cette ouverture, seul le hasard fait bien les choses. Tandis qu’elle se tient une main pour un instant moins douloureuse, Ivanovna sent le sol frémir. Alors se distingue une zone circulaire très nettement meuble dans un alentour plus rèche. Démultipliée, la goutte d’infortune constitue alors une bouillie de terre, magique sans qu’elle n’en comprenne l’origine. Puis lentement apparaît une nouvelle forme, aspirée par cette mixture, comme définie par elle, enveloppée. Que se passe-t-il ici ? Un extérieur rectangulaire s’offre à elle, d’abord le dessus puis à mesure que les fragments de terre la libèrent, un morceau de roche pure. Non, c’est autre chose. Un coffre ne dépassant pas les 20 centimètres de large est désormais en train de naître des cuisses de la terre, sans aucun bruit apparent. La jeune femme oublie sa main et de l’autre la baguette pourrait bien en tomber si l’instinct du danger ne l’habitait pas. Mais elle sent quelque chose. Une attraction, plutôt une attirance.
Ses cheveux sont noués vers l'arrière, noués et tenus par un petit linge protecteur. Un reste de sa mère qui jamais ne travaillait autrement, une élégance aussi. Ils lui font un peu mal, au rythme des froncements de sourcil qui eux-mêmes trahissent un questionnement. La curiosité, l’intrépidité, simplement une envie de savoir. Il lui faut toucher, ou du moins s’approcher. Un petit geste de baguette achève l’extraction de l’objet qui à l’instant où il ne touche plus terre se déleste de la glu qui l’a ouvert au monde. La substance s’évapore d’elle même, consumée ou épuisée c’est idem. A genoux, Ivanovna Alekhina contemple ce qui serait une malle si elle était plus grande. Elle en a la forme. Mais aucune serrure. Un matériau étrange, inconnu sans lui être étranger. « Si tu ne sais pas de quoi il est question, n’y touche pas ». Injonction ancestrale qu’on oublie vite lors de l’adolescence. La foi en son pouvoir s’impose, elle renie la prudence. Il faut toucher cette relique, elle vient du sol familial, c’est un cadeau et même s’il est empoisonné, il lui faut accepter cet héritage. Elle n’en est pas encore à s’interroger quant à l’irruption du présent. Comme on appréhende un animal sauvage, une plante venimeuse ou un enfant fragile, elle tend la main précautionneusement. La chose est-elle protégée par un halo dont il faudra définir la nature ? Est-elle chaude ? Est-elle froide ? Animée de magie ou simplement inerte ? La main se recule, la main s'avance. La jeune sorcière hésite. Mais la curiosité est forte, elle doit s’en approcher. A quoi bon être forte si l’on n’utilise pas son pouvoir en tout temps ? Plusieurs centimètres. Et puis de moins en moins. A mesure que la distance s’épuise, le coeur se fait plus fort, il tempête en extase d’inconnu définissant la vie. Au contact, vibrations, l’évidence que quelque chose se passe. La main ensanglantée ne laisse aucune trace en surface. Léger grincement après un cliquetis. De lui-même, l’objet s’ouvre.

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A l'aube du crépuscule.


Une échelle. Et plus bas des objets dont la nature est imposible à distinguer. Il est tentant d’y pénétrer en l’instant mais Ivanovna se méfie. Elle décide de refermer la chose pour mieux la transporter. Une fois dans la maison, elle peut enfin apprécier ce qui lui fait face. Un bois exotique, rouge foncé ; de lourds renforts en métal donnent à l’ensemble un aspect ancien mais rien n’indique que c’est le cas. Au contraire, il lui semble que cette malle est presque neuve. D’un coup elle hésite à prospecter plus avant. Mais la curiosité l’emporte toujours sur la prudence, les sorciers sont tous chercheurs dans l’âme, un mystère se présente ils s’y jettent à corps perdu pour le simple bonheur d’apprendre.
Les nervures naturelles du bois ne trahissent aucune marque distinctive, pas d’armoiries ou d’initiales. Aucune serrure de type moldu non plus. Et si Ivanovna n’en est pas à se poser la question de son apparition, cela tient surtout au fait qu’elle n’a pas vraiment eu le temps de prendre conscience du mélange magique qui a déclenché le processus. Le silence nocturne suffit à créer le mystère, l’importance de l’instant.

- Incendio.

Le froid est un ennemi intolérant à l’ignorance. Les premières flammes ne réchauffent pas immédiatement mais la nuit promet d’être longue, il faut se mettre dans les meilleures conditions. Dans la petite pièce qui constitue sa maison de pierres, ni plus ni moins qu’un antique broch, la sorcière achève un premier tour du propriétaire. Sans réelle précaution, elle met la main sur le premier barreau, ne se rendant pas compte que l’ouverture s’élargit d’elle-même pour laisser toute la place à l’invitée. Sa baguette en main, elle s’enfonce lentement dans une obscurité totale que seules les flammes désormais lointaines ternissent un tant soit peu.

- Lumos.

Cette fois, elle est à bord. Et grâce à la pointe de sa baguette qui éclaire le lieu, elle voit. Son regard est stoppé net par le tissu qu’elle reconnaît instantanément. Vert, un velours épais dont la qualité ne saurait être reprochable. Posé sur un valet aux galbes très humains, il constitue une robe qu’il suffirait d’animer par un sort quelconque pour la faire vivre à la hauteur de sa noblesse. Presque un vêtement d’enfant, à peine plus grand en tout cas.
Derrière la parure, une bibliothèque, puis une autre. Des centaines de livres dont elle reconnaît par la tranche quelques uns des manuels de l’école. Ils sont soigneusement rangés mais aucune vitrine ne les protège de la poussière. Car ce lieu semble... est immaculé. La mort suinte mais elle n’est pas un ingrédient de l’atmosphère. Tout ici est magie pourtant avant d’en décomposer les éléments, Ivanovna veut s’assurer du sens qu’il faut donner à cet endroit tellement plus grand que son chez elle. La jeune femme ne maîtrise pas les sorts qui donnent vie à ce genre d’espace, son existence serait sans doute plus confortable si tel était le cas... Mais pour l’heure, il faut poursuivre la découverte. Une anomalie ne la frappe pas vraiment. De rectangulaire en son sommet dessiné à l'entrée, la pièce est en fait hexagonale, seuls deux côtés opposés rompent par leur longueur supérieure l’harmonie formelle. Constitués eux aussi d’étagères, ils portent des objets de diverses natures. Plus elle cherche à les voir, moins ils s’offrent à elle, comme s’ils désiraient la voir s’avancer pour s’offrir à ses yeux fascinés. Suspendue verticalement à l’exact milieu du reste de l’un des pans est la baguette. Sa longueur presque inhabituelle a toujours questionné l’enfant qu’elle était. Tellement longue pour une propriétaire si menue. Entourée de quelques photos, elle trône. Mais l’esprit d’Ivanovna la pousse à d’abord faire un tour complet de ce qui est ici. Une face pour des objets, puis deux pour des livres. Et les trois autres reproduisent le schéma. Des rouleaux soigneusement rangés sont entourés d’un halo scintillant. Chacun a un éclat spécifique que sa baguette illuminée fait apparaître par instants. Des cadres au contenu impossible à voir de loin semblent ponctuer l’ensemble, lui donner un sens. Pourtant ce lieu est insensé. Et elle va devoir en assumer seule la vérité.

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L’énergie qui vous pousse à mettre un pied devant l’autre constitue l’un des plus anciens mystères au monde. Un peu de force, la chair, élément le plus vil mais le plus nécessaire… et l’élan, l’envie, l’idée ou simplement l’instinct. Dans quelle proportion la magie intervient-elle en la matière ? Point de magie dans la marche moldue et pourtant eux aussi en sont capables. Une simple incarnation athée du miracle permanent. Ivanovna avance vers l’un d’entre eux, elle ne sait pas encore lequel sera élu mais elle marche vers lui. Et tout est dans son intention. Magique ou délestée d’elle ? Personne ne sait répondre avant de pénétrer le contexte. La pièce en est remplie pourtant, cela ne fait aucun doute. Jusque dans les lumières générées par elle ne sait quel sortilège permanent. Tout cela la domine au point qu’elle se sent poussière de rien dans un univers trop grand pour elle. Aussi, au moment d’entrer en contact avec le parchemin, elle est comme recueillie, pleinement consciente d’accéder aux prémices.
Le dérouler n’est pas insurmontable. Et elle reconnaît l’écriture avec le début d’une émotion qui ne fera que croître dans les minutes qui viennent. Sidération totale. Incrédulité aussi. Des milliers de mots alignés en ordre impeccable. Pas la moindre tâche, aucun accroc et surtout une calligraphie nette, dénuée de la moindre coquille. Un style clair, tranchant, une pensée complexe d’une clairvoyance implacable. A l’évidence elle sait de quoi il est question. Si le sujet dépasse de loin les compétences de la jeune sorcière, Ivanovna peut cependant toucher du doigt la maîtrise qui transpire de l’ensemble. Et ce n’est que le début car au bout de quelques lignes le parchemin s’anime, laissant apparaître un reflet de son autrice, comme extension naturelle de la pensée couchée sur le dur. Quelle puissance magique peut bien accoucher d’une telle prouesse ? Est-ce bien une image source ? Ou juste une réminiscence, sorte d’écho improbable, de près ou de loin généré par sa perception enfiévrée ? La même robe, le regard noir, un visage dénué du moindre sourire. Juste la pensée, renforcée par le son d’une voix conforme au souvenir qu’elle en a. Il est question de magie noire et de magie blanche, qui s’en soucie en l’instant ? Sa sœur est morte et pourtant elle se tient là, devant elle, au bout de ce morceau de rien du tout sur lequel des signes donnent accès à la plus ancienne des magies, l’expression par une combinaison de représentations de la pensée animale. La chose complexifiée, explicitée d’abord et avant tout. Ivanovna n’en revient pas. Si la lucidité s’imposait, elle se questionnerait légitimement quant à son état mental présent. Simplement émerveillée elle en oublie le rideau qui désormais les sépare. La sœur, plus petite mais plus grande à jamais est ici, dans le secret d’une pensée que la plus jeune conceptualise avec difficulté. Tant de raisonnements emboîtés, de points de démonstration ponctuels, tant de propos sous-jacents, implicites. Le non-dit. S’il était question d’apprendre, elle serait perdue. Ivanovna contemple l’insondable secret que renferme la magie et cela lui suffit. Sa sœur est enfin là, dans une exégèse d’elle-même à laquelle la cadette ne comprend rien mais ce n’est pas grave. D’un coup s’effacent de son coeur des mois entiers d’isolement, une décrépitude que personne n’imagine tant qu’il ne l’a pas vécue. Par les yeux, par les oreilles, par son être tout entier elle renaît. Alors émerge des profondeurs de la nappe phréatique l’eau de la vie dont nous sommes tous essentiellement constitués. Mais elle ne noie pas la sorcière au point de l’empêcher de voir. Circiéa poursuit sa démonstration sans se rendre compte qu’elle baigne désormais dans des larmes sororales. Comme à son habitude, l’ancienne Serpentard avance sans même prêter attention au monde alentour. Il en a toujours été ainsi, en quoi cela devrait-il surprendre Ivanovna ? Et quand enfin la conclusion s’achève, il faut vite remonter le fil pour entendre à nouveau le son d’une voix prétendument disparue. Le son et l’image. Recommencer, même s’il s’agit d’une illusion.

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Elle en lut un deuxième. Puis un troisième. L’infection l’avait gagnée, elle ne pouvait pas s’arrêter. Comme on arpente les couloirs d’un musée d’art auquel on ne comprend rien mais qui nous intrigue, elle s’empiffrait ni plus ni moins. Une boulimie de sœur, jusqu’à l’overdose. Il fallait bien cela pour étancher sa soif de comprendre. Ou simplement découvrir. Ivanovna n’avait pas les moyens d’intégrer le coeur du propos. Tous ces devoirs si brillamment écrits, dans un style sobre et très calculé lui donnaient le tournis tout en lui faisant respirer un air hérité du passé. Circéia. Mais au quatrième, elle commença à comprendre qu’il ne serait pas question de la retrouver au naturel. Cette manifestation n’avait pas de réalité de vie. C’était juste une mise en images d’un propos issu de la rédactrice, sans plus. Comme on aurait imposé à un corps de mettre en scène les raisonnements d’un autre corps. Le tout sans la moindre émotion. Si la cadette espérait retrouver sa sœur par ce moyen-là, elle serait déçue. L’était déjà. Oui, Circéia valait bien plus qu’elle en droit magique. Ajoutez l’expérience et le travail, vous obtiendrez le breuvage qui lui était servi.

Ce qui lui avait le plus fait impression étaient ses rapports de stage. Jamais elle n’aurait pensé voir sa sœur tenir de tels propos. On sentait bien poindre au travers de certaines lignes une vision nouvelle du monde, éloignée de ce que Poudlard leur apprenait. Encore plus si vous aviez été envoyée aux cachots. Le stage aux Etats-Unis révélait en de nombreuses allusions une lecture plus ouverte aux différences. Comme si la jeune sorcière destinée à rendre un jour la justice décidait de son propre chef de voir en la justice une manière de rééquilibrer les injustices du monde et non seulement de dire et faire appliquer le droit, qu’il fut sorcier ou moldu. Cette révélation secouait Ivanovna qui n’aurait jamais imaginé Pieuchka, ainsi surnommait-on l’aînée des Alekhin de Wick, virer ainsi de bord. Dans la vie de sa sœur il avait dû se passer bien des choses pour qu’elle en vienne à adopter, même insensiblement, des conceptions « dumbledoriennes » du monde.
Si jamais elle avait pu espérer un tel cadeau, elle n’aurait pas le moins du monde pensé trouver autre chose que l’exact miroir de ses souvenirs. En cela, Ivanovna démontrait sans effort que l’on ne se sépare pas d’autrui impunément. Mettre une distance entre soi et les autres revient à laisser deux corps suivre des trajectoires qui, même parallèles, seront uniques et propices aux évolutions spécifiques. Cela faisait beaucoup pour une seule soirée. Trop pour pouvoir assimiler une si grande charge de sagesse en même temps. Revoir sa sœur, même au travers d’un souvenir fade constituait un bonheur suffisant, quand bien même il la bousculait.

Pourquoi les Etats-Unis ? Et pourquoi un stage dans un Pub moldu ? Passe encore l’été moscovite, ce choix-là, Ivanovna pouvait le comprendre. Circéia avait-elle pour projet de travailler un jour au ministère américain de la magie ? Cela avait-il été fortuit ? Et pourquoi évoquer dans un rapport au demeurant si cérémonieux les circonvolutions d’un esprit dévoyé par la barbarie criminelle ? On aurait presque pu penser qu’elle défendait ce « T-Bone » davantage que le droit… Il lui faudrait bien plus qu’un rapport froid et protocolaire pour entrer dans la pensée de sa sœur à l’époque. Le voulait-elle d’ailleurs ? Sans qu’elle y pense vraiment, la possibilité d’une rencontre entre elles deux à l’instant précis aurait sans doute conduit Circéia à trouver sa petite sœur changée elle aussi. Mais tout était confus. Et ce qui dominait en elle était le sentiment de froideur de ce reflet au final trop pâle, monotone et qui posait plus de questions qu’il ne donnait de réponses. Il faudrait autre chose, elle ne savait pas quoi mais Ivanovna devrait chercher un ossuaire plus instructif. Des profondeurs de la terre était sorti un trésor familial mais elle en voulait plus. Comme ces enfants impatients de tout savoir sans accepter l’austérité du moindre effort.

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Reducio
Au lecteur attentif : le nom de famille des demoiselles Alekhin/a peut paraître aléatoire ; il ne l’est pas. En soi, elles ont reçu du ministère de la magie russe (du moins ce qui en tient lieu) leur nom définitif à leur majorité. Mais il peut arriver que leur nom « d’enfant » soit utilisé dans le texte, sorte de jeu avec leur passé. Ainsi, sauf erreur de ma part, on tient là une élégance presque classique, un petit gimmick.



Devant son journal elle est assise. Mais la plume qu’elle tient n’a pas d’encre prête à inscrire sur le parchemin le fruit de ses pensées. Trop de confusion, d’à peu près. Une indécision aussi.

Elle a épuisé les rouleaux, un ensemble dont le sujet était limpide ; témoigner de l’intégralité des travaux écrits de sa sœur. Dans cette partie de la pièce à l’intérieur de la malle, elle avait trouvé tous les devoirs. A l’exception d’un seul. Déplacer le dernier rouleau laissait entrevoir un objet nouveau, une chose dont elle n’avait pas souvenir de l’avoir déjà croisée. Une flasque, maintenue à l’abri du monde extérieur par un boîtier en verre. Ou autre solide approchant. Il était possible de l’ouvrir et elle le fit sans attendre. Il lui suffit ensuite de plonger un doigt dans le liquide légèrement visqueux qui marquait la surface du contenu pour entrer en contact avec un univers encore plus étrange et immersif que ces vues de l’aînée dont elle s’était repus depuis des heures. Un amphithéâtre, le qualifier d’immense eut été excessif. Elle retint surtout qu’il était plein et que de là où elle voyait on se trouvait au premier rang. Impossible de changer de point de vue mais on était présent à cet instant qui avait existé, quelque part dans le passé récent du monde sorcier.
Le silence était total mais en aucun cas étouffant ; une ambiance à laquelle elle n’était pas habituée. On aurait dit une cérémonie. Le plus impressionnant pour elle fut de pouvoir accéder aux émotions, sensations et sentiments même de la personne qui avait accepté de donner son souvenir. En quelque sorte elle n’avait plus vraiment la possibilité de vivre ce moment par elle-même, elle était une autre personne et le resterait jusqu’à la fin de cette représentation.
Une jeune sorcière, menue, au pas trahissant l’intention ferme de marquer les esprits s’était avancée sur l’estrade et très vite entama son discours.

- Le droit existe-t-il sans la liberté ? La liberté d’être soi…

Cette fois il n’était plus question d’un pâle reflet, devant elle, abasourdie mais sans avoir le droit de le manifester, Ivanovna voyait sa sœur telle qu’elle avait été durant ces deux ans d’études supérieures. Et si elle la voyait au travers des yeux d’un autre, la magie l’autorisait à avoir en sous couche son libre arbitre. Accédant ainsi à la pensée d’un tiers comme à la sienne propre, elle se voyait bombardée d’informations sensitives mais la plus forte passait par cette image animée, cette réalité parfaite, jusque dans les tics familiaux qu’elle retrouvait par moments et qu’elle seule pouvait comprendre comme tels. A moins que les autres, à commencer par son… relais… ne voient ces expressions comme des caractéristiques lui donnant ces airs décalés, en totale ingénuité au regard de ce qu’elle disait. Mais de cela, elle avait elle-même du mal à apprécier la réalité, heureusement que son espion savourait la moindre des analyses ponctuelles de la jeune femme avec une délectation d’autant moins feinte que lui seul, à cet instant tout du moins, avait accès à ses pensées intimes. Toucher du doigt ces analyses, celles d’un homme d’âge mûr constituait pour la cadette Alhekin une expérience extraordinaire. Mais en ces minutes, puisque de plus en plus il était question de cela, elle ne voyait que Circéia. Si vivante en apparence qu’elle sentait en elle une douleur grandissante. Deux émotions se mélangèrent. A celle du spectateur qu’elle ne connaissait pas vint s’additionner la sienne, de plus en plus incontrôlable. Peine, rancoeur contre cette vie qui s’ingéniait à la priver inexorablement des membres de sa famille. D’un coup s’effaçait le souvenir des dernières années de la vie de Circéia au cours desquelles les deux sœurs ne s’étaient plus aussi bien entendu que durant leur petite enfance. L’envie de la revoir, l’élan à jamais contrarié d’une enfant désirant remonter le temps. Mais une enfant âgée au point de savoir que ce désir-là serait à jamais inassouvi. La rage sourdrait. L’émotion n’était plus celle de l’émerveillement. La violence, trait familial qu’il ne fallait jamais flatter, caressait les profondeurs de son esprit.

Ainsi l’aube prit-elle fin.



CREPUSCULE ARDENT
Elément d'une anagogie


Sa sœur. Partout. Un rappel douloureux du passé. Et la nécessité d’admettre son aura quand bien même Ivanovna n’en avait que l’admiration et aucun moyen réel de la valider. Car une fois la magie apprise, on devient un être unique, capable de toutes les circonvolutions, créations, abominations. Mais avec un point commun, la puissance de la sorcière. Circéia s’avérait donc immensément plus puissante qu’elle ne l’aurait supposé. Le tout, et cette qualité-là lui semblait la plus parlante, sans jamais faire œuvre de magie. Ou presque. Par sa seule force de persuasion, ce que l’on appelle brutalement le charisme pour illustrer un élan tellement masculin qu’il en est ridicule… elle parvenait à tous les balayer, dans les mots comme dans le ton. Elle eut été bien dangereuse à terme. Que pourrait-elle écrire de cela dans son journal qui à ce stade lui paraissait insipide ?
Il était trop tôt pour coucher les mots justes. Et elle-même n’avait pas le début d’une phrase. Alors pourquoi avoir cherché à le faire quand même si ce n’était une habitude journalière ? Il lui semblait stupide de résumer son existence à l’oreille dont elle ne disposait plus dans le monde réel. Cet amas de parchemin avait la primeur de l’âge. Partout où elle était il était. Et bien avant le début des catastrophes. Alors croire en sa vertu expiatoire relevait d’un simplisme hors de propos. En d’autres minutes elle aurait admis qu’il l’aidait à avancer depuis qu’elle se retrouvait vraiment seule. Le retour à Poudlard avait constitué l’étape inaugurale. Mais ce n’était que logique, ce genre de démangeaisons sont prévisibles quand on se retrouve isolée. Evidemment, elle avait tendance à oublier qu’il existait encore un lien entre le passé familial et elle ; Neptuna. Mais sa tante n’avait jamais cherché à nouer des liens avec la deuxième fille de sa sœur. Ce lien-là exista entre la Serpentard et sa tante mais rien n’avait jamais transpiré et le coffre lui-même semblait totalement l’ignorer. Ou le taire en tout cas. En somme, quelque part dans le monde existait encore une autre branche mais Ivanovna ne pouvait le savoir. Réalité cruelle tant leur trajectoire cumulait les similitudes. Non… face à la page blanche qu’elle n’osait entacher de ses ardeurs, elle restait interdite. « Je n’y arriverai pas... ». Deux volontés conflictuelles quand il fallait exprimer ce que l’on ressentait. Ecrire ou taire. Comprendre ou renoncer. Ce moment précis, Ivanovna n’en avait jamais réellement fait l’expérience auparavant. Fille de l’instinct, enfant de l’élan, elle s’était toujours laissée aller à ses intuitions. Sans jamais réellement hésiter. Seul le danger la poussait parfois à réfléchir aux conséquences mais cela lui avait jusque-là réussi aussi n’avait-elle pas à affronter le doute. Il vient avec l’expérience. Ou le talent, ce qui en magie n’est pas exactement du même chaudron. Que dire de son bonheur intense de la voir face à elle, même dans ces conditions ? Et surtout comment l’écrire, choisir les mots ? Le sentiment du temps arrêté l’envahissait et cette stase l’indisposait par son côté… déplacé. Elle se sentait d’un coup jugée par des forces supérieures lui intimant l’ordre de comprendre, se comprendre. Impossibilité par incompétence émotionnelle. L’immaturité. Mais là encore il lui était inaccessible de le percevoir ainsi. Sans faire le garçon basique qui déchire tout et renverse sa chaise en s’en prenant au premier animal venu, elle refusait par nature de s’emporter ainsi. Il fallait malgré elle essayer, se lancer. Être en situation de pouvoir le faire même si l’effort était vain, comme un essai voué à l’échec. Elle trempa sa plume. Et l’encre coula, petit à petit dans l’encrier, comme un nuage qui retourne là où il est né. Et bien des minutes plus tard, l’encre avait entièrement retrouvé le nid.

Ivanovna demeurait là, statufiée, sans la moindre progression. Ses doigts légèrement crispés témoignaient d’une agitation interne, contenue mais jusqu’à quand ? Dans un élan malsain, elle se voyait dans l’ombre de cette étudiante si brillante. La vie l’avait à jamais éloignée de cette possibilité. Elle aussi pourtant aurait pu prétendre au plus bel avenir. Et à l’inverse de sa sœur, enfermée dans un bureau dans un futur qui n’existait plus, elle aurait vécu une vie d’aventure et de danger. Et si cela était au service du même bien, elle aurait eu le beau rôle. Dans cette vie d’auror qu’elle aurait sans difficulté pu viser, ses talents auraient eux aussi été magnifiés. Elle seule savait ce qui avait été mis en chantier durant son périple. Les efforts déployés pour survivre dans le vrai monde valent toutes les leçons théoriques apprises en cours. Et si certaines déformations auraient été aisément décelées par un professeur, ses sorts défensifs, entre autres ceux liés au camouflage, prouvaient son aisance en la matière. Une espionne née. Mais qui s’en soucierait ? D’autant qu’elle aurait eu besoin de quelqu’un pour lui dire. Le monde était désespérément fait de gens bien nés, à l’enfance dénuée de revers et sur ce point, Poudlard ne faisait pas mieux que les autres écoles. Un trajet atypique disqualifiait le sorcier. Finalement, elle reproduisait à sa manière l’histoire familiale. Comme Circéia d’ailleurs. L’une avait suivi la ligne tragique du père, restait à Ivanovna celle de sa mère. Cette gémellité, pour juste qu’elle fut, la troublait au point de se sentir comme sa sœur condamnée à court terme. Rien n’appuyait cette analyse mais le destin est un ingrédient magique dont il ne faut jamais négliger l’importance. A braver les éléments, on s’y heurte avec fracas. Ainsi la plus jeune des Alekhin infléchissait-elle sa vision de la vie dans le but de se voir hors des clous, comme exclue par elle. Reprenant sans le savoir la pensée d’un philosophe moldu, elle confirmait par une vision biaisée d’elle-même sa vie à la lecture de sa vie. Papillon de nuit attiré par la lumière. Et qui se grille en un instant à son contact. Je suis l’enfant d’une alliance damnée d’où condamnée. D’une certaine manière je n’ai aucune responsabilité dans tout ceci car j’étais promise à déchoir. Elle ne pouvait estimer combien cela différait de l’histoire de sa sœur. Circéia avait eu le choix, tous les choix. Même celui de devenir auror comme sa tante. Que restait-il hors des sentiers battus ? Elle prenait la place naturelle que les centaures avaient prévu sans le lui dire car on ne doit jamais donner au futur les moyens de se déterminer. Il doit advenir par lui-même.

Trancher. Pour cesser de tourner en rond. Mais ce qui émergeait représentait pour Ivanovna la plus dure des décisions. Son pouce appuyait plus fort, insensiblement, sur une plume dont le rachis pliait entre ses doigts sans rechigner. Plier mais ne pas rompre. Courber l’échine. Elle testait l’objet sans se rendre compte qu’elle était cette plume. En fait, Ivanovna s’infligeait la punition avant qu’elle ne soit prononcée. Mais elle ne casserait pas. La nature produit des choses qui portent mal leur nom. Chose. Quand il s’agit d’une feuille de papier incapable de se déchirer, d’une graine enfouie dans la pomme d’un pin… d’une plume qui pliera jusqu’au pinçon mais sans rompre. La jeune femme, tel un os, pourrait tout à fait se briser en mille morceaux, il se reconstituerait aussitôt, dans l’horloge universelle où les siècles sont secondes en tout cas. Le rachis prenait peu à peu la forme rendue nécessaire par l’effort. Et il finit par blanchir, manifestant le début d’un processus irréversible de douleur étouffée par sa nature « morte ». C’est dans le même instant que la décision fut élaborée à l’intérieur de son cerveau, comme l’ultime étape d’un processus finalement entamé dès son entrée dans la malle. Les synapses n’eurent pas grand-chose à faire tant elles avaient déjà connu cette pensée. Fine tuyauterie, mécanique incomparablement merveilleuse, le réseau neuronal de la sorcière n’eut qu’à traduire en impulsion électrique ce qui relevait de l’intelligence. Le cerveau est une bien étrange machine.

- Incendio.

Informuler le sort n’était pas nécessaire. Au contraire, il devait être entendu par elle comme la preuve d’une volonté profonde, une envie. L’émotion, les sentiments… leçon de base mais en vrac. Révision insensée quand on pratique la magie à un niveau rendu inné par l’expérience. Quand on atteint un degré suffisant de maîtrise, tout se passe conjointement. Une osmose que les novices ne peuvent toucher du doigt. Et c’est pour cela qu’elle eut une sorte de jouissance malsaine à lancer ce sort. Il fallait se protéger d’un futur qui divulguerait ses états d’âmes passés. Et ne surtout pas permettre qu’une autre boîte comme celle-ci puisse contenir son histoire à elle. Il fallait aussi se préserver de la tentation de se morfondre dans le souvenir d’un passé révolu. Sa sœur avait été. Mais ne serait plus. Et si le deuil n’en était qu’au début du commencement, il fallait de suite séparer les vivants et les morts. Une crémation. Voilà de quoi il était question. Dans une vapeur multicolore des années de paroles intimes s’enfuyaient comme on sépare en un instant la mère et l’enfant. Définitivement. Un seul corps et deux destinations. Mais le sort fut violent. Non que la baguette ne souffrit, elle ne faisait après tout qu’expulser à sa manière l’essence de la sorcière. Au contraire, elle aussi donna tout ce qui était en elle pour amplifier l’effet d’une passion humaine qui ne pouvait s’exprimer autrement. L’impression que plus rien ne pourrait exister de l’hier qui la rassemblait dans ce « carnet ». Le souvenir de sa sœur, acidulé, agissait en elle comme l’écho d’une vie qui ne serait plus et qu’il ne fallait surtout pas transformer en nostalgie. Imperceptiblement s’enracinait la décision de remonter l’histoire de cette malle mais en la détachant de sa vie à elle. Pour ne pas devenir folle. Tout consumer d’elle-même en amont. Elle ne se rendait pas compte que prétendre tout effacer est un leurre. Ce qui la constituait dépassait très largement des milliers de mots alignés patiemment dans le silence de soirs glaciaires. Comme sa sœur, et comme leurs parents, elle était faite de glace et de feu. Et si elle mettait sa vie dans un brasier mortel c’était pour mieux éloigner d’elle ce froid qui la pétrifiait encore. Un filament se tissait en interne, serment inviolable qui n’en était pas un mais en avait tous les composants à ses yeux. Il faudrait élucider ces énigmes et puis ne plus jamais y revenir. Puisque cette chose avait été mise sur son chemin, il fallait en trouver le sens. Il s’agissait d’un appel, d’une manière ou d’une autre quelqu’un le voulait. Comme on hérite d’un talisman, mieux encore d'un palladium. Et s’il avait en lui des aspects maléfiques, le temps viendrait un jour de les déjouer. Mais elle n’avait pas peur. Ce mot n’existe pas dans le dictionnaire Alekhin.




...le sang dans la bouche... le corps ancien est comme laissé par terre, celui que tu relèves en est délesté à jamais...tu crois d’abord qu’il ne s’est rien passé. Puis vient la peur de ne plus être en vie. Les douleurs s’estompent avec les jours, elles sont les scories de la mue, les éraflures, témoins d’une peau jeune. D’abord tu regrettes ce corps laissé pour mort. Il était cette habitude. Ce nouveau toi, que tu as tant de mal à apprivoiser, même accepter... il t’apaise. Et t’indique le reste, la suite.
A toi de décider


19-08-22

Wick, Ecosse Anatomie d'une solitude Solo
Reducio
Toi qui as la curiosité de venir, sache que je poste mal. Il m’arrive très souvent les premiers jours d’après postage de modifier à la marge le style, les mots. Je te conseille donc de revenir au bout de quelque temps afin de bénéficier d’une deuxième lecture d’un texte plus… abouti. Même si je lis et relis, une fois posté, le texte prend une charge qu’il n’a pas aux origines. Donc, pour profiter au mieux de ce que je construis comme une expérience, il me semble bon de te donner une clé.
Post modifié cinq fois, dernière actualisation, 16-09-22, 2 h20




Elle : Je vous remercie

Lui : De nos jours, les sorciers bien habillés se font rares. Et quand ils le sont, ce n’est pas souvent un signe favorable

Elle : Je ne sais pas… je vous crois

Lui : Vous devriez. Je veux dire, vous devriez sortir davantage. A votre âge, les femmes se doivent de montrer ce qu’elles sont

Elle : Je ne suis pas à l’aise dans le monde. Je crois ne pas aimer les gens

Lui : Mais rien ne dit qu’eux ne vous aiment pas

Elle : Monsieur, vous êtes trop gentil de le dire ainsi. Les sorciers sont tous marqués par leur répartition. Et quand en plus vous quittez l’école prématurément, le rejet se révèle irréversible je crois

Lui : A votre place je n’en serais pas si sûre . La vie entière s’offre à vous. Il suffit de croquer le fruit

Elle : Je n’en ai pas les moyens. Ni l’envie à dire vrai

Lui : Cela ne ressemble ni à votre mère ni à votre sœur je dois vous le dire

Elle : Je n’ai aucune des qualités qui étaient les leurs

Lui : Vous avez les vôtres, il suffit seulement de l’admettre

Elle : Ce thé est délicieux, votre femme maîtrise parfaitement les sortilèges domestiques

Lui : Les femmes ne sont pas forcément cantonnées dans ce que beaucoup nomment le subalterne. C’est moi qui ai fait ce thé. J’adore le gingembre

Elle : N’avez-vous pas mis d’autres épices


Lui : Deux mais de la catégorie des ingrédients magiques, en somme j’ai triché

Elle : Devrais-je craindre quelque transformation

Lui : Par Merlin, non, je ne suis pas un assassin

Elle : Certains vont jusqu’à tuer leur monture pour briller en société, vous devez le savoir

Lui : Vous ne me connaissez pas, je suis de l’école qui respecte la vie, sous toutes ses formes

Elle : J’aime la vie même si elle est un peu rude ces derniers temps

Lui : Vous ne m’avez pas encore demandé comment j’ai fait pour entrer en contact avec vous

Elle : Il est vrai. Mais je ne suis pas impatiente. Et nous savons tous les deux les potentialités magiques de nos créations. Peu m’importe le moyen au demeurant élégant. Ce qui me questionne, ce sont vos intentions à mon endroit

Lui : Je ne suis pas sûr de pouvoir vous le dire aussi brutalement. Mais vous comptez beaucoup à mes yeux. Sorcière, écossaise, et fille d’Emily

Elle : Et sœur de Circéia. Je ne redoute pas la comparaison. Je suis moi et vous ne me réduirez pas à une pâle copie

Lui : Je ne le veux surtout pas

Elle : J’aimais beaucoup ma sœur et vous remercie de m’avoir permis d’en prendre toute conscience. La vie nous a éloignées sans permettre de nous revoir une dernière fois, vos pensées ont rendu nos retrouvailles possibles. Des fiançailles tardives en quelque sorte

Lui : Je voulais que son existence demeure

Elle : Louable intention. Cela est une grande réussite mais une fois le deuil fait de nouveau, il faut aller de l’avant sinon à quoi bon

Lui : Que puis-je pour vous

Elle : En quelque sorte rien. Je n’ai aucun diplôme valable, mon caractère est dur comme de la peau de dragon et j’ai la souplesse d’un chêne centenaire. Si nous résumons je ne suis bonne à rien de ce que la magie autorise en ce monde. Et vous le savez bien mieux que moi

Lui : Je ne serais pas aussi définitif si j’étais vous. La solitude semble vous avoir fait oublier qui vous êtes vraiment et surtout d’où vous venez

Elle : Mon père était un mage noir et ma mère presque autant. Je ne vois pas ce qu’il y a à garder de cet héritage-là


Lui : C’est à vous pourtant qu’il appartient de choisir votre inclination. Ne sombrez pas dans un déterminisme qui n’impose rien en soi. Il vous suffit de décider

Elle : Sans les moyens de convertir mes espoirs. C’est impossible si vous ne possédez les bons codes et les bons appuis

Lui : Je suis là

Elle : Parce qu’ils le veulent bien. A tout moment je peux me trouver isolée, c’est si facile pour eux

Lui : Soyez discrète. Travaillez dans votre coin, sans attendre une récompense qui ne viendra pas. En tout cas pas d’eux

Elle : Vous semblez m’attribuer une confiance que seuls les vieux amis méritent. Cela m’honore mais vous prenez des risques

Lui : Avec vous aucun. Je connais la droiture Gunnray (NDLR : branche maternelle de la famille d’Ivanovna) et j’ai côtoyé votre tante. Une femme admirable

Elle : Un fantôme parmi d’autres, rien de plus. J’avoue être surprise par votre franchise. Au risque de vous décevoir, vous avez entièrement raison, je ne dirai rien mais je vous trouve si peu aligné sur la pensée officielle

Lui : Nous sommes entre nous. Une sorcière russe devrait savoir que les secrets peuvent durer tant qu’ils demeurent dans le strict cercle familial

Elle : A moitié seulement. Déjà bien trop à mon avis

Lui : Ne vous flagellez pas ainsi. Je le redis, ma confiance en vous est totale sinon nous ne serions pas en train de bavarder comme de vieux amis

Elle : Les familles ont entre elles des liens inaliénables je le reconnais

Lui : C’est l’une des raisons de notre survie pendant des siècles, la discrétion. A vous d’apprendre à le rester tout en vous

Elle : montrant. Falbalas ! (il faut ici voir la reprise d’un mot que le grand-père maternel d’Ivanovna utilisait souvent. Si « Lui » peut en comprendre la référence, alors il est un véritable proche de la famille). Je ne désire rien de plus que disparaître aux yeux de mes congénères

Lui : Si tel est votre souhait, il est facile à exaucer. M’est avis que vous me testez en espérant que je vous en dissuade

Elle : Vous m’intéressez. Et plus encore si vous pouviez me recommander auprès d’un botaniste

Lui : Vous cherchez à vous détacher de moi au plus vite, cela ne vous épargnera pas l’effort qui doit venir de vous

Elle : Vous pensez que je suis venue pour une autre raison

Lui : Qui peut dire. Pas même vous. La méchanceté vous convient mal, quand bien même vous savez l’imiter. Vous n’êtes pas une vipère, l’isolement est la seule cause de votre état. Je peux peut-être vous recommander mais rien n’est garanti

Elle : Je prends ce qu’on me donne. Tant qu’il ne s’agit pas d’un sorcier à marier

Lui : Les femmes d’aujourd’hui sont indépendantes, je ne le sais que trop

Elle : Est-ce un mal ? Je vous croyais plus

Lui : Ne croyez pas. Pour vous comme pour moi, il est d’abord question de se considérer honnêtement, sans le fard des apparences. Je n’ai que des garçons

Elle : Je vois

Lui : Rien n’est moins sûr. Beaucoup se racontent des fadaises sur les gens. Si je demeurais en surface, vous seriez une sorcière de peu de valeur, écervelée et insolente. Mais aucun de ces mots n’est vrai. Quand bien même seriez-vous en totale contradiction avec l’époque, je chercherais en premier lieu à vous connaître avant de vous classer

Elle : Le thé n’est pas votre unique talent


Lui : Ni vous la Botanique. L’action, la création sont les racines Gunnray

Elle : Vous me surestimez


Lui : Vous vous sous-estimez

Elle : Question d’appréciation, ou d’éthique. Mais j’ai compris votre élan. Félicitez la personne qui a fait ces gâteaux, ils s’accordent parfaitement au thé.

Lui : Clyde (NDLR : morceau de prénom du grand-père d’Ivanovna) aurait sans doute parlé de falbalas si vous voyez ce que je veux dire

Elle : Vous savez user de persuasion, c’est très aimable de votre part


Lui : Je ne sais pas, je veux seulement consolider les liens

Elle : Je comprends. J’ai bien fait de vous rendre visite, peut-être saurez-vous générer un miracle, il se dit qu’il en existe parfois

Lui : Commencer par croire au lendemain est un premier pas


Analogie, acte 1





Ce qui précède est une conversation, dans la sécheresse des mots. Il est volontairement laissé libre cours aux interprétations et pensées intimes des protagonistes. Multiples sont les possibilités, ce qui a pour but de laisser le lecteur libre d’y revenir et relire entre les lignes d’une autre manière. De même, chaque dialogue d’un personnage s’achève sans ponctuation pour ne rien suggérer...
S’il est clair que Terrence Wright d’Arby est de par son âge rangé quant à ses traits de caractère, ses aspirations, l’objet est bien ici de scruter les… possibilités d’Ivanovna. Tout en jouant ensemble, si la chose vous sied bien évidemment. Soupirs, sourires, suspensions, questionnements, affirmations, dénégations… à vous de leur donner la place et le sens qu’ils peuvent avoir. Pièce de théâtre non encore jouée, incarnée.


Wick, Ecosse Anatomie d'une solitude Solo
Lui : Vous rêvez

Elle : Non. Je pense à lui qui viendra bien un jour. Et vous devriez être satisfait. C’est un joli prénom

Lui : Vous me provoquez

Elle : Je lui rend hommage, c’est tout. Mais uniquement si c’est un garçon

Lui : Qui sait quelles turpitudes vous êtes capable d’inventer pour forcer le destin

Elle : Ah non, pas en ce domaine Monsieur d’Arby. Si c’est une fille, elle aura le nom d’une fleur, comme souvent dans ma famille. Poppy me plaît assez

Lui : Mais vous préférez Circéion

Elle : Pas vous

Lui : Il est inutile de commenter les choix d’autrui. Trop d’enfants en souffrent mais j’avoue que c’est un beau prénom. Reste à le faire accepter au père

Elle : J’en fais mon affaire. Et puis d’ici là, il faut trouver mari. Je ne suis pas pressée mais je le dois à mon nom. Vous savez, quand je me regarde dans une glace, je vois souvent le questionnement, l’incompréhension. Un besoin de percer le secret d’une image qui n’est pas la mienne... comme si je me tenais face à une étrangère. Mes yeux sont vides, ceux de ma sœur étaient remplis du monde. Les enfants que je porterai seront le contenu

Lui : Un destin noble mais un peu triste. Je crois que vous pouvez bien mieux

Elle : Ne me jugez pas trop vite. Ni trop favorablement

Lui : Je ne sais pas. Je vous trouve impatiente

Elle : Je crois seulement que je vois plus loin que les filles de mon âge. Je suis vieille

Lui : Vous plaisantez j’espère ? Ivanovna, comment vous faire comprendre que le monde ne vous attend pas ainsi que vous l’espérez ? Vous devez

Elle : Rêver et faire en sorte qu’ils deviennent réalité. C’est exactement ce dont il est question

Lui : Croyez-vous ? Avez-vous compris que la vie est faite de détours souvent surprenants ? Parfois, ils sont même d’une extrême violence. Ne cherchez pas à tout programmer

Elle : Je ne suis pas d’accord. Il suffit de poser les termes du contrat

Lui : L’absolu est une contrainte forte !?! Tous les cactus de la Terre sont urticants

Elle : Je ne crains pas les morsures, d’une certaine manière je suis immunisée

Lui : Je vous entends bien. Sachez pourtant que le malheur n’est pas une chose dont on perd la sensation avec le temps. Au contraire, s’il faut bien admettre que l’on avance en âge avec la sagesse proverbiale des philosophes, nous ressentons toujours la peine quand elle se présente. Seul l’extérieur donne à croire que nous sommes durs à cuire. En soi, le malheur est toujours le plus fort

Elle : Eh bien j’ai d’autres espoirs dans la vie. Si je devais m’en tenir au passé, j’en ferais partie. Mais je refuse de me soumettre à lui

Lui : Vous ressemblez tellement à votre mère

Elle : Je ne sais pas. J’ai son visage mais pour le reste

Lui : Le reste aussi je vous l’assure. Parfois, j’ai l’impression de relire mes romans de jeunesse quand je croise les enfants d’Emily

Elle : La vie est loin d’être aussi palpitante qu’un roman. Elle est injuste

Lui : Attendez de croiser le chemin de la bonne fortune. J’admets que votre expérience particulière vous pousse à raisonner de la sorte. Mais

Elle : Personne ne peut comprendre. Il faut avoir traversé les épreuves pour recevoir ce droit que vous prenez. Juger. Ou plutôt seulement estimer, prétendre avoir l’opinion éclairée qui fait de vous un magistrat

Lui : Ce que je suis par le métier

Elle : Voyez, invariablement le déterminisme

Lui : Il faut extraire de vous ce ressentiment perpétuel. Vous n’avez rien à prouver à quiconque

Elle : Vous ne parlez pas à ma sœur Monsieur. Il est évident que vous auriez pu lui tenir de tels propos. Circéia avait plus que fait ses preuves. En comparaison je ne suis rien. Il est presque indécent de votre part de me soutenir de la sorte

Lui : La même dureté je vous l’accorde. Mais vous êtes sans filtre. Ce qui fait de vous tout sauf une diplomate. Peut-être vous faut-il en passer par le langage des plantes


Unité de temps, unité de lieu. Acte 2 de l'analogie ? Mais il n’est pas de suite à ce qui précède ! Si le temps a coulé entre les deux dialogues, il peut s’être passé une minute, une heure voire quelques jours. Nous pouvons imaginer une promenade sur une plage écossaise. Ou plus prosaïquement la lande que l’on trouve bien vite en sortant d’Edimbourg. Ces deux-là se découvrent, au profit de l’enfant. Dans un échange virtuel, au moins quant à l’emploi des mots. Réminiscence d’une autre époque où les jeunes filles parlaient couramment russe, anglais et surtout le français. Apanage d’une élite oisive et insouciante. Quand la vie vous enlève ce qui vous constitue, il est encore possible de se jouer du passé, en l’imitant. Nostalgie déférente.


….someone else's battles
And lie in a shady grove

Wick, Ecosse Anatomie d'une solitude Solo
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Monsieur d’Arby étant allé refaire un peu de ce délicieux thé, Ivanovna eut quelques minutes de méditation. Une aubaine car le feu couvait en elle, il fallait contenir cet incendie au plus tôt.
Comme bien des petites filles pétries de culture d’Europe orientale, elle avait tout appris d’Anna Arcadievna. Et s’il lui était toujours apparu clairement que sa sœur se voyait comme une projection sorcière de cette femme, elle, la petite Ivanovna, inculte en matière littéraire et surtout frivole à l’inverse de toutes les traditions de sa famille paternelle, représentait un autre type de personne. Alors se retrouver à bavarder avec un vieux Monsieur écossais en application attentive de la courtoisie des gens de cette époque désormais très lointaine constituait pour la jeune femme un paradoxe détestable.
Car Ivanovna, si elle avait lu ce roman plusieurs fois, ne se projetait en rien dans cet univers-là. Aucun des personnages n’avait jusqu'ici semblé lui ressembler.
Pourtant… Cette fois, les hésitations, l’assurance dont elle faisait preuve avec constance et une élégance en chaque phrase lui faisait dire qu’elle pourrait bien être à la recherche de son Lévine. Et qu’ainsi, malgré elle, Ivanovna devenait Kitty. Une horreur à ses yeux. Et plus elle réfléchissait plus elle se rendait compte de son incapacité à sortir de ce fatum pour le moment. Pire, le doyen de l’ISDM singeait le grand écrivain comme s’il avait été lui-même un patriarche en son domaine, tirant les ficelles et se jouant de son entourage comme un metteur en scène des plus aguerris.
Sa capacité à ne rien laisser paraître de ce bouillonnement intérieur lui faisait comprendre tout le talent qu’elle possédait à faire comme si de rien n’était. Une meilleure connaissance d’elle aurait permis au juriste de différencier les deux sœurs mais Ivanovna pensait qu’il n’en était pas encore là. Selon elle, il faisait en sorte de ne rien brusquer. Et d’ailleurs, quelles étaient les intentions du sorcier à son égard ? Cette question s’égara dans des pensées vestimentaires. Habillée d’une robe violette pourtant simple en apparence, elle ne pouvait s’empêcher d'y voir une faute morale. Encore une similitude avec cette Kitty au demeurant de plus en plus obsédante. Comment s’en sortir, être soi sans avoir à courir après une ascendance à ce point étouffante ? Le simple fait d’être ici, dans ce salon que Circéia avait de toute évidence côtoyé, constituait une redondance de l’existence plutôt insupportable. Dans les pas d’une autre, encore et toujours. Une pensée mauvaise la traversa un instant, dans les pas d’une autre mais vivante… Alors que fallait-il faire pour vivre soi ? Affirmer haut et fort le devoir de perpétuer le sang, n’était-ce pas au final choisir de reproduire la mièvrerie de Lévine et Kitty ? Ainsi, devait-elle trancher et choisir le hasard et l’approximation d’une vie d’errance, en Italie ou ailleurs ? Et peu importerait le chevalier qui l’accompagnerait dans d’improbables visites picturales… Toutes les femmes russes ont un long patronyme, elle recevrait bientôt le sien et serait davantage encore une copie de sa sœur, avec cet horrible prénom qu’elle haïssait au plus haut. Même un mariage n’y changerait rien. Et payer une administration quelconque pour porter une tunique nouvelle n’aurait aucun poids sur les habitudes d‘autrui. Ivanovna, née Ivanovna Alekhin, serait à jamais Ivanovna Sergeïeva Alekhina, et toute sa vie elle serait aux yeux des gens Ivanovna Sergeïeva. Les fondements culturels dont elle avait hérité, comme tout un chacun, la poursuivraient comme l’obsession de ne pouvoir être soi, sans aucun arrière plan.
Une odeur de thé parvenant à ses narines lui fit comprendre que l’intermède touchait à sa fin. La joute allait reprendre, à fleurets mouchetés, comme en tous les salons du monde. La bonne société est la même par tous les pays ; et dans toutes les aristocraties on se plaît à reproduire les modèles ancestraux, au nom de leur perfection théorique. Circéia s’y était heurtée inconsciemment. Ivanovna en faisait l’expérience avec plus d’acuité. Quand l’une fuyait au premier signe d’un danger intérieur, l’autre se révoltait en silence. Mais pleine conscience. Pour le même résultat, une porcelaine idéale pour qui ne s’intéresse qu’aux apparences.

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Lui : et pourtant vous l’êtes

Elle : Je ne sais pas. La vie a été facile un court instant et puis plus rien

Lui : J’ai côtoyé Emily, la ressemblance est flagrante

Elle : Ma mère était belle, pour un peu on l’aurait prise pour une vélane

Lui : N’allez pas croire que vous en avez le caractère

Elle : Qu’est-ce que vous en savez

Lui : J’ai eu trois garçons

Elle : Et alors, dois-je comprendre que seule l’expérience permet de parler

Lui : Sûrement pas. Disons qu’il me serait facile de prétendre connaître les gens au travers des centaines d’étudiants croisés avec le temps. Sans vous offenser, je crois en votre bonté

Elle : Et vous vous trompez. Je suis mauvaise, de naissance comme par ce que vous nommez expérience. J’ai traversé le mal. Même ma sœur en a été la victime. Il faut être honnête, j’ai été odieuse quand j’étais à Poudlard, une vraie harpie

Lui : Une enfant que vous n’êtes plus. Et quand je parle de votre mère, je pense à ses qualités de sorcière, une femme d’une grande noblesse d’âme

Elle : Je ne me souviens plus de leur visage, si vous n’aviez pas posé votre « relique », j’aurais aussi du mal à me souvenir de Circéia

Lui : Je ne vous crois pas mais je vous fais confiance. Après tout, vous me donnez raison d’avoir voulu lui rendre justice

Elle : N’y voyez pas un remerciement

Lui : Je commence à vous connaître

Elle : Vous n’êtes pas mon père

Lui : Par les sous-vêtements de Morgane, heureusement, enfin je veux dire

Elle : N’ajoutez rien. J’ai aimé cet homme quand j’étais petite. Mais je ne suis plus un nourrisson. Il ne voyait que par elle, et vous sans doute aussi. Je ne peux même pas vous en vouloir, que sont deux heures en comparaison de deux années ? Ce que j’ai traversé en Russie ne sera jamais pris en compte mais j’ai appris dans des situations qu’aucune école ne propose. Je suis sûre que Père n’en a même pas vécu le quart à Durmstrang. Et je suis optimiste

Lui : Tous les parents ont leur préférence. Elles sont souvent dues aux proximités des caractères. Personne n’y peut rien… Je pourrais vous proposer une place à l’ISDM mais rien de flamboyant

Elle : Vous êtes trop gentil mais je ne veux pas de votre charité. Même pour un dragon


Lui : Je n’aurais pas été jusque-là. Et je vous comprends de refuser l’idée. Cette maison vous accueillera toujours

Elle : Même si j’étais la dernière des rustres, je reviendrais pour boire un thé. Il est si bon

Lui : Vous vous trompez sur un point mais nous le savons tous les deux

Elle : Êtes-vous aussi coriace dans vos leçons ?

Lui : Tous les professeurs font en fonction des élèves dont ils ont la responsabilité

Elle : C’est compliqué de trouver une place dans votre manière d’être

Lui : La difficulté est la seule source de progrès

Elle : Je ne peux pas vous donner tort mais je mesure la délicatesse d’être votre disciple

Lui : Il n’est pas question de discipline. Un bon enseignant de cherche jamais à prendre l’apprenti dans un étau dont il ne peut se départir. C’est d’ailleurs tout aussi vrai pour un parent. Vous vous confrontez tout au plus à l’exigence de la vie en société. C’est ce qui vous manque depuis quelques années je crois

Elle :

Lui : Je ne vous fais aucun reproche, vous êtes entièrement victime d’une situation qui vous dépasse. Les adultes qui étaient responsables de vous ont failli, tous autant qu’ils sont. Et notre communauté faillit elle aussi en ces heures sombres

Elle : Ne me donnez pas une raison de cacher mes propres erreurs. Je suis partie de mon plein gré, ils ont juste été incapables de me retenir

Lui : Des adultes de valeur, bernés par une adolescente… Incapables, le mot est parfaitement adapté à la situation


Analogie, acte 1, disclosure