La Capitale des Illusions ++

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— *écoute le bruit de la pluie* —

La pendule aux accents funèbres
Sonnait brutalement midi,
Et le ciel versait des ténèbres
Sur le triste monde engourdi.
« Rêve parisien », Les Fleurs du Mal, Baudelaire

crédit oeuvre : Pascal Campion
(Allez voir ce qu'il fait, c'est tout joli.)



14 AVRIL 2047, 12h02,
AVENUE B. MULDOON, FACE AUX DEMEURES, GODRIC'S HOLLOW

Alyona, 17 ans


La pluie dégouline sur mon visage, s'introduisant dans mes oreilles et ma bouche, m'obligeant à cligner plus régulièrement des yeux, creusant des sillons humides sur ma peau froide, rendant mes cheveux gorgés d'eau et glaçant mes os. Néanmoins, je reste stoïque et impassible, droite comme un I, mes deux mains pendant comme des marionnettes sans vie au bout de mes membres. Je ne dis rien et ne bouge pas, silencieuse et immobile, fantôme à peine vivant. La pluie se glisse dans mes vêtements, mais je ne réagis pas. Au loin, dans les profondeurs de mes pensées, l'image de ma baguette se dessine. *J'aurais pu ne pas finir trempée grâce à elle...* Je chasse ces quelques gouttes de réflexion pour me vider de nouveau le crâne. Je suis une mer bonace sur laquelle s'écrasent régulièrement des gouttes de mélancolie.
La pluie qui me glisse dessus, humide et froide ; mes vêtements et mes cheveux qui me collent comme une deuxième peau ; la noirceur du ciel et des rues qui coule sur mon champ de vision, rendant le tout si sombre et désespérant ; mes humeurs grises et ternes qui battent sans grande force sous ma poitrine ; mes poings qui se serrent et font s'enfoncer mes ongles dans mes paumes, *se contrôler*. Je dois conserver ma colère dans le petit tombeau enfoncé dans ma cage thoracique, et jamais je ne dois la laisser sortir. Qu'elle y reste enfermée pour l'éternité, je saurai me maîtriser.
La pluie tombe, et qu'importe ; elle fait plus de bruit dans mon crâne.

Mon regard est une tornade ravageant silencieusement la devanture de l'habitat qui me fait face. Mon nouveau chez moi, ma nouvelle maison.

J'ai du mal à comprendre, et à tout saisir. Merlin, tout abandonner pour ça ! Bouleverser ma vie en dehors de Poudlard et amputer une grande partie des économies de mes parents pour une demeure aussi terne, sobre et sans âme ! La nouvelle ne passe toujours pas, comme si elle était restée bloquée dans ma gorge pour m'étouffer. On a abandonné si vite la maison de mon enfance. Mes parents ne se sont qu'à peine questionnés à propos de ce choix, ils ont saisi cette opportunité d'habiter Godric's Hollow sans réfléchir auparavant. Alors il n'y a que moi pour rester là, immobile et toute crispée, bloquée de partout par mes souvenirs et la perte brutale de la maison de mon enfance.

Je n'ai jamais été très attachée aux objets et autres possessions. Que m'importaient de garder mes jouets d'enfance ou mes peluches ? Je les ai jetées comme j'ai jeté bien d'autres choses ; ainsi à une autre place, elles ne m'encombraient plus la chambre et les pensées. Mais cette maison... Merlin ! Cette maison, c'était la mienne. Je connaissais chaque mètre, chaque couloir, chaque fenêtre, chaque pièce et chaque rangement. Je savais m'y retrouver sans problème, j'y avais des souvenirs accrochés à chaque place. Désormais, tout cela s'est envolé. Un coup de vent a tout emporté, et il ne me reste que la pluie pour combler mes manques.

Je me souviens du jardin si petit, de ma grande chambre pleine de plantes, des teintes marron du parquet, des emplacements de chaque objet, de cette grande véranda dont je suis tombée amoureuse petite, des végétaux que j'avais installé un peu partout et de tous les souvenirs qui se sont glissés dans toutes ces pièces. Mais aujourd'hui, il ne reste plus qu'eux. D'autres personnes se sont installées dans ma maison et ma chambre, d'autres personnes vont profiter de la véranda qui offrait de si jolies lumières en été, d'autres personnes vont remplir ces lieux de souvenirs. Et moi, j'ai été chassée comme une vieille araignée étant restée trop longtemps dans un coin. Ma maison n'est plus la mienne, mes souvenirs d'avant sont conservés, mais bientôt les images des lieux commenceront à s'effacer, et un jour je n'en aurais plus. Édimbourg et ses paysages d'Écosse, Édimbourg et ses promenades que nous faisions, Édimbourg et l'accent si délicat de ses habitants.
J'ai l'impression de porter brusquement le deuil de mon ancienne vie et d'être forcée à en accueillir une autre, *alors que j'en veux pas*.

Dans la demeure qui me fait face, ma famille a dû cesser de s'agiter. Avec Deesy, l'elfe de maison de ma grand-mère paternelle, et celle-ci, venues spécialement pour nous aider à déménager, mes parents ont certainement terminés d'aménager la nouvelle maison — je n'arrive pas à dire “ma”, cela sonne presque trop faux, comme si ce n'était pas encore la mienne. Il faudra que je les rejoigne pour observer tout cela et m'occuper de ma chambre. J'ai déjà pu constater que l'habitat était très grand et très beau, tout comme la ville. Je crois que si le changement ne m'avait pas autant retournée, j'aurais profité de ce moment pour parcourir les rues et découvrir ma nouvelle ville de résidence. Cependant, je n'en ai pas le courage. La pluie dégouline sur mon visage, comme un reflet de mes pensées, et je serais bien incapable de profiter de cet instant. Tout me semble terne comme la façade qui me fait face, même la vie dans une ville si intrigante.

En habitant ici, je pourrai voir moins régulièrement mes grands-mères, séparées par l'espace, *jusqu'à ce que je puisse transplaner*. En habitant ici, je serai comme condamnée à ne plus pouvoir courir dans les champs et observer les levers de soleil. En habitant ici, je devrai m'habituer à la présence constante des soutiens du gouvernement et des Sang-Pur alors que mes idées ne s'accordent pas aux leurs. En habitant ici, je devrai supporter la vue de ces sorciers pouvant utiliser leur baguette quand la mienne sera bien loin de moi. Alors certes, j'aurais accès à de grands bâtiments intrigants, à des boutiques connues, à une salle de spectacle, à la Nouvelle Sainte-Mangouste et à un ancien village chargé d'histoire, mais ce ne sera plus comme avant.
Peut-être m'y habituerai-je vite, qu'en sais-je ? Mais en attendant, les gouttes de pluie s'écrasent sur ma peau et mes pensées se remplissent de nostalgie.


Chère Plume d'@Erza McGowan, j'espère que ce commencement t'inspirera !

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Le 13 Avril 2047 — Gare de Godric's Hollow


La fumée s'échappe de la locomotive tandis que le train entre en gare. Fred tente de m'empêcher de passer ma tête par la fenêtre de la portière mais je lui échappe et m'empresse de faire de grands signes à Maman qui nous attend sur le quai. Tant pis pour le charbon sur mon visage, ce n'est qu'un détail. Le train s' ébranle une dernière fois tandis qu'il s' arrête. Les portes se dévérouillent alors et, brandissant ma valise, je me jette hors du train le sourire aux lèvres. Fred me suit plus calmement, mais je sais qu'il est bien content d'arriver. En vérité, si je m'excite autant c'est pour masquer mon appréhension. Une nouvelle vie commence pour moi. Plus de Highlands, maintenant c'est l'Angleterre qui m'ouvre ses voies. J'ai fait mes au-revoir au Manoir en février, mais ce n'est pas un adieu ! Mariana s' est donc retrouvée seule, mais je vroi qu'au fond c'est une bonne chose. Elle pourra se rendre compte d'une myriade de choses comme ça. Maman se saisit de ma valise et d'un coup de baguette la fait voler magiquement, avant de passer à celle de Fred. Le grand désavantage des vacances, c'est la confiscation des baguettes des mineurs. Ils croient quoi, qu'on va renverser le gouvernement ? Parfois, leurs décrets me dépasse. *Zoey est sans-statut, tu te rends compte ?* Je ne sais pas si je pourrais l'inviter sans risque ici. Maman me sers dans ses bras et je sens la douce odeur de parfum m'envelopper d'un coup. J'aimerai que ce moment dure pour l'éternité. Malheureusement, elle desserre l'étreinte et s' en va vers Fred. Je fais mine de m'impatienter, et bien qu'ils ne soient pas dupes, nous quittons le quai. Je le chemin du retour, c'est Maman qui rompt le silence la première.

Alors, la mais- l'appartement — j'suis pas habituée moi... — est déjà bien avancé, et j'ai mis toutes vos affaires dans vos chambre, c'est de ça qu'on va s' occuper pendant que vous êtes là ! Et, tout spécialement pour toi Erza, j'ai acheté un pot de peinture bleu pour qu'on puisse l'utiliser pour l'un des murs de ta chambre !

Je l'écoute en souriant. J'ai vraiment hâte de refaire ma chambre ! Fred reste plus silencieux, si bien que je me demande si quelque chose ne va pas. *Je lui demanderais à la maison.*

Nous arrivons finalement avenue B. Muldoon, là où se trouve notre nouvelle maison. *Nouvelle vie, nouveau départ.* Je reste quelques secondes sur le trottoir d'en face, a fixer notre immeuble. On voit au premier coup d'œil que c'est grand à l'intérieur. Je traverse finalement en regardant à droite et à gauche avant de pénétrer dans l'immeuble.

Ça fait bizarre d'être dans un immeuble...

Nous montons les étages à pieds, et lorsque Maman fait tourner la clé dans la serrure je prend une grande inspiration. Maman pousse la porte qui s' ouvre sur une entrée spacieuse et déjà bien rangée — je vois que Maman est passée par là pour tout organiser. Fred pénètre à sa suite et je reste sur le pas de la porte. Si je rentre aussi, je confirmerais mon accord de cette nouvelle nouvelle vi. J'y entrerait pleinement. *Tu vas pas rester là toute la journée !* Je fais d'abord un pas, puis un second et me voici alors dans l'appartement. Mon appartement. Je referme la porte derrière moi et j'avance jusqu'à pénétrer dans le salon dans lequel m'attendent Calum et Galadriel. Tous sourient, tandis que Fred se déchausse. *Oh non, ça va puer des pieds après !* pensais-je mentalement en rigolant.

"Alors Erza, qu'elle est ta première impression ?
*Pourquoi ne pas aussi demander à moi et uniquement à moi !* C'est plus petit qu'à Shulista Croft, c'est sur, mais j'ai hâte de m'occuper de ma chambre !"
Maman — qui a déjà déposé mes affaires dans ma chambre — m'y guide tandis que les autres restent dans le salon. Je découvre une pièce plutôt grande — mais tout de même plus petite qu'avant évidement — dans laquelle sont entreposés cartons sur cartons.

Toutes tes affaires sont là dit-elle en désignant les cartons Tu veux qu'on commence dès maintenant ?

Je lui lance un regard qui veut tout dire et nous commençons à déballer. Le lit par là, le bureau là bas, la penderie ici, etc. Nous travaillons si bien que ma chambre est opérationelle.

Tu n'auras plus qu'à la décorer !

Je me jette à son cou en murmurant un merci, et, je crois que ça nous fait du bien. Nous restons là à nous entreindre jusqu'à ce qu'elle m'envoie me coucher.

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Le 14 Avril 2047 — 00h46 — Demeure McGowan


Je me tourne et me retourne dans mon lit sans parvenir à trouver le sommeil. Je crois que je suis à la fois trop excitée et trop stressée pour tomber dans les bras de Morphée. Alors que j'apprête à me relever pour allumer la lumière Fred apparaît sur le pas de la porte.

Toi aussi ?

Je hoche la tête et il allume alors la lumière venant s' assoir sur le rebord de ma fenêtre. Je le fixe quelques temps tandis que lui regarde les Lumières de la Ville.

Tu penses à quoi ?

Il recalle son attention sur moi et me fixe quelques secondes avant de répondre.

À ça. J'me dis que c'est trop beau. J'ai peur, peur de c'qui va arriver. J'me fais sûrement des idées, mais voilà.

Je ne répond pas tout de suite. Je le comprend, mais j'ai envie d'y croire, au bonheur.

"Tu veux bien qu'on essaye ? Juste une fois si tu veux, mais qu'on essaye d'y croire. Des les croire.
D'accord"
Nous nous sourrions alors timidement et lorsqu'il se lève pour repartir, nous nous étreignons doucement. Il me dit à travers ça qu'il est la pour me protéger, mais je n'ai que faire de sa protection. Je l'aime de tout mon être, mais je veux me défendre moi-même, prendre ma vie en main et être celle que j'ai toujours voulu être : moi.

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Le 14 Avril 2047 — 11:58 — Avenue B. Muldoon


Je sors ! hurlais-je pour être sûre d'être entendue. Je m'échappe, je vais découvrir ce nouveau monde. Je claque la porte de l'immeuble et dès lors que je pose un pied à l'extérieur la pluie se pose doucement sur mon visage. La musique résonne dans ma tête, je suis comme dans un autre monde. *Mon monde.* La rue est presque déserte, et alors je prend conscience que, bien que ce soit la Capitale du Monde des Sorciers, la ville ne peut pas être constamment en pleine effervescence. *Capitale des Illusions oui.* Je fais quelques pas avant d'apercevoir une fille. *Elle fais plus âgée mais elle est minuscule !* J'ai la curieuse impression de l'avoir déjà vue, *mais où ?* Je cherche dans les tréfonds de ma mémoire et alors je me souviens. *Le coucher de soleil dans le parc.* C'était un soir où je mangeais tôt, contrairement à mes habitudes, et j'étais alors sortie observer le Couchant dans le parc. Je l'avais vue. Elle m'avait semblée douce et cultivée, et ses cheveux roux m'avaient plus. J'hésite à la heller, mais, je ne connais même pas son nom. *T'es v'nue ici pour visiter et t'approprier le quartier, pas saluer la première venue !* Alors que m'apprête à faire demi-tour, un flash m'apparaît. *C'est une Bleue.* Qui dit Bleue dit la maison d'Ivy. *Arrête de penser à elle !* Je sais qu'elle ne s' y plairait pas ici. Elle trouverait sûrement que c'est trop enclavé, surveillé par le Conseil. *T'es pas libre là-bas Erza*, l'entends-tu dire. Tu n'es qu'à moitié impure, t'avais dit Carry l'an passé. La pluie continue de couler le long de mes joues, et c'est alors que je me rends compte que je fixe la rousse depuis tout à l'heure.

Chère @Alyona Farrow me voici sous la douce pluie d'Avril :3
J'espère que mon Pas te plait et qu'il t'inspira !

Patriote 2021 et 2022 • je déteste j'aime Mélo • Préfète inRP pendant toute l'année 2048-2049 • Avatar par Brillantes Écailles

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Un frisson me parcourt brusquement le corps. Fait-il froid ? Je n'en avais pas l'impression quand je suis sortie, seulement vêtue d'un simple pantalon et d'un de ces maillots colorés que je me plais à porter. Mais la pluie et son humidité m'ont trompé, encore une fois. Peut-être devrai-je apprendre à me méfier de ce genre de chose, mais ma tête est si pleine d'autres réflexions que ces petites pensées toutes simples passent inaperçues. Alors, la pluie en profite pour se glisser vicieusement près de mon cops, comme si elle cherchait à découvrir chaque parcelle de ma peau. Je sens l'humidité qu'elle apporte m'envahir, et ses quelques gouttes dégouliner sous mes vêtements. Il ne faut que quelques minutes à cette pluie drue pour me recouvrir toute entière. Et voici que tout me colle à la peau, que mes cheveux se plaquent contre mes oreilles, ma nuque et mes joues ; même mes habits se prêtent au jeu, comme si, en étouffant ma peau à force de s'y coller, ils m'aideraient à me réchauffer. Cependant, la pluie a beau m'envelopper sans retenue, je ne pense qu'à peine à elle. Elle navigue à l'orée de pensées, plus absente que présente ; c'est presque comme si je ne la remarquais pas. Oh, elle peut toujours me laisser trempée et dégoulinante ! Je n'en ai que faire de ses caprices.
C'est étrange, tout de même, elle apporte avec elle moins de vent qu'à Édimbourg.

Et mes pensées tombent de nouveau dans cette spirale étrange, comme attirées en son centre. Quel drôle de tourbillon ! Je ne prends pas la peine de me battre avec mon crâne, je me laisse glisser, emportée, bercée brusquement, je ne sais même pas si j'aurais été capable de résister.

Ici, ce n'est pas vraiment chez moi, et je ne sais pas si un jour cela le deviendra. Je ne passe déjà pas beaucoup de temps dans ma résidence principale, préférant profiter de mes vacances pour rester à Poudlard ou aller chez mes grands-mères. Alors, m'imaginer vivre là et m'y sentir bien, ou tout du moins assez pour y rester longtemps, cela me semble étrange. Je n'ai aucun souvenir dans cette ville que je ne connais qu'à travers des écrits ; je n'ai aucun point de repère, aucun plaisir à traîner dans ces rues. Où sont les plantes dans cette ville d'illusions ? Où sont les animaux ? Les oiseaux ? L'éclat du soleil et la douceur de ses nuages ? Tous les bâtiments sur lesquels mon regard se pose sont si hauts que je suis obligée de me tordre la tête pour en voir le sommet. Certes, à Édimbourg, il y avait également des immeubles comme ceux-là, mais nous vivions un peu en dehors de la ville. Ici, nous sommes près du centre et de l'agitation ; il n'y a aucun calme et aucun espace vert. Tout est marron, gris et noir, si terne que la vie semble à peine présente. Que vais-je faire en ces lieux ? Comment me reposer dans une ville fourmillante mais si sombre ? Le contact avec l'herbe sous mes pieds me manque déjà. Je ne me sens pas à la place dans cet endroit, comme si j'y étais enfermée. Je n'ose même pas m'y installer complètement, ne réalisant pas encore que plus jamais je ne retrouverai ma chambre dans notre résidence Azalée, comme je me plaisais à l'appeler. Plus jamais... Doux Merlin, cela me laisse un goût amer. Cette ville est-elle celle d'illusions ou de désillusions ? Peut-être est-ce à moi d'en juger.

Je percute le monde réel et quitte celui de mes pensées en balançant mon pied dans une flaque d'eau. En réaction, des centaines de petites gouttelettes se mettent à voler avant de s'écraser de nouveau sur le trottoir. Elles n'y disparaissent pas comme dans la terre d'Édimbourg, elles restent à la surface, incapables d'entrer en contact avec le sol, séparées par ces grosses pierres étouffantes. Ici, nous n'avons même pas de jardin. Que vais-je faire, moi, si je ne peux pas enfoncer mes pieds nus dans l'herbe froide ? Devrai-je mettre mes plantes en pot ? Alors, à quoi bon les avoir ici si elles ne peuvent même pas reposer dans la terre ? Dans cette capitale, je pourrai probablement rencontrer de nouvelles personnes, entrer dans des librairies ou des restaurants, apprendre à vivre autrement. Néanmoins, une douleur reste ancrée dans mon cœur. Ici, ce n'est pas vraiment chez moi, et je crois que ce ne le sera jamais.

Un soupir m'échappe. *Merlin...* Je suis partagée entre l'envie de découvrir cette ville et de parcourir toutes ses rues et celle de me débrouiller pour m'enfuir chez ma grand-mère. Mais tout cela est idiot. Vivre ici, ce n'est qu'une habitude à prendre. Qu'importe si je m'y sens enfermée et étouffée ? Mes parents y sont heureux, alors je peux également y parvenir. Il me suffit d'y trouver une attache forte et agréable. Et puis, Ecco se plaira certainement dans ces rues, lui qui aime se perdre dans la foule et manger tout ce qui lui tombe sous la dent. Je ne suis peut-être pas encore à l'aise ici, mais j'apprendrai à l'être. Si cela peut rendre mes parents heureux, je ferai de mon mieux.

Mal à l'aise et déchirée à cause de mes pensées douloureuses, je fais quelques pas en arrière, la tête tournée vers le ciel et les yeux fermés. La pluie s'écrase sur mon visage en grosses gouttes, se glissant dans mes oreilles, ma bouche légèrement ouverte et mes yeux. Les bras le long du corps, je prends de profondes inspirations, profitant de ce moment étrange, de ma solitude au milieu de cette pluie incessante. C'est drôle, mais, désormais, j'aurai un autre souvenir de cette ville qui est maintenant celle de ma résidence. Les souvenirs se construisent et s'effacent aussi vite que les rêves qui grandissent sous nos paupières.

Je tourne sur moi-même au milieu de cette averse, comme si je souhaitais tomber. Cependant, rien n'y fait, je reste debout, bien en équilibre. Les exercices d'entraînement au transplanage semblent porter leurs fruits. Ah ! Merlin ! Je souris toute seule. Mes pensées m'amusent-elles ? C'est si rare, mais si agréable. Dommage qu'elles ne soient la plupart du temps que d'énormes vagues que je ne parviens pas à dompter.

Brusquement, je m'arrête. En équilibre sur un pied, le visage baissé pour voir face à moi. Une fille. Brune, cheveux courts, jeune mais grande. Un regard. Et le mien plonge dedans sans se soucier de la noyade.

Deux regards se percutant au milieu de la pluie. Deux regards et un sourire insouciant qui illumine soudainement mon visage comme un éclat de soleil.


Oh ! Bien sûr, Plume.

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Elle. Elle. Elle. *Qui es-tu ?*


La pluie tombe sur mon cuir chevelu, glisse sur mes yeux, ruisselle le long de mes joues et vient filer dans le creux pour s'enfuir sous mon sweat. J'aime la pluie. Parce qu'à mes yeux c'est elle qui peut nous aider. Parce qu'elle nettoie la saleté dont on est recouvert, physiquement comme mentalement. Parfois, je me surprends à espérer qu'elle va m'effacer lorsque le soleil pointera à nouveau le bout de son nez, éclipsant les nuages. Ce serait beau de partir avec l'arrivée d'un arc en ciel.
Les lumières de la ville éclairent sans vraiment le faire. Bien sur, elles illuminent les rues, et empêchent un pauvre sorcier de se déplacer à l'aveugle, mais surtout, elles veulent montrer que cette ville est Vivante. Comment le pourrait elle, si les gens se contentent d'Exister ? Ils passent, font profil bas pour vivre tranquillement, mais ne font rien. Moi, moi je ne veux pas me contenter de cette existence. J'ai envie de Vivre, d'Aimer, de me battre, et d'être moi. Je crois que c'est l'un des plus grands défis de l'Humanité. Être soi même. Pour cela, il faut déjà se connaître. Comment être soi-même si on ne se connait pas ? Connaître ses peurs, ses doutes, les sentiments que l'on éprouve, ses envies, et j'en passe. Tellement de choses qui restent un mystère pour la plupart.

Je ne souhaite qu'une chose dans la vie, une chose plus que tout, c'est de savoir qui je suis. *Erza McGowan, fille d'Ariana McGowan Scarlett et d'Alexander Pullman*. Cela ne me suffit pas, oh que non ! J'ai besoin de me connaître. La question est de savoir comment, alors que mon esprit est occupé par mille et une questions et pensées qui m'empêchent d'être tranquille. Peut-être que je suis tout simplement incapable de me contenter de ce que j'ai, pourtant, il a fallu que j'en endure, des choses, avant d'être . C'est comme si depuis la première lettre que Maman m'a envoyée, en Septembre, j'étais redevenue un nourrisson qui doit tout apprendre. Je dois apprendre à lâcher prise, à laisser les autres m'approcher, mais surtout, je dois apprendre à Aimer. Aimer les autres, parce que j'avais peur de m'attacher de peur de perdre encore. Mais surtout, je dois m'aimer moi même. Je crois que c'est sûrement la chose la plus dure. J'ai passé tellement de temps à penser que je ne méritais pas d'exister, que j'étais la pire personne, que je n'étais pas faite pour être aimé que comprendre que c'était l'inverse a été dur à accepter. M'accepter. Heureusement, je ne suis pas seule. Maman m'envoie des lettres, et nous avons enfin une relation digne de ce nom. Fred aussi est là pour moi, et puis bien sur Ivy. Ivy, ma douce Ivy ! Peu importe que mes sentiments soient réciproque ou non, le sentiment de chaleur et de douceur qui m'enveloppe lorsque je pense à elle me redonne le sourire et me permet de vivre.

Je reporte brusquement mon attention sur l'autre. Evidemment, je ne l'ai pas quittée des yeux, mais je ne la regardais plus vraiment. Elle virevolte sous la douce pluie qui l'englobe comme elle le fait pour moi. Soudain, un sourire. Un doux sourire qui vient réchauffer mon coeur. Finalement, peut-être que je vais réussir à m'habituer à ma nouvelle vie. *Il le faudra bien de toute manière*. J'ai une petite pensée pour Mariana, qui se retrouve donc seule au Manoir. Je suis persuadée que ça lui fera du bien. Je crois que ça fera du bien à Maman aussi. Elle avait besoin de se libérer de son passé je crois. De repartir à zéro, comme nous tous finalement. Comme le font les serpents, nous allons changer de peau.

Je rends son sourire à la rousse. Je suppose qu'elle doit habiter juste à côté de chez nous. Je me demande à moi même si visiter le quartier prend en compte rencontrer nos voisins. Sans vraiment me répondre, mes jambes se mettent en route d'elles-mêmes et je me rapproche de la Bleue. Que vais-je bien pouvoir lui dire ? Malgré sa taille, je pense qu'elle est plus âgée que moi, et pas dans l'année de Fred, sinon je la connaîtrai. Cela me laisse comme possibilité la sixième ou la septième année. Je la dépasse de presque 10 centimètres, ce qui me donne un peu de confiance. *C'est pas la petite bête qui va manger la grosse*.

Hey ! Tu viens d'emménager ?

Je marque une très courte pause avant d'ajouter subitement.

Moi c'est Erza

Après tout, on ne sait jamais, peut-être qu'elle ne vient jamais voir les matchs de Quidditch. Pour moi, c'est évidemment une évidence, d'y aller à chaque fois, mais je comprends que cela ne soit pas le cas de tout le monde. Un coup de vent fait virevolter ma crinière mal brossée et je glisse mes cheveux derrière mes oreilles.

Joyeux Vendredi 13 Plume !
Milles pardons pour ce monstrueux retard...

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Elle arrive ! Elle se dirige vers moi en souriant. Sur son visage, dans sa démarche, derrière ses yeux couleur forêt, il n'y a aucune hésitation. Regarde : je ne te connais pas mais je marche vers toi sans hésiter, comme si la route était déjà tracée *ce sont nos regards qui l'ont créée en se touchant*. Alors, tu n'as pas peur de mon âge, de mon assurance de façade, de mes cheveux couleur flamme ? Rien ne semble te faire peur, regard-de-forêt, rien ne semble t'inquiéter. As-tu déjà vécu des situations plus angoissantes, plus apeurantes ? Sûrement. Qui n'en a jamais vécu ? Même la pluie qui nous rend dégoulinantes ne semble pas te gêner. Oh, tes yeux peuvent cacher bien des pensées, elles ne te feront pas trembler, elles ne rendront pas tes pas moins sûrs, tu te tiens droite et tu continueras à te tenir droite, n'est-ce pas ? Tu es probablement plus faite pour cette ville que je ne le suis.

Erza. Tu n'es pas le genre de personne à avoir facilement peur, n'est-ce pas ? Serpentard ou Gryffondor ? Le vert de tes yeux est peut-être celui de ton cœur.

Un sourire enveloppé de silence sur le visage, je dégage une de mes mèches qui colle sur ma joue.

« Bonjour, répondis-je, toujours en souriant. »

J'enveloppe les bâtiments qui nous entourent du regard. Je viens d'emménager ici, effectivement. Nous sommes probablement nombreux à avoir profité de l'inauguration de la ville pour s'installer. Qui ne veut pas vivre dans une capitale comme celle-ci, moderne, centre de toutes les activités et du gouvernement, bruyante de vie et de nouvelles idées ? Je ne sais pas. En fait, je ne sais pas si moi, j'en ai envie. Mais c'est une autre question. Parce que je n'ai pas vraiment le choix. Je n'ai jamais été de ceux qui protestent, hurlent « non ! » et se rebellent face à ce genre de situation. Oh, il m'arrive d'être en colère contre le destin, si tant est qu'il existe ; il m'arrive d'être en colère à cause de ce qui m'arrive et ce auquel je ne peux rien changer. Mais un déménagement qui fait plaisir à mes parents ? Je ne me sens pas chez moi ici, et je ne m'y sentirais probablement jamais, cependant cela m'importe peu. L'année prochaine, je devrai sûrement me préparer à faire de nouveaux mes valises pour partir dans une école supérieure. Et quitter Poudlard. À cela aussi je ne veux pas penser.

Tandis que l'eau me glisse sur le visage, j'expire mes pensées désagréables en silence.

Erza et ses yeux couleur forêt. Je ferme les paupières un instant, le temps d'attraper et d'essorer mes mots trempés de sentiments.

« Hmmm... » Je m'enveloppe du velours tissé par l'attente que je crée. « Oui, c'est cela. J'ai emménagé juste ici. » Mon regard et mon visage se détournent pour se diriger vers la grande bâtisse qui constitue officiellement mon chez-moi. « Toi aussi, peut-être ? »

Un intérêt poli se glisse dans mon regard lorsque je me tourne vers Erza. Intérêt d'apparence ou intérêt réel ? Parfois, j'aimerais seulement que mes pensées me glissent dessus comme la pluie.

Le froid me mord la peau. Où est passé le soleil ? Il a dû fuir avec le silence, loin de cette ville. Doux Merlin, j'ai peur de ne jamais me sentir bien ici. Je ne devrai pas, je le sais. Ce n'est pas parce que tout est terne qu'il n'y a pas de lumière. N'ai-je pas trouvé un coin de forêt dans cet horizon de bâtisses immenses ? Erza, je ne sais qui tu es, mais tes yeux sont un puits où je trouve un peu de fraîcheur.

« Je suis Alyona Farrow, me présenté-je. Tu es à Poudlard, n'est-ce pas ? J'ai l'impression de t'avoir déjà vu quelque part. » Pourtant, Merlin sait que les visages se confondent et échappent à ma mémoire.

Le sourire sur mon visage revient brutalement. Oh, Erza au regard de forêt, tu viens de me rappeler Poudlard. J'ai la douceur du parc et l'odeur de la bibliothèque qui surgissent dans mes pensées ! Chez-moi, c'est plus là-bas qu'ici.

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht

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*90% de la vie c'est la confiance en soi. Et ce qui se passe avec la confiance en soi c'est que personne ne sait si c'est pour de vrai ou pour de faux.* Je ne sais plus d'où ça vient, mais je suis entièrement d'accord avec cette citation. C'est grâce à ça que je survis, parce que je sais que si tout le monde me voyait comme je suis vraiment, — c'est à dire complètement brisée — les Autres s'en donneraient à coeur joie. Je finirai je ne sais où, seule au bord de la mer, attendant silencieusement la Mort. La seule chose à laquelle j'ai jamais été bonne était le mensonge. Ma vie toute entière est un mensonge. Je ne le dis jamais mais je le pense souvent évidemment. C'est impossible de passer du tout au tout, mais j'ai peur de ne pas réussir. J'ai peur d'être incapable de changer vraiment. Même si Maman m'aide. Et Fred. Et Nefarius. Commencer à m'accepter ne suffit pas du tout. Surtout qu'il faudrait que j'y parvienne. L'important serait que les autres voient ce changement. Qu'ils comprennent que j'ai changé. Que je veux à tout prix devenir quelqu'un de bien. Le problème c'est que ça ne se fait pas en un claquement de doigt. Loin de là. Ce serait trop simple, beaucoup trop simple. Et je le sais bien, la vie est tout sauf simple. On croit être maître de notre destin, on pense qu'on fait nos propres choix mais la vérité c'est que nous ne sommes que des pions. Si la Vie a décidé que ça se passerait mal — et c'est souvent le cas pour ma part — on ne peut pas lutter. La seule chose qu'on peut faire, c'est espérer. Attendre que ça s'arrange. Le problème, c'est qu'il arrive un moment où on a tellement espéré qu'on y croit plus. On se laisse mener à la baguette, et c'en est fini. Mon dernier espoir est d'avoir assez de force pour me relever. Malgré mes blessures. Malgré mes larmes. Malgré tout, arriver à me remettre en chemin vers ce que certains appellent la rédemption. Je ne sais pas vraiment si le mot est approprié mais je trouve qu'il correspond. On ne peut pas me comparer à un mage noir, mais je pense que le sens de rédemption est plus large. Se racheter. Je crois que c'est bien le but que je dois atteindre.

L'ennemi de l'espoir, selon moi, c'est le doute. Je me pose malgré moi tous les jours la même question — si ce n'est plusieurs fois. Est-ce seulement possible de me racheter. Les autres accepteront-ils que j'ai changé en bien, et est-ce que ce sera un jour assez pour que je sois pardonnée.

Je suis tirée de ma réflexion par la voix de la rousse. Elle est enjouée, et cela me réchauffe le cœur. Je ne comprends toujours pas pourquoi je me suis décidée à rompre le silence avec cette inconnue. Ce n'est pas du tout dans mes habitudes de parler aux gens — je préfère le silence reposant des fonds marin qui entourent ma maison — mais mon corps et mon esprit étaient comme dissociés. Je ne réfléchissais pas, mais en même temps c'était comme une évidence d'aller la voir.

*Alyona Farrow* répétais-je mentalement. C'est un joli nom. Elle habite ici, tout comme moi. Lorsqu'elle me dit avoir l'impression de m'avoir déjà vue, je ne peux m'empêcher de me demander si c'est simplement par pur politesse. Effectivement, je suis une inconnue qui vient à sa rencontre sans qu'elle n'ai rien demandé.

Désolé si je t'ai importunée. Moi aussi je viens d'emménager, juste ici fis-je en désignant ma maison d'un geste vif. — J'habitais dans les Highlands avant, et le changement subit d'ambiance me déstabilise. Je préférais le calme de l'Écosse. Ici... ça me rappelle trop Poudlard. Tout ces gens collés les uns aux autres, marchant sans vraiment savoir où ils vont.

S'il y a bien une chose qu'il ne faut pas faire ici, dans la capitale des sorciers, c'est critiquer la ville. Qui sait, c'est peut-être une proche de Draco Malfoy. J'aurais mieux fait de me taire, au lieu de tenir ces propos débiles. J'embraye rapidement sur Poudlard.

Tu as raison, je suis à Poudlard, parmi les serpents. Et toi ?

Malgré sa petite taille, elle ne fait pas si jeune. Elle pourrait très bien être déjà sortie de Poudlard.

Pardon Plume, pour ce retard monstre.

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Cette enfant au regard de forêt me fait sourire. Dans cet environnement inconnu, terne, dégoulinant d'intérêt personnel, elle dénote. Erza, tu portes en toi un peu de ce qui me manque ici. Je le vois à ta manière d'être, tu n'as pas peur de me parler, tu ne crains pas des échanges de regards, tu m'as vu, moi, au milieu de cette pluie forte, battante, violente, et tu as fait bien plus que me voir, tu m'as prise en compte. Ici, les gens portent des œillères, ils ne remarquent que ce qu'ils veulent remarquer, que ce qui compte vraiment pour eux et leur vie professionnelle. Le reste du temps, ils sont tous les uns pour les autres des fantômes qui se transpercent de regards vides. Mais toi, les forêts de tes iris se heurtent au monde sans passer au travers. Peut-être que tu m'as considéré comme une personne aussi importante que les autres, moi qui joue avec la pluie et défie le ciel. Alors, Erza, pour cela, je ressens envers toi une forme de tendresse. Mais peut-être as-tu simplement vu en moi une distraction, ou une obligation polie — contrainte d'éducation, n'est-ce pas ? —, ou un objet de curiosité. Qui sait ? Le fait est que la plupart des habitants de ce quartier ne m'auraient même pas vu (à cause de leurs œillères, pour sûr). Ou alors, nos chemins étaient faits pour se croiser. Je sais que cela fait souvent lever les yeux au ciel, mais j'y crois, moi, au destin. Pas forcément à un grand destin tissé par les Moires, plutôt à des chemins créés bien avant nous, bien loin de l'infini, et nous offrant des rencontres selon nos choix. Peut-être que ce moment était en quelque sorte déjà tracé, fait pour exister. Peut-être que nos regards se sont attirés l'un l'autre pour se toucher dans cette ruelle. Mes cieux sombres contre tes forêts pleines de vie. C'est la Nature qui rugit, n'est-ce pas ?

Je me sens légère, là, sous la pluie qui se loge dans mes vêtements. J'ai les éléments à mes côtés, je respire enfin sans entraves. Dans ma nouvelle maison — que le possessif m'est désagréable ! —, on ne peut pas inspirer pleinement. Il n'y a rien à sentir, rien à respirer, justement. C'est creux, terne, sans vie, sans âme. Comme une coquille trouvée au sommet d'un tas de déchets, mais la coquille d'autres personnes, qu'on habite pour les apparences. Alors, ma famille et moi nous faisons passer pour ce que nous ne sommes pas ? Peut-être. Maman aime se draper d'illusions. Elle en est pleine, elle. Pas besoin de magie quand on sait jouer avec des masques. Mais comment leur reprocher d'être là ? Ici, dans cette capitale, tout le monde joue avec les identités, tout le monde emprunte des rôles qui ne sont pas les leurs. Une grande mascarade alors ? Peut-être. Qui suis-je pour poser mon regard sur ce qui se joue autour de moi ? Je n'ai aucune objectivité, moi aussi j'ai les pieds dans la boue.

« M'importuner ? » Je souris. C'est idiot. « Je devrai t'en vouloir tu crois ? Tu n'as pas le regard transparent des autres habitants de ce quartier ; ce n'est pas un défaut, c'est une qualité. »

L'Écosse... Alors, il vient de là, tout ce vert ? Je suis prise d'un brusque élan de nostalgie, quelque chose de fort, qui renverse un instant le sourire déposé sur mon visage. J'ai laissé ma vie derrière moi en partant d'Édimbourg. La véranda où Maman peignait, le ruisseau où Papa péchait, les grands champs de fleurs qui ont accueilli les graines de mes rêves, mon enfance installée dans les coins de notre maison. Je déteste cela, tourner la page. Et si elle n'était pas finie, à côté de quoi suis-je passée sans le savoir ?
Que de pensées ternes ! Je souffle dessus comme sur des poussières.

« Je comprends, concédé-je dans un soupir. Mais Poudlard, c'est différent, il y a de la vie avant l'indifférence. »

À moins que je ne me trompe. Et si elle avait raison ? Et si Poudlard c'était comme ici : plein de regards transparents, d'inconnus qui s'en vont dans des directions opposées, de personnes qui ne se considèrent même pas ? Non, c'est impossible. Je connais Poudlard, j'y suis depuis trop longtemps pour me tromper à son sujet. Ce château, c'est bien différent par rapport à cette ville. Il n'y a pas que le pouvoir, les intérêts personnels et les siens qui comptent. Là-bas, on forme une grande famille, n'est-ce pas ? Ici, il n'y a aucun lien entre les gens, et personne ne veut en créer. Oh, Erza, tu te trompes ! Tu ne peux pas comparer Poudlard à cette ville. Dans mon école, on ne joue pas de rôle, on se construit selon qui l'on est. N'est-ce pas ?

Mais là encore, je peux me tromper. Je manque d'objectivité, de détachement. Le château, moi, je le quitte dans pas si longtemps que cela. Qui a envie de fermer la page sur sept ans de sa vie en se disant qu'ils n'ont été que gâchis, erreurs ? Le passé se dore plus facilement que le présent. Tout le monde veut avoir vécu de beaux moments, garder de bons souvenirs, observer derrière soi en souriant. Et si j'observais Poudlard avec un voile de peur, celle qui transporte le garanti que l'adolescence est la plus belle période de sa vie, et qu'elle ne peut donc qu'être jolie ?

Le crâne défoncé par mes pensées, je me contrains à remonter à la surface de mon océan, à me raccrocher aux racines de sa forêt, à ses deux orbes vivantes.

« Chez les Aigles. »

Alors je dois voler, me détacher de ces réflexions qui me tirent vers le sol, laisser tomber le poids des incertitudes pour me glisser sur un nuage, loin des tempêtes qui animent mon coeur.


Aucun problème, nous dansons sans tempo.

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L'intensité de la pluie ne faiblit pas. Je voudrais qu'elle m'emporte, doucement mais sûrement. Que chacune de ses gouttes ruisselle sur mon cheveux, le long de ma joue en caressant mes pommettes emporte une partie de moi. Ce serait beau je crois, moi qui n'ai jamais réussi à pleurer quand il le fallait, quand j'en avais besoin, emportée par des millions de larmes. Quand chaque jour je réalise que des gens rêveraient d'être à ma place, je suis prise de nausées. Si seulement ils savaient. S'ils savaient ce que ça signifie vraiment d'être descendant de sang pur, mais qu'à cause d'une bêtise tu te retrouves banni. S'ils savaient que l'argent peut détruire toute once d'humanité chez quelqu'un. S'ils savaient que tu as beau être brisé un million de fois, tu dois toujours te relever pour te montrer sous ton meilleur jour. Parce que tu n'as pas le droit à l'échec. Parce que c'est un privilège d'être riche, d'habiter dans une demeure dans la grande capitale des sorciers. Bien sur que je ne voudrais pas complètement être sans le sou, à devoir vivre dehors, mais je donnerais tout pour avoir une vraie vie. Comme Zoey. Bien sur, cela ne changerai rien au fait que je suis une solitaire, que je déteste les démonstrations d'affection et que je suis remplie de tristesse. Pourtant, je suis persuadée que j'ai besoin de stabilité. Maman m'a tant promis en déménageant. Je vois qu'elle se démène pour que je comprenne qu'elle m'aime. Pour que je sois bien. Je sais qu'elle m'aime. Je ne peux juste pas lui montrer, c'est trop dur. Et puis surtout, j'ai peur, peur que tout s'écroule à nouveau. Ici, tout me parait étranger. Je ne me sens pas à place, je suis oppressée par tous ces immeubles, je veux retrouver la liberté de mes Highlands. Me fondre dans l'herbe verdoyante, sentir le vent rugir et frapper mon visage, entendre les mugissements des vagues qui s'écroulent sur les rochers. *Alyona, douce rousse, je ne t'importune pas ? Tu es bien la première à le penser.* Voilà qu'en plus je reçois un compliment. Un rayon de soleil au milieu de toute cette noirceur. J'ai pourtant un regard froid, et bien qu'en moi ça bourdonne de partout, je conserve tout à l'intérieur. Rares sont les moments où je laisse s'échapper ne serais-ce qu'une once de ce que je ressent. Je fais particulièrement attention à conserver un contrôle total sur mes émotions. Il y a deux options. Soit cette fille est devin ou que sais-je d'autre, et est parvenue à lire à travers moi, ou alors, — et cette possibilité m'inquièterait beaucoup plus — je n'ai pas su me fondre correctement dans la masse en faisant comme tout le monde. De ce fait, je ne sais pas quoi répondre. Je ne suis pas douée avec les mots. Dans ma tête, tout s'enchaine très vite mais je perds immédiatement le fil lorsqu'il s'agit de parler pour de vrai.

Eh bien... merci alors.

4 mots au lieu d'un seul. Je m'embrouille donc tant que ça ? Je réfléchis intensément, ou plutôt, disons que mon cerveau est toujours en action — pour le meilleur et pour le pire — mais je suis incapable de définir ce que je veux dire précisément. *De la vie avant l'indifférence*. J'encre ces mots au plus profond de mon être. Aurait-elle raison ? Evidemment, tous les élèves ne sont pas comme les habitants de la Capitale, mais y en a-t-il tant que ça qui sont vraiment différents ? Vivants ? Chacun a son histoire, ses propres problèmes, ses relations, mais je crois sincèrement que certains se contentent d'exister. Ils laissent la vie les mener par le bout du doigt, sans chercher à provoquer leur destin. Ils se cantonnent à leur rôle, se fondant dans la masse pour ne pas voir leur petite vie être perturbée. Alyona poursuit. Elle est donc chez les Aigles, comme Ivy et Zoey. J'aime qu'elle pèse chacun de ses mots. Rien de ce qui sort de sa bouche n'est du au hasard. Elle choisit avec soin ce qu'elle va dire. Je me surprends à vouloir lui poser des questions. Suis-je en train de m'intéresser à quelqu'un d'autre que moi ?

Tu étais où avant Godric's Hollow ?

Même si ça ne veut rien dire, je pense immédiatement à l'Irlande. On dit que tous les irlandais sont roux à la peau claire. Les clichés ont la peau dure, comme on dit...

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Je voudrais qu'il pleuve tous les jours. Les adultes dégoulinants de vanité resteraient derrière leurs fenêtres ; l'averse qui s'écraserait dans la rue ferait plus de bruit que les passants ; la nature se glisserait comme l'humidité partout où elle peut respirer. Oh ! je rêve de la pluie. Avoir froid, être trempée, frissonner, trembler. Je rêve de la vie. Chez moi, j'étouffe. Je ne reconnais rien, je me perds, je ne trouve aucune sérénité. Le soleil, en entrant par la vitre, a jeté ses tentacules sur mon être, m'a immobilisée. Quand il pleut, le monde est différent. Les rues deviennent vivables. Comme une plante, j'ai besoin d'eau. Ici, je voudrais que l'extérieur soit fleuri, que les arbres se balancent avec le vent, que les végétaux envahissent les façades. Mais tout est terne, identique, solide. C'est le monde des grands, des adultes, celui dans lequel tout transpire d'ordre et d'autorité. Je ne veux pas y appartenir, je ne veux pas y être enfermée, je ne veux pas de cette majorité tout juste obtenue qui me colle à la peau. Je rêve de grandes étendues, de plantes, de vert. J'ai peur de grandir. Cela glace tout mon être. Appartenir à cette ville ? Devenir une silhouette parmi les silhouettes ? Ne plus voir au-delà de ce que je veux faire, de ce que je dois faire ? La pluie nettoie les rues des traces qu'y laissent les grandes personnes. Quand l'eau tombe du ciel, je fleuris sur le sol.

Je me balance doucement sur mes jambes, la tête tournée vers l'azur si lointain, les yeux fermés. Si tu ne me déranges pas Erza, c'est parce que je me sens proche de toi. Je sais que, comme moi, tu n'appartiens pas à ce lieu. J'en suis certaine. Je le vois, le sens, le perçois. Tu ne t'es pas encore laissé dompter par le monde des adultes, puisque, comme moi, tu profites de la pluie pour chérir cette liberté offerte. Je pourrai me tromper, mais je n'ai pas peur des risques. Les yeux couleur forêt sont dignes de confiance.

Je sens bien qu'Erza est décontenancée, peut-être mal à l'aise. Que voit-elle quand elle me regarde ? Une idiote ? Suis-je difficile à cerner, à mettre dans une cage ? Cette pensée me ferait rire si mon visage n'était pas déjà inondé par un sourire. Si j'étais un oiseau, j'étendrais mes ailes sous les nuages pour que leurs plumes luisent à chaque éclat de soleil. Cependant, il n'en est rien. Ce n'est pas grave, aujourd'hui je m'enivre de rêves. Je ne veux pas penser à la fin, au retour, aux regards durs de ma mère sur mon corps et ma tenue trempés. Je ne veux pas imaginer les reproches, les critiques. Je ne veux pas prendre la place de ces adultes cachés derrière leurs fenêtres. Pas tout de suite, pas maintenant. Alors, je me noie dans la douceur de la pluie, dans le confort et la solitude qu'elle m'apporte.

« J'étais aussi en Écosse. Près d'Édimbourg. »

L'utilisation du passé m'est douloureuse. J'ai encore du mal à m'y résoudre, à l'accepter. Est-ce vraiment terminé ? Plus jamais je n'irai dans notre jardin ? Plus jamais mes genoux ne seront recouverts de la terre et de la poussière de la terrasse ? Plus jamais je ne pourrai regarder depuis la haute fenêtre de ma chambre ? Un goût d'amertume glisse sur ma langue. C'est celui de la mer.

J'ouvre les yeux, laisse la pluie réparer les plaies de mon coeur.

« Il y avait de grands arbres. Verts comme tes yeux. Et le vent était froid, mais il ramenait à la vie. »

Je me perds un instant dans mes souvenirs. Ils me glissent sur le visage, coulent dans mes cheveux, se collent à ma peau. Ici aussi, je tisserai de nouveaux souvenirs. Me rendront-ils nostalgique un jour ? J'ai pour le moment du mal à y croire. Mon esprit est encore trop attaché à l'Écosse. Il va me falloir du temps pour accepter, pour avancer, pour ne plus ressentir cette déception et cette colère. En ai-je envie ? Je ne sais pas. N'est-ce pas inévitable ? Probablement. Mais cela ne m'empêchera pas de repenser au passé, d'en sentir le jus couler dans ma gorge comme un nectar sucré.

« C'était beau. » C'était chez moi.

Je me tourne vers la Verte. La pluie trace des sillons sur mes joues, comme ces larmes qui ne viennent pas, qui ne viendront pas. Suis-je triste ? Non. Et je ne serai pas résignée.

« Et toi, c'était comment chez toi ? »

Fais-moi voir avec tes yeux les souvenirs qui te hantent. De cette eau qui tombe du ciel, nous feront une pensine. Et après en avoir bu tout le contenu, nous construirons notre avenir dans cette nouvelle capitale sous les lumières de notre passé. Qu'en dis-tu, Erza ?

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La pluie fait maintenant partie de nous. Je ne me rends plus vraiment compte qu'elle continue de couler. Pourtant, c'est elle qui vient meubler nos silences, car nous ne sommes ni l'une ni l'autre de grandes bavardes. C'est quelque chose que j'apprécie déjà chez elle. Elle me force à me poser avant de parler, et étrangement, c'est reposant. Ne pas parler pour ne rien dire. C'est quelque chose que j'ai tendance à faire, lorsque je perds mes moyens, ce qui arrive assez régulièrement, lorsque la situation est inconfortable. Quand la gêne s'empare de moi, et que cela devient mon mécanisme de défense. Comme une barrière entre mon interlocuteur et moi. Là, pas besoin de barrière, le naturel a pris le dessus. Pas d'inconfort, pas de gêne, juste deux sorcières sous la pluie. Il faut dire qu'aussi, j'ai une porte de sortie facile en cas de problème : rentrer m'abriter. Malgré tout, j'aime la pluie. Le son des gouttes qui s'écrasent sur toutes les surfaces qu'elles atteignent m'apaisent et j'aime me dire que c'est comme si elle venait laver la terre.

Le sourire de mon interlocutrice me décontenance. Je dois vraiment y être si peu habituée. J'ai pourtant promis à Maman que j'allais y remédier. Que j'essaierai de sourire de temps en temps, parce que peut-être que je le peux maintenant. Encore des promesses. J'ai l'impression parfois de crouler sous leur poids. Que ce soit celles que je dois tenir, ou celles que l'on m'a faites, toutes me pèsent. J'ai constamment peur de rompre les miennes, ou d'être déçue par les autres. Je sais, je suis bien compliquée. On pourrait croire que je ne suis jamais satisfaite, mais c'est tout le contraire. J'ai tellement attendu que cela aille mieux que chaque miette de bonheur me fait l'effet d'une nuée. C'est simplement que j'ai trop attendu. J'ai trop attendu ce bonheur, et j'ai donc l'impression qu'il va disparaître d'un claquement de doigt. Tout le temps. Cette nouvelle vie ici, ça ne me semble pas réel. Trop différent de Shulista pour que je puisse y croire. Et j'ai l'impression que Maman porte un masque. Qu'elle se force à être heureuse de peur que je me brise en mille morceaux. Comment ne sait-elle pas que je le suis déjà ? Qu'il ne peut pas y avoir de comme avant, mais uniquement un après. Je ne sais même pas ce qu'elle attend de moi exactement, mais je ne pourrais me risquer à le lui demander.

Alyona se met à me parler doucement de son chez-elle. Je comprends sa douleur. Elle n'apprécie pas ici, son ancienne vie lui manque. *Pour une fois que je comprends quelqu'un au delà des mots*. C'est vrai que cela m'arrive très rarement. Je n'ai pas cette empathie qui fait tant de bien la plupart du temps. Je n'arrive pas à voir derrière la carapace des autres. Après tout, c'est sûrement parce que je fais pareil. C'est un autre de mes mécanismes de défense. Ne pas montrer d'émotion pour éviter de subir quoi que ce soit. C'est plus simple. Je ne peux qu'être d'accord avec la rouquine. On pourrait penser, lorsqu'on me connait un peu, que je préfère la ville et l'anonymat que cela procure, mais c'est tout le contraire. J'ai besoin d'apaiser mon esprit sans cesse en mouvement. Et ça, ce n'est pas la ville qui va me le permettre.

Je ne peux que te croire. J'étais sur l'île de Skye, dans la maison de famille. Mais ma mère a pensé qu'un nouveau départ serait mieux, donc nous voilà ici.

Je ne sonne vraiment pas convaincante. De toute façon, je ne pense pas qu'elle veuille apprécier cette ville pour l'instant.

Moi, c'était vert et bleu. Un mélange parfait. Il y avait la mer au bout du chemin. Les falaises frappées par les vagues et le vent. La brume parfois.

Et les moutons et les vaches. Mais bon, ce n'est pas ce qui me plaisait le plus. J'attends l'été avec hâte. Encore plus que d'habitudes. Je n'ai jamais détesté rester à Poudlard, mais maintenant que ma vie est ici, à Godric's Hollow, je veux rester dans mes terres. Je ne suis pas née là-bas, et je n'y ai vécu qu'un an, mais j'y venais souvent avant Poudlard. Je m'y sens bien plus chez moi que dans l'appartement que nous avions à Edimburgh. Toujours la ville, on y revient. La pluie semble se calmer légèrement. Est-ce le signe que c'est la fin pour nous ? Il faut que je pense à rentrer après. Je reprendrais mon exploration demain, ou un autre jour. Rien ne presse.

Je suis désolée, il va falloir que j'y aille. Le repas en famille, je pense que tu connais... On se reverra ?

Je lance ça dans la vide je crois. Évidemment qu'elle n'aura pas envie de me revoir. Surtout que je la quitte sans prévenir. Il faut toujours que je gâche tout. Cela ne m'étonne même plus. C'est comme une seconde nature chez moi. Il faut que je gâche tout ce qui m'arrive de bien.

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