A kind of magic
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Samedi 20 juillet 2047, matin
Maison des Skelton, Manchester
@Aylin Murphy
Maison des Skelton, Manchester
@Aylin Murphy
Le quartier de Moss Side de la ville de Manchester, en Angleterre, n'était pas l'un des quartiers les plus accueillants. La criminalité y était assez importante et la plupart des gens qui y vivaient avaient tout juste de quoi payer le loyer de leur maison, bien souvent vétuste. C'était notamment le cas des Skelton. Leur maison, faite en briques rouges comme la grande majorité des bâtiments mancuniens, était une petite maison qui disposait d'un étage. Très semblables aux maisons voisines mitoyennes, les volets cassés à côté de la porte d'entrée, dont la peinture commençait à s'écailler, étaient plutôt représentatifs de la situation financière des Skelton. Aussi imparfait fut son quartier et sa maison, Romy Skelton y était très attachée et ne les aurait échangés pour rien au monde. En revanche, elle haïssait son école primaire et notamment la plupart de ses camarades, qui, depuis le jour où son bureau avait mystérieusement pris feu devant elle, la regardaient de manière étrange et ne cessaient de murmurer sur son passage. C'était d'ailleurs à cause d'une énième remarque, celle de trop, que Romy avait donné un coup de poing à l'une de ses camarades, entraînant son renvoi de l'école à quelques jours des vacances scolaires. Depuis ce jour-là, l'ambiance à la maison était glaciale. Victor, son père, avait été affreusement déçu par son comportement. Persuadé d'avoir éduqué sa fille mieux que ça, il était désolé de voir qu'elle s'adonnait à la même violence que les autres jeunes du quartier.
Mais Romy ne supportait plus le presque silence dans lequel s'était muré son père et elle s'était levée en ce samedi matin ensoleillé avec la volonté d'enterrer la hache de guerre. Elle se leva et s'habilla avec un débardeur rayé vert foncé et un short en jean. Romy était une gamine de onze ans plutôt fluette mais avec un visage rond, pâle et parsemé de taches de rousseur qu'elle avait hérité, avec ses yeux verts, de sa mère. De son père, elle avait les mêmes cheveux châtains et d'épais sourcils, dont l'un était barré par une ancienne cicatrice. Lorsqu'elle pénétra dans la cuisine pour prendre son petit-déjeuner, Victor s'y trouvait également, en train de manger des baked beans sur des toasts. Il lui accorda un rapide coup d'œil, avant de s'intéresser à nouveau au contenu de son assiette et de croquer dans son toast qui lui laissa un peu de sauce dans sa barbe hirsute.
– Salut, lui lança-t-elle d'un ton joyeux en attrapant une assiette. Bien dormi ?
L'homme grommela un vague oui et continua de l'ignorer royalement, ce qui eut le don d'agacer la gamine. Elle lâcha bruyamment son assiette sur la table, mais il continua à rester impassible.
– Tu vas m'en vouloir encore combien de temps, p'pa ?
– Ça dépend de toi je t'ai déjà dit. Accepte de faire tes excuses à ton amie.
– Angelica, mon amie ? Tu plais... Elle se tut quand elle vit le regard sévère que lui lança son père. C'pas à moi de m'excuser, c'est elle qui a commencé, elle m'a traité de...
– Je sais de quoi elle t'a traité. Oui, elle n'aurait jamais dû te dire ça, mais toi tu n'avais pas à réagir comme ça. Tu as commis une erreur et tu dois l'assumer maintenant, point !
Victor avait haussé la voix à sa dernière phrase, ce qui ferma le clapet de Romy qui n'osa plus répliquer. Elle s'assit en face de lui et se contenta de se servir à son tour de baked beans, en silence. D'ordinaire, la gamine n'était pas du genre violente ou encore à faire attention aux remarques de ses camarades, mais cette fois-ci, on l'avait traité de "sans-mère". Élevée par son père seul depuis l'abandon de sa mère alors qu'elle n'avait que trois mois, Romy ne l'avait jamais connu mais souffrait malgré tout de son absence et pouvait être très susceptible sur ce sujet tabou. Voilà pourquoi elle ne voulait pas s'excuser, étouffée par sa fierté.
Le petit-déjeuner se poursuivit dans le plus grand des silences, Romy les yeux rivés sur son assiette et Victor lui lançant malgré tous des regards, inquiet d'avoir peut-être été trop dur. Cependant, ils étaient loin de s'imaginer que d'ici quelques minutes leur repas serait écourté par une bien étrange visite qui allait venir chambouler leur petit vie à tout jamais...
A kind of magic
Un gout de déjà vu dans la bouche. Une histoire déjà vécue pour Aylin. Elle aussi, de nombreuses années plutôt, elle avait reçu la visite qu’elle s’apprêtait à faire. Elle aussi avait découvert que le monde dans lequel elle vivait n’était pas le même pour tous. Que derrière des murs pouvaient, parfois, se cachait une magie aussi mystérieuse que fascinante. Et qu’elle avait le pouvoir d’entrer dans ce monde. D’en faire partie. Aylin se rappelait de chaque sensation qu’elle avait ressentie ce jour-là. Elle espérait qu’il en serait de même pour la jeune élève qu’elle venait voir. Que ses parents prendraient conscience que l’existence ordinaire qu’ils menaient jusque-là serait troublé par l’extraordinaire en la personne de leur enfant.
Ainsi, avant de frapper de quelques coups précis sur la porte, elle assura d’avoir bien lissé son tailleur, que son chemisier soit parfaitement mis, que ses cheveux ne soient pas en bataille. C’est qu’il fallait faire bonne impression. Aylin étant une née-moldue, elle savait que ce genre de chose était important pour sa « communauté », là où les sorciers étaient un peu moins … regardant.
Un fois que cela fut fait, elle toqua de trois coups délicat sur la porte, sans prêter aucune attention aux volets défraichis. Aylin était bien loin de ces considérations beaucoup trop moldue : elle allait changer la vie d’une jeune fille, il n’était pas question de s’attarder sur des détails si futiles.
Ainsi, avant de frapper de quelques coups précis sur la porte, elle assura d’avoir bien lissé son tailleur, que son chemisier soit parfaitement mis, que ses cheveux ne soient pas en bataille. C’est qu’il fallait faire bonne impression. Aylin étant une née-moldue, elle savait que ce genre de chose était important pour sa « communauté », là où les sorciers étaient un peu moins … regardant.
Un fois que cela fut fait, elle toqua de trois coups délicat sur la porte, sans prêter aucune attention aux volets défraichis. Aylin était bien loin de ces considérations beaucoup trop moldue : elle allait changer la vie d’une jeune fille, il n’était pas question de s’attarder sur des détails si futiles.
Le portillon est un état d'esprit
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