Solo Sur la Promenade des Sirènes

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Born again - Blood Axis
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Un déménagement, un de plus. Depuis cet étrange départ de mes parents de notre demeure à Tipp je n'ai pas encore pu y remettre mes souliers. Cette vieille bâtisse me manque, ses murs épais et frais, ses escaliers sombres et grinçants, ses tapisseries usées de n'être qu'effleurées du bout des doigts par des générations successives de sorciers pendant des siècles, l'odeur de sel qui envahit ma chambre lorsque le vent se mets à souffler suffisamment fort pour que les plus légers des embruns trouvent leurs chemins jusqu'à ma fenêtre, et surtout ce sentiment d'appartenance à un continuum, ce prolongement de l'histoire de mes ancêtres maternels. Je crains de ne pas retrouver notre maison comme je l'ai laissée, je crains qu'elle ne soit devenue, au fil de son existence, une sorte d'entité magique et vivante, se nourrissant de la magie et de la vie, des souvenirs de ses occupants. Aura-t-elle dépérit en notre absence ? Non pas que je craigne qu'elle ne tombe en ruine, mais plutôt que je m'y sente étranger, sans retrouver ce lien dont je n'avais jamais été conscient jusqu'à mon exil forcé. Me reconnaitra-t-elle, elle aussi ? Ou bien me rejettera-t-elle comme un inconnu ou pire, comme un intru ? J'espère convaincre père et mère d'y retourner à l'occasion de cet été, en attendant, notre nouvelle adresse est «Promenade des Sirènes, Godric's Hollow.»

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Solo Sur la Promenade des Sirènes
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Wir rufen Deine Wölfe
und rufen Deinen Speer,
wir rufen alle Zwölfe
vom Himmel zu uns her.


Wir rufen deine Wolfe - Blood Axis
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Certes, cette demeure n'est pas mon Heimat, ce terme dont l'anglais n'arrive qu'à en esquisser les contours avec "home" et que le français est bien incapable de résumer sans devoir s'étaler en des lignes et des lignes. Il y a dans ce terme germanique autant de sens dans son caractère physique et géographique absolument concret et définissable que d'émotions et d'impalpables souvenirs, tout aussi bien d'événements que d'expériences sensorielles. La conjonction d'un sentiment d'appartenance primordial et du Weltanschauung, cette compréhension du monde instinctive propre. En vérité, notre maison de Tipp n'est pas non plus ce que je définirai comme mon Heimat. Elle est certes le lieux de toute mon enfance, le lieu dans lequel je me sens le mieux et pourtant, pourtant...

En me promenant le long de la Promenade, en profitant des bises fraîches survolant la méandreuse Towy qui ne peuvent toutefois rivaliser avec les airs marins de la côte irlandaise ou de la Baltique allemande, plus empreintes de liberté, je comprends les rebuffades de mère quant à notre installation à Godric's Hollow. C'est un franc voyage vers le sud que nous avons amorcé, ici il fait plus chaud, on étouffe plus facilement, même si nulle place en Grande Bretagne n'a jamais été renommée pour son soleil, il y manque un singulier je ne sais quoi.

Néanmoins je comprends encore plus père de nous avoir emmené ici. Il ne s'agit pas de mère, de moi ou même de lui, ce n'est pas une affaire de confort, ou une nécessité urgente - doublée d'une énigme dont je n'ai toujours pas percé la solution - comme l'était la venue à Pré au Lard. Il s'agit avant tout d'être là où nous sommes supposés être, là où père pourra œuvrer au mieux à sa tâche qu'est la protection de notre peuple et si nous, sa famille, devons consentir à des sacrifices aussi futiles qu'un déracinement alors il nous faut le faire.

Je suis de toute manière condamné à demeurer loin de ce Heimat que j'ai découvert il y a deux ans, malgré toutes ces années irlandaises, c'est bien au haut château de Lübeck que je me sens appartenir.

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Solo Sur la Promenade des Sirènes
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Je ne sais pas regarder au travers de tes yeux, de ces miroirs dorés
Je n'ai pas oublié les mots de ma douleur que toi seul consolais

Et la nuit revient, ce n'est qu'un mauvais rêve qui reste dans ma tête
Et je te retiens de partir sans rien dire, sans même un dernier geste


La Nuit Reviens - Dernière Volonté
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La Promenade des Sirènes n'est pas si longue que cela. Lorsque je descends les deux étages de notre hôtel particulier, soit cinquante six marches de six pouces à larges limon - particulièrement sur les marches balancées m'obligeant à y poser les deux pieds - réparties en deux escaliers à demi-tour, le premier, en partant de ma chambre, en colimaçon, fait de bois sombre que Béhachel notre elfe cire si religieusement que je dois bien faire attention à ne pas le dévaler sur le postérieur et le second, donnant dans le hall d'entrée, en pierre et à deux quarts tournant droite l'amenant en face des portes dont le linteau de granit irlandais supporte un tympan de verre et de plomb, un vitrail à visage de Gorgone s'agitant magiquement en jetant des reflets verts et bleus sur le palier, j'arrive somme toute assez vite à mettre le pied sur les dernières marche de la propriété me faisant arriver sur la place Armand Malefoy.

Cette place remplie à merveille son rôle, celle de rendre fier n'importe quel sorcier. A la manière dont les lieux de cultes sont de grands édifices majestueux qui inspirent les mortels à penser au divin - pour peu que l'on ne soit pas entièrement imperméable aux religions classiques possédant une doctrine et donc, des lieux de cultes, comme mère - cette place est un panorama exceptionnel de tout ce que le monde sorcier compte de sublime, le Conseil s'est donné les moyens d'écraser la contestation sous l'effet incroyable que provoque cette accumulation de somptuosités : la fierté et l'envie de se montrer à la hauteur de sa valeur de sorcier. Hélas je la trouve fort fréquentée, pas autant qu'à son inauguration bien sur où elle était noire de capes de chapeaux pointus démodés, reste que cet été nombreux sont les sorciers et les sorcières à se promener par grappe pour s'extasier, emportant des souvenirs visuels frappant dans leurs esprit ou dans leurs appareils photos, s'entassant au café du Rosier au grand désespoir de mère qui menace de ne plus sortir de la maison qu'à ce qu'elle a appelé la basse saison*.

Je tourne donc deux fois sur ma droite, en évitant la salle de réception à gauche, jusqu'à atteindre le passage Elfrida Clagg, antichambre de fraîcheur après une place largement ouverte aux rayons du soleil et avant de déboucher sur la Promenade à proprement parler. Il fait bon lever le menton avant de sortir de ce passage, les façades de nos voisins rivalisent de trouvailles de plus ou moins bon goût pour s'exposer à la vue des habitants, sculptures monumentales de figures mythologiques saluant les passants en arborant les traits des membres de la maison - que je sache, Godric Gryffondor n'avait pas les traits de ce vieux hibou de Cardamus Melvin - balcons insensément grands, aménagés comme des jardins suspendus au points que les glycines luxuriantes en recouvrent tout le fer forgé et en débordent, commençant à se balancer au dessus des badauds et faisant tomber une discrète pluie de pétales mauves, tourelle gothique ajoutée pour dépasser la maison voisine en hauteur, quitte, probablement, à la laisser vide et inutilisée...

Enfin, le pont Grogan Stump est en vue.

* En français dans le texte

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I'm a Barbie girl, in the Barbie world
Life in plastic, it's fantastic
You can brush my hair, undress me everywhere
Imagination, life is your creation


Barbie Girl - Death in Rome
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Tout comme son jumeau que je compte emprunter, le pont est neuf, son tablier est large, les grosses pierres grises taillées des piles sont sculptées à partir du tirant d'air pour former quelques symboles classiques de l'architecture dans le style général des bâtiments public édifiés par le Conseil. L'accès à la Towy quant à lui est possible en quelques étroits escaliers partant de la Promenade et plongeant dans les eaux permettant l'accès à de probables tunnels qui remonteraient jusqu'au centre ville. Ils sont fermés par d'élégantes grilles en fer forgées afin d'empêcher les sorciers de premiers cycle comme moi d'y accéder. La Promenade en elle-même est agréable, bordée d'arbres dont l'ombre s'ajoutant à la fraîcheur de la rivière est plus que bienvenue en ces jours estivaux. La main courante où l'on peut à loisir se pencher pour observer le ballet des poissons dans l'espoir d'y voir un saumon ou une truite de mer est soutenue par des balustres en poire sculptés de la panse au gorgerin par des figure aquatiques et - évidemment - des sirènes.

Là sous les frênes dont les rameaux bruissent agités par la brise, je flâne doucement, en rêvant du jour où je ferai visiter enfin ces lieux à ma tendre cousine. C'est pour cela que j'en parcours le moindre centimètre avec attention, décelant chaque détails, car un instant passé à contempler là, une arcade en tuffeau français, là un meneau frappé d'une devise, c'est un instant à penser à elle en oubliant le monde.

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Dressed in black uniforms so fine
We marched and fought to pass the time
Wearing the shame of all our crimes
With measured steps we walked in line
We walked in line
We walked in line


Dressed in black uniforms - VON THRONSTAHL
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Un des bénéfices les plus importants d'être deux mois durant en dehors de Poudlard, c'est justement le fait de se trouver en dehors - libéré - de ses carcans idéologiques dans lesquels la direction, tout du moins l'ancienne direction, mais je doute fortement que miss Montmort, malgré mon admiration pour son parcours et seine Wesen, son essence, ne fasse de grands changements dans la doctrine établie, a depuis longtemps plongé l'école, dans une volonté d'opposition stérile au nouvel ordre né en mai 2044 et grandissant, évoluant et maturant depuis. Cela veut dire par exemple avoir la possibilité de consulter les ouvrages de la bibliothèque de père, absolument introuvables depuis longtemps dans celle de l'école. Je ne jette pas la pierre aux deux derniers bibliothécaires dont les origines non-magiques n'ont de toutes façon pas pu arranger la situation, m'est avis que les ouvrages de Cesare Verano ont depuis longtemps quitté les rayonnages accessibles aux élèves, s'ils n'ont pas tout simplement rejoint une des centaines de cheminée du château dans une purge puritaine quelconques. Et pourtant.

En me plongeant dans le Petit Livre Pourpre, recueil d'extrait de ses œuvres, le seul livre édité et traduit en anglais que j'ai pu trouver du sorcier italien, j'ai pu découvrir des réflexions vieilles de cent cinquante ans qui résonnent d'une incroyable contemporanéité.
«Les moldus ont créé un monde qui, dans l'ensemble de ses composantes, constitue l'inverse, l'antithèse totale, radicale et irrémédiable du monde traditionnel et naturel. Il n'y a plus de compromis ou de réconciliation possible entre le monde magique organique et le monde moldu de fer et de béton, ils sont séparés par un abysse au-dessus duquel tout pont serait illusoire.»

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Solo Sur la Promenade des Sirènes
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Eyes shining bright with unspilt tears,
Thinking about all these wasted years.
Everything worth living for is gone,
Brother, I find it hard to keep fighting on.
Falling down towards the abyss,
The reaper embraces me with his kiss;
It makes me want to refuse to care,
To watch this all unfold - too much to bear.

Ode to a dying people - Saga
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Tous les « bien nés » ont leur bon sang-mêlé, leur bon elfe, leur bon Ministre de la Magie. Cédant à un vieux réflexe bourgeois, ils redoutent « l’aventure » et le « chaos » qu'engendrerait la pourtant nécessaire supplantation de nos idées par l'action, dusse-t-elle être violente. Pour peu qu’un homme du régime se vante de sa naissance, ils lui donnent leur confiance. Ils préfèrent le confort de l’aveuglement à la lucidité. Le sentimentalisme et l’esprit de clocher prennent toujours le pas sur le raisonnement idéologique. Dans l’espoir niais de satisfaire tout le monde, ils se refusent à prendre parti et ne satisfont personne.

Avant de songer à définir quoi que ce soit de constructif, cette critique des tares de notre camps est indispensable. Certains, par manque de maturité politique, pourront ne pas la comprendre. Ceux qui ont tiré les leçons de leur propre expérience en ont admis au contraire la nécessité. La révolution n’est pas l’acte de la violence qui parfois accompagne une destitution de pouvoir. Ce n’est pas non plus un simple changement d’institutions ou de clan politique. La révolution est moins la prise du pouvoir que son utilisation pour la construction de la nouvelle société sorcière. Cette tâche immense ne peut être envisagée dans le désordre des esprits et des actes. Elle nécessite un vaste outil de travail de préparation et de formation. Le combat sorcier s’enlise dans des ornières vieilles d’une génération en fantasmant sur le retour d'un nouveau Grindelwald illusoire. Avant toute chose, une nouvelle théorie de la suprématie du sang sorcier doit être élaborée.
Je dévore ces jours-ci absolument tout ce que je peux lire de la bibliothèque de père d'essais politiques et philosophiques. Je suis absolument effaré de méconnaissance que nous avons mes camarades et moi des courants, des mouvements, des hommes et des femmes qui se sont battus au fur et à mesure des siècles pour rendre leur place à notre peuple dans le monde. Qui ont payé bien souvent le prix fort, de l'ostracisme social à la mort, la défense de l'opinion la plus naturelle qui soit, celle de la suprématie des sorciers sur le reste du monde magique et non magique. L'aventure personnelle de Voldemort a été une catastrophe pour la cause dont je me sens à présent pleinement investi. Comment justifier les errances de ce personnage n'ayant agi que par haine de lui-même ? Il est désormais utilisé par tous les tièdes, les modérateurs et les mous pour mettre en garde contre notre grand rêve, mais ne voient-ils pas l'ironie ? C'est un sang-mêlé leur épouvantail, il n'est pas des notre et la place que certains anciens suivants de cet énergumène, si puissant eut-il été, occupent aujourd'hui dans le Conseil des Sorciers montre bien que la révolution commencée en 2044 a encore un long chemin à parcourir pour se débarrasser de ses vieux oripeaux d'un demi-siècle, de ses totems repoussoirs pour n'importe qi de sensé, et qu'il faut purger notre nouveau gouvernement des vieux réflexes bourgeois. Nous avons eu une longue discussion avec père à ce sujet, il a semblé très enthousiaste de voir certaines positions sur le sujet et m'a agonit d'une pile de nouveaux livres à lire. Tout est là, déjà sous nos yeux, m'a-t-il dit, simplement faut il prendre le temps de trouver et de redécouvrir ces auteurs, ces idées, ces solutions.

Je m'y emploie.

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