14 août 2022, 03:04
OS Perle noire
LOUIS QUEEN
petit-frère de Lexa,
10 ans


ÉTÉ 2046
LONDRES, ANCIENNE MAISON QUEEN

TW : Sang, mort (guerre des sorciers)

Quand j’avais six ans, mon père me lisait les romans barbares de sorciers qui brandissaient le nombre de têtes de Moldus assassinés sous les yeux de leurs femmes, enfants, amis, et famille. Il disait que c’est ce qui forgera son héritière. Le sang qui coule dans les veines des Moldus devait s’éparpiller sur mes mains, comme si je devais plonger mon corps d’enfant dans une mare sanguine d’être humains. Au fond, à cet âge-là, c’est ce qu’ils étaient. Des humains qui ne demandaient qu’à être, qui ne connaissaient pas le monde effrayant qui se cachait derrière des prétextes inventés. Maintenant, ils envoient leurs enfants, horrifiés, bien loin d’eux, subir ce qu’ils méritent. La haine dans les yeux des vrais sorciers, les coups douloureux des plus grands, et les injures de leurs cadets.

Mon père avait été de ces plus grands, et j’étais de ces cadets. Je crachais sur chacun de ces Moldus, ces mutants qui attendaient des générations avant de retrouver la magie de leur famille. Je les ai traités de monstres, d’abominations, et bien d'autres termes atroces. Ai-je honte, aujourd’hui ?

Assise dans le bureau de mon père, dans ma maison d’enfance, je ne réfléchis plus qu’à ça. Ai-je honte de ce que j’ai fait ? Les Moldus m’ont volé mon père. Les Moldus m’ont volé mon enfance. Les Moldus m’ont volé ma maison. Ils ont détruit ma maison, briques par briques. Dans la violence, s'est brisée mon enfance, j'ai perdu l'existence et le sens1.

- Regarde celui-là.

Encore un tableau. Nos grands-parents à leur mariage. L’un est fier : un mariage de bon parti, une jolie femme qui lui fera de jolis enfants. L’autre pert la liberté de jeune femme dans laquelle elle à grandit. L’honneur d’être une femme libre au 20ème siècle, ce même honneur que sa mère s’est battue pour avoir. Pourtant, les deux Sephiran se sont mariées, à deux hommes monstrueux. Ma mère n’a pas dérogé à la tradition. Et la seule fille de cette famille qui peut redresser les mariages honteux, c’est moi.

- Eh, Lex’. Tu te souviens de ça ?

Quand j’avais huit ans, mon père m’a emmené boire un verre avec quelques-uns de ses amis les plus fous. Des hommes comme les Harrison, des Sang-Pur assoiffés de vengeance, remplis de haine. Des hommes trop puissants, que l’humanité aurait mieux fait d’éliminer pour préserver d’autres êtres, qui, eux, méritaient amplement de vivre.

Louis tient un livre dans la main. Un très vieux livre que notre père nous lisait. Quelques mots étaient griffonnés, un peu partout. Des traces de café, des pages déchirées par la haine. Il aimait les histoires où le monde se retournait contre le gentil Moldu, il aimait les histoires ou ces héros sorciers de sang pur décimaient les villages et les villes de non-sorciers, et par dessus tout, il aimait cacher sa faiblesse en soutenant les mercenaires payés pour éliminer ceux qu’il jugeait impur. Et pourtant, il à osé tromper sa femme avec l’une de ces sales Moldues.

- On n'est pas là pour chercher des vieux trucs que les Moldus ont épargnés, Louis.

- Maman veut qu’on amène les tableaux, je sais, il soupire. Mais regarde, au moins.

Pour mes dix ans, j’ai eu l’autorisation d’aller me coucher plus tard au dîner de famille. Papa m’a conduit dans le bureau de grand-père, une grande pièce avec plusieurs tables à jouer autour. Mes deux oncles étaient là, avec des amis de grand-père, des cousins éloignés, et des hommes dont je n'avais jamais entendu le nom avant. J’écoutais, naïve, les blagues atroces qu’ils faisaient, les plans sanguinaires qu’ils exposaient, la destruction massive qu’ils prévoyaient. À l’école, on appellerait sûrement ça de la propagande. Pourtant ça n’avait rien de mal. Il n’y avait qu’eux, que des hommes bien trop âgés pour avoir le droit de se préoccuper du futur des sorciers, des hommes trop enfermé pour penser à ce que vivent leurs conjointes, de l’autre côté de la porte, ou a l’horreur que connaitront leurs enfants, qui se retrouveront dans cette pièce un jour. Quand mon grand-père m’a demandé ce que j’en pensais, je me suis contentée de hocher la tête. Ils ont tous rit, en pensant que j’étais trop timide, trop fatiguée.

- Tu devrais le prendre.

Louis dépose sur mon genou un collier de perles noires, sur quatre rangées. Sur la première, au centre, un mati grec, endommagé par le temps, protecteur contre le mauvais œil. Sur la deuxième rangée, un petit pendentif qui faisait la taille double d’une perle, avec gravée un Om̐. Pour les hindous, cette syllabe représente le passé, le présent, et le futur. Les deux rangées du dessous sont vides. Chacune laissaient un espace de deux perles pour permettre d’ajouter un nouvel item.

- Merci.

Je rangeais le collier dans le sac que j’avais pris. Nous avions déjà une dizaine de tableaux, tous représentaient des moments que notre famille a jugé important de marquer sur la toile. Mariage, naissances, morts, tout y est passé. Pourtant, aucun ne montre nos vrais visages, déformés par la haine, injuriés par la violence.

C’est ce que nous sommes. Des bêtes violentes qui ne pensent qu'à chasser. Des prédateurs qui se jettent sur leurs proies innocentes. Des sanguinaires sur des sang-statuts.

1 : Calogero, un jour au mauvais endroit

Couleur RP : #274e13
5ème année [48-49] - filière sciences
Lexa Queen, ou le trèfle à 4 feuilles vivant de Maiy Lewis