Dis, Arthur ?
MARDI 26 JUILLET 2044
Chez un garagiste de Londonderry
Début d'après-midi ensoleillé
Chez un garagiste de Londonderry
Début d'après-midi ensoleillé
|
« Dis, Arthur, t'as une copine toi ? » demanda Orla la tête en bas.
Arthur, c'était le grand gars de vingt ans qui était venu à Derry aider son père garagiste il y avait quelques semaines déjà, pendant les vacances d'été. Il avait les cheveux coupés courts et portait la plupart du temps un justaucorps qui devait avoir été blanc un jour. Ses yeux étaient bleus comme la mer qu'Orla n'avait vue qu'une fois dans sa vie. Et il avait un sens de l'humour... particulier. Premier exemple : c'était lui qui avait mis au défi Orla de rester le plus longtemps suspendue la tête en bas, en ce jour de juillet particulièrement chaud de l'année 2044. Orla était étonnement très douée à ce petit jeu, cela devait faire dix bonnes minutes qu'elle était suspendue au pont élévateur, et le sang ne lui était toujours pas descendu à la tête.
Arthur pouffa alors qu'il faisait le tri dans ses outils, mais ne répondit pas. Orla, qui n'aimait d'ordinaire pas se répéter, n'eut aucun problème à le faire.
– Diiiis, t'as une copine ? C'est obligé que t'as une copine.
– Ah ouais ?
– Bah ouais. T'es fort, tu connais plein de trucs, et... t'es fort !
La preuve de ce qu'Orla avançait était toute contenue dans le souvenir d'un bras de fer qu'elle avait pitoyablement perdu contre Arthur. Orla se considérait comme la personne la plus musclée de toute la ville, alors forcément, ça l'avait marquée !
Pour unique réponse, Arthur se glissa sous la voiture sur laquelle il travaillait depuis le début de l'après-midi. Orla comprit qu'il n'y avait pas lieu d'insister et commença à déblatérer les raisons qui motivaient sa question.
– Non parce que tu vois, y'a un garçon au centre de loisirs qui dit qu'il a cinq copines. C'est beaucoup, non ?
– Il ment, dit Arthur, toujours sous la voiture.
– Hein ?, dit Orla. Elle commençait à avoir le vertige.
– Il ment, répéta Arthur. Cinq copines, c'est pas possible.
– Parce que toi, t'en as moins ?
Arthur pouffa encore une fois, puis lâcha :
– Ouais, moi j'en ai que trois. La loose.
– NOOON, tu mens !
– Je te jure.
– C'est faux.
– Je te jure que c'est vrai.
Orla médita un temps sur cette révélation. Puis, elle se rendit compte qu'elle ne pourrait pas réussir le défi. Elle dit d'une petite voix :
– Euh... Arthur ?
– Quoi ?
– Je crois que je vais tomber.
Un bruit de ferraille, des suspensions de voiture qui couinent, et une petite fille qui tombe dans les bras d'un grand garçon. Orla ouvrit ses yeux qu'elle avait gardés fermés pour se préparer au choc et vit les yeux d'Arthur, encore écarquillés par la frayeur qu'elle lui avait causé. Il eut un faible sourire avant de dire :
– Bon, j'crois qu'on va arrêter les défis là, microbe.
