Cent fois sur le métier
1er octobre 2047 - Ancient Princess
Aliosus avait peiné à trouver un endroit propice à pratiquer le dessin dans le château, où qu'il aille il avait le sentiment que d'être vu en train de se détendre serait mal interprété. Il était préfet en chef et en cinquième année, aux yeux de certains il devrait peut être n'avoir pas une minute à lui, toujours à patrouiller, réviser, écrire des rapports, faire régner l'ordre. Certes, c'était quelque chose qu'il prenait très au sérieux, mais il tenait à conserver quelques miettes de son temps, et ça voulait dire pouvoir se ménager un peu de temps, tous les jours d'octobre, pour dessiner.
Il ne dessinait pas si souvent après tout, pratiquement qu'à cette période, un mois par an il s'évertuait à coucher sur papier son imagination. Petit à petit il avait réussi à prendre confiance, à passer de petits gribouillages à des dessins plus ambitieux, puis à passer de la mine de plomb à l'encre, plus exigeant, plus acéré, moins tendre, moins conciliant. Il y avait sans doute un parallèle à faire avec son propre caractère mais il ne pouvait pas s'en rendre compte lui-même.
La salle de répétition avait semblé idéale lorsqu'il y avait pensé. Dessiner dans le salon des préfets aurait été très confortable, peut être trop même, mais vraiment, avoir des préfets revenant de ronde qui le trouvent en train de dessiner, quand bien même il en eut le droit... c'était gênant. Ici, la salle n'était pas très fréquentée, il avait une très belle vue de l'extérieur et des forêts avoisinantes qui commençaient à dorer leur feuillage après que Mabon fut passée, et il pouvait même avoir la chance de profiter qu'un élève musicien s'exerce à son art, ce qui était vraiment très agréable.
Cette année il avait choisit de faire travailler son imagination sur des personnages de fiction, pour une liberté totale, du moment qu'il y ait un personnage et qu'il ne se contente ni d'une nature morte, ni d'un paysage. Ses lectures de romans d'aventures lui donnaient une base solide pour s'exercer. Il commença donc par une princesse. L'histoire ne dira pas quelle personne de son entourage il s'inspira afin de donner corps à sa vision, mais il profita d'avoir du temps pour le prendre, tout simplement, et travailler un peu la composition. Une heure plus tard, il se félicita d'avoir acheté pendant l'été une gamme de pinceaux à tailles plus variées que l'année précédente, lui permettant beaucoup plus de finesse, car ce qu'il avait devant les yeux lui plus énormément, même s'il s'était inspiré d'un tableau existant.
Il attendit que l'encre sèche, gomma ses traits de construction, referma son carnet et repartit dans le château.
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Cent fois sur le métier
2 octobre 2047 - Exiled Wizard
Second jour et déjà des mésaventures, des empêchements, du stress et de la précipitation. Bien sûr il y avait son rôle qui lui prenait du temps, il savait que ça ne serait pas simple, mais la subite montée de stress vis à vis d'un devoir d'Histoire de la Magie, des considérations personnelles sur son futur et le temps morose avaient largement piratés la journée d'Aliosus. Il lui avait fallut pourtant peu de temps pour trouver une idée aujourd'hui, un sorcier exilé, pas un sorcier "sorcier" comme lui évidemment, un des romans d'aventures se passant dans d'autres mondes, dans des temps oubliés, dans des paradigmes si différents de son propre monde qu'ils permettent l'évasion recherchée. Un sorcier exilé, par faute, par choix, il n'en savait rien, l'idée était surtout de sortir des sentiers battus de la représentation d'un tel personnage.
Bien sûr, il fini par se rendre compte que la notion qu'il cherchait à illustrer de manière franchement picaresque, presque cocasse à vraie dire, pouvait avoir des réalités très concrètes, y compris dans son propre monde. Sorcier exilé, c'était ce qu'était devenu son oncle par alliance, Dorian Sangblanc, après la montée au pouvoir d'Ursula Parkinson. Dire qu'il avait été blanchi cet été. Qui aurait pu prévoir une telle issue. Exilé il ne l'était désormais plus par faute, mais par choix, ça avait brisé le coeur d'Aliosus qui avait naïvement pensé que l'acquittement pouvait signifier un retour des Sangblanc, père, fils et bien sûr, fille, en Grande Bretagne. Sot qu'il avait été...
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3 octobre 2047 - Excitable Scholar
L'enthousiasme n'était pas franchement une caractéristique par laquelle on aurait décrit Aliosus. Il était, bien entendu, familier de cette notion, et il avait pu, en de nombreuses occasions, l'observer en tant que témoin dire ct de manifestations causées par ce sentiment venant de ses camarades d'école et, malgré les exceptions notables de deux, peut être trois, personnes, il avait toujours trouvé cela ridicule, déplacé, enfantin, et en dessous de lui.
Qu'allait-on passer pour à force de sauter à la moindre nouvelle ? A battre des bras, applaudir comme un pantin au moindre exploits, à la moindre bonne note ? On allait passer pour un sot, voilà tout, pire que cela même, pour un benêt. Être surpris par une bonne note ne révèle que du négatif de soi, manque de confiance, de discernement ou bien une chance patentée. Pousser un "wooah" lors d'un virage en piqué de l'attrapeur de son équipe de Quidditch signifiait avant tout que l'on n'avait aucune notion de ce qui était exigé comme niveau pour entrer dans une équipe. Les exemples étaient infinis, hélas, mille fois hélas.
Il y avait cependant un enthousiasme qu'il savait apprécier, c'était celui des adultes, de ceux chez qui on ne l'attendait pas. Ce soudain rajeunissement des traits du visage de ceux qui soudain, se voient, malgré leur longue expérience du monde, surpris par le résultat inattendu de la plus complexe des équations, la vie elle même. Cette lueur nouvelle, ce crépitement de pupille, cela il savait l'apprécier, du moins tant qu'elle était contenue dans le cadre strict de la bienséance. Sinon autant se faire clown.
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4 octobre 2047 - Loyal Bodygard
Un jour de plus au château, journée chargée que ce vendredi car après toute une matinée à s'exercer aux complexes sortilèges de cinquième année, il allait cet après-midi devoir se plonger dans les arcanes de l'Histoire sorcière, deux salles et deux cours radicalement différents. Merlin merci, il n'avait pas cours d'Astronomie ce midi aussi avait-il presque trois heures devant lui, une aubaine. Il avait commencé par utiliser son temps libre d'après manger avec sa cousine Aiobhe pour jouer aux échecs ce qui s'était traduit par une défaite du préfet en chef, défaite qui aurait pu se transformer en déroute si la serdaigle n'avait pas oublié son fou en plein milieu des lignes blanches lorsque la reine noire s'était dangereusement aventuré trop loin et trop seule.
Il aimait ces temps passé avec elle, elle avait beaucoup changé, elle ne ressemblait plus à une enfant élevée dans les bois bien qu'elle ait toujours gardée le même caractère, la même franchise abrupte, le même regard enfiévré. Elle s'était déjà copieusement moqué d'Aliosus pour son incapacité à la vaincre aux échecs, aussi cette fois fut elle plus pédagogue et même surprise lorsque son cousin lui pointa sa dangereuse erreur du début de partie.
Après cela, il était allé s'installé dans un fauteuil de la salle de répétition, sortant son matériel à dessin et commençant à croquer. Il avait pris goût au style renaissance de son précédent dessin aussi quand il fallut imaginer les traits d'un garde du corps, il projeta dans son esprit une silhouette de Landsknecht, avec ses habits flamboyants et son chapeau à plume extravagant. Il sourit en repensant cette fois à ses deux cousines, à présent, l'une comme l'autre n'avait besoin de personne pour les protéger.
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5 octobre 2047 - Old Warlord
Qu'arrivait-il à un vieux seigneur de guerre ? Quel avenir, quelle destiné, à quelqu'un qui a bâti toute sa vie dans la lutte et qui, vieillissant, se voit perdre en force, peut être en combativité ? Que faire lorsque son but est atteint ? Passer d'une vie à chercher le combat, à mener la bataille, à se battre pour ce que l'on estime juste, mérité, à, lorsqu'enfin on atteint cet horizon, une vie à défendre, à conserver, à protéger ses acquis contre ceux qui ont pris notre place dans le chaudron ardent de la fureur.
Cet été Aliosus avait assisté au procès des évadés d'Azkaban. Au delà des issus plus ou moins vertigineuses dans leurs verdicts, il avait été fasciné par la figure de Drago Malefoy. Voilà un vieux seigneur de guerre. Voilà quelqu'un qui s'est battu depuis son enfance et à présent, il était au sommet de toute la société des sorciers et sorcières de Grande Bretagne. Cela n'avait pas été sans accroc, sans sacrifices, sans difficultés, les événements depuis le 2 mai 2044 et les marques visibles de tous sur son visages en étaient des preuves, mais à présent ? Cette figure presque aussi emblématique que celle de feu Harry Potter n'avait plus à se battre pour conquérir son siège au sommet, c'était chose faite.
Il fallait se méfier des vieux seigneurs de guerre, des anciens révolutionnaires, ils avaient tôt fait de trop goûter au confort et à son pendant empoisonné, la compromission.
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6 octobre 2047 - Exotic Nomad
La rentrée de septembre avait signifié le retour d'un marronnier des plus déplaisant pour Aliosus, celui où chacun égrène de manière pompeuse et vantarde la liste de ses voyages de l'été. Afrique, Asie, Europe, tout y passait, la foire à qui était allé le plus loin, dans l'endroit le plus exotique, le plus reculé, le plus incroyable. On échangeait des photos mouvantes de paysages, de lieux, de sorciers et de sorcières, et l'on terminait en disant "moi je rêve de faire le tour du monde".
Qu'ils y aillent, faire leur tour du monde, ça nous débarrassera le plancher. Aliosus avait horreur de ces Möchtegern globetrotters, ces aspirants à l'ailleurs, toujours l'ailleurs, toujours le futur. Jamais ici et maintenant, toujours demain et là-bas. Des nomades en herbe, toujours en mouvement, toujours survolant, sans jamais laisser de trace là où ils passent, graines de pollen volant au gré des vents capricieux et ne prenant jamais racine.
Bâtir, bâtir voulait dire être sédentaire. S'enraciner dans une terre, s'y installer, façonner son domaine, créer, élever, construire, voilà ce à quoi aspirait Aliosus. Ah ils étaient beaux les voyageurs à avoir contemplé la jungle, les montagnes, les palais et les océans, mais qui se retrouvaient perdu à Pré au Lard, incapable de connaitre leur propre environnement, la tête toujours ailleurs. Ceux là ne regarderont ironiquement que leur nombril dans leur quête sans fin d'avoir toujours des expériences à raconter pour impressionner les fâcheux et les médiocres, ne vivant que dans le regard et l'admiration fugace arrachée à leur semblables. Aliosus, lui, faisait parti de ceux qui ne sentaient pas le besoin d'être reconnu aux yeux d'étrangers mais plutôt au sein de sa Gemeinschaft, de son foyer.
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7 octobre 2047 - Sophisticated barbarian
Entouré des instruments de la salle de répétition, Aliosus n'avait pas sous l'œil des modèles très compréhensif. Lui qui s'attachait cette année à dessiner des personnages, vivants, de la chair, des muscles, de la peau, des expressions et des poses, et non pas, des objets, techniques, droits à tracer avec des règles ou des compas. Cela, il l'avait essayé l'année précédente, avec plus ou moins de succès, c'était assurément une expérience enrichissante qui avait ajouté de nombreuses astuces et métohdes dans son catalogue mental de technique de dessin, mais cette année, non, le piano, le hautbois et le basson qui posaient pour lui ne lui étaient d'aucune utilité.
Dessiner un visage était déjà une gageure en soit, surtout s'il devenait le quasi seul élément du dessin, il avait pu le constater quelques jours auparavant, mais alors qu'il dessinait la structure du crâne, il se creusait le sien afin de savoir comment faire transparaître un aspect sauvage, d'aucun diraient barbare, sur un simple visage. Aliosus savait que le terme avait beaucoup évolué depuis sa création, alors qu'il ne désignait à l'origine que les étrangers à la cité antique, c'était une forme ancienne de dédain, de hauteur prise par rapport à quelqu'un ou une peuplade que l'on ne considérait que peu. Un barbare possédait pourtant sa propre culture, vivait à travers ses croyances, transmettait ses valeurs à ses enfants, mais de là où le citoyen était, derrière ses murs, tout cela ne comptait pas. Seul le fait d'être persuadé d'être meilleur, moralement, de se considérer comme civilisé, comptait.
Il avait essayé de jouer sur cette ambiguïté, qu'un soit-disant barbare puisse surprendre par sa sophistication, mais il en avait fait trop alors qu'il ne savait pas vraiment où aller, s'entêtant dans une idée de départ qu'il aurait fallut abandonner sans doute. Refermant son carnet, il maugréa, il ferait mieux demain.
Reducio
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8 octobre 2047 - Farmer girl
C'était bien décidé à laver cet affront à lui-même qu'Aliosus prit le crayon en ce jour. Il avait retenu la leçon, il ne fallait pas vouloir trop en faire, la sobriété et la simplicité devaient avoir la voix au chapitre. Il décida de travailler sur cette idée en choisissant d'abord un personnage humble, loin du barbare, du magicien ou du roi. Une fille de ferme, une figure des plus démunie. Point d'épée ou d'armure, ni de bête sauvage cette fois ci. Il se concentra sur la silhouette, fine, ne passa pas des ans à dessiner chaque cheveux et en fit plutôt une masse indifférenciée, traça les contours des membres d'un train sans y retourner, voilà, elle prenait vie.
Il prit le temps gagné dans cette simplicité heureuse pour se concentrer sur les textures et les plis qu'il voulu réaliste des couches de tissus qu'elle portait. Pouvoir les différencier les uns des autres n'était pas tâche aisée et plus d'une fois il grimaça en ayant conscience d'exagérer le trait à contrecoeur. Malgré tout, quelques motifs plus tard, il pouvait regarder sa composition avec le sourire. Cette fille de ferme, là à garder quelques animaux sans doute, moutons ou chèvres peut être, lui plaisait. Il avait soudain la nostalgie des paysages démunis de son Irlande. Des terres aux vastes horizons, océans verdoyants qui ondulent hypnotiquement sous les vents marins. Des collines, et au delà, encore des collines, à peine dérangées ça et là, d'une maisonnette, d'un grand chêne, d'une petite route bordée de murets en pierre. Cette fille lui donnait soif d'air frais, au point qu'il se résolu à aller faire un tour dans le parc en sa compagnie imaginaire.
Attendez voir...
Oui, c'était bien ce qu'il craignait. Plongé dans son dessin, il avait commis une erreur de débutant et il ne voyait plus que cela.
Scheiße, nun, ich mag dich immer noch.
Reducio
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