Murmures d'un Passé
Jour 10 • Grincheux
jeudi 16 novembre 2045, parc, après les cours
Cette nuit-là, elle n'avait pas bien dormi. Les cauchemars étaient venus la déranger, et elle s'était réveillée bien trop tôt. Si elle se levait généralement aux aurores, cela ne voulait pas dire qu'il ne fallait pas qu'elle dorme, loin de là ; elle se couchait tôt pour pouvoir être debout le plus tôt possible. Mais, elle avait besoin d'au minimum huit heures de sommeil pour être en forme le lendemain, et là, à cause de ses rêves qui lui avait fait peur toute la nuit, elle ne se sentait pas bien, fatiguée, épuisée, éreintée.
S'il fallait ajouter à ce manque de sommeil le fait qu'elle n'aimait aucun des cours qu'elle n'avait de la journée - et pourtant, elle n'était pas bien difficile, aimant à peu près tout sauf la défense contre les forces du mal et le vol - on pouvait aisément deviner dans quel état elle était. Assise dans un arbre - elle avait fait la folie de grimper contre l'écorce, pour la sentir contre ses paumes, et se surélever jusqu'aux feuillages, où elle s'était assise à califourchon sur une branche, la serrant fort entre ses mains blessées par les irrégularités de l'écorce - elle regardait le ciel, gris et nuageux, aussi terne que son esprit. Elle n'avait cœur à rien, et si elle pouvait aller jouer de la harpe ou du piano, elle n'en avait aucune envie, morne en ce jour où le ciel reflétait si bien ses pensées.
La journée passa lentement, et elle resta près d'une heure dans son arbre, perdue au milieu de l'épaisse couche de feuilles, dérivant tristement. Le temps semblait s'éterniser, et elle n'avait envie de rien faire, alors, elle resta perchée là, pendant un long temps, avant de regagner son dortoir : elle ne ferait rien, en cette soirée, alors autant aller se coucher, et tant pis pour le dîner, elle mangerait bien le lendemain !
Murmures d'un Passé
Jour 11 • Aigle
samedi 2 juin 2046, tôt le matin, parc
La rosée du matin couvrait les brins d’herbe de son habituelle fraîcheur. Du bout du doigt, Ellana récupéra une petite perle d'eau, la faisant glisser le long de sa main, avant de ne plus la voir. Qu'il était agréable de sortir, avant que le parc ne se remplisse trop et qu'il ne devienne trop bruyant, dans la fraicheur des matins du début du mois de juin ! Elle s'allongea sur l'herbe humide, sentant l'eau contre ses paumes et ses cheveux se mouiller, avant de mettre une de ses mains sur son ventre. Ce dernier se levait à s'abaissait à un rythme régulier, le même que celui de la respiration apaisée de l'enfant qui ne pensait plus à rien. Venir là le matin était vraiment agréable, dépaysant de tout le bruit de la journée. L'enfant était sur le point de fermer les yeux, bercée par la fraicheur de la rosée, quand une forme dans le ciel passa devant ses yeux. Curieuse, elle fixa la chose qui voletait dans les airs : un oiseau - sans doute un rapace.
De là où elle était, sans nuages ou arbres pour lui boucher la vue, la fillette avait une vue dégagée sur l'animal qui fendait les cieux de ses airs gracieux. La gamine aurait aimé pouvoir lui monter sur le dos, et découvrir, avec lui, le monde vu de haut ; que cela devait être beau, de voir tout en tout petit ! Extasiée, admirative, elle n'avait plus aucune envie de fermer ses paupières. Elle ne rêvait plus que d'une chose : voler avec l'oiseau, en harmonie, au milieu de ce ciel désert, comme dans un rêve où tout paraissait merveilleux. Peut-être même qu'elle rêvait, en cet instant de joie.
On aurait pu venir briser ses rêves, mais elle n'aurait rien écouté. Sa peur du vide n'y changeait rien : elle ne pourrait monter sur le dos d'un rapace sans avoir une peur bleue de tomber et de s'écraser sur le sol, sans être malade de terreur et d'épouvante. Mais elle ne voulait pas penser à ça ; pourquoi voir le verre à moitié vide quand on pouvait le voir à moitié plein ? Emerveillée, elle resta longtemps là, à admirer la course de l'oiseau.
Murmures d'un Passé
Jour 12 • Oublier
dimanche 10 décembre 2045, au milieu de l'après-midi, dans la salle de répétition.
L'enfant, debout sur le pas de porte, regardait avec émerveillement l'intérieur de la pièce où elle se tenait, immobile. Des instruments de musique y étaient, entassés, dans la salle de répétition. Elle y était déjà allée, auparavant, mais ne pouvait s'empêcher de s'extasier à chaque fois qu'elle venait dans cet endroit. Elle avait mis du temps, avant de s'y aventurer, mais maintenant que c'était chose faite, elle ne souhaitait pas repartir, et aurait voulu passer toutes ses journées au milieu des pianos, harpes, ou encore tout autre instrument imposant dont elle ne connaissait pas le nom.
Dans deux semaines, elle pourrait enfin revoir ses parents, leur dire que ça avait été compliqué sans eux. Dans deux semaines, elle pourrait enfin fondre en larmes, délivrer tout ce qu'elle avait retenu en son petit corps. Le carnet dans lequel elle inscrivait des choses depuis la rentrée n'avait pas suffit, et le contact de sa mère lui manquait ; toutes les étreintes, les embrassades, tout ça, ça laissait un vide dans son cœur, depuis quelques mois. Là, elle n'avait aucune envie de penser à autre chose qu'à ses parents, et avait une grande envie d'oublier un instant Poudlard, de se croire encore chez elle, à Londres, dans le cadre chaleureux qu'on lui offrait à la maison. Elle trouvait parfois le château froid, immense, comme si elle était dans un endroit qu'elle ne connaissait pas, un labyrinthe sans fin. Peut-être ne se rendait-elle pas compte de la beauté du lieu...
S'avançant dans la pièce, elle s'assit devant un piano, appuyant doucement sur une des touches. Un son emplit sa tête, le même que celui qu'elle jouait quand elle était chez elle. Une vague de nostalgie s'abattit sur son corps quand elle commença les premières notes d'une berceuse qu'elle connaissait bien, pour l'avoir joué des milliers de fois avant de s'endormir. La mélodie emplissait sa tête, et elle se mit à chanter, doucement, la voix légère et faible.
La prochaine fois qu'elle rentrerait chez elle, un sapin trônerait au milieu du salon ; Noël approchait à grands pas. Elle pourrait le décorer avec une guirlande colorée, des boules et pleins d'autres objets. Elle pourrait simplement oublier la magie, pendant ces quelques jours chez elle, oublier ces derniers mois, où elle avait travaillé dans un but qui lui était inconnu. Tout était trop nouveau pour elle, et elle ne savait même pas à quoi cela allait lui servir d'apprendre les sortilèges : elle s'en était très bien passé avant ses onze ans !
Cuisiner lui manquait, est-ce que quand elle serait de retour dans sa maison, elle pourrait confectionner des petits gâteaux ? A Poudlard, elle n'avait aucune idée de où étaient préparés les repas, et, si elle s'était posé la question, elle n'avait pas cherché plus loin : beaucoup, trop de choses échappaient à sa compréhension.
Dans les deux semaines de cours qui lui restait, la jeune fille écrirait sans doute quelques faire-part, avec le petit matériel qu'elle avait dans sa malle. Une hâte l'emplissait, et la fillette voulait rentrer chez elle. Son frère serait sans doute fêtard quand elle le reverrait et cette pensée lui fit du bien. Elle avait tellement envie de revoir le petit garçon !
Continuant sa berceuse, elle arriva à la fin du morceau, et en commença un autre, enchaînant tout ceux qu'elle connaissait sur le bout des doigts, pour oublier le monde tel qu'il était et plonger dans un univers idyllique et plein de bonheur.
Murmures d'un Passé
Jour 13 • Gentil
mercredi 21 mars 2046, dortoir des filles, vers 23h
Il n'y avait qu'un mot pour décrire l'état de la fillette : elle était épuisée. Des cernes se creusaient sur son visage depuis quelques jours, montrant ouvertement qu'elle ne dormait que trop peu. Elle n'arrivait pas à sombrer dans le sommeil, ne le voulait même plus. Elle avait peur des cauchemars qui venaient la hanter et la tourmenter à la nuit tombée, peur de tout ces monstres, de ces figures pâles et sombres en même temps. Elle avait le teint encore plus pâle que d'ordinaire, et on aurait dit qu'elle était malade, à cause de sa blancheur.
Il n'était pas si tard que ça, en ce mercredi soir, mais elle aurait dû depuis au moins une heure et demi avoir sombré dans le sommeil. A la place de ça, elle se retournait sans cesse, se demandant quand est-ce qu'elle reverrait ceux qu'elle aime. Ici, à Poudlard, elle se sentait perdue, au milieu d'inconnus, et elle devait être forte : l'image que les autres avaient d'elle en dépendait. Cependant, elle peinait de plus en plus à ne pas fondre en larmes. Elle en venait à maudire le château, et à espérer qu'elle soit dans un simple rêve un peu trop noir.
La veille, il y avait eu le tournoi du Dominion. L'enfant n'avait pas bien compris de quoi il s'agissait, mais elle avait compris une chose : les élèves qui y étaient allés n'étaient pas revenus en pleine forme. Pour eux, ça avait été loin d'une partie de plaisir, mais Ellana n'avait pas voulu regarder ce qu'il se passait. Malgré cela, la pensée de ce tournoi la tourmentait. Pourquoi tout le monde n'était-il pas gentil ? Cette pensée, bien que naïve, restait dans la tête de la brunette, incapable de s'endormir en cette journée de mars. Elle, elle voulait seulement rentrer chez elle, retrouver le confort et la gentillesse de ses parents, oublier un instant tout ce monde qui lui donnait le tournis.
Murmures d'un Passé
Jour 14 • Vide
samedi 10 mars 2046, dans une serre.
Ellana était assise devant un Voltiflor de la Serre Tropicale. Elle observait la plante, curieuse devant la forme que prenait le végétal. Elle aimait bien la Botanique, même si ce n'était pas sa matière préférée, mais passer du temps dans les serres lui était toujours agréable. Dans ce lieu, le calme prenait une grande envergure, apaisant les pensées folles de l'enfant. Celle-ci ne connaissait pas le nom de la plante devant laquelle elle se trouvait, mais cela n'avait aucune importance. Elle ne faisait qu'admirer la forme particulière d'un Voltiflor.
Elle avait marre de la solitude. Trop souvent, celle-ci se retournait contre elle, lui faisait du mal, l'embourbait. La brunette ne savait plus quoi faire. Elle n'arrivait pas à s'ouvrir aux autres, ayant peur du contact extérieur. Parfois, elle y était contrainte, mais elle détestait l'école pour la sociabilité qu'il fallait avoir. Elle aurait adoré pouvoir apprendre seule avec les livres, sans avoir à se soucier des relations qu'elle était presque obligée d'avoir avec ses camarades. En ce début de mois de mars, elle se sentait surtout vidée de son énergie, déjà lasse de cette école où elle avait l'impression d'être si petite, si insignifiante, et où elle ne connaissait rien. Elle était perdue, au milieu de tous ces élèves, connaissant, pour la plupart, beaucoup mieux qu'elle le monde de la magie.
Elle ne pouvait s'empêcher d'avoir envie de retourner vivre chez ses parents, d'abandonner les sorciers : les illusions de bonheur avaient été effacées dès le premier trajet dans le grand train rouge. Elle avait compris que les sorciers n'avaient pas un univers utopique où tout serait parfait. Elle pouvait se contenter de moins que la perfection, malgré le fait qu'elle soit un peu perfectionniste dans ce qu'elle faisait, mais quand tout lui faisait peur, qu'elle n'arrivait pas à voir en face les choses, elle aurait préféré que tout soit mieux. Elle aurait préféré voir sa famille tous les jours, comme avant, se sentir moins vide sans eux. La solitude lui faisait mal, et elle avait l'impression de, chaque jour, laisser un peu plus d'elle dans son sillage, s'abandonnant.
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Jour 15 • Tatou
samedi 21 avril 2046, au petit déjeuner.
La fillette avait à présent douze ans, depuis quelques jours. Elle se sentait toujours aussi petite, au milieu des collégiens de l'établissement, mais ce nouveau palier d'âge franchi la faisait se sentir un peu plus grande. Depuis le mercredi, jour de son anniversaire, elle attendait avec impatience une lettre de ses parents. Mais celle-ci n'arrivait pas, et chaque jour, plusieurs fois, elle se rendait à la volière, peu éloignée de sa salle commune. Elle regardait les hiboux, leur demandant silencieusement s'ils avaient reçu quelque chose pour elle, si ses parents lui avaient envoyé ne serait-ce qu'une seule lettre. Ils lui manquaient terriblement, l'enfant se sentant seule au château : elle n'avait pas beaucoup d'amis, seulement quelques camarades avec qui elle ne s'entendait pas trop mal. Elle n'allait pas vers les autres enfants, enfermée dans sa petite bulle, ne voulant que les câlins réconfortants de sa maman et les rires insouciants de Lyna.
Ca ne faisait qu'une dizaine de jours qu'elle était repartie pour Poudlard, après les vacances de Pâques, mais déjà, elle sentait le vide que lui procurait l'absence de sa famille. Petite goutte d'eau au milieu de l'océan, elle se sentait perdue dans l'agitation quotidienne du château, et aurait sans nul doute préféré ne pas être une sorcière, ne pas être arrachée ainsi à sa famille. Elle avait peur, toute seule dans cet univers, qui, bien que quelques mois après sa découverte, lui était tout de même en grande partie inconnue. Chaque jour, elle découvrait de nouvelles choses, de nouvelles expressions, une nouvelle façon de parler, de s'habiller... Elle avait l'impression d'être partie à l'autre bout du monde, dans une communauté un peu étrange, toute seule, à onze ans, pour toute sa vie.
Mais elle avait douze ans. Depuis trois jours. Ca ne changeait rien à elle, ça ne changeait rien à son regard, à sa façon de penser, mais elle y avait cru. Elle avait cru qu'à douze ans, elle accepterait mieux le changement d'univers, qu'elle se sentirait grandie. Elle avait tort.
Elle planta sa fourchette dans un haricot blanc de son assiette. A sept heures pile, elle s'était présentée à la Grande Salle. Comme toujours. L'avantage du samedi, c'est qu'il y avait moins de monde, certains élèves profitant du week-end pour faire la grasse matinée. Pas elle. Et aujourd'hui, elle espérait surtout qu'elle pourrait recevoir un colis de ses parents, pour son anniversaire. Elle l'attendait depuis trois jours, elle ne comprenait pas pourquoi il avait du regard.
Enfin, elle le vit. Le petit paquet pour elle, enveloppé de papier cadeau aux motifs extravagants. Ca devait être sa mère qui l'avait choisi. Elle s'en empara, le déballa à toute vitesse, pressée de voir ce qu'il contenait... Un simple petit objet. Et une carte.
L'objet était transparent, comme s'il était en verre, et il était lourd. C'était une petite statuette, mais elle ne parvenait pas à déterminer de quoi il s'agissait. Un animal sans doute... Tandis que ses pensées tournaient rapidement, la réponse lui vint. Un tatou. Pourquoi ça ? Pourquoi cet animal-là ? Elle n'en avait aucune idée. Rapidement, elle rangea la sculpture dans sa boite, avala les restes de son assiette et prit la direction de sa salle commune. Mission du jour : comprendre pourquoi ses parents lui avaient offert un tatou.
Nous sommes en octobre, si si.
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Jour 16 • Volaille
jeudi 15 mars 2046, cours de Défense contre les Forces du Mal.
Elle s'ennuyait. Elle aurait pu se mentir à elle-même, se dire que le cours du jour l'intéressait, mais elle n'avait même pas pris cette peine. C'était une constatation. Elle détestait le jeudi, pour deux principales raisons : la première, elle n'aimait pas la Défense contre les Forces du Mal ; la deuxième, elle n'aimait pas le vol. Qui avait eu l'idée de mettre les deux pires matières ensemble, le même jour ? Elle n'en avait aucune idée. Elle n'avait même pas envie d'y réfléchir.
Ses pensées divaguait, comme un petit bateau se laisse dériver à cause du courant. Elle aurait dû s'intéresser à ce qu'on lui disait. Mais elle en avait marre de ce cours. Quatre heures, c'était long, trop long. Elle écrivit quelques mots, écoutant d'une seule oreille ce qu'on lui disait. Elle savait qu'elle devrait prêter plus d'attention au cours et être plus attentive, mais elle n'y parvenait pas, et à chaque fois qu'elle essayait, elle partait autre part, elle divaguait ailleurs, sur son petit bateau naviguant sur le flot de ses pensées.
Pourquoi écrivait-on à la plume, dans le monde des sorciers ? Ils semblaient être restés au XVIe siècle. Et pour avoir écrit au stylo bille depuis toujours, Ellana pouvait affirmer que c'était beaucoup plus pratique, simple, et surtout, ça n'en mettait pas partout, ça ne faisait pas des tâches sur les copies. Et d'où venaient-elles, ces plumes ? Les sorciers ne semblaient pas réellement connaître l'industrie, alors ils ne devaient pas non plus connaître les plumes synthétiques. Avait-on déplumé un oiseau pour fabriquer tout ça ? Cette pensée la répugnait, si bien qu'elle aurait préféré ne pas l'avoir. Néanmoins, une autre idée se fraya un chemin. Y avait-il un élevage de volaille, pour procurer toutes les plumes à la société des sorciers, où on les élevait pour pouvoir les déplumer ? Ses sourcils se froncèrent, et elle vit la grosse tâche d'encre qu'elle avait fait, en restant appuyée trop longtemps au même endroit. Ca aussi, ce n'était pas pratique.
Les minutes s'écoulaient lentement, trop lentement. Quand sonnerait l'heure de partir de ce cours ?
Murmures d'un Passé
Jour 17 • Salé
dimanche 29 avril 2046, près du lac noir.
Elle regardait la surface trouble de l'eau entourant Poudlard. Elle n'avait pas le droit d'aller dessus en barque ; seuls les troisièmes années et plus pouvaient se rendre à Pré-au-Lard, le village sorcier voisin, et seuls les quatrièmes années et plus pouvaient faire des tours en barque. Elle, elle ne pouvait rien faire, si ce n'est contempler l'horizon, près de ce lac aux couleurs d'encre. Pourquoi était-il si sombre, si ténébreux ? Il lui faisait peur, un peu. Qu'est-ce qui se cachait là-bas, sous les ombres et à l'abri du Soleil, dans les profondeurs des eaux ? Y avait-il de terribles créatures, comme on en voit dans les livres de contes ? Elle ne savait même pas pourquoi elle était venue là, en ce dimanche matin. Elle aurait pu se poser la question, mais ses pas l'avait menée là, sur la grève.
Elle prit un petit caillou dans sa main et le lança dans le lac. Elle le regarda décrire sa courbe dans les airs, avant de plonger, et de faire un petit bruit. Puis le caillou s'enfonça dans les ténèbres des eaux, et bientôt elle ne put plus le voir. Mais ses pensées, elles, étaient toujours aussi présente. Qu'allait rencontrer le petit caillou, qu'elle avait délogé de la berge du lac, une fois qu'il aurait plongé plus profondément ? Qu'y avait-il, dans ces eaux ? Elle ne pouvait s'empêcher de se demander, car l'absence de réponse, l'absence de connaissance lui faisaient peur. Elle voulait savoir ce qu'il y avait là-dessous, dans ces eaux troubles, mais il était hors de question qu'elle aille se baigner, par ce temps d'avril. Il ne faisait pas chaud. Vraiment pas chaud. Et rien n'aurait pu la motiver à aller même tremper les pieds.
L'eau du lac était-elle salée ? Cette nouvelle question se mêla aux autres, dans le flot continu des pensées et des interrogations d'Ellana. Etait-il seulement possible de se questionner plus qu'elle ?