Cosmos éclaté

« envole-toi si tu préfères, je reste là les bras ouverts
je te connais, tu as souffert tu as gardé sous tes paupières
tant de secrets, tant de colère et sur ton front de la poussière »
— pomme

croft des Gillies
courant du mois de juillet
Assise sur son lit, la fenêtre grande ouverte pour être sûre d'entendre le rugissement de la mer, Tamsin regarde pour la énième fois sa lettre d'admission à l'école de sorcellerie Poudlard. Les vagues grondent à l'extérieur, aussi fortes que la colère qui fait mugir sont cœur d'enfant blessé. Les larmes ont cessé de couler depuis plusieurs jours, mais le feu intérieur qui habite le frère et la sœur ne cesse plus de s'entrechoquer. Le salon est le lieu de leur guerre ouverte, Aliocha hurlant à l'injustice, Tamsin jurant qu'elle ne savait pas, qu'elle n'avait rien prémédité. Comment est-ce possible que l'on soit du même sang et que toi tu puisses y aller ? Le ton est toujours plus accusateur, et les mots s'accrochent à l'esprit de la petite sorcière en devenir. Pourquoi mériterait-elle plus que lui d'aller étudier la magie ? Sa mère détourne les yeux, elle n'a aucune explication plausible à fournir et aucune parole réconfortante pour Aliocha. Il braille comme un enfant privé d'un cadeau de Noël, enfonçant la lame de la culpabilité un peu plus profondément dans le palpitant meurtri de sa jeune sœur.
Sa chambre est son refuge, son sanctuaire. Elle essaie vainement de lire dans les astres une possibilité pour que son frère de l'accompagne. Ne l'auraient-ils pas oublié dans cette école ? Après deux ans sans lettre, la réponse semble limpide pour Aliocha, mais Tamsin ignore totalement ce qui l'attend dans ce nouveau monde. Leur mère est une sorcière certes, mais le mode de vie des Gillies repose sur un fonctionnement purement moldu. Comment pouvait-elle deviner qu'elle avait hérité des pouvoirs de sa mère et pas son frère. Le sort est injuste mais il est ainsi. Et Tamsin n'y est pour rien. C'est en tout cas ce qu'elle essaie de se rentrer dans la caboche depuis l'arrivée de cette maudite lettre.
Les portes claquent, les cris montent jusqu'à sa chambre sous les toits. Même le scintillement des guirlandes n'arrive pas à apaiser les aléas destructeurs qui affluent en elle. D'un geste rageur, elle froisse la lettre entre ses petits doigts, sautant au pied de son lit avant de sortir de sa chambre comme une tornade. Elle dévale les marches, se précipitant dans la cuisine où le combat fait déjà rage.
![]()
![]()
« Comment as-tu pu me faire ça ? » hurle Aliocha en furie. Prenant sa mère pour coupable, voilà maintenant qu'il l'attaque elle, la prenant comme cause de son absence de pouvoirs. « Tu voulais pas que j'y aille moi ? Que je devienne un sorcier comme elle ? Comme toi ? » Le ton est culpabilisant, et Théodora leur mère est si sensible qu'avant de pouvoir se défendre, les pleurs lui attaquent le visage. Ses lèvres sont mutiques, incapables de formuler la moindre excuse, puisqu'il n'y en a aucune à fournir. La petite Tamsin est prête à défendre sa mère, elle fonce comme un boulet de canon sur son frère, lui fourrant avec force la lettre froissée dans les mains, avant de lui cracher au visage : « Vas-y à ma place toi puisque tu y tiens tant. Mais ne la blâme pas pour quelque chose dont elle n'est pas responsable. »
Le croft entier gronde de leur face à face de dragons. Théodora impuissante, tente d'émettre un son pour calmer sa progéniture mais les chiens sont lâchés et Tamsin a du venin à revendre. Aliocha laisse dédaigneusement tomber la lettre sur le sol, méprisant sa sœur du regard. « J'en veux pas de ta lettre. Je veux mériter ma place moi » lui lance-t-il comme si elle avait gagné la sienne à la loterie de la vie.
Comme le rugissement des vagues au dehors, Tamsin est hors d'elle. Devant ses yeux défilent les lentes et douces années qui viennent de partir en fumée. Aliocha et elle n'auront plus jamais la même relation fusionnelle qu'ils entretenaient jusqu'alors. C'est la magie qui les aura séparé. Voilà ce qui lui traverse l'esprit quand elle lui crache ses mots empoisonnés au visage : « Si tu n'as rien reçu c'est probablement que tu ne le méritais pas alors. » Le coup est bas, elle le conçoit. Avec précaution, elle se baisse et récupère sa précieuse lettre. « Tamsin ... » murmure sa mère, comme pour l'arrêter avant qu'elle ne commette l'irréparable. Mais c'est trop tard, la machine est lancée et la rage qui la consume la fait parler : « Moi on m'a choisi parce que je suis une sorcière. Alors que toi ... » Elle n'avait même pas le mot pour décrire qui il était, ou ce qu'il était. Loin de mesurer la portée de l'offense qu'elle venait de prononcer, elle tourna les talons pour remonter dans son espace sacré, laissant Aliocha meurtri par des paroles auxquelles il n'avait même plus la force de rétorquer. Ce sont des mots qu'elle se haïrait un jour d'avoir prononcé, mais à son âge, comment peut-on savoir la proportion que cela peut prendre. Le mal était fait.
astre au 𝔷𝔢𝔫𝔦𝔱𝔥.
Jour J avant la pleine lune… ⏾ (av. cassidy h)
