Regardez ce que je suis devenue OS

8 JUILLET 2047, 15h53,
6, AVENUE B. MULDOON, GODRIC'S HOLLOW,
Anastasia Farrow,



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point de vue d'Anastasia Farrow

crédit œuvre : Johanna Harmon



Ceux qui croient me connaître ne me connaissent pas. Ils ne savent ni ce que j'ai enduré, ni ce qui me pousse à me lever chaque jour pour endurer d'autres difficultés, encore et encore. Ceux qui croient me connaître n'ont pas visité mon cœur. Il y a en son sein une rage qui ne cessera de brûler, une fierté que rien ne pourra écraser, une volonté que rien ne pourra briser. Ceux qui croient me connaître ne voient réellement que ce que j'accepte de leur montrer, ils ne plongent jamais plus loin, ils ne visitent pas mes profondeurs. Ils ne savent ni ce qui me fait peur, ni ce qui me fait honte. Ils ne font que voir, que regarder ; ils s'arrêtent à ma façade. Ils observent ce que je suis devenue et ce que je leur révèle, et rien d'autre.
Et je suis devenue une femme forte, une femme importante, une femme fière ; enfin.

Mes yeux fixent leur reflet. Miroir de mon apparence, de ma façade, que perçois-tu de moi ? Parviens-tu à plonger dans mon regard pour voir mes tréfonds, mes abysses, mes noires profondeurs ? Et alors, que vois-tu ? Passé ? Présent ? Futur ? Quelles visions te sont offertes ? Probablement aucune. Mon reflet n'est qu'un déguisement, un masque. Je ne montre que ce que je veux qu'on voie. Aujourd'hui, je n'ai pas peur de me montrer davantage, je n'ai plus peur de montrer une partie de mon intérieur, de tout ce qui se cache derrière ces apparences soignées. Aujourd'hui, je n'ai plus honte, je suis confiante. J'ai grandi, je me suis battue, j'ai appris, et me voici. Droite, fière, à ma place. Observez ce reflet. Regardez ce que je suis devenue. Vous ne voyez qu'une partie de ce que j'ai forgé. Apprenez que je suis forte, que je suis une battante, que je suis ambitieuse. Apprenez que ce que je suis devenue, je le suis devenue par choix et par volonté, et que, tout ceci, ce n'est peut-être que le début.
Miroir de mon apparence, de ma façade, reflet erroné, je ne te révèle peut-être pas tout, mais après tout, ne suis-je pas une femme devant protéger et garder certains secrets ?
Un sourire vient fendre malicieusement les lèvres de mon reflet.


Je suis née dans une grande ville, mais dans une petite maison. Je suis née loin d'ici, au cœur d'une saison rude, entre des murs fragiles. Mes parents n'ont jamais vécu de manière aisée, ils se sont toujours battus en permanence pour nous permettre de vivre correctement, à moi et ma sœur. Nous sommes allées à Durmstrang, ma sœur a rencontré certaines facilités qui lui ont permises de se démarquer et de se faire rapidement une place dans un nouveau milieu plus aisé. Moi, j'ai continué à me battre. J'ai toujours souhaité être la meilleure, la plus résistante, la plus ambitieuse, la plus fière, la plus forte, la plus courageuse, la plus combative. J'ai suivi mon instinct, j'ai suivi mes passions, j'ai saisi des opportunités. Mais, par Baba Yaga, jamais je n'ai cessé de me donner entièrement et de toutes mes forces pour atteindre mes objectifs. Je voulais rendre mon père fier ; je voulais connaître l'aisance, le luxe, la haute société ; je voulais me faire un nom dans l'astronomie et briller par mes connaissances ; je voulais trouver une personne qui pourrait me comprendre et être cette voix de la raison qui m'a toujours manqué ; je voulais brûler, brûler et tout réussir, monter rapidement et haut, peu importe si pour cela je devais sacrifier des heures de sommeil ; je voulais me trouver une place ; je voulais me sentir capable ; je voulais vivre comme ceux que je voyais, encore jeune, à Durmstrang, avec leur fierté incassable et leur vie bourgeoise, loin des problèmes des autres familles. J'ai tout réussi.

Sur mon chemin, j'ai dû abandonner certaines personnes et certains sentiments qui me faisaient obstacle. J'ai dû abandonner mon orgueil, quelques fois, pour le retrouver plus grand encore après. J'ai dû faire des choix difficiles. Est-ce que je les regrette, quels qu'ils furent ? Non. Sans eux, je ne serai pas là. C'est ce que la vie m'a appris : il faut savoir renoncer pour avancer. J'ai fait des choix complexes, mais ils m'ont mené là où je suis. S'ils étaient à refaire, je les referais sans hésitation.


Je passe ma bague délicatement à mon annulaire droit, après mon anneau. Cette bague m'est particulièrement précieuse. Je me la suis moi-même achetée après l'avoir commandé pour qu'elle soit unique. Elle représente une abeille ambrée et dorée, mon Patronus. Cette journée est particulière et importante pour moi, mais plutôt dans le sens où je sais qu'elle sera plaisante et agréable. Je ne serai entourée que par des amis, ces personnes qui me connaissent et sur qui je sais que je peux compter. Certes, c'est aussi une journée qui résonne différemment pour moi, parce que je sais qu'elle symbolise tous les efforts faits et les batailles menées dans ma vie. J'ai une place dans un gouvernement que je soutiens, j'ai une demeure dans la capitale sorcière, j'ai une famille qui me rend fière, je suis à ma place, après m'être tant battue pour y accéder, m'y voici. Oh, par Baba Yaga, que cela me rend heureuse !

J'ai choisi de porter une robe particulière pour cette journée qui l'est tout autant. Longue et fleurie, elle m'a été offerte par mon père, résultat des quelques économies qu'il parvenait à faire quand j'étudiais au Royaume-Uni et que Tatiana étudiait dans son école de journalisme. Cette robe est une des dernières qu'il m'ait offerte. Elle me rappelle d'où je viens, c'est pour cela que je l'ai choisie aujourd'hui. Elle me rend fière.

Quelques gestes précis me permettent de réorganiser rapidement ma coiffure — un chignon constitué de quelques tresses. D'une main, je range ma baguette dans sa pochette située sur ma ceinture. Nos invités ne tarderont pas à arriver. Je dois encore vérifier que tout se présente bien, qu'Alyona et John sont prêts, que Deesy a terminé la préparation du dessert et que tout est en ordre.

La glace me renvoie le corps droit d'une femme fière. Son visage est gracieux. Sa tenue est aussi simple qu'impeccable. Tout semble être à sa place. Le reflet de cette femme gonfle mon orgueil. Elle paraît sûre d'elle mais pas trop, amicale mais pas faible, forte mais pas inaccessible, ouverte mais pas idiote. Cette femme, c'est celle dont j'ai toujours rêvé d'être. Cette femme, c'est moi.

Je me détourne de mon miroir pour avancer vers la sortie. Désormais, il est l'heure. On m'attend.


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#466962Botaniste au Jardin de Draíocht