5 nov. 2022, 01:44
Solo Déterrer ses racines
Mardi 16 Juillet 2047 -- 15h15

Lambeth Register Office

Londres


En regardant la grande pendule suspendue au mur, Magdaléna ne put retenir un petit soupir de lassitude. Ca faisait déjà plus d’une heure qu’elle attendait une réponse à sa demande. Si elle avait su, elle aurait pris un livre pour patienter de façon… plus constructive. Mais, hier, au bureau de Westminster, le retour n’avait pris que 15 minutes, montre en main. Bon, pour une réponse négative, certes, mais au moins, la jeune femme n’avait pas eu l’impression de trop perdre son temps…

*Les jours se suivent et ne se ressemblent pas… Ce n’est pas comme ça que j’imaginais passer le début de mes vacances…*. Les locaux des administrations londoniennes n’apparaissaient pas dans la liste des « 10 lieux à visiter absolument » et la professeure comprenait aisément pourquoi ! *J’espère qu’ils vont trouver quelque chose ici, histoire de ne pas avoir attendu dans le vent... Heureusement que je fais ça pour Tonio… Ah, il va m’entendre celui-là*. Car oui, si Magda était en train de prendre racine sur un des sièges du bureau d’enregistrement de Lambeth, c’était à cause (grâce dirait-il) à son frère Antonio et pour comprendre pourquoi, il fallait revenir une dizaine de jours plus tôt, lors de sa venue en Angleterre.
***Flashback***
Lorsqu’elle avait reçu la lettre de son frère, mi-juin, Magdaléna s’était tout d’abord inquiétée. En effet, habituellement, son frère ne lui écrivait pas à Poudlard. Jamais. Elle était même étonnée qu’il se soit souvenu de la procédure pour lui faire parvenir une lettre. Il devait donc y avoir urgence ou quelque chose de grave probablement… Alors que, curieusement, Antonio la prévenait juste que, début juillet, il serait à Londres pour quelques jours, le sentiment de la jeune femme oscillait entre soulagement et perplexité… *Bizarre, c’est pas ce qui était prévu… Peut-être pense-t-il simplement trouver porte close… ?*, songea-t-elle.

Mais, à la réflexion, elle restait tout de même intriguée par ce voyage qui lui paraissait un peu organisé à la dernière minute. Aussi, à peine son frère était venu la rejoindre à son appartement qu’elle lui demanda des explications.


« - Ah, Léna. Tu vas toujours droit au but, n’est-ce pas ? Eh bien, permets-moi de ne pas en faire de même et de répondre à tes questions par une autre », commença-t-il, s’assurant par ce procédé, d’avoir la pleine attention de sa cadette. « Que connais-tu de l’histoire des parents… ? »

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13 nov. 2022, 22:27
Solo Déterrer ses racines
Même jour, même endroit -- 15h30


Pour tuer le temps, Magdaléna s’était mise à feuilleter une brochure sur les demandes de naturalisation mais on ne pouvait pas dire qu’elle était vraiment concentrée sur ce qu’elle lisait… En effet, pendant que son corps s’ankylosait par cette longue attente, son esprit, lui, vagabondait vers les informations que son frère lui avait révélées.
***Flashback***
Evoquer ses parents provoquait toujours la même réaction chez la potionniste : un vague sentiment de culpabilité et une pointe au cœur. Cette fois-là ne fit pas exception à la règle et c’est un peu vivement que la jeune femme répondit à son frère :
« La même chose que toi, je suppose… Pourquoi demandes-tu ça ?»
Loin de répondre à cette question, Antonio reprit, toujours aussi calme :
« Mais encore… ? »
Après lui avoir lancé un regard signifiant: vraiment ? tu veux vraiment que je te fasse un résumé de leur histoire ? Elle se lança :
« Bien, puisque tu insistes. Papa a rencontré maman lorsqu’il était étudiant et elle, serveuse dans un bar de Madrid. Ils se sont mariés peu de temps après. Ils ont tout fait pour t’avoir. Je suis arrivée bien bien après. Puis y a eu… l’accident. Fin de l’histoire. » Puis après quelques instants, elle ajouta : « Satisfait ? »
« Pas encore. Parle-moi des grands-parents… »
Cette fois, la réponse de la jeune femme ne se fit pas attendre:
« Je n’ai pas de grands-parents… Du moins, personne digne de porter ce titre. »

« Bien. Laisse-moi te faire voir quelque chose alors, petite sœur ». Joignant le geste à la parole, son frère sortit un classeur de son sac de voyage, précédemment posé au pied du canapé. « Voici mon… ou plutôt, notre arbre généalogique ! ».
La généalogie ! C’était pour ça que son frère débarquait ainsi à Londres quasiment à l’improviste ? Pour ça qu’il la tannait pour elle lui résume l’histoire de leurs parents, alors que lui-même en savait bien plus qu’elle-même, étant donné leur différence d’âge ? *Pour ça ? Sérieusement ?* Eh bien, oui, si on en croyait le soin avec lequel son frère dépliait la feuille sur laquelle elle pouvait distinguer deux branches, dont l’une était singulièrement plus courte. *Bon, bon, bon… Il a l’air de prendre ça à cœur quand même* Laissant passer un premier mouvement d’humeur, la jeune femme tenta finalement de s’intéresser un peu à la question en brisant le silence qui s’était abattu sur l’appartement :
« Ah… Bien. Ta nouvelle passion, je suppose ? Mais, tu pouvais pas me parler de ç… de tes recherches dans l’une de tes lettres, voire même m’envoyer une copie… ? C’est pas que je ne suis pas contente de t’avoir à la maison, mais, faire le voyage d’Espagne, ça fait loin pour parler de généalogie… »

Si son frère avait été refroidi par son manque d’enthousiasme qui restait flagrant, malgré tous ses efforts, il ne fit aucune remarque. *Ou alors, il ne voit pas que je m’en fiche comme de mon premier chaudron…*, songea Magdaléna. *Ou alors… il y a autre chose*. Un coup d’œil au visage de son frère qui arborait maintenant un petit sourire en coin et elle en acquit la certitude : il gardait un atout dans sa manche !
« Bon, Tonio ! Tu vas me laisser encore mariner pendant longtemps ? Crache le morceau : pourquoi es-tu là ? »
« Pour mes recherches, petite sœur ». Devant l’air d’incompréhension qu’arborait toujours Magdaléna, il ajouta : « Alors, prête à te pencher sur nos ancêtres avec moi, soeurette? Car il semble que nous soyons à moitié anglais… »

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26 déc. 2022, 03:34
Solo Déterrer ses racines
***Flashback***
Dire que Magdaléna avait été étonnée par les derniers mots de son frère ne reflétait que très peu les émotions qui l’ont traversée. Eux ? Avec du sang Anglais ? C’était une blague ? A l’évidence non, si on en croyait l’air concentré qu’arborait Antonio, le nez penché sur les différentes feuilles devant lui. Après quelques instants de silence, la jeune femme reprit la parole, d’un ton incertain :
« D’accord… Et, comment dire… tu as des preuves de ça… ? La famille de papa vient d’Andalousie : il est né à… Lora del Rio, un truc comme ça ? Près de Cordoue en tout cas. Et… je suppose que Bianca habite toujours Séville, non… ? » Elle n’avait pas pu empêcher sa voix de se charger d’une bonne dose d’amertume en évoquant la mère de son père. Difficile pour elle de considérer comme une grand-mère, une femme qui n’avait pas levé le petit doigt pour venir en aide à ses petits-enfants lorsque le drame était arrivé. Résultat, son frère de 23 ans avait dû batailler pour obtenir sa garde puis subvenir à leurs besoins. Plus de deux décennies plus tard, Magdaléna n’avait ni oublié, ni même pardonné. Préférant ne pas s’attarder sur le devenir de cette, maintenant, nonagénaire, elle conclut : « Donc, ça se passe du côté de maman ? »

Devant cette question, qui n’en était pas une, Antonio acquiesça avant de la corriger : « Palma del Rio: tu n’étais pas loin pour papa… J’ai pu remonter assez haut de son côté », précisa-t-il en indiquant la branche la plus longue. « Pour les preuves… pour l’instant, j’ai une copie de l’acte de mariage des parents, mais il est très incomplet pour maman. J’ai son nom de naissance, Smith, sa date de naissance, le 1er avril 1979, et la ville, Londres… C’est tout, rien sur ses propres parents, et les témoins étaient des amis : personne de la famille. Rien de plus… sur l’acte de décès. La seule solution, c’est avoir l’acte de naissance : c’est l’une des raisons pour lesquelles je suis là. »

Avec le ton adopté par son frère, la potionniste pouvait sentir sa frustration qu’il ressentait à être bloqué si tôt dans sa quête. « Ce n’est donc pas pour mes beaux yeux ? Je suis cruellement déçue », prétendit-elle avec le sourire. « C’est vrai que Smith, on a fait plus espagnol comme nom de famille… Je n’ai pas de souvenir d’avoir déjà entendu ce nom, mais j’étais jeune… Et c’est vrai aussi que maman ne fait pas vraiment… espagnole avec ses cheveux roux et ses yeux clairs », se rappelait-elle, se laissant happer par le passé durant quelques instants à peine. « Donc, Londres ? C’est… une surprise ! Mais pourquoi ne pas avoir fait de demande, euh, en ligne ? » Magdaléna n’était certes pas en mesure de rester dans la même pièce qu’un ordinateur, pour le bien de celui-ci, mais cela ne l’empêchait pas de tenter de rester un minimum à la page sur les technologies moldues et leurs utilisations diverses et variées, dans le but de pouvoir entretenir une conversation aussi normale que possible avec les rares moldus qu’elle côtoyait régulièrement.

« Tu as bien travaillé tes fiches, sœurette ! », plaisanta Antonio. « J’aurais pu, oui. Mais, de un, cela t’aurait privé de ma merveilleuse présence, de deux, compliquer de faire ça de l’étranger, il faut plein de justificatifs, et, de trois, tu n’as même pas idée du délai de réponse qu’ils annoncent sur leurs sites ! Sans compter que Londres, c’est grand, donc j’ai plusieurs… Register Office à visiter dans les prochains jours…

***Fin du flashback***


Et pour en avoir visité, il en avait visité ! Tous les bureaux de Londres, sauf deux que, arrivé à la fin de son séjour, il avait généreusement laissé aux bons soins de sa sœur, qui n’avait pas vraiment eu le choix. Mais l’attente de cette dernière allait bientôt prendre fin, d’une façon ou d’une autre, puisque les bureaux allaient fermer d’ici 15 minutes.

« Miss Xar… Xarnez, s’il-vous-plaît ! »
Levant les yeux au ciel, l’enseignante se dirigea vers le guichet de la personne qui l’avait appelé. *Ma belle écriture a encore frappé*, pensait-elle, blasée. *Mais c’est pas trop tôt… Essayons tout de même d’être aimable*. « Bonjour ».
« Bonjour, Miss Xarnez. Hum, nous sommes navrés pour cette longue attente. Nous avons dû faire des recherches, des vérifications… Ce que vous devez comprendre, c’est que cette situation est exceptionnelle, et inhabituelle. »
Face à ces paroles qui lui paraissaient de plus en plus nébuleuses, Magdaléna préféra couper court et en venir au fait : « Bien, bien. Avez-vous trouvé l’acte de naissance que je recherche ? »
Arborant un air très gêné, l’agent en charge des Archives finit par répondre : « C’est ce que j’essaie de vous expliquer, Miss. Nous sommes désolés, mais il semblerait que le registre contenant les actes de l’année 1979 soit… égaré. »

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2 janv. 2023, 02:05
Solo Déterrer ses racines
Jeudi 8 Août 2047 -- 17h00

Great Peter St.

Londres


Lorsque quelques semaines plus tôt, l'employé du Register Office lui avait annoncé la mauvaise nouvelle, Magdaléna avait réussi à se maîtriser. Bon, elle se demandait encore comment, elle avait réussi. *J'ai davantage de self-control que je ne le pensais*, avait-elle alors pensé. Puis, elle avait du, forcément, relayer cette même nouvelle à son frère, qui l'avait accueilli avec déception.

- On n'a pas de chance, quand même. En plus, c'est forcément là où se trouve l'acte de naissance de maman..., avait-il conclu lors de leur courte conversation téléphonique. Tu es sûre qu'il n'y a pas possibilité de l'obtenir autrement? Il n'existe pas un double registre, comme en France? Ou une copie en ligne?
- Tonio, c'est toi l'amateur de généalogie... Pas moi, je te rappelle. Tout ce que je peux te dire c'est que le registre de 1979 n'était pas là... où il aurait dû être. De même que les copies... numérik, comme il a dit. Il ne comprenait pas non plus: apparemment, c'est la première fois qu'ils perdent un registre si... récent. Ils ont fait quelques recherches en plus mais rien, nada, que dalle! Aucune trace des naissances de 1979 dans ce bureau... c'est ce qu'ils ont écrit sur le courrier que j'ai reçu il y a quelques jours. Ils s'excusent, encore, pour la gêne occasionnée., résuma-t-elle. Et, non je te vois venir, je ne les ai pas traumatisés. Ils m'ont même donné quelques pistes en plus: les journaux, qui annonçaient régulièrement les naissances à l'époque et le... numéro national d'assurance, un truc comme ça? Enfin, quelque chose donné à la naissance et que les moldus de Grande-Bretagne gardent toujours, donc ils devraient avoir la trace. Mais ces deux pistes, c'est par internet... et internet, tu sais bien que j'ai un léger problème de compatibilité avec l'électronique à la longue... Donc je ne serais pas d'une grande aide sur ce point..., remarqua-t-elle, un peu triste, malgré tout. Serait-elle touchée, elle aussi, par le virus de la généalogie? *Manquerait plus que cela*.
- Hum, oui, je comprends... Côté journaux, je vais regarder: je devrais y avoir accès depuis l'étranger. Ca prendra peu de temps, je pense, même si j'ai repris le boulot à côté. Mais pour le numéro, ça fera comme les Archives, j'en ai peur: donc, pas d'accès de mon côté non plus, se désola-t-il. Mais? J'y pense! Tu n'avais pas un petit génie de l'informatique dans l'immeuble? Le fils de la gardienne, non?
- Le petit-neveu... Et, génie, c'est peut-être un peu exagéré... Disons qu'il sait se servir d'un ordinateur aux dernières nouvelles... Pas sûre de vouloir voir à nouveau son regard ahuri lorsque je lui ai dit que non, je ne naviguais pas et que, non, je n'avais pas non plus de réseau social... J'ai eu l'impression d'être une extraterrestre: je suis sûre que lui annoncer que j'étais une sorcière aurait eu moins d'effet, réalisa-t-elle. Par contre, oui, je peux demander à Samantha directement... Ca ne coûte rien.

Aussitôt dit, aussitôt fait et quelques minutes plus tard, après avoir conclu son appel sur la traditionnelle promesse d'aller voir son frère en Espagne, la jeune femme descendait les escaliers en direction de l'appartement de sa gardienne.
Approchant la soixante, Samantha était, objectivement, adorable et débordante d'énergie. Et, comme bon nombre de personnes débordantes d'énergie, elle pouvait être parfois surprenante, voire complétement déroutante, comme ce jour-là. Alors qu'elle et Magdaléna discutaient de tout et de rien en savourant un verre de thé glacé, la plus âgée lâcha ces quelques mots:

- C'est quand même bien dommage que vous vous soyez manqués...
Pensant que son interlocutrice parlait de son frère et du fait qu'ils allaient se manquer, Magdaléna enchaîna, voyant une parfaite transition : J'ai pu le voir plusieurs jours, c'était sympa! Même si j'ai l'impression qu'il a passé plus de temps aux Archives qu'avec moi... C'est entre autre pour ça d'ailleurs que je voulais vous voir: pourriez-vous effectuer une démarche d'ordre administratif pour moi, et mon frère, par la même occasion? Vous savez, c'est compliqué avec ma sensibilité... Petit mensonge, servi sur un plateau par sa gardienne elle-même pour justifier le fait qu'elle n'approchait que très rarement d'un ordinateur.
- Bien-sûr, très chère: vous m'expliquerez en quoi je peux vous être utile..., accepta Samantha. Mais je ne parlais pas de votre charmant frère... Je repensais à ce jeune homme, roux, un peu excentrique dans sa façon de s'habiller mais très gentil... Il est passé ici il y a quelques jours... Oh, j'ai oublié de vous le dire, j'ai l'impression... Je suis désolée... Il vous cherchait: il m'a dit qu'il avait des informations à vous donner, il me semble, mais c'est assez flou. Je me souviens qu'on a partagé une tasse de thé, on a beaucoup discuté, de vous, de votre travail. Très charmant, bel homme... Un peu plus âgé que vous, je pense... Ah, flûte, je ne souviens plus de son prénom... C'est curieux quand même: j'ai très bonne mémoire d'habitude..., murmura la femme, contrariée.
- Ne vous tracassez pas, ça vous reviendra plus tard, Samantha! *Ou jamais probablement, si c'est bien ce que je pense* Je crois savoir qui c'est: un ancien camarade d'université. Puis se laissant rapidement, elle salua son hôtesse: Je vous laisse: je vais essayer de le contacter. Rien de grave mais en lien avec le boulot.
Si sa dernière phrase était un gros mensonge, sa gardienne ne parut pas s'en apercevoir au grand soulagement de la potionniste qui remonta très rapidement les marches qui la séparait de son appartement. La jeune femme n'était pas née la dernière pluie et connaissait sa gardienne et sa mémoire quasi légendaire. Oubliettes n'était pas un sortilège qui s'employait à la légère... mais celui-ci avait été précisément lancer pour que soit oubliée l'identité du visiteur. Retardant, par la même occasion, l'information concernant sa venue...

Il ne restait qu'une question sans réponse: qui était donc ce sorcier?


*** Fin ***

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